Villages de joie num©ro 233

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  • JUIN 2015/n 233/ 2

    En armnieKAREN ET SONYAEnsemble, au service des enfants

    ENFANTS PLACS

    GRANDIR, AVEC QUELLES RACINES ?

    www.sosve.org

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  • D2 VILLAGES DE JOIE/JUIN 2015/N 233/WWW.SOSVE.ORG

    Je mappelle Adeline. Je suis arrive au villagede Carros il y a 3 ans.Je prpare un diplme dAide Mdico-Psychologique. Jaime beaucoup aider despersonnes plus faibles ou accompagnerdes personnes ges.Je me souviens trs bien de mon arriveau village denfants. Jtais dabord venueun week-end pour dcouvrir la maison o

    jhabiterais. Je venais de passer 7 mois dans un foyer. Je ny taispas malheureuse mais ctait diffrent. Ce qui ma tout de suiteplu au village et dans la maison, ctait lambiance familiale. Onpartageait des tas de moments de vie quotidienne avec lesautres enfants. Jai trouv que a ressemblait une vraie maison vivre, surtout que jai pu choisir ma chambre et que mes deuxpetits frres, dont jtais spare parce quils avaient t placsdans un autre foyer, mont rejointe. Je suis trs proche de mes frres : ce quon a vcu nous a soudscomme les doigts de la main. On dit mme quon est commeun uf Cest pour cela que je naime pas quand qui que cesoit sinterpose entre nous.Je sais quelle chance jai dtre au village denfants parce queje noublie pas comment tait ma vie avant : pas de repas rguliers,pas dargent, pas de vtements, jamais de vacances, Aujourdhui, jai 18 ans et jai quitt la maison o jai vcu avecmes frres pour vivre dans un appartement du village. Japprends tre autonome. Je peux appeler mes frres et ma grande surquand je veux pour leur parler. Avec la nouvelle ducatrice qui me suit, cela a t un coup decur immdiat : elle maide, pour mon budget par exemple ;elle ne me juge pas, elle mcoute et maccepte comme je suis.Elle est exceptionnelle. Mon plus beau souvenir au village cestpeut-tre ma rencontre avec elle et il y a eu aussi mes premiresvacances !

    Chaque trimestre, un jeune dun village SOS sexprime

    Dans les rues du village, les cris et les rires fusentparmi les enfants. Tous semblent gaux dans lejeu et la camaraderie et pourtant l'un deux nepartage pas cette insouciance. Quand il regardesa peau dore par le soleil, il se demande par quelmystre elle bronze plus vite que celle de ses cama-rades ? Et puis, pourquoi est-il le seul dans la bande ne pas porter le mme nom que ses parents ?Les autres lui ont fait remarquer plusieurs fois,sans dtours. Nous sommes dans la France desannes 50, dans un petit village lorrain. On estencore peu accoutum au brassage des populationset aux recompositions familiales. Cette questiondes racines s'est pose pour moi de manire difficileautour de dix ans, confie Jean-Marie Muller, pupillede l'tat et prsident de la Fdration nationaledes Associations d'entraide des personnes accueilliesen protection de l'enfance (Adepape). Happ parla question de ses racines, celles hrites d'un prekabyle mais presque mconnu, il s'est dbattu aveccette interrogation au point d'en oublier le reste,dlaissant l'cole pour faire les quatre cents coups,avant de devenir finalement un lve exemplaire.En Auvergne, Monique Ferreira a elle aussi tplace, loin de chez elle, trs jeune, en tant quepupille de ltat. Je me suis trs bien adapte ma nouvelle vie mais je n'ai pas eu d'explicationme permettant de savoir d'o je venais. Jusqu'aujour o ses racines refont surface loccasion duneremarque des camarades sur son nom. Puis, lemanque se fait ressentir d'un coup, sans prvenirdans des moments importants, comme celui desa communion solennelle.

    Retrouver d'autres racinesDepuis, les pratiques en protection de l'enfanceont volu pour faire une place - ds que cest

    Publication trimestrielle dite parSOS Villages dEnfants6, cit Monthiers - 75 009 ParisTl. : 01 55 07 25 25

    PRSIDENT : Pierre Pascal

    VICE-PRSIDENTS : Jean-Pierre Rousselot, DanielBarroy, Marie-Claude Hamon.

    DIRECTEUR GNRAL ET DIRECTEURDE LA PUBLICATION : Gilles Paillard

    RDACTEUR EN CHEF : Franois-Xavier Deler

    CONCEPTION, RDACTION ET MAQUETTE :Le Jas - 01 53 10 24 10 - www.lejas.com

    PHOTOS : Le Jas, Phovoir, SOS Villages dEnfants,Tom Hart, Katerina Ilievska, Zishaan Akbar Latif,Gwenael Piaser.

    IMPRESSION : Fabrgue

    ABONNEMENT ANNUEL : 8 eurosPRIX AU NUMRO : 2 euros

    COMMISSION PARITAIRE : 0117H81095ISSN : 0243.6949Dpt lgal la parution/ Cette revue est accompagnedun encart dappel dons (enveloppe, lettre et bulletinsdabonnement/don).

