of 116 /116
LE VISAGE RETROUVÉ DE VINCENT VAN GOGH NICÉPHORE CAHIER DE PHOTOGRAPHIES

Nicephore 3e cahier van gogh 0515

Embed Size (px)

DESCRIPTION

Nicephore, cahier de photographies, n°3 LE VISAGE RETROUVÉ DE VINCENT VAN GOGH Enquête sur un carton photographique dévoilant son visage d’adulte STUDIOS ROBESPIERRE, MONTREUIL, MMXV

Text of Nicephore 3e cahier van gogh 0515

  • LE VISAGE RETROUV DE

    VINCENT VAN GOGH

    NICPHORE

    CAHIER DE PHOTOGRAPHIES

  • LE VISAGE RETROUV DE

    VINCENT VAN GOGH

    Enqute sur un cartonphotographique dvoilant

    son visage dadulte

    STUDIOS ROBESPIERRE

    MONTREUIL

    MMXV

  • Nicphore, cahier de photographies, ISSN 2263-2069se trouve Montreuil, aux Studios Robespierre et dans le monde virtuel sur le site www. nicephore .com

    Sous la direction de Serge PlantureuxEnglish rsum : Ali Deniz OzkanPhotogravure: Gilles BerquetStudios Robespierre, 71 rue Robespierre 93100 Montreuil [email protected]

    Jai soixante ou quatre-vingt mtres carrs de murailles dcorer dansla salle de rptitions. Jai song aussi aux autres jeunes, ceux qui peignent ousculptent des merveilles quelquefois et les gardent dans leurs greniers. Voulez-vous leur adresser un appel dans votre Cri ?

    "I have some sixty or eighty square meters of walls to be decorated inthe rehearsal room. I also thought about the other young people, those whopaint or sculpt wonders and keep them in their attics. Do you want to sendthem a call in your Cri? "

    Andr Antoine, Le Cri du Peuple, 7 septembre 1887

  • AU LECTEURUne image anonyme surgit tout--coup au milieu dune maison que lon vide par un matinbreton pluvieux de mars 2010. Des indices tnus, quelques lettres parses mais sur la mmetagre, une inscription pince-sans-rire de Paul valry, un tampon peu lisible dans langle ducarton noir, motivrent une enqute sur lidentit des personnages prsents sur cettephotographie.

    Le fumeur de pipe en bonnet sera le premier tre reconnu. La prise de vue a interrompu uneconversation entre lui et cinq autres hommes. Debout, car il est chez lui, le personnage centrala russi sa mise en scne. A son cot un homme aux cheveux blancs arbore sa lgion dhonneur.Face au premier mentionn et pareillement accoutr de pantalons bouffants, un homme jeunedfie l'objectif. Un autre homme tient une pipe de la main gauche. Aussi mal "fagott" que lepremier, sa veste est ferme par un seul bouton, son bonnet en poils de lapin est visible aumilieu des verres. On n'ose imaginer quil ait accept de se laisser photographier. Et pourtant, l'vidence, cela ne peut tre que lui.

    La conversation peut reprendre.

    A NOTE TO THE READER

    An anonymous image unearthed in a house sale on a rainy morning in Brittany, March Breton2010. Tenuous clues, but a few scattered letters on the same shelf, an ironic comment by PaulValry, somewhat legible stamp in the corner of black cardboard, enough to start an investigationinto the identity of the six characters on this photograph.

    The bonnet pipe smoker will be the first to be recognized. The photographic session interrupteda conversation between him and five other men. Standing, because he is at home, the centralcharacter has a successful staging. At his side a white-haired man flaunts his legion of honor.Facing the first mentioned and likewise dressed in baggy pants, a young man defies the goal.

    Another man holds a pipe in his left hand. Even more casually dressed than the first, his jacketis closed by a single button, his cap in rabbit fur is visible among the glasses. We cannot imaginethat he has agreed to be photographed. Yet, obviously, it can only be him.

    The conversation can resume.

  • Tampon sec en lger relief prsent sur la surface du carton qui nous mne aubrevet : pour un carton photographique imbib dhuile et sch au four, puismis en couleur des deux cts et remis au four, ensuite poli avec de la pierre

    ponce pile et mis au four, enfin poli avec du tripoli, verni et sch au four".

  • I. ANALYSE MATRIELLE

    Deux cartons photographiquesun tampon, un brevet dinvention

    des lettres, une provenance

    LABORATOIRE PHOTOCEROS

    MMXIV

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 8

    Premire mention de lamphitype, une image photographiquesimultanment perceptible comme ngative ou positive est due Sir JohnHerschell (1844).

    John Hershel, Contributions to Actino-Chemistry. On the Amphitype, aNew Photographic Process, Athenaeum, #886 (Oct., 19, 1844), 954.

    A photographic process, described by Sir John Herschel, by which wereproduced pictures that were simultaneously positive and negative.

    Melanograph is a trade name for a photo printed on paper using the sameprocess as the ambrotype and tintype. Despite the poor quality ofmelanograph images, their inexpensive cost still makes the process a choiceof photographers in some parts of the world today.

    Puis Sir Talbot (1851)

    Adolphe Martin 1853

    Les Amricains prennent un brevet surle support verre en 1854.

    Une fine plaque de tle recouverted'un vernis noir et d'une mulsion aucollodion produisait aprs expositionet dveloppement une image positivedirecte.

    Le pannotype ou panotype est unevariante de photographie au collodionsur une toile cire, parfois sur du cuir.

    Le carton photographique de Mrienneest de la mme famille.

    Mel

    anog

    raph

    por

    trai

    t of C

    . Jef

    fers

    on, W

    aco,

    191

    1.

  • 9 LFERROTYPE, AMPHITYPE, MELANOGRAPHE

    Gautier-Martin, encadrements, art. de photographie, cartons photogra-phiques, preuve directe, brev. s.g.d.g., Mnilmontant, 28.

    (Annuaire et almanach du commerce, de l'industrie, etc... 1862)

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 10

    Le 4 avril 1861, le sieur Mrienne, (Frdric), voyageur de commerce, Paris, rue des Solitaires, n" 7, territoire de Belleville, dpose une demandede brevet dinvention pour un carton photographique imbib dhuile etsch au four, puis mis en couleur des deux cts et remis au four, ensuitepoli avec de la pierre ponce pile et mis au four, enfin poli avec du tripoli,verni et sch au four. Inventeur oubli depuis prs de 150 ans, Mrienneressurgit du pass grce la mise au jour de deux photographies ralises partir de sa technique. Une enqute mene principalement aux Archivesde Paris a permis de retrouver la trace de cet innovateur mconnu. Le 6janvier 1857, Frdric Mrienne, signal comme gainier et rsidant 7 ruedAmbroise, pouse Alexandrine Josphine Langlass. N le 29 juillet 1832,le futur est natif de Genve. Ses parents sont Michel Mrienne et ElisabethHappish. Sans plus de prcision1.

    De son ct, le Dictionnaire des photographes de Jean-Marie Voignierindique deux photographesportant ce patronyme : F. Mrienne, photographeen activit Mazamet (Tarn), rue de la Tonne, dans les annes 1880 et, J.Guillaume Mrienne, photographe en activit Grenoble (Isre), 4, rueLafayette, o il exerce des annes 1860 au dbut des annes, 1870, enassociation avec Lon, puis, Lon seul, aprs 1870.

    Nous retrouvons la trace de Jean Guillaume Mrienne Paris en 1888, oil dcde sur le 9e arrondissement, le 28 octobre 1888. Il est le fils de MichelMrienne et Elisabeth Happish, n Genve, en 1825, et est signal commecomptable.

    Frdric et Guillaume Mrienne sont donc frres et ns Geneve. FrdricMrienne invente en 1861, un procd photographique quil dpose. Sonfrre ouvre un atelier de photographie Grenable vers 1861 puis revient Paris, ou il dcde en 1888 dans le 9e arrondissement.

    1 Actes reconstitus de ltat civil de Paris, Mariage Mrienne-Langlass, 6 janv. 1857, Archives de Paris,

    5MI1 2291

  • Remarque importante : limage est inverse comme sur la plupart des ferrotypes et despanotypes, ainsi que lexplique avec prcision Sabrina Esmeraldo dans le VocabulaireTechnique de la Photographie, pages 37 43.

    En particulier, quand nous remettons limage dane le sens correct de lecture, le rubande la lgion dhonneur va retrouver sa place au revers de lhomme cheveux gris quenous allons identifier plus loin

    11 LE BREVET DE FRDRIC MRIENNE

  • 6 PERSONNAGES

    AK b VVg

  • right reading of the reversed collodion

    AA fJD Pg

  • Vincent Van Gogh en conversation avec Paul Gauguin et mile Bernard,Flix Jobb-Duval, Arnold Koning, debout: Andr Antoine. Paris, 96 rue Blanche, vers dcembre 1887

    Mlanotype, image positive directe au collodion sur carton photographiqueimpermabilis, 88x119 mm, cachet Gautier Martin brevet SGDG.

    Cette photographie exceptionnelle est l'une des rares connues ce jour de Vincent VanGogh. Assis autour de lui : Paul Gauguin et mile Bernard, qui ont sjourn Pont-Aven, portent tous deux le "bragou berr", pantalon court et lgrement bouffanttraditionnel de cette rgion. Assis ct de Gauguin, le peintre breton Flix JobbDuval, son vieil ami intime qui lui a indiqu Pont-Aven.

    Paul Gauguin nest Paris que pendant quelques semaines de la mi-novembre 1887aux environs de la fin janvier suivant. mile Bernard, Flix Jobb-Duval, Andr Antoineet Arnold Koning sont galement prsents dans ce court intervalle. Vincent Van Goghne part pour Arles qu'en fvrier 1888.

    Ils se retrouvent dans la cour du 96, rue Blanche o Andr Antoine, crateur du Thtre-Libre avait convi les jeunes artistes novateurs exposer dans sa nouvelle salle derptition. Trois artistes ont rpondu lappel relay dans le Cri du Peuple du 7septembre prcdent : Georges Seurat, Paul Signac et Vincent Van Gogh pour qui cetteparticipation reprsente laboutissement de son sjour parisien.

    cette occasion, Vincent Van Gogh accepte de poser avec ses amis. Il a dpos soncurieux chapeau en poil de lapin au beau milieu de la table. Avant son arrive Paris,il a voulu rendre son aspect physique plus attirant et a fait refaire toute sa dentition. Cenest quaprs cette opration esthtique quil a entam sa longue srie dautoportraits.

    En retrait, portant une casquette, on distingue peut-tre Arnold Koning, qui vientd'exposer avec le Groupe du Petit Boulevard.

    Ce collodion intime et mouvant, retrouv dans larchive dun grand libraire des annesfolles, nous dvoile ce groupe d'amis conversant.

    Ils sont en train de rvolutionner le monde de l'art.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 14

  • Vincent Van Gogh in conversation with Paul Gauguin and mile Bernard,Flix Jobb-Duval, Arnold Koning, standing: Andr Antoine Paris, 96 rue Blanche, about December 1887

    Melanotype, direct reversed positive with sensitized collodion on waterproofedcardboard, 88x119 mm, stamped Gautier Martin brevet, recto.

