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Visage du Druidisme-André Savoret

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TABLE DES MATIERES

CONSIDÉRATIONS LIMINAIRES

PREMIERE PARTIE

CHAPITRE I — La préhistoire du druidismeCHAPITRE II — Le premier schismeCHAPITRE III — Rama. Naissance du druidisme proprement ditCHAPITRE IV — Irshu. Origine et développement du second schismeCHAPITRE V — La Gaule, refuge de l'orthodoxieCHAPITRE VI — Ambiorix et Vercingétorix. Les druides et RomeCHAPITRE VII — Druidisme et christianisme : le Graal…CHAPITRE VIII — Bardisme et néo-bardisme

SECONDE PARTIE

CHAPITRE IX — Le druidisme et l'organisation socialeCHAPITRE X — L'homme et le monde selon le druidismeCHAPITRE XI — Magie druidiqueCHAPITRE XII — Métrologie druidique. Les ensembles mégalithiquesCHAPITRE XIII — Cieux et saisons : Le calendrier druidiqueCHAPITRE XIV — De quelques symboles monétaires et lithiquesCHAPITRE XV — Les druides thérapeutes et alchimistes : Le gui

POUR CONCLUREESQUISSE CHRONOLOGIQUETABLE ANALYTIQUE

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LE DRUIDISME

A ANIANTA, en qui s'harmonisaientla Sagesse druidique et la certitude chrétienne,

je dédie filialement cette adaptationfragmentaire de l'Enseignement véridique.

CONSIDERATIONS LIMINAIRES

Ce n'est pas sans avoir longuement hésité que l'auteur s'est décidé à rédiger les pages quisuivent. Il n'ignore nullement à quelles critiques il s'exposera, soit qu'elles émanent de spé-cialistes qui font autorité en matière de celtisme, de préhistoire et d'histoire des religions (sitoutefois ils lui font l'honneur de le lire), soit qu'elles lui viennent de partisans ou artisans d'un« néo-druidisme », qu'il estime anachronique et pauvre de contenu interne comme le pour-rait être un « néo-mithraïsme ».Les opinions scientifiques sur les Celtes et sur leurs druides ont passablement varié depuisun bon siècle, et elles diffèrent grandement, d'un savant à l'autre, sur nombre de pointsessentiels.C'est ainsi que l'une des lumières du celtisme estime « qu'il n'y a aucune base morale à la reli-gion des Celtes ».Cependant, Camille Jullian n'affirmait-il pas que l'Assemblée des Druides de Gaule, « au-dessus des cinq cents rois de tribus, représente l'autorité universelle, la force morale, une etsainte, supérieure à la force matérielle, démembrée à l'infini ».L'on pourrait multiplier de telles contradictions. Elles sont indépendantes de la valeur intel-lectuelle de leurs champions et de la probité de leurs recherches. Mais elles mettent en évi-dence un fait dont témoignent leurs divergences. Ce fait, c'est que, si l'on pouvait accéder àla vérité par cette voie, elle serait déjà atteinte !N'est-ce pas le même savant, premier cité, qui écrit, dans l'ouvrage où il dénie toute basemorale à la religion des Celtes, ces phrases désenchantées, qui pourraient servir de correctifà son opinion [1]: « A mesure qu'on avance dans l'étude de la religion des Celtes, on a l'im-pression de poursuivre un objet qui recule sans cesse et se dérobe à toute prise. Ou s'il arrivequ'on réussisse à en saisir quelque chose, on n'a entre les mains qu'une enveloppe vide dontle contenu a fui sans recours. Il faudrait pouvoir retrouver les sentiments des idées, les croy-ances qui se cachent derrière les apparences que l'on entrevoit. Mais il n'est guère facile deles découvrir avec preuves à l'appui, et on n'a pas le droit de les deviner. »Ce sont là le langage et les scrupules légitimes du savant, qui sait ce qu'on doit ou peut enten-dre par « science », au sens où on l'entend de nos jours.Sans se faire le jouet de hasardeuses révélations spirites ou autres, il est (disons « peut-être »)possible de débroussailler un autre chemin vers le lointain passé de nos ancêtres et la pensée

