Plerinages judo-musulmans du collaborateurs occasionnels s'impose. M. Michaux-Bellaire, chef de la section sociologique Rabat, le pacha de Marrakech Si El Hadj Thami

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  • PLERINAGES JUDO-MUSULMANS

    DU MAROC

  • INTRODUCTION

    Dans le monde marocain, o les musulmans affectent en gnral de

    mpriser les juifs, il existe cependant certaines pratiques de dvotion superstitieuse, qui sont communes des personnes des deux groupes. Cette particularit, que l'on observe en de nombreux points du pays, donne un caractre trs spcial aux rapports du judasme et de l'islamisme. De Chnier, en 1787, et aprs lui Godard, en 1859, avaient dj mentionn chacun un tombeau du Maroc vnr la fois par des musulmans et des juifs ; depuis la fin du xixe et le dbut du xxe sicles divers auteurs, notamment Doutt et Mauchamp, ont signal plusieurs autres cas du mme genre, mais la question n'a jamais t traite fond. C'est ce que l'on essaie de raliser, dans la mesure du possible, au cours de l'tude qui suit. Les membres de la communaut juive y sont toujours dsigns sous le nom de juifs, parce qu'aucun autre terme ne peut convenir ; celui d'isra- lites serait impropre car, en dehors de la religion, la plupart de ces gens semblent n'avoir rien de commun avec les enfants d'Isral.

    L'intrt d'une telle tude parat indiscutable. Michaux-Bellaire, dont l'autorit est reconnue, m'crivait ce propos, quelques annes avant sa mort :

    La question a, mon avis, une importance considrable. Elle peut permettre de retracer le rle jou ds l'antiquit par les juifs dans l'his- toire du Maroc et de se rendre compte, non seulement des survivances juives actuelles, mais aussi de survivances paennes qui, une certaine poque, ont pu tre recouvertes d'une enveloppe juive. Je cherche voir, travers le Maroc musulman que l'on nous oppose et qui, mon avis, est un peu factice, le vrai Maroc lui-mme. Mme au point de vue religieux, que nous respectons par dfinition, les fameuses traditions soi-disant musulmanes sont tout simplement de trs vieilles supersti- tions, les unes du terroir, les- autres de tribus qui ont t successivement

  • paennes, juives, chrtiennes, avant d'tre musulmanes, et qui sont,

    tou t compte fait, bien plus d'essence superstitieuse que vra iment reli-

    gieuse. Les marabouts judo-musulmans ont donc une trs grande

    importance, sur tout d'aprs moi les trs anciens, ceux dont l'origine est

    inconnue. Les autres, plus modernes, sont intressants en t an t que - preuve de la persistance du principe de superstition, en dehors de toute

    ide religieuse bien dfinie.

    Mon at tent ion fut d 'abord attire sur le sujet, de faon directe, par la

    dcouverte Oudjda de deux marabouts judo-musulmans, ainsi que par

    le passage en cette ville, en 1909, du moqaddem musulman d 'un santon

    juif du Rif. Le dit moqaddem, en tourne de ziara, ne se considrait pas

    comme un simple collecteur d'offrandes, mais comme le vritable fond

    de pouvoir du saint personnage inhum dans sa t r ibu ; en prononant le

    nom de celui-ci, il ne manquai t jamais d'incliner la tte, de porter la main

    droite son front, puis de baiser le bout de ses doigts.

    L 'enqute entreprise part ir de ce moment devait tre longue et com-

    plique, puisqu'il s'agissait de l 'tendre l'ensemble du territoire maro-

    cain ; de plus, elle se t rouvai t forcment lie aux progrs de la pacification.

    D 'au t re part , il convenait d'effectuer les sondages sans trop attendre,

    pour des raisons videntes fort bien exposes par Henri Basset qui a crit :

    Il n 'est pas douteux que notre occupation, que nous le voulions ou non,

    par le fait mme des communications qu'elle rendra plus faciles et des

    relations plus troites qu'elle permet t ra entre tous les habi tants du

    monde marocain, favorisera la diffusion d 'un islam plus rigoureux ; et

    les vraies doctrines de l 'orthodoxie, ayan t toute facilit de se rpandre,

    vont pouvoir lutter contre les cultes locaux avec une puissance qu'elles

    n ' au ron t jamais connue jusqu'ici... Que restera-t-il bientt de tous ces

    vieux cultes ? (1). Cel est tel lement vrai, que l'on constate dj des

    ractions nettes en quelques points, surtout dans la rgion ctire ; les

    musulmans nient aujourd'hui des pratiques, qu'ils avouaient autrefois

    sans le moindre scrupule.

    Dans la priode des recherches tou t a t mis en uvre afin de runir,

    malgr les difficults, le plus grand nombre possible d'observations. Rien

    ne prouve cependant, que l'on ait russi dresser une liste complte des

    (1) H. BASSET, Le culte des grottes au Maroc. Alger, 1920.

