Philippe Aubert de Gasp ou les affaires du bon gentilhomme Cit par JEAN et BRIGITTE MASSIN dans Ludwig van Beethoven, Paris, Fayard, 1967, p. 670.) La

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  • Document gnr le 30 avr. 2018 08:35

    Les Cahiers des dix

    Philippe Aubert de Gasp ou les affaires du bongentilhomme

    Roger Le Moine

    Numro 57, 2003

    URI : id.erudit.org/iderudit/1008110arDOI : 10.7202/1008110ar

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    diteur(s)

    Les ditions La Libert

    ISSN 0575-089X (imprim)

    1920-437X (numrique)

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    Citer cet article

    Le Moine, R. (2003). Philippe Aubert de Gasp ou les affairesdu bon gentilhomme. Les Cahiers des dix, (57), 299321.doi:10.7202/1008110ar

    Rsum de l'article

    Dans son clbre roman Les Anciens Canadiens, PhilippeAubert de Gasp (1786-1871) par le truchement de Monsieurd'Egmont en qui on a reconnu l'auteur, veut laisser croire qu'ila t victime de faux amis alors qu'il a t l'artisan de sonpropre malheur. Ds les dbuts de sa carrire d'avocat, ilmultiplie les dettes et vit au-dessus de ses moyens. Lesexpdients financiers l'amnent des actions douteuses, puisfranchement illgales envers les membres de sa famille, lesclients et, dans le cadre de sa pratique professionnelle titrede shrif, envers le gouvernement. Ses dfalcationsmalhonntes contribuent notamment la ruine de Joseph-Franois Perrault qui avait entrepris la mise sur pied d'colesau bnfice de la jeunesse du Bas-Canada. Destitu et accusde malversation, Aubert de Gasp se rfugie Saint-Jean-Port-Joli. La justice met plusieurs annes l'atteindre, mais desactions sont prises contre lui. Il doit faire face la justice etpurger une peine d'emprisonnement Qubec entre 1838 et1841.

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    Tous droits rservs Les ditions La Libert, 2003

    https://id.erudit.org/iderudit/1008110arhttp://dx.doi.org/10.7202/1008110arhttps://www.erudit.org/fr/revues/cdd/2003-n57-cdd5007928/https://www.erudit.org/fr/revues/cdd/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/http://www.erudit.org

  • Philippe Aubert de Gasp ou les affaires du bon gentilhomme

    Par ROGER LE MOINE*

    Ceux qui se sont intresss la vie et l'uvre de Philippe Aubert de Gasp ont pour la plupart pens que le chapitre 10 des Anciens Canadiens, qui s'intitule Le bon gentilhomme , mettait en prsence l'auteur la fois sous les traits du jeune homme qu'il avait t, Jules d'Haberville, et sous ceux d'un vieillard infor-tun, Monsieur d'Egmont1, qui raconte ses malheurs et, galement, en explique les causes de faon justifier Gasp.

    J'aimerais remercier Monsieur John Hare, qui m'a fourni copie de la gravure reprsentant la maison habite par Aubert de Gasp et sa famille, rue Saint-Louis, Monsieur Pierre-Louis Lapointe qui m'a transmis des copies de documents et Monsieur Michel Gaumond qui, dans des lettres des 17 juillet et 21 aot 1996, m'a fait part de sa documentation sur la maison dite des Anciens Canadiens , la maison d'Aubert de Gasp et aussi sur diverses transactions immobilires d'Aubert de Gasp. Pourquoi Gasp a-t-il fait porter le nom d'Egmont son personnage ? Sans doute parce qu'il a t sduit par le nom. Car, en ractionnaire, il n'a certainement pas voulu rappeler un personnage qui s'tait lev contre l'ordre et qui s'crie au moment d'tre excut : ... En sortant de ce cachot, je marche aussi une mort glorieuse ; je meurs pour la libert. Je n'ai vcu, je n'ai combattu que pour elle; maintenant je lui offre ma vie en sacrifice... L'ennemi t'enveloppe de toutes parts, les pes brillent! Amis! haut les coeurs... Dfendez vos biens, et pour sauver ce que vous avez de plus cher, tombez avec joie, comme je vous en donne ici l'exemple. (GOETHE, Egmont, Acte V, fin.)

  • 300 ROGER LE MOINE

    Le personnage aurait t ruin par des connaissances qui ne lui auraient pas rembours des sommes importantes :

    Lorsque j'eus complt mes tudes, toutes les carrires me furent ouvertes [...] J'ob-tins une place de haute confiance dans les bureaux. Avec mes dispositions, c'tait courir ma perte. J'tais riche par moi-mme ; mon pre m'avait laiss une brillante fortune, les moluments de ma place taient considrables, je maniais rouleaux l'or que je mprisais. [...] Je ne chercherai pas, fit le bon gentilhomme, pallier mes folies pour accuser autrui de mes dsastres ; oh non ! non ! mais il est une chose certaine, c'est que j'aurais pu suffire mes propres dpenses, mais non celles de mes amis et celles des amis de mes amis, qui se rurent sur moi comme des loups affams sur une proie facile dvorer. Je ne leur garde aucune rancune [...] Incapa-ble de refuser un service, ma main ne se ferma plus ; je devins non seulement leur banquier, mais si quelqu'un avait besoin d'une caution, d'un endossement de billet ma signature tait la disposition de tout le monde [,..]2.

