testament 9 hiver 2012

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    11-Mar-2016

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Emmanuel Rastouil, Katsuji Makura, Jacques Sicard, Ivan Dmitrieff, Paul Antoine Pz, Franck Mullor, Emmanuelle Malaterre, Strofka, M, Yannis Sanchez, Daniel Darc, Lilas Kwine, Marie Hlne Musset, Herv Pizon

Transcript

  • LILAS KWIARIE-LINE MUSSET /

  • Sommaire dito 06 / EMMANUEL RASTOUIL Le pome de l'homme 2/3 16 / KATSUJI MAKURA Entre deux rails

    18 / JACQUES SICARD Faust & Holly Motors 22 / IVAN DMITRIEFF Verre(s) Photographies 34 / PAUL ANTOINE Pz Bagaud... 38 / FRANCK MULLOR Hakus... 44 / IVAN DMITRIEFF La fve 48 / EMMANUELLE MALATERRE L'origine du monde 50 / STROFKA 64 / M Pour le cireur inconnu - Carnet de voyage 74 / YANNIS SANCHEZ Chant d'un illumin... 76 / DANIEL DARC Entrevue 80 / LILAS KWINE Entre les heures... 82 / MARIE-LINE MUSSET Joyeux Nol 92 / HERV PIZON Rendez-vous... 97 / Anciens numros 98 / Abonnements Testament 9 (hiver 2012) est dit par : http://parolesdauteurs.over-blog.com l'association Paroles d'Auteurs - Sige social - Les Orangers A- rue Van Gogh 83130 La Garde Le testament revue vocation potique est sur Facebook Rdaction Emmanuel Rastouil contact : letestament@bbox.fr Concept graphique et Mise en page Emmanuel Rastouil Relectures Emmanuelle Malaterre Impression Repro Systemes 83 - 155 rue gnral Audoud 83000 Toulon

    Il a t tir 100 exemplaires de cette revue numrots de 1 100

    En couverture, testament bouge uvre originale papiers dchirs et lettres d'Emmanuelle MALATERRE

    Supplment au testament 9 , 100 cartes curs papiers

    dchirs Emmanuelle MALATERRE.

    ISSN 2112-4469

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  • dito O sont les potes? Qui les connait? Renseignez-moi, s'il vous plat. Qui les a vus fendre la foule compacte et rsigne pour se placer sur le ct et regarder ailleurs? Qui les entend clamer leur fureur de vivre, leur amour renouvel et leur besoin de rve? O se cachent-ils? Sur Facebook? A la tlvision? Renseignez-moi, c'est important. J'ai peur qu'ils n'aient t submerg par un tsunami, engloutis dans une tempte ou une quelconque fin du monde, et abandonn le monde son propre sort, insensible, funeste... En attendant, Le testament 9 vous convie une parenthse potique toute hivernale (chaud dans les curs!) avec la douceur des hakus de Katsuji Makura et Franck Mullor, le carnet de voyage de M, Les miroirs de Strofka, les bords de mer de Paul Antoine Pz, les illuminations de Yannis Sanchez, la mlancolie de Lilas Kwine, les chansons d'Herv Pizon, une Darcentrevue d'un des derniers chanteur-hros de sa gnration, les verre(s) embus d'Ivan Dmitrieff, un collage papier d'Emmanuelle Malaterre longtemps tenu secret, l'autre frie de nol de Marie-Line Musset et la prose cinmatographique de Jacques Sicard! O sont les potes? Si vous en avez la moindre ide, laissez-donc un message sur letestament@bbox.fr , nous serions combls d'apprendre que nous ne sommes pas seuls. Emmanuel RASTOUIL.

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    DANS LA COLLINE Allons, mon bel amour, marcher dans la colline,

    Sous le soleil brlant qui plombe les vallons.

    Nous pourrons nous aimer ou jouer au ballon

    Sous lombre dun grand chne la verdeur divine.

    Le cur de la nature est comme lorigine, Un crin pur et vrai pour ce que nous voulons :

    Lpanouissement ! Privs des violons, Cest par nos chants unis que lamour sachemine.

    Mettons premirement le Seigneur entre nous

    Pour nous garder du mal, de la peur et des fous

    Et guider nos efforts, nos rves malhabiles !

