MERS EL KEBIR MERS EL KEBIR Le Grand Port UN HAUT LIEU PREDESTINE 0 Images ISBN 2-9503718-0-9 Philippe

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  • MERS EL KEBIR Le Grand Port

    UN HAUT LIEU PREDESTINE

  • Les 100 premiers exemplaires de cet ouvrage ont été numérotés de 1 à 100.

  • J a n v i e r F e r r a r a

    MERS EL KEBIR Le Grand Port

    UN HAUT LIEU PREDESTINE

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    Images

  • ISBN 2-9503718-0-9 Philippe Sémont - Images Bandol, 1989

    Tous droits de traduction, reproduction et adaptation réservés pour tous pays

  • Mers El Kébir

  • A Henriette, ma femme...

  • A celui qui attend, toutes choses se révèlent elles-mêmes pourvu qu'il ait le courage de ne pas renier dans les ténèbres ce qu'il a vu dans la lumière.

    (maxime)

  • La louve de Rome Pièce de monnaie phénicienne.

    Les Andalouses, restes d'une maison indigène IIe siècle avant J.C.

    Un minaret

  • Un passé bi-millénaire

    Une première constatation se dégage quand on se penche sur le passé de Mers El Kébir. C'est la continuité de son rôle à travers les différentes occu- pations du pays. Presque tous les centres importants ont connu, au gré des multiples invasions, des fortunes diverses. Alger a succédé à Cesaree, Tunis a détrôné Carthage ; Tebessa et Lambese, anciennes places fortes, n'ont con- servé que leur résonnance historique ; Tlemcen n'est plus l'étincelante capi- tale d'un royaume jadis prospère.

    Le destin de Mers El Kébir, lui, pour être peu éclatant, n'en a pas été moins important. Il s'est trouvé lié à toutes les formes d'occupations : escale phénicienne, point de balisage romain du célèbre "mare nostrum", port ber- bère au commerce florissant, nid de pirates, présidio espagnol, port de pêche, base navale de classe internationale. Il n'a cessé de présenter un intérêt his- torique à la valeur chaque fois renouvelée.

    Cette persistante fortune est indéniablement due aux avantages de sa rade qui, de l'avis des géographes et des marins, est l'une des plus belles et des plus sûres de l'Afrique du Nord.

    Elle a, de tous temps, attiré les navigateurs par la sécurité de son mouil- lage, comme fixé l'attention des ingénieurs militaires par le caractère escarpé des hauteurs qui la protègent en facilitant à souhait la mise en place d'un efficace dispositif de défense. L'évolution, parfois révolutionnaire, des tech- niques de guerre ne semble pas devoir infirmer cet intérêt qu'appréciaient déjà les anciens, au contraire.

    Malheureusement, ces avantages ouverts sur la mer, ne rencontrent pas, vers la terre, leur naturel complément. La baie est étroitement bloquée ; on pourrait même dire étouffée par l'imposant massif du Murdjadjo qui la prive d'un arrière pays favorable à tout développement urbain. Son rôle de liaison entre la terre et la mer s'en trouvera, de ce fait, affecté et sa voca- tion sera t'elle, longtemps, essentiellement maritime.

    Mais, du XIIe au XIVe siècle, avec le développement et le perfection- nement de la marine à voile, les échanges commerciaux s'amplifient entre l'Europe et le Maghreb et, plus particulièrement, entre la péninsule ibérique et la ville de Tlemcen, devenue la capitale politique, commerciale et intel- lectuelle de l'ouest algérien. Ce mouvement de part et d'autre, vient aboutir au mouillage de Mers El Kébir. Il réclame bien vite la nécessité d'une ville relais. Une bourgade, un simple point d'appui créé par des marins andalous,

  • Le Cardinal Francisco Ximènes. La Reine Isabelle de Castille la Catholique.

    Le Roi Ferdinand le Catholique.

    Une des fresques de la cathédrale de Tolède : Entrée du Cardinal Ximènes Cisnéros à Oran en 1509.

  • Oran, se trouve à proximité ; c'est lui qui va bénéficier de cette fortune nou- velle. Le transbordement s'y effectue par cabotage et bêtes de bât. Le trafic y connaît un tel essor qu'Oran ne tardera pas à devenir une cité florissante de 25 000 habitants. Et les chroniqueurs parleront, pendant longtemps, de la "Mersa Ouahram" sans son pareil dans tous les pays berbères.

    Cependant, le déclin du royaume de Tlemcen et la chute de Grenade portent un coup mortel à cette activité commerciale. Une telle baie ne peut cependant, pour autant, rester inutilisée. Elle ne tardera pas à devenir l'abri rêvé pour les autochtones qui, s'adaptant rapidement aux conditions nou- velles, vont confier l'éternelle soif de richesses qui anime les hommes au destin aventureux de la Course. Cette industrie, assez singulière, ne pouvait cependant aller sans gêner quelque peu ceux qui avaient de l'exercice du commerce une notion plus orthodoxe. Aussi, les réactions ne tarderont-elles pas à se manifester.

