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Note d'intention de Rosario Marmol-Perez, metteuse en scè · PDF file Du bandit voulant se lancer dans la politique histoire de « faire prospérer ses affaires » à la présentatrice

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  • Le présentateur :

    « Mesdames et messieurs, des fragments de vies aux fragments de ruines, nous ne vous cacherons rien. Ce soir, pour vous, mesdames et messieurs, nous ferons tous les écarts, nous transgresserons une dernière fois la scène avec une obscénité déconcer- tante. Nous mettrons à nu, dépiauterons, disséquerons les restes de cette humanité en lambeaux. »

    Nous sommes juste après un désastre. Nous ne savons pas de quelle nature est ce dé- sastre. Catastrophe naturelle, pandémie, guerre ? Sur le lit de ce chaos, vont éclore des poches d'humanité qui vont raconter la solitude et l'isolement de l'individu face à un monde qui ne le comprend plus et qu'il ne comprend plus. Du bandit voulant se lancer dans la politique histoire de « faire prospérer ses affaires » à la présentatrice de télévision déchue qui l'aide à travailler ses gestes et son style, en passant par la ser- veuse de fast-food en plein rush, le père de famille coincé dans un ascenseur, qui nous raconte toute la restructuration de son entreprise, le couronnement de Miss SDF...Mais aussi la célèbre scène de Roméo et Juliette, qui nous a inspirés pour ra- conter l'histoire de Roméo, 75 ans, ouvrier retraité, amoureux fou de Juliette 74 ans, issue d'une famille aristocrate, qui malgré un amour inconditionnel réciproque depuis 60 ans, n'ont pu se retrouver avant...

  • Note d'intention de Rosario Marmol-Perez, metteuse en scène

    Je partage avec la compagnie théâtrale du Grandgousier une histoire de longue date. Il y a un peu moins de vingt ans (juste avant d'entamer des études au Conservatoire de Liège section Art de la pa- role, devenu aujourd'hui l'ESACT, pour y devenir comédienne professionnelle), je faisais mes pre- miers pas d'actrice dans le milieu amateur au sein de ce collectif. L'exigence de qualité, l'investisse- ment sans bornes des acteurs dans le travail, leur volonté de toujours dépasser leurs limites, l'audace et la curiosité qui les ont poussés à toujours s'ouvrir à de nouveaux metteurs en scène professionnels de tous horizons, aux univers artistiques contrastés, le courage de représenter le théâtre en dehors des lieux confinés attendus sont autant de particularités qui déterminent mon attachement incondi- tionnel à cette compagnie.

    INTERVIEW PAR CHARLOTTE JEUNIAUX POUR LE JOURNAL "LA MEUSE".

    1. Quel est le thème de votre pièce "L'esthétique des ruines"? Il n’y a pas, à proprement parler, un seul thème. L’Esthétique des Ruines part d’un constat, du constat d’un monde malade, un monde dans lequel tous les systèmes de protections acquis par nos pères et mères, tels que la sécurité sociale, le droit au travail, le droit à des soins de santé décents, le droit à la pension, le droit à des allocations de chômage en cas d’absence de travail sont remplacés par les fermetures d’usines, la déliquescence des services publics, la traque des chômeurs et une paupérisation historique de la population. Pour ne parler que de la Belgique, nous comptons actuel- lement 800.000 demandeurs d’emploi alors que les entreprises comme Carrefour, Inbev (pour ne ci- ter que ces deux sociétés) dont les bénéfices déjà énormes ne cessent d’augmenter n’ont qu’un mot d’ordre : licenciements en masse. La question que je me pose est la suivante : comment un être hu- main, en bonne santé mentale, dans la force des choses et de la vie, peut-il trouver un sens à sa vie alors que la logique de l’argent prend le pas sur toutes les autres valeurs morales ? La logique néo- libérale est une logique où le monde de l’entreprise, du self-made man est mise en avant comme une donnée naturelle de l’être humain ; or c’est faux, c’est avec l’apparition de l’argent et donc de la lo- gique de profit, de la possibilité d’accumulation de richesses - je ne parle pas ici de notre droit à avoir un réel confort de vie mais bien d’une logique absurde d’accumulation de l’argent – que notre monde a commencé à basculer dans une forme d’asservissement moderne. Alors, ce monde malade n’est pas une fatalité en soi, je pense que là où il y a des problèmes hu- mains, il y a des solutions humaines. Encore faut-il que la masse des gens ordinaires aient une vi- sion juste de comment notre monde fonctionne. Notre sens critique, notre capacité de discernement sont mis à mal par les mensonges (réels ou par omission) largement propagés par les médias modernes. « La ferme des célébrités » en est un exemple parmi tant d’autres : comment est-il possible qu’une chaine de télévision décide de diffuser ce genre d’inutilité, d’avilissement culturel alors qu’à seulement quelques kilomètres de là, des en- fants meurent de faim toutes les 6 secondes. Si cet enfant était le nôtre, ne trouverions-nous pas cela inacceptable ? C’est donc de ce chaos-là que le spectacle parle, de solitude, d’isolement et de révolte sur les ruines de notre époque.

