of 20 /20
79 | 2009 : Les Morisques Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien Testour et son héritage morisque NIZAR SAYARI ET HICHEM REJEB p. 319-335 Résumés Français English Le paysage, concept très vaste, est considéré comme le produit d’une multitude d’interventions dont l’action de l’être humain reste la plus importante, du fait qu’elle décide de son destin et de son apparence. Testour jouissait du statut de « plus grand centre morisque » de la Tunisie à l’aube du XVII e siècle. Cela lui a valu d’être la référence, quant à l’apport de cette communauté dans les régions de leur implantation. À travers des pratiques et des usages acquis et ramenés de leur Espagne natale, les morisques de Testour ont contribué d’une manière irrécusable au changement de l’ensemble du paysage testourien et de ses environs. Ce paysage vécu, dans lequel ils évoluent, et par lequel ils affichent leur appartenance et leur identité, est construit suivant un modèle ancré dans leurs mémoires. Il acquiert donc une valeur symbolique et emblématique pour l’ensemble de la communauté morisque. Ils ont ainsi généré un genre nouveau de « paysage », insolite et inaccoutumé pour l’ensemble de la Tunisie de l’époque, un paysage construit suivant le modèle hispano-andalou. The landscape, which is known to be a wide concept, is considered to be the product of a multitude of interventions to which the contribution of man remains the most significant, owing to the fact that it decisively determines its destiny and its appearance. By the beginningof the 17th century, Testour was named the “greatest moriscos’ center” in Tunisia. This “coronation” allowed it to become a reference for the contribution of this community in the areas of their establishment. Thanks to the practices and uses acquired and brought back with them from their native Spain, the moriscos of Testour contributed by an incontestable way to the change of the whole Testourian landscape and its surroundings. This landscape, where the moriscos used to live, has been built following a model etched in their memories, and through which they exist, and by which they declare their membership and their identity. Moriscos were the propellers of the genesis of a new kind of “landscape” based on the Spanish-Andalusian model. Such landscape was unusual and unique for the whole Tunisia of that time. Entrées d’index Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934 1 sur 20 05/06/2013 19:35

Origine Du Paysage Andalou Dans Le Nord-ouest Tunisien

Embed Size (px)

Text of Origine Du Paysage Andalou Dans Le Nord-ouest Tunisien

  • 79 | 2009 :Les Morisques

    Origine du paysage andaloudans le nord-ouest tunisienTestour et son hritage morisque

    NIZAR SAYARI ET HICHEM REJEB

    p. 319-335

    Rsums

    Franais EnglishLe paysage, concept trs vaste, est considr comme le produit dune multitude dinterventionsdont laction de ltre humain reste la plus importante, du fait quelle dcide de son destin et deson apparence. Testour jouissait du statut de plus grand centre morisque de la Tunisie laube du XVIIe sicle. Cela lui a valu dtre la rfrence, quant lapport de cette communautdans les rgions de leur implantation. travers des pratiques et des usages acquis et ramens de leur Espagne natale, les morisquesde Testour ont contribu dune manire irrcusable au changement de lensemble du paysagetestourien et de ses environs. Ce paysage vcu, dans lequel ils voluent, et par lequel ilsaffichent leur appartenance et leur identit, est construit suivant un modle ancr dans leursmmoires. Il acquiert donc une valeur symbolique et emblmatique pour lensemble de lacommunaut morisque. Ils ont ainsi gnr un genre nouveau de paysage , insolite etinaccoutum pour lensemble de la Tunisie de lpoque, un paysage construit suivant le modlehispano-andalou.

    The landscape, which is known to be a wide concept, is considered to be the product of amultitude of interventions to which the contribution of man remains the most significant,owing to the fact that it decisively determines its destiny and its appearance.By the beginningof the 17th century, Testour was named the greatest moriscos center inTunisia. This coronation allowed it to become a reference for the contribution of thiscommunity in the areas of their establishment.Thanks to the practices and uses acquired and brought back with them from their native Spain,the moriscos of Testour contributed by an incontestable way to the change of the wholeTestourian landscape and its surroundings. This landscape, where the moriscos used to live,has been built following a model etched in their memories, and through which they exist, andby which they declare their membership and their identity. Moriscos were the propellers of thegenesis of a new kind of landscape based on the Spanish-Andalusian model. Such landscapewas unusual and unique for the whole Tunisia of that time.

    Entres dindex

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    1 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Mots-cls : morisques, motifs paysagers, paysage agraire, paysage architectural, paysageurbainKeywords : agrarian landscape, architectural landscape, landscape motives, moriscos, urbanlandscape

    Texte intgral

    Introduction

    Morisques en Tunisie

    La dfaite du dernier roi nasride Boabdil et sa capitulation le 2 janvier 1492signrent la chute de la dernire forteresse musulmane dEspagne, Grenade. Lentretriomphale de Ferdinand dAragon et dIsabelle de Castille dans la ville de Grenadeparacheva la conqute fodale, dite la Reconqute (Reconquista) par lescontemporains chrtiens comme par une grande partie de lhistoriographieespagnole, entranant ainsi la fin du pouvoir musulman et constituant un tournantdcisif dans lhistoire des musulmans en Espagne. Cependant, une forte minoritmusulmane continua vivre en Espagne sous le pouvoir des Rois Catholiques.Dsormais, dans toute lEspagne, les musulmans taient soumis. Dans un premiertemps, les Rois Catholiques (Isabelle de Castille et Ferdinand dAragon) semblrentrespecter les Capitulations de Santa Fe, qui stipulaient les conditions de la redditionde Grenade, en reconnaissant aux vaincus le privilge de conserver leur religion,leurs coutumes et certains droits politiques. Pourtant, ds 1499, une campagne deconversion force provoqua une premire insurrection Grenade.

    1

    Ce soulvement des mudjares de Grenade eut comme consquence ledurcissement de lattitude des autorits politiques et religieuses espagnoles. partirde lan 1502, les mudjares de Castille furent contraints de choisir entre la conversionou lexil : presque tous se convertirent. Cest partir de cette date que lont peutparler de morisques dEspagne (soit les musulmans convertis au christianisme, puispar la suite leurs descendants).

    2

    Lattachement de la communaut morisque son identit, la rsistancegnralement passive et clandestine au projet de christianisation men pourtant avecrigueur par lglise et son appareil rpressif, lInquisition, la grande rvolte desAlpujarras de 1568-1570, ont convaincu ltat espagnol de la ncessit dexpulsercette importante minorit qui reprsentait, selon eux, une menace pour lunit desroyaumes dEspagne. Cest Philippe III (1598-1621) qui, sous linfluence du clerg etaprs consultation de lassemble des prlats espagnols, dcida de lexpulsiondfinitive des morisques de toute lEspagne : le premier dcret dans ce sens estannonc le 22 septembre 1609.

    3

    Ainsi, partir de la fin de lanne 1609, des dits dcrtrent successivementlexpulsion des morisques de Valence, dAndalousie, de Murcie, dAragon, deCatalogne, de Castille, de la Manche et dEstrmadure. Au cours de cette anne etdurant les annes qui suivent, des centaines de milliers de morisques quittrent lesports dEspagne en direction dautres ports de la Mditerrane. Ils abandonnrentalors leur pays, o leurs anctres staient tablis depuis des sicles, et de ce momentnatront les nostalgies et les sensibilits familiales dun temps rvolu et dun mytheternel.

