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Les preuves du mensonge

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Text of Les preuves du mensonge

  • Contamination des sols francaispar les retombes de laccident de Tchernobyl

    LES PREUVES DU MENSONGE

    Corinne Castanier,directrice de la CRIIRAD

    Commission de Recherche et dInformation Indpendantessur la Radioactivit

    Il faut s'attendre dans les jours qui viennent un complot international des expertso fficiels pour minimiser l'valuation des victimes que causera cette catastrophe. L apoursuite des programmes civils et militaires impose l'ensemble des tats unecomplicit tacite qui dpasse les conflits idologiques ou conomiques .

    Extrait dun article rdig par Madame Bella Belboch,physicienne, co-auteur de Tchernobyl, une catastrophe (d. Allia)

    le 1e r mai 1986, 5 jours aprs l'explosion du racteur n4 de Tchernobyl.

    Article publi dans la revue Ecologie (n371, mai 1986).

    Atlas des contaminations radioactives 7 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • INTRODUCTION

    Le mensonge de TchernobylMythe ou ralit ?

    LA FIN DU MYTHE ?

    Le 23 octobre 1999, invit de lmission Tout le monde en parle, Monsieur Nol Mamre voquait ses sou-venirs de journaliste : " Je prsentais le journal de 13 heures en 1986, le jour de la catastrophe deTchernobyl. Il y avait un sinistre personnage au SCPRI, qui sappelait Monsieur Pellerin, qui narrtaitpas de nous raconter que la France tait tellement forte complexe dAstrix que le nuage deTchernobyl navait pas franchi nos frontires. "

    Publiquement mis en cause, lancien directeur du SCPRI Service Central de Protection contre lesRayonnements Ionisants , Monsieur Pierre Pellerin , a port plainte pour diffamation envers un fonc-tionnaire. Monsieur Mamre a t condamn une premire fois, le 11 octobre 2000, par la 17 e chambre duTribunal de Grande Instance de Paris et le jugement a t confirm le 3 octobre 2001 par la Cour dAppel.

    Un compte-rendu de ces dcisions de justice tait aussitt publi dans la Revue Gnrale Nuclaire :

    " [La Cour dAppel] juge que les accusations portes contre le professeur Pellerin davoirdonn en connaissance de cause des informations mensongres sur Tchernobyl sont dnuesde fondement et constituent une diffamation. Ainsi, un an dintervalle, deux instances judi -ciaires ont rendu justice sans aucune ambigut Pierre Pellerin. Elles ont tabli quil na -vait jamais prononc la phrase ou dvelopp lide, selon laquelle le nuage de Tchernobylstait arrt la frontire de la France . Elles ont reconnu, bien au contraire, quil avaitpleinement assum ses responsabilits en valuant avec prcision le parcours du nuage etson impact radiologique.Avec ces deux jugements, le mythe entretenu depuis quinze ans par les antinuclaires sur le mensonge de P. Pellerin et des autorits franaises relatif laccident de Tchernobyl enFrance est proprement mis en pice. " 1

    Cr en mai 1986 en raction contre la dsinformation officielle, la CRIIRAD serait donc ne, au mieux,dun malentendu, au pire, dune escroquerie intellectuelle et le combat quelle mne depuis plus de 15 anspour ltablissement de la vrit serait dnu de fondement : le SCPRI naurait pas sous-valu la conta-m i n a t i o n ; son directeur, Monsieur Pellerin, naurait pas diffus dinformations errones ; la responsabilitdu gouvernement franais ne serait pas engage.

    Le mensonge ne serait quun mythe, invent par des journalistes en mal de scoop et des militants anti-nuclaires. Quinze ans aprs les faits, une dcision de justice rhabiliterait enfin ! , laction despouvoirs publics.

    1 Extrait d'un article de Francis Sorin, publi dans la Revue Gnrale Nuclaire, anne 2001, n4.

    Atlas des contaminations radioactives8 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • LA VRIT DUNE CARICATURE

    Plongeons un instant dans le pass. Nous sommes le 2 mai 1986. Laccident survenu le 26 avril est danstous les esprits, sur toutes les bouches. Les journalistes attendent, impatients, les dclarations des auto-rits franaises. La confrence de presse commence et le directeur du SCPRI annonce solennellement :Le nuage de Tchernobyl sest arrt aux fro n t i res de la France ! . Qui peut imaginer que de tels pro-pos naient pas dclench les rires, voire les hues, de lassistance ? Cest grotesque.

    Limage du douanier intimant au nuage deTchernobyl de stopper la frontire franco-allemande appartient lunivers des h u m o-r i s t e s . Les responsables se sont videmmentexprims avec plus de nuance et la dsinfor-mation na pas toujours t facile dcrypter.Le mensonge sest dclin en c h i ffres, cartes,b e c q u erels, interprtations errones et amal-games subtils autant de choses que lopi-nion publique a naturellement du mal rete-nir. Le contenu exact des dclarations offi-cielles a t oubli.

    Seules persistent, dans la mmoire collec-tive, lide du mensonge et limage de lafrontire Le trait est videmment unpeu forc, mais nest pas le propre dunecaricature russie que de rendre compte,avec pertinence, dune ralit ncessaire-ment plus complexe.

    Les successeurs du SCPRI2 avaient dj tent, il y a quelques annes, de jouer sur lambigut. Sur uneradio nationale, un repas gratuit la Tour dargent avait t promis quiconque pourrait dmontrer queMonsieur Pellerin avait effectivement dclar que les frontires de la France avaient su arrter le nuage deTchernobyl. Un pari sans risque !Nous avions alors souri de la grossiret du subterfuge. Nous tions loin de nous douter que ce raisonne-ment spcieux pourrait un jour servir rcrire lhistoire.

    CHACUN DE JUGER

    Puisque daucuns annoncent que lhonneur du directeur du SCPRI est enfin lav, que la responsabilit despouvoirs publics est dsormais dgage, il a paru indispensable la CRIIRAD de rassembler les informa-tions clefs diffuses depuis 1986 par les services officiels franais propos de la contamination des solset de les passer au crible de lanalyse critique.

    Les cartes de rfrence publies entre 1986 et 2001 ont t reproduites et commentes : celles des servi-ces officiels et celles de la CRIIRAD. Le lecteur pourra ainsi questionner et confronter les rsultats, pren-dre la mesure des volutions, des contradictions et des incohrences.

    chacun de juger alors de la validit des arguments et des accusations. chacun de dterminer qui de la CRIIRAD ou des pouvoirs publics a abus de la crdulit descitoyens. O sont les vritables mensonges et qui sont les menteurs ?

    2 En 1994, lOffice de Protection contre les Rayonnements Ionisants (OPRI) a remplac le SCPRI.

    Atlas des contaminations radioactives 9 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • PREMIRE PARTIE

    Les informations diffusespar les services officiels franais

    en 1986

    Quel niveau de contamination a provoqu le passage du nuage de Tchernobyl ? cette question, les autorits franaises pouvaient et devaient apport e r une rponse fiable.

    Elles pouvaient car elles avaient le temps et le matriel pour le faire. Les appareils de mesure taient dispo-nibles, et en quantit : au-del de ses propres services, ltat pouvait mobiliser les moyens de mesure des nom-breux sites nuclaires implants dans lhexagone, des centrales dEDF aux centres de recherche du CEA. Parailleurs, Tchernobyl tant situ 2500 km de la France et laccident annonc ds le 28 avril 3, les autoritstaient ncessairement en tat dalerte et avaient le temps de ragir et dorganiser la surveillance, y comprisdans des zones moins quipes comme la Corse.

    Elles devaient donner une rponse fiable car une estimation correcte des dpts au sol est lun des l-ments-cls de la protection des populations : la nature et la quantit des produits radioactifs dposs surles sols dterminent en effet la contamination de la chane alimentaire : impact direct pour les fruits etlgumes, dautant plus contamins que les surfaces de captage sont importantes (do les teneurs levesmesures dans les lgumes-feuilles type salades, blettes, pinards) ; impact indirect pour la viande, lelait et les produits laitiers, le btail pturant des herbages contamins.

    En situation accidentelle, la capacit danticipation est dterminante : la mesure des dpts au sol permet deprdire la contamination des produits alimentaire et den dduire les doses de rayonnement que recevront lesconsommateurs. On peut alors dcider de lopportunit des interventions destines limiter lexposition despersonnes. ce stade, il nest pas ncessaire de disposer de chiffres trs prcis, mais il est indispensable ded t e r m i n e r les ordres de grandeur. Sous-valuer, de 10, 100, voire 1 000 fois, la contamination des solsconduirait sous-valuer dautant les risques et dcider, tort, de ne prendre aucune mesure de protection.

    LA CENTRALE DE TCHERNOBYL EXPLOSE

    Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, le racteur numro 4 de la centrale nuclaire de Tchernobyl explose,projetant des dbris hautement radioactifs plus de 2 000 m daltitude. Des quantits considrables de parti-cules et de gaz radioactifs sont rejetes 10 jours durant.