    This exceptional reversed photograph is one of the rare known pictures of Van Gogh.Sitting around him: Paul Gauguin and Emile Bernard, wearing the bragou-berr, atraditional garment from Pont-Aven where theyve stayed.

    Sitting next to Gauguin, the painter Flix Jobb Duval, an old friend who told him aboutPont-Aven.

    Paul Gauguin is in Paris for a few weeks from mid-november 1887 until the 26th ofJanuary. mile Bernard, Flix Jobb-Duval, Andr Antoine and Arnold Koning were alsopresent during this short period. Vincent Van Gogh leaves for Arles only in February1888.

    They meet in the courtyard of the 96 rue Blanche, where Andr Antoine, founder of theThtre-Libre had invited the pioneering young artists, painters and sculptors, to exhibittheir works in his new rehearsal hall. Three artists have replied positively to the appealpublished in the Cri du Peuple the preceding 7th of September: Georges Seurat, PaulSignac and Vincent Van Gogh for whom this exhibition is the culmination of his sojournin Paris.

    On this occasion, Vincent Van Gogh accepts to pose with his friends. He has put hiscurious fur hat at the center of the table. He wanted to look his best in Paris and had hiswhole dentition remade sometime earlier.

    Only after this cosmetic surgery did he start his series of self-portraits. Standing aside,wearing a hat, is probably Arnold Koning, who had just finished his exhibition with thepainters of the Petit Boulevard.

    This intimate and moving collodion, found in the archive of a Parisian bookdealer of1920s, reveals a group of friends in conversation.

    They are bringing a revolution to the world of Art.

    15 VAN GOGH EN CONVERSATION

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 16

    VINCENT VAN GOGH (1853-1890)

    Paris Vincent Van Gogh va dployer une nergie considrable pourrencontrer les peintres et puiser de nouvelles sources dinspiration. Lart desimpressionnistes marque une rupture dcisive avec tout ce quil avait vuauparavant. Il dcouvre aussi le monde des estampes japonaises etemprunte aux uns et aux autres, sans sectarisme.

    Son allure, celle dun bouvier la toque de fourrure tel que le dcritGauguin, contraste avec son incroyable rudition. Sa gentillesse et sa grandeintelligence vont trs vite lui permettre de devenir lami de tous. Vincentest un habitu de la boutique du pre Tanguy, il y rencontre de nombreuxpeintres davant-garde. De longues conversations animes se prolongentdans les cafs et auberges autour de Montmartre. Le divisionnisme de Seuratet Signac animait Paris. Vincent est conquis Seurat est le chef dit-il. Ilexpose avec lui 96 rue Blanche, essuyant ainsi les critiques de Bernard quiavait horreur des divisionnistes... Vincent, lui, rvait dune associationdartistes et ne comprenait pas ces dsastreuses guerres civiles . Sontableau Jardin avec amoureux y sera encore accroch en mai 1888, troismois aprs son dpart.

    Russel

  • 17 VINCENT VAN GOGH

    Self-portrait with Bandaged Ear, Arles, January 1889

    Oil on canvas, 5145 cm, Leigh b. block collection, Chicago (reversed).

    Preliminary note: six men around the table, three carry a hat, another (mileBernard) has a hat placed on his knees. The curious fur cap casually placedin the middle of the table can only correspond to the last two characters.Could the white-haired man decorated with the Legion of Honour (Jobb-Duval) have such a bad education ? The two pipes with their metal ring also seem to fit. Finally, both coats arebuttoned by one button only.

  • PAUL GAUGUIN (1848-1903)

    En 1886, Paul Gauguin rencontre pour la premire fois Emile Bernard Pont-Aven et Vincent Van Gogh Paris.

    A lautomne 1887, aprs un voyage prouvant Panama puis laMartinique avec Charles Laval, il rentre Paris et visite lexpositionorganise par Vincent au Restaurant du Chalet (peintres du Petit Boulevard: Van Gogh, Toulouse Lautrec, Bernard, Koning, Anquetin).

    Gauguin a dj 15 ans de peinture son actif lorsquil visite cetteexposition. Vincent lui propose alors dchanger deux de ses tableauxcontre lun des siens.

    Il reverra Vincent et Tho Van Gogh plusieurs fois durant cet hiver 87. Tholui achtera quelques toiles et cramiques. A son dpart pour Arles, Vincentest devenu son ami.

    Au dbut de lanne 88 il choisira Pont Aven pour peindre et se refaire unesant (crises de dysenterie et paludisme contracts la Martinique). Bernardly rejoindra dbut aot.

    Bonnet dastrakhan, moustache et barbiche, pantalons et bottes. Alexposition de 1889, Paul Gauguin apparat dans un costume original(cape, bonnet dastrakan). Gauguin participe activement la constructionde cette image.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 18

    Nagure, il avait tonn Paris avec un bonnet d'astrakan et une houppelande defourrure attache de plaques ciseles Et dans la rue, marchant de son pas d'ancienmatelot, lourd, balanc et sr, travers la foule parisienne, il parlait peu, visiblementobsd par tout ce mouvement incohrent, tchant d'occuper ailleurs sa pense. Maisil n'chappait pas la curiosit des passants, que ses dehors tonnaient. il avaitcompos, invent son costume en haine, peut-on dire, du normal costume moderne, ce costume bizarre qu'a si pittoresquement dcrit Armand Seguin : Ce bonnetd'astrakan, cette norme houppelande bleu fonc que maintenaient des ciseluresprcieuses, et sous lesquels il apparaissait aux Parisiens un Magyar somptueux etgigantesque, un Rembrandt de 1635, lorsqu'il allait entement, gravement, s'appuyantde sa main gante de blanc, cercle d'argent, sur la canne qu'il avait dcore.

  • 19 PAUL GAUGUIN

    PAUL GAUGUIN (1848-1903)Self-portrait with palette, 1893-1894

    Oil on canvas, 71x92 cm, private collection.

    Paul Gauguin meets mile Bernard for the first time in Pont-Aven in August 1886. In November1887, after a tiring trip to Panama and the Martinique with Charles Laval, he returns to Paris,quite sick, and visits the exhibition organized by Vincent in the Restaurant du Chalet, avenuedu Clichy (painters of the Petit Boulevard: Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Bernard, Anquetin andKoning). Gauguin already has 15 years of painting under his belt when he visits this exhibition.Vincent proposes 2 of his paintings an in exchange for one of Gauguins.

    Gauguin meets Vincent and Theo several times during the winter of 1887. Theo buys a fewpaintings and ceramics from Gauguin. By the time he leaves for Arles, Vincent has become hisfriend, Paul addresses him with a my dear Vincent. At the beginning of the new year, onJanuary 26th, Gauguin chooses Pont-Aven to paint and recover. gauguin suffered for severalmonths from the after-effects of the malaria, dysentery and hepatitis he had contractedduring his trip to Panama and Martinique with the painter Charles Laval (from April toOctober 1887). See exhib. cat. Washington 1988, p. 45.

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 20

    MILE BERNARD (1868-1941)

    Le benjamin de la bande ; il rencontre Paul Gauguin sur les conseils deSchuffenecker Pont-Aven durant lt 1886 alors quil fait pied le tourde la Bretagne. Il est renvoy de latelier Cormon : Llve renvoy vintprendre cong de ses camarades le jour mme o Vincent, dans ses tenueshabituelles de plombier zingueur toque de fourrure, avait commenc travailler sous les rires... (Cf. David Haziot. Van Gogh)

    Bernard sera le grand ami, le compagnon de Vincent en cette anne 1887.Ils se rencontrent souvent chez Tanguy et Asnires, o les parents deBernard possdent une maison. Ils vont exposer ensemble au caf LeTambourin, tenu par lancien modle Agostina Segatori, puis au restaurantdu Chalet, avec le groupe du Petit Boulevard. Fin 87, Bernard va tenter deconvaincre Vincent de partir Pont-Aven, o il dsirait aller peindre ; maisVincent ne le suivra pas en Bretagne.

    Lettre de Gauguin Van Gogh (septembre1888) : Jtudie le petit bernard que jeconnais moins que vous; je crois que vouslui ferez du bien et il en a besoin. Il anaturellement souffert et il dbute dans lavie rempli de fiel, entrain voir lemauvais ct de lhomme...

    Emile Bernard publie les lettres de VanGogh chez Volard en 1911 et vend lesmmes lettres en 1928 la baronneMyriam de Rotschild (Cf INHA) et la lettre lditeur amricain Cooper.

  • 21 MILE BERNARD

    Celui-ci c'est Bernard, Paris, 1889

    Ink on paper Le synthtisme, un cauchemar ! attributed by Schuffenecker to Paul gauguin,probably by mile bernard, folio 18, in the Album gauguin (Paris ; muse du Louvredpartement des Arts graphiques).

    The youngest of the group, he meets Paul Gauguin in Pont-Aven through mile Schuffeneckerduring the summer of 1886 while he is touring Brittany by foot.

    He often crosses Vincents path at Pre Tanguys shop (Julien Tanguy, 1825-1894) and theyregularly go for walks from Montmartre to Asnires, then an enjoyable resort where his parentshad a house. mile is the real great friend, the fellow of Vincent in the year 1887.

    They exhibit together, first in the caf Le Tambourin, managed by the former model AgostinaSegatori ,then at the Restaurant du Chalet with the painters of the Petit Boulevard. Toward theend of 1887, mile will try to convince Vincent to join him on a trip to Pont-Aven where hewants to paint again. He also tries to convince him to give up his exhibition with Signac andSeurat in the rehearsal hall of Andr Antoine, 96, rue Blanche, in vain.

  • FLIX JOBB-DUVAL (1821-1889)

    Peintre originaire de Carhaix (Finistre), Flix Jobb-Duval parcourt laBretagne depuis les annes 1860 et connat dj la Pension Gloanec. Cestun proche du pre Tanguy, breton et comme lui, ralli la Commune.

    Il porte un ruban de la lgion dhonneur, qui lui a t dcern en 1861.

    Gauguin le frquente depuis son retour de Copenhague et Jobb lui sous-loue son pavillon rue de Carcel en 1880. Son fils Clovis sera en pensionchez les Jobb la fin de lanne. Jobb-Duval sera galement le tmoinde lacte de naissance de son fils Jean Ren en 1881.

    La rue Jobb-Duval est une voie publique situe dans le 15earrondissement de Paris. Longue de 243 m, elle dbute au 40 rue Dombasleet se termine au 23 rue des Morillons.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES

  • 23 FLIX JOBB DUVAL , UN PROCHE DE GAUGUIN

    Photographic portrait in 1879

    No vintage print found, from an institutional scan.

    Painter from Carhaix (Finistre), Felix has been travelling through Brittany since the 1860s andknows the Gloanec Hostel really well. He is also a close friend of Pre Tanguy, Breton like him,and an old Communard.

    He is wearing the badge of the Legion of Honour on the left side of his jacket, awarded in 1861.Important confirmation that the image was reversed due to the photographic process, a directpositive image.

