Saint Augustin - La Cité de Dieu - Livre Treizieme

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La Cité de Dieu (en latin De Civitate Dei contra paganos : La Cité de Dieu contre les païens) est une œuvre en vingt-deux livres d'Augustin d'Hippone (saint Augustin). Celui-ci rédigea le premier livre en 413 et termina le vingt-deuxième treize ans plus tard.

Text of Saint Augustin - La Cité de Dieu - Livre Treizieme

LIVRE TREIZIME : DE LA MORT

LIVRE TREIZIME : DE LA MORT.Saint Augustin sattache tablir dans ce livre que la mort est pour les hommes une punition et une suite du pch dAdam.

LIVRE TREIZIME : DE LA MORT.CHAPITRE PREMIER.DE LA CHUTE DU PREMIER HOMME ET DE LA MORT QUI EN A T LA SUITE.CHAPITRE II.DE LA MORT DE LME ET DE CELLE DU CORPS.CHAPITRE III.SI LA MORT QUI A SUIVI LE PCH DES PREMIERS HOMMES ET SEST TENDUE A TOUTE LEUR RACE EST POUR LES JUSTES EUX-MMES UNE PEINE DU PCH.CHAPITRE IV.POURQUOI CEUX QUI SONT ABSOUS DU PCH PAR LE BAPTME SONT ENCORE SUJETS A LA MORT, QUI EST LA PEINE DU PCH.CHAPITRE V.COMME LES MCHANTS USENT MAL DE LA LOI QUI EST BONNE, AINSI LES BONS USENT BIEN DE LA MORT QUI EST MAUVAISE.CHAPITRE VI.DU MAL DE LA MORT QUI ROMPT LA SOCIT DE LAME ET DU CORPS.CHAPITRE VII.DE LA MORT QUE SOUFFRENT POUR JSUS-CHRIST CEUX QUI NONT POINT REU LE BAPTME.CHAPITRE VIII.LES SAINTS, EN SUBISSANT LA PREMIRE MORT POUR LA VRIT, SE SONT AFFRANCHIS DE LA SECONDE.CHAPITRE IX.QUEL EST LINSTANT PRCIS DE LA MORT OU DE LEXTINCTION DU SENTIMENT DE LA VIE, ET SIL LE FAUT FIXER AU MOMENT OU LON MEURT, OU A CELUI OU ON EST MORT.CHAPITRE X.LA VIE DES MORTELS EST PLUTT UNE MORT QUUNE VIE.CHAPITRE XI.SI LON PEUT DIRE QUUN HOMME EST EN MME TEMPS MORT ET VIVANT.CHAPITRE XII.DE QUELLE MORT DIEU ENTENDAIT PARLER, QUAND IL MENAA DE LA MORT LES PREMIERS HOMMES, SILS CONTREVENAIENT A SON COMMANDEMENT.CHAPITRE XIII.QUEL FUT LE PREMIER CHATIMENT DE LA DSOBISSANCE DE NOS PREMIERS PARENTS.CHAPITRE XIV.LHOMME CR INNOCENT NE SEST PERDU QUE PAR LE MAUVAIS USAGE DE SON LIBRE ARBITRE.CHAPITRE XV.EN DEVENANT PCHEUR, ADAM A PLUTT ABANDONN DIEU QUE DIEU NE LA ABANDONN, ET CET ABANDON DE DIEU A T LA PREMIRE MORT DE LME.CHAPITRE XVIICONTRE LES PLATONICIENS, QUI NE VEULENT PAS QUE LA SPARATION DU CORPS ET DE LAIME SOIT UNE PEINE DU PCH.CHAPITRE XVII.CONTRE CEUX QUI NE VEIlLENT PAS QUE DES CORPS TERRESTRES PUISSENT DEVENIR INCORRUPTIBLES ET TERNELS.CHAPITRE XVIII.DES CORPS TERRESTRES QUE LES PRILOSOPHES PRTENDENT NE POUVOIR CONVENIR AUX TRES CLESTES PAR CETTE RAISON QUE TOUT CE QUI EST TERRESTRE EST APPEL VERS LA TERRE PAR LA FORCE NATURELLE DE LA PESANTEUR.CHAPITRE XIX.CONTRE LE SYSTME DE CEUX QUI PRTENDENT QUE LES PREMIERS HOMMES SERAIENT MORTS, QUAND MME ILS NAURAIENT POINT PCH.CHAPITRE XX.LES CORPS DES BIENHEUREUX RESSUSCITS SERONT PLUS PARFAITS QUE NTAIENT CEUX DES PREMIERS HOMMES DANS LE PARADIS TERRESTRE,CHAPITRE XXION PEUT DONNER UN SENS SPIRITUEL A CE QUE LCRITURE DIT DU PARADIS, POURVU QUE LON CONSERVE LA VRIT DE RCIT HISTORIQUE.CHAPITRE XXII.LES CORPS DES SAINTS SERONT SPIRITUELS APRS LA RSURRECTION, MAIS DUNE TELLE FAON POURTANT QUE LA CHAIR NE SERA PAS CONVERTIR EN ESPRIT.CHAPITRE XXIII.CE QUIL FAUT ENTENDRE PAR LE CORPS ANIMAL ET PAR LE CORPS SPIRITUEL, ET CE QUE CEST QUE MOURIR EN ADAM ET TRE VIVIFI EN JSUS-CHRIST.CHAPITRE XXIV.COMMENT IL FAUT ENTENDRE CE SOUFFLE DE DIEU DONT PARLE LCRITURE ET QUI DONNE A LHOMME UNE AME VIVANTE, ET CET AUTRE SOUFFLE QUE JSUS-CHRIST EXHALE EN DISANT: RECEVEZ LESPRIT-SAINT.CHAPITRE PREMIER. DE LA CHUTE DU PREMIER HOMME ET DE LA MORT QUI EN A T LA SUITE.Sorti de ces pineuses questions de lorigine des choses temporelles et de la naissance du genre humain, lordre que nous nous sommes prescrit demande que nous parlions maintenant de la chute du premier homme, ou plutt des premiers hommes, et de la mort qui la suivie. Dieu, en effet, navait pas plac les hommes dans la mme condition que les anges, cest--dire de telle sorte quils aie pussent pas mourir , mme en devenant pcheurs ; il les avait crs pour passer sans mourir la flicit ternelle des anges, sils fussent demeurs dans lobissance, ou pour tomber dans la peine trs-juste de la mort, sils venaient dsobir.