    Tchernobyl se trouve en U k r a i n e, 130 km au nord de Kiev, plus de 2 000 km de la France, mais la conta-mination stend rapidement. Ds le 26 avril, pousss par des vents daltitude qui soufflent du sud / sud-est environ 30 km/h, les panaches contamins gagnent la Bilorussie et la Pologne. Le 27, ils progressent versla Finlande et la Sude o des balises de surveillance vont permettre, le 28 avril, de donner l a l e rt e. c e t t edate, les vents soufflent de lest et portent la contamination vers lEurope centrale. Le territoire franais estatteint ds le 29 avril - une trs forte augmentation de la radioactivit de lair est atteste Verdun, dans laMeuse et Marcoule, dans le Gard. Le 1e r m a i, le nuage de Tc h e r n o b y l recouvre la Corse et la quasi-tota-lit de lhexagone.

    3 Note en cours de vrification le 25 mai 2007.

    Atlas des contaminations radioactives10 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Les panaches radioactifs se rpandent progressivement sur tout lhmisphre nord. Ils atteignent les t a t s - U n i sle 5 mai, simultanment par lAtlantique et le Pacifique. La contamination est maximale en Ukraine, en Russie et surtout en Bilorussie4. Les zones les plus aff e c t e sne sont pas circonscrites aux 30 km de la zone interdite : des zones chaudes ncessitant des mesures de relo-gement seront identifies plusieurs centaines de kilomtres de la centrale de Tchernobyl. Les dpts au sol ne sont pas simplement fonction de lloignement. lchelle de lEurope, les trajectoiresdes panaches radioactifs et les variations de pluviosit vont provoquer des dpts trs htrognes, induisantune contamination dite " en taches de lopard ".

    LE RLE DU SCPRI

    Un organisme va jouer un rle dterminant dans linformation diffuse par les autorits franaises. Il sa-git du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants, plus connu sous le sigle SCPRI.Cr en 1 9 5 6, ce service est plac sous la double tutelle des m i n i s t res de la Sant (pour la protection despopulations) et du Tr a v a i l (pour la protection des personnes professionnellement exposes aux rayonne-ments ionisants). Plac sous la direction de Monsieur P i e r re Pellerin, il a notamment pour mission de sur-veiller le niveau de contamination du territoire et dalerter en cas de problme ses ministres de tutelle.Larrt portant cration du SCPRI stipule ainsi quil " pratique toutes mesures, analyses ou dosages per -mettant la dtermination de la radioactivit ou des rayonnements ionisants dans les divers milieux o ilspeuvent prsenter des risques pour la sant des individus ou de la population, et assurer la vrificationdes moyens de protection utiliss et de leur efficacit. "

    UN NON-VNEMENT

    Le 29 avril 1986, alors que les masses dair contamin ont largement franchi les Alpes et le Rhin, le SCPRIpublie un premier diagnostic : " [ Tchernobyl], en ce qui concerne les populations, il y a certes un pro -blme dhygine publique, mais pas de rel danger, et certainement pas plus loin que 10 20 km au nordde la centrale. () En France, en tout cas, compte tenu de la distance et de la dcroissance dans le temps,si lon dtecte quelque chose, il ne sagit que dun problme purement scientifique. "Avant mme que le nuage radioactif natteigne (officiellement) la France, les conclusions de MonsieurPellerin sont arrtes : la contamination sera ncessairement infime, une question de pure mtrologie quine concerne que les chercheurs. Trois jours plus tard, le 2 mai, cest bien ce message que les populations dcouvrent dans leurs journaux.Libration indique que " la lgre hausse de radioactivit dcele dans le sud-est nest pas significativeselon le SCPRI ". Le Figaro affirme que " des particules radioactives ont t dtectes dans le sud-est delhexagone. Mais en quantit trop faible pour prsenter le moindre danger. "

    Durant toute la priode critique du dbut mai, les autorits semploient convaincre la population de lanormalit de la situation et de linutilit de toute prcaution. Ds le dbut du mois de mai, le SCPRI rdi-ge un " communiqu spcial " qui sera envoy, des jours durant, tous ceux qui sont susceptibles de ren-seigner et de conseiller les Franais : en tout premier lieu aux prfets qui incombe la responsabilit deprendre des mesures pour assurer la protection des personnes, mais aussi aux DDASS, aux centres anti-poisons, aux centres anti-cancreux, aux services de mdecine nuclaire, aux pharmaciens, lINC, auxagences de presse bien sr... et jusqu S.V.P. Le communiqu est trs clair. Laccident de Tchernobyl naaucune incidence en France et ne ncessite absolument aucune prcaution : " Il faudrait imaginer des l -vations dix mille cent mille fois plus importantes pour que commencent se poser des problmessignificatifs dhygine publique. "

    Une lvation dun facteur 10 000 100 000 avant de devoir se proccuper dun dbut de problmesignificatif : la marge est de taille !

    4 Ces rpubliques sovitiques sont devenues indpendantes en 1991. La Bilorussie a alors pris le nom de Blarus.

    Atlas des contaminations radioactives 11 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Forts de cette assurance, les relais locaux vont persuader tous ceux qui sinterrogent de ne rien modifier leurs habitudes. On montre du doigt les mesures conservatoires prises par lItalie, lAllemagne ou la Grcepour limiter lexposition des populations : btail retir des pturages, restriction sur la commercialisationdes aliments risque, conseils de dcontamination, limitation des voyages lEst, etc.

    Le sentiment de scurit est renforc par la publication de cartes mtorologiques montrant que la Franceest protge parun anticyclone. Le SCPRI prcise que " la France, lEspagne, et partiellement, la Grande-B retagne, ont t nettement moins exposes aux retombes de Tchernobyl (moins du tiers en moyenne dureste de lEurope) par suite de la prsence, jusquau 1er mai, dun anticyclone centr sur les A o res puis laFrance (voir cartes mtorologiques [ci-dessous ] 5 ) ". La France naurait t touche que par " la queue "du nuage de Tchernobyl, l o les poussires radioactives taient " dj trs fortement dilues ".

    Au plus fort de la contamination, les cartes qui montrent laction protectrice du bouclier anticycloniquesont transmises aux media qui les relaient auprs de lopinion (cf. par ex. Libration du 2 mai 86). Laforce de ces images a balay beaucoup dinterrogations. Quelques semaines plus tard, le SCPRI prci-sera que " les niveaux relativement les plus levs que lon a mesurs en France se sont toujours situs auvoisinage immdiat des frontires italienne, suisse et allemande." 6

    Ce travail de dsamorage porte ses fruits. Les journaux ne mentionnent quen petits caractres les faiblesquantits de particules qui survolent la France. Le processus aboutit, le 6 mai 1986, au clbre communi-qu du ministre de lAgriculture, alors dirig par Monsieur Franois Guillaume : " Le territoire franais,en raison de son loignement, a t totalement pargn par les retombes de radionuclides conscutives laccident de la centrale de Tchernobyl. aucun moment, les hausses observes de radioactivit nontpos le moindre problme dhygine publique. "

    5 Cartes extraites du communiqu rcapitulatif du SCPRI du 2 juin 1986, intitul " Accident de Tchernobyl " et sign " Pr PierrePellerin, Directeur du SCPRI ".

    6 " Les retombes de Tchernobyl et laction du SCPRI ", Pierre Pellerin, article publi dans la Revue Gnrale du Nuclaire, n3,mai-juin 1986.

    Atlas des contaminations radioactives12 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Les deux phrases pourraient paratre contradictoires comment observer des " hausses de radioactivit "sur un territoire qui a t " totalement parg n " ? En fait, elles retranscrivent prcisment lanalyse duSCPRI, avalise et adopte par les pouvoirs publics : la contamination est si faible, si insignifiante, quilsagit dun "non-vnement". On peut donc considre r que le nuage radioactif na pas touch le ter-r i t o i re franais.

    UN LMENT-CL : LA MESURE DES DPTS AU SOL

    Dans un communiqu de juillet 1986, le SCPRI souligne quil " a trs rgulirement inform les autoritset toutes les principales agences de presse [] par un communiqu quotidien depuis le 29 avril " et pardes " cartes rcapitulatives, tablies successivement les 7, 15 et 30 mai ".

    Le premier bilan cartographique est donc dres-s le 7 mai 7. Le SCPRI prsente son valua-tion de la quantit de radioactivit retombesur le sol franais. Daprs ce service spciali-s, le dpt moyen total peut tre estim 407becquerels par mtre carr de sol (Bq/m2) 8.Ce chiffre tient compte de la prsence de 6radionuclides 9 : liode 131 (218 Bq/m2), letellure 132 (74 Bq/m2), le ruthnium 103 (55,5Bq/m2), le baryum 140 (24 Bq/m2), le csium137 (8,5 Bq/m2) et le csium 134 (4,4 Bq/m2). La carte dtaillant la rpartition spatiale de lacontamination, est diffuse par lAFP et repro-duite le 12 mai par le quotidien Libration(cf. ci-contre). Quatre zones sont distingues.La Bretagne et la Normandie apparaissentcomme les rgions les moins touches avec undpt total infrieur 200 Bq/m2. Dans le sud-est, secteur le plus touch, les retombes res-tent infrieures 1 000 Bq/m2. La Corse sem-ble avoir t oublie.Des 6 radionuclides mesurs par le SCPRI, le csium 137 est celui qui persistera le plus longtemps dansles sols du fait de sa priode radioactive relativement longue (30 ans) 10. Avec un dpt moyen de 8,5Bq/m2, il reprsente 2,1% de lactivit totale mesure par le SCPRI.

