Poèmes à Lou - ?mes_à_Lou.pdf · Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne ... Lou que de…

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  • Pomes Lou

    artyuiop table par ordre alphabtique page suivante propos table par ordre chronologique

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    Nice, le 8 octobre 1914

    Cest dans cette fleur qui sent si bonet do monte un beau ciel de nuesque bat mon curAromatiques enfants de cet illet plus vivantque vos mains jointes ma bien AIMEet plus pieux encore que vos ongles

    La mielleuse figue octobrineseule a la douceur de vos lvresqui ressemble sa blessurelorsque trop mr le noble fruitque je voudrais tant cueillirparat sur le point de choir figue figue dsirebouche que je veux cueillirblessure dont je veux mourir

    Et puis voici lengin avec quoi pcheurJECapture limmense monstre de ton ilQuun art trange abme au sein des nuits profondes

    ApollinairePomes Lou

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    Nice, fin octobre - novembre 1914

    LOU DE COLIGNY-CHTILLON

    HOMMAGErespectueusement passionn

    Oliviers vous battiez ainsi que font parfois ses paupires

    Par ce livre dur et prcis dans la joie

    apprenez Lou me connatre afin de ne plus moublier

    mais perch sur labme je domine la mer comme un matre

    JE VOUS SALUE LOUCOMME FAIT VOTRE ARBRE PRFRLE PALMIER PENCHDU GRAND JARDIN MARINSOULEV COMME UN SEIN

    Votre chevelure pareil au sang rpandu

    mourir et savoir enfin lirrsistible ternit

    Guillaume Apollinaire

    et je place ici mme malgr vousvotre pense la + secrte

    Guillaume Apoli

    ApollinairePomes Lou

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    Nice, le 11 novembre 1914

    MADAME LA COMPTESSEL. DE COLIGNY_CHTILLONje donne de tout cur ce flacon deau-de-vieet suis son serviteurson admirateuret son ami taciturneGUILLAUME APOLLINAIRE

    LE II NOVEMBRE 1914 NICEO ELLES SOIGNE LES BLESSS DE LA GUERRE

    ApollinairePomes Lou

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    Nmes, le 17 dcembre 1914

    Je pense toi mon Lou ton cur est ma caserneMes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne

    Le ciel est plein ce soir de sabres d'peronsLes canonniers s'en vont dans l'ombre lourds et prompts

    Mais prs de moi je vois sans cesse ton imageTa bouche est la blessure ardente du courage

    Nos fanfares clatent dans la nuit comme ta voixQuand je suis cheval tu trottes prs de moi

    Nos 75 sont gracieux comme ton corpsEt tes cheveux sont fauves comme le feu d'un obus qui clate au nord

    Je t'aime tes mains et mes souvenirsFont sonner toute heure une heureuse fanfareDes soleils tour tour se prennent hennirNous sommes les bat-flanc sur qui ruent les toiles

    Nmes, le 18 dcembre 1914

    Au lac tes yeux trs profondMon pauvre coeur se noie et fondL le dfontDans leau damour et de folieSouvenir et Mlancolie

    ApollinairePomes Lou

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    Nmes, jour de Nol 1914

    La fume de la cantine est comme la nuit qui vientVoix hautes ou graves le vin saigne partoutJe tire ma pipe libre et fier parmi mes camaradesIls partirons avec moi pour les champs de bataille,Ils dormirons la nuit sous la pluie ou les toilesIls galoperont avec moi portant en croupe des victoiresIls obiront avec moi aux mmes commandementsIls couteront attentifs les sublimes fanfaresIls mourront prs de moi et moi peut-tre prs deuxIls souffriront du froid et du soleil avec moiIls sont des hommes ceux-ci qui boivent avec moiIls obissent avec moi aux lois de lhommeIls regardent sur les routes les femmes qui passentIls les dsirent mais moi jai des plus hautes amoursQui rgnent sur mon cur mes sens et mon cerveauEt qui sont ma patrie, ma famille et mon esprance moi soldat amoureux, soldat de la douce France

    Nmes, le 29 dcembre 1914

    Mon Lou la nuit descend tu es moi je taimeLes cyprs ont noirci, le ciel a fait de mmeLes trompettes chantaient ta beaut mon bonheurDe taimer pour toujours ton cur prs de mon curJe suis revenu doucement la caserneLes curies sentaient bon la luzerneLes croupes des chevaux voquaient ta force et ta graceDalezane dore ma belle jument de raceLa tour Magne tournait sur sa colline laureEt dansait lentement, lentement sobombraitTandis que des amants descendaient de la collineLa tour dansait lentement comme une sarrasine.

