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Théophile Gautier (2e édition) par Maxime Du Camp,... Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Maxime du Camp, Théophile Gautier

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La figura de Gautier, hoy quizás demasiado olvidada, articuló el mundo de la cultura parisina durante las décadas centrales del siglo XIX. Este estudio corre a cargo de uno de los escritores que mejor lo conoció: Maxime du Camp

Text of Maxime du Camp, Théophile Gautier

  • Thophile Gautier (2edition) par Maxime Du

    Camp,...

    Source gallica.bnf.fr / Bibliothque nationale de France

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  • Du Camp, Maxime (1822-1894). Thophile Gautier (2e dition) par Maxime Du Camp,.... 1895.

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  • LES GRANDS CRIVAINS FRANAIS

    THOPHILEGALTIER-?

    PARr

    MAXIME DU CAMP

  • THOPHILE GAUTIER

  • VOLUMES DE LA COLLECTION DJ PARUS

    VICTOR COUSIN, par M. Jules Simon, de l'Acadmie franaise.

    MADAME DE SYIGNE, par M. Gaston Huissier, de l'Acadmie franaise.

    MONTESQUIEU, par M. Allicn Sorel, de l'Institut.

    CKOKGE SAND, par M. E. Ctiro, de l'Acadmie franaise.

    TUUGOT, par M. Lon Stiy, dput, de l'Acadniie franaise.

    TIIIERS, par M. P. de limusal, snateur, de l'Institut.

    D'ALEMIIERT, par M. Joseph Bertrand, de l'Acadmie franaise, secrtaire

    perptuel de l'Acadmie des sciences.

    VAUVENARGUES, par M. Mnurirr. Paleolugue.

    MADAME DE STAL, par M. Albert Sont, de l'Institut.

    THOPHILE GAUTIER, par M. Maxime Du Camp, de l'Acadmie franaise.

    HERNARDIN DE SAINT-PIERRE, par M. Annie Rnrine.

    MADAME DE LA FAYETTE, par le comte dlloussomtlle, de l'Acadmie

    franaise.

    MIHABEAU, par M. Edmond Housse, de l'Acadmie franaise.

    RUTEBEUF, par M. Clc'dat, professeur de Facult.

    STENDHAL, par M. Edouard Uad.

    ALFRED DE VIGNY, par M. Uourire Polcologue.

    BOILEAU, par M. G. Lanson.

    CHATEAL'URIAND, par M. de Leseure.

    FNELON, par M. Paul Jana, de l'Institut.

    SAINT-SIMON, par M. Gastun Boissier, de l'Acadmie franaise.

    RABELAIS, par M. Eeiii Millet.

    J.-J. ROUSSEAU, par M. Arthur Chuauel.

    LESAGE, par M. Eugne Lintilhae.

    DESCAHTES, par M. Alfred Fouille.

    VICTOR HUGO, par M. LopoU lUbilleau.

    ALFRED DE MUSSET, par M. Anide Barine.

    JOSEPH DE MAISTRE, par M. George Cogordan.

    FROISSART, par Mme Mary Dnrmestaer.

    DIDEROT, par M. Joseph Keinath.

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    Chaque volume, rtt'CC un portrait en liliografure (r

    Coulommiers. Imp. Paci. IiRODARD. COJ-9'i.

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  • LES GRANDS CRIVAINS FRANAIS

    THEOPHILE GAUTIER1'Ali

    MAXIME DU CAMP

    DE L'ACADMIE FRANAISE

    Etl tout quelque chose comme trois cents volumes, ce qui fait que tout lu monde

    m'appelle paresseux et me demande quoije m'occupe.

    et, rno quoi

    (Thophile Gautieu.)

    DEUXIEME EDITION

    PARISLIBRAIRIE HACHETTE ET Gic

    79, nouLEVAisn saint-germain, 79

    1895

    Uni; La de lra.jur.ajou et do lepimud o lcem:

  • THOPHILE GAUTIER

    CHAPITRE 1

    LA JEUNESSE

    Thophile Gautier a t le type de ce que lesrdacteurs en catalogues de librairie nomment un

    polygraphe. C'tait un crivain, au large sens du

    mot; il n'a pas imit ces gens de lettres qui, parstrilit ou par got, se cantonnent dans une spcia-lit dont ils prennent tellement l'habitude, qu'il leurest impossible d'en sortir et qui se trouvent dpayssds qu'ils ne sont plus dans leur domaine ordinaire.Pour lui, le champ, le vaste champ de la littrature,n'eut pas de terrains inconnus. Plus et mieux que Pic.de la Mirandole, il aurait pu offrir le combat, tout

    venant, pour discuter de orniti re scibili et quibusdemaius, car, au cours de son existence, il en a sans

    cesse dissert, ]a plume la main. Lorsque l'on

    regarde l'ensemble de son uvre, produit de qua-rante annes de travail, on reste surpris et respec-

  • 6 THOPHILE GAUTIER.

    tueux d'un si considrable labeur qui s'est tendu

    sa.ns difficult sur des sujets dont la diversit est

    prodigieuse et qu'ila traits toujours avec origina-

    lit, souvent avec la supriorit d'un matre.

    Dans le renouveau littraire dont Chateaubriand

    fut le prcurseur, ThophileGautier marche au pre-

    mier rang, brandissant sa bonne plumede Tolde,

    comme l'on disait au temps des batailles roman-

    tiques, ne cdant le pas personne, se jetant au

    plus fort de la mle, faisant facede toutes parts

    et redoublant d'audace sous les invectives dont la

    nouvelle cole tait l'objet. Il est rest fidle aux

    croyances de sa jeunesse; dans les derniresannes

    de sa vie, annes lourdes et parfois pnibles, son

    cur battait plus vite et son teint s'animait lorsqu'il

    parlait de la premire reprsentationde Hernani et

    des horions changs pendant que Ligier-Triboulet

    dbitait les tirades du Roi s'amuse. Sa foi, j'entends

    sa foi littraire, tait si profonde et si vivace, que

    le long exercice du mtier ne l'a point affaiblie. Il

    fut fervent jusqu' l'heure suprme, et si, avant de

    fermer les yeux pour jamais, il s'est tourn vers le

    monument que les crivains de sa gnration, potes

    et prosateurs, ont dili la renaissance de l'art,il

    a d tre rassur sur 1 avenir de son nom, en consta-

    tant qu'il l'a inscrit sur une des pierres du couron-

    nement.

    Pour la postrit, la pyramide s'lve d'elle-mme.

    Les oublis forment la base, invisible, presque dis-

    parue dans les fondations; puis les mdiocres,les

  • LA JEUNESSE. -j

    incomplets, ceux dont la volont fut plus nergiqueque le talent, les auteurs que la mode a quelque tempssoutenus sur ses ailes fragiles, les romanciers, les

    historiens, que sais-je encore, les officiers de l'arme

    littraire; enfin tout en haut, presque dans les cieux,le pote prenant la place qui lui tait due pendant savie et qu'on ne lui accorde qu'aprs sa mort. A com-

    bien d'crivains de haute vole ne pourrait-on pas

    appliquer l'pitaphe que Gombaud a rime pourMalherbe

    L'Apollon de nos jours, Malherbe, ici repose;Il a vcu longtemps sans se louer du sort.En quel sicle? Passant, je n'en dis autre chose,II est mort pauvre. Et moi je vis comme il est mort.

    Mille causes secondaires exercent une influence

    souvent tyrannique sur l'opinion et repoussent les

    crivains vivants loin du rang que leur assignait un

    mrite suprieur. L'avenir seul, dgag des proc-

    cupations du temps o ils jetaient leurs uvres

    parmi les hommes, est assez indpendant pour leur

    donner un numro d'ordre dans le panthon des

    gloires de l'esprit humain. Rclames et dnigre-ments, chutes et succs, sifflets et bravos, l'avenir

    n'en tient compte; tt ou tard, la rputation, avilie

    ou exagre, prend un niveau dfinitif, d'elle-mme,sans que rien puisse le modifier. C'est lit le travail,

    presque inconscient, coup sr dsintress, de la

    postrit, qui dure plus ou moins longtemps, selon

    le degr et l'intensit du talent. H me semble qu'a

  • 8 THOPHILE GAUTIER.

    l'tiage de la clbrit, le nom de Thophile Gautier

    se maintiendra une bonne hauteur, le premier peut-

    tre aprs celui de Musset, de Lamartine et de Victor

    Hugo. En tous cas, les vers de Gautier partagent avec

    ceux de Musset une qualit de premier ordre

    seuls, de leur poque, ils ne sont point entachs

    de rhtorique.

    Pour peu que l'on ait eu quelque tendresse dans

    les sentiments, on garde au fond du cur une sorte

    de chapelle spulcrale o vivent encore ceux qui ne

    sont plus et que l'on a aims. Tout embaums dans

    les parfums du souvenir, ils apparaissent ds qu'onles voque, rpondent lorsqu'on les interroge et

    semblent ressaisir rellement leur ancienne exis-

    tence, pour la partager avec nous, tant leurs penses

    se mlent aux ntres, tant ils excellent ressusciter

    les choses passes que nous avions cru mortes. C'est

    une apparition si l'on ferme les paupires, on s'ima-

    gine les voir avec leurs gestes familiers, leur attitude,

    leur dmarche; si l'on prte l'oreille, on croit les

    en.tendre. Parmi ceux qui habitent ma ncropole

    intrieure, si peuple, hlas! et o dorment tant

    d'tres qui me furent chers, Thophile Gautier

    est un de ceux que j'appelle le plus souvent pour

    parler des temps couls et de nos amis communs

    prs desquels il dort aujourd'hui.Plusieurs que j'ai connus et qui ont partag l'af-

    fection que je lui avais voue, taient des hommes

    et non des demi-dieux. J'ai vcu prs d'eux et je les

    ai jugs en contemporain, car entre eux et moi le

  • LA JEUNESSE. t.

    verre grossissant de la postrit ne s'tait point

    interpos. Les dtails de leur existence personnellen'ont pas encore, pour moi du moins, t li-

    mins par le temps; j'aperois l'uvre a travers

    l'homme; l'une complte l'autre, celui-ci fait com-

    prendre celle-l, et ce serait mentir la vrit quede les sparer. Il est impossible de juger un com-

    pagnon de la vie, comme l'on peut juger un per-

    sonnage mort depuis un ou cfeux sicles. 11 en est

    des hommes ainsi que des paysages l'loignementles embellit, mais les dnature, car la distance les

    noie de lumire, en adoucit les contours, en dissi-

    mule les rugosits. Ceux qui ont vu, qui ont t

    les associs des jours, les confidents, parfois mme

    les confesseurs, ceux qui se souviennent n'entendent

    pas sonner l'heure des apothoses; mais ils se doi-

    vent d'tre sincres, par respect mme pour celui

    dont ils parlent, qui souvent y gagne de revivre dans

    sa ralit et avec des qualits que les admirateurs

    quand mme n'ont point souponnes. Pour les

    tmoins de l'existence de bien des crivains, ce

    qu'il y a d'extraordinaire dans leur uvre, ce n'est

    pas l'uvre elle-mme, c'est la difficult travers

    laquelle ils l'ont accomplie; c'est que rien, ni la

    gne, pour ne dire la pauvret, ni les tourments quiea rsultent, n'ont pu interrompre l'essor de leur

    talent. C'est l cependant ce qu'il faut expliquer

    pour faire comprendre ce qu'ils ont eu d'excep-tionnel; c'est l aussi ce qu'il faut dire afin de les

    venger de la lgret ddaigneuse avec laquelle le

  • 1U THOPHILE GAUTIER.

    gros public ci mme la bonne compagnie les a

    traits un garon de belles lettres et qui fait des

    vers, nomm La Fontaine , disait ce cancanier de

    Tallemant des Raux. C'est ainsi que l'on en parle

    lorsqu'ils sont encore de ce monde,

    (Ju'itte, aprl's un long examen,A leur dresser une statuePour l'honneur du genre humain.