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profonde de leurs instituteurs religieux. Sur ce chemin que le savant s'interdit par définition,je pourrais répondre comme Sainte Thérèse : « mon secret est mon secret ». J'ajouterai pour-tant ceci : Que le druidisme ait disparu sans laisser de traces et que son enseignement internen'ait point fait l'objet d'une transmission discrète, ce n'est qu'une opinion. L'opinion contraireest tout aussi recevable !De ces quelques aspects du druidisme, esquissés à grands traits, l'auteur ne revendique enpropre que les erreurs de perspective, les lacunes et les omissions, soit involontaires, soitdélibérées. Il ose affirmer que la tradition druidique s'est toujours maintenue à l'écart despolémiques, des engouements et des curiosités, – aussi étrangère aux excès des celtomanesromantiques d'hier qu'au cérébralisme desséchant qui triomphe aujourd'hui. Son contenu leplus central, intraduisible autrement qu'en symboles, – ce qui ne signifie pas incommunica-ble, – l'exigeait, comme l'exigeait la volonté arrêtée de ses peu nombreux porteurs, de ne pasopposer religion à religion : religion morte en son aspect cultuel, sinon en sa dispensation ini-tiatique !C'est donc la moindre part de cette transmission qui formera le fond des adaptations iciavancées, comme des indispensables développements personnels, qu'on a réduits au mini-mum.Ces adaptations à la mentalité occidentale contemporaine – dont il fallait bien tenir compte– de vues exprimant une mentalité autre, et souvent antinomique, ont constitué une entre-prise périlleuse par les pièges, les méprises, les risques de déviation qui se présentaient àchaque pas.Informer sans trop déformer, traduire sans trop trahir, dire l'utile et éluder le dangereux, telfut le souci permanent de l'auteur. Qu'il y soit parvenu à tout coup, c'est ce dont il n'est nulle-ment persuadé.Si, cependant, de mieux doués pouvaient, la providence aidant, trouver ici la trace du mincefil d'Ariane de ce labyrinthe (où lui-même s'est longtemps égaré), il y trouvera la suffisante jus-tification de son travail.Il sera toujours loisible à d'autres, plus nombreux, de ne voir en tout ce qui suit qu'une Saga,une « Celtiade », plus ou moins heureusement écrite.

[1] Collection « Mana », vol. III, p. 250. Presses Universitaires de France.

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Chapitre I

LA PREHISTOIRE DU DRUIDISME

« Il n'y a rien de caché qui ne sera découvert, rien de secret qui ne sera connu. »Luc, XII, 2

La voie spirituelle qui devait finalement prendre le nom de « Druidisme » s'ouvrit dès les premierspas sur cette planète d'une race tard venue, à laquelle bien des noms furent donnés au cours des âges.Car, à l'origine, pour autant que les origines soient discernables, chaque race s'organise selon songénie propre, qui détermine l'aspect qu'elle peut saisir de Dieu, de l'homme et de l'univers, orientant,par là même, sa religion, ses mœurs et son langage.Ainsi, sans tomber dans les aberrations d'un « racisme » primaire, volontiers oublieux du fait qu'iln'existe plus de races pures depuis bien des siècles, il se pose ici, comme premier axiome historique,la réalité, la diversité d'origine et l'inégalité, – la dissemblance, si l'on préfère, – des races qui secoudoient, se mêlent ou se succèdent sur ce globe. Expliciter ma prise de position sur une questionépineuse, si souvent et si passionnément débattue, n'entre pas dans le cadre que je me suis tracé.Conformément à la tradition dont quelques échos me sont parvenus, je dirai simplement que la Terre,notre résidence actuelle, est une planète composite, ce qui peut s'entendre cosmologiquement maisaussi ethniquement. Une des conséquences de ce fait est que notre planète, comme telle, est incom-parablement plus récente que certaines de ses composantes.Toute littérature exclue, il m'est nécessaire d'esquisser un tableau de l'état de ce monde, – tableaunaturellement approximatif, – au moment où le druidisme (ou, mieux, la sagesse pré-druidique insépara-ble des Celtes pour qui elle fut conçue) va commencer à jouer un rôle sur notre planète, aujourd'hui sub-lunaire.J'ai nommé les Celtes ! Force m'est de renvoyer à mes essais antérieurs pour la justification de l'em-ploi de ce terme en tant que synonyme d'Hyperboréens ou, plus simplement, de Race blanche.Qu'une minime fraction de cette race, et non exempte de tout alliage, ait seule conservé cette appel-lation de « Celtique » jusqu'à nos jours, ne change rien à ce qui fut !A l'heure où les premiers éléments de race Blanche apparurent sur le continent Hyperboré, voici aumoins quelque vingt-quatre mille ans, quatre autres races proprement « humaines », quatre contin-gents venus de lieux différents, à des heures également différentes, occupaient la surface de laplanète.La première race, que j'ai appelée ailleurs « préparatoire », est celle du continent australe-malgache,que je nommerai Lémurie comme tout le monde. Ses ultimes représentants sont à rechercher parmiles Dravidiens de l'Inde, les Aïnous et sporadiquement chez les Ivériens caucasiques ou Khartvèles,d'ailleurs terriblement métissés. Pour le passé, chez les Sumériens d'avant les infiltrations akkadi-ennes.La seconde, c'est la race noire d'Afrique, brachycéphale (ou pseudo-dolichocéphale, par le développementexagéré du cervelet) aux cheveux crépus, aux yeux sombres, au teint brun foncé, avec une nette ten-dance au prognathisme, qui subsistera chez nombre de ses métis. De son berceau originel, aux alen-tours de l'actuel lac Victoria, elle inonda l'Afrique, moins touchée par les cataclysmes que les habitatsoriginels des autres races, et déborda largement sur ce qui constituait, à l'époque de son grandessaimage, « l'Ancien Monde ».La troisième est la race jaune, venue du continent pacifique, brachycéphale également, dont lesMongols ont conservé le type initial le plus approchant.La quatrième en date est la race rouge, issue de l'Atlantide, reliquat d'une terre autrement vaste, occu-pant primitivement la majeure partie de l'aire assignée par les géologues à leur continent africano-brésilien de l'ère tertiaire. Le type pur de cette race, dont il existe des rémanences parmi les Indiensde l'Amérique (surtout du Nord) comme parmi quelques groupes berbères du sud marocain, seraitcelui d'un dolichocéphale aux tempes creuses, aux yeux bruns, au nez busqué avec un léger retrous-