    Gauguin subleased him a floor of his Pavilion on the rue de Carcel in 1880. Jobb Duval alsowitnessed the birth of his first son, Jean-Ren Gauguin in 1881.

    Jobb-Duval passed away on April 3rd, 1889. The Paris administration named after him a streetopened in 1912:

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 24

    ARNOLD KONING (1860-1941)

    Le jeune Koning , comme lappellera Vincent, arrive Paris en septembre1887. Il expose avec Vincent et le groupe du Petit Boulevard au GrandBouillon restaurant du Chalet en cette fin de lautomne. 0 dix minutes pied de la rue Blanche.

    Les frres Van Gogh prennent en sympathie ce jeune peintre fraichementdbarqu des Pays Bas. Aprs le dpart de Vincent pour Arles, Thohbergera Koning, rue Lepic du 14 mars au 30 mai 1888.

    Tu rendrais srement service notre ami Koning en le laissant rester avectoi sa visite chez Rivet doit lui avoir prouv que ce nest pas nous quilayons mal conseill. En cas que tu voudrais le prendre et il me sembleque ce serait un debrouillage pour lui, seulement il faudrait clairementsexpliquer avec le pre de faon que tu naies pas de responsabilits,indirectes mmes.

    Si tu vois Bernard dis lui alors que jusqu prsent jai payer plus cher quPont aven mais quici je crois quen restant en garni avec les bourgeois ildoit y avoir des conomies faire, ce que je cherche, et ds que jauraivrifi je lui crirai ce qui me paratra la moyenne des dpenses.

    I think that Ill be getting a young painter, Koning, to come and live with me at thebeginning of next month. He isnt nearly as skilful as Vincent, but it will be morecompanionable than being on my own.(Theo van Gogh to Willemien van Gogh. Paris, 24 and 26 February 1888 (FR b914).

  • 25 ARNOLD KONING

    Comparison with a photographic wedding portrait, 1893

    No vintage print found, from a family wedding picture with Maria Catharina Heeley.

    The young Koning as Vincent nicknamed him, arrives to Paris in September 1887.

    He instantly exhibits with Vincent and the group of the Petit Boulevard.

    The Van Gogh brothers show sympathy to this young painter recently arrived from theNetherlands. After Vincents departure for Arles, Theo would even host Koning in the rue Lepic,from March 14th to May 30th 1888, on the same bed where his brother had slept: Amice Koning,van Theo vernemende dat gij naar Holland terug gaat wilde ik u een woordje schrijven omafscheid te nemen... [My dear friend Koning, learning from Theo that youre going back toHolland, I wanted to drop you a line to say farewell. Well, old chap, Ill often think about ourbeing together in Paris, and Im sure well hear from you when youre back in Holland. Its verygood that youre returning hale and hearty.

    If you should come back next year, come and have a look around here too. I wish you could seethe colour here.] (Vincent van Gogh to Arnold Koning, Arles, Tuesday, 29 or Wednesday, 30May 1888). Dear friend Koning did not answer.

  • ANDR ANTOINE (1868-1941)

    Comdien et metteur en scne, cet ancien employ du gaz arvolutionn le monde du thtre en inventant le Thtre libre en 1887. Ledbut de cette aventure se droule du ct de la Butte et, en septembre1887, les voil installs au 96, rue Blanche, dans un grand atelier, avec unescalier indpendant au fond de la cour et un gentil salon fumoir . Nous avons un sige social et cest une admiration ingnue des auteurs etdes jeunes gens qui prennent dj lhabitude de monter tous les soirsbavarder... - Antoine, Mes souvenirs sur le thtre libre .

    Dsireux de faire partager sa salle des artistes afin de leur permettredexposer gratuitement, il fait publier un texte dans Le Cri du Peuple, dbutseptembre. Signac, Seurat et Van Gogh organisent dbut dcembre uneexposition de quelques toiles dans ce lieu davant-garde.

    Une auberge, au joli nom dAuberge Blanche occupe galement un localau rez-de-chausse, dans la cour.

    Dautres peintres comme Lautrec, Rivire, Forain... illustreront par la suiteles programmes de ce thtre dart.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 26

  • 27 ANDR ANTOINE

    Portrait as a Theater Director, Paris, 1893

    No vintage print found, digitized by getty Image without original credit.

    Andr Antoine was a clerk at the Paris Gas Utility and worked in the Archer Theatre when heasked to produce a dramatisation of a novel by mile Zola. The amateur group refused it, so hedecided to create his own theatre to realize his vision of the proper development of dramaticart.

    I have sixty or eighty square metres of wall to decorate in the rehearsing hall. I thought aboutthe others, youg ones, those who paint and those who sculpt marvels sometimes and keep themin their attics. Would you please make a call for them in your Cri ? Andr Antoine in Le Cri duPeuple, 7 th september 1887

  • Le cyclamen est une plante de jardin qui fleurit partir de lautomne et jusquau coeur de lhiver.Elle pousse aussi dans lherbe des sous-bois oudans les endroits plutt lombre.

    Cyclamen is a garden plant that blooms fromautumn to midwinter.

  • LENQUTE

    Tmoins, reconstitution de la scne, signalements et habitudes des personnages

    enqute de voisinage

    MONTREUIL

    STUDIOS ROBESPIERRE

    MMXIV

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 30

    Lescalier actuel a succd en 1922 lancien, il est dtach du mur pour laisser la lumire pntrer une loge deconcierge et un palier a permis de rhausser de quelques marches le trs singulier accs aux tages de limmeuble.

  • LE THATRE LIBRE DANDR ANTOINE

    Derrire la faade du n96, rue Blanche dans un atelier au fond de la cour,Andr Antoine (1851-1943) effectua ses premiers essais de metteur enscne. Cet employ de la Compagnie du gaz rvolutionna le thtrefranais. Son Thtre libre proposa pour la premire fois au public parisiendes grands auteurs trangers : Ibsen, Strindberg, Tolsto, Tourgueniev et desuvres indites d'crivains franais : Les Goncourt, Maupassant, Zola,Catulle Mends, Daudet, Villiers de l'Isle-Adam, Claudel, J.Renard, HenryBernstein. Adepte des thories naturalistes, il prne un art populaire etouvrira la voie de nombreux proslytes.

    Ces rptitions avaient commenc dbut septembre 1887 dans le vastelocal du 96, rue Blanche. Les deux pices de cet ancien atelier de modistetaient la fois le sige social du Thtre-Libre, une salle de rptitions etun lieu de rendez-vous. En novenbre Andr Antoine autorisa quelquespeintres y accrocher des toiles.

    Andr Antoines Thtre-Libre starts in early 1887 in Montmartre. In September, he rents his ownworkshop for the rehearsals with an independent staircase at 96 rue Blanche:

    We have a headquarter and it is an honest admiration of the authors and young ones who tookon the habit of going upstairs to chat Andr Antoine, Mes souvenirs sur le Thtre Libre. Aninn, with the beautiful name of Auberge Blanche is on the ground floor, the entrance is fromthe interior of the porch.

    Thtre-Libre was a thtre d'essai, a workshop theatre, where plays were produced whetherthey would perform at the box office or not. It was also a stage for new writing, the subjectmatter or form of which had been rejected in other theatres.

    Over a 7-year period, until 1894, the Thtre-Libre staged some 111 plays. His work hadenormous influence on the french stage, as well as on similar companies elsewhere in Europe,such as the Independent Theatre Society in London and the freie bhne in germany(Wikipedia).

    31 LE THATRE LIBRE DANDR ANTOINE

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 32

    Monsieur Dumas actuel propritaire du 96 rue Blanche nous a fort aimablementcommuniqu une pice intressante.

    Dans les annes 1870 le rez-de-chausse du 96 t occup par une auberge portant lenom potique d'Auberge blanche. Or elle n'avait pas d'entre sur la rue, le trottoir estd'ailleurs en pente, l'entre tant sous le porche, les habitants des tages suprieursdevaient emprunter un escalier assez peu fonctionnel dans la cour. Cet escalier a trefait au dbut du XXe sicle sans rellement rsoudre tous les problmes d'accs. Onobserve encore aujourd'hui l'entre de la cave en dessous et les diffrentes proportions.Les reprsentations avaient lieu dans diffrents thtres qui acceptaient dacceuillir latroupe dAndr Antoine pendant les jours de relache.

    La cour du 96 aujourdhui, lentre de lauberge tait sous le porche, un curieux et inhabituel escalieren saillie mne au tages suprieurs et lescalier indpendant menant la salle de rptition au fond

  • QUELQUES EXTRAITS DES SOUVENIRS DANDRE ANTOINE :

    Jeunesse : "Rservant tout mon argent auxjournaux et aux livres, je ne djeunais pas, bienentendu, de sorte que chaque jour, entre midiet une heure, j'occupais ce loisir longer lesquais, le nez dans les botes des bouquinistes.De temps en temps, la grille des Beaux-Artss'ouvrait pour quelque exposition, celle deManet, mort rcemment, une rtrospectived'Henri Regnault, tu Buzenval, ou lesconcours du Prix de Rome. Cette vision del'uvre vivante et saine du peintre du PreLathuile me pntra fortement....

    31 mai 1887. La presse est venue au grand complet... tout le personneldramatique du Figaro et aussi beaucoup de camarades du Parnasse, JeanRichepin, Franois Coppe, Catulle Mends, Paul Arne... Ollendorff,Carjat... assis cte cte sur nos pauvres bancs de bois. Le local s'est trouvbeaucoup trop petit pour une assistance pareille, et comme nous n'avonspas de foyer, pendant les entr'actes, tous ces brillants Parisiens se tenaientdevant la porte, en plein air, sur l'escalier montant du passage de l'Elyse-dcs-Beaux-Arts (auj. rue Andr-Antoine) la rue des Abbesses...

    3 septembre 1887. Gomment avons-nous fait ? je n'en sais plus rien ;mais nous voici installs, 96, rue Blanche, dans un grand atelier, avec unescalier indpendant au fond de la cour et un gentil salon-fumoir.... Nousavons un sige social et c'est une admiration ingnue des auteurs et desjeunes gens qui prennent dj l'habitude de monter tous les soirs bavarderet s'enqurir du commencement prochain des rptitions.

    33 LE THATRE LIBRE DANDR ANTOINE

  • 16 janvier 1888. Le local de nos rptitions, rue Blanche, soulve lacuriosit. Nous serions vite envahis, si je n'avais, ds le dbut, dcid que,seuls, les auteurs et les artistes de la maison en auraient l'accs. Grce cette rserve, le coin demeure intime ; on ne s'y retrouve qu'entre soi. Lagrande salle du fond est consacre au travail des rptitions, que lesconfrres des auteurs qui vont passer peuvent suivre, mais dans le plusgrand silence. A l'entre, nous avons une pice pour causer, bavarder et fumer. Presque tous les soirs, prsent, l'assistance est nombreuse et, ce qui est assez mouvant, c'est l'atmosphre de cordialit et de solidarit dans laquelle tous ces jeunes gens mettent en commun leurs ambitions et leurs espoirs.