    Aprs cette confession o il partage les torts de sa dconfiture financire entre sa navet et la malhonntet de ses dbiteurs, Monsieur d 'Egmont ajoute leur sujet :

    Un d'eux, cependant, [...] d'une industrie charmante en fait de tortures, obtint contrainte par corps, et, par un raffinement de cruaut digne d'un Caligula, ne la mit excution qu'au bout de dix-huit mois. Peut-on imaginer un supplice plus cruel que celui inflig un homme entour d'une nombreuse famille, qui la voit pendant dix-huit mois trembler au moindre bruit qu'elle entend, frmir la vue de tout tranger qu'elle croit toujours porteur de l'ordre d'incarcration contre ce qu'elle a de plus cher ! Ce qui m'tonne, c'est que nous n'ayons pas succomb sous cette masse d'atroces souffrances.

    Cet tat tait si insupportable que je me rendis deux fois auprs de ce crancier, le priant, au nom de Dieu, d'en finir et de m'incarcrer. Il le fit, la fin, mais loisir3.

    Tel aurait galement t, selon ces interprtes des Anciens Canadiens, le des-tin de Gasp4. C'est dire que, pour eux, le chapitre 10, s'il est romanesque, est

    (Cit par JEAN et BRIGITTE MASSIN dans Ludwig van Beethoven, Paris, Fayard, 1967, p. 670.) La pice de Goethe a t traduite et publie en anglais en 1841 et en franais en 1822. Gasp aurait pu la lire. Il est peu prs certain qu'il n'a pu entendre Qubec l'ouverture de Beethoven qui porte le mme titre.

    2. PHILIPPE AUBERT DE GASP, Les Anciens Canadiens, (1863) Montral, Fides, 1979, p. 140-141.

    3. Ibid., p. 145. 4. Aubert de Gasp ne reviendra plus sur cette affaire qui l'a men en prison sauf en une

    occasion dans ses Mmoires quand, voquant sa pratique du droit, il retiendra la triste his-toire de Monsieur Roxburg qui a t ruin par de faux amis et s'est retrouv bless et ruin. Gasp conclut ainsi :

    it*

  • PHILIPPE AUBERT DE GASP OU LES AFFAIRES DU BON GENTILHOMME > 301

    galement autobiographique puisque s'y confondent l'existence de l'auteur et celle de son personnage. Cela est peu prs juste sauf que leur destin eux deux se dissocie galement car, dans l'vocation des causes qui ont men la situation dcrite, Gasp, par le truchement de Monsieur d'Egmont, a modifi les faits en sa faveur car ses amis ne sont pas les principaux auteurs de son malheur. Il en est lui-mme le grand responsable. tayer cette affirmation oblige tudier toute la situation financire d'Aubert de Gasp.

    En 1806, Aubert de Gasp entreprend sa clricature de droit chez Jonathan Sewell5 et lorsque celui-ci, en 1808, est nomm juge, il la poursuit chez Olivier Perrault. En sorte qu'il a t form par deux excellents avocats. Admis au Barreau le 15 aot 1811, il ouvre une tude et il accompagne les juges lors de leurs tour-nes sur la Cte-du-Sud. Le 25 septembre de la mme anne, il pouse Susanne Allison6.

    Avant son mariage, voire du temps de sa clricature, Gasp semble avoir dpens inconsidrment. Avivait au-dessus de ses moyens, frquentant notam-ment les officiers de la garnison qui avaient la rputation d'tre dpensiers. En 1815, il compte parmi les fondateurs du Jockey Club7, avec Narcisse Juchereau-Duchesnay et Pierre de Sales-Laterrire8, ce qui l'a sans doute oblig entretenir un palefrenier et au moins un cheval.

    Jusqu'au moment o il est admis au Barreau, d'o tenait-il l'argent qui lui tait ncessaire ? Il tait le neveu favori de ses tantes Tarieu de Lanaudire, qui taient assez fortunes et gnreuses son endroit, mais qui sans doute ne se

    U a fallu de longues annes pour mettre fin aux tourments de cette belle me brise par le malheur : a t un long travail du temps que d'arracher le dernier soupir, arrter le dernier battement d'un cur dchir un tiers de sicle avant que la mort ait mis fin aux tortures qu'il endurait

    Dans le mme texte, en songeant encore lui, Gasp se livrera une dnonciation : On publie de nos jours les calomnies les plus atroces contre les hommes les plus respec-tables : les pithtes de voleurs, d'assassins, de meurtriers, dansent et sautillent dans les priodes de nos journaux ; et comme ce sont des diffrends politiques qui valent ces amnits aux personnes ainsi diffames, elles se donnent bien de recourir aux tribunaux : sachant qu'il est parier cent contre un que la moiti des jurs d'une politique contraire soutiendra les calomniateurs. O l'heureux temps que celui o nous vivons. (PHILIPPE AUBERT DE GASP, Mmoires, Qubec, Hardy, 1885, p. 529, 201.)

    5. Dans ses Mmoires, Gasp prcise : Lorsque je signai le brevet d'usage, en entrant dans son bureau, mon pre mit sur la table un rouleau de cent guines, honoraires que monsieur le procureur du roi exigeait pour