    Un second bilan prsente la situation au 15 mai 11 et confirme les ordres de grandeurs. Les chiffres sont enbaisse, ce qui est logique tant donn la dcroissance des produits radioactifs vie courte. Le SCPRIindique que le " niveau actuel de la radioactivit surfacique [est] rduit de moiti environ par rapport celui de la semaine prcdente " : 240 Bq/m2 en moyenne pour lensemble du territoire. La carte que publiele SCPRI (cf. page suivante, carte de gauche) prsente les niveaux de contamination par rgion : les valeurs schelonnent de 500 Bq/m2 dans lEst moins de 100 Bq/m2 dans lOuest.

    Libration 12/05/1986Source AFP- SCPRI

    7 Il est publi dans un communiqu SCPRI dat du 8 mai 1986 (rfrence TX 12539) sous le titre " Premier bilan tabli par leSCPRI aprs laccident de Tchernobyl ".

    8 Dans ce premier communiqu, le SCPRI a exprim les activits en curie (soit 11 millicuries par km2). La semaine daprs, il uti-lisait le becquerel (Bq). Afin de faciliter la comprhension (et puisque le Bq tait dj lunit lgale de mesure de la radioactivi-t), toutes les valeurs ont t converties en becquerels par mtre carr (Bq/m2).

    9 Les rsultats ont t obtenus partir de 2 sries de mesure : la premire comptabilise les dpts du 1 au 2 mai 1986 (les plus impor-tants) ; la seconde, les dpts du 2 au 8 mai 1986. Le lecteur attentif notera que la somme des 6 radionuclides (384 Bq/m2) estlgrement diffrente de la valeur donne par le SCPRI (407 Bq/m2).

    10 La priode radioactive est le temps ncessaire pour que lactivit initiale diminue de moiti. En 30 ans, lactivit du csium 137est divise par 2, en 60 ans par 4, en 90 ans par 8, etc. En 300 ans (ce qui correspond 10 priodes), lactivit initiale est divisepar 1 000. Si la quantit initiale est trs leve, il faut bien plus de 10 priodes pour que la contamination devienne ngligeable.

    11 Second bilan officiel publi le 16 mai 1986 et intitul : " Cartes de la radioactivit sur le territoire franais au 15 mai 1986 ".

    Radioactivit du sol

    Activits exprimes en millions de becquerels par kilomtre carrce qui correspond des becquerels par mtre carr (Bq/m2).

    Atlas des contaminations radioactives 13 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Connaissant la contribution relative des 6 radionuclides mesurs par le SCPRI et leurs priodes radioac-tives respectives 12 , on en dduit que le csium 137 reprsentait le 15 mai, 4,3 % de lactivit totale (prin-cipalement du fait de la diminution de lactivit du tellure 132). Un simple calcul permet ainsi dindiquer,pour chaque rgion, lordre de grandeur des dpts de csium 137. Sur la carte de droite, les rsultats ducalculs sont indiqus en chiffres dactylographis.

    EN FRANCE, AUCUNE PRCAUTION NEST REQUISE

    Se basant sur les valuations du SCPRI, les autorits franaises dcident de ne prendre aucune des contre-mesures disponibles pour limiter les incorporations de radioactivit : aucune recommandation pourviter de rester sous la pluie ni pour empcher les enfants de jouer dehors les premiers jours de mai ; aucu-ne restriction sur la commercialisation des aliments critiques (lait frais, fromage frais, lgumes largesfeuilles, etc.) provenant des zones les plus touches ; aucun conseil aux leveurs pour la mise en stabula-tion du btail et la distribution de grains et de fourrages non contamins ; aucune consigne aux agricul-teurs pour la gestion des cultures et, bien videmment, aucune possibilit dindemnisation pour le retraitdes produits les plus contamins ; aucun conseil aux professionnels les plus exposs (agriculteurs, le-veurs, forestiers, agents de maintenance des systmes de filtration de lair, etc.)

    Bien au contraire, les autorits insistent sur linutilit de toute action prventive, y compris lgarddes enfants ou des femmes enceintes. Quel que soit leur ge, les consommateurs sont encourags nerien changer leurs habitudes alimentaires. Ces recommandations sont rappeles et confirmes deuxreprises par des communiqus du ministre de la Sant, Madame Michle Barzach.

    Si la contamination avait t telle que la dcrivait le SCPRI, cette totale inaction aurait t parfai-tement justifie. Malheureusement pour la population franaise, ce ntait pas le cas.

    12 La priode radioactive du csium 137 est de 30 ans, celle du csium 134 est de 2,06 ans, celle du ruthnium 103 est de 39,3 jours,celle de liode 131 est de 8 jours, celle du tellure 132 est de 3,3 jours et celle du baryum 140 est de 12,8 jours. Si lon effectue lecalcul sans se soucier de la dcroissance de ces radionuclides, en considrant que lactivit du csium 137 est reste inchange,le pourcentage ne serait que de 3,5% (8,5Bq/m2 / 240 Bq/m2) et les valeurs de la carte lgrement infrieures (18 au lieu de 22Bq/m2 dans lEst de la France, 11 au lieu de 13 en Corse). En loccurence, ce sont les ordres de grandeur qui importent.

    Activits totales en Bq/m2. Activits du csium 137 en Bq/m2.

    Atlas des contaminations radioactives14 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

    Carte de France SCPRI des dpts au solActivits totales au 15 mai 1986

    Carte de France des dpts au solActivits du csium 137

    (Valeurs dduites des chiffres SCPRI)

  • Cration de la CRIIRADet dnonciation du mensonge

    MOBILISATION CITOYENNE POUR LE DROIT DE SAVOIR

    quelques exceptions prs, linformation est bien contrle par les services officiels. Michel Chevalet,alors responsable du service scientifique de TF1, se flicite 13 davoir chafaud linformation de concertavec Franois Cogn, lun des responsable du Commissariat lEnergie Atomique (CEA) 14. Celui-ci acontact le journaliste avant mme quil ne tente de le joindre et " pendant plusieurs jours, propos deTchernobyl, [leur] collaboration a t permanente. "

    Cependant, des ractions se font jour. Bien que trs minoritaires, quelques scientifiques prennent la paro-le 15. Certains journalistes commencent prendre du recul et confrontent les discours officiels aux infor-mations qui circulent ltranger. Dans la Drme, un groupe de simples citoyens qui va donner nais-sance la CRIIRAD 16 dcide de vrifier le niveau de contamination de l'environnement. Des prlve-ments deau de pluie, dherbe et de terre sont effectus mais il est difficile de trouver un laboratoire dispo-s analyser les chantillons. Cest finalement le Professeur Robert Braud 17, de lInstitut de PhysiqueNuclaire de Lyon, qui accepte de raliser les analyses et de former les futurs responsables de la CRII-RAD. Laide bnvole de ce scientifique, plus dsireux de savoir que soucieux de sa carrire, a t dter-minante.

    Le rsultat des premiers contrles tonne tout le monde : tous les chantillons sont contamins et lecocktail des produits radioactifs est impressionnant : de liode 131, du csium 134, du csium 137, duruthnium 103, du ruthnium 106, du tellure 13, etc. Le 10 mai, une confrence de presse est organise Lyon. La ralit de la contamination est rendue publique : il ne sagit plus de traces de particules radioac-tives dilues par un anticyclone mais de retombes radioactives qui ont contamin lensemble de la cha-ne alimentaire !

    Ds le lendemain, le directeur du SCPRI, Pierre Pellerin, doit sexpliquer sur TF1 et admettre que la conta-mination de lair a t multiplie par 100, 200, voire 400. Le 12 mai, Libration titre sur " Le mensongeradioactif " mais lampleur du mensonge reste encore dcouvrir. Les chiffres donns par le SCPRI sonten effet trs loin de rendre compte de la ralit 18, mais presque tout le monde lignore.

    Pendant ce temps, dans la Drme, la dynamique est lance. Le 15 mai, une centaine de personnes serunissent au Teil, prs de Montlimar et fondent la CRIIRAD Commission de Recherche etdInformation Indpendantes sur la Radioactivit 19. Lpreuve de force commence. Lassociation multi-plie les runions dinformation et demande le retrait des produits contamins. De son ct, la Prfecturede la Drme conseille aux producteurs de porter plainte contre des extrmistes qui vont les conduire la

    13 Intervention de Michel Chevalet au cours de la runion organise par la Socit Franaise de lEnergie Nuclaire et la SocitFranaise de Radioprotection le 18 juin 1986 Paris, publie dans la Revue Gnrale du Nuclaire, n3, 1986.

    14 M. Cogn tait alors directeur de directeur de lInstitut de Protection et de Sret Nuclaire, structure cre au sein du CEA, untablissement public charg du dveloppement des utilisations civiles et militaires de lnergie nuclaire.

    15 Des membres du GSIEN, Groupement de Scientifiques pour lInformation sur lnergie Nuclaire, (en particulier Roger et BellaBelboch, Monique et Raymond Sen) ou encore le professeur Jean-Marie Martin, du CNRS (Laboratoire de Montrouge).

    16 La CRIIRAD est ne dune mobilisation citoyenne limage de la socit. Lquipe de dpart comprend ainsi Yves Sabatier,responsable dune tuilerie, Franois Mosnier, pilote davion, Michle Rivasi, professeur de biologie, Marie-Laure Rodet, agricul-trice, Jean-Marie Tavan, architecte, Grard Dabbne, lectricien, Philippe Hornick, formateur, Pierre Coulomb, ppiniriste,Christian Courbon, pre au foyer, Alain Crgut, commercial, Catherine Maneval, infirmire, Denise Wolh, mdecin, etc.

