Saint Augustin - La Cit© de Dieu - Livre Sixieme

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La Cité de Dieu (en latin De Civitate Dei contra paganos : La Cité de Dieu contre les païens) est une œuvre en vingt-deux livres d'Augustin d'Hippone (saint Augustin). Celui-ci rédigea le premier livre en 413 et termina le vingt-deuxième treize ans plus tard.

Text of Saint Augustin - La Cit© de Dieu - Livre Sixieme

LIVRE SIXIME

LIVRE SIXIME. : LES DIEUX PAENS.Aprs avoir rfut, dans les cinq livres qui prcdent, ceux qui veulent quon adore les dieux en vue des intrts de la vie temporelle, saint Augustin discute contre ceux qui les adorent pour les avantages de la vie ternelle. Cest quoi sont consacrs les cinq livres qui suivent. Lobjet particulier de celui-ci est de faire voir quelle basse ide se faisait des dieux Varron lui-mme, le plus autoris entre les thologiens du paganisme. Saint Augustin, sappuyant sur la division que fait cet crivain de la thologie en trois espces la thologie mythique, la thologie naturelle et la thologie civile, dmontre que la thologie mythique et la thologie civile ne servent de rien pour la flicit de la vie future.

LIVRE SIXIME. 1PRFACE. CHAPITRE PREMIER. DE CEUX QUI PRTENDENT ADORER LES DIEUX, NON EN VUE DE LA VIE PRSENTE, MAIS EN VUE DE LA VIE TERNELLE. CHAPITRE II. SENTIMENT DE VARRON TOUCHANT LES DIEUX DU PAGANISME, QUIL NOUS APPREND A SI BIEN CONNATRE, QUIL LEUR EUT MIEUX MARQU SON RESPECT EN NEN DISANT ABSOLUMENT RIEN. CHAPITRE III. PLAN DES ANTIQUITS DE VARRON. CHAPITRE IV. IL RSULTE DES DISSERTATIONS DE VARRON QUE LES ADORATEURS DES FAUX DIEUX REGARDAIENT LES CHOSES HUMAINES COMME PLUS ANCIENNES QUE LES CHOSES DIVINES. CHAPITRE V. DES TROIS ESPECES DE THEOLOGIES DISTLNGUEES PAR VARRON, LUNE MYTHIQUE LAUTRE NATURELLE, ET LAUTRE CIVILE.CHAPITRE VI.DE LA THEOLOGIE MYTHIQUE OU FABULEUSE ET DE LA THEOLOGIE CIVILE, CONTRE VARRON_ CHAPITRE VII. IL Y A RESSEMBLANCE ET ACCORD ENTRE LA THOLOGIE MYTHIQUE ET LA THOLOGIE CIVILE. CHAPITRE VIII. DES INTERPRTATIONS EMPRUNTES A LA SCIENCE DE LA NATURE PAR LES DOCTEURS DU PAGANISME, POUR JUSTIFIER LA CROYANCE AUX FAUX DIEUX. CHAPITRE IX. DES ATTRIBUTIONS PARTICULIRES DE CHAQUE DIEU. CHAPITRE X. DE LA LIBERT DESPRIT DE SNQUE, QUI SEST LEV AVEC PLUS DE FORCE CONTRE LA THOLOGIE CIVILE QUE VARRON CONTRE LA THOLOGIE FABULEUSE. CHAPITRE XII. IL RSULTE VIDEMIRENT DE LIMPUISSANCE DES DIEUX DES GENTILS EN CE QUI TOUCHE LA VIE TEMPORELLE, QUILS SONT INCAPABLES DE DONNER LA VIE TERNELLE. PRFACE.Je crois avoir assez rfut, dans les cinq livres prcdents, ceux qui pensent quon doit honorer dun culte de latrie 1, lequel nest d quau seul vrai Dieu, toutes ces fausses divinits, convaincues par la religion chrtienne dtre de vains simulacres, des esprits immondes ou des dmons, en un mot, des cratures et non le Crateur. Je nignore pas toutefois que ces cinq livres et mille autres ne puissent suffire satisfaire les esprits opinitres. La vanit ne se fait-elle pas un point dhonneur de rsister toutes les forces de la vrit? et cependant le vice hideux de lobstination tourne contre les malheureux mmes qui en sont subjugus. Cest une maladie incurable, non par la faute du mdecin, mais par celle du malade. Quant ceux qui psent ce quils ont lu et le mditent sans opinitret, ou du moins sans trop dattachement leurs vieilles erreurs, ils jugeront, jespre, que nous avons plus que suffisamment rsolu la question pro. pose, et que le seul reproche quon nous puisse adresser est celui dune surabondance excessive. Je crois aussi quils se convaincront aisment que cette haine, quon excite contre la religion chrtienne loccasion des calamits et des bouleversements du monde, passion aveugle ressentie par des ignorants, mais que des hommes trs-savants, possds par une rage impie, ont soin de fomenter contre le tmoignage de leur conscience, toute cette haine est louvrage de la lgret et du dpit, et na aucun motif raisonnable.