    4

    Lessentiel de ce transfert humain saccomplit vers le Maghreb. Selon al-Makkar1,qui du temps de cette migration sjournait Fs, la Tunisie fut le pays qui accueillitle plus grand nombre de morisques.

    5

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    2 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Avec lexpulsion de 1609, ce fut larrive en masse2 (prs de 80 000, dit-on) enIfriqiya (Tunisie). Il semblerait que la plupart des morisques qui sinstallrent enTunisie cette poque-l taient soit des Aragonais, soit des gens de la Castilleseptentrionale (Tolde et ses environs), avec quelques groupes de Valenciens3.

    6

    Les morisques arrivrent en Tunisie durant une priode de grande instabilitpolitique, accentue par des rvoltes des tribus arabes de lintrieur, les guerres avecla Rgence dAlger en 1613 et 1628, des accrochages avec les chrtiens sur la cte(incendie de la flotte tunisienne devant la Goulette en 1609), et des pestesimportantes (1604-1605, 1620-1621, 1642-1644).

    7

    Cette arrive massive commena partir des dernires annes du rgne dOthmanBey (1595-1610) et se poursuivit dans les premires annes de Youssef Bey(1610-1637). Laccueil et la bienveillance manifests par les Beys de Tunis vis--visdes morisques taient dus la tragdie dont ils taient victimes, mais aussi uneexigence politique dun poids non ngligeable. En effet, les gouvernants de Tunisvoyaient en cette population non seulement une allie de premire importance pourla colonisation des terres de lintrieur du pays restes sous linfluence des tribusinsurges, mais, par cet acte, ils sassuraient aussi du soutien des Turcs, quimanifestaient une affection toute particulire pour la cause morisque, et ilsconsolidaient ainsi leur pouvoir, spcialement contre les Deys dAlger. Ctait enquelque sorte une forme dalliance avec lEmpire turc, principale puissanceprotectrice et stabilisante de la majorit des royaumes musulmans cette poque-l.

    8

    Othman Bey et, par la suite, Yussuf Bey furent donc satisfaits de recevoir ennombre important une population qui leur serait reconnaissante et qui, de plus, avaitde bonnes relations avec les Ottomans. Il est incontestable que la venue desmorisques favorisait la politique des Beys et confortait leur position, outre le fait que,si certains purent apporter un pcule, la grande majorit venait avec une autrerichesse, bien plus grande, celle du savoir-faire et des connaissances. Et lesmorisques taient riches de ce point de vue, puisquils taient experts en agriculture,en architecture et construction, en toutes sortes de mtiers de lartisanat, etpossdaient mme des connaissances importantes en techniques militaires4.

    9

    Ltablissement des morisques en Tunisie eut lieu tout dabord dans la capitale etdans les lieux les plus fertiles de ses environs. Ultrieurement, il y eut une migrationle long du cours le la rivire Medjerda, soit pour fonder de nouveaux tablissements,augmenter la population des villes et des villages dj existants, ou encore pourvivifier danciens noyaux sdentaires alors abandonns. Cependant, lessentiel decette implantation resta concentr gographiquement au niveau du nord de laTunisie. Les crits des historiens et les rcits des voyageurs donnent les trois rgionsprincipales dans lesquelles il est possible de signaler un nombre de localits dont lapopulation tait totalement ou partiellement morisque, savoir : la pninsule du CapBon, la valle de la Medjerda et le Sahel bizertin.

    10

    Cette disposition de la population morisque travers le nord tunisien peutsexpliquer en dehors de la volont politique exprime par les Beys de lpoque par lactivit conomique de ces nouveaux arrivants. En effet, dans leur grandemajorit, les morisques taient des agriculteurs, initis depuis longtemps au travailde la terre et aux techniques agricoles. Il est important de rappeler quen Espagne lesmorisques devaient se restreindre une certaine catgorie de mtiers, le plus souventrpartis entre les secteurs primaire (agriculture) et secondaire (travail de largile,lartisanat de la construction, etc.)5. Hans-Joachim Kress6 note dans ce sens que : dans les territoires dont le Nord constituait le centre de gravit, les donnesclimatiques et aussi en partie les donnes daphiques (les sols), qui taient tout faitanalogues celles de maintes rgions do ils taient originaires en Ibrie, neprparaient pas de grosses difficults aux colons morisques.

    11

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    3 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Les morisques Testour

    Sur cette dernire branche [de la Medjerda], les Andaluzes, Tagarins etCatalans ont fond plusieurs villages ; un desquels douze lieues de Thunissappelle Testor et contient quelque 1 500 feux, fort peupl et remply dassezbelles maisons fabriques la christianesque et de sept mesquites qui ontdassez belles tours 12.

    Les formes ibriques dans le paysagede Testour

    La petite ville de Testour est situe au nord-ouest de la Tunisie (Tunisieseptentrionale), au niveau de la moyenne valle de la Medjerda, 75 km de Tunis. Lesite de Testour fut occup par les Berbres qui y construisirent un village agricolenomm Tichilla (lherbe verte). Grce sa situation sur la route Carthage-Tbessa etaux multiples villages, fermes, tours et ponts environnants, Tichilla connut undveloppement considrable, tant agricole quurbain, lpoque romaine. Sous lergne de lempereur Probus, au dbut de lan 2 avant Jsus-Christ, Tichilla tait uneville prospre et fut leve au rang de municipe7, avant sa destruction cause par lesVandales et par les nombreuses guerres entre Byzantins et Berbres. Les Zirides etles Aghlabides essayrent en vain de la reconstruire, mais les conflits entre les tribusberbres et les Hilaliens lavaient beaucoup endommage8.

    12

    Testour fut fonde par les rfugis morisques venus dEspagne au dbut duXVIIe sicle. Elle fut considre comme une cration ex nihilo,dans la mesure o lesmorisques sinstallrent dans une rgion o il ny avait plus de vie sdentaire depuislongtemps. Les terres taient lobjet dun nomadisme de grande envergure. Lessources crites du Moyen ge ne font dailleurs aucune mention dun quelconquecentre urbain9. Une tradition tenace Testour fait valoir quil y eut plusieurs vaguesdimmigrations, ou tout au moins deux : la premire date de 1610 et fut lorigine dela construction dun premier noyau autour dune mosque Khutba, celle de Rhibatal-Andalus ; la deuxime, de 1613, vint grossir la population de la petite cit, quiprofita de cet apport pour stendre le quartier des Tagarins10 fut alors construit et la ville se dota dune grande mosque, plus imposante, et dune vaste place ; la villedevint alors le plus grand centre urbain morisque de la Tunisie 11.

