ParPPaarrPar G©rard Hawkins G©rard Hawkins - .l’Irlande de la tyrannie britannique. Ils comptent

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    ux yeux de nombreux Irlandais, lempire britannique a de tous temps t le synonyme doppression. Les conditions sociales, conomiques et politiques qui

    prvalaient en Irlande durant la deuxime moiti du 18e et la premire moiti du 19e sicles dbouchrent sur la plus grande tragdie humaine de son histoire. A lpoque o les premiers obus de la guerre de Scession dferlent sur Fort Sumter, plus deux millions dmes avaient dj quitt le ciel de la Verte Erin.1 La moiti avait pri lors des grandes famines des annes 1845-47 provoques par la maladie de la pomme de terre, des rcoltes dsastreuses, lignorance de la population, sa pauvret extrme, les abus des propritaires terriens et du patronat anglais et irlandais. Le restant avait migr, prfrant les voyages prilleux et lincertitude des terres lointaines la tyrannie britannique, la misre quotidienne et les perscutions religieuses. La majorit traversa lAtlantique, profitant du commerce des passagers. Celui-ci permettait aux cargos-cercueils en partance pour le Nouveau Monde de remplir leurs cales dmigrants avant de revenir en Grande-Bretagne chargs de cargaisons plus lucratives, tels que le bois ou le coton. La plupart des migrs dbarqua au Qubec et au

    1 Au dbut des annes 1840, la population de lIrlande oscillait autour de 8.000.000 dhabitants. A la fin des annes 1850, elle ntait plus que de 6.000.000.

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  • Nouveau Brunswick, au nord de la frontire canadienne, mais peu dentre eux choisirent de sinstaller sur un territoire administr par un gouvernement quils avaient fui et quils excraient. Ils ntaient pas les seuls raisonner de la sorte. Lord Durham, haut fonctionnaire et gouverneur gnral du Canada, comprenait fort bien lattrait de la jeune nation amricaine qui tait en pleine expansion. Dans son rapport de 1839 il crivit : Du ct amricain tout est agitation et activit ... du ct britannique de la frontire, lexception de quelques endroits privilgis o un semblant de prosprit amricaine est apparent, tout parat gaspillage et dsolation. Lancienne ville de Montral, la capitale commerciale du Canada, ne peut en aucune manire tre compare Buffalo, qui nest quune cration dhier.2 Notons encore que des milliers dIrlandais furent condamns par une justice britannique expditive, le plus souvent en proie la panique face la sdition et lincivisme de ses sujets, pour tre ensuite dports en Australie et dans les bagnes des colonies de la Couronne. Les enfants de cette diaspora emportrent dans leurs maigres bagages leur haine viscrale lgard de la Grande-Bretagne. Ils sinstallrent en tel nombre aux Etats- Unis que la Question anglo-irlandaise volua rapidement en Question amricano-irlandaise. Ces expatris ainsi que leur progniture ne en exil devinrent davantage Irlandais que ceux de leur mre-patrie. Lpreuve de lmigration mtamorphosa de la sorte le paysan irlandais indiffrent en un nationaliste agressif et lincita adhrer un mouvement rvolutionnaire tel que la Fenian Brotherhood ou Fraternit feniane.3

    LLAA FFRRAATTEERRNNIITTEE FFEENNIIAANNEE n 1848, la rpression du soulvement de la Jeune Irlande4 par les autorits britanniques fora les dirigeants de ce mouvement, du moins ceux qui navaient

    pas t emprisonns, sexpatrier aux quatre coins du monde. Lun deux, James Stephens, senfuit en France. John OMahony, un ultra-nationaliste dont le pre et loncle avaient pris part la rvolte irlandaise de 1798, rencontre Stephens plusieurs reprises Paris avant de stablir en Amrique. Cest de leurs entrevues que germe lide de crer deux mouvements rvolutionnaires complmentaires visant librer lIrlande de la tyrannie britannique. Ils comptent les modeler sur celui des Jacobins et les mettre en chantier ds que se prsenteront les circonstances favorables. En 1858, New York, une crmonie grandiose laquelle participent des milliers dmigrs irlandais, marque la naissance officielle de la Fenian Brotherhood ou Fraternit feniane. John OMahony est lu la tte de cette association qui tait le pendant amricain de la Irish Republican Brotherhood ou Fraternit Rpublicaine Irlandaise, la ligue rvolutionnaire rcemment cre par James Stephens en Irlande. Alors quil tait en qute dun nom pour sa confrrie, OMahony, selon la tradition, se serait inspir de la Fianna folklorique irlandaise issue de lHistoire de lIrlande de Geoffrey Keating. Daprs cet ouvrage, la Fianna en galique, les Fenians en anglais, taient une bande de vaillants chevaliers sortis jadis des entrailles de la terre pour dfendre lIrlande en pril. Comme la lgende assurait que la Fianna avait conquis son

    2 Hernon Ian, The 1866 Invasion of Canada in Blood in the Sand, the Forgotten Wars of the 19th Century, p. 176. 3 En franais canadien, on retrouve lorthographe fenien, fenienne. 4 Mouvement rvolutionnaire irlandais cr en 1845 par OConnell et remplac en 1858 par la Fraternit Rpublicaine Irlandaise.