    2. Quelles autres pièces avez-vous mises en scène? Ceci est mon deuxième spectacle de l’autre côté du plateau, mais je pense que c’est le début d’une longue série. J’ai, à plusieurs reprises, été assistante à la mise en scène, mais c’est à présent que la nécessité de passer « de l’autre côté de la scène » se fait plus forte.

    3. "L'esthétique des ruines" est-elle une adaptation ou est-elle écrite par vous-même? Le désir de mettre en scène les comédiens du Grandgousier dans ce nouveau spectacle était guidé par une nécessité de les emmener encore ailleurs. Peut-être là où ils n'étaient encore jamais

  • allés. J'ai donc commencé à rêver ce projet en me laissant guider par un double désir: un désir intime, mon désir de metteuse en scène, vers où me guidait cette nécessité de prendre possession d'un espace scénique, mais aussi le désir mettre en valeur les différentes personnalités du groupe et permettre à chacun de saisir un réel espace de liberté à travers la création.

    J’ai travaillé « L’Esthétique des Ruines » à la façon de John Heartfield (dont la photo de la hyène sur les cadavres est représentée sur l’affiche), à la façon du montage théâtral, de l’assemblage de séquences contrastées qui donneraient un sens à travers l’accumulation de ces « poches d’humanité ». Ce spectacle est un défi, pour la compagnie du Grandgousier et pour moi-même : il nous fallait créer un spectacle, en moins de six mois, avec une équipe de 16 comédiens dont je ne connaissais pas toujours les univers et les singularités et un musicien,Michel Jaspar.

    Les acteurs du projet avaient pour consigne d'amener un maximum de matière en phase avec leur désir personnel et en cohérence avec le thème du spectacle. C'est ainsi que nous avons brassé une multitude de textes, de romans, d'essais philosophiques, d'articles de presse, de vidéo, d'extraits de films, de poèmes, de chansons, d'œuvres d'art.

    Ensuite est venu le travail d’écriture. J’assume l’écriture d’une partie du spectacle, mais certains acteurs ont créé leur propre partition. Nous avons fait avec les compétences et les forces de chacun. Ce qui donne un mélange de styles et de genres assez surprenant. Nous nous sommes également saisis de matériaux non théâtraux et les avons transformés en acte théâtral. Cela apporte une grande diversité, une grande richesse au niveau de l’écriture, des contrastes entre les différentes séquences, les diverses atmosphères…

    4. La compagnie du "Grandgousier" choisit de jouer (le plus souvent) dans des lieux hors du commun, qu'en est-il de celui-ci? Pourquoi l'avoir choisi? En quoi correspond-t-il au thème de la pièce? L’idée d’un hangar en dehors du monde me semblait être la plus pertinente pour ce spectacle-ci.

    C’est toujours un défi et une aventure hors du commun que d’emmener des spectateurs en dehors de l’espace confiné d’une salle de théâtre. Et cette aventure n’est possible que grâce à des personnes qui nous entourent et qui font preuve d’un engagement rare et exceptionnel (encore merci à eux sans qui ce spectacle ne pourrait éclore). Cet inconfort réel dans lequel se trouve la compagnie théâtrale du Grandgousier, à savoir l’absence d’un lieu stable (après plus de trente ans d’existence !) dans lequel pouvoir se poser est ici transformé en singularité créatrice. Maintenant, cela va sans dire que cela nous demande de fournir un effort surhumain pour pouvoir le mener à bien.

    6. Dans la pièce, il y a du chant, de la danse et du théâtre, pourquoi une telle diversité? Qu'est ce que le chant et la danse peuvent apporter en plus au thème évoqué? Avant tout, un spectacle est et doit rester un divertissement, même si les propos développés dans le spectacle sont sérieux et profonds. Et puis, malgré ces ruines, je reste optimiste, je dirai même plus optimiste que idéaliste avec le temps. Ma confiance en l’être humain, en notre capacité à poser les choix justes et cohérents laissent peu de place au fatalisme. Donc même si le constat est parfois amer, notre capacité de résistance, de révolte à travers un humour vivant et intelligent sont des forces qui nous poussent vers l’avant.

    7. Qu'est ce qui vous a décidé à monter cette pièce ? (événement, actualité, anecdote, prise de conscience) Le théâtre part toujours d’une nécessité. Elle est en partie narcissique mais peu aussi s’élargir au monde dans lequel crée l’artiste. Il est impossible pour moi de créer en dehors de qui je suis et du monde dans lequ