    La salle de rptition au premier tage avait une forme triangulaire et surtout unescalier indpendant qui existe encore et qui figure gauche sur ce plan du rez-de chausse btiment sur cour de 1975.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 34

  • 35 LE THATRE LIBRE DANDR ANTOINE

    LAPPEL LANC DANS LE CRI DU PEUPLE

    Le 3 septembre, Antoine inaugure le sige social de son Thtre Libre, au96 de la rue Blanche, local promis dans la brochure bleue, et dcouvertpar E. Paz. Le jour-mme ou le lendemain, Andr Antoine crit Paul Alexis,journaliste au Cri du Peuple, journal rvolutionnaire qui reparat depuis1883 et est dirig par Sverine depuis la disparition de Jules Valls :

    Mon cher Trublot

    Jai soixante ou quatre-vingt mtres carrs de murailles dcorer dansla salle de rptitions. Jai song aussi aux autres jeunes, ceux qui peignentou sculptent des merveilles quelquefois et les gardent dans leurs greniers.Voulez-vous leur adresser un appel dans votre Cri ?

    Chez moi, ils viendront accrocher la toile faite, et comme je vais avoirun va-et-vient de gens chics, ce sera une exposition trs modeste, mais peut-tre utile. Songez que jai sur ma liste dabonnement dj des princes etdes millionnaires. Il suffira quun bout de toile leur tape dans lil pourquils lachtent. Les artistes enlveront cela quand a leur plaira.

    Nest-ce pas que lide est bonne ? Et quelle sera peut-tre utile pourtout le monde ? Pas besoin de cadres, je veux garder, ce sige social duThtre-Libre, un caractre purement artistique et pas du tout bourgeois. On y fera des choses dart de toutes les manires. Que ces jeunesgens se mettent en rapport avec moi, un bout de lettre, 42 rue deDunkerque (1) nest-ce pas ?

    Merci et bien votre, A. Antoine

    Alexis reproduisit cet appel dAntoine dans le numro dat du 7 septembre1887 accompagn de son approbation efficace et rdige dans le style sicaractristique du journal :Vl quest fait mon fiston. Et vl un gas

    (1)Andr Antoine va bientt quitter sa mansarde de la rue de Dunkerque pour tablir son lit de campdans la salle de rptition de la rue blanche.

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 36

    dattaque, ct Antoine, et qui mrite drussir., et qui russira, jy prdis. Desides gniales, un esprit d'organisation extraordinaire et une volont, n'vousdis qu'a. Vous vous doutez pas que d'puis un an qu'le Thtre Libre est enfondation son secrtaire a crit quelqu'chose comme 1.500babillardes.

    Oui, les peintres et les sculpteurs aussi nmanqueront pointdvenir embellir lsige dnotr Thtre-Libre. Mzigue garantit les impression-nisses. (Voir aussi : Francis Pruner, Les luttes d'Antoine: au Thtre libre,M. J. Minard, 1964.

  • 37 LAPPEL DANS LE CRI

    Laspect de la salle de rptition,aujourdhui des locaux syndicaux defonctionnaires territoriaux, nous a tconserv par un tableau de 1889

    Le petit frre dAndr, Jules Antoine,ne fait pas de thatre, mais il estproche des milieux artistiquesanarchistes de ces annes 1880, quisuivent lamnisitie des Communardsvote en 1880.

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 38

    Jules Antoine (par Daniel Danzon*, daprs les archives et souvenirs familiaux)

    Jean-baptiste Jules Antoine nat le 21 mai 1863 dans une famille de mtayers desenvirons de Limoges. Ses parents Pierre-franois Antoine et Louise-Philippine Mamoussisont dj un fils de 5 ans, Andr. Leur pre, Pierre-franois a une belle criture, on abesoin de copistes Paris et la famille monte la capitale en 1868. Pierre-franois seraemploy la Compagnie Parisienne dEclairage et de Chauffage par le gaz. Il y resteratoute sa vie. Louise-Philippine mettra trois autres enfants au monde : Marthe, Paul, puisMarie-Marthe. Ils sont installs place des Vosges, et Jules va lcole communalecongrganiste de limpasse du barn. La guerre, puis le sige de Paris par les Prussiensvont les toucher durement. La petite Marthe meurt de la rougeole, les traces sanglantesde la rpression marquent les deux jeunes frres.

    Andr, qui se passionne pour la littrature et le thtre, abandonne lcole et travailleavec son pre la compagnie du gaz. On reporte sur Jules les espoirs dascension sociale.Jules obtient son certificat dtudes primaires et une bourse de 74 francs. Il entre commejeune commis dans le cabinet de larchitecte Lon Rivire, qui le pousse sinscrire lcole nationale des arts dcoratifs. Il a 13 ans. La famille dmnage rue de Svres, oelle a pour voisine Madame Hanotelle, couturire, qui lve seule ses 5 enfants, dontPauline, la benjamine. En 1883, Jules est reu lcole nationale des beaux arts. Il suitles cours du soir darchitecture.

    *Daniel Danzon, encadreur et arrire-petit-fils de Jules Antoine, a organis une remarquable expositiondes photographies sans son magasin dencadreur, Cadre Exquis, rue Doudeauvile.

  • 39 LES PHOTOGRAPHIES DE JULES ANTOINE

    Andr est en conflit permanent avec sa mre. Il quitte le foyer et se consacre satroupe de thatre amateur, qui deviendra Le Thtre Libre. Il pouse Marie Rampondont il a un fils, Henri. Il les quittera bientt pour une comdienne de sa troupe.

    Jules est llment rassurant, raisonnable, conciliant. Il aide financirement son frre,et tente des mdiations entre les parents et le fils indigne. linverse, Andr tente delui faire intgrer sa troupe : Jules est un beau jeune homme, avide de littrature et didesnouvelles, mais il ne fera que lui dessiner quelques dcors. Jules se rve artiste peintre; il a sympathis avec le milieu artistique libertaire que frquente son frre. Le peintreMaximilien Luce devient son ami*, il prsente firmin gmier Andr, qui lengage danssa troupe. Jules porte le bret et une canne en jonc. Son engagement dans le mouvementanarchiste se limitera aller manger de la tte de veau place de la concorde les vendredisaints, en hommage au Chevalier de la barre.

    En 1888, Jules pouse Pauline, la fille de la voisine. Ils partent en voyage de noces enNormandie, au Mont Saint Michel, o il peint de jolies aquarelles. Ils sinstallent rue deLille. En 1890, il est (brillamment) reu lexamen de commissaire voyer de la ville deParis, service charg du patrimoine architectural aprs les grands travaux. Il tire un traitsur ses ambitions artistiques et se consacre sa carrire et sa famille. Il gardecependant dtroites relations avec le monde artistique en crivant sur la peinture dansla revue Art et Critiques2. Il frquente le salon de Tho Van gogh, soutient les no-im-pressionnistes tout en ironisant sur leur intransigeance thorique.

    Leur fils Jean nat en 1892. La mme anne, Andr a un second fils, Andr-Paul, avecPauline, sa compagne comdienne, alors quil est toujours mari avec Marie. Cest larupture entre les deux Pauline, lpouse de Jules refusant de saluer la compagne dAndr.Les deux frres se voient presque en cachette. Aprs des annes de misre, Andrdevient le grand Antoine, et rvolutionne lart thatral. Le Tout-Paris littraire seprcipite au Thtre Libre, o sont cres les pices dIbsen, de Strinberg, de Zola.

    Leur fille Marthe nat un an plus tard, en 1893. La famille sinstalle au cur du 14e

    arrondissement alors en plein chantier. Jules y construit trois immeubles. Trois immeublesdangle, sans vis--vis. La rue boissonnade est prolonge, en expropriant une parcelledes jardins du couvent de St Vincent de Paul. Le boulevard dEnfer devient boulevardRaspail.

    * en mme temps que georges Tardif.

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 40

    Si Jules a abandonn la peinture, il se passionne toujours pour la photographie.Lappartement et le balcon du boulevard Raspail deviennent son studio personnel. (Dansla rue voisine, la rue campagne premire, habite alors Eugne Atget, photographe duvieux Paris.) Pour Jules, la photographie est une affaire de famille. Il va capter tous lesaspects de la vie enfantine grce ses deux modles, on ne peut plus conciliants.

    Jules gravit les chelons, cest la conscration pour Andr, et les deux familles serconcilient. Ils partent en vacances en Normandie, grandville, puis Camaret. Lesmilliers de plaques photographiques sentassent dans des botes.

    Les enfants ont grandi. Jean, Marthe et leur cousin Andr-Paul vivent en plein la bellepoque. Andr-Paul les entrane aux premires et chez Maxims, o ils font les 400coups. Les garons fument un peu lopium, et si Jean est un brillant lve architecte,Jules vit trs mal de voir son fils devenir un dandy. Marthe, elle, est une lve rveusedes premires classes pour filles du lyce fnelon. Et puis le malheur. Jean meurt dunepritonite en 1912.

    Deux ans plus tard, Jules commence un journal de guerre o il crit, le 1er aot 1914Aprs 44 ans, nous voici de nouveau en guerre ! Nous sommes trs dprims, depuisce matin jai la gorge serre et pense mon pauvre Jean qui devrait tre sous lesdrapeaux avec son cousin Andr. Quelle douleur sil tait encore l et pourtant combiencette douleur me semble douce ct de ce que jai pass depuis deux ans ! La guerrequi va se faire mpouvante. Quelle boucherie ! Que de misres et de ruines ! Et puisquelles consquences ? Que va-t-il rester de toute cette jeunesse ?

    Henri, le fils an dAndr, engag dans lanarchisme et le thatre militant, meut aufront (aprs avoir t bless deux fois.) Andr-Paul, bless lui aussi, sest fianc Marthequi, reste Paris, accompagne son pre sur les lieux des bombardements.

    Jules, Pauline et Marthe ont quitt la rue Lopold Robert aprs la mort de Jean. Ilshabitent dabord rue Denfert Rochereau (qui nest pas encore une avenue) puis loueun bel appartement au 56 boulevard Saint Michel, langle de la rue Monsieur le Prince.Un cinquime tage avec encore un balcon, do lon domine la cime des marronniers.Aprs la guerre, Andr-Paul rompt avec sa cousine Marthe, pour ne pas la rendremalheureuse dit-il. Pauline senferme dans le deuil, Jules travaille, et gravit les chelons.Andr a perdu le thtre de lOdon, et sest lanc dans le cinma.

  • 41 LES PHOTOGRAPHIES DE JULES ANTOINE

    En 1922, Jules est nomm architecte voyer divisionnaire de 1re classe. Il pense terminersa carrire comme architecte en chef, mais malgr ses tats de service il nobtient pasle poste, (peut tre cause de son pass pacifiste.) Il quitte dsabus ladministration,et se consacre la grance dimmeubles.

    Jules avait rang ses appareils photographiques aprs la mort de Jean. Il les ressort en1929, la naissance de sa premire petite fille. Marthe a pous sur le tard Carlo, unjeune italien, avec qui elle aura deux filles. Mais Carlo quitte femme et enfants ladclaration de guerre pour rejoindre lItalie mussolinienne. Jules abandonne son cabinet un neveu du ct de Pauline. Andr est ruin. Jules lhberge dans la maison quil aachete au Pouliguen, prs de gurande. En 1942, Sacha guitry organise une soire enlhonneur dAndr au thtre de lOdon, Jules reste dehors, refusant dentrer dans lasalle o se trouvent des officiers allemands. Jules devient ardent gaulliste.