    Thophile Gautier sut promptement que l'on

    considre la posie comme une sorte d'agrable

    superftation, inutile en soi, bonne au plus divertir

    quelques dsuvrs, suffisamment rcompense parle renom qu'elle fait natre, indigne, en somme, d'un

    homme srieux et ne mritant que des encourage-ments striles. A cet gard, quelles que soient la

    diversit d'origine et la divergence des principes,les gouvernements sont d'accord. Le S/cl/o d'Alfred

    de Vigny a beau sortir de la vrit historique, il

    n'en reste pas moins philosophiquement vrai. Tho-

    phile Gautier en fit une exprience qui dura prs de

    quarante ans, pendant lesquels il tourna la meule du

    journalisme afin de ne pas manquer du pain quoti-dien. Ni la dynastie de Juillet, ni la seconde Rpu-

    blique, ni le second Empire, ou cependant il comp-tait des amis, ne s'imaginrent qu'une place suffi-

    semrnent rtribue une sincure, si l'on veut

    tait due un crivain qui n'attendait que d'tre

    libr d'une besogne infrieure pour tendre toute

    l'envergure de ses ailes. Il avait acce.pt son sort

  • LA JEUNESSE. 11

    avec une mansutude dont j'ai souvent t touch,

    car, sans tre exigeant, il tait en droit d'estimer

    qu'il valait mieux que l'existence qui lui fut inflige.Il tait n Tarbes le 31 aot 1811; c'est lui qui

    le dit et l'on peut le croire cependant une piceofficielle que j'ai sous les yeux le vieillit d'un jour;sur le bulletin d'appel la conscription de la classe

    militaire de 1832, il est dsign PIcrre-Jules-

    Thophile Gautier, n Tarbes, le 30 aot 1811,

    peintre, demeurant Paris, place Royale, n 8 .

    C'est le hasard d'une position administrative occupe

    par son pre qui le fit natre sur les bords de

    l'Adour, dans la patrie de ce Barre qui, aprs avoir

    t , l'Anacron de la guillotine , devint un des

    correspondants secrets de Napolon 1er. Il n'y vcut

    que pendant trois ans et vers 1814 on l'amena Paris,o il fut saisi par des accs de nostalgie dont il a

    consign le souvenir dans des notes autobiogra-

    phiques qui me servent de guide pour parler de son

    enfance 2.

    Quoique j'aie pass, dit-il, toute une vie Paris,

    j'ai gard un fonds mridional. Rien n'est plusvrai. N aux pieds des Pyrnes, en frontire d'Es-

    pagne, issu d'une famille originaire du comtat

    Venaissin, fils et petit-fils de sujets du Pape en

    Avignon , il eut toujours quelque chose d'exotique.

    1. Le 13 aot 1890, on a inaugur Tarbes le buste deThophile Gautier.2. Cette autobiographie a t crite en 1867 et forme une

    livraison des Sommits contemporaines, publication entreprisepar M. Auguste Marc.

  • 12 THOPHILE GAUTIER.

    11 avait beau aimer la France passionnment, il ysemblait dpays. 11 n'est pas jusqu' son teint mat,

    sans nuance rose, qui n'et une apparence tran-

    gre et ne convnt a quelque Abcncrage gar dans

    notre civilisation. Son extrieur mme semblait ainsi

    protester contre le milieu o il tait forc de vivre.

    A le voir dans sa jeunesse aussi bien que dans

    son ge mr, on sentait qu'il tait appel vers

    les clarts et Ics nonchalances de l'Orient. 11 trou-

    vait notre ciel terne et notre climat dtestable

    au moindre souffle de vent, il grelottait. Elles sont

    frquentes, dans son oeuvre, les invocations a la

    chaleur et au soleil. Sous notre ciel souvent bru-

    meux, dans la demi-obscurit froide de nos jour-nes d'hiver, il avait le mal du pays, le mal d'un

    pays tide et lumineux.

    Il n'prouva jamais ce que Chateaubriand appelle la dlectable mlancolie des souvenirs de la pre-

    mire enfance , car ses annes, au dbut de la vie,

    ne furent point heureuses. Il regrettait son lieu

    natal, avec une persistance et une intensit rares

    cet ge o gnralement les impressions n'ont qu'une

    vivacit phmre. Il raconte qu'ayant entendu des

    soldats parler le patois gascon, qui fut le premier

    langage qu'il et bgay, il voulut les suivre, afin

    de s'en aller avec eux vers la ville o il tait venu au

    monde et dont la pense l'a toujours mu. Le sou-

    venir des silhouettes de montagnes bleues qu'on

    dcouvre au bout de chaque ruelle et des ruisseaux

    d'eaux courantes qui, parmi les verdures, sillonnent

  • LA JEUNESSE. 13

    la ville en tous sens, ne m'est jamais sorti de la tteet m'a souvent attendri aux heures songeuses. Il

    avait cinquante-six ans lorsqu'il crivit les lignes

    que je viens de citer.

    Sa petite cervelle, la fois contemplative et ardcnlea savoir, commenait il se dfricher, lorsqu'on luilit quitter la maison paternelle pour le mettre au

    collge. Grave imprudence un enfant qui avait tantsouffert d'tre loign du premier berceau, ne sup-porterait pas l'exil, hors du foyer o la famille pre-nait soin de lui, le dorlotait et n'avait que de l'in-

    dulgence pour ses fantaisies. Thophile Gautier croit

    qu'il avait huit ans lorsque les portes de la caserne

    universitaire se refermrent sur lui; cet gard, sa

    mmoire est en dfaut; il tait dans le courant de saonzime anne, ainsi que le dmontre un reu de

    l'conome du collge Louis-le-Grand pour le quartdu premier trimestre de 1822. Le pauvre colierresta peu de temps prisonnier, assez cependantpour avoir reu une impression qui jamais ne s'estefface. Il eut en aversion la discipline destructivedes gaiets de l'enfance, la rgularit fastidieuse force d'tre monotone, la vie en commun odieuseaux natures dlicates, la camaraderie sans ten-

    dresse, la grossiret des matres subalternes, les

    praux sans verdure, les longs corridors, les dor-toirs o les lits sont trop nombreux, les rfectoiresdont l'odeur seule rassasie la faim, les punitionsabsurdes, les portes closes et l'aspect gnral quiest bien plus d'une maison de dtention que d'une

  • 14 THOPHILE GAUTIER.

    maison d'enseignement. Petit, chtif, de sant

    malingre, rveur, sans got pour les jeux bruyants,effare, dsespr, il languissait dans cette atmos-

    phre alourdie ou nul aliment n'tait offert ses

    instincts, son esprit, son cur. On lui ensei-

    gnait, il est vrai, que Cornu, est indclinable et queTonitru fait Tonilruiim au gnitif; c'tait une mince

    compensation aux souffrances qu'il endurait, mais

    qu'il taisait avec la timidit native dont il n'a jamais

    pu se dgager compltement.Son pre, grce au ciel, tait un homme intelli-

    gent, qui ne l'avait pas livr, comme tant d'autres,

    1 internat des collges afin de se mnager quelquelibert d'allures. L'enfant fut retir de sa gele et

    ramen au logis; il tait temps silencieux, affaibli,

    indiffrent toute chose, il s'tiolait, dprim parle rgime moral l'aide duquel j'en demande

    pardon a l'Universit on a plus atrophi de carac-

    tres que l'on n'en a dvelopp. Quarante-cinq ans

    aprs avoir quitt les bas bleus, le frac d'invalide,

    la cravate de cotonnade blanche qui constituaient

    alors l'uniforme des collgiens, Thophile Gautier a

    crit Je fus saisi d'un dsespoir sans gal querien ne put vaincre. La brutalit et la turbulence de

    mes petits compagnons de bagne me faisaient hor-

    reur. Je mourais de froid, d'ennui et d'isolement

    entre ces grands murs tristes, o, sous prtexte de

    me briser il la vie de collge, un immonde chien de

    cour s'tait fait mon bourreau. Je conus pour lui

    une haine qui n'est pas teinte encore. Toutes les

  • LA JEUNESSE. 15

    provisions que ma mre m'apportait restaient empi-les dans mes poches et y moisissaient. Quant la

    nourriture du rfectoire, mon estomac ne pouvait la

    supporter. J'tais l dedans comme une hirondelle

    prise qui ne veut plus manger et meurt. On tait,du reste, trs content de mon travail et je promet-tais un brillant lve, si je vivais. Dieu soit lou,il a vcu, et l'oppos de tant d'coliers offertsen exemple leurs condisciples, il ne s'est pascontent d'avoir t un lve brillant.

    Il fut alors externe au collge Charlemagne, c'est-

    -dire qu'il y assistait aux classes, deux heures le

    matin, deux heures dans l'aprs-midi; le reste du

    temps il tait libre, vivait dans la famille, indispen-sable tout enfant, et faisait son travail scolaire,

    apprenant ses leons, traduisant ses versions et ses

    thmes, sous la direction de son pre, qui tait unbon humaniste. Thophile Gautier en profita, et en

    profita si bien, que je l'ai vu chez moi, vers 1860,

    faire, premire lecture, la traduction d'un fragmentde Tacite, qu'il accompagna d'un commentaire qu'etenvi plus d'un matre s langue latine doubl

    d'un professeur d'histoire. En la maison paternelleil retrouva non seulement la tendresse et la libert

    dont il avait besoin, les leons d'un matre compre-nant et dveloppant les aptitudes de son lve,ce qui est rare, mais il trouva des livres his-

    toire, posie, romans, rcits de voyages et d'aven-

    tures que dj il aimait avec passion. Il raconte

    que, par suite d'un effort de volont et d'amour-

  • 16 THOPHILE GAUTIER.

    propre, il sut lire l'ge de cinq ans. Le premierlivre qui brisa pour lui le sceau mystrieux des

    bibliothques fut Lydie de Gcrsin puis il lut

    Robmson; il en devint comme fou; le mot est de lui; plus tard, Paul et Virginie me jetrent dans un

    enivrement sans pareil, que ne me causrent, lorsque

    je fus devenu grand, ni Shakespeare, ni Goethe, ni

    lord Byron, ni Walter Scott, ni Chateaubriand, ni

    Lamartine, ni mme Victor Hugo, que toute la jeu-nesse adorait cette poque. Aprs avoir not en

    quel ge prcoce il se rendit matre de la lecture, il

    ajoute Et depuis ce temps, je puis dire, comme

    Apclles Nulla dies sine lincd. Cela est rigoureu-sement exact je ne crois pas qu'il ait jamais exist

    un plus infatigable lecteur que Gautier.

