Les monuments de la Grande Guerre sur le territoire de la CASO

  • Published on
    03-Apr-2016

  • View
    219

  • Download
    6

Embed Size (px)

DESCRIPTION

Livret de l'exposition ralise par le ple Archives de la bibliothque d'agglomration de Saint-Omer. Septembre - octobre 2014

Transcript

  • Livret de lexpositionLivret de lexposition

  • 1914 28 juin : Assassinat de larchiduc Franois Ferdinand et de sa

    femme, hritiers de lempire Austro-Hongrois Sarajevo.

    1 aot : Mobilisation gnrale en France et en Allemagne.

    3 aot : LAllemagne dclare la guerre la France. 6-13 septembre : Bataille de la Marne, stabilisation de la ligne

    de front

    1915 22 avril : Premire utilisation de larme chimique (gaz) prs

    dYpres (Belgique).

    Juin : Le gnral Foch quitte Cassel qui passe sous commandement britannique.

    29 dcembre : Loi franaise assurant une spulture perptuelle sur le sol national aux soldats allis et

    franais dcds.

    1916 Fvrier : Les troupes britanniques relvent les troupes franaises

    dans lArtois et tiennent dsormais la ligne de front qui stend de la Somme (France) Ypres (Province de Flandre

    occidentale, Belgique). 21 fvrier-dcembre : Bataille de Verdun.

    Mars : Le Grand Quartier Gnral britannique dmnage de Saint-Omer Montreuil-sur-Mer dans le Pas-de-Calais

    (France)

    1917 Fvrier : 1re rvolution Russe.

    2 avril : Entre en guerre des Etats-Unis. 9 avril-mai : Bataille dArras.

    Octobre : 2nde rvolution Russe.

    1918 Mars-Juillet : Dernires offensives allemandes et

    contre-offensives allies 11 novembre : Signature de lArmistice Rethondes (fort

    de Compigne)

    1919 28 juin : Signature du trait de paix de Versailles

  • Ltincelle quErnest Lavisse attend avec une

    terrible clairvoyance est lassassinat de

    larchiduc Franois-Ferdinand

    Sarajevo le 28 juin 1914

    Tout senchane, par le jeu des alliances, en

    quelques jours, la Serbie, la Russie et

    lEmpire Austro-Hongrois se mobilisent. Dbut

    aot, cest au tour de la France et de

    lAllemagne : le 3, lAllemagne dclare la

    guerre la France et viole la neutralit de la

    Belgique, obligeant le Royaume-Uni entrer

    dans le conflit le jour suivant.

    A la guerre de mouvement fait place

    lenlisement de la guerre de position et lenfer

    des tranches qui dureront pendant quatre

    ans. Ds 1915, ce conflit est appel la

    Grande Guerre par les civils et les

    combattants : pour la premire fois, la guerre

    est mondiale et implique toute la population.

    Le service militaire obligatoire et la

    mobilisation gnrale sont dsormais de rgle

    dans presque toute lEurope.

    Au printemps 1918, les Allemands

    reprennent loffensive et le front cde pour la

    premire fois. En aot, la

    contre-offensive allie renforce par la

    participation des troupes amricaines est un

    succs. Le 11 novembre 1918,

    larmistice est sign, la guerre est finie.

    Chronologie de la Grande Guerre

    LEurope aura donc la guerre parce quelle se prpare la guerre Une tincelle tombant la

    frontire des Vosges, dans les Balkans ou sur le rivage de lAfrique du Nord fera lever une fume

    gigantesque qui donnera le signal de la mle. Ce jour-l, la France et lAllemagne seront les chefs de

    camp, et le duel de ces deux puissances sera le centre de la bataille . Ernest Lavisse, avant-propos

    Essais sur lAllemagne Impriale, Paris, Hachette, 1900.

    Assassinat de larchiduc Franois Ferdinand dAutriche

    (1863-1914) et de sa femme Sophie Chotek (1868-1914), par

    un tudiant serbe, le 28 juin 1914. Le Petit Journal, 12 juillet

    1914. wikimedia common

    Le Mmorial Artsien du 3 Aout 1914

    sur la bibliothque numrique

  • est n Cauchy--la-Tour en 1856 dans une famille de cultivateurs. Il entre au collge

    Saint-Bertin de Saint-Omer en 1867 avant dentrer lEcole militaire de Saint-Cyr. Il a 58 ans

    quand la Guerre clate, ce qui lempche de prendre sa retraite. Considr au sortir de la

    Guerre comme le Vainqueur de Verdun , Ptain est trs populaire dans tout le pays

    notamment grce sa rputation davoir t conome en vies humaines. Sa venue en 1919

    Saint-Omer amne une foule immense.

