LES TEMPS DIFFICILES - .Charles Dickens LES TEMPS DIFFICILES Première publication 1854 Traduction

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Charles Dickens

LES TEMPS DIFFICILES

Premire publication 1854 Traduction William Hugues, sous la direction de P. Lorain

dition Hachette et cie 1880

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Table des matires

CHAPITRE PREMIER. La seule chose ncessaire..................4

CHAPITRE II. Le massacre des innocents. .............................6

CHAPITRE III. Une crevasse................................................. 15

CHAPITRE IV. Monsieur Bounderby....................................22

CHAPITRE V. La tonique. .....................................................33

CHAPITRE VI. le cirque de Sleary. .......................................42

CHAPITRE VII. Madame Sparsit. .........................................63

CHAPITRE VIII. Il ne faut jamais stonner. ........................73

CHAPITRE IX. Les progrs de Sissy. ....................................82

CHAPITRE X. tienne Blackpool..........................................94

CHAPITRE XI. Pas moyen den sortir.................................103

CHAPITRE XII. La vieille. ....................................................115

CHAPITRE XIII. Rachel. ..................................................... 123

CHAPITRE XIV. Le grand manufacturier........................... 135

CHAPITRE XV. Pre et fille................................................. 143

CHAPITRE XVI. Mari et femme.......................................... 155

CHAPITRE XVII. Effets dans la banque. ............................ 164

CHAPITRE XVIII. M. James Harthouse.............................184

CHAPITRE XIX. Le Roquet................................................. 196

CHAPITRE XX. Les frres et amis. .................................... 204

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CHAPITRE XXI. Ouvriers et matres. ................................. 215

CHAPITRE XXII. La disparition. ........................................226

CHAPITRE XXIII. Poudre canon. ....................................245

CHAPITRE XXIV. Explosion...............................................264

CHAPITRE XXV. Pour en finir........................................... 284

CHAPITRE XXVI. Lescalier de madame Sparsit. ..............297

CHAPITRE XXVII. Plus bas, toujours plus bas. ................ 304

CHAPITRE XXVIII. La culbute. ..........................................318

CHAPITRE XXIX. Il fallait encore autre chose...................325

CHAPITRE XXX. Trs-ridicule. ..........................................335

CHAPITRE XXXI. Trs-dcisif............................................350

CHAPITRE XXXII. Perdu....................................................363

CHAPITRE XXXIII. Retrouv. ............................................ 377

CHAPITRE XXXIV. Clair de lune....................................... 390

CHAPITRE XXXV. Chasse au roquet. ................................ 405

CHAPITRE XXXVI. Philosophique. ....................................423

CHAPITRE XXXVII. Final...................................................433

propos de cette dition lectronique................................. 441

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CHAPITRE PREMIER.

La seule chose ncessaire.

Or, ce que je veux, ce sont des faits. Enseignez des faits

ces garons et ces filles, rien que des faits. Les faits sont la seule chose dont on ait besoin ici-bas. Ne plantez pas autre chose et dracinez-moi tout le reste. Ce nest quau moyen des faits quon forme lesprit dun animal qui raisonne : le reste ne lui servira jamais de rien. Cest daprs ce principe que jlve mes propres enfants, et cest daprs ce principe que jlve les enfants que voil. Attachez-vous aux faits, monsieur !

La scne se passe dans une salle dcole nue, monotone et

spulcrale, et le petit doigt carr de lorateur donnait de lnergie ses observations en soulignant chaque sentence sur la manche du matre dcole. Lnergie tait encore augmente par le front imposant de lorateur, mur carr qui avait les sourcils pour base, tandis que les yeux trouvaient un logement commode dans deux caves obscures, ombrages par le mur en question ; lnergie tait encore augmente par la bouche large, mince et svre de lorateur ; lnergie tait encore augmente par le ton inflexible, dur et dictatorial de lorateur ; lnergie tait encore augmente par les cheveux de lorateur, lesquels se hrissaient sur les cts de sa tte chauve, ainsi quune plantation de pins destine prserver du vent la surface luisante du crne, couverte dautant de bosses que la crote dun chausson de pommes, comme si cette tte et peine trouv assez de place dans ses magasins pour loger tous les faits solides entasss lintrieur. Lallure obstine, lhabit carr, les jambes carres, les paules carre de lorateur, voire mme sa cravate, dresse le prendre la gorge avec une treinte peu

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accommodante, comme un fait opinitre, tout contribuait augmenter encore lnergie.