    Tout lui tait bon pour satisfaire ce got tyran-

    nique qui semblait parfois dgnrer en manie; rien

    ne le rebutait et l'on et dit que ses yeux myopes

    pntraient au fond des phrases pour y dcouvrir

    des richesses que seul il savait reconnatre. Je l'ai

    vu s'acharner jusqu' la courbature sur le texte

    sanscrit de Sal.ountala, s'efforant de dchiffrer,

    de deviner la signification des signes d'un langage

    qu'il ignorait. Il se plaisait aux romans les plus m-

    diocres, comme aux livres des plus hautes concep-

    tions'philosophiques, comme aux ouvrages de science

    pure; il tait dvor du besoin d'apprendre et disait

    Il n'est si pauvre conception, si dtestable galima-tias qui n'enseigne quelque chose dont on peut pro-fiter. II lisait les dictionnaires, les grammaires,

  • LA JEUNESSE. 17

    2

    les prospectus, les recettes de cuisine, les almanachsil estimait que Mathieu Laensberg est un primitif

    remarquable par sa navet et que Carme a prouvqu'un matre-queux pouvait avoir de la hauteur

    d'me, parce qu'il a crit Ce n'est qu'en tudiantVitruve que j'ai compris la grandeur de mon art. Ceci fut pour lui, pendant quelque temps, la plai-santerie favorite. A ceux qui lui parlaient peinture,sculpture ou posie, il rpondait tudie Vitruve,si tu veux comprendre la grandeur de ton art.

    Presque tous ses interlocuteurs restaient la bouche

    be, car bien peu avaient lu les uvres de celui

    qui s'intitule l'lve et l'admirateur de l'illustreLa Guipire .

    Cette soif de savoir, que jamais rien n'apaisa, eut

    pour Thophile Gautier d'enviables consquences.Il tait dou d'une mmoire extraordinaire ce qu'ilavait vu ou entendu restait grav dans son sou-venir. Il ne mettait aucun ordre dans ses lecturesun livre lui tombait sous la main, il l'ouvrait parune sorte de mouvement machinal et ne l'abandon-nait qu' la dernire page. On pourrait croire quece ple-mle, sans slection ni discernement, pro-duisait quelque confusion dans sa cervelle nulle-ment. Il avait un des esprits les plus mthodiquesque j'aie rencontrs; tout s'y classait naturellement,par une sorte de pondration instinctive qui parfoiscontrastait avec le dvergondage de la parole; c'taitl une facult matresse qui, au cours de sa littra-ture force, lui a rendu d'inapprciables services.

  • 18 THOPHILE GAUTIER.

    Toutes les notions acquises se rangeaient, s'ti-

    quetaient dans sa mmoire,comme les livres bien

    catalogus d'une bibliothque.Il savait ou trouver

    le renseignement dont il avait besoin,le document

    prcis qu'il voulait vrifier,le mot rare qu'il dsi-

    rait employer. Il n'avait qu' se consulterlui-mme.

    Que de fois ses amis, indcis sur un point d'histoire,

    de linguistique, de gographie,d'anatomie ou d'art,

    se sont adresss lui et ont reu satisfaction imm-

    diate On disait alors II n'y a qu' feuilleter Tho.

    Je citerai un exemple de sa mmoire Le jouro

    furent publis les deux premiers volumesde la

    Lgende des sicles, je dnais en sa compagniedans

    une maison tierce; nous tions lit plusieurs lettrs,

    tous allis, de plus ou moins prs, la tribu roman-

    tique, admirant Victor Hugoet comptant bien trou-

    ver dans la nouvelle uvre un rgal des plus savou-

    reux. Seul d'entre nous, Gautier la connaissait

    compltement; il avait reu lesdeux tomes le matin

    mme, et les avait lus au courant de la journe. Est-il

    besoin de dire quel fut le sujet de la conversation?

    On ne parla que du talent d'Hugo, quisemblait se

    transfigurer et ajouter sa posie des formes plus

    belles encore, plus imprvues et plus fortes,comme

    si, saisissant des faits d'histoire moins rels quel-

    gendaires, il avait plandans des rgions feriques

    o jamais encore ses ailes ne l'avaient port.Gautier

    nous dit Il faut passer aux preuves; je vaisvous

    dire les Lions. Et, de cette voix blanche, sans

    inflexion, monocorde pour ainsi dire, les yeux fixes,

  • LA JEUNESSE. 19

    comme s'il lisait de loin dans un livre visible pour luiseul, il rcita les cent cinquante-huit vers de la pice,ne se reprenant pas une fois, n'hsitant jamais et nese trompant pas d'une syllabe. Nous tions tonnson lui dit Tu as donc appris cela par cur? il

    riposta Non, je l'ai lu ce matin, en djeunant. Cette mmoire habilement entretenue par la

    direction que son pre imprimait aux tudes sco-laires, une sorte d'assiduit passive qui le ren-dait attentif aux classes du collge, quelque dose

    d'amour-propre, firent de Thophile Gautier unlve remarquable. Eut-il son nom inscrit sur les

    palmars ? fut-il embrass et couronn par son

    proviseur, aux sons de la musique, sur l'estradesolennelle des distributions de prix? Je n'en saisrien; il tait fort discret sur cette poque de sonexistence; il n'aimait point en jaser, car elle nelui avait laiss que des souvenirs maussades;toutes les fois que la conversation se portait surles annes de collge, il se htait de la rompre. Iia crit Ces annes, je ne voudrais pas les re-vivre. S'il eut des succs, de ces succs scolairesqui font natre tant d'espoir dans les curs pater-nels et qui n'ont jamais rien prsag de l'avenir, illes accepta avec indiffrence et n'en fut pas pluslier. Je doute mme qu'il ait compltement terminses humanits et je crois qu'il ddaigna d'obtenir le

    diplme de bachelier s lettres, qui dut lui paratreun inutile parchemin certificat d'tudes, rien < e

    plus; il n'en avait cure et se certifiait par lui-mn e,

  • 20 THOPHILE GAUTIER.

    car il avait acquis dj bien plus de notions pr-cieuses que ne lui en eussent enseignes ses pro-fesseurs. Il tait encore un simple colier qu'il avait

    lu les vieux potes franais, fort ddaigns cette

    poque o Malherbe et Boileau rgnaient en matres,et qu'il avait assez tudi Rabelais pour en pouvoir.rciter des chapitres entiers sans commettre d'erreur.

    Sa curiosit d'enfant intelligent et de futur grandlettr l'avait mieux servi que les leons de la pda-

    gogie universitaire.

    Thophile Gautier n'tait plus un enfant chtif,

    au teint olivtre que l'internement avait failli tuer;c'tait un jeune homme solide, bien en chair, dont le

    got pour les exercices de corps avait singulirement

    dvelopp la vigueur. Il excellait la natation, la

    boxe, l'quitation, a la canne, et mme la savate;il en tirait quelque gloriole et ne refusait l'assaut

    personne. Un jour, dans je ne sais plus quel jardin

    public, il donna sur la tte de turc un coup de

    poing qui marqua cinq cent vingt livres au dynamo-mtre. Bien souvent je l'ai entendu s'en vanter et

    dire C'est l'action de ma vie dont je suis le plus

    glorieux. Jusque dans un ge o gnralement on

    ne s'essaye plus au rle d'hercule, il ne lui dplai-sait pas de dmontrer que sa force musculaire, tou-

    jours considrable, n'avait point t appauvrie parles annes. Si son caractre calme et surtout bien-

    veillant ne l'avait rendu pacifique, il et t redou-

    table mais nul homme ne fut moins querelleurtoute dispute violente lui semblait un outrage la

  • LA JEUNESSE. 21

    dignit humaine, car, philosophiquement, il consi-

    drait la placidit comme une vertu.

    C'est incidemment que Thophile Gautier se livra

    aux lettres, ou, pour parler plus exactement, queles lettres s'emparrent de lui. Il tait n artiste,cela n'est pas douteux, artiste de la ciselure, de la

    ligne et de la couleur. Quelque effort qu'il et fait

    sur lui-mme ou qu'on lui et impos, il n'aurait

    jamais pu rpudier les dons que la nature lui avait

    prodigus, jamais il n'aurait russi se contraindre,

    jamais il ne serait parvenu rduire au silence les

    facults suprieures qui parlaient en lui. L'art le

    rclamait. Dans toute carrire officielle ou bour-

    geoise, il serait mort la peine, frapp d'impuis-

    sance, gar dans le labyrinthe du moindre dtail

    et dsempar. La peinture l'attirait; elle fut pourlui comme un premier amour, dont le souvenir ne

    s'attidit jamais; pendant toute sa vie, il s'en proc-

    cupa et bien souvent, dans ses heures de dcoura-

    gement, il regretta de n'avoir pas obi sa premire

    impulsion. Le pote de la Comdie de la mort et

    des L'maux et Cames, l'crivain de Tra-los-Montes,

    d'Italia, de Fortunio de la Morte amoureuse, d'oeuvres

    dont le nom est dans toutes les mmoires, dbuta

    par tre un rapin. Il entra dans l'atelier de Rioult,situ prs du collge Charlemagne, ce qui lui per-mettait d'aller peindre une anatomie, d'aprs le

    modle vivant, en sortant d'couter une leon sur

    l'harmonie prtablie de Leibnilz ou sur le mdia-

    teur plastique de Cudworth.

  • 22 THOPHILE GAUTIER.

    Le frmissement mystrieux qui prcde les oura-

    gans agitait dj les jeunes ttes de l'poque; la tem-

    pte romantique n'allait pas tarder souffler de tous

    les points de l'horizon; les arts, assoupis dans une

    tradition puise, dormaient sur la foi d'un pass

    qui n'avait plus de raison d'tre; on n'allait pastarder les rveiller, sans mnagement et mme

    sans urbanit. Un vent de rvolte passait sur les

    ateliers o les derniers disciples de l'cole ptrifiede David n'exeraient plus qu'une influence ddai-

    gne. Tout en mlangeant le brun de Van Dyck avec

    la terre de Sienne brle, on discutait littrature;on ne traitait pas encore Racine de polisson ,

    mais on avait oubli la Chute des feuilles de Mille-

    voye, les Ossianeries de Baour-Lormian et on les

    remplaait, la grande joie des futurs chevaliers de

    la palette, par la Chasse du Bwgrave

    Daigne protger notre chasse,Chsse

    De monseigneur Saint-Godefroy,Froid

    ou par le Pas d'arntes du roi ,leau

    Ci qu'on selle,Ecuyer,Mon fidleDestrier!

    Ces vers, on ne les rcitait pas; on les hurlait.

    Quelques enthousiastes y avaient adapt un air et

    les chantaient en chur, ce qui parut un sacrilge.Un vangile nouveau avait t donn au peuple des

  • LA JEUNESSE. 23

    artistes et des lettrs la prface de Cromwell avait

    formul une thorie rvolutionnaire que l'on rvaitde mettre en pratique. L'heure n'allait pas tarder asonner o l'on serait dclar cagou et marmiteux

    si l'on ne rugissait pas d'horreur au seul nom del'Institut.

    C'est dans ce milieu bruyant, gnreux et hardi

    que la vocation littraire fit signe Thophile Gau-tier laisse l tes pinceaux et suis-moi; l sa des-tine encore obscure s'claircit tout coup; un inci-

    dent fit jaillir la lumire. Au collge Charlemagnc,Gautier s'tait li d'une amiti que rien n'a jamaisdistendue, avec Grard Labrunie, qui devait tre

    Grard de Nerval. A cette poque c'est--direau dbut de l'anne 1830 Grard peu prsinconnu de la masse du public, tait clbre dans

    un groupe de jeunes hommes que les choses de l'art t

    avaient sduits; parmi ses camarades de classe, iltait illustre, car dix-sept ans, encore sur les

    bancs de la rhtorique, il avait publi un volume de

    posies, intitul les lgies nationales, qui n'avait

    point pass inaperu; dix-huit ans, il donnait sa

    traduction de Faust, propos de laquelle Goethe luicrivit Je ne me suis jamais mieux compris qu'envous lisant. II y avait de quoi faire tourner une si

    jeune tte mais Grard tait dj dou de cette

    modestie qu'il poussa parfois jusqu' l'humilit.