    13

    Dautres immigrations suivirent. Dans un premier temps, des Isralites vinrentsinstaller au sud-est de la ville. Ils difirent la synagogue et les premires maisonsdu quartier de la Hra. Puis un groupe de Turcs, moins important que celui desIsralites, vint stablir dans la ville et leva sa propre mosque dans le quartier desTagarins (la mosque hanfite appele aussi la mosque de Sidi Abd al-Latif), etenfin arriva une population appartenant la tribu des Oueslet.

    14

    Le tmoignage de Thomas dArcos qui visita Testour en 1634, quelques annesaprs sa fondation, dcrit en ces termes le village de Testour :

    15

    Les paysages sont considrs comme une cration des hommes unis dans leurvolont collective dexister : cest une combinaison entre action humaine et milieumatriel. Les morisques ont-ils construit un paysage qui leur est propre ? Est-ce quece paysage reflte limage mentale quils ont garde de leur terre natale, traverslapplication et la matrialisation des traditions et des techniques acquises ? Est-ceque cet hritage tant revendiqu nest pas plutt le rsultat dun dsir de prserver unmythe, en dautres termes est-ce que le paysage vcu Testour est diffrent dupaysage visible ?

    16

    tymologiquement parlant, le paysage vient du mot italien paesaggio. Motapparut pour la premire fois dans lart pictural durant la renaissance. Cest ce que

    17

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    4 sur 20 05/06/2013 19:35

  • lil dun observateur cadre du pays , savoir le champ de son regard. Le paysageest donc une reprsentation mentale du visible : un agencement subjectif et/ouobjectif dobjets visibles et perus par un sujet un moment donn : si un telassemblage darbres, de montagnes, deaux et de maisons, que nous appelons unpaysage, est beau, ce nest pas par lui-mme, mais par moi 13.

    Ce concept intgre des aspects objectifs, en se rapportant un espace donn et auxlments naturels et anthropiques qui le composent, ainsi que des aspects subjectifsrelatifs aux niveaux de perception de cet espace ; eux-mmes dpendent de la cultureet de la sensibilit de lobservateur. Un paysage est compos de plusieurs lmentsessentiels : un espace, un support physique, un observateur, une chelle englobantune tendue relativement vaste et une connotation esthtique14. Il nexiste pas endehors de nous, et nous nexistons pas hors de notre paysage : cest uneautorfrence15.

    18

    Toutefois, le paysage ne se rduit pas aux donnes visuelles du monde qui nousentoure, il nest pas que miroir de lme , pas seulement une psychologie duregard, du moment o il existe toujours un support objectif, mme si ce derniervoque un imaginaire.

    19

    Le paysage nexiste pas, il nous faut linventer16, comme le mentionne Henri Cueco,cest une uvre humaine. Il sinvente, se cre et se transforme travers le temps,obissant ainsi aux mmes rgles qui grent lhistoire de lHomme sur terre. Avec lasuccession des civilisations, des murs, et des techniques, il change et se transforme.Cest un processus constamment en mouvement, une ternelle mtamorphose enadquation avec la socit qui le gnre et le gre.

    20

    Dans tous les cas de figure, le paysage est bien souvent une nature transforme parune socit. Cest un bien collectif qui rsulte de dynamiques cologiques et socio-conomiques.

    21

    Cest un bien patrimonial que chaque gnration apprcie et utilise selon lescritres, les modes et les techniques de son poque et quelle transmet auxgnrations suivantes. Cest un cadre de production faonn par les typesdexploitations qui ont t mis en uvre17.

    22

    Sa formation rsulte daspirations, de dcisions et dactions disparates et multiples.Il est le miroir de la socit qui le gre, il traduit la cohsion comme lescontradictions, il en est aussi la mmoire. Cest enfin un cadre de vie peru commevcu et dsormais revendiqu par une socit, avant tout citadine, qui redoute ladisparition de ses paysages ou leur dnaturation.

    23

    Comme il a t prcdemment mentionn, ltablissement des morisques Testoura contribu dune manire capitale faire dominer un mode de vie sdentaire dansces plaines de pays bdouin. Ils fondrent un centre urbain, partir dun habitatagricole, et un terroir, o ils pratiqurent exclusivement lagriculture intensive, ensauvegardant, occasionnellement, les tendances particularistes correspondant auxterritoires dEspagne do ils provenaient.

    24

    Lunit des morisques, lhomognit de leurs coutumes et leurs usages, lacohrence de leurs modes de vie, mais aussi une mmoire collective partage etaffiche jusqualors, ont beaucoup contribu la naissance dun cadre de vie indit etoriginal, et par consquent la construction dun paysage typique.

    25

    Lhumanisation et la spatialisation sont insparables des civilisations et de leursexpressions culturelles. Toutes les uvres humaines portent des marques visibles deleur appartenance une aire culturelle bien spcifique. Le fait dvoquer un paysageidentitaire apparat logique du moment o lidentit nat de la somme desreprsentations individuelles qui deviennent, une fois lisses, communes augroupe18.

    26

    Un groupe social, qui affiche son identit, peut ainsi construire, travers desreprsentations et des symboles, un paysage qui lui est propre, o tous ses membresse lapproprient et sy identifient. Le paysage vcu reflte donc lunit du groupe

    27

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    5 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Les influences espagnoles dans le

    social et/ou ethnique.M. Conan19 donne au paysage une valeur de symbolique collective, runie dans son

    appropriation par des formes dexprience ritualises dun lieu donnant une identitschmatique, et la valeur qui lui est attribue est vritablement un symbole desidaux collectifs du groupe. Le paysage a ainsi une valeur demblme et de blason dugroupe social qui lhabite.

    28

    Le paysage travers ses signes spcifiques permet aux tres humains de se situerdans le temps et dans lespace, de sidentifier une culture, une socit, voire ungroupe, et de reconstituer distance leur microcosme (la diffusion des plans de ville,des styles architecturaux, des plans parcellaires pour lexploitation agricole, etc.).Cette reconstitution sera guide par un ensemble de pratiques, dont lexpriencemmorise et matrise est la source.

    29

    La cohsion dun groupe se renforce dans le temps, et ce dautant plus quil abesoin de combattre pour saffirmer. Autour de cet intrt commun se construit uneidentit : le rapport la nature, aux autres membres du groupe, ainsi quau reste dela socit, est codifi. Ce code informel trouve se matrialiser dans un certainnombre de mythes et de symboles communs qui viennent enrichir lidentit etparticipent ainsi limaginaire collectif.

    30

    Partant du fait que le paysage est une juxtaposition de plusieurs facteurs quisassocient et salinent, pour aboutir finalement une image visible et perceptible.Ces facteurs peuvent tre rsums en la prsence dun espace, dun support physique,et enfin dlments naturels et anthropiques. Lapplication simple de ce concept peuttre considre comme une mthode efficace pour la lecture dun paysage donn.

    31

    Une lecture dun territoire peut constituer un procd didentification de lasubsistance dun savoir-faire ancestral, qui prend toute sa place dans la transmissiondes formes paysagres et leurs modlisations .

    32

    Le schma urbanistique de la ville, les formes architecturales (leurs teintes, leursmatriaux, leurs couleurs des toits, etc.), mais aussi le jeu combin des formes desparcelles et des couleurs de leurs usages, crent le paysage visible dun territoiredonn ; cest dans les paysages, par les paysages, que la naturalit et la culturalit secombinent.