    17 La CRIIRAD a galement bnfici de laide de M. Sylvain Vanzetto, assistant du Pr Braud, et de M. Jean-Pierre Manin (CNRS).18 En ralit, lactivit de lair en csium 137 est passe de 0,001 millibecquerel par mtre cube 1,5 becquerel par mtre cube, soit

    une augmentation de plus de 1 million de fois (cf. mesures de J.M. Martin sur la rgion parisienne, zone relativement pargne).19 Les statuts de lassociation sont dposs le 28 mai 1986 la prfecture de la Drme. Dabord commission rgionale dinforma-

    tion indpendante sur la radioactivit, lassociation acquiert rapidement une assise nationale et modifie sa dnomination.

    Atlas des contaminations radioactives 15 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • faillite. Lors du congrs des plantes aromatiques et mdicinales qui se tient dbut juillet, la polmique batson plein. LAdministration soutient que le thym nest pas contamin mais doit sincliner aprs la rali-sation danalyses contradictoires sur des chantillons prlevs en prsence dun huissier.De ces premires confrontations, la CRIIRAD a tir un enseignement qui fera sa spcificit : la ncessitde disposer dun laboratoire spcialis dans les mesures de radioactivit. Dans les mois qui suivent,grce la mobilisation de lopinion publique, lassociation achte une premire chane de dtection parspectromtrie gamma. Son quipement se renforcera au fil des annes, mais la CRIIRAD peut ds lorsmultiplier les contrles sur lenvironnement et la chane alimentaire. Un de ses premiers objectifs serade reconstituer le vritable impact de laccident de Tchernobyl sur le territoire franais.

    La CRIIRAD rvle LES DISCRTES CORRECTIONS DU SCPRI

    Entre le 30 mai 1986 et le 25 juillet 1986,le SCPRI procde des prlvements desol en diffrents sites de France. Sur labase du rsultat de ses analyses, il tablitune nouvelle carte des retombes decsium (csium 134 et csium 137) 20.Les chiffres de ses bilans du mois de maisont revus la hausse et les correctionssont svres : les nouvelles valeurs sont delordre de 100 1 000 fois suprieurs auxpremires valuations ! La moyenne desdpts de csium 137 reus par les diff-rentes rgions slve 1 800 Bq/m2, soitplus de 200 fois la valeur donne en mai1986 (8,5 Bq/m2) !Les prlvements ont t effectus en juin-juillet. Cest beaucoup trop tard : ctaitds les premiers jours de mai 1986 que lesniveaux de contamination devaient trecorrectement apprcis. En situation decrise, il faut valuer les risques en tempsrel et mme les anticiper 21 en tablissantdes scnarios prvisionnels car, pour treefficaces, les contre-mesures doivent treprises dans les meilleurs dlais. Lessentielde la contamination lie lingestion dali-ments contamins par des radionuclidesde courte priode radioactive (liode 131 en particulier) sest effectue dans les 15 premiers jours de mai.Connatre la ralit des chiffres en juillet na plus gure dincidence en terme de radioprotection. Ces pro-duits ont quasiment disparu de la chane alimentaire et il nest plus temps dagir.

    Le plus remarquable est que le SCPRI publie des chiffres totalement incompatibles avec ses premiresmesures... sans donner aucune explication ! Tout se passe comme si les valuations du mois de mai na-vaient jamais exist. On comprend que le SCPRI perde opportunment la mmoire mais comment expli-quer que personne ne lui demande des comptes ?

    20 La carte figure dans le rapport mensuel du SCPRI de mai-juin 1986. Les tableaux de rsultats correspondant ont t publis dansle rapport mensuel de juillet 1986. Les dates de ces rapports sont trompeuses : certaines des analyses quils contiennent sont datesdu 31 juillet 1986. La publication des rapports est donc ncessairement postrieure au mois de juillet.

    21 Ces outils existaient ltranger. Il sagit notamment des limites drives sur lair, les dpts au sol et lactivit du lait que la CRII-RAD a obtenu du National Radiological Protection Board (NRPB), service officiel du Royaume-Uni, quivalent du SCPRI.

    Atlas des contaminations radioactives16 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

    Activitsexprimes en Bq/m2

  • Le service charg de la radioprotection se trompe de plusieurs ordres de grandeurs sur les retombes radio-actives et personne ne ragit ; deux mois plus tard, il multiplie ses propres chiffres par 100 et plus et, l enco-re, cela ne suscite aucune raction : aucun haut fonctionnaire de la DGS 2 2 ne smeut ; pas un seul respon-sable du ministre de la Sant ne sinterroge. On se contente de se gausser des mesures de protection prises ltranger. Il est important de prciser que cette loi du silence na jamais t ro m p u e . Aucun des servicesen charge de la radioprotection et de la sret nuclaire na jamais fait mention des valuations de mai 1986 :tout le monde sest entendu pour occulter le problme et conclure la bonne gestion du dossier par le SCPRI.

    La CRIIRAD rvleLES GRAVES INSUFFISANCES DE LA NOUVELLE CARTE SCPRI

    Les mesures effectues en juin-juillet par le SCPRI sont certes plus proches de la ralit mais une lectureattentive rvle de nombreuses anomalies. Il est clair que les critres requis pour les publications scienti-fiques ne sont pas respects : aucune prcision nest donne sur la mthodologie, en particulier sur la pro-fondeur du prlvement de sol ; de nombreux rsultats ne sont pas localiss : 11 des 42 sites valus nesont reprs que par le nom du dpartement (Landes, Corrze, Haute-Corse, Eure, Haute-Sane, etc.) ;Lorsque plusieurs rsultats figurent (3 pour les Landes, 2 pour lArdche), on ignore sil sagit de mesu-res effectues au mme endroit ou en des sites diffrents.

    Plus proccupant, on sinterroge sur ce que reprsentent les niveaux de csium 137 publis par leS C P R I : les chiffres correspondent-ils au csium 137 rejet par la centrale de Tchernobyl ou au csium137 total (cest--dire la somme des retombes de Tchernobyl et des dpts antrieurs gnrs par lesessais nuclaires ariens) ? Si lon se rfre aux rapports de la communaut europenne 2 3 qui leSCPRI avait transmis ses rsultats , les valeurs correspondent sans incertitude possible, la seulecontribution de Tc h e r n o b y l . Si lon retient cette hypothse, on constate que le SCPRI est le seul labo-ratoire qui trouve un rapport isotopique csium 1 3 7 / c s i u m 134 diffrent de 2 et les valeurs fluc-tuent considrablement : 1 , 4 seulement auVsinet, mais 3,9 Viomnil, dans les Vosges, et13, un chiffre record, en Corrze ! ltranger,mais aussi en France, dans les laboratoires duCNRS et dEDF, tous les chercheurs ont mesur,dans les retombes de Tchernobyl sur l'Europe del'ouest, 2 fois plus de csium 137 que de 134. S iles chiffres du SCPRI correspondent exclusive-ment aux dpts de Tchernobyl, cest que ce ser-vice est incapable dvaluer correctement lactivi-t des csiums.

    Lautre hypothse, cest que le SCPRI na pas sud i ffrencier le csium 137 apport par Tc h e r n o b y l ,du csium 137 dj prsent dans les sols du faitdes retombes des essais nuclaires militaires.Cette version a t rcemment confirme laCRIIRAD par un chercheur europen 2 4. En utili-sant les activits du csium 134 mesures par leSCPRI, il est alors possible dtablir la carte deFrance des dpts de csium 137 de Tc h e r n o b y l(cf. ci-contre). Le calcul est simple : sachant quele csium 134 provient exclusivement deTchernobyl et quil est 2 fois moins abondant que

    22 Direction Gnrale de la Sant dirige lpoque par Monsieur Franois Girard.23 Ainsi le rapport EUR 11523 EN, de 1988 : A preliminary assesment of the radiological impact of the Chernobyl reactor accident

    on the population of the european community. Commission of the European Communities, Radiation protection.24 Information obtenue en octobre 2001 de M. De Cort, chercheur au centre europen dIspre, co-auteur de latlas europen de la

    contamination des sols en csium.

    Carte SCPRI modifie Activits du csium 137 recalcules par la CRIIRAD sur la base

    dun rapport isotopique csium 137 / csium 134 gal 2.

    En noir: csium 134 (chiffre SCPRI)En bleu : csium 137 (= 2 x csium 134)

    Atlas des contaminations radioactives 17 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • le csium 137, il suffit de multiplier par 2 les activits du csium 134 mesures par le SCPRI. Les chiffresdeviennent cohrents du point de vue du rapport isotopique mais les dpts de Tchernobyl sont alors net-tement plus faibles : en Corse, la moyenne nest plus de 3 200 Bq/m2, mais de 1 700 Bq/m2 ; en Alsace,la moyenne nest plus de 4 100 Bq/m2, mais de 3 200 Bq/m2. Au niveau national, la moyenne des moyen -nes rgionales nest plus de 1 800 Bq/m2 mais de 1 270 Bq/m2.