1. Nous avons dit plus haut (livre V, ch. 15) que la thologie chrtienne distingue deux sortes de cultes : le culte de dulie (du grec douleia), et le culte de latrie (du grec latreia). Sans insister sur les diffrences dtymologie, nous emprunterons saint Augustin lui-mme (Qust. in Exod., qu. 94) la dfinition prcise de ces deux cultes On doit Dieu, dit-il, le culte de doue titre de Seigneur; on lui doit celui de latrie titre de Dieu et ce titre seul . Voyez plus loin le livre X, chap. 1.

CHAPITRE PREMIER.DE CEUX QUI PRTENDENT ADORER LES DIEUX, NON EN VUE DE LA VIE PRSENTE, MAIS EN VUE DE LA VIE TERNELLE.Ayant donc rpondre maintenant, selon lordre que je me suis prescrit, ceux qui soutiennent quil faut servir les dieux dans lintrt de la vie venir et non pour les biens dici-bas, je veux entrer en matire par cet oracle vridique du saint psalmiste: Heureux celui qui a mis son esprance dans le Seigneur et na point arrt ses regards aux choses vaines et aux trompeuses folies 1 . Toutefois, au milieu des vanits et des folies du paganisme, ce quil y a de plus supportable, cest la doctrine des philosophes qui ont mpris les superstitions vulgaires, tandis que la foule se prosternait aux pieds des idoles et,

tout en leur attribuant mille indignits, les appelait dieux immortels et leur offrait un culte et des sacrifices. Cest avec ces esprits dlite qui, sans proclamer hautement leur pense, lont au moins murmure demi-voix dans leurs coles, cest avec de tels hommes quil peut convenir de discuter cette question: faut-il adorer, en vue de la vie future, un seul Dieu , auteur de toutes les cratures spirituelles et corporelles, ou bien cette multitude de dieux qui nont t reconnus par les plus excellents et les plus illustres de ces philosophes qu titre de divinits secondaires cres par le Dieu suprme et places de sa propre main dans les rgions suprieures de lunivers 2?

Quant ces dieux bien diffrents sur lesquels je me suis expliqu au quatrime livre 3, et dont lemploi est restreint aux plus minces