CHAPITRE II.DE LA MORT DE LME ET DE CELLE DU CORPS.Mais il me semble quil est propos dapprofondir un peu davantage la nature de la mort. Lme humaine, quoique immortelle, a nanmoins en quelque faon une mort qui lui est propre. En effet, on ne lappelle immortelle que parce quelle ne cesse jamais de vivre et de sentir, au lieu que le corps est mortel, parce quil peut tre entirement priv de vie et quil ne vit point par lui-mme. La mort de lme arrive donc quand Dieu labandonne, comme celle du corps quand lme le quitte. Et quand lme abandonne de Dieu abandonne le corps, cest alors la mort de lhomme tout entier, Dieu ntant plus la vie de lme, ni lme la vie du corps. Or, cette mort de lhomme tout entier est suivie dune autre que la sainte Ecriture nomme la seconde mort, et cest celle dont veut parler le Sauveur lorsquil dit : Craignez celui qui peut faire prir et le corps et lme dans la ghenne de feu 1 . Comme cette menace ne peut avoir son effet quau temps o lme sera tellement unie au corps quils feront un tout indissoluble, on peut trouver trange que lEcriture dise que le corps prit, puisque lme ne le quitte point et quil reste sensible pour tre ternellement tourment. Quon dise que lme meurt dans ce dernier et ternel supplice dont nous parlerons plus amplement ailleurs 2, cela sentend fort bien, puisquelle ne vit plus de Dieu; mais comment le dire du corps, lorsquil est vivant ? Et il faut bien quil le soit pour sentir les tourments quil souffrira aprs la rsurrection. Serait-ce que la vie, quelle quelle soit, tant un bien, et la douleur un mal, on peut dire quun corps ne vit plus, lorsque lme ne lanime que pour le faire souffrir ?.Lme vit donc de Dieu, quand elle vit bien; car elle ne peut bien vivre quen tant que Dieu opre en elle ce qui est bien; et quant au corps, il est vivant, lorsque lme lanime, quelle vive de Dieu ou non. Car les mchants ne vivent pas de la vie de lme, mais de celle du corps, que lme lui communique; et encore que celle-ci soit morte, cest--dire abandonne de Dieu, elle conserve une espce de vie qui lui est propre et quelle ne perd jamais, do vient quon la nomme immortelle. Mais en la dernire condamnation, bien que lhomme ne laisse pas de sentir, toutefois, comme ce sentiment ne sera pas agrable, mais douloureux, ce nest pas sans raison que lEcriture lappelle plutt une mort quune vie. Elle lappelle la seconde mort, parce quelle arrivera aprs cette premire mort qui spare lme, soit de Dieu, soit du corps. On peut donc dire de la premire mort du corps, quelle est bonne pour les bons et mauvaise pour les mchants, et de la seconde, que, comme elle nest pas pour les bons, elle ne peut tre bonne pour personne.

