Les ingénieurs des Ponts au Maroc la promo 59, l ... ?· Les ingénieurs des Ponts au Maroc la promo…

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    12-Sep-2018

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  • Les ingnieurs des Ponts au Maroc la promo 59, l'enthousiasme et l'amiti des annes 60 , l'hritage d'Andr Boulloche Comme on le sait, les ingnieurs des ponts ont largement contribu, un peu partout dans le monde, prparer et mettre en uvre le grand mouvement de dcolonisation de la fin des annes 50, puis, dans les annes 60, 70, 80 participer dans le cadre de la "co-opration" bilatrale ou multilatrale au dveloppement des pays duTiers Monde.

    Jacques BOURDILLON 50

    Mustapha FARIS 59

    Un ouvrage collectif consacr aux Travaux Publics Franais en Afrique Subsaharienne et Madagas-car (l'Harmattan 1991) dcrit la prparation des indpendances ds 1946 dans le cadre du budget Fides, puis, le dveloppement de la coopration jusqu'en 1985 dans ce secteur gographique. Il met en vidence le rle des Ingnieurs des Ponts dans les diffrents domaines de leur comptence.

    Il est certainement regrettable que le mme travail n'ait pas t fait, ni pour les pays de l'ancienne In-dochine, ni pour ceux du Maghreb. Les matriaux existent encore pour combler cette lacune, et ces questions ont dj t largement voques par "le Pont" dans trois numros importants : janvier

    997 Enpc 250 ans, fvrier 1997 le Maroc, janvier 998 l'anne anniversaire.

    L'exemple du Maroc est signifi-cat i f bien des gards, et nous souhaitons lui consacrer ces quelques lignes au-del de ce que nous avions dj crit dans le numro du Pont de fvrier 1997. (Voir les articles de j . Bourdillon "35 ans d'amiti franco-ma-rocaine, annes 60 ensemble au service du Maroc, annes 90 les liens se resser-rent" et de Mustapha Faris "Tmoi-gnage sur l'exemplarit des relations entre anciens lves franais et maro-cains").

    ^ La fin du protectorat franais au Maroc, la mission d'Andr Boulloche

    I 6 novembre 1955 est la date du re-tour Rabat de Mohammed V aprs trois ans d'exil Madagascar, le 2 mars 1956 est la fin du protectorat franais et le 7 avril 1956 est celle du protectorat espagnol et du retour du Maroc l'in-dpendance, En aot 1955, Andr Boulloche Ing-nieur Gnral des Ponts et Chausses, grand r-sistant, ancien dport et compagnon de la libra-tion, est appel par Gilbert Granval au poste de directeur gnral des Travaux Publics du Protec-torat en remplacement de Georges Girard dont l'uvre avait t unanimement apprcie. Quelques mois plus tard, il accepte le poste de secrtaire gnral du Ministre des Travaux Pu-blics auprs d'un jeune Ministre M'Hamed Douiri (X 48) son cadet d'une quinzaine d'annes. En se mettant au service du Maroc indpendant, il es-t ime qu'il continue de servir la France. En

    lanvier 2004

  • quelques mois, il rgle un certain nombre de questions dlicates, contribue un vritable re-nouveau dans le domaine des travaux publics et notamment une relance spectaculaire de la for-mation des futurs cadres du nouveau Maroc. En 58, il devient ministre du Gnral de Gaulle. Il est alors remplac dans les mmes fonctions par son collgue et ami Pierre Parinet (43) assist de Mo-hammed Imani (57) et de Jacques Deschamps (50). Le Maroc indpendant est en phase du dcollage. La promo 59 des ponts que l'on pourrait qualifier de "promotion Boulloche" com-prend 6 marocains : Mohammed Bel Hadj Sou-lami, Abdelaziz Benjelloun, Mustapha Faris, Ahmed Lasky, Moussa Moussaoui, Sad Ben Ali, parmi les-quels trois futurs ministres et un futur ambassa-deur... les ingnieurs marocains vont bientt prendre la l r e place parmi les lves trangers de l'ENPC