1. Ps. XXXIX, 5.

2. Allusion Platon. Voyez le Tirade, traduction franaise, pages 131 et suiv.

3. Chap. 11 e 21.

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objets, qui pourrait tre reu soutenir quils soient capables de donner la vie ternelle? En effet, ces hommes si habiles et si ingnieux, qui croient que le monde leur est fort oblig de lui avoir appris ce quil faut demander chaque dieu, de peur que, par une de ces mprises ridicules dont on se divertit la comdie, on ne soit expos demander de leau Bacchus ou du vin aux nymphes 1, voudraient-ils que celui qui sadresse aux nymphes pour avoir du vin, sur cette rponse: Nous navons que de leau donner, adressez-vous Bacchus, savist de rpliquer: Si vous navez pas de vin, donnez-moi la vie ternelle ? Se peut-il concevoir rien de plus absurde? et en supposant que les nymphes, au lieu de chercher, en leur qualit de dmons, tromper le malheureux suppliant, eussent envie de rire (car ce sont de grandes rieuses 2), ne pourraient-elles pas lui rpondre: Tu crois, pauvre homme, que nous disposons de la vie, nous qui ne disposons mme pas de la vigne! Cest donc le comble de la folie dattendre la vie ternelle de ces dieux, dont les fonctions sont tellement partages, pour les objets mmes de cette vie misrable, et dont la puissance est si restreinte et si limite quon ne saurait demander lun ce qui dpend de la fonction de lautre, sans se charger dun ridicule digne de la comdie. On rit quand des auteurs donnent sciemment dans ces mprises , mais il y a bien plus sujet de rire, quand des superstitieux y tombent par ignorance. Voil pourquoi de savants hommes ont crit des traits o ils dterminent pertinemment quel dieu ou quelle desse il convient de sadresser pour chaque objet quon peut avoir solliciter: dans quel cas, par exemple, il faut avoir recours Bac-chus, dans quel autre cas aux nymphes ou Vulcain, et ainsi de tous les autres dont jai fait mention au quatrime livre, ou que jai cru devoir passer sous silence. Or, si cest une erreur de demander du vin Crs, du pain Bacchus, de leau Vulcain et du feu aux nymphes, nest-ce pas une extravagance de demander aucun de ces dieux la vie ternelle?

Et en effet, si nous avons tabli, en traitant aux livres prcdents des royaumes de la

1. Voyez plus haut, livre IV, chap. 22.

2. Allusion ce ver, de Virgile (Egl., III, V. 9): Et faciles nymph risere... Il est douteux que faciles ait ici le sens que lui donne saint Augustin. Voyez Servius ad . Aeneid., I, 1.

terrre, que les plus grandes divinits du paganisme ne peuvent pas mme disposer des grandeurs dici-bas, je demande sil ne faut pas pousser limpit jusqu la folie pour croire que cette foule de petits dieux seront capables de disposer leur gr de la vie ternelle, suprieure, sans aucun doute et sans aucune comparaison, toutes les grandeurs prissables? Car, quon ne simagine pas que leur impuissance disposer des prosprits de la terre tient ce que de tels objets sont au-dessous de leur majest et indignes de leurs soins, non; si peu de prix quon doive attacher aux choses de ce monde, cest lindignit de ces dieux qui les a fait paratre incapables den tre les dispensateurs. Or, si aucun deux, comme je lai prouv, ne peut, petit ou grand, donner un mortel des royaumes mortels comme lui, combien plus forte raison ne saurait-il donner ce mortel limmortalit?

Il y a plus, et puisque nous avons maintenant affaire ceux qui adorent les dieux, non pour la vie prsente, mais pour la vie future, ils doivent tomber daccord quil ne faut pas du moins les adorer en vue de ces objets particuliers quune vaine superstition assigne chacun deux comme son domaine propre; car ce systme dattributions particulires na aucun fondement raisonnable, et je crois lavoir assez rfut. Ainsi, alors mme que les adorateurs de Juventas jouiraient dune jeunesse plus florissante, et que les contempteurs de cette desse mourraient ou se fltriraient avant le temps; alors mme que la Fortune barbue couvrirait dun duvet agrable les joues de ses pieux serviteurs et refuserait cet ornement tout autre ou ne lui donnerait quune barbe sans agrment, nous aurions toujours raison de dire que le pouvoir de ces divinits est enferm dans les limites de leurs attributions, et par consquent quon ne doit demander la vie ternelle ni Juventas, qui ne peut mme pas donner de la barbe, ni la Fortune barbue, incapable aussi de donner