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  • Surmonter les obstacles sociaux lutilisation de la planification familiale : mobiliser les rseaux communautaires pour rpondre aux besoins non satisfaits

    LE DFIEn Afrique subsaharienne, des ressources considrables ont t affectes aux programmes de planification familiale (PF), avec des activits allant de lamlioration des services aux plaidoyers stratgiques, de la ralisation de campagnes mdiatiques des sessions dducation par des pairs, et du renforcement des chanes dapprovisionnement en contraceptifs la diversification des choix de contraception. Cependant, les besoins non satisfaits en PF demeurent levs et son utilisation soutenue reste difficile

    Tkponon Jikuagou est un projet dune dure de cinq ans financ par lUSAID dont lobjectif est de rduire les besoins non satisfaits en planification familiale au Bnin, par le biais dinterventions axes sur les rseaux sociaux.

    R P O N D R E A U X B E S O I N S N O N S AT I S F A I T S E N P L A N I F I C AT I O N F A M I L I A L E A T R AV E R S L E S R S E A U X S O C I A U X A U B E N I N

    avoisinent les 33%,1 malgr de multiples initiatives gouvernementales et non gouvernementales visant accrotre laccs aux informations et aux services. Dautres facteurs sont manifestement en jeu, en particulier les normes et facteurs sociaux qui crent des obstacles lutilisation de la PF. Une mobilisation de lensemble de la communaut pourrait entraner des actions communautaires en vue de lutter contre les problmes dorigine sociale. Pourtant, la plupart des initiatives ont tendance se focaliser sur la communication des faits lis la PF, plutt qu engager les communauts dans un dialogue rflchi sur les obstacles sociaux et structurels lis aux besoins non satisfaits en PF. De plus, la plupart des initiatives actuelles ne peuvent pas tre adaptes grande chelle : elles sont soit trop complexes, soit trop coteuses pour avoir un impact gnralis.

    Les rsultats dune tude de base effectue en 2013 par Tkponon Jikuagou dans le dpartement de Mono-Couffo, au Bnin, rvlent limportance des obstacles sociaux lutilisation de la PF. En effet, 36% des femmes ont dclar quil nest pas acceptable de parler de la PF en public. Les normes sexospcifiques sont souvent lorigine des attitudes ngatives envers la PF ; par exemple, 8% des femmes et 17% des hommes croient que les femmes qui utilisent la PF ont des murs lgres. Selon les conclusions

    cerner. Au Bnin, la situation est similaire: lutilisation de la PF moderne est faible (9%) et les besoins non satisfaits en PF

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    La faon dont les femmes et les hommes peroivent le risque de grossesse, que cette perception soit juste ou errone, faonne les dcisions lies lutilisation de la PF. Ces perceptions influencent les besoins non satisfaits en PF cest--dire, les femmes et les hommes souhaitant viter une grossesse, mais nutilisant pas de mthode de PF.

  • utilisent des mthodes inefficaces pour prvenir une grossesse (comme le retrait ou lutilisation damulettes) (18,6%) ;

    pensent, peut-tre tort, ne pas pouvoir tomber enceintes (parce quelles allaitent ou sont en priode post-partum, nont pas de rapports sexuels frquents ou pensent tre striles) (23,6%).

    Cette comprhension nuance des besoins non satisfaits peut guider la conception dinterventions pour rpondre aux besoins des femmes, y compris de celles qui pensent, tort, ne pas tre susceptibles de tomber enceintes et qui, par consquent, ne cherchent pas obtenir de services ni dinformations de PF.

    Pour surmonter ces obstacles, Tkponon Jikuagou intervient par le biais des rseaux sociaux, mettant en application la thorie et lanalyse des rseaux pour dpasser la vision des femmes et des hommes en tant quindividus, et parvenir comprendre ces derniers sous langle de leur appartenance des rseaux sociaux formels et informels. Une approche prouve, lanalyse des rseaux sociaux (ARS), a t utilise pour concevoir des interventions efficaces de prvention du VIH2, des campagnes de lutte contre le tabagisme destination des jeunes3, ainsi que des initiatives de rduction de la toxicomanie4. Tkponon Jikuagou reprsente lune des premires applications de lARS dans le domaine de la PF.