    33

    Les morisques de Testour ont sans doute subi des preuves douloureuses avantleur tablissement en Tunisie. Ces preuves ont contribu la gense dun tat denostalgie trs accentu par rapport leur terre natale. La mmoire-nostalgie,fonction sociale de la mmoire collective, a permis de conserver limage du paysnatal.

    34

    Le Grand Larousse dfinit un modle comme tant ce qui est donn pour servirde rfrence, de type, dobjet dimitation Ce qui est donn pour tre reproduit .Plus encore, modliser, cest dcrire un processus, et lanalyse des formes du relpasse par la recherche de leurs origines.

    35

    P. Donadieu et M. Prigord ont qualifi le paysage toscan dune ambiance faite deformes, de sons, de couleurs, dodeurs ; cest un paysage tabli en tant quemodle20, comme les peintures lont immortalis. Cependant, le modle nest pasfond uniquement sur limage picturale, il peut aussi tre instaur par la littrature etla posie, ou encore par limage mentale et collective des populations.

    36

    Ltude de la notion du modle de paysage reste encore claircir. Toutefois, il estparfois difficile daffirmer que tel motif ou telle pratique provient de leur originepninsulaire, dans la mesure o luvre humaine est soumise une chane defiliations complexes (qui ici ne relvent pas de notre comptence). Nous pouvonssupposer une origine unique lensemble des pratiques morisques dans tous lestablissements espagnols en Tunisie.

    37

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    6 sur 20 05/06/2013 19:35

  • paysage urbain testourien

    Figure 1. Vue arienne de lancien noyau urbain de Testour

    Clich : Office de Topographie et de Cartographie de Tunis

    Toute sdentarisation humaine implique linstauration dun ensemble de pratiquesqui la grent et lorganisent. Cette dernire engendre la naissance dun espace investi,qualifi, nomm et produit par les pratiques quotidiennes des hommes unis dans leurbesoin dexister. La pratique sociale agit sur lespace vcu, en ladaptant aux besoinsde la population qui linvestit et se lapproprie. Cette appropriation peut ainsi treune sorte dexcution de strotypes et de modles prtablis.

    38

    La communaut morisque fondatrice de la ville de Testour a vcu en Espagne, olart mudjar combinait la fois des caractres mauresques et chrtiens. Il nest doncpas exclure que parmi la population tablie, il y avait des gens initis lart de laconstruction et du traage des villes. Daprs Jean-Pierre Molenat21, qui ralisa unetude sur les mtiers des morisques dans lEspagne mdivale, une bonne partie deces mudjares taient des maons, des charpentiers ou encore des pltriers.

    39

    Lorganisation urbaine de la ville de Testour est ralise sur un plan prconu etrelativement rgulier22. En effet, nous relevons une rgularit et une symtriemarques dans le trac des rues principales et latrales, donnant un tissu densestructur orthogonalement (Figure 1).La structure en plan de Testour dtermine, enextension, un trac de lignes rectangulaires allonges et aussi partiellement en formedchiquier, comme sil sagissait dune rminiscence de la Renaissance commelindique H.JKress23 en se reportant aux rles darchtypes de Santa Fe et de PuertoReal.

    40

    Presque toutes les fondations morisques (voir A. Saadaoui24) en Tunisie sonttraces selon le mme plan -mme Bizerte, qui ntait pourtant pas doriginemorisque, o la morphologie urbanistique du quartier des Andalous diffrait de cellede la mdina arabe qui existait dj, avec son modle durbanisme musulman.

    41

    La mdina morisque de Testour est forme de trois quartiers : le quartier desAndalous, le quartier des Tagarins et celui de la Hara (Figure 2). Trois artresprincipales parallles, dune largeur remarquable (10 m), sont relies dune manireorthogonale par des rues moins larges dlimitant des lots allongs. La grande placeconstitue un lment important du tissu urbain. Elle est le centre de la vie de la citet peut tre considre comme lespace public par excellence (Figure 3). Plusieursdifices importants la surplombent : notamment la Grande Mosque, le hammam,

    42

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    7 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Figure 2. La mdina morisque de Testour

    Figure 3. La grande place, centre de la vie de la cit

    les cafs et jadis des fondouks. Le souk occupe lartre mdiane qui porte son nom ettraverse la ville de bout en bout. Il englobe galement les boutiques bordant la placecentrale. Il est presque exclusivement occup par des boutiques. Aucune maisondhabitation ne vient sintercaler entre les choppes. Il comprend cependant quelquesdifices caractre public comme les mosques. Le souk de Testour prsente aussiun fait marquant (remarquable aussi Soliman, autre centre dtablissement desmorisques en Tunisie) : labsence de spcialisation des activits conomiques,contrairement au souk de la mdina de Tunis, ou encore ceux des vieux centresurbains de Tunisie tels que Kairouan, Sousse, etc., o se juxtaposent des souksfortement hirarchiss et diffrencis autour de la Grande Mosque.

    Peyssonnel, visitant Testour, au mois daot 1724, crivait : Lorsque jarrivai Testour, je crus tout coup avoir t transport en Espagne [] il est bien bticomme les villages en Europe. Les maisons ont des fentres sur les rues ; les toitssont couverts en briques rondes comme en Provence 25. Un autre visiteur, la mmeanne, le religieux espagnol Fray Francisco Ximnez26, sattarde aussi sur ladescription de ce centre morisque de la Tunisie, en indiquant son style morisque.

    43

    Les demeures prsentes Testour, et dans toutes les agglomrations morisques deTunisie (maisons toit plat ou en forme de pupitre ou de selle), avec leur ordonnancespatiale fonctionnelle autour dune ou de plusieurs cours intrieures (patios), nereprsentent pas en elles-mmes une innovation ibrique, toutefois, loriginalitrside dans linsertion de ces constructions caractre introverti dans un tissuorthogonalement agenc. Les morisques ont ainsi reproduit les quartiers o ilsvivaient dans les villes dEspagne (moreras) depuis le Moyen ge, ainsi que lesvillages qui taient les leurs. Les demeures occupent des lots assez rguliers,dtermins par un rseau de rues dont la largeur varie entre 4 et 5 m. Ces lots sontde deux types : des lots troits et longs, de deux ranges dhabitations spares parun mur mitoyen qui traverse llot de part en part dans le sens de la longueur ;dautres, plus troits, occups par une seule range dhabitations, pourvues souventde deux entres sur lextrieur. Le dcor des faades dinspiration mudjare esttout aussi remarquable et identifiable avec les auvents et les fentres sur la rue aux

    44

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    8 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Les influences espagnoles dans lepaysage architectural de Testour

    grilles plates en fer forg et dcor gomtrique et floral, donnant aux demeures uneapparence extravertie (mme si les habitations sont tournes vers lintrieur), ouencore les linteaux de portes angles droits, comme ceux constitus par des arcs enfer cheval.