  • plerinages judo-musulmans ; des lacunes sont vraisemblables, en par- ticulier dans la zone espagnole. Quoi qu'il en soit, la documentation obtenue semble suffisante ; elle donne, en effet, un tableau exact des modalits et

    de l'importance du double culte au Maroc. Aprs avoir dit pourquoi et comment a t fait ce travail, une mention

    des collaborateurs occasionnels s'impose. M. Michaux-Bellaire, chef de la section sociologique Rabat, le pacha de Marrakech Si El Hadj Thami Glaoui et Si Mhammed el Berrhiti, nadir des habous Safi, ont bien

    voulu me fournir quelques indications prcieuses. Par ailleurs, certains commandants territoriaux de 1927, les commandants Lefvre (cercle du Loukkos), Nivelle, Martin (cercle d'Azilal), Panescorse (cercle de Gou- rama), Jacquet (cercle d'Itzer) et le capitaine Ribaud, chef du bureau du cercle d'Azilal, ont tenu faciliter les investigations en y faisant participer le personnel sous leurs ordres. C'est ainsi que j'ai reu des notes, parfois assez tendues et toujours utiles, dues au capitaine Levillain d'Arbaoua, aux lieutenants L'Herbette d'At Ourir, Vgeli de Demnat, Alex de Bin el Ouidane, Benesis des Ait Attab, Spillmann d'Ouarzazate, Parlange de Rich, aux officiers interprtes Hennecart d'Agadir, Michelangeli de Midelt, Ben Daoud du cercle du Loukkos, Lesur, Aspinon d'Azilal, Butel de Beni Mellal, Andr de Tahala et au fquih Si Mohammed Ben Lhassen des Entifa.

    J'exprime tous ma reconnaissance pour l'aide qu'ils m'ont apporte.

  • CHAPITRE I

    LE MILIEU

    QUELQUES NOTES SUR LA POPULATION J U I V E

    Cette population a des origines diverses, peu prcises ; elle n'est pas homogne et constitue une simple famille religieuse, sans caractre racial. Malgr les prtentions de certains de ses membres, elle a sans doute trs peu de sang d'Isral. Chez les juifs marocains, il existe en effet plusieurs types ; l'aspect physique des uns rappelle d'anciennes peuplades euro- pennes ; d'autres ne diffrent gure de certains de leurs voisins musul- mans ; les visages de forme nettement hbraque semblent plutt rares. On voit des blonds, surtout dans le Rif, et une majorit de bruns ; toutes les petites communauts de l'Atlas berbre appartiennent la dernire catgorie.

    Dans la zone nord ainsi que dans les plaines ou plateaux de l'Ouest et de l'Est on reconnait l'existence, ct d'lments de provenance obscure, de deux groupes importants dsigns sous les noms de Plichtim et de Forasteros ; l'ensemble a toujours gard quelque valeur sociale au cours de la longue priode d'asservissement. Les Plichtim descendraient, dit-on, de Palestiniens venus en Afrique du Nord dans l'antiquit. Quant aux Forasteros, au nombre desquels Colin parat ranger tort les habitants de la montagne berbre, on leur donne comme anctres tantt des Ca-

    rane originaires de Palestine, tantt des juifs espagnols chasss de la pninsule la fin du xve sicle. Mais une telle division apparat toute thorique ; en ralit, la composition de ces groupes doit tre beaucoup moins simple car, depuis le dbut, ils ont sans aucun doute subi de profonds changements. Mme si des apports extrieurs sont la principale cause de leur formation, il y a eu d'autres arrives d'immigrants au Maroc ; de plus,

  • la prsence parmi eux, soit de judo-berbres, soit de non Palestiniens en mlange avec des Berbres, est fort probable. La masse trs fruste des juifs de l'Atlas et des rgions mridionales complte le peuplement ; ceux-ci semblent bien tre, pour la plupart, des autochtones. Ce troisime groupe reprsente, vraisemblablement, les dbris des vieilles tribus berbres judases qui, une certaine poque, ont eu de l'influence dans le pays.

    Un examen des parlers montre encore l'existence de trois groupements, qui ont un certain rapport avec les divisions prcdentes. A Ttouan, Tanger, El Ksar, Larache et dans de petites colonies de quelques villes de la cte atlantique, les immigrs d'Espagne lors du grand exode conti- nuent, en gnral, d'employer un espagnol archaque, l'ancien castillan. Les autres juifs du littoral et ceux de l'intrieur font usage de l'arabe, mais beaucoup ont un accent particulier, moins dur que celui de leurs voisins musulmans. Quant aux communauts de la montagne, elles parlent le berbre, partout o ce dernier est rest la langue des tribus au milieu desquelles elles vivent.

    Au point de vue religieux, la majeure partie des juifs marocains se montre trs attache sa foi, tout en tant peu encline la spiritualit. Mais la religion, principal lment civilisateur au temps de la servitude, est rarement trs pure; beaucoup lui adjoignent des croyances supersti- tieuses, dont un traditionnalisme outr assure le maintien.

    Au dernier sicle le rgime d'oppression, que devaient subir les adeptes du judasme, tait parvenu sa forme dfinitive ; il avait donn, la longue, une triste mentalit ces parias. Les citadins timides, craintifs et obs- quieux s'entassaient les uns sur les autres derrire les murs des mellahs la polygamie, les mariages prcoces, un dfaut complet d'hygine provo- quaient leur dchance physique. Quoique beaucoup fussent intelligents et dous d'un rel esprit mercantile, bien peu arrivaient constituer de ' petites fortunes ; le plus grand nombre se trouvait, au contraire, en proie la misr