Théophile Gautier Nouvelles I .2. Du même auteur, ... Enfin, minuit sonna ; une voix, dont le timbre

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Text of Théophile Gautier Nouvelles I .2. Du même auteur, ... Enfin, minuit sonna ; une voix, dont le...

  • Thophile Gautier

    Nouvelles INouvelles I

    BeQ

  • Thophile Gautier(1811-1872)

    Nouvelles I

    La Bibliothque lectronique du QubecCollection tous les ventsVolume 116 : version 3.02

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  • Du mme auteur, la Bibliothque :

    Nouvelles (3 tomes)Le roman de la momie

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  • La cafetire

    Conte fantastique

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  • Jai vu sous de sombres voilesOnze toiles,

    La lune, aussi le soleil,Me faisant la rvrence,

    En silence,Tout le long de mon sommeil.

    La vision de Joseph.1

    1 Auteur inconnu.

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  • I

    Lanne dernire, je fus invit, ainsi que deux de mes camarades datelier, Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie.

    Le temps, qui, notre dpart, promettait dtre superbe, savisa de changer tout coup, et il tomba tant de pluie, que les chemins creux o nous marchions taient comme le lit dun torrent.

    Nous enfoncions dans la bourbe jusquaux genoux, une couche paisse de terre grasse stait attache aux semelles de nos bottes, et par sa pesanteur ralentissait tellement nos pas que nous narrivmes au lieu de notre destination quune heure aprs le coucher du soleil.

    Nous tions harasss ; aussi, notre hte, voyant les efforts que nous faisions pour comprimer nos billements et tenir les yeux ouverts, aussitt que nous emes soup, nous fit

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  • conduire chacun dans notre chambre.La mienne tait vaste ; je sentis, en y entrant,

    comme un frisson de fivre, car il me sembla que jentrais dans un monde nouveau.

    En effet, lon aurait pu se croire au temps de la Rgence, voir les dessus de porte de Boucher reprsentant les quatre Saisons, les meubles surchargs dornements de rocaille du plus mauvais got, et les trumeaux des glaces sculpts lourdement.

    Rien ntait drang. La toilette couverte de botes peignes, de houppes poudrer, paraissait avoir servi la veille. Deux ou trois robes de couleurs changeantes, un ventail sem de paillettes dargent, jonchaient le parquet bien cir, et, mon grand tonnement, une tabatire dcaille ouverte sur la chemine tait pleine de tabac encore frais.

    Je ne remarquai ces choses quaprs que le domestique, dposant son bougeoir sur la table de nuit, meut souhait un bon somme, et, je lavoue, je commenai trembler comme la feuille. Je me dshabillai promptement, je me

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  • couchai, et, pour en finir avec ces sottes frayeurs, je fermai bientt les yeux en me tournant du ct de la muraille.

    Mais il me fut impossible de rester dans cette position : le lit sagitait sous moi comme une vague, mes paupires se retiraient violemment en arrire. Force me fut de me retourner et de voir.

    Le feu qui flambait jetait des reflets rougetres dans lappartement, de sorte quon pouvait sans peine distinguer les personnages de la tapisserie et les figures des portraits enfums pendus la muraille.

    Ctaient les aeux de notre hte, des chevaliers bards de fer, des conseillers en perruque, et de belles dames au visage fard et aux cheveux poudrs blanc, tenant une rose la main.

    Tout coup le feu prit un trange degr dactivit ; une lueur blafarde illumina la chambre, et je vis clairement que ce que javais pris pour de vaines peintures tait la ralit ; car les prunelles de ces tres encadrs remuaient, scintillaient dune faon singulire ; leurs lvres

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  • souvraient et se fermaient comme des lvres de gens qui parlent, mais je nentendais rien que le tic-tac de la pendule et le sifflement de la bise dautomne.

    Une terreur insurmontable sempara de moi, mes cheveux se hrissrent sur mon front, mes dents sentrechoqurent se briser, une sueur froide inonda tout mon corps.

    La pendule sonna onze heures. Le vibrement du dernier coup retentit longtemps, et, lorsquil fut teint tout fait...

    Oh ! non, je nose pas dire ce qui arriva, personne ne me croirait, et lon me prendrait pour un fou.

    Les bougies sallumrent toutes seules ; le souffler, sans quaucun tre visible lui imprimt le mouvement, se prit souffler le feu, en rlant comme un vieillard asthmatique, pendant que les pincettes fourgonnaient dans les tisons et que la pelle relevait les cendres.

    Ensuite une cafetire se jeta en bas dune table o elle tait pose, et se dirigea, clopin-clopant,

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  • vers le foyer, o elle se plaa entre les tisons.Quelques instant aprs, les fauteuils

    commencrent sbranler, et, agitant leurs pieds tortills dune manire surprenante, vinrent se ranger autour de la chemine.

    II

    Je ne savais que penser de ce que je voyais ; mais ce qui me restait voir tait encore bien plus extraordinaire.