    Le nouveau Maroc la veille des annes 60

    Le dernier Rsident Gnral aura donc t Gil-bert Granval. Il y a dsormais Rabat un Ambas-sadeur de France, doyen du Corps Diplomatique : Alexandre Parodi qui succde bientt Roger Seydoux. Le premier est assist par Jacques Viot et Pierre-Louis Blanc, le second par Jean Franois-Poncet et Christian Graeff, l'un et l'autre se mon-trent particulirement soucieux de l'efficacit et des capacits de dialogue des fonctionnaires fran-ais encore en service dans l'administration maro-cain. La fonction de Premier ministre est confie Abdallah Ibrahim, assist d'un Vice-Premier mi-nistre, M. Abderrahim Bouabid, charg de toutes les questions conomiques et financires du pays, et grand homme d'Etat. Le Ministre des travaux publics fonctionne de faon parfaite sous l'autorit du ministre Abder-rahmane Abdellali assist de Pierre Parinet, Mo-hammed Imani et Jacques Deschamps : on va bientt assister au dveloppement spectaculaire des routes, des ports maritimes, des aroports, des distributions d'eau et d'lectricit sous l'impul-sion de Paul Clos (42), Edouard Krau (47S), et Paul-Louis Girardot (58). La route de l'unit, Fs-Taounate, devient le symbole de la r-unification des deux zones anciennement sous protectorats franais et espagnol. Par ailleurs, il existe une administration du Plan sous l'autorit de Smal Mahrough futur ministre des Finances de l'Algrie indpendante, une Caisse de Dpts et de Gestion anime par Ma-moun Tahiri, futur brillant ministre des Finances, une Banque Nationale pour le dveloppement conomique confie Amin Benjelloun assist par deux inspecteurs de finances franais Jacques de Chalendar et Michel Albert dont le dveloppe-ment des deux carrires sera prestigieux.

  • Le dcoilage conomique des annes 60 : l 'urbanisme, les irrigations

    Nous voudrions tenter de faire revivre le climat d'amicale coopration dans laquelle de jeunes ingnieurs des ponts marocains et franais, nouvellement arrivs au Maroc, ont coopr pour contribuer au dveloppement conomique du Maroc dans les 2 secteurs cls : l'urbanisme et les irrigations. Pendant la priode du protectorat, le marchal Lyautey intelligemment conseill par Lon-Henri Prost avait organis un urbanisme la fois respectueux des villes traditionnelles et ouvert sur la modernit. Par la suite, le grand urbaniste Michel Ecochard avait t appel s'oc-cuper de Casablanca avec le succs que l'on sait. Le 29/02/1960 survient la catastrophe du sisme d'Agadir. Le pays tout entier se met alors au travail pour une reconstruction originale sous l'impulsion du Docteur Mohammed Benhima, nomm Gouverneur de la province d'Agadir et de Tarfaya, et tout de suite aprs, ministre des Tra-vaux Publics, assist par Arnaud de Montmarin (42). Mustapha Faris (59) prend en charge le d-blaiement et les travaux d'urgence. Aprs son d-part d'Agadir, Mohammed Bel Hadj Soulami (59) est nomm Haut Commissaire la reconstruction d'Agadir, il succde dans ces fonctions M. Moha-med Imani (57). Sous l'impulsion de Pierre Mas, de nombreux architectes de talent marocains et franais apporteront leur contribution au projet de reconstruction : en particulier Mme Castelnau, Faraoui, de Mazires, Ben Mbarek, Tastemain, Ver-dugo et beaucoup d'autres. Mais Agadir ne doit pas faire oublier le reste : la construction de loge-ments conomiques reste un objectif essentiel : Pierre Watel (57) et Jean-Paul Garcia (64) seront des lments moteurs de cette politique.

    Dans le domaine de l'hydraulique et des ir-rigations, le nouveau Maroc va se montrer ex-ceptionnellement imaginatif et efficace : il est d-cid de crer sous l'autorit de Mohammed Tahiri l'Office National des Irrigations (Oni) qui regroupera les moyens des Ponts et Chausses et du Gnie Rural. Trois ingnieurs des ponts d'ex-prience : Raymond Aubrac (37), Claude Rattier (46), et Mustapha Faris (successivement directeur de l'Equipement, puis directeur gnral adjoint) vont jouer un rle capital dans cet ambitieux pro-