    Plus grave encore, le SCPRI prsente les chiffres quil publie comme des " moyennes rgionales ". Or, lerecensement des analyses qui lui ont servi construire sa carte rvle que la plupart de ces moyennesreposent sur une seule mesure ! Cest, par exemple, le cas de la rgion Provence-Alpes-Cte-dAzur(PACA), rgion pourtant trs contraste, value partir dun seul prlvement, effectu Nice et censreprsenter la contamination des hauteurs du Mercantour comme celle des places de Camargue.. Le cons-tat est le mme pour lAlsace, la Franche-Comt, la Picardie, le Limousin, la Normandie, la Bretagne, leNord Pas-de-Calais... ! Il sera dmontr plus loin que lincidence de cette anomalie est considrable carles dpts de Tchernobyl sont caractriss par une trs forte htrognit.

    Parfois, les erreurs se cumulent. Dans les tableaux danalyse du SCPRI, le rsultat du prlvement eff e c t u Nice, le 1e r juillet est de 3 000 Bq/m2 en csium 137. Sur la carte correspondante, le 3 sest chang en 2 :la " moyenne rgionale " de PA C A passe ainsi de 3 000 2 000 Bq/m2, soit une rduction de 33 %.

    Par ailleurs, les prlvements effectus sur un mme site donnent des rsultats totalement incohre n t s. Cruas, par exemple, une premire valuation rvle un dpt de 35 000 Bq/m2, puis un second contr-le, effectu trois semaines plus tard, nindique plus que 9 100 Bq/m2. tant donn quil faut 30 ans pourque lactivit du csium 137 diminue de moiti, il est impossible quelle soit divise par 3 en seulementquelques semaines !

    Dans plusieurs rgions, ds lors quil sagit de faire la moyenne des rsultats disponibles, les maxima sontsystmatiquement carts ! Le cas de la rgion Rhne-Alpes est exemplaire : le SCPRI annonce un dptmoyen de csium 137 de 5 400 Bq/m2, valeur obtenue partir des 12 rsultats danalyse lists ci-dessous.

    Partant de ces diffrents rsultats et quelles que soient les combinaisons auxquelles on procde ,il est impossible d'aboutir la moyenne de 5 400 Bq/m2 donne par le SCPRI. Si lon fait la moyennede toutes les valeurs disponibles, on obtient 7 725 Bq/m2. Si lon tablit, au pralable, la moyenne dechaque site, ce qui est plus logique, le rsultat est de 7 040 Bq/m2. Pour obtenir une valeur moyenneinfrieure 6 000 Bq/m2, il faut ncessairement carter les maxima de Cruas (35 000 Bq/m2) et delArdche (11 0 0 0 B q / m2) .

    Code SCPRI

    2 MEA

    60CRM

    155STA

    47 BUG

    75TRI

    157CRU

    DI Ardche

    DI Ardche

    Commune

    Maudre

    Creys-Malville

    Saint-Alban

    Bugey

    Tricastin

    Cruas

    ?

    ?

    Dpartement

    Isre

    Isre

    Isre

    Ain

    Drme

    Ardche

    Ardche

    Ardche

    Date

    6 juin14 juin

    1er juillet15 juillet

    17 juin

    17 juin

    16 juin

    18 juin

    17 juin11 juillet

    24 juillet

    24 juillet

    Csium 137

    3 900 Bq/m24 600 Bq/m25 600 Bq/m25 000 Bq/m2

    2 800 Bq/m2

    4 600 Bq/m2

    3 300 Bq/m2

    2 100 Bq/m2

    35 000 Bq/m29 100 Bq/m2

    11 000 Bq/m2

    6 000 Bq/m2

    Moyenne

    4 775 Bq/m2

    2 800 Bq/m2

    4 600 Bq/m2

    3 300 Bq/m2

    2 100 Bq/m2

    22 050 Bq/m2

    11 000 Bq/m2

    6 000 Bq/m2

    Atlas des contaminations radioactives18 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • 1986-1992La CRIIRAD publie ses propres valuations

    UNE PREMIRE APPROCHE THORIQUE

    Ds 1986, la CRIIRAD tablissait une premire carte de France de la contamination, une carte tho-rique mais taye sur des lments concrets : les trajectoires des panaches radioactifs et la pluviosit des5 premiers jours de mai 1986 25 . La contamination du sol devait en effet dpendre du temps de prsencedes panaches radioactifs sur telle ou telle rgion, de leur composition isotopique 26 et de lintensit de lapluie qui augmente considrablement les dpts en lessivant les masses dair contamin.

    Schmatiquement, le territoire franais pouvait ainsi tre divis en trois secteurs :

    louest, du pays Basque laNormandie, la pluie tait trs prsente,mais le nuage de Tchernobyl nest arrivque le 1e r mai et a rapidement reflu ;

    au centre, du Roussillon au Nord Pas-de-Calais, les masses dair contaminsont arrives quelques heures plus tt etreparties quelques heures plus tard,mais il na presque pas plu ;

    lest, par contre, les facteurs pnali-sants se sont conjugus : arrive desmasses dair contamin ds le 29 avril,reflux par le sud-est vers le 5 mai seu-lement et prsence de nombreux piso-des pluvieux.

    Les rsultats de cette approche tho-rique ont t vrifis par des mesuressur des chantillons de foin et de bio-indicateurs comme le thym prlevs endiverses rgions ayant reu des hau-teurs de pluie diffrentes.

    Une ide force se dgageait de ces travaux : on ne devait pas aborder la contamination partir demoyennes nationales ou rgionales, comme le faisaient les autorits, mais en tenant compte de lh-trognit de la contamination : au niveau national, la situation des Landes ou de la Bretagne navaitrien voir avec celle de la Corse, des Alpes ou du Jura ; au niveau rgional, les dpts sur les Alpes-Maritimes taient trs suprieurs ceux des Bouches-du-Rhne ; au niveau dpartemental, les dpts pou-vaient varier seulement quelques kilomtres de distance.

    VALUER LES DPTS PARTIR DE CAROTTAGES DE SOL

    En mettant en lumire lhtrognit des dpts de Tchernobyl, cette premire valuation de la CRII-RAD invalidait compltement ltablissement de moyennes rgionales partir dune ou deux mesures.

    25 La CRIIRAD a achet ces donnes la Mtorologie nationale pour lensemble des stations franaises. Pour la moiti est de laFrance et la Corse, il faudrait intgrer la pluviosit du 29 et 30 avril 1986.

    2 6 Variable selon le moment du rejet et voluant dans le temps avec la dsintgration plus rapide des radionuclides de courte priode.

    Pluviosit du 1er au 5 mai 1986

    Hauteurs deauen millimtres

    Carte CRIIRAD tablie daprs les donnes de la mtorologie nationale

    + de 30 mm

    20 - 30 mm

    10 - 20 mm

    - de 10 mm

    Atlas des contaminations radioactives 19 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Elle contredisait galement le classement tabli par le SCPRI. Daprs la carte de juin-juillet 86, leLanguedoc-Roussillon tait, en effet, aussi touch que la Franche-Comt, un peu plus que la rgionPA C A et bien plus que la Corse. Pour donner davantage de poids ses premires conclusions, la CRII-RAD devait procder des mesures in situ de la radioactivit dpose au sol.

    valuer les dpts plus de deux ans aprs la contamination pose cependant certains problmes. Le solconstitue, bien sr, un compartiment rcepteur qui conserve la mmoire des retombes longtemps aprsque toute trace a disparu de lair et des vgtaux. Il sagit toutefois dun rservoir dynamique, et non dunrceptacle tanche. Pour rsoudre, du moins en partie, ces difficults, un protocole de prlvement parcarottage de sol a t labor 27 et les sites ont t slectionns afin de garantir au mieux la reprsentati-vit des rsultats28. Il sagissait dviter les terrains soumis aux phnomnes daccumulation (ce qui auraitsurvalu les dpts) et, inversement, de limiter les risques de dperdition, ce qui impliquait notammentllimination des terrains cultivs ou pturs. Les sites forestiers ont en outre t systmatiquement car-ts, linterception par la canope induisant des phnomnes complexes 29.

    De 1987 1993, 165 communes ont t values, grce aux fonds propres de lassociation, beaucoupde bnvolat, et aux commandes de certaines collectivits locales. Le rseau est particulirement dense surla rgion Alsace grce ltude confie par le Conseil rgional 30, dont on peut saluer linitiative car trspeu dlus se sont mobiliss pour obtenir des informations plus drangeantes que valorisantes.

    Le csium 134 tant encore mesurable 31, il tait possible de lutiliser pour dterminer la part du csium137 imputable Tchernobyl 32 et celle qui provenait des retombes des essais nuclaires militaires. Leschiffres prsents ci-aprs correspondent aux dpts de 1986 et donc au seul csium 137 de Tchernobyl.

    Lexamen de la carte CRIIRAD reproduite page suivante montre bien la rpartition spatiale des dpts deTchernobyl. Les contrles effectus louest dune ligne Lille / Perpignan sont systmatiquementinfrieurs 2 500 Bq/m2 (sites reprsents par des pastilles de couleur bleue). Vic-en-Bigorre (Hautes-Pyrnes), dans le Tarn-et-Garonne 33, La Rochelle (Charente-Maritime), Le Faouet (Morbihan), lesdpts de csium 137 conscutifs laccident de Tchernobyl sont infrieurs 1 000 Bq/m2. Dans leL o i r- e t - Ch e r, le Loiret 3 4, et le Nord 3 5, les retombes ne dpassent pas 1 500 Bq/m2.