    Mais la fille sennuie, prend son air malheureux Lui, voit dans son regard des sentiments hostiles

    Qui viendront tt ou tard semer le doute entre eux.

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  • LE SOIR Quand le soleil expire un dernier souffle au jour,

    Que le bleu vire au brun, tandis quune msange Siffle un retour au nid pour son mle en vendange,

    Je sens poindre en mon cur lespoir de ton retour.

    Quand le doux soir mtreint, je comprends notre amour : Cest un chant de dpit port dune voix dange Cherchant mattirer dans une danse trange Que seule ta prsence attnue alentour.

    Je ne sais si je dois prendre plaisir au trouble

    Qui renat chaque jour quand la crainte redouble Comment ne pas cder la tentation ?

    Quand je suis prs de toi, jai trop peur de comprendre Quon ne peut vivre avec la seule passion ! Si le destin te prend, je ne peux te dfendre

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    LES AMES SURS Lamour nous a lis comme deux mes surs Prtes surmonter le meilleur et le pire

    (Pour nos esprits nafs, le rve peut suffire

    A combler nos futurs de milliers de douceurs).

    Mais ctait sans compter sur tous les agresseurs Qui rodent alentour dans le but de dtruire

    La flamme de lamour ds lors quelle respire ! Beaucoup de bons amis se changent en censeurs

    Faut-il fermer les yeux pour rester dans la ronde ?

    Que seraient nos bats sans lemprise du monde ? Quel prix doit-on payer pour tre aim des siens ?

    Le garon dchanta, saisi par lvidence : Lexistence est offerte au chant des musiciens Si lhomme est absorb dans la fivreuse danse.

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  • LIDEAL Comment puis-je approcher de mon rve idal

    Sil nest pas garanti par la faveur divine ? Car si je cherche en moi, sans dtours, je devine

    Un attrait partag pour le bien et le mal.

    Laisserai-je chapper un langage immoral,

    Lappel matrialiste au bord de la piscine ? Chercherai-je, insistant, au fond dun magazine De quoi nourrir mes buts, mon bonheur capital ?

    Puis-je planter un arbre au bord de ce systme,

    Esprer voir grandir ses branches sans problme

    Et nier le chaos qui sourd dans mon quartier ?

    Car ce schma de vie aveuglant, phmre,

    Ne minspire au final que dgot et piti. Chaque jour me rsout tuer la chimre.

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    REALITE On meuble sa maison comme on meuble sa tombe :

    Les rideaux, la Hi-Fi pour le plus grand confort,

    Un repas sur le pouce, viter tout effort

    Et voir la tl la terre qui succombe.

    Je nai jamais voulu dune telle hcatombe, Je pensais tre heureux, gris, dans un dcor

    Qui me mine aujourdhui, par crainte de la mort... , mon cur est dfait, tant dangoisse le plombe !

    Cest l quest le dilemme, en mon fort intrieur, Mon dsir goste uvre comme un pilleur Et, face la raison, les deux livrent bataille !

    Donc, trs honntement, je devrais accepter

    Le tumulte du monde et son cri qui massaille Sans que le matriel ne vienne contenter

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  • NE SOYEZ PAS HEUREUX ! Ne soyez pas heureux ! Et ne soyez pas tristes !

    Si vous voyez le monde et son flot de malheurs Les assassins, truands, gostes voleurs,

    Comptent leurs derniers jours, leurs rves hdonistes !

    Ne soyez pas heureux ! Ni mme fatalistes !

    Si lon ne chrit plus les morales valeurs, Quand la tl rpand quantit de douleurs,

    Ne les partagez pas, elles sont pessimistes !

    Personne ne viendra pour juger la fin ?

    Sera-t-on libr de tous nos jougs, enfin ?

    Et peut-on prendre part la dliquescence ?

    Que lon me mette mort si je deviens oisif ! Car je ne veux goutter aucune jouissance

    Qui me dtournerait de mon but exclusif !

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    SOLITUDE Javoue tre attir par une solitude Qui viendrait comme un feu rchauffer mon tourment,

    Partager en ami ce triste isolement,

    Affronter avec moi lennui dun hiver rude.

