Les pidmies de suicide: de l'effet Werther l'effet I associe au livre. Plusieurs cas de suicide rappelant le modus operandi de Werther ont t remarqus: jeunes hommes vtus du mme costume

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  • UNIVERSIT D'ANGERS

    Facult de Mdecine

    Mmoire pour le DIPLME INTER-UNIVERSITAIRE

    tude et prise en charge des conduites suicidaires

    Les pidmies de suicide:

    de l'effet Werther l'effet Internet

    Directeur de mmoire:

    Dr. Bndicte GOHIER, Praticien hospitalier (CHU Angers)

    Candidat: Rare Cosmin MEU

    Interne DES de Psychiatrie

    2009

  • motto: J'ai rassembl avec soin tout ce que j'ai pu recueillir

    de l'histoire du malheureux Werther, et je vous l'offre ici (Goethe, Les souffrances du jeune Werther, mot au lecteur)

  • Travail ddi la mmoire de tous ceux qui ont mis fin leur vie en prenant l'exemple des autres

  • Table de matires

    Introduction 1

    Premire partie Comprendre 2

    1.1. tymologie et historique du problme. 2

    1.2. Existe-t-il vraiment un effet Werther ? 8

    1.3. Le suicide clbre.9

    1.3.1. Gatan Girouard. 9

    1.3.2 Kurt Cobain. 12

    1.3.3. Marilyn Monroe. 14

    1.4. Suicide commun (ou anonyme)16

    1.4.1. l'hpital psychiatrique.16

    1.4.2. Au travail17

    1.4.3. l'adolescence .. 19

    1.4.4. Agrgation familiale...20

    1.5. Suicide facilit 21

    1.6. Autres comportements caractre pidmique23

    1.6.1 Automutilations... 23

    1.6.2. Comportement htroagressif.24

    1.7. L'informatique et Internet.24

    1.8. Un essai de psychopathologie.. 26

    Deuxime partie Agir... 28

    2.1. Mesures de prvention dj inities. 28

    2.2. Mesures spcifiques l'adolescence.29

    Conclusion...30

    Bibliographie slective 32

    Remerciements 38

  • Introduction

    La suggestion et l'imitation font partie des outils d'apprentissage

    indispensables l'tre humain ainsi qu' d'autres espces animales: tre tmoin et

    pouvoir reproduire les actes des autres.

    Elles permettent, parfois sans recourir au langage, d'acqurir des

    habilets ncessaires la survie, elles renforcent le lien au sein d'un groupe ou de

    la socit et participent au bon fonctionnement dans son ensemble. Les

    personnages clbres (rels ou non), en tant que modles de succs et formateurs

    d'opinion sont les plus susceptibles d'tre imits. Nous pouvons soulever la

    question d'une responsabilit de leurs actes qui s'tend au-del de leur propre

    personne. Mais l'imitation peut aussi se montrer dltre, voire meurtrire dans le

    vrai sens du mot, lorsque le comportement imit est le suicide.

    Ce fait, dj observ avec plus ou moins de rigueur depuis les temps

    anciens, a rcemment attir l'attention des scientifiques (sociologues,

    psychologues, psychiatres, pidmiologues, philosophes...) cause de son intrt

    thorique et de la perspective d'une possible prvention efficace. La logique

    simple veut que si une cause identifie (imitation) produit un effet indsirable

    (suicide), on peut envisager l'arrt de l'effet en supprimant la cause.

    Mais on sait aussi que rien n'est simple quand on parle de suicide.

    J'ai abord ce sujet en raison d'une sympathie pour la littrature en

    gnral (malheureux berceau de "l'effet Werther"), d'une curiosit personnelle

    vis--vis des mcanismes psychologiques impliqus et pour mieux dcouvrir

    (toujours par imitation) les moyens de les combattre.

    Le travail qui suit essaie surtout d'approfondir cette problmatique

    multiples facettes, de ses origines les mieux documentes jusqu' ses formes les

    plus rcentes, et d'ouvrir quelques pistes de rflexion pour le futur.

    1

  • Premire partie Comprendre

    1.1. tymologie et historique du problmeEn 1774, parut au foire du livre de Leipzig la premire dition du roman

    Les Souffrances du jeune Werther , uvre qui a sorti de l'anonymat son auteur,

    Johann Wolfgang von Goethe, g de 25 ans seulement au moment de la

    publication.

    Le retentissement du livre a t colossal, de loin suprieur l'impact

    habituel d'un volume crit l'poque. Il s'agit de la premire fois qu'un roman

    dpasse les frontires allemandes et qui tend son influence non seulement dans

    toute l'Europe, mais dans le monde entier.

    Dj rdit plusieurs fois jusqu'en 1775, il fut pour la premire fois

    traduit et publi l'anne suivante (1776) en France o il a sign le dbut du

    Romantisme et a influenc de nombreux artistes comme Lamartine, Mme de

    Stal, Alfred de Musset ou Victor Hugo.