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sis des narines découvrant la base de la cloison nasale, aux cheveux lisses et sombres, au teint cuivrétirant sur le brun-rouge.Derniers venus, les Blancs ou Hyperboréens se présentent comme la cinquième race humainebiologique. Que leur type primitif ait été celui d'un dolichocéphale blond, au teint clair, aux yeuxbleus, sans prognathisme, peut plaire ou déplaire. Je n'y puis rien ! Ce type, comme les autres, –davantage, même – est de nos jours plus ou moins altéré : dès qu'il y eut des contacts suivis entreraces, il y eut des mélanges de sangs, – métissages plus ou moins complexes, plus ou moins accen-tués. Dans « Le Passé de notre Race » (in, Bulletin du Collège bardique des Gaules), j'ai donné sur lestypes mixtes, Rouge et Blanc, Rouge et Noir, Noir et Blanc, des indications succinctes, que je nerépéterai pas ici.

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Reste à brosser à grands traits le cadre géographique existant quelque vingt mille ans avant notre ère,en gros chiffres.Tâche assez malaisée, qui n'ira pas sans quelques erreurs de détail, voire quelques légers anachro-nismes, le décor changeant d'un millénaire à l'autre.Vers cette époque, la race noire, dont le type pur eut sa beauté, encore sensible chez certainsNilotiques ainsi qu'en Abyssinie (quoique cette contrée ait été assez fortement sémitisée), la race noire, dis-je, en est à son apogée. Elle a édifié sa métropole autour de l'immense golfe Triton (réduit depuis l'ex-haussement du seuil de Gabès au chapelet des Chotts tunisiens). Au centre, une île puissante : l'actuel mas-sif de l'Aurès. Ce golfe, véritable mer intérieure, dessine une échancrure de 500 kilomètres dans saplus grande dimension et 200 dans sa largeur. Ce futur lac est de niveau constant malgré l'évapora-tion puisqu'un goulet le fait encore communiquer avec la mer libre, et il concourt avec le Nil pourfaire du Sahara un territoire irrigué, d'une végétation exubérante.Car, c'est un fait qui doit sortir de la pénombre où il fut jalousement tenu : à la hauteur approxima-tive de Méroe, non loin de la 6e cataracte, le Nil obliquait primitivement vers l'Ouest pour s'infléchirvers le nord, se couler entre le Tibesti et le Fezzan, passer au-dessus du Hoggar, pour faire un coudebrusque au nord d'Idelès et se jeter dans le Triton, au-dessus de Touggourt.L'oued Igharghar, pointant en direction du Chott Melrhir est le dernier vestige du lit primitif du Bas-Nil.C'est bien plus tard, aux alentours de - 8000, peu avant la dernière catastrophe atlante, que les Noirseurent la mirifique idée d'en détourner le cours pour en faire le Nil actuel, ce, évidemment, dans unbut stratégique, sous la menace atlante. Mais n'anticipons pas.Le gigantesque travail des Noirs contribua pour une part à hâter le dessèchement du Sahara, alorsflorissant.Au moment où, ignorés d'eux, les premiers contingents de race Blanche se développaient dans leurhabitat hyperboréen, les Noirs occupaient l'actuelle Afrique, à l'exception d'une enclave Rouge, deGibraltar à l'Oued Draâ. Ils débordent largement à l'est, vers le nord de l'Arabie (seul exondé) et occu-pent aussi le Sinaï (alors, île et non péninsule). Mais, dès que leur expansion s'orientera vers le nord, ilsvont partout se heurter aux Rouges ou se voir contraints de composer temporairement avec eux, tantdans les territoires asianiques que dans l'Europe du Sud. Celle-ci est d'accès facile : elle est soudée àl'Afrique par l'Isthme de Gibraltar (occupé par les Rouges ainsi que le sud et le sud-ouest de la péninsuleibérique) et, par ailleurs, le promontoire Sardinio-tunisien n'est séparé de la Corse, – autre promon-toire, mais européen, – que par un insignifiant bras de Méditerranée, le sud-est de l'Europe, de laSicile à la Grèce, forme un bloc dont la partie occidentale, la Tyrrhénide, est soudée à la partie orien-tale, l’Egéide. Ces deux contrées, très tôt prospectées par les Rouges, demeureront longtemps reliéesà la Cyrénaïque.Les Atlantes ou Rouges, tiennent en force le nord-ouest de l'Afrique dont les terres s'étendaient endirection de leur Métropole un peu au-delà des actuelles Canaries. Quelques îles, dont Madère, fai-saient relais entre la vaste île atlante, qui englobait les Açores, et les côtes africano-européennes.L'empire atlante d'Afrique couvrait à peu près le Maroc actuel. Retranché derrière l'Oued Draâ, il for-mait une chaîne de bastions solidement organisés dans l'Atlas et l'Anti-Atlas, couvrant de comptoirset d'enclaves les côtes occidentales de la péninsule ibérique et poussant des pointes vers les terresauxquelles appartiendront plus tard la Gascogne, l'Armorique et l'Irlande.