    Le paysage urbain, conu, vcu, et investi par les pratiques et les usages, attestelattachement nostalgique de la communaut morisque, et donc testourienne, sesorigines ibriques et sa volont de se prserver en tant que communaut unie etsolidaire. Il serait cependant exagr daffirmer que lunique raison de laconstruction du paysage urbain, selon le modle des villes espagnoles, tait le dsirde recrer leur pays dorigine pour le reproduire ailleurs, cette construction ayantsans doute t dicte par les techniques et les manuvres auxquelles ils taientinitis et quils matrisaient.

    45

    Larchitecture a toujours constitu un indicateur majeur du degr de lvolutiondes civilisations. La recherche de lhabitat constitue un souci primordial, mais aussinaturel. La construction a donc t la premire tape de la sdentarisation lie auxaspirations, dcisions et actions disparates et multiples travers le temps.Larchitecture reflte de ce fait nos appartenances culturelles, nos techniques, nosmanires dagir sur notre environnement, etc. ; elle est un indicateur social capital,un indice qui en dit long sur la socit qui la invente ; elle est notamment le miroir de la socit qui le gre ; elle traduit la cohsion, les contradictions et lammoire de lensemble de la communaut. Le paysage architectural dun lieuprserve et perptue la mmoire de ceux qui linvestissent. Larchitecture modifie lepaysage, mais aussi le cre ; cest une composante spatiale du paysage urbain(lui-mme souvent identifi par sa qualit architecturale qui lui procure une valeuresthtique), mais aussi rural.

    46

    La spcificit architecturale de lancien noyau urbain de la ville de Testour rsidedans le fait quelle appartient un nouveau style. Linfluence andalouse en Tunisieest certes atteste, nanmoins, elle reste limite dans un espace assez rduit, dans lesquartiers rsidentiels dits andalous ou dans les demeures princires des grandesvilles. Testour-mme, nous assistons une forme de matrialisation gnrale delensemble de ces influences, mais une chelle plus vaste, savoir lensemble delespace urbain. Identifier les signes et les formes de larchitecture espagnole revient reprer limpact des morisques sur leur cadre de vie, impact qui rappelle pourlongtemps lidentit ethnique et culturelle des habitants et leur dterminationdlibre de perptuer lattachement quils affichent leur origine ibrique.

    47

    En plus des faades extrieures des btiments, llment architectural qui attire leplus lattention est le minaret des mosques. En effet, ce dernier incorpore unnombre non ngligeable de formes et de motifs de dcor de lart mudjar de lAragonet de la Castille. Il en est ainsi des pinacles dresss sur les angles de la tour carre duminaret de la Grande Mosque , ou encore de la superposition du plan octogonalau plan carr (Figure 4). La prsence du cadran de lhorloge dcorative, ornant cemme minaret que nous retrouvons en principe dans les glises et les cathdraleschrtiennes constitue un phnomne unique, qui tmoigne de la volont desconstructeurs dimiter des motifs architecturaux et dcoratifs espagnols.

    48

    Au niveau des techniques de construction, nous retrouvons dans la mdina deTestour un procd commun et trs utilis dans larchitecture populaire espagnole(surtout dans les bourgs et les villages o il fait corps avec les traditions de lamain-duvre locale) : les combinaisons de chanages de briques encadrant desmoellons (Figure 5). Cest une tradition toldane27, constamment rencontre dans les

    49

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    9 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Figure 4. La Grande Mosque de tesour : superposition du plan octogonal au plan carr

    Clich : N. Sayari

    Figure 5. Arases et chanages de briques dans lancienne mdina de Testour

    Clich : N. Sayari

    btisses (et observe dans maints difices de Tolde datant du Xe au XVe sicle).Lglise del Cristo de la Luz atteste lexistence de cette technique ds le Xe sicle, toutcomme la Puerta del Sol la fin du XVe sicle. Le procd adopt Testourcorrespond la formule la plus volue ; toutefois, les matriaux de constructionproviennent exclusivement du site et de ses environs.

    Les rseaux losangs en brique ou en terre cuite dcoupe, qui ornent un certainnombre de minarets de la mdina de Testour, nous renvoient aux mmes parures quiembellissent les minarets des mosques dEspagne (Figure 6). La nature du dcorgomtrique (mosque Sidi Abd-al-latf) rappelle particulirement les faades

    50

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    10 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Figure 6. Mosque Sidi Abd-al-latf

    Clich : N. Sayari

    Figure 7. Toiture en tuiles creuses, pente unique de la Grande Mosque de Testour

    mudjares dAragon, dont la Seo de Saragosse est lexemple le plus clbre, maisaussi le Giralda de Sville et la tour Hassan de Rabat28.

    Cependant, lobservation des panneaux losangs rvle quils ont des diffrencessensibles avec le dcor hispano-maghrbin. Les matriaux, lexcution et le trac nesont pas les mmes. Plutt que lutilisation des pices de terre cuite dcoupe, desbriques incrustes dans le mortier ont t utilises selon une formule usuelle dans lesdcors mudjars de lAragon. Ces panneaux sont identiques ceux de la tour desglises de Ricla et dAlfajarn. Nous trouvons aussi un grand nombre ddificescouverts dune forme typique de tuiles (Figure 7), prsentes dans larchitectureespagnole : la tuile creuse pente unique, frquente dans les maisons espagnoles, aunord comme au sud.

    51

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    11 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Clich : N. Sayari

    En revanche, les toits doubls de vote (un, deux ou quatre pans) constituent unecombinaison des traditions locales (la vote) et dune pratique importe dEspagne(le toit en tuiles), palliant ainsi la pnurie de bois de grosse section sur le site29.

    52

    Le souvenir du pays natal des immigrs tait rcent dans la mmoire desconstructeurs de la ville de Testour, pour que les formes et les techniques espagnolesnapparaissent pas dans leurs uvres. Les toits en tuile, la forme des minarets, lesfrontons, les blasons, les motifs emblmatiques, etc., taient des lments dorigineibrique.

    53

    Ils ont, outre leur rle architectural ornemental, une signification hautementsymbolique, tout comme lhorloge, prcdemment cite, qui se trouve rduite uneimage, un simple cadran sans le mcanisme ncessaire son fonctionnement.

    54

    Ainsi, les morisques chasss de chez eux, rfugis sur une terre qui leur taitnouvelle, qui ne parlaient parfois dautre langue que le castillan ou le catalan, quitaient vtus et se nourrissaient lespagnole, ont apport leurs modes deconstruction et de dcoration, quils partageaient avec les chrtiens dEspagne, laveille encore.

    55

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    12 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Les influences espagnoles dans laconstruction du paysage agraire deTestour

    Figure 8. Ancien Terroir de Testour

    Lanthropisation a produit les paysages visibles. Ltre humain, travers sespratiques, modlise lespace qui lentoure et laline afin de rpondre ses besoins et ses aspirations. Le paysage constitue donc une transformation et une appropriationsociale de la nature. Le territoire des campagnes, qui a constitu depuis longtemps lechamp daction de lagriculteur sur lespace extra-urbain, cest le domaine rural parexcellence, le grenier des noyaux de sdentarisation, qui a toujours t associ la production agricole. Il prsente une originalit de taille, par rapport au grandpaysage : il est totalement construit partir des pratiques des agriculteurs.

