L'Imaginaire. Sartre

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  • Philo-uvres Collection dirige par Jean-Pierre Zarader

    L'Imaginaire Sartre

    Philippe Cabestan Agrg et docteur en philosophie

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  • Dans la mme collection

    Aristote, Politique, par Ren Lefebvre Hegel, Phnomnologie de Vesprit, par Pierre-Jean Labarrire Hegel, Science de la logique, par Gwendoline Jarczyk Sartre, L'Imaginaire, par Philippe Cabestan Spinoza, thique, par Pascal Svrac

    A paratre : Aristote, thique Nicomaque, par Pierre Destr Fichte, Doctrine de la science de 1794, par Jean-Christophe Goddard Husserl, La Krisis, par Vincent Grard Kant, Critique de la facult djuger. Le beau et le sublime, par Jean-Christophe Goddard Leibniz, De la drivation des choses partir de leur racine, par Fabrice Foubet Nietzsche, Par-del bien et mal, par Pierre Hber-Suffrin Weil, Philosophie morale, par Mireille Depadt

    ISBN 2-7298-5867-9

    ellipses / dition marketing S.A., 1999 32 rue Bargue, Paris (15e).

    La loi du 11 mars 1957 n'autorisant aux termes des alinas 2 et 3 de l'Article 41, d'une part, que les copies ou reproductions strictement rserves l'usage priv du copiste et non destines une utilisation collective , et d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, toute reprsentation ou reproduction intgrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite . (Alina 1er de l'Article 40). Cette reprsentation ou reproduction, par quelque procd que ce soit, sans autorisation de l'diteur ou du Centre franais d'Exploitation du Droit de Copie (3, rue Hautefeuille, 75006 Paris), constituerait donc une contrefaon sanctionne par les Articles 425 et suivants du Code pnal.

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  • Sommaire

    L'uvre 5 Remarque mthodologique 6 Quelles sont les caractristiques de l'image ? 7

    I - Premire caractristique 7 II - Deuxime caractristique 7 III - Troisime et quatrime caractristique 8

    Les images sont-elles toutes de la mme famille ? 10 Quelle est la matire de l'image mentale ? 15

    I - De la dgradation du savoir pur en savoir imageant 15 II - La matire de la conscience imageante : affectivit, mouvement et langage 16

    Pourquoi la conscience imagine-t-elle ? 19 I - Quel est le rle de l'image dans la vie psychique ? 19 II - quoi bon imaginer ? 21

    Vivre dans l'imaginaire 23 I - Objets et sentiments imaginaires 23 II - L'hallucination 27 III - Le rve 30

    Peut-on concevoir une conscience sans imagination ? 34 Les uvres d'art existent-elles ? 37

    Textes comments 39 I. Qu'est-ce qu'une image ? 40 II. L'image et le concept 42 III. Sentiment vrai et sentiment imaginaire 44 IV. Le rve 46 V. Imagination et libert 48 VI. Qu'est-ce qu'un tableau ? 50 VII. Le paradoxe du comdien 52

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  • 4 L'Imaginaire de Jean-Paul Sartre

    Vocabulaire 55 Algie Analyse, synthse Associationnisme Conscience Endophasie Entoptique Btre-dans-le-monde Formes faibles Intentionnalit Kinesthses Monodisme Nantisation Phnomnologie Phosphene Psychasthenie Psychologie phnomnologique Rflexion Situation Synesthsie, synopsie Transcendance

    Bibliographie 64

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  • 6 L'Imaginaire de Jean-Paul Sartre

    Remarque mthodologique

    Lorsque Sartre publie en 1940 L'Imaginaire1, il n'est certes pas encore l'auteur de L'tre et le Nant, qui paratra trois ans plus tard en 1943, mais il a dj crit en tant que philosophe deux textes relativement importants en dpit de leur brivet : La Transcendance de l'ego (1936) et Esquisse d'une thorie des motions (1939). Dans chacun de ces ouvrages Sartre se rclame de la phnomnologie, et L'Imaginaire pour sa part, comme l'indique son sous-titre, se veut une Psychologie phnomnologique de l'imagination .

    Comme on le sait, pour la phnomnologie toute conscience est intentionnelle. Qu'elle peroive ou imagine, qu'elle soit mue ou dsirante, la conscience est toujours conscience de quelque chose qui est peru, imagin, ador, ha, dsir, etc. Aussi une psychologie phnomnologique, comme l'affirme dj Husserl, est une psychologie intentionnelle attentive, par consquent, cette structure fondamentale de la conscience. C'est pourquoi L'Imaginaire se propose de dgager la structure intentionnelle de l'image (p. 13), c'est--dire de dcrire les caractres essentiels de l'image en tant que structure de la conscience qui, en l'occurrence, est bien conscience de quelque chose puisqu'elle est conscience d*image ou conscience imageante. Pour mener bien une telle description, la mthode est apparemment simple : produire en nous des images, rflchir sur ces images, les dcrire, c'est--dire tenter de dterminer et de classer leurs caractres distinctifs (p. 17).