    La zone la plus affecte par les retombes de Tchernobyl recouvre un large tiers est de la France, dela Corse lAlsace-Lorraine. Dans cette bande orientale, prs de la moiti des sites contrls prsentedes dpts de csium 137 suprieurs 5 000 Bq/m2 et plus dun cinquime des sites (22 %) des dptssuprieurs 10 000 Bq/m2. Cette valeur marque la limite au-del de laquelle la communaut europenneclasse les sites dans la catgorie des zones les plus contamines dEurope de louest. En Corse, dans lesAlpes- de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes, le Jura et le Bas-Rhin, des communes ont reu des dptssuprieurs 30 000 Bq/m2.

    27 Le prlvement sur 40 cm de profondeur permet de prendre en compte la migration verticale des radionuclides. Le protocole estdtaill par Bruno Chareyron (page 53 et suivantes).

    28 En labsence de spectromtre portable, aucune vrification de la rpartition de la contamination ntait possible. Les travauxdAndr Paris ont montr que labsence de reprage des zones humides o le csium est facilement lessiv a pu entraner une sous-valuation des dpts.

    29 La canope est susceptible daugmenter le captage, de faon variable selon les espces et la saison, et de ralentir le transfert de laradioactivit (l encore de faon diffrentie, selon que le feuillage est caduque ou persistant).

    30 valuation de la contamination des sols dAlsace, CRIIRAD, 1991. Le Conseil rgional tait alors prsid par M. Alain Richert. Endpit des obstacles mis par les pouvoirs publics, lAlsace fut aussi la premire rgion se doter dun rseau de balises de surveillan-ce de la radioactivit de lair. La Drme, qui sest quipe peu aprs, a d elle aussi affronter lhostilit des services de lt a t .

    31 La priode du csium 134 tant de 2 ans, la moiti de lactivit initiale tait encore prsente en mai 1988, le quart en mai 1990, lehuitime en mai 1992.

    32 Sur la base dun rapport isotopique csium 137 / csium 134 gal 2 en mai 1986 et qui volue dans le temps en fonction despriodes radioactives du csium 134 (2 ans) et du csium 137 (30 ans) et la condition quil ny ait pas dautre source importan-te de csium (les rsultats de carottages proches de Marcoule nont pas t pris en compte du fait de linfluence probable des rejetsde lusine de retraitement).

    33 Mesures effectues la demande du Conseil Gnral de Tarn-et-Garonne pour la ralisation du point zro avant le dmarrage dela centrale nuclaire de Golfech.

    34 tude effectue en 1989, la demande de la municipalit dOrlans, en collaboration avec lACIRAD.35 tude ralise en 1993 la demande du Conseil Rgional du Nord Pas-de-Calais.

    Atlas des contaminations radioactives20 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Contamination des sols par le csium 137valuation des retombes de laccident de Tchernobyl

    Fiche CRIIRAD n2 - Annexe - Novembre 2001.

    Csium 137 en Bq/m2

    Carte tablie par la CRIIRADsur la base de lvaluation de 165 communes contrles entre 1987 et 1993.

    Les chantillons de sol ont tprlevs par carottage(3 par site contrl, quidistants de 1 mtre), laide dun tube mtallique gradu et calibr,par strate de 5 cm dpaisseur,sur une profondeur totale de 40 cm.

    Les analyses par spectromtrie gammaont t effectues par le laboratoire de laCRIIRAD, laide de chanes de mesuresquipes de dtecteurs augermanium hyperpur.

    Atlas des contaminations radioactives 21 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

    Moyenne des dpts de csium 137sur lAlsace : 7 300 Bq/m 2

  • Les cartes tablies par la CRIIRAD prouvent labsurdit des valuations publies par le SCPRI enmai 1986 (8,5 Bq/m2 en moyenne nationale) et la fragilit scientifique de ses rsultats de juin-juillet.

    En Alsace, le dpt moyen de csium 137 est valu 7 400 Bq/m2 (valeur tablie sur la base de 69 carot-tages de sol). Les retombes sont trs htrognes : de 1 000 plus de 30 000 Bq/m2. quelques kilo-mtres de distance, les dpts peuvent varier dun facteur 10. Le SCPRI donne pour sa part, une moyen -ne de 3 200 Bq/m2, base sur une seule mesure, ralise Fessenheim. Ce site na pas t slectionn enfonction de sa reprsentativit vis--vis des retombes radioactives sur lAlsace mais du seul fait de la pr-sence de la centrale nuclaire dEDF. Si la centrale avait t implante quelques kilomtres lest, Meyenheim, par exemple, le SCPRI aurait annonc une moyenne de 1 000 Bq/m2, et de 30 000 Bq/m2 sielle avait t situe prs de Strasbourg.

    En dehors de lAlsace, le nombre de sites contrls par la CRIIRAD est insuffisant pour servir de base ltablissement de moyennes tant donn lhtrognit des dpts. Quelques chiffres sont cependant don-ns ci-dessous, titre indicatif, pour permettre des comparaisons avec les moyennes rgionales du SCPRI 3 6.

    En Corse, o la CRIIRAD a valu 7 sites, les dpts varient de 1 000 32 000 Bq/m2, avec unem o y e n n e de lordre de 10 000 Bq/m2. Le SCPRI annonait, pour sa part, environ 13 Bq/m2 en mai 86,puis 1 700 Bq/m2 en juin-juillet.

    Dans le J u r a, les activits varient de 2 800 Bq/m2 34 600 Bq/m2 et la m o y e n n e des 7 sites contr-ls par la CRIIRAD slve prs de 11 000 Bq/m2. Le SCPRI estimait les dpts de csium 137 envi-ron 22 Bq/m2 en mai 86, puis 3 000 Bq/m2 en juin-juillet (moyenne pour la Franche-Comt).

    En rgion PA C A, le SCPRI annonait 22 Bq/m2 en mai 86, puis 2 000 Bq/m2 en juin-juillet. Les 9sites valus par la CRIIRAD sont situs dans 3 dpartements : les Alpes de Haute Provence, les HautesAlpes et les Alpes maritimes. Les dpts varient de 800 prs de 32 000 Bq/m2, ce qui donnerait unem o y e n n e d e 1 5 0 0 0 B q / m2.

    Fallait-il agirou recommander de ne rien faire ?

    Malgr certaines limites 37, les 169 rsultats obtenus par le laboratoire de la CRIIRAD ont permis dedterminer les ordres de grandeur des dpts radioactifs en fonction de la situation gographiquedes sites et du niveau de pluviosit et de prendre, par consquent, la mesure des risques .

    TOUT UN COCKTAIL DE PRODUITS RADIOACTIFS

    En mai 1986, le csium 137 ntait ni le seul radionuclide, ni le plus abondant : environ une vingtainede produits radioactifs ont t mesurs dans les panaches radioactifs qui ont survol la France. La com-position isotopique de ce cocktail contaminant a volu en fonction du moment du rejet, de lloignement(dpt plus rapide des lments les plus lourds) et du temps coul, lactivit des produits de courte prio-de radioactive diminuant plus rapidement (cf. encadr page ci-contre).

    36 Les chiffres sont issus des documents SCPRI rfrencs plus haut. Pour la validit de la comparaison, seule la part du csium 137de Tchernobyl est prise en compte (activit du csium 137 = activit du csium 134 x 2).

    37 Les rsultats manquent notamment de reprsentativit spatiale (aucune mesure dans le Massif central, le Languedoc-Roussillon,etc) et sous-estiment les dpts. Deux raisons cela : tout dabord, lorsque le csium 134 ntait pas mesurable, son activit a tprise gale 0 et tout le csium 137 a t attribu aux retombes des essais nuclaires. Ensuite, les carottages ont t effectus de2 6 ans aprs la phase de dpts. Or, les suivis effectus en diverses rgions de France montrent quune partie du csium est pro-gressivement limine de la couche superficielle du sol (phnomne qui se rajoute la disparition par dsintgration). Lorsquonvalue le mme site aprs un dlai de 5 ans, on peut constater une dperdition denviron 30 % (avec des carts trs importantsdun site lautre).

    Atlas des contaminations radioactives22 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Les particules radioactives prsentes dans les mas-ses dair contamin se sont progressivement dpo-ses au sol. Deux mcanismes ont jou : les dpts" secs " et les dpts dits " humides ", cest--direassocis la pluie. En se basant sur les rsultatspublis pour lItalie du nord, Monaco 40 et le bassindu Var 41, on peut considrer quil y avait, dans lesdpts au sol 2 fois plus de csium 137 que decsium 134, 2 3 fois plus de csium 137 que deruthnium 106, et, inversement, de 5 10 fois plusdiode 131 que de csium 137 et prs de 2 fois plusde ruthnium 103. Ces valuations sont cohrentesavec celles publies par lUNSCEAR42 .