    C'tait alors une nature charmante, un peu excen-

    trique malgr son extrme douceur. On lui promet-tait toutes les couronnes que la renomme jette aux

  • 24 THOPHILE GAUTIER.

    grands potes; il ne pouvait, croyait-on, marcher

    que vers la gloire; sa route devait passer sous des

    arcs de triomphe et le conduire l'immortalit com-

    ment elle le mena dans une des rues les plus sor-

    dides de Paris pour y mourir d'une mort sinistre,

    je l'ai dit ailleurs et je n'ai point le rpter ici

    Ce fut Grard qui, fortuitement, ouvrit Thophile

    Gautier les portes du temple bien des gensdisaient la caverne o trnait la jeune statue du

    romantisme.

    Le comit de lecture de la Comdie-Franaise avait

    reu un drame en vers de Victor Hugo Hernani ou

    l'honneur castillan. La vieille cole classique, ferre

    sur les trois units, en avait frmi jusque dans ses

    moelles. La nuit on avait entendu des voix plaintivessortir des urnes o reposent les cendres de Mar-

    montel et de Campistron. Malgr ces prsages

    funestes, malgr les prdictions des Calchas de la

    tragdie, la pice tait en rptition on en racontait

    mille extravagances; on disait C'est une orgie de

    vers incohrents, et l'on ajoutait que Mlle Mars

    arbitre du got tait malade de chagrin, qu'elle

    voulait rendre son rle car elle ne pouvait se

    rsoudre profaner son talent au milieu des normits

    que l'auteur lui imposait. La vrit est tout autre

    ce fut Victor Hugo qui, justement bless des pr-

    tentions de l'actrice, lui dclara qu'il la remplacerait

    1. Souvenirs littraires, t. II, ch. xx; les Illumines. Paris,Unchctt?, 2 vol. in-8, 1883.

  • LA JEUNESSE. 25

    par une autre interprte, si elle avait encore l'incon-venance de modifier les expressions qu'elle n'ap-prouvait pas. Bien avant le jour de la premirereprsentation, on sentait un orage d'opposition se

    former; des intentions hostiles ne prenaient pointla peine de se dissimuler; on savait, n'en pointdouter, que la cabale tait dcide livrer bataille.Des deux cts, on se prparait la lutte; les uns

    aiguisaient le poignard d'Orcste, les autres four-bissaient leur bonne lame de Tolde; on invoquaitles filles de Jupiter et de Mnmosyne; on juraitpar saint Jacques de Compostelle et mme par les

    corbignoles de madame la Vierge. Tout annonait

    que l'affaire serait chaude; les simples curieux se

    frottaient les mains et fredonnaient le finale duComte Ory

    J'entends d'ici le bruit des armes,Le clairon vient de retentir.

    Dans le clan romantique, on n'tait pas rassuron se mfiait de quelque stratagme et l'on redoutaitsurtout la dfection de la claque, en butte des ma-nuvres dloyales et des promesses qui sonnaientd'une voix mtallique. Les adversaires de la jeunecole comptaient, a cet gard, sur la force de l'ha-bitude comment ces braves chevaliers du lustre,forms ds longtemps aux pures doctrines de l'art

    rvr, accoutums au ronron du vers tragique, auxcsures invariables, aux hmistiches couls dans unmoule uniforme, au casque, au glaive, la tunique et

  • 26 THOPHILE GAUTIER.

    au cothurne, ne se sentiraient-ils pas rvolts en

    coutant des vers frappes une effigie nouvelle, des

    enjambements invraisemblables, des mots que les

    canons proscrivaient et en voyant des toques

    plumes, des pourpoints de velours, des pes a co-

    quille, des dagues damasquines, des bottes en cuir

    fauve, tout l'attirail, en un mot, de ce que l'on nom-

    mait alors la couleur locale et qui ne devait point

    tarder dgnrer en bric--brac. Donc nulle scu-

    rit dans la claque, dans ces bruyants fonctionnaires

    dont le mtier est de soutenir quand mme les u-

    vres thttrales dont le succs n'est point d'une gesta-tion facile. On rsolut de se passer du secours tropincertain de ces accoucheurs patents de Thalie

    et de Melpomne on crai.gnait un avortement et

    peut-tre un infanticide. Par qui les remplacer? O

    trouver un groupe d'hommes jeunes, enthousiastes,

    vaillants jusqu' l'imprudence, ddaigneux de i'ob-

    stacle, fatigus du pass, ayant foi dans l'avenir, com-

    prenant que leur sort tout entier pouvait dpendrede la victoire, dous de bons poumons et de poingssolides? Dans les ateliers. Les peintres, les sculp-teurs rpondirent l'appel avec empressement; les

    architectes taient mous et arrirs; au portail de

    Notre-Dame ils prfraient la colonnade de la Bourse,

    rcemment construite; on voulut cependant les uti-

    liser, mais on les mla aux autres artistes, qui furent

    chargs de les surveiller et de les maintenir en

    bon chemin, ft-ce coups de talon dans les che-

    villes.

  • LA JEUNESSE. 277

    Des racoleurs choisis avec discernement furent

    expdis dans les ateliers. Comme les visiteurs des

    grands bons cousins, c'est--dire des carbonari, ils

    devaient dsigner les chefs d'escouade auxquels ils

    confieraient, non pas la baguette de coudrier quidonnait accs dans les ventes secrtes, mais la carte

    rouge timbre du mot espagnol Hierro (fer), quiouvrirait les portes de la Comdie-Franaise au soir

    de la premire reprsentation, de la premire bataille

    de Hcrnani. Grard de Nerval fut un des sergentsrecruteurs chargs de former le bataillon sacr quidevait vaincre ou mourir; l'atelier de Rioult, il

    remit six cartes d'entre Thophile Gautier Tu

    rponds de tes hommes? Par le crne dans lequel

    Byron buvait l'abbaye de Newstead,j'en rponds

    Se tournant vers ses camarades de palette, Gautier

    dit N'est-ce pas, vous autres? On lui rponditd'une seule exclamation Mort aux perruques! ))

    Fier de la mission de confiance qu'il venait de rece-

    voir, ne rpudiant aucune responsabilit et voulant

    donner son attitude une solennit digne des hautes

    Jonctions qui lui taient dvolues, Thophile Gautier

    se lit faire un gilet-un pourpoint- cramoisi qu'il

    avait pris plaisir composer lui-mme . De ce gilet

    rouge qui, en ralit, tait rose vif- inaugur au

    son du cor de Hernani, il a t parl jadis; on en a

    1. Je tiens l'anecdote de Pradier, qui l'a raconte devantmoi Victor Hugo, au mois de juillet 1851; Thophile Gau-tier tait prsent, ne l'a pas dmentie et s'est content dedire a Ah! c'tait le bon temps

    DANIEL LESMES

  • 28 THEOPHILE GAUTIER.

    parl beaucoup, on en a parl longtemps, on en

    parle encore. Un jour,je disais il Tho Tu as t

    clbre trs jeune? II me rpondit avec cette sorte

    d'indiffrence qui parfois donnait tant de saveur

    ses plaisanteries Oui, trs jeune, cause de mon

    gilet.

    De cette premire reprsentation du premierdrame romantique en vers o Gautier, ses longscheveux rpandus sur les paules, flamboyait, la

    poitrine couverte d'un satin clatant, je ne dirai

    rien, car il l'a raconte lui-mme dans les moindres

    dtails. Ce fut, bel et bien, une bataille, o l'on ne

    mnagea ni les injures ni les gourmades. Une erreur

    d'audition produisit une mle telle, que l'on faillit

    baisser le rideau et congdier les combattants.

    Lorsque Hernani dit Ruy Gomez qui vient de

    livrer dona Sol au roi don Carlos

    Vieillard stupide! il l'aimc.

    une partie des spectateurs, au lieu de vieillard stu-

    pide , entendit: vieil as de pique! Les classiques

    1. Hernani (25 fvrier 1830) fut le dbut du drame roman-

    tique en vers; une anne auparavant (10 fvrier 1829), Alexan-dre Dumas avait fait reprsenter le premier drame roman-

    tique en prose Henri I et sa cour, qui fut reu la Comdic-

    Francaise sous la dnomination singulire de tragdie

  • LA JEUNESSE. 29

    indigns poussrent des cris d'horreur, les roman-

    tiques, saisis d'admiration, exalts par la raret de

    l'image, trpignaient de joie et aboyaient de bonheur.

    Le tumulte fut lent s'apaiser, et je doute fort quel'on ait pu saisir quelque chose de la fin du troisime

    acte.

    Cette reprsentation qui, malgr les Odes et Bal-

    lades, malgr Cromwell et sa prface, malgr les

    Orientales, malgr le Dernier Jour d'un condamn,

    marque le vritable dbut de la rvolution roman-

    tique, laissa dans le cur de Thophile Gautier un

    souvenir ineffaable; c'tait l'pisode de sa vie sur

    lequel il revenait avec prdilection; dans son uvre,les allusions y sont frquentes. Il aimait raconter

    la longue attente une attente qui dura huit heures

    dans le thtre obscur, l'motion, la lutte dont

    les deux camps ennemis s'attribuaient la victoire, les

    discussions dgnrant parfois en voies de fait quise prolongeaient aprs le spectacle, la passion dont

    on tait anim et l'exaspration qui emportait les

    partis hors de toute mesure; exaspration qui pro-duisit des effets d'un comique inattendu une dpu-tation d'auteurs classiques, renomms alors, oublis

    aujourd'hui, se rendit prs du roi et lui demanda

    d'user de son autorit souveraine pour interdire les

    reprsentations d'une telle monstruosit. On aurait.

    cru entendre les objurgations de matre Pancrace,

    du Mariage forc Tout est renvers aujourd'huiet le monde est tomb dans une corruption gnrale.Une licence pouvantable rgne partout; et les ma-

  • 30 THOPHILE GAUTIER.

    gistrats qui sont tablis pour maintenir l'ordre dans

    cet Etat devraient mourir de honte en souffrant un

    scandale aussi intolrable. Charles X couta, avec

    sa politesse accoutume, les lamentations de ces

    braves gens, et leur rpondit, non sans esprit En

    pareille occurrence, je n'ai d'autre droit que celui de

    ma place au parterre.

    J'ai, du reste, entendu dire par un ancien trs haut

    fonctionnaire de la Restauration que l'on n'tait

    point fch aux Tuileries du tumulte suscit par la

    pice nouvelle, qui dtournait l'opinion publique de

    proccupations dj inquitantes. De l'opinion pu-

    blique, Thophile Gautier ne se souciait gure il

    tait Hernani, Victor Hugo; il s'tait donn d'un

    lan irrsistible, tout entier, sans ide de retour; il

    ne se reprit jamais, jusqu' la dernire heure il resta

    dvou au dieu de sa jeunesse; lorsque la mort, si

    cruellement empresse, lui arracha la plume des

    mains, il crivait et laissa inachev un article inti-

    tul Hernani. Les dernires lignes sont consacres

    Mme de Girardin Ce soir-l, ce soir jamais

    mmorable, elle applaudissait comme un simple rapinentr avant deux heures, avec un billet rouge, les

    beauts choquantes, les traits de gnie rvoltants.

