Serge Coet - Lacan Quotidien .m©lodie de timbre), ouvrant la voie   la domination du timbre ouvrant

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  • Serge Co5et

    Musique contemporaine : la fuite du son, par Serge Co5et

    En hommage Serge Co;et, dcd le 30 novembre 2017, Lacan Quo7dien vouspropose de lire ou relire l'un de ses textes, rcemment paru dans le numero hors-sriede La Cause du dsir Ou ! En avant derrire la musique consacr Psychanalyseet musique - auquel il a contribu plus d'un :tre. Musicien et psychanalyste, il nousclaire de sa lecture et nous interroge.

    Le matre de demain, cest ds aujourdhui quil commande Jacques Lacan

    n 752 Jeudi 7 dcembre 2017 05 h 30 [GMT + 1] lacanquotidien.fr

    Serge Co5et

    Musique contemporaine : la fuite du son, par Serge Co5et

    En hommage Serge Co;et, dcd le 30 novembre 2017, Lacan Quo7dien vouspropose de lire ou relire l'un de ses textes, rcemment paru dans le numero hors-sriede La Cause du dsir Ou ! En avant derrire la musique consacr Psychanalyseet musique - auquel il a contribu plus d'un :tre. Musicien et psychanalyste, il nousclaire de sa lecture et nous interroge.

    Le matre de demain, cest ds aujourdhui quil commande Jacques Lacan

    n 752 Jeudi 7 dcembre 2017 05 h 30 [GMT + 1] lacanquotidien.fr

    http://lacanquotidien.fr/
  • Un dcrochement qui fait symptme : leffet Joyce

    Quest-ce qui, dans la musique contemporaine, mrite loreille du psychanalyste ? On dira : rien de ce qui est moderne ne saurait lui tre tranger . On rpte que l' artiste prcde la psychanalyse ; celle-ci laurait-elle enfin rattrap ? Le temps quelle comprenne est-il advenu ?

    Varse pensait, dans les annes 1930, que la musique tait en retard sur son temps : Denos jours, la musique en est au point mort parce quelle nest pas en contact avec le mondeactuel

    1. Aujourdhui, cest linverse ; on dirait quil y a un retard du got sur la cration ;lavant-garde musicale des annes 1950-1960 ne sest gure impose jusqu aujourdhui etna touch quun public limit. Ce dcrochement fait symptme et doit tre interrog dupoint de vue de la psychanalyse, qui ne manque pas doutils pour apprcier le messagecontemporain. Pour Varse, lun des plus novateurs de la musique du XXe sicle, la musiquena pas su profiter de la technologie scientifique ; elle na utilis que trs tardivement lespossibilits que la science permettait pour un renouvellement de la cration comme de ladiffusion musicale. Ds les annes 1930, il appelait lavnement dune technologie du soncomme de nouveaux instruments qui devaient bouleverser lcriture musicale. Linventionde la bande magntique, de llectroacoustique, de la diffusion de masse dans les annes1960 a, en partie, satisfait la prdiction de Varse. Rappelons que lorchestre symphonique

    1. Varse E., crits, Paris, Christian Bourgois, p. 123.

    Musique contemporaine : la fuite du son par Serge Cottet

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  • est rest sensiblement identique lui-mme de Haydn Stravinsky, mis part les percussionsqui vont bientt jouer un rle dominant 2. lpoque o Varse fait cette amre constatation,dans les annes 1930-1940 aux tats-Unis, le style noclassique fait retour en raction aveclcole srielle de Schnberg. Cest, pour Varse, une rgression par rapport au point derepre que constitue le romantisme soit quon nen sorte pas, soit quon revienne en arrire.

    Varse a connu et a frquent tous les grands compositeurs du XXe sicle, de Debussy Boulez. Il nest pas le premier entrer en insurrection contre le romantisme et la musiqueallemande. Dj avec Debussy, Ravel et Stravinsky, cest tout un espace sonore nouveau quisouvre en opposition la dclamation lyrique, lopra italien, la mlodie sirupeuse.

    Or, cette insurrection sest faite dans plusieurs directions ; on peut prendre deux axesconstitus par Debussy et Stravinski. Un article clbre de Jacques Rivire 3 les opposait autitre de deux tendances nouvelles irrconciliables de la musique moderne. la suite de lau-dition du Sacre du printemps 4, lauteur opposait point par point Debussy et Stravinsky. Aunuagisme allusif du premier, il retenait chez Stravinsky la transparence de la musique elle-mme, sans autre quelle-mme, sans allusion. Il qualifie la musique de Stravinsky daigre etde dure, sans fuite, sans cho, sans dveloppement : Sa voix se fait pareille lobjet, elle leconsomme, elle le remplace ; au lieu de lvoquer, elle le prononce : cest le dsir dex-primer toute chose la lettre . Toutefois, ce barbare na jamais cd sur la ncessit dela mlodie. Cest pourquoi il exclut du Panthon des grands musiciens, Beethoven, pitremlodiste, et Richard Wagner qui noie celle-ci dans un continuum orchestral interminable.

    Avec Debussy cest linverse : lallusion, linterruption, brouillent le message ; il nest pasncessaire de recourir latonalit pour que la mlodie classique connaisse une dissolutionconstante. Son effacement comme celui de lordre tonal sobserve ds la fin du XIXe sicleavec Liszt, puis Debussy lpoque de Pellas et Mlisande 5. On rappelle son mot : lamlodie cest anti-lyrique .