    ApollinairePomes Lou

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    Le vent souffle pourtant il ne fait pas du tout froidJe te verrai dans deux jour et suis heureux comme un roiEt jaime de ty aimer cette Nmes la RomaineO les soldats franais remplacent larme prtorienneBeaucoup de vieux soldats quon na pas pu habillerIls vont comme des bufs, tanguent comme des mariniersJe pense tes cheveux qui sont mon or et ma gloireIls sont toute ma lumire dans la nuit noireEt tes yeux sont les fentres do je veux regarderLa vie et ses bonheurs la mort qui vient aiderLes soldats las, les femmes tristes et les enfants maladesDes soldats mangent prs dici de lail dans la saladeLun a une chemise quadrille de bleu comme une carteJe tadore mon Lou et sans te voir je te regardea sent lail et le vin et aussi liodoformeJe tadore mon Lou embrasse-moi avant que je ne dormeLe ciel est plein dtoiles qui sont les soldatsMorts ils bivouaquent l-haut comme ils bivouaquaient l-basEt jirai conducteur un jour lointain ty conduireLou que de jours de bonheur avant que ce jour ne vienne luireAime-moi mon Lou je tadore BonsoirJe tadore, je taime adieu, mon Lou ma gloire

    Nimes, le 10 janvier 1915

    Je tadore mon Lou et par moi tout dadoreLes chevaux que je vois sbrouer aux abordsLappareil des monuments latins qui me contempleLes artilleurs vigoureux qui dans leur caserne rentrentLe soleil qui descend lentement devant moiLes fantassins bleu ple qui partent pour le front pensent toi.Car ma chevelure de feu tu es la torcheQui mclaire ce monde et, flamme, tu es ma force

    ApollinairePomes Lou

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    Dans le ciel les nuagesFigurent ton imageLe mistral en passantEmporte mes parolesTu en perois le sensCest vers toi quelles volentTout le jour nos regardsVont des Alpes au GardDu Gard la MarineEt quand le jour dclineQuand le sommeil nous prendDans nos lits diffrentsNos songes nous rapprochentObjets dans la mme pocheEt nous vivons confondusDans le mme rve perdu.Mes songes te ressemblentLes branches remues ce sont tes yeux qui tremblentEt je te vois partout toi si belle et si tendre.Les clous de mes souliers brillent comme tes yeuxLa vulve des juments est rose comme la tienneEt nos armes graisses cest comme quand tu me veux douceurs de ma vie, cest comme quand tu maimes.Lhivers est doux, le ciel est bleu,Refais-me le, refais-me leToi ma chre permission

    Ma consigne ma faction.Ton amour est mon uniformeTes doux baisers sont les boutonsIls brillent comme lor et lornentEt tes bras si roses si longsSont les plus galants des galonsUn monsieur prs de moi mange une glace blancheJe songe au got de ta chair et je songe tes hanches gauche lit son journal une jeune dame blondeJe songe tes lettres o sont pour moi toutes les nouvelles du monde

    ApollinairePomes Lou

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    Ils passe des marins, la mer meurt tes piedsJe regarde ta photo tu es lunivers entierJallume une allumette et vois ta chevelureTu es pour moi la vie cependant quelle dureEt tu es lavenir et mon ternitToi mon amour unique et la seule beaut

    Nmes, le 12 janvier 1915

    Mon Lou, je veux te reparler maintenant de lAmourIl monte dans mon coeur comme le soleil sur le jourEt soleil il agite ses rayons comme des fouetsPour activer nos mes et les lierMon amour cest seulement ton bonheurEt ton bonheur cest seulement ma volontTon amour doit tre passionn de douleurMa volont se confond avec ton dsir et ta beaut.Ah! Ah! te revoil devant moi toute nueCaptive adore, toi la dernire venueTes seins ont le got ple des kakis et des figues de BarbarieHanches, fruits confits, je les aime, ma chrieLcume de la mer dont naquit la dessevoque celle-l qui nat de ma caresse.Si tu marches, Splendeur, tes yeux ont le luisantDun sabre au doux regard prt se teindre de sang

    Si tu te couches, Douceur, tu deviens mon orgieEt le mets savoureux de notre liturgieSi tu te courbes, Ardeur, comme une flamme au vent,Des atteintes du feu jamais rien nest dcevantJe flambe dans ta flamme et suis de ton amourLe phnix qui se meurt et renat chaque jour.Chaque jourMon amourVa vers toi ma chrie

    ApollinairePomes Lou

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    Comme un tramwayIl grince et crieSur les rails o je vaisLa nuit menvoie ses violettesReois-les car je te les jette.Le soleil est mort doucementComme est mort lancien romanDe nos fausses amours passes.Les violettes sont tresses.Si dor te couronnait le jourLa nuit tenguirlande son tour.

    Nmes, le 17 janvier 1915

    Cest lhiver et dj jai revu des bourgeonsAux figuiers, dans les clos, Mon amour, nous bougeonsVers la paix, ce printemps de la guerre o nous sommes.Nous sommes bien. L-bas, entends le cri des hommes.Un marin japonais se gratte lil gauche avec lorteil droitSur le chemin de lexil voici des fils de roisMon cur tourne autour de toi comme un kolo o dansent quelques jeunes soldats serbes auprs dune pucelle endormieLe fantassin blond fait la chasse aux morpions sous la pluie

    Un belge intern dans les Pays-Bas lit un journal o il est question de moiSur la digue une reine regarde le champ de bataille avec effroiLambulancier ferme les yeux devant lhorrible blessureLe sonneur voit le beffroi tomber comme une poire trop mreLe capitaine anglais dont le vaisseau coule tire une dernire pipe dopiumIls crient. Cri vers le printemps de paix qui va venir. Entends le cri des hommes.Mais mon cri va vers toi mon Lou tu es ma paix et mon printempsTu es, ma Lou chrie, le bonheur que jat