    Pourtant, le dsespoir peut troubler la quitude

    Que javais pris pour joie, au moins pour un moment ; Lorsque je me sens seul, je demande comment

    Transformer en bonheur la vile servitude.

    , je sais qutre seul excite le dsir Dun goste lan, poursuivant le plaisir Que lon ne peut combler avec celle quon aime.

    Pourtant, que cherches-tu ? Quel est cet idal

    Qui te fera savoir ton intrt suprme ?

    Tu relves la tte esprant un signal

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  • LINFINI

    Lhomme se tient debout sur un puissant rocher, Contemplant lhorizon que la mer bleue aligne. Le vent souffle en rafale ondulant lhumble ligne Qui miroite au soleil sa peau comme un bcher.

    Ce quil voit le rassure et loblige chercher Partout le Crateur. Son uvre le dsigne : Force, Justice, Amour en sont chacun le signe

    Passant l sous ses yeux, quil sent et peut toucher !

    Cest quil lui fut offert ce sentiment de grce, Pour mieux le dcouvrir et le suivre la trace

    Vers ce bel horizon comme un bout dinfini.

    Au-del de sa mort et de son bref passage,

    Dans un grand livre ouvert son nom reste bni.

    Sous un ciel large et pur lhomme reprend courage.

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    REVE DE FEU Cest une vision qui vient mon esprit, Quand londe du sommeil, lapaise et le promne. Une jeune vnus sans doute est-elle humaine ?- Se dresse devant moi, me regarde et sourit.

    Une simple dentelle orne son ventre crit

    Dune courbe parfaite. Et son regard amne Me laisse prsager de la belle Clymne,

    Docilit, douceur, par ce corps quelle offrit

    Dans ce rve perdu, jamais je ne consomme !

    Mme si cette offrande est l pour combler lhomme, Il ne mappartient pas de briser mon serment.

    Je suis comme Joseph, face cette autre femme

    Qui senfuit pour ne pas devenir son amant. Je ne veux succomber au dsir et au charme !

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  • AMOUR Si jai li ma vie la tienne jamais, Cest que je veux taimer plus fort quil est possible Et rendre cet amour aussi beau quinvincible Puisque nous ne formons quune chair dsormais.

    Ce sentiment puissant, quailleurs tu rclamais, Te semblait dfendu, trop loin, inaccessible Cette fatalit bridait ton cur sensible Et chargeait lhorizon de tours indcis, mais

    Chaque jour, je chris la douceur que tu donnes,

    Mais je crains constamment que tu ne mabandonnes Serre-moi dans tes bras, je ten prie, aime-moi !

    Mon bel enchantement, cest de te voir sourire, Une flamme mon cur qui conforte ma foi, Car nous avons, tous deux, un futur construire

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  • KATSUJI MAKURA

    ENTRE DEUX RAILS Arthur Bidegain

    Aller-

    Dans la file dattente Elles ne cessent de tomber

    Les feuilles impatientes

    charpe grise Un nuage rend perceptible

    La chaleur

    Entre deux rails Et un courant lectrique

    Ma mlancolie

    Mont Paris Lautomne a fait Un pas de plus

    Sur la tombe Quelques fleurs arranges

    Es-tu encore l ?

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  • -Retour

    lil du peintre La vigne donne un signe

    Qui ne trompe pas

    Lescargot Dans les mains de mon fils

    Quelle fragilit !