    ENSEMBLE DINTERVENTIONS LIES AUX RSEAUX SOCIAUX

    Daprs les rsultats de ltude de base :

    13% de besoins perus contre 53% de besoins rels

    de ltude de base, 11% des femmes ont rapport avoir discut de la PF avec leur mari lanne prcdente, et seules 10% ont rapport avoir entrepris des dmarches pour obtenir des services de PF (par ex., rencontrer un agent de sant) au cours de lanne prcdente.

    Les rsultats de ltude de base suggrent limportance de comprendre les dcisions relatives la PF du point de vue individuel des femmes et des hommes, ainsi que sous langle du programme de PF. Selon cette tude, seules 13% des femmes pensent avoir besoin dune mthode de PF (et chercheraient donc se procurer des services de PF). Cependant, si lon observe les donnes de plus prs, en dcomposant les rsultats en besoins non satisfaits perus (par la femme elle-mme) et rels (le risque biologique de grossesse), les donnes tmoignent dune tout autre ralit. Celles-ci semblent suggrer que plus de la moiti des femmes (53,3%) peuvent avoir besoin de la PF.

    UNE CONCEPTION FONDE SUR DES PREUVES : LENSEMBLE DINTERVENTIONS TkPONON JIkUAgOULes conclusions gnres dans le cadre de linitiative Tkponon Jikuagou ont permis dtayer llaboration dun ensemble dactivits lies aux rseaux sociaux. Celles-ci ont t conues pour entraner des individus et groupes de la communaut stratgiquement slectionns aborder les questions de genre et autres facteurs sociaux qui empchent les discussions relatives lutilisation de la PF. Des discussions publiques autour de ces questions ont le pouvoir de rduire les obstacles au fait denvisager la PF, de rechercher des informations son sujet ou de lutiliser. Les missions radio des histoires de Tkponon Jikuagou et les discussions des leaders influents sur les enjeux de lutilisation de la PF, tels que les rles lis au genre et les normes culturelles concernant la fcondit, invitent et autorisent les membres de la communaut parler et agir. La cration de liens entre les prestataires, les groupes communautaires et les individus devrait entraner davantage de confiance vis--vis des services de PF, puisque la plupart des prestataires ne sont pas bien connus auprs des groupes influents. Ces activits permettent de crer un environnement favorable au changement social.

    Le pourcentage de besoins rels inclut des femmes qui: nutilisent pas de mthode et sont conscientes quelles

    risquent une grossesse (11,1%),

  • Graphique de leffet de diffusion par les femmes et les hommes participant aux groupes vers leurs rseaux sociaux plus ten-

    dus. Source : Donnes de suivi du projet

    Conception de la recherche. Groupe cible : femmes maries en ge de procrer et hommes maris des femmes en ge de procrer.

    Un groupe de femmes et dhommes participe une activit de mapping communautaire dans le dpartement de Couffo.

    Lefficacit de lensemble dinterventions lies aux rseaux sociaux, Tkponon Jikuagou, sera value laide dune tude quasi-exprimentale. Une tude intgre dterminera le cot associ loffre de lintgralit de lensemble dinterventions, une information importante pour le passage grande chelle. Le deuxime objectif cl du programme de recherche Tkponon Jikuagou est damliorer la comprhension des besoins non satisfaits, par lutilisation dune analyse des rseaux sociaux et de techniques qualitatives permettant dexplorer la nature dynamique des besoins non satisfaits du point de vue des femmes et des hommes, plutt que de celui des organismes de prestation de services. Dans ce but, un groupe de femmes et dhommes, dlibrment choisis pour reprsenter les hommes et les femmes ayant des besoins satisfaits et non satisfaits, ainsi que les personnes ayant des relations au sein de leurs rseaux et celles qui sont isoles, seront suivis au cours de la phase pilote et interrogs tous les six mois.

    RSULTATS OBTENUS CE JOURDepuis avril 2013, 192 catalyseurs de groupe ont men, dans 63 villages, des activits de dialogue rflchi avec des groupes de femmes et dhommes slectionns. Des discussions guides, auxquelles a particip lensemble du personnel de Tkponon Jikuagou, en septembre 2013, indiquent que la cartographie sociale des communauts a permis didentifier les groupes influents et que la plupart des groupes slectionns discutent activement des histoires et activits qui inspirent le dialogue rflchi. Les donnes de suivi du projet de mars juin 2013 indiquent galement que la diffusion sociale des ides incarnes dans les discussions et dbats des groupes commence se rpandre dans lensemble de la communaut (voir le graphique). Le principal dfi consiste accrotre la

    Tkponon Jikuagou intgre galement une campagne de diffusion sociale, Chacun Invite Trois, qui a contribu accrotre de manire significative lutilisation de la PF Madagascar et au Rwanda. La campagne Chacun Invite Trois, consiste ce que les membres des groupes influents et les prestataires de services offrent des cartes dinvitation des amis nutilisant pas encore la PF, encourageant les discussions concernant la PF entre amis de confiance et les invitant se renseigner et rechercher des services. Sils savrent efficaces, les approches et matriels volutifs de Tkponon Jikuagou pourront, par le biais de partenariats avec dautres organisations, tre tendus de nouvelles rgions pour atteindre davantage de femmes et dhommes.