    56

    Le paysage agraire, qui stend autour des vieux centres villageois ou semi-urbainsde la basse et moyenne Medjerda30, est souvent caractris par la prdominance descultures arbustives qui forment autour des agglomrations, en toute saison, uneaurole verdoyante, en particulier en t, o le contraste est net avec les espacesfauves et dnuds qui stendent au-del. Cette zone verdoyante ne se prsente passous la forme dune ceinture, mais elle sinsre plutt linairement dans la valle dela Medjerda, dont le cours dcrit damples mandres.

    57

    Lancien terroir de Testour tait amnag en trois niveaux topographiques, lesdistances entre eux tant relativement rduites. Ces diffrentes terrasses abritaientchacune un type dactivit agricole bien prcis, instaur en fonction des qualitspdologiques et hydrauliques du sol. Ainsi, se distingue un premier niveau infrieurconsacr au marachage et larboriculture, un niveau intermdiaire ddi lacraliculture et aux lgumineuses, et enfin le dernier correspondant aux parcours demontagne. Cette disposition originale du terroir permettait, en outre, uneexploitation optimale dun espace relativement rduit. Lespace cultivable ne pouvaitpas tre trop loign du village, impliquant la concentration des vergers au niveaudes abords immdiats de la ville. En effet, le paysan travaillant toute la journe dansson champ devait le quitter le soir pour rentrer au village, afin de rpondre auxexigences de la vie au sein de la communaut villageoise.

    58

    La morphologie agraire des anciens vergers dEl Romnet dEl Bragiil secaractrise par des champs assez rguliers et bloqus en petites parcelles. (Figure 8).

    59

    Ces anciens vergers taient tablis selon le principe de la disposition dite en carr :El maraba. Les propos recueillis auprs des agriculteurs rencontrs sur placeconcordent quant lorigine ancestrale de cette technique, allant jusqu affirmer quece sont les morisques qui en furent les initiateurs. Selon la disposition diteEl maraba,les grenadiers occupent les coins dun quadrilatre au centre duquel estplant un arbre feuilles caduques, un abricotier le plus souvent, mais lespcecentrale peut varier dun quadrilatre lautre. Ainsi, la range centrale peutcomporter toute la gamme des arbres fruitiers feuilles caduques du verger(cognassier, prunier, poirier, pommier, etc.). Se prsentent ainsi, paralllement lesunes aux autres, des ranges darbres fruitiers dautomne (grenadiers, cognassiers) etdes ranges darbres produisant au printemps (abricotiers) et en t (pruniers,poiriers, figuiers etc.). Les oliviers, prsents dans presque tous les anciens vergers,sont situs gnralement la priphrie de la plantation. Le dsordre qui apparat aupremier abord, la visite dun verger, nest quapparent31 (figure 9).

    60

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    13 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Clich : Office de Topographie et de Cartographie de Tunis

    Figure 9. Paysage agraire du terroir de Testour

    Clich : N. Sayari

    La plantation des arbres ne doit point se faire confusment et sans ordre ; ilfaut, au contraire, rapprocher tous les congnres pour viter que les espcestrop vigoureuses nabsorbent les sucs nourriciers, et que celles qui sontdlicates nen soient prives. [] Les jardins doivent, autant que possible, tre lexposition du levant ; les arbres seront plants en ligne droite et par ordre, ense donnant bien de garde de planter les arbres qui prennent un granddveloppement avec ceux qui slvent peu. [] Dans les grands vergers, lesarbres doivent tre plants sparment par espces, cest--dire que ceux quidonnent leurs produits la mme poque doivent tre groups ensemble ; telssont : le pommier, le prunier, le poirier, labricotier ; cest un moyen dallgerles soins quexige leur conservation (leur entretien).

    Ibn Al Awam32, clbre agronome arabe de lEspagne du XIIe sicle, dans sonouvrage encyclopdique sur lagriculture andalouse, Le Livre de lagriculture, nousrenseigne longuement sur les techniques et procds agronomiques dal-Andalus.Ltude des liens de parent, ou la survivance de ces derniers, dans la pratiqueagricole des morisques en Tunisie, mriterait une tude approfondie. Toutefois, cettetechnique de disposition particulire laisse paratre une relative influence ibrique.Le Livre de lagriculture33 nonce sur ce sujet :

    61

    En outre et concernant la gographie vgtale, une palette trs riche etdiversifie de plants nouveaux fut introduite, notamment, des plants venus duNouveau Monde tel que : le mas, les tomates, les pommes de terre, diverses espcesde poivres, le tabac, le myrte dInde occidentale, le paprika (Capsicum) ou encore lafigue de Barbarie (Opuntia ficus indica) largement diffuse aujourdhui , et quitaient encore compltement inconnus en Tunisie de lpoque. Dans bien des cas, ilsagit aussi de rimportations 34 : cest le cas du riz, qui avait cess dtre cultivdans les territoires dAfrique du Nord (lIfriqiya importait du riz au XIVe sicle), etqui, avec larrive des morisques, se diffusa comme une culture nouvelle dans lavalle de la Medjerda35. Larboriculture intensive sest dveloppe, surtout aveclimportation despces doliviers greffs en Espagne, et les grenadiers ontassurment trouv une diffusion trs importante, surtout au niveau des moyennesvalles de la Medjerda. Il en va de mme pour labricotier, avec lintroduction devarits nouvelles comme le primeur de Murcie , ou pour les amandiers commeles amandes de Valence et les amandes de Malaga , ainsi que la varit defigues al-qti .

    62

    Pour assurer le meilleur rendement de leurs vergers, les morisques ont utilis uneagriculture irrigue, en diffusant lutilisation des norias au niveau des terroirs faisantpartie des centres morisques en Tunisie. Toutefois, il faut rappeler que lcole

    63

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    14 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Figure 10. Noria Sant Mateu, Castellon, Valencia

    Clich : Ricardo Gonzlez Villaescusa

    hydraulique de lIfriqiya constituait jadis un relais pour la circulation desconnaissances et des techniques entre lOrient et lOccident de lempire de lIslam 36,do la sensibilit que suscite ltude de lapport morisque sur ce sujet.

    Ce volet de notre article constitue lessentiel de la thse de doctorat37 que noussommes en train dlaborer, et qui traite de la transmission des connaissances et destechniques agraires entre lEspagne et la Tunisie partir du XVIIe sicle.

    64

    travers une lecture et une analyse du paysage agraire actuel de Testour, nousnous proposons didentifier les formes et les structures du paysage ancien quipourraient tre dorigine morisque, principalement au niveau de la disposition desstructures physiques des rseaux dirrigation de lancien terroir (norias, bassins,sguias, etc.) (Figure 10), puis dinstaurer un processus de comparaison avec lesformes agraires de lirrigation islamique en Espagne, notamment dans la rgion deValence (Vinars, Benicarl), et Carthagne (Figure 11) . Lexistence ou non deressemblances au niveau des techniques et des procds peut confirmer ou rfuter,ainsi, notre hypothse qui suppose une relation directe entre le nouvel apportethnique, reprsent par les morisques, la prsence de cette morphologie agraireparticulire et la naissance du paysage agraire irrigu testourien.