    Entre chaque pas Je trane un vide cosmique

    Et parfois trbuche

    La centrale nuclaire Aussi loin que porte le regard

    Ajoute au ciel un nuage

    Il est temps de brler Le tas de feuilles mortes

    Lessiveuse rouille

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  • JACQUES SICARD

    FAUST de ALEKSANDR SOKOUROV "Pourquoi le pouvoir est-il confi des hommes malheureux ?" demande Sokourov dans un entretien aux Cahiers du cinma. Parce que les hommes heureux n'ont pas encore ouvert les yeux, serait-on tent de lui rpondre, restant ainsi dans le mme registre de sotte pense. L'affirmation que recle la question est bien sr un contresens double d'une vilnie. En vrit, le pouvoir est destin aux bienheureux. A ceux qui croient. Pouvoir et foi sont mmes. Imagine-t-on une foi qui ne se ralise travers le pouvoir dans la mesure o en soi elle en prsente dj tous les caractres d'exclusive, d'emprise et de commandement ? Entre Sokourov et un malheureux, la diffrence tient dans un rapport diffrent la matire. Le suppos malheureux, sorte de monteur du sensible, ne considre la matire que sous l'angle de la brisure ; il devine bien avant de savoir que l'argile n'est mallable que par artifice, c'est une substance raide comme une cravache fabrique partir du pnis d'ne sch, nul n'en flchit la continuit inexorable qu'en la cassant. Cassure faite, il est loisible de se rafrachir les yeux rougis ses courants d'air ou de se faufiler entre ses bords. Rien d'autre chez cet homme sans vrai apaisement. Et comment cela se pourrait-il ? Sokourov, chrtien qui donc croit pouvoir, ne brise pas la matire mais l'agglomre. Ses images, il les compose partir d'une masse physique homogne et ductile, un bloc la plasticit biblique (cette plasticit que si complaisamment on porte son crdit) d'o il lve et anime des ombres voues la maldiction de devenir humaines en marchant, entre autres promises au relent sucr qui entoure les croyants et les matres. Des ombres comme Faust, double et frre de Sokourov et consorts. Et les crimes vers lesquels, travers les sicles, Faust s'avance, ce sont leurs crimes - pas ceux du malheureux.

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  • A propos de l'me, dclinaison du sens de la vie, que recherche tant Faust.- Si Dieu, celui-ci tant Verbe et l'homme son image, pour ce dernier l'me ne sera jamais qu'un mot. Ne le serait jamais si l'Ange dchu, le double obscur de l'entit sainte, Lucifer ou Mphistophls, ne tranait ses ailes exiles sur Terre. Hritant des proprits du sol, y ajoutant sa lumire souffle, c'est par son entremise que l'me devient non seulement visible mais relle et concrte. A travers son incarnation disgracie, n'importe qui peut saisir le cher principe spirituel comme un cur palpitant dans un cage thoracique tenue ouverte par des carteurs. Le Diable matrialise, le Diable est matrialiste. Et l'on ne peut mme pas dire qu'il le soit de faon immonde en plaant d'emble, parce que de toute ternit telle serait sa place, l'me sur l'un des plateaux de la balance de l'usurier. Nul n'ignore que le vivant est d'usage ou d'change. L'tonnant, d'abord, est que cette dsesprante vrit soit, comment dire ? Exprimentalement confirme par la messagre de la plus grande esprance lme. Ensuite, par cela mme, quelle le soit pour les sicles des sicles, sans objection possible. La mcrance du Diable nest pas marxiste. En change de son me, quelle sorte de nuit damour avec Marguerite la soyeuse Mphistophls offre-t-il au visage dtruit de Faust ? Sur un lit dalgues et de galets, tout au fond dun trou deau o lon jette les chats et les malheureux se noient, quclaire la foudre la lumire illusionniste dune exprience de mort imminente . Pour Marguerite, cette lumire a le dor mystique, le jaune solaire de Batrice chez Odilon Redon ; pour Faust, elle a la peau paisse aux pores dilats dun autoportrait de Rembrandt la lampe actylne, vert moussu. Deux poncifs. Auxquels sajoutent, redoublant celui sans joie des sexes, laccouplement des couleurs dont en ce XVIme sicle on revt les fous. Cest lerreur de lange aptre. Il oublie que Marguerite et Faust ont en tte, depuis le berceau, le dessin du labyrinthe de la cruaut. Si toute issue y est un garrot, on peut ici et l se tapir. Sil nest pas de cl glisser dans le nud de larbre de lisire les murs de buis ont des recoins o sanesthsier de baisers quivaut la libert sans foi ni loi des portes ouvertes.

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  • JACQUES SICARD

    HOLY MOTORS de LEOS CARAX Quoi qu'il en soit, tout nous parle d'intrieur ; nos existences chimriques nous appellent l'intrieur. Ma Mie, mon autre et mme jolie, accoude-toi ce balcon. Car, voici, la brune derrire ses rideaux tirs, l'intimit du soir dont la vue basse scarifie l'espace comme pte de peint...

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