    Lappartement du boulevard saint Michel abrite le couple Antoine, Marthe et ses deuxfilles, et plus tard, les maris de ses filles, et les 5 enfants de celles-ci. Pauline a disparuen 1942, et Andr en 1943, dans la maison de son frre. Jules sest teint paisiblementen 1948, aprs une dernire dispute avec sa petite-fille propos de Picasso, dont iltrouvait quil gchait son talent.

    Jules, phmre critique dart et amateur photographe, frre du crateur du ThatreAntoine, a laiss au fond dun placard des milliers de plaques de verres.

  • Francoise Lucbert est la premire tudier lesarticles de Jules Antoine dans sa thse : Entre le Voiret le Dire, La critique d'art des ecrivains dans la pressesymboliste en france de 1882 & 1906 (Universit deMontral, septembre 1998). Elle y analyse la revueArt et critique, hebdomadaire anim par ledramaturge Jean Jullien (avec E. Pichot) qui permetaux crivains et aux peintres d'exposer leurs thorieslitteraires et artistiques : Saunier. Antoine, Germain,Denis, Fencon, Verhaeren, Christophe, Lecomte,Sertat, Darzens, Marquet de Vasselot, Jacquelin. Lardaction est 7 rue des Canettes et la revue qui natavec lexposition universelle parat du 1er juin 1889au 26 mars 1892 (n95).

    Aucun dictionnaire ne mentionne ce critique d'art qui est le frre cadet d'AndrAntoine, le fondateur du Thtre-Libre. J'ai retrouv sa trace dans I'ouvrage que le filsdu clbre metteur en scene naturaliste consacre Antoine pre et fils. Souvenirs deParis littraire et thatral, 1900-1939, Paris, R. Julliard, 1962, p. 83.

    Proches des artistes anarchistes, Jules Antoine, le frre cadet du fondateur du Thtre-Libre, partage I'opinion [dAlphonse germain du besoin de rvolutionner la politiqueculturelle et artistique de ltat franais (Pourquoi ltat favorise t-il un art officiel ?)].

    Ayant lui-mme reu une formation a lcole des beaux-arts, le critique d'art attitr deArt et Critique s'oppose I'enseignement des professeurs trop conservateurs et se rjouitde la fermeture temporaire de I'atelier du peintre acadmique Leon bonnat en 1890.Rfractaire toutes les politiques d'exclusion pratiques par I'lnstitut, Antoine crit unarticle en faveur de I'admission des femmes a lcole au moment o ces derniresrclament publiquement le droit de recevoir la mme formation artistique que leshommes. Art et Critique est I'un des seuls priodiques du temps s'intressersrieusement au sort des artistes feminins : en plus de faire paratre des comptes-rendussur les expositions annuelles de I'Union des femmes peintres et sculpteurs, I'hebdo-madaire publie une lettre de protestation dans laquelle I'artiste gabrielle Louis contesteI'ide selon laquelle les femmes sont incapables de produire de l'art.

  • Mais ce type d1intert concerne moins les revendications feminines en elles-mmesque la critique des institutions nationales ; Antoine embrasse la cause des femmespeintres et sculpteurs parce que cela constitue une faon comme une autre de contesterle systme etabli. En ralite, tous les moyens sont bons pour protester contre le systemeofficiel et c'est ce titre que les priodiques symbolistes apportent leur soutien auxinitiatives personnelles pouvant porter atteinte l'hgmonie de I'administrationpublique en matiere de beaux-arts.

    Jules Antoine fournit un article chaque numro tant que Jean Jullien en est le rdacteuren chef, du n1 au n83. Voici quelquesuns de ses articles reprsentatifs :

    Les Difformes et les malades dans lart n2, 8 juin 1889, p. 67

    Tribune libre (sur flicien Rops) n10, 3 aot 1889, p. 159

    Exposition retrospective de I'art francais, n17, 22 septembre 1889,

    Impressionistes et Synthtistes n24, 9 Nov. 1889.

    Les Salons n49, 3 mai 1890, pp. 273-275.

    Exposition de M. J. f. Raffaelli, n 54, 7 juin 1890, pp. 363-365

    Les Peintres no-impressionnistes n 63, 9 aot 1890 (Van gogh et Signac)

    lcole des beaux-Arts, n 70, 27 septembre 1890, p. 620

    Les femmes peintres et sculpteurs n 91, 27 fvrier 1892, p.109

    Jules Antoine participe en fait chaque semaine la revue tant que son ami Jullien ladirige, jusqu son appel laide du n84, dat du 3 janvier 1891. Ensuite on ne trouveplus quun ou deux articles dans les numros 85 95.

    Jules Antoine crit par ailleurs en 1891 dans La Plume : Cest avec une satisfactionprofonde que nous voyons enfin I'anarchie rgner dans le monde des artistes (Le Salondes Champs-lyses, La Plume, n 81, ler juin 1891, p. 189).

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 44

    Librairie Ronald Davis, 160 Rue du faubourg Saint-Honor

  • 45 UN LIBRAIRE NOMM DAVIS

    LA PROVENANCE : UN LIBRAIRE NOMM DAVISRonald Davis (1886-1931) tait un petit diteur indpendant, install dabord aun 71 de la rue de Rennes. Sa Socit gnrale d'imprimerie et d'dition publia, entre1920 et 1931, plus de trente livres tirages limits. Il s'agissait principalementd'ouvrages littraires de Claudel, Jarry, Rimbaud et Valry, et si Davis ne tomba pascompltement dans l'oubli, et que l'histoire de sa vie ft tudie, ce fut grce auxditions des uvres de Valry.

    Roger Stoddard, un bibliothcaire amricain enthousiaste, admirateur de Valry, futintrigu par cet diteur envelopp de mystre, et il entreprit des recherches. Celles-ci le menrent, aprs quelques impasses, jusqu'au collectionneur Jacques Gurin,qui lui raconta l'histoire de Davis et de Madame de Rothschild :

    Pendant la Premire Guerre mondiale, RonaldDavis, un Anglais dorigine juive, alors soldaten France, tomba amoureux dune Franaiseet sinstalla Paris, o il ouvrit une petitelibrairie en 1920. Un jour, Alexandrine deRothschild (1884-1965), femme riche,volontaire, dominante et puissante, apparente la grande famille de banquiers, entra dansson magasin. Elle devint une fidle cliente,Davis achetant des ouvrages importants desventes aux enchres, qui enrichirent sacollection bibliophile dj imposante. Grce Madame de Rothschild, le commerce de Davisprospra, et il acquit une certaine notorit.Cependant, sa principale cliente posait desexigences, lui ordonnant, par exemple,d'tablir sa librairie plus prs de chez elle, leFaubourg Saint Honor devenant par la suite

    sa base d'opration.

  • Davis tait lui-mme collectionneur, notamment douvrages de Baudelaire, dont ilapprciait beaucoup les uvres, avant mme son migration en France. Madamede Rothschild lui permit de se constituer une collection respectable. En plus de cettepassion, de ldition de livres et de la grance de la librairie, Davis participa, pendantune courte priode, la revue Commerce, dont Adrienne Monnier, libraire, diteur,grante d'un salon, fut l'initiatrice. Elle mit fin ses activits de secrtaire lardaction au bout du premier numro, suite une dispute avec Jean Paul Fargue,passant le relais Davis lautomne 1924 pas pour trs longtemps, car celui-citrouva la mort dans son club de sport de la rue Daru, le mercredi 26 aot 1931,d'une manire peu hroque, suite un coup de crosse de golf.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 46

    LEx

    pres

    s du

    Mid

    i, 29

    Ao

    t 193

    1

    Si l'on zoome sur la vie de Ronald Davis, toute une 'arme' de collectionneurs delivres apparat alors. Madame de Rothschild, collectionneuse, fit en sorte que lecommerant Ronald Davis pt se constituer lui-mme une collection (qui fut achetepar d'autres bibliophiles aprs sa mort), et par ailleurs, qu'il pt diter des livres,pouvant leur tour tre collectionns...

  • Reproduction photographique dune ddicace de Paul Valry, que le libraire RonaldDavis avait ralise et conserve aprs avoir vendu le livre (collection prive).

    47 UN LIBRAIRE NOMM DAVIS

    Rfrences : Collection Louis Koopman (notice de Dignimont comment)Roger E. Stoddard, Ronald Davis qui Vend le Pire et Garde le Meilleur pour soi,dans: Gazette of the Grolier club, 43 (1991), p. 25-48

  • LE SECOND PORTRAIT SUR CARTON PHOTOGRAPHIQUE

    Carton photographique de plus grandes dimensions, 174x127 mm contre90x118 mm, portant le mme tampon gautier Martin, brevet SgDg.

    Il a t trouv lui aussi dans les papiers de Ronald Davis en mme tempsque lautre mais dans une chemise spare, et sans indications. Onremarque la place laiss par un clou, ce qui suppose quil a t accrochde la plus simple faon sur un mur.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 48

    Identification du mobilier

    right reading of the reversed collodion

  • 49 FLIX JOBB DUVAL

    Comparaison avec le portrait de Signac par Seurat, et deux portraits de Signac en 1881et 1894, aimablement communiqus par les archives Paul Signac.

    Comparaison avec diffrents portraits dAndr Antoine

  • Pourquoi Paul Signac pose-t-il seul accoud la mme table ? La dispute avec mileBernard (page de droite) a certainement t violente car elle va susciter une trslongue lettre de Vincent Van Gogh. Ci-contre, une photographie aimablementcommunique par le muse de Pont-Aven reprsente un groupe de peintres quelquesannes plus tard : l'un d'entre eux porte exactement la mme tenue qu'EmileBernard, empreunte aux tenues traditionnelles du Pays de l'Aven. Mme veste,mme "bragou berr", pantalon bouffant, rentr dans des bottes.

  • This document kindly providedby the Pont-Aven museumrepresents a group of painterssome years later: one of themhas exactly the same outfit thatEmile bernard. Even jacket,even "bragou berr" baggytrousers, tucked into boots.

  • Mon cher copain Bernard,

    Je sens le besoin de te demander pardon de tavoir lch sibrusquement lautre jour. Ce que par la prsente je fais donc sans tarder...

    Je suis moi tout de mme all chez Guillaumin, mais dans la soire,et jai pens que peut-tre toi ne sais pas son adresse qui est 13 QuaidAnjou. Je crois que comme homme Guillaumin a les ides mieux en placeque les autres et que si tous taient comme lui on produirait davantage debonnes choses et aurait moins de temps et denvie de se manger le nez.

    Je persiste croire que, non pas parce que moi je tai engueul maisparce que cela deviendra ta propre conviction, je persiste croire que tutapercevras que dans les ateliers non seulement on napprend pas grandchose quant la peinture mais encore pas grand chose de bien en tant quesavoir vivre. Et quon se trouve oblig dapprendre vivre comme peindresans avoir recours aux vieux trucs et trompe loeil dintrigants.