    Les retombes au sol conditionnent la contamina-tion de toute la chane alimentaire : contaminationdirecte de leau de pluie, des pturages et des cultu-res ; contamination indirecte des produits laitiers etcarns. Une laitue achete le 2 mai sur le march deMandelieu, prs de Cannes, et analyse par le CEA-IPSN prsentait une radioactivit de plus de 7 000Bq/kg avec 12 radionuclides identifis : de liode131, du tellure 132, du ruthnium 103, du ruthnium106, du csium 137, du csium 134, du zirconium95, du baryum 140, etc. Ces rsultats inquitantsncessitaient la mise en place immdiate de contr-les systmatiques et des mesures de protection desconsommateurs. Ce ne fut pas le cas. La population na mme pas t informe et aucun chantillon delgume feuille ne fut analys avant le 22 mai !

    CONTAMINATION NGLIGEABLE OU PROCCUPANTE ?

    La rponse du SCPRI et des pouvoirs publics franais fut catgorique 43 : " il faudrait des lvations dixmille cent mille fois plus importantes pour que commencent se poser des problmes significatifs dhy -gine publique ". Une position appuye sans rserve par le ministre de la Sant qui rappela et confirmaque tous les produits alimentaires sans exception pouvaient tre consomms " sans prcautions particu -lires " et ce " quel que soit lge du consommateur ".

    Pour juger du bien-fond de ces propos, il est intressant dutiliser les outils de gestion des situations decrise labors par le National Radiological Protection Board (NRPB) conformment aux recommanda-tions de la Commission Internationale de Protection Radiologique. Le NRPB est un service officiel, enquelque sorte lquivalent du SCPRI, et le Royaume-Uni un tat nuclaris et soucieux de dfendre cesecteur dactivit. Ainsi, la dmonstration ne pourra tre vacue comme venant dassociations cologis-tes ou de scientifiques anti-nuclaires.

    Priode radioactives

    On peut classer en fonction de leur prioderadioactive 3 8, les radionuclides prsents danslair que respiraient les Franais dans les pre-miers jours de mai 3 9 : plus la priode est cour-te, plus le rythme de disparition est lev :

    Priodes radioactives de lordre de q u e l q u e sheures ou quelques jours : iode 132 (2,3heures), lanthane 140 (1,7 jours), molybdne99m (2,7 jours), tellure 132 (3,3 jours), niobium95 (3,6 jours), iode 131 (8 jours), csium 136( 1 3 , 2 jours), baryum 140 (12,7 jours) ;

    Priodes radioactives de lordre de q u e l q u e ssemaines ou quelques mois : tellure 129m(33,6 jours), crium 141 (32,5 jours), ruthnium103 (39,3 jours), zirconium 95 (64 jours) ;

    Priodes radioactives de lordre de q u e l q u e sa n n e s : argent 110m (250 jours), crium 144(285 jours), ruthnium 106 (1,02 ans),c s i u m 134 (2,1 ans), antimoine 125 (2,7 ans) ;

    Priodes radioactives de lordre de 30 ans oup l u s : strontium 90 (28,5 ans), csium 137 (30ans), plutonium 240 (6 563 ans), plutonium239 (24 100 ans).

    38 Selon " Table of radioactive isotopes ", E. Browne and R. Firestone, Wiley-Interscience, 1986.39 Cf. notamment travaux de Messieurs J.M. Martin et A. J. Thomas, Montrouge, et de M. Schwartz, Strasbourg.40 En labsence de mesures fiables pour la France, on peut se reporter aux mesures de Capra et al. et de Ballestra et al. publies dans

    " Impact radiocologique de laccident de Tchernobyl sur les cosystmes aquatiques continentaux ", L. Foulquier et Y. Baudin-Jaulent, septembre 1989, rapport XI 3522 / 90 FR.

    41 " Premiers rsultats des observations conscutives aux dpts radioactifs de mai 1986 dans le bassin du Var ", Henri Maubert,IPSN-CEACadarache, rapport non publi.

    42 " Sources, effects and risks of ionizing radiation ", United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation, 1988Report to the General Assembly.

    43 Communiqus SCPRI du 2 mai 1986 et du ministre de la Sant du 16 mai 1986.

    Atlas des contaminations radioactives 23 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Impact de TchernobylDpts diode 131 et restrictions sur la commercialisation du lait

    Cette carte a t tablie partir des mesures de sol par carottage effectues par la CRIIRAD. Les dptsdiode 131 ont t dduits des dpts de csium 137, sur la base dun rapport isotopique gal 5 (5 foisplus diode 131 que de csium 137). La littrature donne une fourchette comprise entre 5 et 10. Pour que la dmonstration ne puisse tre conteste, cest la valeur minorante qui a t retenue.

    Les rsultats sont classs en fonction des critres de dcision duNational Radiological Protection Board.

    Les sites figurs en bleu ont reu des dpts diode 131 inf-rieurs 13 000 Bq/m2. Daprs les modlisations du NRPB, le lait provenant de btail pturant dans ces zonespouvait tre commercialis .

    Les sites figurs en jaune ont reu des dpts diode 131 comprisentre 13 000 Bq/m2 et 35 000 Bq/m2. Le lait provenant de ces zones ne devait pas tre utilis pour lalimentation denfants en bas ge.

    Les sites figurs en rouge ont reu des dpts diode compris entre 35 000 Bq/m2 et 100 000 Bq/m2. Le lait provenant de ces zonesne pouvait tre utilis que pour lalimentation des adultes.

    Les sites figurs en noir ont reu des dpts diode suprieurs 100 000 Bq/m2. Le lait provenant de ces zones ne devait pas tre commercialis.

    Iode 131 en Bq/m2

    Atlas des contaminations radioactives24 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Peu avant la catastrophe de Tchernobyl, lEurope recommandait dinterdire, en cas daccident, les alimentsdont la consommation risquait dentraner le dpassement des limites fondamentales de dose fixes par lesdirectives de 1980 et 1984 44 : une limite de 5 millisieverts par an (mSv/an) au corps entier et de 50 mSv/an lorgane (poumon, surfaces osseuses, foie, thyrode, etc) 45.

    En situation durgence radiologique, il faut agir de faon prventive : on ne doit pas attendre que les den-res alimentaires soient sur les tals pour calculer la dose que va provoquer leur consommation et vrifiersi les limites risquent dtre dpasses. Les tats doivent disposer doutils prdictifs permettant dantici-per la contamination des aliments et les doses que recevraient les consommateurs. Le NRPB a ainsi tablides limites 46 concernant les dpts de radioactivit sur les pturages qui permettent de prvoir leniveau de contamination du lait : ds lors que ces limites sont dpasses, il faut recommander aux leveursde rentrer le btail et, si cela est impossible, interdire la commercialisation du lait car sa consommationentranerait le dpassement de la limite de dose la thyrode.

    Pour tenir compte des spcificits anatomiques et physiologiques des enfants, le NRPB avait fix des limi-tes diffrencies en fonction des tranches dge. Pour les enfants de un an, le lait devait tre interdit dslors que les dpts diode 131 sur les pturages atteignaient 13 000 Bq/m2 ; pour les enfants de 10 ans, lalimite tait fixe 35 000 Bq/m2 ; pour les adultes, 98 000 Bq/m2.

    Lorsquon confronte les quantits diode 131 retombes sur le territoire franais aux limites tablies par leNRPB (cf. carte CRIIRAD ci-contre), on constate quune grande partie de la France se trouvait dans lagamme de contamination ncessitant lintervention des pouvoirs publics. Pour assurer la protection destrs jeunes enfants, des ftus et des nourrissons, les autorits devaient interdire la consommation de laitfrais (ou de fromage frais fabriqu partir de ce lait) dans toutes les zones o les dpts diode 131 taientsuprieurs 13 000 Bq/m2 (cest--dire toutes les zones qui ne sont pas en bleu). Si les autorits ne se pr-occupaient que de la protection des adultes, linterdiction ne devait concerner que les zones o les dptsdiode 131 taient suprieurs 100 000 Bq/m2, zones signales en noir. Cette carte montre clairementque protger les enfants cote cher : si lon considre quils ont droit une protection gale celle desadultes (ce qui est un minimum !), le nombre dleveurs indemniser slve considrablement.

    Ces conclusions ne sont pas celles de la CRIIRAD mais dun service officiel qui se contente dappli-quer les dispositifs de radioprotection en vigueur lpoque. Pour le SCPRI, et les pouvoirs publicsfranais, des interventions ne se justifiaient qu des niveaux 10 000 100 000 fois plus levs !

    Incomptence ou intentionnalit ?Faute individuelle ou responsabilit dtat ?

    Service en charge de la surveillance radiologique du territoire, le SCPRI sest tromp, en pleine situa-tion de crise, de plusieurs ordres de grandeur, tant sur lvaluation des dpts radioactifs que sur l-valuation des risques. Si llvation de la contamination avait t " 10 000 100 000 fois " plus impor-tante, la France naurait pas connu, comme le prtendait Monsieur Pellerin, un dbut de problme signifi -catif dhygine publique mais une vritable hcatombe !Les avis quil a rendus sur la situation radiologique de lex-Union sovitique sont de la mme veine. Le29 avril, 3 jours seulement aprs lexplosion du racteur, il affirmait quen Union sovitique il ny a " pasde rel danger, et certainement pas plus loin que 10 20 km au nord de la centrale. " Il a pourtant falluvacuer des zones situes plusieurs centaines de kilomtres de la centrale !