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  • indpendance durant lre pr-chrtienne, la Fraternit feniane pouvait la rtablir aujourdhui. Au travers de son nationalisme romantique, OMahony tait convaincu que le sacrifice dune nouvelle gnration de guerriers librerait sa mre-patrie et que les membres de la Fraternit, souds les uns aux autres, formeraient un corps dlite dvolu un systme politique, financier et militaire en totale symbiose avec les rvolutionnaires des les britanniques. En tant que chef de la Fraternit, OMahony possdait dnormes pouvoirs et ne se confiait quau capitaine Stephens en Irlande. Lorganisation de sa confrrie tait calque sur celle du gouvernement de Washington et des branches, ou cercles, simplantrent rapidement dans toutes les grandes villes des Etats-Unis. Chaque cercle margeait un centre et les centres locaux un centre rgional dont OMahony dsignait personnellement le responsable. Laccs lun de ces cercles exigeait que les candidats sacquittent dun droit dentre de 10 dollars et prtent un serment dallgeance leurs chefs. Ensuite, ces derniers leur attribuaient un grade variant de simple soldat capitaine. Une cotisation hebdomadaire de 10 cents par membre alimentait en outre la caisse de la confrrie locale. Lengouement des Irlandais amricains pour la Fraternit se rvle timide en 1858, mais cette situation samliore lanne suivante. Durant celle-ci, OMahony travaille darrache-pied pour se les rallier lui et les intgrer dans des organisations militaires. Il y parvient dautant plus facilement quil avait auparavant lev le 99th New York State Militia dont il tait le colonel. Ds le mois de novembre, quarante units de milice feniane sont sur pied dans diffrents Etats. Parmi celles-ci, la Corcoran Irish Legion, la Phoenix Brigade of New York City, les OMahony Guards of San Francisco, les Emmett Guards of Richmond, of Boston et of Philadelphia. Attiss par le militantisme nationaliste, cest par milliers que les jeunes Irlandais rejoignent ces units afin de se prparer faire face, un jour, leur ennemi hrditaire. Vers la fin de lanne 1860, OMahony et Stephens se rencontrent Dublin afin de finaliser leur plan dinsurrection en Irlande, qui prvoyait la participation de milliers de Fenians disciplins et lapport de 50.000 fusils. Toutefois, lorsque OMahony dbarque New York quelque temps plus tard, la guerre civile vient tout juste dclater. Cest un revers srieux pour les dirigeants fenians qui voient avec regret leurs meilleurs lments senrler dans les armes du Nord et du Sud. Le quotidien The Boston Pilot peroit le conflit comme un dsastre dans lequel beaucoup dIrlandais allaient mourir inutilement : Les premiers ennemis que rencontreront le 69th State Militia seront probablement des Irlandais, certains dentre eux des membres de leur famille, dautres des amis, tous faisant partie dun mme pays, possdant les mmes aspirations et les mmes espoirs. Quel spectacle ! Ils sentretueront mille lieux dune terre quils seraient fiers de dfendre ensemble et pour laquelle mourir serait un honneur .5 Bien que James Stephens proclame haut et fort que lindpendance irlandaise est bien plus importante que la restauration de lUnion, les Fenians participent nanmoins en masse au conflit fratricide.6 Ils rangent passagrement leur perptuelle rancur lgard de la Couronne britannique car ils sont persuads que leur contribution la guerre civile amricaine les prparerait la grande preuve venir. Le nombre de cercles fenians ne cesse daugmenter durant le conflit. Les agents de la Fraternit infiltrent les grandes villes de lEst ainsi que les arme fdrales dans

    5 The Fenian Raid and Battle of Ridgeway June 1-3, 1866, Internet. 6 On estime 180.000 le nombre de volontaires irlandais qui participrent la guerre de Scession. Plus de 140.000 dentre eux combattirent dans les rangs du Nord et environ 40.000 dans ceux du Sud.

  • lesquelles ils voluent sans contrainte, parfois mme en compagnie de leur commandant - tel fut le cas dans larme du Cumberland. Sadressant la troupe, ils ne font aucun effort pour cacher leur motivation et leurs desseins. Une gazette de la Fraternit publia : Pour rcompenser la contribution de 507 $ du 90th Illinois Regiment, jespre que, quand lheure du terrible rglement de comptes avec lAngleterre viendra, Dieu, dans son infinie bont, lui permettra dtre prsent cet vnement. Les soldats dautres rgiments attendent avec impatience la fin de la guerre amricaine pour enfoncer leur baonnette dans le corpulent Monsieur Bull.7

    LLAA IIRRIISSHH BBRRIIGGAADDEE n des membres actifs de la confrrie feniane tait Thomas Francis Meagher, issu en 1823 dune famille prospre de Waterford. Durant ses tudes en