Dans cette vie, nous navons besoin que de faits,

monsieur, rien que de faits ! Lorateur et le matre dcole, et le troisime personnage

adulte qui se trouvait en scne, reculrent un peu pour mieux envelopper dans un coup dil rapide le plan inclin o lon voyait rangs en ordre les petits vases humains dans lesquels il ny avait plus qu verser des faits jusqu ce quils en fussent remplis pleins bords.

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CHAPITRE II.

Le massacre des innocents.

Thomas Gradgrind, monsieur ! Lhomme des ralits ;

lhomme des faits et des calculs ; lhomme qui procde daprs le principe que deux et deux font quatre et rien de plus, et quaucun raisonnement namnera jamais concder une fraction en sus ; Tho mas Gradgrind, monsieur (appuyez sur le nom de baptme Thomas), Tho mas Gradgrind ! Avec une rgle et des balances, et une table de multiplication dans la poche, monsieur, toujours prt peser ou mesurer le premier colis humain venu, et vous en donner exactement la jauge. Simple question de chiffres que cela, simple opration arithmtique ! Vous pourriez vous flatter de faire entrer quelque absurdit contraire dans la tte dun Georges Gradgrind, ou dun Auguste Gradgrind, ou dun John Gradgrind, ou dun Joseph Gradgrind (tous personnages fictifs qui nont pas dexistence), mais non pas dans celle de Thomas Gradgrind ; non, non, monsieur, impossible !

Cest en ces termes que M. Gradgrind ne manquait jamais

de se prsenter mentalement, soit au cercle de ses connaissances intimes, soit au public en gnral. Cest en ces termes aussi que Thomas Gradgrind, remplaant seulement par les mots filles et garons celui de monsieur, vient de se prsenter lui-mme, Thomas Gradgrind, aux petites cruches alignes devant lui pour tre remplies de faits jusquau goulot.

Et vraiment, tandis quil les contemple curieusement du

fond de ces caves ci-dessus mentionnes, il a lui-mme lair dune espce de canon bourr, jusqu la gueule, de faits quil

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sapprte envoyer, au moyen dune seule explosion, bien au del des rgions que connat lenfance. Il a lair dune batterie galvanique charge de quelque mauvaise prparation mcanique destine remplacer dans lesprit des enfants la jeune et tendre imagination quil sagit de rduire en poudre.

Fille numro vingt, dit M. Gradgrind indiquant

carrment, avec son index carr, la personne dsigne ; je ne connais pas cette fille. Qui est cette fille ?

Sissy Jupe, monsieur, rpondit le numro vingt,

rougissant, se levant et faisant une rvrence. Sissy ? Ce nest pas un nom, a, dit M. Gradgrind. Vous

ne vous nommez pas Sissy, vous vous nommez Ccile. Cest papa qui me nomme Sissy, monsieur, rpondit

lenfant dune voix tremblante et avec une nouvelle rvrence. Il a tort, rpliqua M. Gradgrind. Dites-le-lui. Ccile

Jupe : voil votre nom. Voyons un peu Que fait votre pre ? Il est cuyer, artiste au cirque, sil vous plat, monsieur. M. Gradgrind frona le sourcil, et, dun geste de sa main,

repoussa cette profession inconvenante. Nous ne voulons rien savoir de ces choses-l ici. Il ne faut

point nous parler de ces choses-l ici. Votre pre dompte les chevaux vicieux, nest-ce pas ?

Oui, monsieur ; sil vous plat ; quand nous trouvons

quelque chose dompter, nous le domptons dans le mange.

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Il ne faut pas nous parler de mange ici ; cest entendu. Dsignez votre pre comme un dompteur de chevaux. Il soigne aussi les chevaux malades, sans doute ?

Oui, monsieur. Trs-bien. Cest un vtrinaire, un marchal ferrant et un

dompteur de chevaux. Donnez-moi votre dfinition du cheval. (Grande terreur prouve par Sissy Jupe cette demande.) Fille numro vingt incapable de dfinir un cheval ! scria

M. Gradgrind pour ldification de toutes les petites cruches en gnral. Fille numro vingt ne possdant aucun fait relatif au plus vulgaire des animaux ! Allons, quun des garons me donne sa dfinition du cheval. Bitzer, la vtre ?

Lindex carr, aprs stre promen et l, tait venu

soudain sabattre sur Bitzer, peut-tre parce que celui-ci se trouvait par hasard expos au mme rayon de soleil qui, slanant par une des croises nues dune salle badigeonne de faon faire mal aux yeux, rpandait une vive clart sur Sissy ; car les filles et les garons taient assis sur toute ltendue du plan inclin en deux corps darme compactes diviss au centre par un troit espace, et Sissy, place au coin dun banc sur le ct expos au soleil, profitait du commencement dun rayon dont Bitzer