1. Matth. X, 28

2. Voyez plus bas, les livres XX, XXI et XXII.

(267)

CHAPITRE III.SI LA MORT QUI A SUIVI LE PCH DES PREMIERS HOMMES ET SEST TENDUE A TOUTE LEUR RACE EST POUR LES JUSTES EUX-MMES UNE PEINE DU PCH.Ici se prsente une question quil ne faut pas luder : cette mort, qui consiste dans la sparation du corps et de lme, est-elle un bien pour les bons ? et, sil en est ainsi, comment y voir une peine du pch? car enfin, sans le pch, les hommes ne lauraient point subie. Comment donc serait-elle bonne pour les bons, nayant pu arriver qu des mchants? Et dun autre ct, si elle ne pouvait arriver qu des mchants, les bons ny devraient point tre sujets. Pourquoi une peine o il ny a rien punir 1? Si lon veut sortir de cette difficult, il faut avouer que les premiers hommes avaient t crs pour ne subir aucun genre de mort, sils ne pchaient point, mais quayant pch, ils ont t condamns une mort qui sest tendue toute leur race. Mortels, ils ne pouvaient engendrer que des mortels, et leur crime a tellement corrompu la nature que la mort, qui ntait pour eux quune punition, est devenue une condition naturelle pour leurs enfants. En effet, un homme ne nat pas dun autre homme de la mme manire que le premier homme est n de la poussire. La poussire na t pour former lhomme primitif que le principe matriel, au lieu que le pre est pour le fils le principe gnrateur. Aussi bien, la chair est dune autre nature que la terre, quoiquelle en ait t tire; mais un fils nest point dune autre nature que son pre. Tout le genre humain tait donc renferm par la femme dans le couple primitif au moment o il reut de Dieu larrt de sa condamnation. Devenu pcheur et mortel, lhomme a engendr un homme mortel et pcheur comme lui avec cette diffrence que le premier homme ne fut pas rduit cette stupidit ni cette faiblesse de corps et desprit que nous voyons dans les enfants; car Dieu a voulu que leur entre dans la vie ft semblable celle des btes Lhomme, dit le Prophte, quand il tait en honneur, na pas su comprendre; il est tomb dans la condition des btes brutes et

1. Ces questions ont t aussi traites par saint Jrme. Voyez sa lettre XXIV, sur la mort de La, et sa lettre XXV Paula sur la mort de Biesilla, sa fille.

leur est devenu semblable 1 . Il y a plus: les hommes, en venant au monde, ont encore moins dusage de leurs membres et moins de sentiment que les btes; comme si lnergie humaine, pareille la flche qui sort de larc tendu, slanait au-dessus du reste des animaux avec dautant plus de force que, plus longtemps ramene sur soi, elle a plus contenu son essor. Le premier homme nest donc pas tomb par leffet de son crime dans cet tat de faiblesse o naissent les enfants 2; mais la nature humaine a t tellement vicie et change en lui quil a senti dans ses membres ,la rvolte de la concupiscence, et qutant devenu sujet la mort, il a engendr des hommes semblables lui, cest--dire sujets la mort et au pch. Quand les enfants sont dlivrs de ces liens du pch par la grce du Mdiateur, ils souffrent seulement cette mort qui spare lme du corps, et ils sont affranchis de cette seconde mort o lme doit endurer des supplices ternels.

CHAPITRE IV.POURQUOI CEUX QUI SONT ABSOUS DU PCH PAR LE BAPTME SONT ENCORE SUJETS A LA MORT, QUI EST LA PEINE DU PCH.On dira: si la mort est la peine du pch, pourquoi ceux dont le pch est effac par le baptme sont-ils galement sujets la mort? cest une question que nous avons dj discute et rsolue dans notre ouvrage Du baptme des enfants 3, o nous avons dit que la sparation de lme et du c