    65

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    15 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Figure 11. Noria Testour, El Bargiil

    Clich : N. Sayari

    Conclusion

    Les morisques, travers lexercice de leurs activits agraires, ont contribu lamise en valeur de lagriculture sdentaire et lintroduction des techniquesdintensification. Un essor, qualifi de rvolutionnaire par les chroniqueurs decette poque, a chang le visage des paysages ruraux du nord de la Tunisie. Pardes pratiques collectives dans le travail de la terre, une exprience et un savoir-faireacquis depuis des sicles, les morisques crrent un paysage insolite et nouveau, unpaysage symbole et emblme de cette communaut. Lamnagement des terrasses dela Medjerda, le nivellement des sols, les schmas parcellaires des vergers, lestechniques dirrigation, les pratiques de cultures et les nouvelles espces vgtalesintroduites tmoignent de limportance de la contribution morisque dans lefaonnement du paysage agraire des terroirs des villes morisques en Tunisie. travers leurs pratiques, les morisques apportrent, il y a quatre sicles, un mode devie rural qui correspondait celui des villages dEspagne38.

    66

    Testour, petite ville qui stend sur une minence dominant un coude de laMedjerda, mi-chemin entre Mejez el-Bb et Teboursouk, fut le plus importantcentre de ltablissement des morisques aprs leur expulsion dEspagne au dbut duXVIIe sicle. Fondation morisque par excellence, elle apparat, selon les voyageurs delpoque, comme une rplique des bourgs de lEspagne musulmane. La constructionde ce paysage est donc lhritage ibrique de cette communaut, unie dans son dsirde crer son propre cadre de vie. Cette logique paysagre traduit et rejoint le conceptde limportance du groupe comme unit de rfrence, cimente par une consciencecollective dont les reprsentations sont lexpression tangible.

    67

    Linstallation dans un territoire implique une dcision vitale qui engage lexistencede la communaut entire. Cette volont de sapproprier un espace donn, par lespratiques et les usages, va engendrer et impliquer un faonnage particulier de lanature et de son apparence, un paysage consciemment dsir par ces instaurateursou ces acteurs, de par leur origine, mais aussi inconsciemment sous la forme duneconcrtisation matrielle dun savoir-faire mmoris et transmis depuis lEspagne.

    68

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    16 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Notes

    1 Ahmad al-Makkar, Nafh al-tb min ghusn al-andalus al-rab, (texte du XVIIe sicle), t. 2, LeCaire, 1967, p. 814.

    2 H. Abdul-Wahab, Coup dil gnral sur les apports ethniques trangers en Tunisie , LesCahiers de Tunisie, XVII, n 69-70, 1970, p. 149-169.

    3 N. S. Hopkins, Notes sur lhistoire de Testour , Revue dhistoire maghrbine, n 9, 1977,p. 294-313.

    4 Abdelmajid Turki, Documents sur le dernier exode des Andalous vers la Tunisie , dansRecueil dtudes sur les moriscos andalous en Tunisie, Mkel de Epalza et Ramn Petit (dir.),Madrid, Direction gnrale des relations culturelles, Institut Hispano-Arabe de Culture, 1973,p. 126-127.

    5 Jean-Pierre Molnat, Mudjars et Mozarabes Tolde du XIIe au XVe sicle , Revue dumonde musulman et de la mditerrane, n 63-64, 1-2, 1992, p. 147-148.

    6 Hans-Joachim Kress, Fulda. Extrait du fascicule 73 des Marburger Geographische Shriften,Marburg/Lahn, 1977, texte traduit par le R.P. Jean Ferrn, tudes sur les morisques andalous,Institut national dArchologie et dArt, Centre des tudes hispano-andalouses, fascicule 3,Tunis, 1983, p. 162.

    7 L. Poinssot, Atlas historique, gographique, conomique, touristique, Paris, 1936, p. 28.

    8 Institut national du patrimoine Institut franais de coopration Projet de mise en valeurdes patrimoines et de dveloppement du tourisme culturel et naturel Dougga et dans lenord-ouest de la Tunisie.

    9 Ahmed Saadaoui, Testour du XVIIe au XIXe sicle, Histoire architecturale dune villemorisque de Tunisie, Tunis, Publications de la Facult des Lettres de La Manouba, 1996, p. 34.

    10 [N.D.E.] Les Tagarinos taient les morisques aragonais, remarquons toutefois lexplicationquen donne un contemporain de lexpulsion : les morisques anciens, levs parmi les vieux-chrtiens, en Castille et en Aragon, qui connaissaient aussi bien la langue des chrtiens que laleur, si bien que lon pouvait peine les distinguer ni les reconnatre, sauf du fait que, parordre, ils devaient vivre dans certains quartiers , selon le Dictionnaire de Sebastin deCovarrubias, Tesoro de la lengua castellana o espaola (1611, 1674), Barcelone, d. Martn deRiquer, Alta Fulla, 1989 (1re d. 1943), p. 950. Notons au passage que, si un quartier porte leurnom, cela signifie que mme les morisques intgrs la socit chrtienne furent expulss.

    11 Georges Marais, Testour et sa grande mosque. Contribution ltude des Andalous enTunisie , Recueil dtudes, op. cit.,p. 271-287.

    12 Dun manuscrit intitul Observation du Sieur Thomas dArcos faites en Afrique prs deThunis (20 Octobre 1631) , dont loriginal se trouve la Bibliothque nationale, Paris, fondsDupuy, n 667, folios 160/161/162, publi par L. Poinssot, Les ruines de Thugga et deThignica au XVIIe sicle , dans Mmoires de la Socit nationale des Antiquaires de France,t. LXII, Paris, 1901, p. 164.

    13 Charles Baudelaire, Salon de 1859, Le Paysage , Paris, Gallimard (La Pliade), 1961,p. 1076.

    14 S. Le Floch, Bilan des dfinitions et mthodes dvaluation du paysage , IngnieriesE.A.T, n 5, Antony, Cemagref-Dicova, 1996, p. 23-32.

    15 Augustin Berque, Paysage, milieu, histoire , dans Cinq propositions pour une thorie dupaysage, Paris, d. Champ Vallon (Pays-Paysages), 1994.

    Lorigine ethnique des fondateurs de Testour a t ainsi dune importance majeuredans la destin de la construction de son paysage. Les morisques, travers despratiques et des usages matriss depuis des gnrations et des gnrations, ont pucrer un cadre de vie particulier qui traduit la fois un attachement conscient, maisaussi inconscient, leur terre dorigine. La construction de la ville, avec sonarchitecture et son plan urbain, limplantation du terroir, avec sa morphologie etstructure agraire, constituent un tmoignage capital de lhritage ibrique. Lesmorisques Testour ont tendu leur emprise sur le village et sur le terroir. Ils nontfait quexercer des talents quils possdaient dj. Cest donc la matrialisationtangible de ces pratiques qui a abouti la construction du paysage testourien. Cedernier est considr comme lemblme du groupe, la survivance de la mmoire et lemaintien de la tradition.