    Philippe PETAIN

    Une travailleuse de lusine de guerre, LIllustration, samedi

    22 avril 1916, n3816. Photographie prise aux ateliers

    Panhard et Levassor pour lalbum du sous-secrtaire des

    munitions. (Saint-Omer, BASO, inv. 45767)

    Visite du marchal

    Ptain Saint-Omer 28

    septembre 1919 (ms ville

    1652-59 BASO).

  • La Guerre 1914-1918 est le premier conflit

    total car il ne se limite pas aux champs de

    bataille mais mobilise toutes les

    ressources de lEtat : sa population, son

    conomie, sa politique et sa justice ; il touche

    lensemble de la socit.

    La premire guerre mondiale se

    caractrise par une importante

    mobilisation militaire au sein des pays

    belligrants. A larrire, toute lconomie est

    tourne vers leffort de guerre : le

    conflit sannonce plus long que prvu. Ds

    lautomne 1914, il faut faire face une

    pnurie dapprovisionnement et de

    munitions. Les femmes remplacent les

    hommes lusine et la campagne, le

    rationnement est mis en place ainsi que les

    emprunts nationaux.

    Le conflit surprend par sa dure et sa

    violence sans prcdent. En ce dbut de XXe

    sicle, la guerre prend un caractre technolo-

    gique. Les rvolutions

    industrielles ont gnr de nouvelles armes

    telles la mitrailleuse, le

    lance-flamme ou encore le gaz moutarde. Par

    ailleurs lartillerie se dveloppe et le tank

    apparait en 1916. Ces armes sont particulire-

    ment meurtrires pour les

    soldats qui subissent les tirs dans les

    tranches, notamment avant lassaut.

    La bataille de Verdun rsume elle seule le

    caractre destructeur de la Grande Guerre.

    Elle dure de fvrier dcembre 1916 et

    mobilise presque toute larme franaise : 70

    divisions sur 95. Prs de 80% des pertes sont

    causes par lartillerie. LAllemagne, qui

    entame cette guerre dusure en voulant

    saigner blanc larme franaise,

    abandonne la bataille face la rsistance du

    Gnral Ptain. Verdun cotera la vie de prs

    de 700 000 hommes franais et allemands

    dont environ 8,5% du contingent audomarois.

    Au total, la Grande Guerre fait prs de 10

    millions de morts dont environ 1,4 million de

    franais et plus de 21 millions de blesss de

    par le monde. Proportionnellement sa

    population, la France est le pays qui a subi le

    plus de pertes, environ 900 soldats franais

    sont morts sur les champs de bataille chaque

    jour, quant lagglomration de Saint-Omer,

    elle y a perdu 3,6 % de sa population totale.

    Une Guerre totale

    Le Tank . LIllustration, 2 dcembre

    1916 n3848, page 507. (Saint-Omer, BASO,

    inv. 45767)

    Fig. 3(2) Portrait du Gnral,

    LIllustration, samedi 11 mars

    1916, n 3810, p 248 (Saint-

    Omer, BASO, inv. 45767)

  • Plan rapproch du cnotaphe de Paris du 14 juillet

    1919, LIllustration, 19-26 juillet 1919, n3985-3986,

    double page du Dfil triompahl .

    La collaboration des peintres, sculpteurs et dcorateurs.

    LIllustration, 12 juillet 1919, n3984, p35 (Saint-Omer,

    BASO, inv. 45767)

  • Le rapport de la Chambre des Dputs de

    1919 dnombre environ 1 350 000 morts

    durant le conflit, soit prs de 15% des

    soldats mobiliss, auxquels sajoutent

    environ 150 000 poilus dcds des suites de

    leurs blessures. Il faut attendre 1950 pour que

    le niveau de la population

    revienne celui de 1914.