    Je ne pense pas que ton portrait de toi-meme sera ton dernier ni tonmeilleur quoique en somme ce soit terriblement toi.

    Dites donc en somme ce que je cherchais lautre jour texpliquerrevient ceci. Pour eviter les gnralits permets moi de prendre unexemple sur le vif. Si tu es brouill avec un peintre, par exemple avecSignac et quen consquence de cela tu dis si Signac expose l ojexpose je retire mes toiles et si tu le dnigres, alors il me semble quetu agis pas aussi bien que tu pourrais agir.

    Car il est mieux dy regarder longtemps avant de juger si categorique-ment et de reflchir, la rflection nous faisant apercevoir nous-mme, encas de brouille, pour notre propre compte autant de torts que notreadversaire et celui ci autant de raison dtre que nous puissions en desirerpour nous.

  • Si donc tu as deja rflechi que Signac et les autres qui font du pointillfont avec cela assez souvent de trs belles choses Au lieu de dnigrercelles-l il faut surtout en cas de brouille les estimer et en parler avecsympathie.

    Sans cela on devient sectaire troit soi-mme et lquivalent de ceuxqui nestiment pour rien les autres et se croient les seuls justes.

    Ceci stend mme aux acadmiciens car prends par exemple untableau de Fantin Latour surtout lensemble de son uvre. Eh bien voila quelquun qui ne sest pas insurg et est-ce que cela lempche, ce jene sais quoi de calme et de juste quil a, dtre un des caracteres les plusindpendants existants.

    Volontiers je ferai mon possible pour faire que ce que lon acommenc dans la salle russisse mais je crois que la premiere conditionpour russir cest de laisser l les petites jalousies, il ny a que lunion quifait la force.

    Lintrt commun vaut bien quon y sacrifie lgoisme, le chacun poursoi.

    Je te serre bien la main.

    Vincent

    (Lettre de Vincent van Gogh mile Bernard, sans date mais unanimement acceptecomme datant de la priode des deux expositions de fin novembre, dcembre 1887,lune au restaurant-bal public du Chalet et lautre dans la salle de rptition dAndrAntoine).

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 54

    Jai d dpenser aussitt la lettre reue presque tout pour des couleurs et des toileset je voudrais bien quil te fusse possible de menvoyer encore quelque chose de cesjours ci. Le tableau du jardin avec amoureux est au Theatre Libre. Boyer lencadreura toujours encore une lithographie, le vieillard tte chauve. Tableau du jardindes amoureux (JH 1258)

    Ce square porte le nom de l'ancien propritaire du chteau, le marquis Marc Rende Voyer d'Argenson qui faisait parti d'un vaste domaine. La ville d'Asnires se rendpropritaire du chteau en 1926, et lui donne ce nom en 1932. Le parc en 2015 :Rue du Chteau - quai du Docteur Dervaux Surface : 8 400 m. Sept platanes d'unehauteur de 30 mtres de haut, vieux depuis presque deux sicles donne unedimension particulire. Sans oublier ses magnifiques statues, sont pont fleuris, sesessences rarestout y est fait pour une ambiance romantique et potique.

  • 55 LEXPOSITION DU FOYER DU THATRE LIBRE

    LMENTS DE

    RECONSTITUTION DE LEXPOSITIONDE LA SALLE DE RPTITION

    DU THTRE LIBRE EN 1887

    Quinze toiles exposes ?

    une seule vendue

    MONTREUIL

    STUDIOS ROBESPIERRE

    MMXV

  • tableau de signac vendu

    tableau de Seurat

    tableau retir de Bernard ? autoportrai

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 56

    3 tableaux de VVG ?

  • it cruel ?

    57 LEXPOSITION DU FOYER DU THATRE LIBRE

    Paul Gauguin to Vincent van Gogh (believed to be still in Paris) end of February 1888.

    Mon cher Vincent,Je voulais crire votre frre mais je sais que vous vous voyez tous les jours1 et je crainsde lennuyer, occup comme il est depuis le matin jusquau soir par les affaires. Je suisparti pour travailler en bretagne, (toujours la rage de peindre), et javais bon espoirdavoir les fonds pour cel. Le peu que jai vendu a servi payer les quelques dettescriardes et dans un mois je vais me trouver sans rien. Zro, cest une force ngative.

    Je ne veux pas presser votre frre mais un petit mot de vous ce sujet me tranquiliseraitou du moins me ferait patienter. Mon dieu que les questions dargent sont terribles pourun artiste !

    Et sil faut faire des rabais ne craignez pas, pourvu que je trouve quelques fonds. Jeviens de passer 15 jours dans le lit, repris par la fivre et je recommence travailler. Sije peux taler 5 6 mois je crois que je rapporterai quelques bonnes toiles. Un motde rponse encourageant si cest possible.

    Tout vous, Paul gauguin

    Pont Aven chez Made gloanec, finistre

    Amsterdam, Van gogh Museum, inv. no. b839 V/1962

    Date: The letter dates from no later than 1 March, since Theo had to send it on fromParis and Vincent says in letter 582 of around 2 March that he has meanwhile receivedit. Moreover, he does not mention gauguins letter in his letter to Theo of aroundMonday, 27 february (letter 580). We, like Merlhs, have therefore dated it on or aboutWednesday, 29 february 1888. See Correspondance gauguin 1984, p. 172.

    Additional: Vincent sent this letter to Theo for him to read, together with letter 583. fromll. 3-4 it appears that gauguin assumed that the brothers were still living together. Hehad consequently sent the letter to Theos address, and Theo had apparently sent it onunopened. Vincent says in letter 582 that in future Theo can open his mail.

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 58

  • LMENTS DE

    RECONSTITUTION DE LEXPOSITIONDU PETIT BOULEVARD DE 1887

    (Grand Bouillon-Restaurant du Chalet

    43, avenue de Clichy)

    Cent toiles exposes ?

    une de Bernard vendue ?

    MONTREUIL

    STUDIOS ROBESPIERRE

    MMXV

    59 LEXPOSITION DU FOYER DU THATRE LIBRE

  • Dispute Bernard SignacUn Cauchemar

    Discussion et interprtation du dessincaricature

    Ci-contre, mile Bernard en 1892

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 62

  • 63 LEXPOSITION DU FOYER DU THATRE LIBRE

    Dessin de Bernard

    annot par Mme SchuffeneckerAlbum di t Gauguin des dessins retrouvs dans sa champbre chezSchuffenecker aprs son dpart.

  • Paul

    Gau

    guin

  • LE PEINTRE AU BONNET DASTRAKHAN

    Essai chronologique sur les portraits photographiques de Paul Gauguin

    1887

    Profil la casquette

    1891 en costume breton

    1893

    Gauguin de profil

    Pont-Aven 1894 avec Anna la avanaise

    Le mariage

    Portrait avec le Fez

    Portrait retrouv par le Tlgramme

    MONTREUIL

    STUDIOS ROBESPIERRE

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 66

    LES PORTRAITS DE JEUNESSE

    18661.1

    Paul Gauguin (n le 7juin 1848 Paris mort le 8 mai 1903, Atuona, Hiva Oa, lesMarquises)

    Premier essaiiconographique :Kuno Mittelstdt, DieSelbstbildnisse Paulgauguin, Berlin, 1966

  • 67 PORTRAITS DE PAUL GAUGUIN

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 68

    Paul Gauguin (n le 7 juin 1848 Paris mort le 8 mai 1903, Atuona, Hiva Oa, les Marquises)

    LES PORTRAITS DE BOUTET DE MONVEL

    18912.1

  • 69 PORTRAITS DE PAUL GAUGUIN

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 70

    LES PORTRAITS PARIS

    18663.1

  • 71 PORTRAITS DE PAUL GAUGUIN

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 74

    LES PORTRAITS TAHITI

    18904.1

  • 75 PORTRAITS DE PAUL GAUGUIN

  • Cha

    rles

    Bau

    dela

    ire, A

    utop

    ortr

    ait d

    e 18

    63. M

    use

    dO

    rasy

    / P

    aris

  • LE PEINTRE ET LES AUTOPORTRAITS

    Essai chronologique sur les portraits de Vincent van Gogh

  • Les portraits et autoportraits sont rassembls par priodes, et prsents danslordre chronologique reconstitu. On reproduit pour chaque portrait la notice de laremarquable tude iconographique publie par le Muse dAmsterdam.

    L Iconographie de Vincent Van Gogh , tablie par e ici.

    Abbrviations utilises :

    JH : Jan Hulsker, Van Gogh en zijn weg, Het Complete Werk, Meulenhoff/Landshoff,1978WM : notices de Cposition Baudelaire / Paris, BHVP

    Amsterdam : pour le Muse dAmsterdamArles : pour les collections de la Bibliothque nationale de France Orsay : pour la documentation du Muse dOrsay

    Im seeing about getting my teeth put right again. I have no fewer than 10 teeth that Iveeither lost or am losing. And thats too many and too disagreeable, and besides it makesme look as though Im over 40, which puts me at too much of a disadvantage.So Ive decided to have them seen to. Its a business that will cost me 100 francs, but itcan be done now while Im drawing more easily than at any other time and Ive hadthe bad teeth cut down, and just paid about half in advance. I was told at the same timethat I ought to look after my stomach, because its not right. Its certainly not got anybetter since Ive been here. But its something if one knows where the problem lies, anda great deal can be done about it with a little energy. Its not pleasant, but what must bemust be, and one must see that one stays alive and see one saves some strength if onewants to make paintings. I thought that my teeth were bad for another reason, and Ididnt know that my stomach had deteriorated to such an extent. You may say this isstupid, but one sometimes has to choose between two evils and is stuck on one side oron the other. 2r:5 It was the last month that Ive had a lot of trouble with it I alsostarted to cough all the time, bring up phlegm &c., so that I became worried. But well

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 78

  • PORTRAITS DE JEUNESSE VINCENT TREIZE ANS, 1866VINCENT DIX-SEPT ANS, 1871

    SELF PORTRAITS , 1886

    JOHN PETER RUSSEL OIL ON CANVAS, 1886

    HENRI DE TOULOUSE LAUTERC , 1887

    SELF PORTRAITS , 1887SELF PORTRAITS , 1887

    LUCIEN PISSARO CONVERSATION WITH FENEON, 1887

    DERNIRE SANCE, CHEZ CARJAT LIMAGE DU DSESPOIR 1866

    1.11.2

    VVG

    JPR

    HTL

    VVG

    LP

    7.1

    On connat ce jour deux portraits photographiques de jeunesse, et vingt-huitautoportraits du peintre n Groot-Zundert (Hollande) le 30 mars 1853 et mort Auvers-sur-Oise (France) le 29 juillet 1890

    79 ESSAI CHRONOLOGIQUE

  • LES PORTRAITS DENFANCE18661871

    ousof.

    Localisation de lpreuve dpoque : Amsterdam ?