    69

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    17 sur 20 05/06/2013 19:35

  • 16 A. Roger, Le Paysage nexiste pas il faut linventer Henri Cueco , dans Patrimoine etpaysages culturels, Bordeaux, d. Confluences, 2001, p. 55.

    17 B. Fischesser et M.-F. Dupuis Tate, Lidentit du paysage , Comptes rendus delAcadmie dAgriculture de France, 82 (4), Paris, 1996, p. 123-132.

    18 Carl Gustav Jung, Mtamorphoses de lme et ses symboles, Paris, d. LGF (Livre depoche), 1996.

    19 Michel Conan, Linvention des identits perdues , dans Cinq propositions pour unethorie du paysage, Paris, d. Champ Vallon (Pays-Paysages), 1994.

    20 P. Donadieu et M. Prigord, Cls pour le paysage, Paris, d. Ophrys (GOphrys), 2005,p. 32.

    21 Jean-Pierre Molnat, art. cit., p. 148.

    22 Georges Marais, art. cit., p. 277.

    23 Hans-Joachim Kress, art. cit., p. 147.

    24 Ahmed Saadaoui, op. cit. p. 463.

    25 J. A. Peyssonnel, Voyages dans les Rgences de Tunis et dAlger, Prsentation et notes deLucette Valensi, Paris, 1987, 269 p. (textes du XVIIIe sicle), p. 138.

    26 Le jeudi au soir, je me suis dcid faire un autre voyage Testor. Je suis parti vers cevillage deux heures aprs la tombe de la nuit dans un chariot [] et nous sommes arrivs Testor une heure aprs la tombe de la nuit. Le Cheikh ou gouverneur appel Achi Amet Erizanous reut bnignement et nous fit loger dans une petite maison sur la place [] La placecarre se trouve au milieu du village, o les maures, qui la fondrent, avaient des ftes detaureaux lespagnole. Il compte dans les 800 maisons, toutes avec toits et des patios ayant lesmmes formes quen Espagne. Quelques-unes dentre elles ont des balcons et des fentressuivant le style morisque. , M. S. Zbiss, tudes sur les morisques andalous, Institut nationaldArchologie et dArt, Centre des tudes hispano-andalouses, Tunis, 1983, p. 82.

    27 Georges Marais, art. cit., p. 280.

    28 Ibid., p. 281.

    29 Ibid., p. 462.

    30 Loued Medjerda est le plus important cours deau permanent de la Tunisie ; il draine unbassin versant de 23 500 km2 dont 7 600 km sont situs en Algrie ; le cours suivant labranche la plus longue stend sur prs de 600 km ; quant au cours principal, il mesure485 km, dont 350 km en Tunisie.

    31 Ahmed Kassab, Les basses terrasses de la Medjerda dans la plaine de Testour-Slouguia ,Revue Tunisienne des Sciences Sociales, n 21, Mai 1970, p. 136.

    32 Ibn Al Awm (Abou zakaria jahia ibn mohammed abou ahmed ibn al-awam de Sville,crivain et savant andalous mort en 1145). Le livre de lagriculture, traduit par J.-J. ClmentMulet, 2 t., Paris, Actes Sud, Sindbad, 2000, p. 143-145.

    33 Ibid.

    34 J. L. Latham, Contribution ltude des immigrations andalouses et leur place danslhistoire de la Tunisie , dans Recueil dtudes, op. cit., p. 56.

    35 Hans-Joachim Kress, art. cit., p. 138.

    36 Mohammed El Faz, Les matres de leau : histoire de lhydraulique arabe, Arles, ActesSud, 2005, p. 202-205.

    37 Transmission culturelle et paysages agraires. Transfert des techniques agricolesdal-Andalus vers la Tunisie. Nouvelles possibilits de valorisation agri-paysagres, sous ladirection conjointe des professeurs R. G. Villaescusa et Hichem Rejeb.

    38 J. L. Latham, art. cit., p. 48.

    Table des illustrations

    Titre Figure 1. Vue arienne de lancien noyau urbain de TestourCrdits Clich : Office de Topographie et de Cartographie de TunisURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-1.jpg

    Fichier image/jpeg, 48k

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    18 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Titre Figure 2. La mdina morisque de TestourURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-2.jpg

    Fichier image/jpeg, 48kTitre Figure 3. La grande place, centre de la vie de la citURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-3.jpg

    Fichier image/jpeg, 52k

    TitreFigure 4. La Grande Mosque de tesour : superposition du planoctogonal au plan carr

    Crdits Clich : N. SayariURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-4.jpg

    Fichier image/jpeg, 28k

    TitreFigure 5. Arases et chanages de briques dans lancienne mdina deTestour

    Crdits Clich : N. SayariURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-5.jpg

    Fichier image/jpeg, 32kTitre Figure 6. Mosque Sidi Abd-al-latfCrdits Clich : N. SayariURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-6.jpg

    Fichier image/jpeg, 48k

    TitreFigure 7. Toiture en tuiles creuses, pente unique de la GrandeMosque de Testour

    Crdits Clich : N. SayariURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-7.jpg

    Fichier image/jpeg, 92kTitre Figure 8. Ancien Terroir de TestourCrdits Clich : Office de Topographie et de Cartographie de TunisURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-8.jpg

    Fichier image/jpeg, 12kTitre Figure 9. Paysage agraire du terroir de TestourCrdits Clich : N. SayariURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-9.jpg

    Fichier image/jpeg, 16kTitre Figure 10. Noria Sant Mateu, Castellon, ValenciaCrdits Clich : Ricardo Gonzlez VillaescusaURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-10.jpg

    Fichier image/jpeg, 80kTitre Figure 11. Noria Testour, El BargiilCrdits Clich : N. SayariURL http://cdlm.revues.org/docannexe/image/4934/img-11.jpg

    Fichier image/jpeg, 45k

    Pour citer cet article

    Rfrence papierNizar Sayari et Hichem Rejeb, Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien ,Cahiers de la Mditerrane, 79 | 2009, 319-335.Rfrence lectroniqueNizar Sayari et Hichem Rejeb, Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien ,Cahiers de la Mditerrane [En ligne], 79 | 2009, mis en ligne le 16 juin 2010, consult le 05juin 2013. URL : http://cdlm.revues.org/4934

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    19 sur 20 05/06/2013 19:35

  • Auteurs

    Nizar SayariIl prpare actuellement une thse sur la transmission des connaissances et des techniquesagraires entre lEspagne et la Tunisie partir du XVIIe sicle, dirige par R.G. Villaescusa etHichem Rejeb. tudiant de lInstitut Suprieur dAgronomie de Chott-Meriem, UR2003AGROS, Universit de Sousse (Tunisie), il mne aussi ses recherches au sein du laboratoirede luniversit de Reims Champagne-Ardenne, GEGENAA-EA 3795.

    Hichem RejebProfesseur lInstitut Suprieur dAgronomie de Chott-Meriem, UR2003 AGROS, Universitde Sousse (Tunisie).

    Droits dauteur

    Tous droits rservs

    Origine du paysage andalou dans le nord-ouest tunisien http://cdlm.revues.org/4934

    20 sur 20 05/06/2013 19:35