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Mais le gros de l'effort des Rouges, en perpétuel conflit d'hégémonie avec les Noirs, porta surtout surla Tyrrhénéide et l'Egéide. Dans la première, ils ne purent que partiellement déloger leurs adversairesde leurs positions ; par contre, dans l'Egéide, ils finirent par devenir l'élément prépondérant et lesNoirs durent se soumettre, s'allier ou céder la place.

On laissera de côté les Jaunes, à peine réchappés de la catastrophe qui venait d'anéantir leur berceau,le continent pacifique, et qui ne jouèrent que bien plus tard un rôle quelconque en Occident. Quantaux futurs Suméro-dravidiens, leur propre continent allait bientôt connaître un sort analogue.Il est difficile de se faire une idée précise de la physionomie de l'Europe du Nord et, davantageencore, des régions circumpolaires où allait se dérouler l'enfance de la race blanche.Vendée et Bretagne débordaient vers le nord-ouest, soudées à l'Irlande et à l'Angleterre ; la terreferme, qui englobait l'Islande, s'étirait presque jusqu'au Groenland, dont un chenal la séparait.Un simple coup d'œil sur un globe terrestre nous renseigne sur les possibilités migratrices des clanshyperboréens : Europe, Asie, Amérique (pour employer des expressions sensibles, mais inadéquates à l'étatdes choses primitif) pouvaient toutes trois être foulées par les expatriés. En fait, si le gros de la raceblanche s'écoula (mais non d'un bloc) vers l'Europe, les autres parties du monde en hospitalisèrent denotables contingents, vite métissés. Telle est entre autres l'origine des Tibétains. Pour l'instant, nosProto-celtes vivent en autarchie, sous un climat franchement chaud, s'organisant lentement, trèslentement, à mesure qu'ils sont moins clairsemés. Lentement aussi s'esquisse leur langue, qui sedialectisera peu à peu, malgré les tentatives d'unification et de normalisation du sacerdoce.Chaque race authentique apporte avec elle et développe dès ses premiers balbutiements son modespécifique d'expression verbale. Mais, au bout de quelques millénaires, – il est bon de ne pas l'oubli-er – groupes raciaux, groupements nationaux et communautés linguistiques auront subi de puissantsdélayages et ne seront ni purs de tout alliage, les uns comme les autres, ni superposables les uns auxautres. Il est de simple bon sens que tout groupe linguistique, pour homogène qu'il ait été une fois,évolue non seulement en développant ses puissances internes, mais encore sous des influencesexternes. En s'accroissant, en essaimant, en accueillant des émigrants, en adoptant des techniques, en