    TkPONON JIkUAgOU, RECHERCHE ET VALUATION

  • participation des hommes aux activits du projet. Les donnes de suivi indiquent que la diffusion est moins frquente parmi les hommes, peut-tre parce quils ne peroivent pas encore le rle quils jouent dans la rponse aux besoins non satisfaits en PF.

    RALISATIONS PRVUES DICI 2016En supposant que lapproche axe sur les rseaux sociaux entrane une rduction significative des obstacles sociaux aux besoins non satisfaits, lensemble dinterventions Tkponon Jikuagou sera tendu dautres sites.

    Dici la fin de 2016, nous prvoyons les rsultats suivants dans les zones o Tkponon Jikuagou est mis en uvre : (1) une rduction des obstacles sociaux et lis au genre concernant la dcision dagir en rponse aux besoins non satisfaits et (2) une augmentation significative du nombre de femmes et dhommes ayant des besoins non satisfaits qui cherchent se renseigner et obtenir des services de PF. Au niveau des rseaux sociaux, les femmes et les hommes percevront une approbation plus importante de lensemble de la communaut concernant les discussions relatives la PF et son utilisation. Au niveau individuel, il devrait y avoir un nombre plus important de femmes et dhommes qui discutent de la PF, lapprouvent, pensent que leur conjoint(e) lapprouve et qui ont lintention de lutiliser.

    En plus dune comprhension accrue des raisons sous-jacentes aux besoins non satisfaits en PF, nous prvoyons dobtenir de nouveaux lments de preuve sur : (1) lefficacit de la mise en uvre dune approche base sur les rseaux sociaux pour rpondre aux besoins non satisfaits et (2) la possibilit dintensifier lensemble dinterventions Tkponon Jikuagou pour obtenir un impact significatif sur la population.

    De plus, lexprience de Tkponon Jikuagou devrait fournir une approche fonde sur des faits tablis en matire de mobilisation de la communaut par le biais des rseaux sociaux. Cette approche sera moins consommatrice de ressources que les initiatives habituelles, et contribuera intensifier le dveloppement de programmes fonds sur les ralits et les perceptions de la population et donc, en fin de compte, plus efficaces.

    Cette publication et le projet prsent ont t rendus possibles grce au soutien fourni par lAgence des tats-Unis pour le Dveloppement

    International (USAID) selon les termes de lAccord de Coopration No AID-OAA-A-10-00066. Le contenu de ce document ne reflte pas ncessairement le point de vue et les politiques de lUSAID ou de lUniversit de Georgetown.

    Publi en mars 2014.

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    1 Ministre du Dveloppement, de lAnalyse conomique et de la Prospective Institut National de la Statistique et de lAnalyse conomique (INSAE). 2013. Benin 2011-2012 Demographic and Health Survey (DHS) Final Report. ICF International.

    2 Broadhead, R., Heckathorn, D., Weaklien, D., Anthony, D., Madray, H, Mills, R, Hughes, J. 1998. Harnessing Peer Networks as an Instrument for AIDS Prevention: Results from a Peer-Driven Intervention. Public Health Reports. Vol. 113, Supplement 1:42-56.

    Neaigus A. 1998. The network approach and interventions to prevent HIV among injection drug users. Public Health Reports. Vol. 113, Supplement 1:140-50.

    Weeks, M., Clair, S., Borgatti, S., Radda, k., and Schensul, J. 2002. Social Networks of Drug Users in High-Risk Sites: Finding the Connections. AIDS and Behavior. Vol. 6, No 2.

    3 Valente, T. 2003. Social Network Influences on Adolescent Substance Use: An Introduction. Connections 25(2): 11-16.4 Latkin, C., Sherman, S., and knowlton, A. 2003. HIV prevention among drug users: Outcome of a network-oriented peer outreach intervention. Health Psychology. Vol