    jet, avec la complicit de trois ingnieurs du gnie rural (Dutard, Perrier et Rainaut). Beaucoup d'autres apporteront leur contribution l'Oni, nous pensons Henri Boumendil (49), Dimitri Cavassilas (36), Ham Benisty (60), Nesim Ben-soussan (65) et Robert Orsini (69). Quelques annes plus tard, l'Oni clatera en une srie d'of-fices rgionaux : la Basse Moulouya, le Tadla, le Gharb, les Doukkalas, le Haouz de Marrakech, le Souss et le Loukkos. Pendant cette priode relati-vement courte, un travail considrable a t en-trepris : la plupart des grandes tudes rgio-nales indispensables au pays ont t lances, une impulsion dcisive a t donne la relance de l'quipement des primtres irrigus et la construction de sucreries (y compris leur alimen-tation en betteraves ou en cannes sucre). A cet gard il faut voquer l'excellent article que Ray-mond Aubrac avait publi dans le Pont de fvrier 1997 "Le sucre au Maroc".

    L a " S c e t C o o p " main gauche de la coopration franco marocaine

    Le dpart, programm relativement court ter-me, des fonctionnaires franais encore en service dans l'administration marocaine avait rendu nces-saire la mise en place, au moins pour un temps, d'un dispositif d'assistance technique indi-recte. C'est la raison pour laquelle Franois Bloch Laine a voulu installer au Maroc ds 1959 une antenne des filiales que la Caisse des Dpts avait cres pour tre dans les pays ayant accd l'indpendance "la main gauche de la co- ^' opration franaise". Jacques Bourdillon a eu "Te? l'honneur d'tre pendant 5 ans le responsable Rabat de l'antenne commune de la Scet Coopra-tion, de la Sedes, et de la Sermi (parraine par Louis Armand, ancien grand patron de la SNCF). Nous tions une quipe nombreuse et aux com-ptences diversifies, nous citerons donc quelques noms : Ren Guidez, Andr Vallette, Jean-Paul Garcia, Alfred Costes, Pierre Drillien, Franois Monnier, Henri Maziol, Claude Vignaud, Jean Paul Faivre Dupaigre, Michel Delavalle, Jean-Michel Da-niel, Baudoin Fanneau de la Hone... Nous aurons apport notre contribution la plupart de ces projets : reconstruction d'Agadir, tudes rgio-nales pour l'Oni en liaison et sous le contrle de Raymond Aubrac, Mustapha Faris et des hydro-

  • gologues Hazan et Ambroggi, contrle du bar-rage de Mdira Klilla sur la Moulouya, tude de l'vacuation du minerai de Gara Djebilet, sans ou-blier une mission de recherche agronomique au-prs du haut fonctionnaire et brillant ministre que fut Noureddine El Ghorfi. Il en est rsult une amiti indfectible entre tous les acteurs maro-cains et franais.

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    Les commmorat ions et les festivits de I 997...

    1997 Henri Cyna (51) prside l'association du 250e anniversaire de l'cole, Abdelaziz Meziane Belefkih (74) est ministre des TP. Les ingnieurs des ponts marocains sont dsormais 250, chiffre hautement symbolique. Une dlgation marocaine prside par Abdelaziz Meziane Belefkih vient as-sister la crmonie d'inauguration par Jacques Chirac de la nouvelle cole Marne-la-Valle le

    K ^ o < > ^ ^ 2 2 23 octobre 1997. A cette occasion, le Maroc d-^ ^ ^ ^ ^ ^ F r ^ * cerne l'ENPC la dcoration du Ouissam

    Alaouite. Quelques jours plus tard, l'Amicale ma-rocaine organise Rabat sous la Prsidence de Chakib Benmoussa un colloque international sur le thme : infrastructures de base moteur de la com-ptitivit conomique et du dveloppement rgional. Les ingnieurs des Ponts sont un peu partout au service du pays : au Cabinet royal, dans les Minis-tres, les banques, les entreprises publiques et pri-ves... certains ont t promus ambassadeurs, gouverneurs de provinces et walis (super prfets). Plus de quarante ans ont pass. L'Amicale des Ponts du Maroc (dsormais prside par Moham-med Boussad Pont 86) se veut toujours plus effi-cace et plus utile, ses adhrents sont plus que ja-mais au service de l'Etat et de l'amiti franco-ma-

    rocaine. Une nouvelle gnration d'ingnieurs ma-rocains est dsormais au pouvoir : ceux des pro-motions des annes 70, 80, 90 et suivantes. Elles sont beaucoup plus nombreuses que celles des annes 60, et l'on y trouve de plus en plus de femmes. C'est ces jeunes promotions que l'ave-nir appartient.