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subissant des jougs, la race se mêle à d'autres et ses dialectes témoignent de remaniements parallèles.En outre, chaque fraction isolée du gros innove à sa façon, adopte des termes récoltés là où elle setrouve, oublie des termes anciens ou en modifie l'acception, si bien que l'on peut poser en fait que,dans des empires aussi vastes et aussi vieux que ceux des Rouges et des Noirs, il y avait, à l'heure oùles Blancs les rencontrèrent pour la première fois, non plus une mais des langues atlantes, non plusune mais des langues noires, coushitiques ou sethiques (ces trois termes étant sensiblement synonymes).Comme il y a cinq races, à ma connaissance, il s'ensuit qu'il y eut au cours du temps cinq langues-mères, dont aucune n'est attestée autrement que par les langues dérivées de son groupe, sans parlerdes idiomes mixtes ou composites, plus nombreux qu'on ne croit communément. La méconnaissancede ce fait capital a entraîné l'échec inéluctable de toutes les tentatives d'appréhender l'origine du lan-gage en postulant quelque langue-mère universelle. Corrélativement, car les deux problèmes sontliés, le postulat de l'unité originelle du genre humain sur la planète ne peut qu'égarer le chercheur quiveut interroger le plus lointain passé.Sans illusions sur l'accueil qui sera fait, en général, à mes propositions (mais je n'écris pas pour M. « EnGénéral »), je dois redire ce dont mes recherches, autant que la tradition à quoi des circonstancesexceptionnelles me donnèrent passagèrement accès, m'ont convaincu : Les « races » sont des human-ités distinctes, ayant suivi chacune une évolution différente et ayant fait sur terre leur apparition endes temps et des lieux également différents. Ceci, sans toucher en rien à l'unité spécifique, onto-logique, de toutes les humanités concevables en ce monde et en d'autres.Le seul qui ait vu quelque peu clair en tout ceci et qui ait, en outre, connu l'histoire secrète de la Terre,dans ses grandes lignes, avec une justesse stupéfiante, est un homme de génie dont je suis heureuxd'honorer la mémoire. Je veux nommer Antoine Fabre d'Olivet[1].Même là où il se trompe en partie, il n'avance jamais rien qui n'ait sa raison et sa bonne part de réal-ité. Deux exemples seulement : II expose, dans l'Histoire philosophique du Genre humain, que la racenoire s'est nommée « suthéenne » ou « sudéenne », et en rapproche notre nom du Sud. Il affirmeégalement que les Blancs ou Boréens appelaient les Noirs « Pelasks », c'est-à-dire « Peaux de bois »,« Peaux tannées ».Si l'on laisse de côté l'appareil linguistique, tout externe et trop souvent contestable, dont il feint d'ap-puyer ses affirmations, - lesquelles ont une tout autre source, autrement objective - je me permettraide répéter après lui que la race noire, dans sa propre langue, s'est effectivement désignée sous le nomde Set, Seth ou Suth, nom sous lequel les Egyptiens la connaissaient aussi, puisqu'ils nommaient sonterritoire Ta Set « Terre des Noirs » et opposaient son éponyme, le dieu Set, à Hor ; leur aspect duVerbe. Que ce vocable n'ait aucun rapport avec notre nom du sud, sauf d'assonance fortuite, ne faitguère question. J'ai donné ailleurs, dans « le Passé de notre Race », une étymologie de ce dernier voca-ble, que je ne renouvellerai pas ici.Quant au terme Pel-Ask ou Pel-Azg, les Blancs l'appliquaient aux populations mêlées en diversesmesures de Noirs et de Rouges, mais avec dominante de ces derniers, qui couvraient l'Egéide. Il estun emprunt à deux mots atlantes :

- PEL : « sombre, noir » (conservé dans l'euskarien belz « noir », bêle « corbeau » et passé dans l'Indo-européen * PEL),

- ASK/AZG : « peau », puis « teinte de peau » et, par extension, « lignée, race ».Dans le système adopté par Fabre d'Olivet, qui n'ignorait pas plus que moi le sens du terme composéPelask, c'est Pel « fourrure » qui signifierait peau, et ask, qui signifierait « bois » (norr. ask « frêne »).On saisit par ces exemples que la méthode de recherche de cet auteur est nettement paralinguistiqueet dépend rarement de la justification « rationnelle » qu'il en tente après coup, pour sacrifier à la modede l'ésotérisme de son temps qui, depuis Court de Gébelin, ne rêvait qu'étymologies, hiéroglypheségyptiens et racines chaldaïques ou phéniciennes !Mais c'est assez sur un sujet dont le développement m'entraînerait trop loin. Revenons plutôt à nosHyperboréens.Les conditions de leur habitat polaire primitif (notre zone arctique, moins les glaces et la rigueur du cli-mat) ont laissé des traces irrécusables dans la mythologie, le calendrier, le nom des points cardinauxet les traditions des Indo-iraniens et des Indoeuropéens. Dans ses deux ouvrages : « Orion ou l'antiq-uité des vêdas » et « Le Home arctique dans les Vêdas », le pandit Tilak en a accumulé les indices, etses démonstrations attendent encore leur réfutation.Comme j'y ai fait appel ailleurs (notamment dans « Le Passé de notre Race ») on voudra bien me dis-penser de me répéter inutilement.