    Un des portraits, le plus ancien de tous, celui dun gros joufflu barbe grise, ressemblant, sy mprendre, lide que je me suis faite du vieux sir John Falstaff, sortit, en grimaant, la tte de son cadre, et, aprs de grands efforts, ayant fait passer ses paules et son ventre rebondi entre les ais troits de la bordure, sauta lourdement par terre.

    Il neut pas plutt pris haleine, quil tira de la

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  • poche de son pourpoint une clef dune petitesse remarquable ; il souffla dedans pour sassurer si la forure tait bien nette, et il lappliqua tous les cadres les uns aprs les autres.

    Et tous les cadres slargirent de faon laisser passer aisment les figures quils renfermaient.

    Petits abbs poupins, douairires sches et jaunes, magistrats lair grave ensevelis dans de grandes robes noires, petits-matres en bas de soie, en culotte de prunelle, la pointe de lpe en haut, tous ces personnages prsentaient un spectacle si bizarre, que, malgr ma frayeur, je ne pus mempcher de rire.

    Ces dignes personnages sassirent ; la cafetire sauta lgrement sur la table. Ils prirent le caf dans des tasses du Japon blanches et bleues, qui accoururent spontanment de dessus un secrtaire, chacune delles munie dun morceau de sucre et dune petite cuiller dargent.

    Quand le caf fut pris, tasses, cafetire et cuillers disparurent la fois, et la conversation commena, certes la plus curieuse que jaie

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  • jamais oue, car aucun de ces tranges causeurs ne regardait lautre en parlant : ils avaient tous les yeux fixs sur la pendule.

    Je ne pouvais moi-mme en dtourner mes regards et mempcher de suivre laiguille, qui marchait vers minuit pas imperceptibles.

    Enfin, minuit sonna ; une voix, dont le timbre tait exactement celui de la pendule, se fit entendre et dit :

    Voici lheure, il faut danser.Toute lassemble se leva. Les fauteuils se

    reculrent de leur propre mouvement ; alors, chaque cavalier prit la main dune dame, et la mme voix dit :

    Allons, messieurs de lorchestre, commencez !

    Jai oubli de dire que le sujet de la tapisserie tait un concerto italien dun ct, et de lautre une chasse au cerf o plusieurs valets donnaient du cor. Les piqueurs et les musiciens, qui, jusque-l, navaient fait aucun geste, inclinrent la tte en signe dadhsion.

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  • Le maestro leva sa baguette, et une harmonie vive et dansante slana des deux bouts de la salle. On dansa dabord le menuet.

    Mais les notes rapides de la partition excute par les musiciens saccordaient mal avec ces graves rvrences : aussi chaque couple de danseurs, au bout de quelques minutes, se mit pirouetter, comme une toupie dAllemagne. Les robes de soie des femmes, froisses dans ce tourbillon dansant, rendaient des sons dune nature particulire ; on aurait dit le bruit dailes dun vol de pigeons. Le vent qui sengouffrait par-dessous les gonflait prodigieusement, de sorte quelles avaient lair de cloches en branle.

    Larchet des virtuoses passait si rapidement sur les cordes, quil en jaillissait des tincelles lectriques. Les doigts des flteurs se haussaient et se baissaient comme sils eussent t de vif-argent ; les joues des piqueurs taient enfles comme des ballons, et tout cela formait un dluge de notes et de trilles si presss et de gammes ascendantes et descendantes si entortilles, si inconcevables, que les dmons eux-mmes

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  • nauraient pu deux minutes suivre une pareille mesure.

    Aussi, ctait piti de voir tous les efforts de ces danseurs pour rattraper la cadence. Ils sautaient, cabriolaient, faisaient des ronds de jambe, des jets battus et des entrechats de trois pieds de haut, tant que la sueur, leur coulant du front sur les yeux, leur emportait les mouches et le fard. Mais ils avaient beau faire, lorchestre les devanait toujours de trois ou quatre notes.

    La pendule sonna une heure ; ils sarrtrent. Je vis quelque chose qui mtait chapp : une femme qui ne dansait pas.

    Elle tait assise dans une bergre au coin de la chemine, et ne paraissait pas le moins du monde prendre part ce qui se passait autour delle.

    Jamais, mme en rve, rien daussi parfait ne stait prsent mes yeux ; une peau dune blancheur blouissante, des cheveux dun blond cendr, de longs cils et des prunelles bleues, si claires et si transparentes, que je voyais son me travers aussi distinctement quun caillou au fond dun ruisseau.

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  • Et je sentis que, si jamais il marrivait daimer quelquun, ce serait elle. Je me prcipitai hors du lit, do jusque-l je navais pu bouger, et je me dirigeai vers elle, conduit par quelque chose qui agissait en moi sans que je pusse men rendre compte ; et je me trouvai ses genoux, une de ses mains dans les miennes, causant avec elle comme si je leusse connue depuis vingt an