    Durant cette guerre dun genre nouveau tant

    par sa dure que par les destructions causes

    par larmement employ, le

    rapatriement des corps tait difficile. Les

    tombes des soldats sont donc

    rassembles dans les cimetires militaires ou

    sur les champs de bataille. Dans de nombreux

    cas, le corps a totalement

    disparu sous les tirs dobus. Il faut donc

    trouver un moyen de rendre hommage aux

    victimes.

    Ldification des monuments aux morts se fait

    de manire spontane la fin du

    conflit et compte tenu du trs lourd bilan

    humain, elle concerne toutes les

    communes. Outre la fonction

    commmorative, ils doivent cristalliser dautres

    fonctions, dautres symboles pour la socit

    traumatise.

    Face labsence des corps, il est un

    monument funraire devant lequel les familles

    peuvent se recueillir.

    Pour les communauts dhommes, il est un

    mmorial puisquil permet de se souvenir du

    sacrifice et de tmoigner de la reconnaissance

    que lon porte aux dfunts.

    Tous doivent se convaincre que ces soldats

    ne sont pas morts pour rien , comme en

    tmoigne lexpression Der des Ders

    employe par les combattants. A ce titre, il

    permet un hommage personnel chaque vic-

    time, de manire individuelle en gravant le

    prnom et le nom des soldats et des victimes

    sur les monuments.

    En France, prs de 36 000 difices sont

    inaugurs entre 1920 et 1925, soit environ

    plus de 16 par jour ! Dans la Communaut

    dagglomration de Saint-Omer, 84% des

    monuments sont difis en 1920 et en 1921

    avec la premire inauguration dun monument

    aux morts sur la commune dArques en 1919.

    Le temps du deuil

    Les premiers monuments aux morts pour la patrie (du latin monumentum de moneo se

    remmorer) apparaissent la fin du 19e sicle pour commmorer les pertes de la guerre

    franco-allemande de 1870. En France prs de 900 monuments sont alors raliss. Ds la fin

    de la guerre, lors des premires crmonies de commmorations, sont utilises des

    cnotaphes, sorte de monuments funraires vides rigs en mmoire de disparus ou de

    personnes dont le corps est conserv ailleurs.

    Tombe de soldats dans le bois dAvocourt. LIllustration,

    1er juillet 1916, n3826, p. 7 (Saint-Omer, BASO, inv.

    45767).

  • Eglise et Monument aux morts de la commune de

    Tilques c. Carl Peterolff

    Les dossiers de demande dautorisation drection du

    monument doivent contenir la dlibration du conseil

    municipal sur le projet, un croquis du monument avec

    lindication de son emplacement, un devis estimatif et

    les moyens de financement.

    Circulaire du Prfet du Pas-de-Calais aux Maires du dpartement, Arras, 14 juin 1920. (Archives Dpartementales

    du Pas-de-Calais, Arras, AD 2O-12314,commune de Saint-Martin-au-Laert)

    Bordereau des pices transmises la prefecture (Archives Dpartementales du Pas-de-Calais, Arras ; AD 2O 12676,

    commune de Tatinghem)

  • Puisquun grand nombre de municipalits

    projettent rapidement dlever un

    monument aux morts, le Prfet du Pas-de-

    Calais en rglemente la mise en uvre. La

    circulaire du 14 juin 1920 est transmise

    toutes les communes du dpartement pour

    leur indiquer la marche suivre. LEtat

    cherche ainsi conserver un droit de regard

    sur les projets commmoratifs et contrler

    lesthtique et lidologie du monument

    labor par les communes. Une fois le dossier

    transmis aux services prfectoraux, il passe

    entre les mains dune commission dexamen

    qui peut demander des modifications avant de

    soumettre le projet lapprobation par

    dcret prsidentiel. Mais face

    laugmentation des demandes,

    lautorisation prsidentielle est dlgue au

    Prfet en 1922.

    Suite la loi de sparation de lEglise et de

    lEtat (9 dcembre 1905), les emblmes

    religieux sur les monuments aux morts ne sont

    tolrs que dans les cimetires. En effet, la

    symbolique et la polysmie du

    monument aux morts sont telles que le 18 avril

    1919, le Ministre de lIntrieur publie une

    circulaire prcisant que : en ce qui concerne

    les monuments placs dans un cimetire qui

    sont assimilables des

    monuments funraires, libert entire doit tre

    laisse aux municipalits pour

    lornementation ou les attributs dont elles

    voudront les revtir ; quant aux

    monuments rigs sur la voie publique, ils ne

    doivent, daprs la loi, comporter

    aucun emblme religieux tant des

    monuments exclusivement commmoratifs.