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Dès les origines, les ancêtres de la race blanche s'affirmèrent essentiellement individualistes, aven-tureux, querelleurs et affectifs ou « animiques », si j'emprunte la terminologie de Fabre d'Olivet.De toutes les races, la leur est la plus difficile à unifier, tant politiquement que religieusement. Entretoutes, c'est celle en qui l'idée de liberté, d'indépendance, – qu'elle soit dogmatique, nationale ou indi-viduelle –, est le plus profondément ancrée. Ce qui est à la fois, au cours de sa longue histoire, sa jus-tification et sa condamnation, son titre de gloire et la source, toujours vive, de ses malheurs. Sil'Europe actuelle ne se souvient plus guère des Celtes, ne les reconnaît-on pas en elle, peu ou prou, àces traits, en dépit d'un long abâtardissement ? Et n'est-il pas vrai que les peuples d'Europe réputés« grégaires », – dans un sens d'ailleurs bien relatif – ont quelque peu de sang jaune dans leurs veines ?Mais n'anticipons pas.La première glaciation, dite de Günz (- 18000 en gros chiffres, sans faire appel à ceux des préhistoriens, quiy ajouteraient volontiers un zéro) est liée au destin de la Lémurie, qui bascule et craque, tandis quel'Europe s'exhausse et se couvre progressivement d'une calotte de glace. Le Pôle du froid est quelquepart dans le massif Scandinave, tandis que l'Hyperborée passe d'un climat chaud à un climat assezrigoureux, mais non encore glaciaire. Un chenal, libre une courte saison de l'année, existe entre la meret les monts d'Islande, donnant accès à l'Europe de l'Ouest. Ce fut seulement à la quatrième etdernière glaciation, en synchronisme avec la destruction de ce qui restait de l'Atlantide que le pôle dufroid, touchant l'Hyperborée, détermina l'exode général des Blancs encore demeurés là. Car, pas plusque les fameuses glaciations n'ont eu lieu avec l'ensemble et la soudaineté que le recul du temps nouspousse à imaginer, les migrations hyperboréennes ne se sont effectuées d'un coup, ni non plus dansla même direction. Pour nécessaires qu'ils soient, les étages, les strates, les industries, les faciès, lesères et autres systèmes de classifications utilisés pour ordonner les faits préhistoriques, deviennentabusifs si on les prend en un sens absolu, le réel étant infiniment plus souple, plus mouvant et pluscomplexe que les schémas représentatifs édifiés dans l'abstrait.Donc, vers - 18000, les Hyperboréens ont déjà derrière eux plusieurs millénaires d'histoire, si l'on peutemployer ce mot, c'est-à-dire d'organisation sociale élémentaire, et ont franchi une première étape decivilisation : techniques du bois, de la corne et de l'os, mais non encore de la pierre ouvrée.Dans ces étendues luxuriantes, où la forêt alternait avec la steppe et où, encore indompté, le cheval(l'animal hyperboréen par excellence, avec l'élan) galopait par troupes nombreuses, sous un climat assezégal, il est superflu de dire que la nécessité, peu pressante, n'aiguillonnant pas le progrès technique,aux phases presque insensibles.Ces Blancs, ces Celtes ont une langue commune, à quelques variantes près, ignorant encore la distinc-tion des aspirées[2].Grammaire et syntaxe sont encore flottantes, mais les mots-racines essentiels sont déjà là et varierontassez peu : noms de nombres, de degrés de parenté, de parties du corps et d'actes simples : manger,boire, aller, venir, etc...Et naturellement, dès ces premiers temps, de mauvaises têtes, des divergences d'opinion, des défis etdes rixes. Mais cette race, assez facilement portée à la voyance, aux pressentiments, au rêve, a déjà sesSages (-WID- mot-racine qui formera plus tard son nominatif en escamotant le -D qui reparaîtra aux autrescas : -WIS- (pour *WIDS) et qu'on retrouvera, entre autres, dans les traditions britanniques sous les espèces del'initiateur Gwyddori).C'est de ce nom, par un jeu de mots dont je reparlerai, que Rama composera, avec un des noms duchêne, celui des druides : *DRU-WI(D)S. Ces Celtes ont également leurs voyantes, formées en collègeset contenues – difficilement – dans de justes bornes par leurs Sages.Leur nom, rendu célèbre par celui de la Velleda rhénane, fut « normalisé » en fonction d'un thème :WEL-IT – reposant sur un mot-racine Wel – « Voir ». Ce sont ces voyantes dont les lointaines contin-uatrices prendront, en grande majorité, le nom de druidesses, – qu'on peut leur attribuer par antici-pation, leur fonction étant en principe identique. Des centres initiatiques[3] existaient, en effet, depuisles premiers temps de la race ; depuis – exactement – que l'Envoyé divin qui lui était propre avait for-mulé pour elle l'aspect du Verbe qui lui était le plus accessible, lui donnant à la fois, avec ses premierssymboles et son premier ésotérisme, ses bases morales, ses principes spirituels et sa structure sociale.Assez vite chez ces êtres turbulents et avides de nouveau, se formèrent des opinions particulières. Endivers points de ce vaste espace en voie de peuplement, l'orthodoxie primitive était minée par des

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vues, qui sans aller jusqu'à fomenter des schismes dans l'immédiat, les laissaient facilement prévoirpour quelque proche ou lointain avenir.Tel était l'état des choses à l'aube du druidisme, ou, plus justement, des temps pré-druidiques.La très lente évolution des Blancs allait maintenant s'accélérer sous l'influence de causes extérieuresà leur volonté assez irrésolue, causes dont les principales seraient les glaciations qui les forceraient às'expatrier et à s'aguerrir contre les intempéries, et le contact avec des éléments de races différentes,techniquement en avance sur eux.

[1] Tout l' « épluchage », souvent injuste, de Léon Cellier, dans son gros bouquin d'érudition, Fabre d'Olivet Nizet, 1953 resteen dehors de l'essentiel, (lequel n'est pas du ressort de l'érudition) et même parfois de l'accessoire (il s'étonne, p. 393, qu'on puisse« prendre au sérieux l'histoire du druide Ram »). Qu'on veuille ou non la prendre « au sérieux », cela est sans rapport avec sondegré de réalité et avec les moyens de s'en assurer.[2] Ceci a été exposé plus en détails dans un article de la revue S.O.S., Occident, n° 105 à 107 (1936) : « Linguistique etPréhistoire ».[3] Je voudrais être en mesure d'expliquer au lecteur non prévenu, – ou rendu sceptique, voire hostile, par des contacts, par-fois peu édifiants, avec nombre de soi-disant Centres, Groupes ou Fraternités « initiatiques » – ce que pouvait être un cen-tre initiatique véritable, au temps où il y avait encore possibilité d'initiation effective. La chose ne se démontre malheureuse-ment pas à la façon d'un théorème géométrique.