    Le "pler inage" de mai 2003

    Quarante ans aprs le dcollage de i960, un cer-tain nombre de camarades marocains et franais se sont runis Rabat avec leurs pouses pour le plaisir pour une semaine de retrouvailles : Musta-pha Fans, Abdelaziz Benjelloun, Moussa Mous-saoui, Sad Ben Ali ont eu le grand plaisir (large-ment partag) de retrouver Raymond Aubrac, Claude Rattier, Jacques Deschamps, Jacques Bour-dillon, Jacques Brunet, et Paul Louis Girardot.

    Ils n'ont pas oubli l'extraordinaire journe qu'ils ont vcue ensemble l'occasion des funrailles de Mohammed V (29/02/61), ils n'oublieront jamais le travail en commun au service du dveloppe-ment du Maroc notamment la reconstruction d'Agadir et la cration de l'Office national des irri-gations (rgionalis par la suite).

    Ils ont voqu ensemble la mmoire de ceux qui nous ont quitts : le docteur Benhima (un trs grand serviteur de l'Etat, Premier ministre et plu-sieurs fois ministre), Mohammed Imani (57) brillant ministre des Travaux Publics, Andr Boul-loche, Arnaud Marin de Montmarin.

  • Ils ont rendu visite Karim Ghellab (90), ministre de l'Equipement et des Transports, et rencontr Adil Douiri (85), ministre du Tourisme. Ils ont pu valuer ensemble les progrs considrables rali-ss au Maroc dans de nombreux domaines : la surface des cultures irrigues est passe de quelque 300 000 ha plus d'un million d'ha, de nouveaux barrages ont t construits, les sucreries marocaines fournissent dsormais plus de 60 % de la consommation de sucre du Royaume, le nou-veau port de Jorf Lasfar a t cr, le rseau auto-routier totalement inexistant en 1960 est valu en 2002 prs de 500 kilomtres et atteindra ra-pidement les I 000 kilomtres, les aroports ont t moderniss et multiplis, le doublement de la voie ferre a t entrepris entre Casablanca, Rabat et Kenitra. Les infrastructures de base (routes, ports, aroports, adduction d'eau, lectri-cit) de l'ex-Sahara espagnol ont t complte-ment revues et modernises. La ralisation de grands projets d'infrastructure est actuellement en cours, en particulier, dans les provinces du Nord (nouveau Port de Tanger-Mditerrane, cration de zone franche industrielle, diffrents accs ferro-viaires et routiers, de trs grands chantiers d'habi-tation dans un programme national de 100 000 logements sociaux par an, etc.).

    Tous frquentent encore la rue des Saints-Pres Paris et savent que l'on peut se runir dans une salle qui porte le nom d'Andr Boulloche, mort dans un accident d'avion le 16/01/78, ils n'oublie-ront pas ce serviteur de l'Etat, grand rsistant, ins-pirateur d'une amiti franco-marocaine, profonde, constructive et durable.

    En particulier, les six ingnieurs marocains de la promotion Boulloche n'oublieront jamais l'accueil qui leur a t rserv Paris par Andr Boulloche dans son bureau de Ministre du Gnral de Gaulle, charg de la rforme administrative. Au cours de cette mmorable rencontre et du djeu-ner qui a suivi, Andr Boulloche leur a tenu un brillant discours o il leur a rappel les dfis qu'ils doivent relever pour contribuer au dveloppe-ment de leur pays, les qualits de travail, d'abnga-tion, de rectitude morale et intellectuelle de ceux qui servent l'Etat, l'intrt gnral et la collectivit nationale. Les six camarades prcits ont toujours pris comme exemple Andr Boulloche et en ont fait un idal qui les a guids durant leurs carrires respectives. Son exemple restera vivace dans l'es-prit de chacun d'entre eux et sera le modle suivre pour les gnrations futures.

    Aquarelles : Michel Montign - PC 69

    BONAR FLOORS S.A.S.

    Parc Ind...

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