Recit d'un voyage à Brantôme

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    27-Mar-2016

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recit de voyage Brantme et Bourdeilles

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    ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------1 Jean-Pierre Lazarus

    Les chteaux de Bourdeilles

    Ce 9 juin 2012, je suis de nouveau et de bon matin au bord de l'avenue de Madran attendre un bus qui me sortira de chez moi et me fera dcouvrir quelque trsor de la rgion. Le programme de cette excursion labore par le Comit du quartier du Monteil doit permettre aux Pessacais inscrits de vi-siter le chteau de Bourdeilles et la petite ville de Brantme. C'est un voyage que j'ai dj fait il y a quelques annes mais dont les souvenirs s'estom-pent dans la brume du temps. Y revenir devrait faire merger d'anciennes images. Le ciel n'est pas trs bleu, ce matin vers sept heures ; disons mme cou-vert : voyage sans soleil

    Aprs trois heures de route et d'autoroute, nous sommes devant le chteau de Bourdeilles, soi-gneusement enferm dans son rempart, au centre du village. Que la visite commence ! Un grand gingko biloba ombrage l'avant-cour et le chemin d'accs la porte du chteau : puis passage oblig par l'espace de vente.

    En ralit, ce n'est pas un chteau mais deux qui s'lvent sur les terres de Bourdeilles, l'un datant du Moyen-ge, l'autre de la Renaissance. C'est ce dernier qui est amnag pour les visites, le plus ancien n'offrant que son haut donjon aux visi-teurs. Sur le parvis des chteaux, notre guide tente de nous initier cette histoire ancienne que l'on nomme Moyen-ge et qui reste aujourd'hui d'une grande confusion. Ds le X e sicle, quatre baronnies sont constitues dans le Prigord, dont celle de Bourdeilles appele alors probablement Burgus. Le lieu est prement disput car sur cet peron qui domine la Dronne par une belle falaise, une pre-mire forteresse dont il ne subsiste rien est cons-truite. Sur ses ruines, Graud de Maulmont qui re-oit le site en fief fait construire un chteau en 1283 dont le donjon octogonal de 35 m de haut est au-jourd'hui l'lment le plus emblmatique. Entre 1283 et 1299 sont construites les curies et la salle des gardes puis de 1300 1307, la cour mdivale, les murs de dfense ; le donjon est achev. Les Bourdeille qui avaient perdu leur bien le rachtent pour 4 000 cus d'or ; ils l'occuperont par intermit-tence et le conserveront jusqu'en 1947. La guerre de Cent Ans n'pargnera pas le chteau fort ; en 1360, le Prigord devient anglais et les baronnies aussi. C'est en 1481 que le baron Franois de Bourdeille

    rachte au comte de Prigord Alain d'Albret la part comtale du castrum de Bourdeilles : la baronnie re-prend la tte des deux parties runies du domaine. De cette haute poque datent aussi un moulin sei-gneurial et le pont bec sur la Dronne.

    Suite une priode de prosprit, vers 1589, Jacquette de Montbron, veuve du baron Andr de Bourdeille et dame ordinaire de la reine Catherine de Mdicis, conoit une nouvelle demeure qui tire partie des inventions architecturales du milieu du XVI e sicle. De style Renaissance, elle est construite entre le donjon et la falaise dominant la rivire mais l'difice reste inachev la mort de la baronne en 1598 : il en manque une aile

    En 1699, la branche ane des Bourdeille s'teint et les chteaux sont donns au comte de Ju-millac, matres de forges. C'est l'poque o la fonte du Prigord permet de fabriquer les canons pour l'arsenal de Rochefort.

    En 1720, le chteau est rachet par Jean de Bertin, contrleur gnral des finances de Louis XV, ministre de l'agriculture. Son descendant fuit en 1791 en Allemagne pour chapper la Rvolution mais revient en 1797 : il rcupre son chteau et tente la culture des vers soie, exprience qui choue. En 1842, le chteau revient au marquis de Bourdeille, lointain descendant de la famille origi-nelle. En 1919, il est class "monument historique". En 1947, le chteau quitte dfinitivement la famille Bourdeille, teinte. En 1962, il est donn au dpar-

    1. Ancien accs au chteau 2. Avant-cour3. Forteresse mdivale (XIII e sicle)4. Chteau Renaissance (XVI e - XVII e sicles)5. Jardin labyrinthe

    Plan des chteaux de BourdeillesDe

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    tement de la Dordogne qui y fait quelques travaux. En 1967, un couple de mcnes le meuble avec une trs belle collection de mobiliers anciens. Cinq ans plus tard, retour au dpartement avec la collection. C'est cet ensemble que nous nous prparons visi-ter en entrant dans "la demeure italienne".