    Vincent lage de treize ans, WM, page 703Vincent lage de dix-huit ans, WM, page 705

    Suite sa mauvaise alimentation due la misre dans leBorinage, Vincent a perdu une dizaine de dents. En plus deson allure de pauvre hre mal habill, son sourire dentdevait faire fuir les gens.Si jusque-l, il ne prtait que peu dimportance sonapparence, arriv Anvers, dans une grande ville, Vincentprouve le besoin de se soigner et de se rendre plusprsentable.

    Quant mon physique, il sagit de lembellir un peu. Onest en train de rafistoler ma denture. Jai perdu une dizainede dents. Cest trop, a me gne. a me donne lair davoirplus de quarante ans et a me fait tort. Jai donc dcid dyporter remde .

    A Paris, quelques mois aprs son arrive, il se fait de nouveau

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 80

  • 81 PREMIRE SANCE, CHEZ NADAR

    Mus

    e V

    an G

    ogh

    / A

    mst

    erda

    m

    Avant de rparer sa machoire

  • Unique preuve dpoque connue, surpapier aristotype, 132x160 mm, annotede la main de Bernard lencre :asnires, mon portrait en 1886,montage postrieur sur lequel une maindiffrente (de la famille dmile Bernard?) a ajout aprs 1940 : mile bernarden conversation avec Vincent Van goghsur les Quais de la Seine Asnires. En1887 tous deux firent une toile intituleLe Pont dAsnires que lon aperoitdans le fond de cette photographie.

    collection prive.

    JH

    Walther-Metzger, page ?

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 82

    CERCLE DMILE BERNARDPORTRAIT SUR LE QUAI

    ASNIRES, 1886

    bovendien had Van gogh een hekel aanhet medium fotografie en wilde hij nooit opde foto. Van de drie foto's die in het verledenvan hem zijn opgedoken waren er twee uitzijn kindertijd. Slechts n foto toont eenvolwassen Van gogh, in het gezelschap vanEmile bernard. Maar daarop zijn slechts deruggen van de mannen te zien, terwijl ze aanhet water zitten (Muse Van GoghdAmsterdam).

  • 83 SUR LES QUAIS DASNIRES

  • oil on canvas, cm

    .

    JH 1248

    JH 1299

    JH 1304Walther-Metzger, page ?

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES

    VINCENT VAN GOGH

    SELF-PORTRAITSPARIS, 1886

  • 85 AUTOPORTRAITS DE 1886

  • oil on canvas, 60.1 cm x 45.6 cmVan Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

    The Australian painter John Peter Russell got to know Vincent at Fernand Cormonsstudio. He painted this portrait of his friend in 1886 in a conventional, realistic style. Itis clearly influenced by photography, although the face and the hand still showImpressionist touches.

    The portrait was not so dark originally. Another artist, Archibald Standish Hartrick, metVan Gogh at Russells studio. He later recalled: [Russell] had just completed that portraitof him in a striped blue suit. You can indeed just make out a few little blue stripes atthe lower edge of the painting. Analysis has revealed, moreover, that the words Vincent,in friendship were painted in red over Van Goghs head.

    In Hartricks view, this was the most accurate portrait of Van Gogh more realistic thanthe likenesses done by other artists or any of Vincents self-portraits. Van Gogh was veryattached to it. Years later, he wrote to Theo: take good care of my portrait by Russell,which means a lot to me.

    Walther-Metzger, page 711

    About Russel and Montmartre : In Paris on 8 February 1888 he married Auguste Rodin'sbeautiful Italian model Marianna Antoinetta Mattiocco.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 86

    JOHN PETER RUSSELL (1858-1930)VINCENT VAN GOGH

    PARIS, 1886

  • 87 PORTRAOT PEINT PAR JOHN PETER RUSSELL

    Mus

    e d

    Ors

    ay /

    Par

    is

  • chalk on cardboard, 57 cm x 46 cmVan Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

    According to the artist Paul Signac, Vincent van Gogh rounded off every day in the bar,where the absinthes and brandies would follow each other in quick succession. VanGogh himself later admitted that he was almost an alcoholic by the time he left forArles . Henri de Toulouse-Lautrec had good reason, therefore, for sketching his friendat a table with a glass of absinthe.

    The French painter met Van Gogh, who was ten years older than him, at FernandCormons studio, where they were both taking lessons. They probably worked togetherintensively for a while, as the style and technique of their paintings in this period lookvery similar.

    Toulouse-Lautrec sprang to his friends defence at the exhibition of Les Vingt in Brusselsin early 1890. Van Gogh had submitted six paintings, which caused a furore during theopening. Toulouse-Lautrec was so angry about some of the negative comments he heardabout Vincents work that he almost got into a fight with another artist. The two paintersmight have seen each other one last time a few months later, when Van Gogh left Saint-Rmy and travelled to Auvers-sur-Oise via Paris. Little else is known about theirfriendship.

    Walther-Metzger, page

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 88

    HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC (1830)VINCENT VAN GOGH

    PARIS, 1887

    HTL

  • 89 PORTRAOT PEINT PAR HENRI DE TOULOUSE LAUTREC

    Mus

    e d

    Ors

    ay /

    Par

    is

  • oil on cardboard, 41 cm x 33 cmVan Gogh Museum

    Oil on cardboard, 32,8 x 24 cmKrller-Mller Museum

    pencil, pen and ink, on paper, 31.1 cm x 24.4 cmVan Gogh Museum

    Walther-Metzger, page

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 90

    VINCENT VAN GOGH (1853 - 1890)SELF PORTRAITS

    PARIS, SPRING 1887

  • 91 PREMIRES SANCES, CHEZ NADAR

    Van

    gog

    h M

    useu

    m, W

    ikim

    edia

    com

    mon

    s

  • People say and Im quitewilling to believe it that itsdifficult to know oneself but itsnot easy to paint oneself either,Van Gogh once wrote to hisbrother Theo.

    Left : August 1887JH 1353

    Right : september 1887oil on canvas, 44.5 cm x 37.2 cmVan Gogh Museum

    JH 1353Walther-Metzger, page

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 92

    VINCENT VAN GOGH (1853 - 1890)SELF-PORTRAIT WITH GREY FELT HATPARIS, SUMMER-AUTOMN 1887

  • 93 PREMIRES SANCES, CHEZ NADAR

    Van

    Gog

    h M

    useu

    m

  • Vincent in Conversation

    carton photographique

    .

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 94

    JULES ANTOINE (ATTR. )VINCENT VAN GOGH IN CONVERSATION WITH FRENCH PAINTERS

    PARIS DECEMBER 1887

  • 95 PORTRAIT PRIS PAR EUGNE BOCH

  • Vincent in Conversation with Flix Fnon

    Black crayon on paper(Oxford, Ashmolean Museum)

    Flix Fnon et Vincent van Gogh.

    Flix Fnon qui selon Apollinaire "n'a jamais t trs prodigue de sa prose"cessapresque d'crire sur l'art en 1891, mais il continua jusqu' sa mort soutenir les peintresde l'Ecole moderne..

    Le vritable inventeur de "Twitter", il innove dans le journal "Le Matin" une formulejournalistique jusqu'alors inconnue : "Les Nouvelles en trois lignes" comprenant entre130 et 135 signes typographiques maximum en style tlgraphique !

    On peut lire avec intret le livre de Daniel Grojnowski, Aux commencements du riremoderne. L'esprit fumiste, Jos Corti, Paris, 1997 .

    Walther-Metzger, page

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 96

    LUCIEN PISSARO

    VINCENT VAN GOGH IN CONVERSATION WITH FLIX FNON

    PARIS WINTER 1887/1888

  • 97 PORTRAIT PRIS PAR EUGNE BOCH

    Oxf

    ord

  • Vincent van Goghin Arlesphoto owned by Eugene BochVincent van Gogh and Eugene Boch were both students at the atelier Cormoneven though they did not attend painting classes at the same time.

    trouv sur le site Villeroy et Boch une photo de Vincent Van Gogh, prise Arles parEugne Boch en juillet/aout 1888.Pourquoi est-elle si peu connue, est-elle aussi conteste ?Cette photo montre un Van Gogh ressemblant , avec un visage plus maci (il souffrede l'estomac depuis son arrive Arles et se nourrit mal).Mais les proportions du visage sont les mmes.

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 98

    CIRCLE OF EUGNE BOCH

    VINCENT BLESS ET RAS, DE PROFILARLES JUILLET/AOUT 1888

  • 99 PORTRAIT PRIS PAR EUGNE BOCH

    Mus

    e d

    Ors

    ay /

    Par

    is

  • affiche de l'exposition au "caf des arts, volpini directeur"Paris, Imprimerie Watelet, [juin 1889]AFFICHE DE L'EXPOSITION AU "CAF DES ARTS, VOLPINI DIRECTEUR" PARIS, IMPRIMERIE WATELET, [JUIN 1889]Affiche l'italienne, 287 x 400 mm, imprime en noir sur fond blanc rayureshorizontales oranges, sur papier pelure.

  • DUN ISME LAUTRELMENTS DE CHRONOLOGIE

    1884-1889

    Pointillisme, Chromo-Luminarisme, Impressionisme,

    Confettisme, Cloisonisme, Divisionisme, Synthetisme,

    No-Impressionisme, No-Ralisme, No-Traditionalisme

    MONTREUIL

    STUDIOS ROBESPIERRE

    MMXV

  • UNe baignade Asnires. Peint pendant lt et lautomne 1883 pargeorges-Pierre Seurat (Paris 2 dcembre 1859 - Paris 29 mars 1891),pionnier de la technique de chromo-luminarisme, ou peinture optique,appele plus couramment pointillisme ou divisionnisme. Expos en 1884Achete par flix fneon.

    Ses six uvres principales, peintures dfinitivespour lesquelles Seurat a ralis plusieurs dessinset esquisses peintes qu'on retrouve aujourd'huidans quelques collections publiques sontralises entre 1884 et 1891 (son dcs subit).

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 102

    1883

  • 103 DUN ISME LAUTRE 1886-1889

    Le divisionnisme (aussi appel chromo-luminarisme) est une techniquepicturale qui consiste appliquer sur un support de petites taches decouleur pure juxtaposes. De fait est une variante plus technique d'un autrestyle, le pointillisme, qui se dfinit spcifiquement par l'utilisation de pointsde peinture et ne se concentrant pas forcment sur la sparation descouleurs. La diffrence entre les deux techniques est que les coups depinceau des divisionnistes sont plus longs et plus fluctuants que ceux despointillistes comme Seurat ou Signac qui projettent des petits points decouleur sur leur toile.

    Alors qu'auparavant les mlanges de couleur s'opraient sur la palette dupeintre, les divisionnistes juxtaposent deux couleurs pures directement surla toile. Ainsi une petite tache bleue pose ct d'une petite tache jaunedonne l'impression du vert sur la rtine de l'observateur.

  • 1886. Socit anonyme

    En mai et juin 1886 eut lieu rue Laffitte, a Paris, la huitieme et derniereexposition de la Societe anonyme des Artistes Peintres, Sculpteurs, graveurs,etc., egalement connus sous le nom de Peintres independants.

