Rif et Jbala

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Bulletin de l'Enseignement Public du Maroc, n° 71 Janvier 1926. Paris : Emile Larose.

Text of Rif et Jbala

Bulletin de l'enseignement public ["puis" de l'enseignement public au Maroc]. 1926/01.

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EDITIONS DU Bulletin de l'Enseignement Public du Maroc

Janvier 1926, N 71

PARIS

Ve

EMILE LAROSE LIBRAIRIE 11 11, RUEVICTOR-COUSIN, 1926

AVANT-PROPOS

L'Institut des Hautes Etudes Marocaines, soucieux de ne se point perdre dans les nues et de maintenir le contact entre la Science et la Vie, a choisi comme centre d'intrt le Rif et les Jbla, c'est-dire une des questions qui, depuis plusieurs mois, accaparent l'attention gnrale et qui retentissent le plus fortement sur la vie de notre nation. Il va sans dire qu'en l'occurrence l'Institut des Hautes Etudes Marocaines est sorti rsolument du champ scientifique et qu'on ne doit pas s'attendre de sensationnelles rvlations. Les pays dont il a entrepris l'examen sont des pays depuis longtemps ferms, et nous ne possdons sur leur compte que des renseignements sporadiques, approximatifs et pour la plupart indirects. C'est, tous gards, le type mme de la question difficile. Mais, pour cette raison-l, c'est aussi le type de la question mal traite, et l'on composerait un fort joli sottisier de tout ce que le Rif a pu inspirer, depuis quelques mois, des crivains ou des orateurs presss. C'est donc simplement une mise au point que nous allons tenter, un rcolement des faits connus et dment tablis, un bilan sincre de nos connaissances et de nos ignorances relatives au Rif. Nul doute que bientt, la faveur d'une avance des troupes, d'un raid d'avions, d'une prise d'informateurs, ce bilan n'apparaisse tout fait caduc. Mais le peu que nous dirons ne laissera pas de jeter quelques lueurs sur ces rudes rgions, et nous n'avons, pour le moment, d'autre ambition que d'clairer le grand public. G. HARDY.

INTRODUCTION

Notre programme, du simple point de vue scientifique, peut paratre ambitieux. Consacrer les travaux du Congrs tout entier l'tude du Rif et des Jbla (1), alors qu'il est entendu que ce sont des rgions sur lesquelles on ne peut rien savoir parce qu'elles ont toujours, pense-t-on, t impntrables, cela peut sembler une gageure. Mais nos connaissances, si elles sont faibles, ne sont pas cependant nulles. Et pour expliquer leur indigence, cette fameuse impntrabilit actuelle est-elle une excuse suffisante? En matire de gographie pure, je le concde volontiers. Mais ailleurs? Assurment le Rif et le Jbel n'taient pas, aux premires annes du xxe sicle, des pays aisment accessibles ; pourtant ils ne l'taient pas moins que les autres rgions montagneuses du Maroc. Mme, le Moyen-Atlas et l'Anti-Atlas apparaissaient juste titre comme beaucoup plus ferms encore. Et, faute d'y pouvoir aller, on avait du moins d'excellents moyens d'investigation plus qu'ailleurs pour savoir ce qui se passait l'intrieur. Depuis bien des annes, c'est par centaines que les Rifains, tous les ans, passaient en Oranie pour y louer leurs bras au moment de la moisson. D'aucuns mme qui la vie, par suite de quelque aventure, tait devenue impossible chez eux, s'y fixaient pour un temps plus ou moins long. Que d'informateurs possibles ! Et de fait on en profitait. Les tudes linguistiques avaient t pousses assez loin. Les tudes d'ethnographie commenaient. Grce ces travaux, on peut dire qu' la veille de notre entre au Maroc, le Rif tait certainement, avec le.Sous et pour les mmes causes, la rgion berbre de ce pays sur laquelle nous avions le plus de renseignements. Seulement, nous en sommes rests l. Pourquoi cet arrt? Le Rif s'est-il depuis lors ferm davantage? Pas dans les premires annes, et les moissonneurs, jusqu'au printemps dernier, ont continu Sur la dlimitationentre le Rif qui, dans notre ide, reprsenteau (1) sens striet leversantmditerranen la chane,dans sa partie centrale et de le Jbel, voir ci-dessousa communication M.MICHAUX-BELLAIRE l de et la carte donnepar M. MONTAGNE,