    Le roman est crit sous une forme pistolaire et particulirement

    susceptible d'influencer le public, fait accentu par le mot au lecteur:

    J'ai rassembl avec soin tout ce que j'ai pu recueillir de l'histoire du malheureux

    Werther, et je vous l'offre ici. Je sais que vous m'en remercierez. Vous ne pouvez refuser votre

    admiration, votre amour son esprit et son caractre, ni vos larmes son sort.

    Et toi, bonne me qui ressens la mme aspiration que lui, puise de la consolation

    dans ses douleurs et fais de ce petit livre un ami, si par le destin ou par ta propre faute tu n'en

    peux trouver de plus proche.

    Cette note contient plusieurs lments rendant le texte encore plus

    sensible, encore plus personnel: le lecteur est adress la deuxime personne du

    singulier comme dans une confession ou une confidence, l'accent est mis sur le

    caractre vridique du rcit et l'auteur impose ("vous ne pouvez refuser") un

    regard positif, voire glorifiant du personnage en employant de mots comme

    "remercier", "admiration", "amour", "esprit" et "caractre", "bonne me",

    2

  • "aspiration", "ami". Les prmisses de l'identification Werther sont dj l, et le

    mode d'expression est charg d'induire une empathie avec beaucoup de valeur

    artistique.

    Une tude amricaine montre que le langage est un potentiel indicateur

    suicidaire dans le cas des potes [27]. Dans les textes manant des futurs suicids,

    les mots utiliss tmoigneraient d'une individualisation et d'une proccupation

    pour soi-mme, au dpit d'une vue intgrant l'auteur dans la socit ou au sein

    d'un groupe (usage des pronoms au pluriel, des mots suggrant la communication

    comme "parler", "partager", etc.). Si la thorie est vraie, on peut imaginer

    galement la rciproque, c'est--dire qu'un texte s'adressant l'individu et non pas

    la collectivit entire sera plus "comprhensible" et plus proche de l'tat d'me

    associ avec la crise suicidaire, comme si le lecteur se sentait mieux compris et

    plus apte comprendre le message crit.

    La vie de Goethe pourrait expliquer aussi une partie de cette charge

    motionnelle, car l'histoire de Werther est d'inspiration autobiographique.

    L'auteur avait lui-mme vcu en 1772 un chagrin d'amour avec une jeune femme

    de 19 ans, Charlotte Buff, son prnom tant repris l'identique dans le roman.

    Werther, lui, ressemble remarquablement au jeune crivain (ils ont le mme ge

    au moment de la publication, le mme anniversaire 28 aot) mais aussi un ami

    proche de Goethe, Karl Wilhelm Jerusalem, qui s'est en effet suicid suite une

    histoire sentimentale.

    Bien sr, en 1774 les recommandations de l'OMS concernant la

    description des suicides dans les mdias n'existaient pas, mais d'un point de vue

    purement exprimental il est possible de les appliquer aux "Souffrances du jeune

    Werther". Cela montre que plusieurs principes aujourd'hui reconnus pour la

    prvention du suicide n'ont pas t respects:

    la mort du personnage n'est pas prsente comme "sensationnelle",

    mais en tant que hros romantique Werther est un modle exceptionnel;

    le vcu et le parcours du jeune suicid, partir de son amour naissant

    3

  • jusqu'au passage l'acte, semblent lgitimes ou "normaux"; il n'y a pas de signe

    identifiable par le lecteur comme une pathologie mentale (ou "folie") mme si le

    spcialiste peut retrouver les symptmes d'une dpression;

    les dtails du suicide (prparation, contenu de la lettre d'adieu, moyen

    utilis, consquences immdiates) sont raconts avec soin;

    le livre ne propose aucune autre alternative au jeune Werther, ainsi

    donnant l'impression que la seule "solution", invitable, a t choisie.

    Aprs le succs artistique initial une autre clbrit, funeste cette fois, a

    t associe au livre. Plusieurs cas de suicide rappelant le modus operandi de

    Werther ont t remarqus: jeunes hommes vtus du mme costume bleu avec

    veste dore, utilisant une arme feu. Dans d'autres situations, l'attention fut attire

    par le fait que le livre avait t trouv sur le lieu du dcs cot des victimes, ou

    bien encore le cas d'une jeune femme, Christine von Laberg, qui en 1778 s'est

    noy Weimar tranant dans sa poche une copie de "Werther", juste derrire la

    maison de Goethe.

    Ce processus d'imitation dans un but autodestructeur fait partie d'un

    autre, appel dj l'poque "Wertherfieber" (la "fivre" Werther), qui consistait

    reproduire le comportement du personnage au sens large: comme lui, on lit

    Homre, on adopte sa faon de parler et de s'habiller, on se promne dans la fort,

    on utilise des tasses "style Werther".

    Trs tt aprs les premiers suicides mis en lien avec le livre, les

    premires ractions ont t de limiter la diffusion de l'ouvrage. Ds 1775 le

    Conseil de la ville de Leipzig avec l'appui de la Facult de Thologie interdit sa

    circulation, dcision qui reste en vi