    Le chteau Renaissance lve ses trois ni-veaux au-dessus de la terrasse qui domine la rivire. Ds l'origine, chaque niveau est divis par un large couloir ; ct sud, deux appartements symtriques comprenant une chambre claire par une croise et dote d'une chemine (chaque chambre communi-que avec un cabinet, une garde-robe et une latrine carre) ; ct nord, une vaste salle de rception qui sert de salle manger ou de salon. Des transforma-tions faites au cours des sicles ont divis certaines de ces pices dont l'usage tait choisi en fonction de leur orientation.

    La premire pice dans laquelle nous en-trons ne ressemble plus ce qu'elle tait son ori-gine. Ancienne chambre pour recevoir et rencontrer les invits, elle est devenue cuisine l'vier est en-core l, sous la fentre puis chapelle ; dans la che-

    mine a t place par le couple de mcnes des an-nes soixante une mise au tombeau en pierre cal-caire provenant du prieur de Montg, en Seine-et-Marne, dtruit la Rvolution. En ralit, le monu-ment funraire est compos de deux parties : le Tombeau de Jean de Chabannes et la mise au tom-beau du Christ. L'uvre date du deuxime quart du XVI e sicle : notre guide nous en fait une descrip-tion pointue que nous suivons avec attention, satis-faits de ne pas tre considrs comme des ignorants devant une uvre inconnue.

    Sur le tombeau, Jean de Chabannes, comte de Dammartin (1462 - 1503), chambellan du roi de France Charles VIII, est reprsent en gisant. Il prie, les mains jointes. Ses vtements sont ceux du com-battant : cotte de mailles, jambires, genouillres et cuissardes damasquines. Mais c'est la mise au tombeau qui retient notre attention : derrire le Christ mort, se trouvent Marie, l'aptre Jean et les saintes femmes qui inclinent la tte vers le dfunt. Aux deux extrmits, l'un la tte et l'autre aux pieds du Christ, Nicodme et Joseph d'Arimathie,

    disciples de Jsus, tiennent le suaire. Le guide nous dtaille la sculpture qui orne le flanc de cette uvre : un Christ y tient une balance mais le guide insiste sur un dtail, le bateau qui fait naufrage, sorte de caravelle au mt bris. Juste au devant de la proue du navire, la tour de Ninive, tel un minaret dans la fort. Au bord du tableau de pierre, une baleine re-jette Jonas en Syrie : elle a la tte d'un monstre et ressemble davantage un lion qu' une baleine ; dents pointues et longues oreilles. Il faut y lire une allgorie du Christ ressuscit trois jours aprs sa crucifixion

    De l'autre ct du grand couloir vot du rez-de-chausse dont on nous dit qu'il s'inspire de celui de Chenonceaux, nous dcouvrons la grande salle qui tait autrefois une salle de rception ou salle manger dcore au XVI e sicle. Elle a perdu

    Extrait d'un tmoignage de mai 1852:"On voit Bourdeille deux chteaux bien conservs; une forteresse du XIV e sicle et une villa italienne des derniers temps de la Renaissance. La forteresse, de forme trs origi-nale, se compose principalement d'un grand corps de logis long de 33 mtres et large de 9 mtres l'intrieur. Deux salles se partageaient chaque tage. Il n'y avait donc en tout que quatre pices, dont les quatre immenses chemines, les fen-tres et les bancs de pierre existent encore. Les murs de refend et les planchers ont disparu. Une toiture passablement entrete-nue protge l'difice contre les intempries, mais elle n'est pas d'origine. Au sud et l'ouest, du ct de la rivire et du bourg ce corps de logis affleure le bord d'un rocher qui se creuse sa base de la manire la plus pittoresque. l'ouest, seul point o il fut possible d'aborder de plain-pied l'emplacement du ch-teau, une grosse tour huit pans fortifiait l'angle le plus expo-s et protgeait la porte d'entre. C'est un vritable donjon bien conserv..."