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Chapitre II

LE PREMIER SCHISME

Les immenses étendues hyperboréennes furent loin d'avoir été toutes éprouvées au même degré eten même temps par les glaciations. En conséquence, une importante fraction des tribus celtiques s'ac-crocha longtemps aux régions moins perturbées, alors que d'autres, au cours des successives inva-sions du froid, descendirent vers le sud, souvent pour remonter puis reculer à nouveau selon l'exten-sion ou la rétraction des champs de glaces. D'autres émigrèrent définitivement vers l'Ancien ou leNouveau continent, soit par dessein, soit que quelque transgression marine ou quelque barrièreglaciaire les aient coupées des passes empruntées pour leur repli.C'est ainsi qu'une quinzaine de millénaires avant notre ère – en gros chiffres, – des clans hyperboréenss'étaient déjà aventurés sur le bouclier irlando-breton. Ils y furent témoins, quelque trois mille ansplus tard, d'un événement cosmique formidable (du moins, à notre échelle) dont la tradition, toujoursvivace, faisait dire aux Gaulois qu'ils ne craignaient qu'une chose : « que le ciel ne leur tombât sur latête ».Cet événement fut une fantastique chute de bolides dont l'ouest de la future Europe fut le centre prin-cipal d'impact. Parmi les régions les plus éprouvées, une bonne part gît depuis longtemps sous lesflots. Toutefois, des vestiges notables de cette catastrophe subsistent en Bretagne (« Chaos » de PlouManac'h, entre autres sites) et au sud du Pays de Galles.Je ne chercherai pas, pour l'instant, à préciser l'origine de cette pluie de blocs incandescents, projetésd'une région de notre système qu'on pouvait voir rougeoyer la nuit, tandis que les bolides dont ellemitraillait la Terre zébraient le ciel de traits de feu, martelaient sauvagement le sol, ou s'enfonçaienten grésillant dans l'Atlantique, soulevant des geysers d'eau vaporisée. Spectacle hallucinant, dont lespires bombardements aériens de la précédente guerre mondiale peuvent seuls donner quelque idée !Les Anciens nous ont rapporté la tradition d'un incendie observé, – pensaient-ils – sur Vénus, quipourrait bien être étroitement lié à la « chute du ciel ».Je m'excuse de rapporter ces faits, tenus pour « légendaires » quand ce n'est pas pour « imaginaires»... Mais, outre que j'ai des raisons très positives de les tenir pour réels, voire vérifiables sous certainesconditions, je ne pouvais me dispenser d'en toucher quelques mots, car, bien antérieurement au Guide Chêne, la Pierre tombée du Ciel fut le thème central des enseignements tant publics que secretsdes Sages de Celtide. Elle fut leur premier autel : le Menhir, que copiera plus tard le Bétyle.Menhirs et dolmens jalonnent les voies de migration et les stations de la race, aussi bien ceux élevéssur le sol d'Afrique par les futurs Libyens, que ceux dressés par les émigrés, lentement métissés, quefurent les Proto-sémites, ou que ceux érigés dans le Caucase et l'Inde par les compagnons de Rama etleurs descendants.Naturellement, les Celtes ne commencèrent pas par élever un peu partout des blocs imposants : lesplus anciennes « pierres debout », de taille médiocre, justifient mal ce nom de « mégalithes » décernéindistinctement à toutes.C'est au cours du troisième interglaciaire (Riss-Wurm), alors que le climat général s'était quelque peuréchauffé, qu'on peut situer l'industrie Chelléenne, première technique de la pierre des Blancs, dis-séminés sur quelques points de l'Europe, et dont l'instrument typique est le « coup de poing » ovoïde,taillé à grands éclats. Ceci entre 10000 et 9000 avant J.-C. très approximativement. A ce propos, je dis,une fois pour toutes, que les partisans d'une chronologie longue contesteront mes datations, ce quiest leur droit évident. Ce n'est pas ici le lieu d'en discuter. Tout au plus exposerai-je que l'âge d'uneroche terrestre n'est pas forcément celui de sa présence ici, ce qui rend bien aléatoires les argumentstirés de la radio-activité, voire du C. 14. A mes yeux, bien entendu !Donc, peu à peu, les clans celtiques affluent : la future Europe commence à se peupler de groupesencore clairsemés, s'ignorant souvent les uns les autres et accusant déjà, la dispersion aidant, desdivergences religieuses et sociales qui iront en s'accentuant.Ceux demeurés les plus proches de l'organisation primitive ont conservé leurs Sages et le dépôt del'enseignement traditionnel. Ils ont reformé des collèges de voyantes, adapté leur calendrier stello-