    La phrase est interrompue par la grande faucheuse

    dont l'oeuvre ne s'interrompt jamais.Cette soire a jamais mmorable est une date

    importante dans la vie de Gautier c'est l'tape ini-

    tiale d'o il est parti pour parcourir la longue route

    de labeur qui n'eut point de halte, et sur laquelle il

  • LA JEUNESSE. 31

    est tomb prmaturment, harass de fatigue, repude dceptions, pauvre la lin comme au dbut. Il ne

    se doutait gure de l'ingrat destin qui l'attendait;nulle esprance alors ne lui tait interdite. Que de

    fois, me parlant de ce temps pass, sur lequel j'aimais l'interroger, que de fois il m'a cit le vers

    J'tais gant alors et haut de cent coudes,

    et il ajoutait, avec une mlancolie qui dnonait biendes rves avorts Tout ce que je puis dire aujour-d'hui, c'est que petit bonhomme vit encore. Aprsla soire du 25 fvrier 1830, comprenant que l'on ne

    peut servir deux divinits la fois, il quitta l'atelierde Rioult et prit la plume du pote la place de la

    brosse du peintre. Il avait alors dix-neuf ans, s'in-

    quitait peu du qu'en dira-ton, et rimait, car il avait cur de prendre rang dans l'arme romantique etd'tre un des porte-fanions du gnral en chef. La

    malechance lui donna un premier avertissement quipassa inaperu. Son volume, une plaquette bro-che en rose et intitule Posies, fut mis en ventele 28 juillet 1830. Cela signifiait toute rvolution te

    portera prjudice. Il eut il le constater plus tard, en1848 et en 1870.

    Comme les Captiens, comme les Valois, les Bour-

    bons voyaient leur dynastie s'teindre sur le trne,

    par le rgne successif de trois frres. La dfaite dela France les avaient apports, la rvolution de Juilletles emporta; la branche ane est jamais dessche,

  • 32 THOPHILE GAUTIER.

    elle ne rejettera plus. Ces journes, si imprudemment

    provoques, non seulement sans moyen d'attaque,

    mais mme sans ressources de dfense, exercrent

    une influence considrable sur les arts de l'poque.

    Elles dlivrrent les esprits en les surexcitant, aid-

    rent il briser la routine et rompirent brutalement la

    porte que le romantisme, malgr les chaudes soires

    de Hernani, n'avait fait qu'entr'ouvrir. Quelques

    amants de la muse classique, guids par des matres

    dont la jeunesse se dtournait, Brifaut, Arnault,

    Parseval de Grandmaison, Baour-Lormian, de Jouy,

    Viennet, restaient fermes leur poste, mais se bou-

    chaient les oreilles et les yeux pour ne pas entendre,

    pour ne point lire, ne comprenant rien aux tentatives

    des crivains et des artistes, s'imaginant que tout

    tait perdu parce que l'on cherchait d'autres formes

    que celles qu'ils aimaient. Dans ce grand mouvement

    de rnovation intellectuelle, ils ne voyaient qu'une

    invasion de barbares par laquelle toute civilisation

    allait tre broye.L'heure tait bonne pour Thophile Gautier d'en-

    trer de plain-pied dans l'cole romantique. On et

    dit que la rvolution de Juillet avait tremp le pays

    dans un bain d'eau de Jouvence; tout le monde tait

    jeune alors, Du croyait l'tre; nanmoinsil convenait

    d'tre fatal et maudit, et on l'tait de bonne foi, en

    repos de conscience, avec une conviction quin'em-

    pchait pas de s'amuser. C'tait l'heuredes Jeune-

    France Gautier les a turlupins de belle sorte; car,

    malgr la sincrit de son romantisme,il n'a jamais

  • LA JEUNESSE. 33

    3

    t de ceux qui le ridicule chappe. J'lais bienenfant alors, mais je me souviens, passant sur les

    boulevards, dans le jardin des Tuileries qui tait, cette poque, la promenade favorite des Parisiens,d'avoir aperu de jeunes hommes longs cheveux,portant toute leur barbe, -ce qui tait contraire auxbons usages coiffs de chapeaux pointus, serrsdans des redingotes larges revers, cachant leurs

    pieds sous des pantalons l'lphant; je les regar-dais avec une surprise o se mlait quelque crainte,je disais Quels sont ces gens-l? On levait les

    paules en me rpondant Ce sont des fous. Tho m'a dit souvent Notre rve tait de mettrela plante l'envers. Elle tourne toujours sur lemme axe, la pauvre plante, et, depuis ces jourslointains, elle en a vu bien d'autres!

    Pendant les annes qui suivirent les journes de

    Juillet, la vie de la jeunesse fut d'une violence extraor-

    dinaire elle s'tait dilate tout coup aprs la com-

    pression qu'elle avait subie pendant la Restauration.Cette effervescence eut quelque dure; l'invasionsubite du cholra en 1832 et l'effarement qui enrsulta la calmrent peine; pour la rduire et

    l'apaiser presque compltement, il fallut l'attentat de

    Fieschi, l'horreur qu'il inspira et les lois rpressivesque Thiers fit voter au mois de septembre 1835.

    Jusque-l on ne sut se mnager; ce fut le beau tempsdes cavalcades du mardi gras, des bals des Varitset des descentes de la Courtille; on rivalisait d'en-

    train, d'emportement et, disons-le, de sottise. -Il

  • 34 THOPHILE GAUTIER.

    s'agissait, disait Gautier,d'avoir de la truculence,

    du paroxysme, d'tre moyen ge et de rosser les

    soldats du guet. J'ai gard le souvenir d'un rcit

    qui prouve quel degr de licence on tait parvenu

    force de s'ingnier aux extravagances pour pater

    le bourgeois un bal masqu du thtre des

    Varits, d'Alton-She un pair de France fort

    jeune, il est vrai, et Labattue, que l'on a toujours

    confondu, que l'on confond encore avec lord Sey-

    mour, amenrent une femme enveloppe d'un domino

    noir. Place dans un quadrille dont les danseurs

    avaient t choisis parmi les plus illustres tenants

    de la Jeune-France, elle se dbarrassa tout coup

    de son vtement et apparut dans le costume de notre

    mre ve avant l'intervention de la feuille de figuier.

    La crature eut du succs et on l'acclama. L'exhi-

    bition parut excessive aux sergents de ville et aux

    gardes municipaux; ils voulurent arrter la donzelle,

    dont la chorgraphie seule tait un outrage la

    moralit publique ils n'y parvinrent pas. Entou-

    re, dfendue par une bande de jeunes gens qui

    criaient Los aux dames! ils durent reculei-

    (levant les coups de poings et les coups de pieds de

    ces rudits de la boxe et du chausson. Pendant la

    bagarre, on recouvrit la danseuse de son domino;

    elle put s'esquiver, se perdre dans la foule et force

    ne resta pas la loi. J'ai su les noms de la plupart

    de ces protecteurs du sexe timide, je les ai en partie

    oublis; outre ceux que je viens de citer, je ne

    peux rappeler avec certitude que celui du peinlra

  • LA JEUNESSE. 35

    Jadin, qui seul valait une compagnie d'archers

    cossais . La plupart de ces nergumnes des plai-sirs sans frein sont devenus des personnages et ontfait bonne route dans la vie. La turbulence de la

    vingtime anne n'implique rien de dfavorable pourl'avenir. L'ge se charge de tout, mme trop souvent

    d'effacer le souvenir des peccadilles d'autrefois.

    Mme de Lafayette crivait Mnage II en cote

    cher pour devenir raisonnable, il en cote la jeu-nesse. Thophile Gautier fut jeune; il fut trs jeuneet mrite d'en tre lou.

    L'habitude de la chastet endurcit le cur , a

    dit saint Clment d'Alexandrie; Gautier n'avait

    point le cur dur et ne manquait pas d'clectisme.

    Dans son roman goguenard des Jeune-France,

    crit alors qu'il avait vingt-deux ans, il a fait un

    chapitre, Celle-ci et Celle-l, qui pourrait bien tre

    un fragment de confession. Retiens ceci, dit-il, et

    serre-le dans un des tiroirs de ton jugement, pourt'en servir l'occasion toute femme en vaut une

    autre, pourvu qu'elle soit aussi jolie. Cela res-

    semble une profession de foi. On en peut conclure

    que l'amour de la forme dominait en lui et que

    l'change des mes, si fort la mode dans les

    romances du temps, ne lui semblait que d'une

    importance secondaire. D'un grand nombre de let-

    tres qui lui furent adresses et que j'ai feuilletes, il

    rsulte qu'il ressemblait peu cet abb Dangeau, de

    l'Acadmie franaise, qui renvoyait aux femmes qu'ilaimait leurs ptres dont l'orthographe tait dfec-

  • 36 THOPHILE GAUTIER.

    tueuse et qui rompait avec elles au troisime manque

    de respect a la grammaire franaise. Ce qui rend les

    correspondantes de Gautier excusables, c'est qu'il

    eut toujours une certaine propension les choisir

    parmi les trangres.Plaisirs tapageurs, comme il convenait l'poque,

    amourettes de passage, ce n'taient l que des

    divertissements sans consquence, des intermdes a

    la vie intellectuelle qui suivait son cours et laquelle

    Gautier apportait la curiosit encyclopdique dont

    il avait t dou. Les artistes et les crivains, mls

    ensemble, se compltaient; la plastique et la r-

    flexion se fortifiaient l'une par l'autre. Il n'est ques-tion d'art, de philosophie, d'histoire, de posie qui

    ne soit agite dans le Cnacle , c'est--dire dans

    le groupe des jeunes gens partisans des ides nou-

    velles et dont la hardiesse faisait clater les rglesadmises auxquelles ils refusaient de se soumettre.

    Les discussions s'en allaient l'aventure, au grd'un mot prononc, au hasard d'une controverse

    inopine. Je disais Tho De quoi s'occupait-ondans le Cnacle ? a il me rpondit De tout, mais

    je ne sais gure ce que l'on disait, parce que tout

    le monde parlait la fois. La violence du langagetait sans pareille et les historiettes de haulie c

    graisse ne semblaient jamais dplaces Rabelais

    n'tait-il pas l'excuse et l'exemple? On rvait d'in-

    cendier l'Institut et de pendre quelques vieux poles

    tragiques qui ne demandaient cependant qu'a mourir

    en paix. On se moquait de la vieillesse dans la cham-

  • LA JEUNESSE. 37

    bre de ces futurs capitaines de lettres qui parais-saient ignorer qu'ils vieilliraient eux-mmes et ne

    pas se douter que caducit classique et caducit

    romantique, c'est tout un. La jeunesse est excessive,ce qui est naturel tout son tre est en effervescence

    et remu par mille aspirations confuses; elle est into-

    lrante parce qu'elle est sans exprience et que les

    points de comparaison lui manquent; elle est sans

    pondration, parce qu'elle ne s'est pas heurte aux

    obstacles de la vie; elle ne croit pas au temps et aux

    modifications qu'il apporte avec lui insensible-

    ment et si rapidement nanmoins parce qu'ellen'en a pas encore senti l'action permanente. Vaillance

    et folie du jeune ge, cela se ressemble, et il n'en faut

    point mdire, car c'est presque toujours un gage de

    force pour les heures de la maturit.

    De ceci doit-on conclure que les jeunes gens qui

    composaient le Cnacle taient destins devenir

    tous de grands hommes? Non certes; il y avait l des

    rvasseurs illusionns sur eux-mmes, striles, dupesde la comdie qu'ilsjouaient, avorts et dont l'avenir

    lumineux qu'ils se promettaient tomba naturellement

    dans l'obscurit. A plus d'un l'on aurait pu appliquerle mot de Rivarol C'est un terrible avantage quede n'avoir jamais rien fait, mais il ne faut pas en

    abuser. En somme, un seul d'entre eux s'est fait

    un nom qui ne prira pas c'est Thophile Gautier.Grard de Nerval, par lequel il avait t devanc audbut de la vie, n'a jamais dpass une limite

    moyenne assez restreinte, n'a point fait sa troue

  • 38 THOPHILE GAUTIER.

    dans la foule et a sombr de bonne heure. En

    revanche, la plupart taient clbres dans le groupe,

    pour ne dire dans la coterie, laquelleils apparte-

    naient mais leur rputation n'a gure franchi le

    cercle o ils vivaient. Ce fait tait commun alors, il

    l'est encore aujourd'hui.Il semble que la recherche d'un pseudonyme ba-

    roque ou la dcouverte d'un titre d'ouvrage extra-

    vagant ait t une action enviable et glorieuse.