    En France, gnralement le monument aux

    morts se situe aux abords de la Mairie ou de

    lcole, les ples rpublicains de la IIIe

    Rpublique. Cependant, 68% des

    monuments de la Communaut

    dagglomration de Saint-Omer se situent

    dans le cimetire ou proximit de lglise,

    leur confrant ainsi une fonction funraire.

    Construire les monuments aux morts

    Dans quelques cas, notamment Saint-Omer, le choix de

    lemplacement fut lobjet de vives discussions au sein du

    conseil municipal, mais dautres villes font le choix

    dassocier activement la population telle que Blendecques

    qui organise un rfrendum auprs des familles de

    disparus leur demandant de se prononcer sur le choix de

    lemplacement du monument. Le monument ayant le

    caractre rpublicain le plus affirm est celui dArques : il

    est plac devant la Mairie qui hberge en son sein une

    salle du poilu , comportant des plaques

    commmoratives et des vitraux aux noms des grandes

    batailles de la guerre.

    Plan de lemplacement du monument aux morts aux abords de lglise (Archives municipales de Blendecques)

  • Bons de la Dfense nationale, Blendecques, (Archives la ville

    de Blendecques)

    Livret de souscription de Saint-Martin-au-Laert, Archives municipales de Saint-Martin-au-Laert

  • La dcision ddifier un monument aux morts

    est prise rapidement dans la

    plupart des communes de la Communaut

    dagglomration de Saint-Omer posant de fait

    la question du cot. Le prix du

    monument est variable dune commune

    lautre, le moins coteux est celui de

    Nort-Leulinghem pour 2 412 Francs

    financ pour 2 012 Francs par

    souscription. Le plus cher est celui de Saint-

    Omer : 100 000 Francs.

    Les communes doivent donc rassembler une

    somme relativement importante alors que les

    ressources sont amoindries par les 4 ans de

    conflit.

    Larticle 5 de la loi du 25 octobre 1919 sur la

    commmoration et la glorification des morts

    pour la France au cours de la Grande

    Guerre indique que des

    subventions seront accordes par lEtat aux

    communes, en proportion de leffort et des

    sacrifices quelles feront en vue de glorifier

    les hros morts pour la patrie. . Mais cette

    subvention minime ne permet pas le

    financement du monument et

    intervient a posteriori. Les communes ont

    donc recours dautres financements.

    La souscription publique est le mode

    privilgi par les communes de

    lagglomration. Sur les 25 documentes, 19

    ont fait ce choix de financement qui permet

    dassocier la population au

    processus commmoratif, chaque

    souscripteur contribuant la hauteur de ses

    moyens. Ainsi, lhommage rendu aux morts

    nest plus uniquement celui de la municipalit

    mais bien celui de toute la commune. Cette

    souscription publique est le premier

    tmoignage de reconnaissance des habitants.

    Le complment est ensuite prlev sur le

    budget communal.

    Certaines villes font preuve dimagination pour

    rassembler des fonds comme Arques qui

    utilise les bnfices du magasin

    communal de ravitaillement. Parfois mme,

    elles profitent dopportunits comme le don du

    terrain par la famille Leclercq pour le

    monument de Mentque-Norbcourt, de dons

    anonymes Campagne-lz-Wardrecques, ou

    encore des intrts des bons de la Dfense

    Nationale pour celui de Nordausques.

    Construire les monuments aux morts

    Le financement

    PRIX % des Monuments

    Infrieur 3 000 F 13,04 %

    Entre 3 000 F et 4 999 F 8,7 %

    Entre 5 000 F et 9 999 F 60,87 %

    Entre 10 000 F et 14 999 F 4,35 %

    Entre 15 000 F et 29 999 F 0 %

    Entre 30 000 F et 49 999 F 4,35 %

    Entre 50 000 F et 99 999F 4,35 %

    100 000 F et plus 4,35 %

    Plaque de la salle du poilu, sur le financement du monument dArques ( Bibliothque d'Agglomration

    de Saint-Omer/C. Paccou)

  • Planche des marbreries gnrales de Paris, Modle du monument dArques, (Archives Dpartementales du Pas-de-Calais,

    Arras ; AD 2O 276/12 ; commune dArques)

  • ...