    44 Directives du Conseil du 15 juillet 1980, n80/836/Euratom et du 3 septembre 1984, n84/467 / Euratom.45 Pour le cristallin, la limite tait fixe 30 mSv/an par la directive de 1980, valeur ramene 15 mSv/an en 1984.46 NRPB-DL10 : Derived emergency reference levels for the introduction of countermeasures in the early to intermediate phases of

    emergencies involving the release of radioactive materials to atmosphere National Radiological Protection Board Chilton,Didcot, Oxon OX11 ORQ, mars 1986.

    Atlas des contaminations radioactives 25 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Voies dexposition et contre-mesures

    En cas daccident nuclaire, la protection des populations va dpendre de laptitude des autori-ts analyser rapidement la situation et dterminer si telle ou telle contre-mesure doit tre miseen place afin de limiter les expositions.

    LES VOIES DEXPOSITION

    Lexposition externe (sans contact avec les produits radioactifs) est dabord gnre par les mas-ses dair contamin, puis par les dpts de particules radioactives.

    La contamination externe provient des dpts sur la peau, les cheveux, les vtements. Il estimportant de se laver et de se changer le plus rapidement possible. Toute contamination externepeut devenir interne (doigts ports la bouche, micro-lsions de la peau, etc.)

    La contamination interne peut provenir de linhalation de produits radioactifs en suspensiondans lair (pendant le passage du nuage, et ultrieurement, du fait de la remise en suspension desdpts au sol) ou de lingestion daliments contamins. Toute la chane alimentaire peut treconcerne mais deux catgories de produits frais sont particulirement risque :

    les lgumes feuilles, dautant plus contamins que leur surface de captage est importante(pinards, salades, blettes, poireaux, etc). Le lavage enlve une partie de la contamination,mais une partie seulement car la plante mtabolise rapidement les produits contaminants(phnomne de translocation).

    Le lait, les produits laitiers et, secondairement, la viande. La contamination se produit lors-quon laisse le btail pturer des herbages radioactifs (ou lorsquon le nourrit de grains conta-mins). La contamination des aliments dpend du mtabolisme des animaux : liode se retro-uve prfrentiellement dans le lait, le csium dans les muscles.

    LES CONTRE-MESURES

    Lvacuation permet dloigner temporairement les groupes les plus exposs ;

    Le relogement (cest--dire lvacuation dfinitive) est organis lorsque le niveau dexpositionconduit des niveaux de risque suprieurs au niveau considr comme acceptable ;

    Le confinement (la mise labri) permet de diminuer lirradiation externe (les murs servent d-cran) et linhalation de produits radioactifs (une protection qui reste forcment provisoire car lairdoit se renouveler) ;

    Les protections respiratoires (des cartouches spciales permettent de filtrer les produits vola-tils et les gaz que narrtent pas de simples masques en papier) ;

    La dcontamination des personnes, des quipements et des structures (dcontamination desbacs sable o jouent de jeunes enfants recommande en Allemagne, par exemple) ;

    Le contrle des entres et des sorties des zones contamines ;

    Ladministration diode stable permet de saturer la glande thyrode ( condition dagir trs rapi-dement, si possible prventivement) ;

    La mise en stabulation du btail et la fourniture de fourrages non contamins ;

    Llimination des aliments contamins au-del des limites (plus la limite est basse, meilleureest la protection, mais la quantit de produits liminer et de producteurs indemniser augmen-te en consquence).

    LES SEUILS DINTERVENTION

    La contamination nentrane pas automatiquement la mise en uvre des mesures de protection. La distribution de comprims diode stable afin de saturer la thyrode et de limiter la fixation dioderadioactif, ne doit tre mise en uvre que si les autorits prvoient que les populations recevrontdes doses suprieures au seuil dintervention, soit 100 milligrays. Pour 100 000 personnes expo-ses, cette dose reprsente 80 cancers de la thyrode radio-induits (calcul bas sur les coeff i c i e n t set hypothses rglementaires). La rglementation exige que les responsables justifient leur dcisiondintervenir et non leur inaction.

    Atlas des contaminations radioactives26 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel

  • Le 2 mai, le SCPRI publiait un nouveau communiqu conseillant aux Franais de maintenirleurs voya-ges touristiques en URSS ! cette date, les autorits sovitiques venaient dinterrompre le dversementde sable et de bore sur le racteur de crainte que le toit ne seffondre et les rejets de radioactivit aug-mentaient nouveau ! La situation ne sera " matrise " que le 6 mai.

    Limportance des erreurs oblige sinterroger sur leur intentionnalit et sur ltendue des respon-sabilits. Est-il possible de se tromper ce point dans lvaluation de la contamination et des risquesencourus ? Cela supposerait une totale incomptence, tant en mtrologie quen radioprotection. Commelcrivait, lpoque, son directeur, le SCPRI tait dsign, depuis 1969, par lOrganisation Mondiale dela Sant comme " Centre International de Rfrence pour la recherche sur la radioactivit de lenviron -nement ". Si lon considre que le jugement de lOMS est fiable, on doit exclure lincomptence. Ne res-terait alors que lacte dlibr, et par consquent le mensonge (quelles quen soient les motivations :volont de rassurer tout prix, souci de protger limage de marque de lindustrie nuclaire, refus de croi-re la nocivit des faibles doses de rayonnements...).

    Le directeur du SCPRI a-t-il diffus des chiffres errons de sa propre initiative, linsu des autorits, ou enaccord avec elles, voire leur demande expresse ? Dterminer la responsabilit exacte des pouvoirs publicsest chose malaise mais il est certain que tous les dysfonctionnements ne peuvent tre imputs un seul ser-vice, voire un seul homme. Qui croira quun haut fonctionnaire puisse agir sa guise, sans avoir rend-re compte sa hirarchie, sans que son travail ne soit soumis aucun contrle ? Si tel tait le cas, la fautedu ministre de la Sant, ministre de tutelle du SCPRI, nen serait pas moins lourde : la protection radiolo-gique des populations nest pas un dossier que lon sous-traite et dont on se lave les mains.Dans le dossier Tchernobyl, la sant na pas t une priorit et ce choix sest traduit au plus hautniveau de ltat. Fait significatif, cest le Ministre de lIndustrie qui a jou un rle prpondrant dans lagestion de la crise et linformation des Franais. La Sant, lEnvironnement, les Consommateurs sont pas-ss au second plan. Le fait que la France soit un tat nuclaris, soucieux de protger le dveloppementde son industrie nationale a manifestement prvalu sur les enjeux sanitaires.

    La responsabilit du gouvernement nexclut pas celle de la communaut scientifique , de tous ceux quiavaient des moyens de mesure et qui sont rests, de rares exceptions, singulirement silencieux. Ilsauraient pu corriger les valuations du SCPRI. Ils nen ont rien fait bien au contraire. Cest en particu-lier le cas du Commissariat lEnergie Atomique (CEA), souvent cit comme partie prenante du disposi-tif officiel d'information et qui sest exprim par lintermdiaire de son Institut, lIPSN.

    Dans un rapport dat de septembre 1989 4 7, le CEA-IPSN affirme quen ce qui concerne le csium 137, l eniveau de contamination maximum du sud-est de la France est de 1 000 Bq/m2, un chiffre quil com-pare, notamment, aux maxima de 59 000 et 80 0 0 0 B q / m2 mesurs dans le nord de lItalie. Assurment, lesud-est de la France a t pargn par Tchernobyl. O r, peu prs la mme poque, la CRIIRAD obtient, par surprise 4 8, de ce mme organisme, un rapportbien diffrent, portant sur le bassin du Va r. Sappuyant sur une trentaine de points de contrle, lauteur,Monsieur Henri Maubert, fait tat de dpts de csium 137 variant de 1 800 38 000 Bq/m2 (et jusqu63 000 Bq/m2 dans le site forestier du Boron). Toutes ces valeurs sont, sans exception aucune, trs nette-ment suprieures 1 000 Bq/m2 ! Le premier rapport, mensonger mais politiquement correct, a bnficidu soutien de lEurope et a t largement diffus ; le second rapport, malgr ses qualits ou cause del-les , na jamais t publi et a mme t gomm des rfrences bibliographiques de lIPSN.

    Si le mensonge de Tchernobyl a pu prosprer, cest quil ntait pas le fait dun lectron libre, ft-ildirecteur du SCPRI, mais quil tait scrt par tout un systme. Monsieur Pierre Pellerin est parti la retraite avec tous les honneurs dus un bon serviteur de ltat et ses successeurs sefforcentdepuis lors de prserver lhritage. Les pages qui suivent vont le dmontrer.

    47 Impact radioologique de laccident de Tchernobyl sur les cosystmes aquatiques continentaux , L. Foulquier, Y. Baudin-Jaulent, septembre 1989, laboratoire de radiocologie des eaux continentales du CEN Cadarache. Rapport XI 3522 / 90 FRpubli par la Commission des communauts europenne (radioprotection 50).

    48 Au cours dune runion publique, la prsidente de la CRIIRAD, Michle Rivasi, a mis au dfi le reprsentant du CEACadarachede lui remettre le rapport quil tenait entre les mains. Devant la raction du public, le rapport a t obtenu mais la premire pagea dabord t arrache. Seuls le titre et lauteur peuvent tre indiqus : " Premiers rsultats des observations conscutives auxdpts radioactifs de mai 1986 dans le bassin du Var ", Henri Maubert.

    Atlas des contaminations radioactives 27 CRIIRADet Andr Paris, d. Yves Michel