    Jules Wabre qui s'en souvient? fut presque

    illustre pour avoir fait annoncer, rien de plus,

    un livre intitul de Incommodit des commodes;

    Auguste Maquet, qui n'avait pas encore eu la bonne

    fortune de rencontrer Alexandre Dumas, se faisait

    appeler Augustus Mac Kat; Thophile Dondey

    s'tait transform en Philothe O'Xeddy. Gautier

    s'est souvenu de ces calembredaines lorsqu'il a

    crit les Jeune-France Pendant six mois Daniel

    Jovard fut en qute d'un pseudonyme; force de

    chercher et de se creuser la cervelle, il en trouva

    un. Le prnom tait en us, le nom bourr d'autant

    de K, de doubles W et autres menues consonnes

    romantiques qu'il fut possible d'en faire tenir en

    huit syllabes. Cette manie dura longtemps et si

    l'on cherchait bien, on dcouvrirait peut-tre qu'elle

    n'a pas encore disparu.

    Le grand homme du Cnacle, celui qui l'on pr-

    disait toute gloire venir tu Marce/lus eris!

    n'tait ni Jehan du Seigneur, ni Bouchardy qui fut

    le Shakespeare du boulevard du Crime, ni Gautier

  • LA JEUNESSE. 39

    qui fut un grand pote, c'tait Pierre pardon

    c'tait Petrus Borel. On disait, sans rire Le pre

    Hugo n'a qu' bien se tenir, il sera rduit en poudre

    ds que Petrus dbutera! Petrus a dbut, et,sauf

    ses amis, personne ne s'en est aperu. On tait, dans

    l'cole romantique, tellement saisi par l'extrieur

    des hommes et des choses, que Petrus Borel devait

    ses grandeurs futures son teint brun, ses che-

    veux noirs, son nez aquilin, son corps sec et

    nerveux qui le faisaient pareil au type cr par

    Victor Hugo pour le personnage de Hernani. Res-

    sembler Jean d'Aragon, grand matre d'Avis, duc

    de Sgorbe, marquis de Monroy et n'tre pasun

    grand homme, que dis-je?le plus granddes hommes,

    c'tait une hrsie que nul membre du Cnacle ne

    pouvait concevoir. Trente ans aprs quele Cnacle

    tait dispers, mort, ananti sauf dans le souvenir de

    quelques fidles, Gautier me disait, en levantles

    bras vers le ciel Et dire que j'ai cru Petrus!

    Il ne fut pas le seul aussi quelle dconvenue lorsque

    l'on vit paratre les Rhapsodies, Champavert etenfin

    Madame Putiphar. Primitivement, il tait architecte

    il n'eut point raison de dlaisser l'querre etl'encre

    de chine pour la plume et l'encre de la petite vertu.

    Ses dbuts n'ayant point tenu ce qu'ils n'avaient

    jamais promis, il obtint d'aller vivreen Algrie,

    sous-prfet ou quelque chose d'approchant.

    Dans le Cnacle, on mprisait l'cole des beaux-

    arts lves et professeurs taient conspus d'une

    voix unanime; tre admis au salon tait peu re-

  • 40 THOPHILE GAUTIEn.

    commandable, obtenir le grand prix de Rome c'tait

    tre marqu d'une tache indlbile; les tableaux de

    Paul Delaroclie taient dignes, peine, de figureren guise de devant de chemine, et Cortot n'avait

    jamais su mettre un bonhomme sur ses pieds.En sculpture, on prconisait Auguste Prault, qui,disait-on modelait des ides ; en deux mots,c'tait un fort bon garon, trs spirituel, auquel il

    n'a jamais manqu que de savoir son mtier. En

    peinture, Eugne Devria avait ressuscit et clipsPaul Vronse, ainsi que le prouvait alors et ne le

    prouve plus aujourd'hui sa Naissance de Henri IV;

    quant Louis Boulanger, qui tait un ami parti-culier de Victor Hugo, ce n'et pas t assez de Tin-

    torct et d-e Titien pour lui prparer sa palette.Ceux-l taient les dieux de l'art nouveau dieux

    phmres qui n'ont point mouill leurs lvres au

    breuvage qui rend immortel.

    Parmi les nophytes dont ils taient l'idole, jedois nommer Clestin Nanteuil, que j'ai ctoy jadis,

    lorsque dj t'age l'avait touch et qui fut une desmes les plus charmantes que j'aie rencontres. Auxenvirons de 1830, lorsque l'on tait en pleine mle

    romantique, c'tait un grand jeune homme blond,d'une exquise douceur malgr l'nergie de ses con-

    victions, rvant, lui aussi, de renouveler la pein-ture, et si parfaitement moyengeux , qu'il a servide type Thophile Gautier pour le personnaged'Elias Wildmanstadius des Jeune-France C'et tun peintre, il ne le fut pas. Le item faut vivre

  • LA JEUNESSE. 41

    s'imposait lui et il a t contraint d'parpillerde gaspiller son talent, que la pauvret, qui le

    talonnait, ne lui laissajamais le loisir de concentrer.

    Volontiers il et cherch les scnes historiques,l'assassinat du duc d'Orlans prs du logis Barbette,le meurtre sur le pont de Montereau, le combat des

    Trente; il et reprsent avec amour la ruelle oValentin tombe en maudissant Marguerite et laCour des Miracles que Pierre Gringoire gayaitpar sa maladresse. Au lieu des tableaux qu'il entre-

    voyait et qui eussent acquis, sous sa brosse, un

    degr de sincrit respectable, il se dpensa danstoute sorte ' illustrations, faites au jour le jour, surla commande des diteurs et pour parer aux nces-sits de la vie matrielle.

    Lorsqu'il avait pu amasser quelque argent, bienvite il se mettait devant son chevalet et peignaitde rares tableaux qui ne furent point exposssans succs au Salon. Ce n'tait qu'un leurre; ds

    que la petite pargne tait puise, il fallait aban-donner la toile commence, sur laquelle on avait

    peut-tre fond bie-n des esprances, reprendre la

    pointe du graveur l'eau-forte, le crayon du litho-

    graphe, la mine de plomb du dessinateur sur bois,faire des frontispices, des culs-de-lampe, des lettresornes et des vignettes pour les romances. A cemtier il s'puisa.

    Vers la fin de sa vie, il fut nomm directeur del'cole de dessin Dijon; c'tait le repos assur,il se remit au travail et reprit le pinceau; mais il

  • 1,2 THOPHILE GAUTIER.

    tait trop tard et il s'aperut qu'il avait chang son

    louis d'or contre la monnaie de billon. Toute rv-

    rence garde, comme disent les paysans, je compa-

    rerais volontiers Clestin Nanteuil Thophile Gau-

    tier. La mme fatalit a pes sur leur existence;

    celui-ci tait peintre, celui-l tait pote. L'un et

    l'autre ont d consacrer le meilleur de leur temps

    des besognes les illustrations, le feuilleton

    qui les ont empchs de donner leurs uvres

    toute l'ampleur que leur talent comportait. Malgr

    les lancinements de la vocation, le temps et le

    loisir ont manqu a tous deux Clestin Xan-

    teuil pour ne faire que des tableaux; ThophileGautier pour ne parler qu'en vers. L'art y et

    gagn et la France aussi mais le pain ne peut

    attendre.

    Dans l'intimit du Cnacle, on appelait Clestin

    Nanteuil le capitaine; non pas qu'il et port la

    douhle paulette d'or et le sabre d'ordonnance; fi

    donc! entre initis on n'admettait que les lames

    authentiques de Tolde, les cottes de mailles de

    Milan, les poignards cisels par Bcnvcnuto Cellini;

    mais toute autre arme on et prfr

    jNotrc dague de famille;Une agate au pommeau brilleEt la lame est sans tui.

    Donc nul service militaire a l'actif de Clestin Nan-

    teuil son surnom nanmoins tait mrit et con-

    statait la vaillance dploye sur les champs de

  • LA JEUNESSE. 43

    bataille romantiques, lorsque, aux premires repr-

    sentations de Victor Hugo, on faisait donner les

    intrpides, les chevelus, les durs cuire , dont

    l'intervention la fois opportune et violente avait

    souvent dtermin la victoire. Ceux-l, dont rien

    ne modrait l'enthousiasme, taient l'arme roman-

    tique ce que fut la vieille garde aux armes de

    Napolon Ier ils ne reculrent jamais.Ce batail-

    lon sacr, c'tait Clestin Nanteuil qui le comman-

    dait. Au mois de mars 1843, lorsque la Comdie-

    Franaise allait reprsenter les Burgraves, Victor

    Hugo se souvint du chef vigoureux quine s'tait

    point mnag Hernani, au Roi s'amuse, Lucrce

    Borgia, Marie Tudor, et il dpcha verslui deux de

    ses disciples pour lui demander trois cents jeunes

    gens auxquels serait confie la mission d'aiderau

    succs du prochain drame. Clestin Nanteuilcouta

    les messagers et rpondit Il n'y a plus de jeunes

    gens. On insista; secouantla tte, triste comme

    s'il et contempl la dfaite d'une arme jadis vic-

    torieuse, il reprit Dites au matre qu'il n'ya

    plus de jeunes gens. On ne put luiarracher une

    autre parole. Les Burgraves furent jous;ce ne

    fut pas une bataille, ce fut unedroute.

    Dans le Cnacle, dans ce milieu la fois farouche

    par la raideur des opinions et tendre parl'affection

    qui unissait tous les membres,enivr d'amour de

    l'art, immodr comme il sied aux heures de la pri-

    mevre, mritant d'avoir pour devise le mot excel-

    aior, dsintress surtout, sans aucune pense de

  • Vt THOPHILE GAUTIER.

    lucre, mprisant le bien-tre, s'imaginnnt que l'on

    ]>eut vivre de posie, djeunant d'une ode et sou-

    pant d'une ballade, dans ce milieu, Thophile Gau-

    tier reut une empreinte ineffaable. Toute sa vie il

    resta le compagnon mystique des premiers discipleset l'adorateur de Victor Hugo, rvlateur, aptre et

    prophte. Les excentricits dont il avait t le

    tmoin et bien souvent le hros, si folles qu'elles

    taient, ne lui furent pas inutiles. Il semble qu'ellesse soient cristallises, pures en lui, pour devenir

    cette originalit qui est une des qualits primor-diales de son talent et qui lui constitue une indivi-

    dualit reconnaissable entre toutes.

    Comme il a regrett ces heures du Cnacle dont

    le souvenir l'a charm jusqu'au seuil de la vieillesse,

    qu'il ne devait pas franchir! Il ne peut en parlersans tre mu; son attendrissement se mle une

    pointe d'orgueil, lorsqu'il rappelle ces belles mi-

    sres oit l'on se nourrissait de gloire et d'amour

    et qu'il s'crie Fit-on jamais meilleure chre?