    Ne confondons pas toutefois cette rflexion avec l'introspection. Celle-ci cherche fixer des faits empiriques : tandis que j'imagine tel ou tel monument, le Panthon par exemple, je remarque que je me le reprsente en gnral de face ; celle-l veut saisir l'essence de l'image et, par consquent, vise tablir ce qu'est ncessairement toute conscience d'image, c'est--dire les caractres universels de la conscience d'image. Appliquons prsent la mthode et demandons-nous quels sont ces diffrents caractres qui constituent l'essence de la conscience imageante.

    1. Pour toute citation de L'Imaginaire nous indiquons entre parenthses le numro de la page de l'dition Gallimard de L'Imaginaire, collection de poche Folio/Essais, 1986.

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  • L'uvre 7

    Quelles sont les caractristiques de l'image ?

    L Premire caractristique Sartre dnonce une erreur trs commune qui est non seulement celle du

    sens commun mais aussi des psychologues et des philosophes, et qui consiste se reprsenter la conscience comme un rceptacle, une sorte de bote, ainsi qu' ne pas distinguer l'image et l'objet de l'image. Telle est l'illusion d'immanence (p. 17) du latin immanere rsider dans qui met l'image dans la conscience, comme si elle tait un petit tableau dans l'espace de la conscience, et, en mme temps, l'objet de l'image dans l'image. Au contraire, la description rigoureuse de la structure intentionnelle de l'image nous impose de distinguer l'objet auquel se rapporte la conscience qui imagine, et l'image de cet objet. Par exemple, cette chaise que je perois, je puis galement, fermant les yeux, l'imaginer. Il est clair que cette chaise n'est ni dans un cas ni dans l'autre dans la conscience. Contre l'illusion d'immanence il faut affirmer le caractre transcendant de la chaise. En outre, nous ne devons pas nous laisser abuser par le langage, et mme si le terme d'image ou l'expression d'image mentale invitent faire de celle-ci une chose dans la conscience, il nous faut comprendre que l'image est un certain type de conscience de mme la perception est un certain type de conscience, elle est la conscience perceptive d'un objet transcendant (la chaise) , et qu'une conscience qui imagine est une conscience qui vise d'une manire spcifique l'objet (la chaise) qu'elle imagine. l'instar de la perception qui est perception de quelque chose, de l'affectivit o j'ai peur de quelque chose, l'image n'est pas une chose mais un rapport : elle est la conscience imageante de quelque chose.

    //. Deuxime caractristique Pour comprendre cette deuxime caractristique de la conscience

    imageante, le plus simple est de partir d'une comparaison sommaire de la perception et du savoir, de la conscience en tant qu'elle peroit et de la conscience en tant qu'elle conoit.

    Rappelant l'analyse de la perception d'un cube par le philosophe Alain dans ses lments de philosophie dont je ne puis jamais voir que

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  • 8 L'Imaginaire de Jean-Paul Sartre

    trois faces la fois, Sartre souligne la ncessit de faire le tour des objets (p. 23) que l'on peroit si l'on veut les connatre. En effet, lorsque je perois un objet, celui-ci ne m'est jamais d'emble donn mais seulement de manire progressive travers une srie de profils, d'esquisses (Abschattungen) qu'il me faut parcourir. l'oppos, l'ide de cube m'est donne d'un coup dans un seul acte de conscience. Il ne m'est nullement ncessaire de l'examiner en dtail pour m'assurer que c'est bien l l'ide de cube. On remarque alors que l'image du cube semble participer et de la perception et de la conception du cube. Mieux, elle est un acte synthtique qui unit des lments plus proprement reprsentatifs un savoir concret, non imagin (p. 25). En effet, l'image se rapproche de la perception puisqu'en elle l'objet se donne galement sous un certain profil : lorsque j'imagine une chaise, je l'imagine ncessairement en la saisissant de face, de biais, par en dessous, etc. Mais tandis que dans la perception chaque nouveau profil envisag me confirme qu'il s'agit bien l d'une chaise et m'en dcouvre des lments nouveaux, l'un de ses pieds est abm par exemple, en revanche je peux garder aussi longtemps que je veux une image sous ma vue : je n'y trouverai jamais que ce que j'y ai mis (p. 25). Ainsi, observez tant que vous voudrez une image, elle ne vous apprendra rien. Tandis que l'observation de la chaise que je perois m'en dcouvre une infinit de dtails, je sais d'emble si la chaise que j'imagine a un pied dtrior. Ceci n'est gure tonnant puisque j'imagine partir d'un certain savoir les caractristiques de l'objet imagin. Je ne puis donc pas, proprement parler, observer l'image que je forme et mon attitude ne peut tre qu'une attitude de qu