    Adeline

    Imprimsur papier mat 90 g PEFC

    ENFANTSPLACS

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    GRANDIR AVECQUELLES RACINES ?Ns quelque part et levs ailleurs, par d'autres que leurs parentsbiologiques : les enfants placs dans le cadre de la protection de l'enfancegrandissent avec des racines forcment multiples. Que conservent-ils deleur milieu familial d'origine ? Effacent-ils ces attaches originelles pourles remplacer par d'autres ? Comment grandir avec ces racines entremles ?Jeunes et moins jeunes passs par l nous racontent.

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    possible - la famille d'origine, dans la constructiondes enfants placs. Nanmoins, la question durapport leurs racines continue de se poser. Namaest aujourdhui une maman panouie dans sa familleet son mtier aprs avoir t, elle aussi, place durantson enfance. Son parcours l'a conduite du Marocau centre de la France en passant par la rgion pari-sienne. Du Maroc, elle n'a gard ni la religion deses parents ni mme leur langue, bien qu'elle aitconserv des liens rguliers. En grandissant distance de son milieu et de sa culture d'origine,Nama considre que ce placement a t synonymede libert, celle de pouvoir faire abstraction de sonpass pour choisir sa vie, entreprendre ses tudes.Je me suis construite avec ma famille daccueil caril y avait cette coupure. Elle reconnat cependantque l'attachement aux racines est rest prsentmme en filigrane. Je rverais d'avoir un grenierparce que je n'ai pas de photos ni d'objets, confie-t-elle aujourd'hui. Et ce n'est sans doute pas unhasard si l'universit, elle a choisi d'apprendre leslangues, forte de se sentir un peu dici et un peudailleurs.

    Reconnatre une double appartenanceIl existe une ambivalence par rapport au lien avecla famille d'origine et sa mise distance, observeLo. Lui-mme plac trs tt dans une famille dac-cueil, il a particip une recherche avec d'autresjeunes qui ont connu cette situation. La questiondes racines se pose forcment un jour ou l'autre,souligne-t-il, que ce soit pendant le placement del'enfant, en cas de changement de la relation avecsa famille d'accueil, ou lors de la sortie de la famille

    l'ge adulte. Mme si des liens parfois trs fortset durables se tissent avec les parents d'accueil, ilsn'clipsent pas ceux qui existaient prcdemment.Il faut soit choisir son univers, soit faire une sortede synthse et de mtissage entre deux racines. Laconstruction de soi est assez clive entre les deux,reconnat-il. Lui-mme en a fait l'exprience, devantse familiariser avec des codes aussi diffrents queceux du quartier parisien de Barbs puis une vie la campagne. Pour avoir toutes les chances des'panouir, les enfants placs ont besoin que cedouble enracinement soit encourag par l'institution.Sinon, le risque qu'ils courent est celui d'une doublepeine brve chance. Comme l'analyse Lo :Faire le choix trop rapidement d'une mise distancede la famille d'origine expose au risque, si le lienavec la famille daccueil se dsagrge, de ne pluspouvoir ractiver le lien d'origine. D'o l'importanced'un discours des ducateurs qui n'carte pas lesracines familiales, au moins symboliquement enles voquant et de prfrence sous un jour positif.Ces liens prservs sont autant de points d'appuidevenus prcieux au moment o ces jeunes adultessont livrs eux-mmes l'ge de 18 ou de 21 ans.

    Partir de la situation de l'enfantDirecteur de l'association RETIS en Haute-Savoie,qui prend en charge le placement des enfants sousplusieurs formes, Mohamed L'Houssni met engarde contre la tentation de l'ethnocentrisme,consistant proposer aux enfants un modle quiserait en rupture avec leurs racines. Ds lors qu'ily a un cart entre le mode de vie de la familled'origine et celui de la famille d'accueil, il y a un

    Difficile de rpon-dre cette questioncar les donnes disponibles restentpeu nombreuses.Pour avoir une pho-tographie exacte de la situation, ilfaudrait pouvoirrecenser tous lesenfants ayant faitl'objet d'unemesure de place-ment sur plusieursgnrations. Enrevanche, onconnat un peumieux le nombred'enfants nouvelle-ment concerns. En 2011, lObserva -toire national del'enfance en danger(Oned), recensait296 000 jeunesayant fait l'objetd'une mesure deprotection de l'en-fance dont 275 000mineurs. Parmi eux,48 % ont t placset ont d s'adapter un nouvel envi-ronnement enfoyers ou dans unefamille d'accueil (lesautres bnficiantdun accompagne-ment ducatif domicile).

    REPRESCOMBIEN D'ENFANTSCONCERNS ?

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    conflit de loyaut pour l'enfant, met-il en garde.S'il se conforme au modle de sa nouvelle famille,l'enfant dnigre ses parents. l'inverse, il risquede se sentir comme un tranger dans son milieud'accueil parce qu'il n'a pas la mme manire dese tenir ou de parler. Comme un migrant frache-ment dbarqu, l'enfant qui est plac doit pouvoirprendre racine dans son nouveau monde et conserverce qu'il souhaite de celui d'o il vient. Il peut yavoir des objets, de la musique ou des visites delieux qui voquent ses racines, poursuit-il. Commedans les cas d'adoption, il ne faut pas que la familled'accueil redoute cet attachement de l'enfant safamille biologique. Elle doit au contraire l'aider se construire une histoire acceptable par lui.Consciente de cet enjeu SOS Villages dEnfantsapporte be