venir comme autrefois. Que s'tait-il donc pass? La conclusion dfinitive de nos accords avec l'Angleterre et avec l'Espagne, et la pacification progressive du reste du Maroc. Ces accords nous cartaient dsormais du Rif: de ce jour c'tait naturel il nous-intressa moins. Sans mme qu'on et besoin de l'exprimer, il nous sembla normal de laisser aux savants et aux administrateurs espagnols le soin de continuer, dans une zone qui devenait la leur, le travail que nous avions brillamment commenc. D'autant plus que chaque jour, mesure que nos postes s'avanaient plus loin, de nouveaux champs d'action s'ouvraient devant nous. C'tait dans une zone dont, par force, nous devions nous occuper davantage de nouvelles populations tudier, parfois moins connues encore que celles du Rif, et souvent, il faut bien le reconnatre, dans le Sud surtout, plus intressantes.

Paralllement l'effort militaire et politique, un grand effort scientifique s'accomplit en ce moment : sur sa ncessit pratique, je n'ai pas besoin d'insister. Il nous en faut attendre encore quelques mois les rsultats ; alors nous connatrons clairement ces rgions qui passaient pour mystrieuses et n'taient qu'intudies. On trouvera donc dans les pages qui suivent un tableau d'ensemble de nos connaissances lacunaires sur le Nord Marocain au moment de l'agression rifaine. Seulement voil que se posent quelques petites questions d'ordre matriel, qu'il nous faut bien aborder. Nous rencontrons, comme toujours lorsqu'il s'agit de. choses nord-africaines, l'irritante question de l'orthographe des noms propres. Comme elle serait simple, cette question, si le public consentait se discipliner un peu, et, de temps en temps, prendre l'avis des spcialistes, qui ne sont pas si rbarbatifs qu'ils peuvent en avoir l'air! L'on demeure en pleine incohrence, et l'orthographe admise, voire officielle, est en gnral non seulement inexacte, mais beaucoup plus complique que l'orthographe des spcialistes. Mais ici, puisque nous travaillons en commun, il nous faut prcher d'exemple et adopter, pour les quelques noms propres que nous aurons crire, une orthographe la fois simple et correcte. Nous crirons Rif et non Riff. Que nous allons choquer de personnes ! On est tellement habitu ce double f final, parfaitement injustifi, mais qui donne au mot un petit air plaisant d'exotisme ! Assurment nous ne prtendrons pas avoir rgl le problme rifain quand nous aurons, crit Rif avec un seul f. Mais

puisque cela n'empire pas notre situation, il n'est pas mauvais, lorsque l'on, parle ou qu'on crit, de se donner l'lgance d'tre prcis. Nous crirons Fs. Fez est une orthographe espagnole, le z -espagnol reprsente justement notre s. En adoptant cet s, nous nous conformons la fois l'orthographe indigne et la prononciation. Et, d'ailleurs, bien des administrations officielles l'ont dj compris. De mme, pour dsigner les allis des Rifains, je vous propose d'crire non Djcbala, mais Jbla, car c'est la fois"plus simple, plus correct et plus conforme la prononciation. Il n'y a aucune raison, au Maroc, de transcrire par dj une lettre arabe qui se prononce soit /, soit (/, trs rarement dj, comme en arabe classique. C'est par un faux souci d'exactitude que nous nous sommes vertus rendre imprononable le nom de la ville d'Oujda en l'crivant Oudjda. Pourquoi ne pas affubler notre Bou-Regreg du nom de BouRedjredj? C'est la mme lettre. Et puis, nous proscrirons les apostrophes inutiles l'intrieur des mots. Depuis qu'un esthte, voil bien longtemps, s'est avis qu'un nom arabe commenant par deux consonnes serait bien plus joli si l'on glissait une apostrophe entre elles deux, cette mode a fait fureur. On a plaisir crire T'Soul, M'oun : cela vous a un petit air exotique et flatteur. Et je connais un cantonnier, sur la route de Fs, dont la maison porte El-K'hrmis ! ! Le malheureux ne se cloute