    Edgar Degas en etait lun des participants, avec dautres collegues reunisau sein de cette association dartistes pour lesquels le terme dimpression-nistes setait impose des leur premiere apparition publique en 1874.Lartiste age de cinquante et un ans y presentait un ensemble duvres quigravitait autour dun noyau forme par une suite de tableaux au pastelfigurant des femmes a leur toilette.

    Cest a georges Seurat quil revint cependant de faire cette fois-ci sensation,avec son chef-duvre pointilliste Un dimanche a la grande Jatte, une toilegrand format que le jeune peintre venait de realiser entre 1884 et 1886. Auterme de lexposition, cette communaute dartistes hommes et femmesrassembles par les circonstances avait definitivement perdu sa raison detre.

    Claude Monet et Pierre Auguste Renoir sen etaient deja ecartes au debutde la decennie. Desormais, ce sont aussi les membres constituant le curvif du groupe, parmi lesquels Degas et Camille Pissarro, qui iront leur proprechemin. (Martin Schwander)

    1886

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 104

  • 20 aot 27 septembre 1886. Formation du groupe no-ImpressionnisteIIe exposition de la Socit des Artistes IndpendantsSeurat, Pissaro, Signac, Angrand, Dubois-Pillet, Henri-Edmand Cross,Baraquement B, rue des Tuileries.

    Juillet-Septembre 1886. Bernard rencontre Gauguin Pont-Aven

    Janvier 1887 Bernard rencontre Signac

    12 mars 1887. vente atelier Signac ?

    Juillet 1887 Bernard Pont-Aven. Gauguin en Martinique, revient malade

    Juillet 1887. Exposition au Tambourin dAgostina Segatori (Ancne 1841 -Paris 1910). Vincent van Gogh ralisa un accrochage de ses uvres etcelles de ses amis Paul Gauguin, Guillaume Anquetin et Emile Bernard.Cette exposition rencontrera plus de succs car c'est cette occasion queEmile Bernard et Guillaume Anquetin vont vendre leurs uvres pour lapremire fois.

    7 septembre 1887. Appel dAndr Antoine dans le Cri du Peuple : mise disposition de la salle de rptition.

    Novembre 1887. Exposition du Grand Bouillon. Chalet. Bernard vendune oeuvre.Pot de grs et pomme, premier essai de synthtisme.

    105 DUN ISME LAUTRE 1886-1889

  • 1887

    NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 106

    1888

    Probablement dbut dcembre 1887 : Mon cher copain Bernard,je sens le besoin de te demander pardon de tavoir lch si brusquementlautre jour. Ce que par la prsente je fais donc sans tarder. .. Si tu es brouillavec un peintre, par exemple avec Signac et quen consequence de cela tudis si Signac expose l o jexpose je retire mes toiles et si tu le dnigres,... Je te serre bien la main. Vincent

    4 janvier 1888. Gauguin remet un reu dat et sign Theo van Gogh, quilui achte 3 tableaux dont toile marquiniquaise pour 900 Frs. Cramiques?

    16 janvier 1888. Andr Antoine ne veut plus des peintres qui drangent lesrptitions

    18 fvrier 1888 Vincent van Gogh prend le train pour Arles

    2 mars 1888 Intressante vente aux enchres. La vente au profit de MlleMarguerite Pillet, fille de M. Charles Pillet, l'ancien commissaire-priseur,mort rcemment, est dfinitivement fixe aux 2 et 3 mars. Elle aura lieu l'htel Drouot. Les dons et uvres d'art sont reus chez M. Mannheim, 7,rue Saint-Georges. Nous ne saurions trop chaleureusement inviter lesretardataires adresser le plus tt possible, M. Charles Mannheim, lesobjets qu'ils destinent cette vente digne de tout intrt.

    At the Pillet sale in Paris (Htel Drouot, 2 and 3 March 1888; Lugt 1938-1987, no. 47127) Theo had bought a drawing by Georges Seurat for 16francs; it was Woman singing in a caf-chantant, 1887 (Amsterdam, VanGogh Museum). Ill. 424 [424]. See exhib. cat. Amsterdam 1999, p. 179.

  • It emerges from a letter from Lucien Pissarro to his father Camille of 12March 1888 that Theo was not at the sale in person, but got Emile Bernardto buy the drawing for him: (il a fait acheter par le petit Bernard le dessinque Seurat y avait mis, il a t pay tres bon march, car tu sais comme ilest chien, il ny tait pas sans quoi je serai rentr pour bavarder avec lui eten apprende le prix (he had young Bernard buy the drawing that Seurathad put in the sale, it fetched very little, because you know how stingy heis, he wasnt there, otherwise I would have gone back to chat to him andfind out the price). See Letters of Pissarro 1993, pp. 105-106.

    Chevreul et thories impressionnistes

    Mai 1888 : Le Cloisonnisme ou le dessin affirmant la couleur et la couleuraffirmant le dessin (Dujardin, Revue indpendante)

    Quand la couleur est sa richesse, la forme est sa plnitude... Peindre,cest enregistrer ses sensations colores (paroles de Czanne rapportespar mile Bernard)

    1888 ? Les japonais ont le got naturel de la synthse, un instinctmerveilleux des ressources de la couleur, une connaissance approfonduedes lois de leur harmonie et une dlicatesse infinie varier leur emploi(Gonse, Le Japon Artistique)

    mile Bernard : Bretonnes dans la prairie verte, en peignant de mmoire,javais lavantage dabolir linutile complication des formes et des tons. Il

    107 DUN ISME LAUTRE 1887-1889

    1888

  • restait un schma du spectacle regard (mile Bernard, Souvenirs)

    Paul Gauguin : La Vision aprs le sermon

    Aot 1888 : Un conseil, ne peignez pas trop daprs nature, lart est uneabstraction, tirez-la de la nature en rvant devant... mes derniers travauxsont en bonne marche et je crois que vous trouverez une note particulireou plutt laffirmation de mes recherches antrieures ou synthse duneforme et dune couleur en ne considrant que la dominante (Gauguin mile Schuffenecker, 14 aot 1888)

    mile Bernard : Un cauchemar, caricature

    Vincent Van Gogh : La Salle de danse des folies arlsiennes

    DANS LOMBRE DE LA TOUR EIFFEL

    Il ny a pas eu seulement la seconde internationale, il y a eu aussi le cafVolpini.

    Tho ne veut pas que Vincent expose encore dans un caf : Le Caf Volpini

    Il tait naturel que la synthse conduisit lartiste au Symbole (Meurise,

    1889

  • Gauguin 1903)

    Synthtiser, ce nest pas ncessairement simplifier dans le sens desupprimer certaines parties de lobjet, cest simplifier dans le sens de lerendre intelligible. Cest en somme hirarchiser... (Maurice Denis, )

    La synthse consiste faire rentrer toutes les formes dans le petit nombrede formes que nous sommes capables de penser (Srusier, )

    23 Fvrier 1891. Rupture dfinitive de Bernard avec Gauguin, Drouot ! 1891

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 110

  • 1851

    1854

    111 DUN ISME LAUTRE 1887-1889

    1849

    1 Stphaimard, page 109.

    Les amis, les tmoins qui auraient pu tre sur la photo

    Georges Seurat

    Le critique Flix Fnon

    Trublot (Le Cri du Peuple)

    Emile Schuffenecker hbergeait Gauguin depuis son retour de la Martinique mi-novembre 1887. C'est par son intermdiaire que ce dernier fera la connaissance dujeune Bernard lors d'un sjour Pont-Aven, en 1886. A cette poque, Tho van Goghlui rend frquemment visite. Durant l'hiver 87-88, Tho, sans doute accompagn deVincent se rendra chez Schuffenecker, au 29 rue Boulard, pour procder un changede toiles entre Gauguin et Vincent.

    Aug

    Tho van Gogh habite avec Vincent quelques centaines de mtres de la rue Blanche,au 54, rue Lepic. Peu aprs l'arrive de Vincent Paris, il va lui prsenter ses amis, lespeintres Camille et Lucien Pissarro. Il partagera ensuite l'enthousiasme de son frre pourles peintres du "petit Boulevard". Tho fera la connaissance de l'ami de Vincent : EmileBernard et achtera Gauguin pour 900 francs de toiles et de cramiques en janvier1888. Aprs le dpart de Vincent pour Arles, il hbergera le jeune Koning durant lesjour de ce dernier Paris.

    Toulouse-LautrecLautrec restera l'un des fidles amis de Vincent. Il ralisera un portrait de lui au pastel.Il montre Vincent de profil, devant un verre d'absinthe, dans l'un de ces cafs parisienso il aimait tant converser.Vincent lui rendait frquemment visite dans son atelier. Il tentait parfois de prsenterses toiles la petite compagnie d'amis qui s'y runissaient une fois par semaine.

    de Haan

  • Louis Anquetin. Outre Bernard, chez Cormon, Vincent Van Gogh fera aussi laconnaissance de Louis Anquetin et de Toulouse-Lautrec.

    Maximilien Luce

    Adolphe Willette. C'est lui qui a ralis le programme du Thtre Libre pour la saison 1888/1889.Il habite dans le quartier.Proche d'Andr Antoine qui dira quelques annes plus tard de lui, aprs avoir achet lapeinture originale du Moulin de la Galette la future vente du Chat noir : Willettesera un jour au Louvre, ct de Watteau (Andr Antoine, 1906).

  • Vincent le connaissait et crit son frre en avril 1888 qu'il regrette de ne pasavoir pu voir l'exposition de Willette.

    Julien Tanguy (Le Pre Tanguy, 1825-1894), proche de Jobb-Duval, Breton etralli comme lui aux idaux de la Commune, a occup une place importantedans le quotidien de Vincent Van Gogh durant ces annes parisiennes.Ancien employ des chemins de fer, le pre Tanguy tait devenu marchand decouleurs. Sa boutique du 14, rue Clauzel, ( quelques centaines de mtres de larue Blanche) tait le lieu de rendez-vous et d'exposition de cette nouvellegnration d'artistes. Bon enfant et gnreux, l'ami Tanguy faisait souvent crditaux peintres peu fortuns. C'est chez Tanguy que Vincent Van Gogh retrouvaitEmile Bernard, Pissarro, Guillaumin, Lautrec... c'est l aussi qu'il croisa Czanne.Vincent aimait la loyaut et la gnrosit de Tanguy mais il tait aussi

  • NICPHORE, CAHIER DE PHOTOGRAPHIES 114

  • 115 TABLEAU SYNOPTIQUE ET CHRONOSYNTHTIQUE

  • Achev dimprimer le 05 juin 2015, surles presses de IGO, chemin des Amours au Poir sur Vie, ce

    troisime numro de Nicphore a t tir 900 exemplaires dont400 rservs aux abonns souscripteurs, prsents ou venir, et 100

    aux auteurs des articles.

    Trs-jeunes, mes yeux remplis dimages peintes ou graves navaient jamais pu serassasier, et je crois que les mondes pourraient finir, impavidum ferient, avant que jedevienne iconoclaste.

    Charles Baudelaire, La Reine des facults, Salon de 1859

    Paul

    Sig

    nac,

    affi

    che

    pour

    le T

    hat

    re L

    ibre