    11 retrouve, un jour, une lettre qu'en 1857 luiavait adresse Bouchardy, celui que le Cnacle ap-pelait le maharadjah de Lahore; tout son cur en

    est agit, car son ancien compagnon d'idal lui

    dit Le plus beau de tous les rves, nous l'avonsfait les yeux ouverts et l'esprit plein de foi, d'en-

    thousiasme et d'amour, A ces paroles, Gautier

    tressaille, comme un vieux capitaine qui entend

    sonner le clairon des combats, et il crit Vingt-sept annes dj sparent cette date de 1830. Le

  • LA JEUNESSE. 45

    souvenir a la fracheur d'un souvenir d'hier; l'im-

    pression d'enchantement subsiste toujours. De la

    terre d'exil o l'on poursuit le voyage, gagnant la

    gloire la sueur de son front, travers les ronces,les pierres et les chemins hrisss de chaussc-

    trapes, on retourne avec un long regret des yeux

    mlancoliques vers le paradis perdu. Une telle joiene devait sans doute pas durer. tre jeune, intelli-

    gent, s'aimer, comprendre et communier sous toutesles espces de l'art, on ne pouvait concevoir une

    plus belle manire de vivre, et tous ceux qui l'ont

    pratique en ont gard un blouissement qui ne se

    dissipe pas Une autre fois, faisant allusion la

    mme poque, il crit Sainte-Beuve Oui, nous

    avons cru, nous avons aim, nous avons admir;nous tions ivres du beau, nous avons eu la sublime

    folie de l'art.

    Non une telle joie ne devart pas durer le

    Cnacle se dispersa; on quitta la grande route o

    l'on marchait de conserve et chacun prit le sentier

    que l'aptitude ou la ncessit ouvrait devant lui. On

    resta uni par l'invisible lien de la foi commune, maison fut spar; sans que la troupe ft moralement

    licencie, chaque soldat s'en alla vers son tapeparticulire, sachant bien qu'au premier appel on

    se retrouverait autour du drapeau.Vers cette poque, c'est--dire en 1833, Tho-

    phile Gautier alla s'installer, impasse du Doyenn,

    '1. Histoire du romantisme, p. 86, 87.

  • 46 THOPHILE GAUTIER.

    dans une vieille maison o habitaient Camille Rogier,

    Arsne Houssaye et Grard de Nerval.C'tait la

    Thbade au milieu de Paris. L'achvement du

    Louvre et la plantation du square ontfait dispa-

    ratre les anciennes constructions qui subsistaient

    encore et que le souvenir nereconstitue aujourd'hui

    que difficilement. Grard deNerval a crit l'histoire

    de l'existence que les quatre amis menaientensemble

    et il l'a baptise la Bohme galante.

    En 1836, Thophile Gautier entra au journalla

    Presse, que l'on venait de fonder;il fut d'abord

    charge de la critique d'art, puis peude temps aprs

    de la critique dramatique. dit-ildans son

    autobiographie, finit ma vie heureuse, indpendante

    et primesautire. Le feuilleton venaitde le saisir

    et ne devait plus le lcher.

  • CHAPITRE II

    LE CRITIQUE

    En 1836, Thophile Gautier avait vingt-cinq ans;ce n'tait plus un inconnu pour une certaine lite de

    lecteurs, et il tait clbre dans le monde des artistes,dans celui des crivains et dans l'cole romantique,

    qui voyait en lui un de ses plus illustres adeptes.Il n'tait pas rest oisif et son bagage littraire tait

    dj srieux. L'insuccs de son volume de posies,si malencontreusement offert au public pendant queParis faisait des barricades en criant Vive la

    Charte ne l'avait pas dcourag successive-

    ment, il publia 1832, Alberlus 1833, les Jeune-

    France; 1834, la premire partie des Grotesques;

    1835, Mademoiselle de Maupin sans compter un

    nombre apprciable d'articles sur tout sujet qui

    parurent dans diffrents recueils priodiques.Ces articles, on en trouvera la nomenclature, avec

    indication d'origine, date, citation, apprciation dans

    le livre que le vicomte Spoelberch de Lovenjoul a

  • 48 THOPHILE GAUTIER.

    consacr l'uvre de Thophile Gautier. Avec une

    patience de bndictin et une persvrance que sou-

    tenait l'admiration, l'auteur a rassembl tous les vo-

    lumes, tous les articles, toutes les feuilles parsesde l'norme labeur de Gautier; il n'a rien omis, rien,

    pas mme les variantes, pas mme les errata. C'est

    l'aclc l'acte mrit d'un dvot envers son idole.

    Toute l'uvre de ce nonchalant, qui fut un des plusrudes ouvriers des lettres franaises, toute cette vaste

    besogne o sa vie fut occupe, se droule et se d-

    voile, jour par jour, heure par heure, pour ainsi

    dire, depuis le moment o, sortant du collge,

    Thophile Gautier saisit une plume pour la pre-mire fois, jusqu'au moment o elle chappe sa

    main glace. Nul monument plus glorieux, construit

    de matriaux irrcusables, ne pouvait tre lev

    la mmoire du pote et du prosateur. A ceux qui

    seraient tents de rpter la calomnie de la banalit

    oisive Gautier est un paresseux , on peut r-

    pondre dsormais par un dmenti irrductible, en

    montrant les deux normes volumes o M. Spoel-

    herch de Lovenjoul a condens le rsultat de ses

    recherches, qui souvent nous serviront de guides

    1. Histoire des uvres de Thophile Gautier, par le vicomte

    Spoelbcrch de Lovenjoul. Paris, Charpentier 1887, 2 vol. in-8,'i'Jj et 602 papes, 2370 numros. J'ai relev, 1. 1, de la page 1 la page 94, le titre des diffrents journaux et keepsakeso Thophile Gautier a crit avant d'entrer a la Presse-, ilm'a paru intressant de reproduire cette nomenclature, .lnin'veillera aujourd'hui que bien peu de souvenirs le Gas-

    tronome, le Mercure de France du XIXe sicle, le Cabinet de

    lecture, l'Almanach des Muses: la France littraire, les Annales

  • LE CRITIQUE. 49

    4

    Le premier feuilleton que Gautier crivit dans la

    Presse est du 22 aot 1836; les typographes le sign-rent Gauthier, avec cette parasite qui devait pour-suivre le pote pendant sa vie entire et lui arracher

    parfois un sourire qui n'tait pas sans amertume.Pendant dix-neuf annes conscutives, il fut le pour-

    voyeur attitr des articles d'art et de critique dra-

    matique dans ce que l'on appelait alors le journald'mile de Girardin; il le quitta au mois d'avril 1855-

    pour entrer au Moniteur universel.

    Lorsque le Journal officiel fut cr pour remplacerle Moniteur universel, Thophile Gautier y passa et

    y continua, jusqu' son heure suprme, cette tchenervante qui depuis longtemps lui tait devenue

    insupportable. Il se vit condamn, durant un lapsde trente-six ans, rendre compte des pices jouessur les thtres de Paris et disserter sur les

    tableaux, les statues encombrant les expositions

    publiques; la mort seule le dlivra en vrit, c'est

    excessif.

    Dans le Stella d'Alfred de Vigny, le lord maire

    dit Chatterton J'ai retenu ceci de Ben Jonsonet je vous le donne comme certain savoir que la plus

    romantiques, le Voleur, le Diamant, le Slam, l'Amulette, leJournal des gens du monde, la France industrielle, la VieillePologne, l'Eglantine, le Monde dramatique, l'Abeille, le Rameaud'or, la Chronique de Paris, l'Aricl. D'aprs une tradition defamille, le dbut en prose de Thophile Gautier aurait eulieu dans le Gastronome, le 24 mars 1831, par un Repas audsert d'Egypte, article anonyme que M. Spoelberch de Loven-joul reproduit sous bnfice d'invent-nire.

  • 50 THOPHILE GAUTIER.

    belle Muse du monde ne peut suffire nourrir son

    homme et qu'il faut avoir ces demoiselles pour ma-

    tresse, mais jamais pour femme. Le pauvre Gautier

    le sut; sa femme lgitime fut la critique mariagede raison qui lui apporta en dot le feuilleton dra-

    matique. II en vcut, tout au moins il en subsista;

    mais on peut affirmer que plus d'un pome en mourut,

    faute d'avoir eu le temps de venir au monde. De ceci

    il ne se consola jamais et se comparait volontiers

    un cheval de course attel une charrette de moel-

    lons. La charrette c'tait cette corve hebdomadaire

    charge de vaudevilles, de pantalonnades, de turlu-

    taines et de drames pais qu'il lui fallait accomplir,il heure fixe, sous peine de jener et de faire jenerles siens. Un jour, il me disait avec la mlancolie

    souriante qui lui tait familire Je crois que jesuis l'hritier lgitime de Gautier-sans-avoir. Il m'a

    lgu sa pauvret et sa mauvaise fortune. Comme

    lui je n'ai ni fief ni aumnire pleine; comme lui j'ai

    guid la croisade vers la terre sainte de la littrature

    et comme lui je mourrai en route sans mme aper-

    evoir de loin la Jrusalem de mes rves.

    Son premier article fut consacr aux peinturesdcoratives qu'Eugne Delacroix venait de terminer

    la Chambre des Dputs. Il continuait ainsi la cri-

    tique d'art, en laquelle il passa matre, et o il

    s'tait dj essay dans quelques journaux littraires

    de ce temps-l. Il y acquit rapidement une notorit

    considrable et dans le monde des artistes il eut une

    autorit que souvent il fallut subir. Ds le Salon

  • I.E CRITIQUE. 51

    de 1837, avec une vivacit qui dmontre la sincrit

    de ses convictions, il attaqua l'art bourgeois, l'art pot-au-feu comme l'on disait alors, o Drolling,avec ses chaudrons bien tams, Mallebranche avec

    ses effets de neige, Louis Ducis avec ses trouba-

    dours, avaient trouv quelque renom. Voulant

    frapper la tte, il s'en prit Paul Delaroche, djclbre et fort admir pour les Enfants d'Edouard

    (1831), Richelieu sur le Rhne, Mazarin mourant,Cromwell (1832), Jane Grey (1834). A propos de

    Charles ler insulte' par des soldats dans un corps de

    garde, il le traita avec une svrit qui fut excessive.

    Tout en reconnaissant que les sujets fort habilement

    choisis par Paul Delaroche dterminaient son succs,bien plus que l'art avec lequel ils taient traits; tout

    en admettant que l'aspiration ne s'lve pas au-dessus

    de terre et que la simple reproduction d'un fait d'his-

    toire ne constitue pas la peinture historique, on peutconvenir que les qualits, souvent froides, il est vrai,et parfois un peu ternes de l'artiste, mritaient d'tre

    moins durement apprcies. La chaleur du combat

    n'tait pas teinte, c'est l une excuse; on se gour-rnait encore au nom de l'cole romantique, repoussesans rserve par l'Acadmie des beaux-arts, et

    qui ne faisait que bien difficilement sa troue aux

    Salons annuels que l'on semblait vouloir lui fermer

    de parti pris. Si la critique de Thophile Gautier a

    dpass la mesure en cette circonstance, il est justede rappeler qu'il tait le champion d'une cause quel'on combattait outrance, que ses adversaires taient

  • 52 THOPHILE GAUTIER.

    non seulement nombreux, mais puissants, dans la

    place, et que, malgr son agilit,sa vaillance et sa

    force, il ne parvenait pas rendre coup pour coup.