    Ce sera, en premier lieu, la contre-piraterie carthagénoise qui n'hési- tera pas à porter ses coups les plus rudes jusqu'aux bases de départ des expé- ditions barbaresques. Chassé-croisé d'aventuriers qui ne devait pas rendre des plus agréables, ni encore moins, des plus avantageux, tout trafic mari- time dans ces parages.

    On conçoit, d'autre part, que l'Espagne ne s'était pas délivrée, au prix de sept siècles de lutte, de la domination maure pour tolérer cette perpé- tuelle menace sur son flanc méditerranéen.

    Un homme surtout le comprendra : Ximenes de Cisneros, archevêque de Tolède, "roi sans couronne" de la péninsule qui, malgré les complots "anti- colonialistes" des conseillers de la cour, saura fonder avec ténacité cette poli- tique des présidios dont le grand spécialiste de la question, Braudel, a pu écrire qu'ils étaient "La ceinture de l'Espagne".

    Il n'est pas dans mon sujet d'entreprendre l'étude de ces places dont Mers El Kébir fut la plus importante grâce à la magnifique citadelle cons- truite par des ouvriers et avec des matériaux venus d'Espagne et qui, aujourd'hui, fait l'orgueil de notre paysage. Leur rôle fut volontairement limité.

    Comment ne pas rappeler cependant qu'après des fortunes diverses, c'est un cataclysme à la nature encore mal défini qui, dans la nuit du 8 au 9 octobre 1790, devait sonner le glas de l'occupation espagnole ; c'est une forte tempête comme celle qui, bien des années auparavant, avait eu raison de l'Invincible Armada. Etrange et tragique destinée d'un pays dont les coups les plus violents portés contre son empire l'ont été par les forces déchaînées de la nature.

    Sous l'occupation turque, la Mersa Ouahram continue à jouer un rôle actif dans les échanges maritimes. Son trafic en fait un marché pour les pro- duits naturels d'Espagne, de l'Afrique du Nord et du Sahara et pour les pro- duits manufacturés de l'Angleterre et de la France. La colonie juive d'Oran prend une place primordiale dans ce renouveau commercial. Le mérite en est d'autant plus notable que l'insécurité se fait grandissante dans le beylick de l'ouest où les tribus sont en état d'insurrection continuelle contre l'auto- rité des Turcs et que, sur mer, conséquence du blocus continental décrété par Napoléon, la contrebande avec Gibraltar met aux prises marins français et anglais jusque sous les canons d'Oran.

    On ne manquera pas de constater, et la chose est assez curieuse à pre- mière vue, que c'est avec l'implantation française, alors que le Maghreb est appelé à connaître dans tous les domaines un développement insoupçonné, que Mers El Kébir traversera une des périodes les plus obscures, et, partant, les plus paisibles de son histoire.

    Certes, les troupes françaises y débarqueront et le célèbre rapport Bou- tin qui le préconisait confidentiellement ne faisait que reconnaître une vérité à l'évidence maintes fois éprouvée. Pendant quelques années, il sera encore le port indiscuté d'Oran. Mais, si la sécurité de son mouillage et la profon- deur de ses fonds marins sont de naturels et appréciables avantages,

  • ses inconvénients vers la terre s'accentuent avec l'expansion économique de la région, l 'importance du trafic qui en découle et les progrès nécessités par les exigences de la navigation moderne. Après de longues et multiples controverses, ce sont les nécessités commerciales qui l 'emportent. L'admi- nistration aménage, en port artificiel, le petit mouillage d'Oran, à peine abrité par la Pointe Lamoune. La création de bassins propres à Oran sépare, pour un temps, les sorts si longtemps liés de la ville et de sa rade.

    Mers El Kébir vers 1850

    Mers El Kébir repliera alors ses activités sur sa modeste économie locale (usines de conserve de poisson, briqueteries, tuileries, carrières de pierre) et sur son port de pêche troublé seulement de temps à autre par les impo- sants tonnages des navires que le port d'Oran ne pourra recevoir.

    Mais, il en est de certains lieux comme de certaines personnes : il leur est bien difficile d'échapper à leur destin. Mers El Kébir n'en reste pas moins, ainsi que l'a fortement défini l'Ingénieur de la Marine Lieussou : "la porte de terre d'une grande rade militaire". Au contraire, il semble l'être plus com- plètement, plus librement maintenant. Et ce ne sont pas les vaines et éphé- mères tentatives, un temps esquissées en faveur de Rachgoun, qui change- ront rien à sa véritable vocation.

    Mais, nous passons, avec cette nouvelle phase, dans l'histoire actuelle. Nous rentrons dans la vie présente.

    Ce n'est un secret pour personne qu'avec Mers El Kébir l'Algérie compte une base navale d'une importance internationale.

    Le monde moderne peut étendr