    Quant Ravel, il a approch latonalit aprs avoir entendu Le pierrot lunaire 6 de Schnbergen 1913. Il a crit en cho ses Trois pomes de Mallarm sans franchir la barre constitue parla survivance de la mlodie.

    Un Janklvitch, pourtant toujours sensible lineffable, au mystre de linstant 7,met toutefois sur le mme plan limpressionnisme et les musiques bruyantes et agressivesde Bartk et Stravinski, au titre dune musique de plein air aux antipodes du romantismeallemand tel que Hegel pouvait le dfinir : Lexpression musicale a pour contenu lintrio-rit elle-mme 8. Il crira des pages subtiles sur lexprimable et linexprimable en musique,

    2. Edgar Varse, Ionisation pour 13 percussions dont 1 piano (1931). Interprtes : Ensemble intercontemporaine, lve duCNSMD, Susanna Mlkki, direction (727) https://www.youtube.com/watch?v=wClwaBuFOJA

    3. Rivire J., Le Sacre du printemps , Nouvelle Revue Franaise, novembre 1913, p. 706-730. Source :http://sarma.be/docs/621

    4. Igor Stravinsky, Le Sacre du printemps pour orchestre (1911-1913). Interprtes : Chicago Symphony orchestra, DanielBarenboim, direction (3452) https://www.youtube.com/watch?v=5Z8UmrrEx3c

    5. Cf. Debussy C., Monsieur Croche, Paris, Gallimard, 1971.6. Arnold Schoenberg, Pierrot Lunaire pour soprano et ensemble (1912). Interprtes : Anja Silja, soprano, Ensemble Inter-

    contemporain, Pierre Boulez, direction (4050) https://www.youtube.com/watch?v=N-zW10__i4M7. Janklvitch V., Debussy et le mystre de linstant, Paris, Plon, 1976.8. Hegel G.W.F., Esthtique, La peinture, la musique , Paris, Aubier-Montaigne, 1965, p. 182.

  • notamment sur la volont de ne rien exprimer qui est la grande coquetterie du XXe sicle : Les mcaniques grinantes de Satie, les orgues de barbarie de Sverac, les automates et leshorloges de Ravel, les pantins de Stravinsky et de Falla, les bruits des machines chez Prokofiev,rvlent une mme phobie de lexaltation lyrique ou de llan pathtique 9. Dans le rejet dupittoresque, Janklvitch, contrairement Rivire, trouve donc un point commun Debussy,Stravinsky, ou Bartk : le refus du pathos, de la grandiloquence, de la boursouflure. Cest cette dissolution que procde Stravinsky avec sa polyrythmie et sa polytonalit en accord aveclexotisme, les rythmes barbares, le jazz, le japonisme (Trois pomes de la lyrique japonaise). Une musique qui laisse parler les choses elles-mmes dans leur crudit primaire 10 ; elle neparle pas. Apparente au fauvisme, cest une musique bruyante et agressive, du cirque et defoire comme Parade dric Satie en 1917 pour les ballets russes avec les dcors de Picasso.

    On connat la place part de Schnberg, qui appartient encore au postromantismejusqu 1930. Il est certain que labolition de la tonalit est la grande coupure ralise parlui au XXe sicle. Cependant, on remarque, comme le fait Boulez, que : Au fur et mesureque Schnberg prcise ses vues thoriques, il utilise de plus en plus des formes reues []propres lpoque classique viennoise 11. Sur dautres points, Boulez a relativis la subver-sion que Schnberg reprsente en soulignant que son hyper chromatisme est en relationavec le temprament dramatique et expressionniste du compositeur, au point que lesdissonances qui frapprent tellement ses contemporains sintgrent parfaitement uncontexte intellectuel et littraire qui en rend pleinement compte 12. Il nempche que luni-vers en expansion dont il est le crateur ouvrira la voie toutes les exprimentations musi-cales de la fin du XXe sicle.

    En musique, laffranchissement de la reprsentation dj soulign par Schopenhauer,lloigne toujours plus des modles discursifs et narratifs. La musique nest pas descriptiveet ne reprsente aucun objet. La rvolution du XXe sicle, celle qui commence avec Webern,est celle de laffranchissement de lharmonie et de la tonalit. La bance ainsi ouverte,jusquau srialisme intgral incluant rythme et son, a drout un public en qute de sens etdtats dme. Les musiciens de la seconde gnration celle des annes 1920 ont tnourris par le dodcaphonisme. La plupart se sont affranchis de cette tutelle souvent assi-mile un carcan, une dictature. Boulez lui-mme, avec Le marteau sans matre 13, en amontr les limites. Les plus rcalcitrants ont alors rtabli la tonalit et des rythmes simples,ce qui aux tats-Unis a produit la musique minimaliste et rptitive pour la tranquillit etle confort retrouvs dun public que la musique moderne navait jamais touch. cettetendance rgressive, se sont opposs des musiciens dont la cration ne renie pas lhritagede Schnberg, et qui se sont assimils des musiques exotiques, notamment asiatiques, noires,ainsi que le jazz. Un melting pot qui triomphera dans les annes 1970 au titre dune mondia-lisation et dans un labyrinthe de tendances esthtiques.