    Et puis ne pouvait-il pas dire,comme le pote Feuch-

    tersleben J'ai toujours dtest la mdiocrit;c'est

    pourquoi, au cours dema jeunesse, je me suis sou-

    vent pris de haine pourla modration. A cette

    poque, on assimilait volontiersPaul Delaroche

    Casimir Delavigne. Sans tre irrespectueuxenvers

    leur mmoire, on peut reconnatre qu'ils manquaient,

    l'un et l'autre, de cette originalit et de cette exag-

    ration voulues que le romantisme exigeait de ses

    disciples. Plus tard, en 1858,deux ans aprs la

    mort du peintre, Gautier fit amendehonorable

    Autrefois, dit-il, nous avons assez rudement mal-

    men Paul Delaroche. C'tait une poque o la

    polmique d'art sefaisait fer moulu et toute

    outrance

    Les expositions de beaux-artsne se produisant

    qu'une seule fois par an,c'tait le feuilleton drama-

    tique, toujours aliment parl'incessante produc-

    tion des thtres, qui allait tre la plus exigeante

    occupation de ThophileGautier. Avant de la lui

    confier, la Presse avait fait diverses tentatives qui

    ne parurent pas heureuses. Voulantrenouveler ce

    "enre de critique fortalourdi par les mthodes, pour

    ainsi dire pdagogiques, que Geoffroy, Hoffmann,

    1. Voir Th. Gautier, Portraits contemporains, 1 vol. in-16,

    18S6, Charpentier, p. 291 et suiv.

  • LE CRITIQUE. 53

    Duviquet avaient imposes, elle avait successive-ment appel Alexandre Dumas Frdric Soulic,Granier de Cassagnac; puis Grard de Nerval encollaboration avec Thophile Gautier; ils signaientG. G. pour parodier le J. J. de Jules Janin, quirestait seul charg du feuilleton du Journal des D-bats qu'il avait d'abord partag avec Lve-Vcmars,aprs la retraite de Duviquet. Grard de Nerval tait

    d'esprit nomade et d'instincts vagabonds; il ne puts'astreindre une besogne qui comportait quelquergularit. Thophile Gautier, plus sdentaire, de-meura seul au rez-de-chausse du journal la Pi,esse

    pour difier le public sur la valeur littraire de picesqui, le plus souvent, n'en avaient aucune.

    Dans ce mtier c'en fut un pour lui, rien de

    plus il dploya des qualits de premier ordre,et plusieurs de ses articles, qui sont de vritables

    chefs-d'uvre, restent enfouis et comme perdus aumilieu de la copie hebdomadaire qu'il tait obligde produire. A cet gard, il ne se faisait aucune illu-sion et disait Le livre seul a de l'importance etde la dure; le journal disparat et s'oublie. Etienne

    Bcquet a fait pendant quinze ans la critique auJournal des Dbats qui s'en doute aujourd'hui? maistout le monde a lu, tout le monde lira le Mouchoirbleu, une plaquette qui n'a pas vingt pages. Le feuil-leton est un arbuste qui perd ses feuilles tous les soirset qui ne porte jamais de fruits. On peut dire, sans

    exagration, que pendant toute son existence de cri-

    tique dramatique il a fait ses articles avec dcoura-

  • 54 THOPHILE GAUTIER.

    gement sinon avec dgot. Cela se comprend, il tait

    l comme un rossignol en cage; toutes les fois qu'il

    voulait prendre son vol pour aller chanter sous le

    ciel libre, le feuilleton le retenait et le forait psal-

    modier la complainte du cinquime acte ou l'pitha-

    lame du jeune premier pousant la jeune premire.

    Plus d'une fois et je ne l'en puis blmer il

    s'est dcharg de cette besogne sur quelque ami

    compatissant qui soulevait ses chanes de bon cur,

    pour l'empcher d'en sentir le poids.S'il et t moins assujetti, s'il et choisi ses

    sujets au lieu d'tre contraint de les subir, il et,

    son uvre, pu ajouter des uvres considrables. Il

    avait dj donn la preuve de ce que sa connais-

    sance de l'histoire, son got pour notre vieille lit-

    trature, son esprit perspicace, lui permettaient de

    faire. Si, au lieu de bcler deux mille feuilletons,

    Thophile Gautier, tout en coutant la Muse qu'il

    adorait, avait eu le loisir d'crire une histoire de la

    littrature franaise quel rgal pour les raffins,

    quel trsor pour les savants, quelle bonne fortune

    pour tout le monde! Par ce qu'il avait fait ds l'gede vingt-trois ans, on peut apprcier ce qu'il aurait

    pu faire dans la maturit du savoir et de l'intelli-

    gence.

    Le 1er dcembre 1833, Thophile Gautier signa

    avec Charles Malo, directeur de la France littraire,

    un trait par lequel il s'engageait composer une

    srie d'articles, sous le titre d Kihumatio/ts litt-

    raires. Cette srie formera une tude complte des

  • LE CRITIQUE. 55

    vieux potes franais. et scra compose de douze

    articles. M. Charles Malo s'engage lui payer ces

    douze articles, mesure que M. Gautier les lui

    livrera, sur le pied de cinquante francs l'article .

    Ces douze articles runis en deux volumes in-8,

    formant ensemble six cent soixante dix-sept pages,

    furent publis en 1844 sous le titre les Grotesques.

    On voit qu'en ce temps d'art et de renouveaula

    littrature tait peu remunratrice, ainsi que disent

    les conomistes. Onze de ces articles parurent suc-

    cessivement dans la France littraire au cours des

    annes 1834 et 1835; le douzime et dernier Paul

    Scarron fut insr dans la Revue des Deux Mondes

    du 15 juillet 18441. Les Grotesques reprsentent le

    dbut de Thophile Gautier dans la critique srieuse,

    et ce titre ils ont une importance qu'il convient

    de ne pas ddaigner. J'ai dit critique srieuse,et

    je ne m'en ddis pas, car srieux ne signifie pas

    ennuyeux; le savoir n'implique pas le pdantisme;

    on peut tre ingnieux avec humour et graveavec

    originalit. Je tiens ce livre pour excellent; jeviens

    de le relire, pour la dixime fois peut-tre, avec

    autant de plaisir et d'intrt que si jene le con-

    naissais pas.

    moins qu'il ne cherche dissimuler uneiro-

    nie, le titre en est dplaisant on ne le comprend

    gure; il ne rpond pas l'ouvrage qu'il indique.

    Il se ressent trop des opinions littraires queles

    1. Spoelberch de Lovcnjoul, toc. cit., numros 'J3 711.

  • 56 THOPHILE GAUTIER.

    critiques autoriss soutenaient encore au tempsde la jeunesse de Gautier, alors qu'il tait de mau-vaise compagnie de ne pas mettre au rancart les

    potes antrieurs Malherbe, que Y Art potique deBoileau avait vilipends. Gautier a sans doute subil'influence des ides ambiantes, qui pourtant n'taient

    pas les siennes. Si, malgr leur verve, Georges de

    Scudry et Cyrano de Bergerac sont dsagrablespar leur attitude de matamores de plume et d'pe,si Chapelain est lourd et rocailleux, si GuillaumeColletet est fadasse, si Saint-Amant force trop lanote comique, Franois Villon, Thophile de Yiausont des potes avec lesquels l'histoire littrairedoit compter, et Scarron pousse parfois la scurri-lit jusqu' une vigueur de burlesque inconnue avant

    lui; je ne vois que Scalion de Virbluneau et Pierrede Saint-Louis qui soient absolument grotesques et

    dignes de l'pithte qui aurait d tre pargne auxautres. Le choix de ce titre tonne de la part de

    Gautier, qui plus d'une fois a dit Il faut djbien du talent pour crire un livre mdiocre ou

    peindre un mauvais tableau.

    Au dbut de l'tude consacre Franois Villon,il ne dissimule cependant pas ses prfrences, touten semblant s'excuser d'y obir Ce n'est gure,dit-il, que dans le fumier que se trouvent les perles,tmoin Ennius. Pour moi, je prfrerais les perlesdu vieux Romain tout l'or de Virgile; il faut unbien gros tas d'or pour valoir une petite poigne de

    perles. Je trouve un singulier plaisir dterrer un

  • LE CRITIQUE. 5?

    beau vers dans un pote mconnu; il me semble q ;esa pauvre ombre doit tre console et se rjouir devoir sa pense enfin comprise; c'est une rhabilita-tion que je fais, c'est une justice que je rends; et siquelquefois mes loges pour quelques potes obscurspeuvent paratre exagrs certains de mes lecteurs,qu'ils se souviennent que je les loue pour tous ceuxqui les ont injuris outre mesure, et que les mprisimmrits provoquent et justifient les pangyriquesexcessifs. Les loges que Gautier distribue aucours de ses tudes sur les Grotesques, n'ont rienqui nous choque; ce qui prouve peut-tre que lespotes tudis par lui sont plus connus de nosjours qu'aux environs de 1834, o bruissait encorel'cho des applaudissements prodigus Mme Du-

    fresnoy, Luce de Lancival et o Branger le

    Tyrte moderne comme l'on disait passaitpour le plus grand pote qui et jamais honor unenation.

    Ce qui frappe dans ce livre, c'est sa modration,qui parat presque extraordinaire lorsque l'on se

    reporte ces annes de luttes o les romantiqueset les classiques s'injuriaient plume que veux-tu,en se prenant la perruque et la barbiche. Ondirait que Gautier est dj en possession d'une sortede srnit suprieure qui lui permet de s'abstrairedes passions transitoires pour mieux comprendreet signaler le beau, d'o qu'il vienne et l o il ledcouvre. Le style est net, d'une correction djirrprochable, sans rien d'alambiqu, comme celui

  • 5S THOPHILE GAUTIER.

    o Sainte-Beuve devait se complaire plus tard, sans

    aucun de ces sous-entendus, de ces penses demi

    exprimes dont les crivains, qui font oeuvre habi-

    tuelle de critique, aiment envelopper et souvent

    obscurcir leurs jugements. Pas un instant sa fran-

    chise n'est en dfaut, il ne trompe personne, ni lui

    ni les autres; il est absolument sincre, aussi bien

    quand il se raille des balourdises du sieur de Vir-

    bluneau, que lorsqu'il met en lumire les hautes

    qualits de Thophile de Viau et qu' propos de la

    Pucellc de Chapelain, il s'tonne qu'un tel sujet, si

    complet et si prodigieux, n'ait produit que des uvres

    d'une dplorable infriorit, ou une polissonnerie

    indigne d'un auteur et d'une langue respectables.

    Que de merveilles, dit-il, dans cette vie si courte

    et si pleine; on croirait plutt lire une lgende qu'une

    chronique. Il y a l dedans la matire d'un roman-

    cero. Eh bien avec un si magnifique sujet, une

    hrone vritable qui laisse de bien loin derrire

    elle la Camille de Virgile, les Bradamante, les Mar-

    phise, les Clorindc et toutes les belles guerrires

    des popes italiennes, Chapelain n'a pu faire qu'une

    lourde gazette rimc, ennuyeuse commela vie; Vol-

    taire qu'une infme priape abominable comme

    intention et d'une mdiocrit singulire, mme dans

    ce misrable genre. Pauvre Jeanne d'Arc Les

    Anglais t'ont fait brler seulementet ne t'ont pas

    viole. Un mot est a retenir dans le passage que

    je viens de citer, car il renferme un conseil,un con-

    seil prcieux, que feront bien de mditerles futurs

  • LE CRITIQUE, 59

    potes de Jeanne d'Arc il y a l dedans la matire

    d'un romancero .

    Cette tude sur des potes ddaigns et trop long-

    temps laisss en oubli offre cette particularit qu'elleest faite d'une faon impersonnelle et avec une trs

    sereine intelligence historique. Certes, ThophileGautier est de son temps, il n'a ni coup s