    Chteau Renaissance de Bourdeilles Dcor du tombeau de Jean de Chabannes

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    2 Jean-Pierre Lazarus

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    sa taille originelle car elle fut partage en deux au XVII e sicle et habille de boiseries peintes dont il subsistent deux panneaux d'origine de chaque ct de la chemine. Son sol est encore en marbre color. L'vier que l'on aperoit dans l'embrasure d'une fe-ntre confirme que cette pice fut une salle man-ger : on y dressait la table. Aujourd'hui, elle est ap-pele salle d'armes car elle a t meuble avec quel-ques armes htroclites. On peut y admirer des jeux d'pes ainsi qu'une hallebarde, arme triple usage que notre guide nous explique : le crochet terminal servait dsaronner le cavalier, la hache permettait de couper les jarrets des chevaux et avec la pointe, on tuait le malheureux cavalier Autres armes ex-poses : un fusil arabe silex dat du XVIII e sicle, damasquin, et un casque perse du XVII e. Prs de la porte, un coffre gargousses du XVI e sicle, blind. Il permettait de ranger les sacs de poudre embar-qus sur les navires et destins aux canons des sa-bords : un clin d'il l'arsenal de Rochefort ? En tout cas, le premier que je voyais

    Un grand escalier droit avec palier dessert les trois niveaux du chteau. Il loge dans une ex-croissance du btiment accole sur sa faade orien-tale. La salle dore occupe le ct nord ; c'est une autre salle de rception couverte d'un plafond la franaise : les poutres et solives sont entirement peintes et ornes de capuchons dors. Ces peintures ont t ralises entre 1641 et 1644. Soixante-six pe-tits tableaux ornent le bas des boiseries et illustrent quelques paysages apprcis des propritaires de l'poque, quelques chteaux des environs ainsi que quelques vues de leurs domaines. Deux chemines dores sont dcores de tableaux.

    Malgr la beaut de cette vaste pice et de son ameublement, l'uvre principale est une tapis-serie date de 1600 - 1620 reprsentant le roi Fran-ois I er chassant. Le roi sur son cheval blanc et le fauconnier qui l'accompagnent sont reprsents si grands que leurs ttes sortent du cadre ; ils occupent le tiers droit de la tapisserie. Au centre, un valet

    matrisant les chiens les regarde alors que sur la gauche, les deux gentilshommes tournent le dos aux spectateurs. La bordure de la tapisserie est orne de figures moresques, de cartouches paysages et de symboles des quatre lments. Cette tenture com-mence sous la rgence de Marie de Mdicis a sans doute t commande dans un but politique par la reine elle-mme afin de montrer la continuit du pouvoir royal qui est pass des Valois aux Bourbons aprs l'avnement difficile d'Henri IV.

    Cette pice magnifique est donc l'une des trois salles de rception du chteau. C'est ici qu'taient reues les ambassades ou qu'taient don-ns bals et banquets. Ces espaces d'apparat taient l'occasion de dployer de grandes compositions d-coratives. Les murs taient recouverts de boiseries car elles avaient la capacit de mieux conserver la chaleur dans les pices ; elles offraient galement de vastes surfaces qui pouvaient tre peintes ou recou-vertes par des tentures. Sur le manteau de l'une des chemines de cette trs belle salle est encore accro-ch un grand tableau huile sur toile reprsentant Flore comme une allgorie du printemps alors que sur l'autre chemine, Pomone ou l'Abondance, en-toure de fruits, reprsente l'automne. Impossible de tout regarder tant, du plancher au plafond, cet ensemble contient de jolis meubles et de fort belles peintures ralises au milieu du XVII e sicle.

    Avant de quitter cet tage, incursion rapide dans l'une des deux chambres qui se partagent le ct sud. La chambre, pice polyvalente o l'on re-oit, o l'on prend les repas et o l'on dort dans une proximit partage avec les domestiques, se diver-sifie au milieu du XVI e sicle par l'adjonction de pices annexes. La garde-robe et le cabinet servent

    Dtail des peintures sur l'une des poutres

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    Tapisserie "Arrive en fort". 1620.

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    de lieux de rangement et de chambre pour la do-mesticit et les enfants. Ces espaces qui communi-quent entre eux forment, au XVII e sicle, un appar-tement. La chemine assurait un chauffage mini-mum et la seule fentre, un peu de lumire. Cette spcialisation progressive des espaces caractrise l'art de se loger la franaise. La monte au deuxime tage rvle l'uniformit du plan de ce chteau Renaissance d...