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saisonnier à leur nouvel habitat et maintenu le culte très pur et très simple.D'autres modifient enseignement, religion et rites d'autrefois selon leur sentiment et leurs circon-stances.Mais l'heure du massif exode hyperboréen approchait ! Sept mille trois cents ans avant notre ère,d'après les données astronomiques rassemblées par l'astronome Philipoff, c'est la captation de laLune, qui devient satellite de notre globe[1]. La Terre oscille à plusieurs reprises, à la recherche d'unnouvel équilibre. L'atlantide, – dont c'était le troisième et ultime cataclysme, d'après Platon – s'en-gloutit sous l'océan tandis que le volcanisme se réveille un peu partout. Dans le domaine Egéo-méditerranéen, tremblements de terre et raz de marée perturbent l'Egéide, sans l'engloutir définitive-ment. Une nouvelle phase glaciaire débute, étagée sur des siècles. Aussi les derniers Hyperboréensabandonnent-ils leur contrée d'origine devant la rigueur du climat et, je suppose, fâcheusementimpressionnée par le va-et-vient de leur ciel familier et l'apparition de l'astre des nuits, quoique lechangement d'inclinaison du globe les ait peu éprouvés, à part quelques transgressions marineséphémères.Ainsi, la population de l'Europe se fait plus dense et la technique des Blancs s'améliore. C'est la péri-ode de l’Acheuléen (meilleure et plus fine taille des silex). Géologiquement, c'est à peu près 1' « étage »dit Monastirien (terrasses fluviales de 18/20 mètres avec climat et faune froids (renne, bison, etc.). Vers 6500,nous serons en plein Age du Renne. Le front des glaciers s'est progressivement stabilisé et va régress-er, leur fusion engendrant des fleuves gigantesques. Epoque cruciale pour les Celtes qui, descendanttoujours plus au sud à mesure de leur développement numérique, rencontrent ici les pionniers de larace Noire, là, ceux de la race rouge. Sans cohésion et techniquement inférieurs, les Blancs sont men-acés d'être rapidement anéantis ou d'être réduits en esclavage. Ce qui advint effectivement au débutpour une notable fraction de leurs tribus, décimées, capturées, et souvent déportées en Espagne et enAfrique, toujours soudée à l'Europe. Telle est, entre autres, l'origine des futurs Libyens. L'espritd'aventure, les querelles intestines et les émigrations qui s'ensuivaient souvent, alimentaient encorecette « Traite des Blancs » dont les victimes allaient édifier les forteresses cyclopéennes des Rouges(Nuraghi de Sardaigne, Talayot des Baléares) ou étaient astreints par les Noirs aux formidables travauxque nécessitaient le Nil et les retranchements de leur métropole du Triton. Naturellement, les Blancsdéportés faisaient des métis, comme en faisaient les esclaves blanches de leurs dominateurs dumoment : souche première de ces populations hybrides du nord de l'Afrique et du sud de l'Europe,qu'on baptisera plus tard « Ligures ».[2]Ce qui préserva la race de l'extermination et de la dégradation totale, ce fut, — je le redirai après Fabred'Olivet, bien informé sur ce point — la rudesse du climat post-glaciaire, l'instinct de conservationd'une race jeune, n'ayant pas sur ses vigoureuses épaules le fardeau d'hérédités qui pèse sur lesnôtres, et les mesures judicieuses de ses Sages qui déterminèrent la seule conduite à tenir devant unoppresseur invincible en rase campagne mais inadapté au climat : se tenir au plus près des glaces etorganiser des raids foudroyants, chaque hiver, contre des adversaires incapables de riposter sanscourir au désastre d'une « campagne de Russie » avant la lettre.Très postérieurement, il est vrai, la domestication du cheval par les Celtes, rendrait ces raids plus red-outables encore. Cette longue suite de représailles et de coups de mains aboutirait à la longue à fairechanger la fortune de camp et à amener le déclin des races de couleur.Pour le moment, nous sommes à l'aube du sixième millénaire. Les Blancs commencent à dresser cespierres levées et ces dolmens qui sont, pour ainsi dire, leur « signature » préhistorique : pierres dedimensions encore modestes, auxquelles succéderont d'imposants mégalithes.Quelle est alors la situation ? Quelques éléments rouges, isolés de leurs bases, préfèrent s'entendreavec les Celtes plutôt que risquer un massacre inutile. Et c'est de leur collaboration technique que naî-tra la belle industrie Solutréenne, plus tard imitée par les Noirs dont l'Aurignacien reste l'industrietypique : 1' « Homme de Cro-Magnon » est un Noir ou un métis de Blanc et de Noir !Progressivement, le climat s'adoucit : le cerf va bientôt remplacer le renne ; les industries classées «mésolithiques » vont faire place assez rapidement au Néolithique inférieur (Flénusien, Campignien,etc.). Les Blancs s'organisent, non sans se disputer, à leur habitude, si bien que des groupes de mécon-tents continuent à s'expatrier, tels les ancêtres des futurs Sémites, qui se métisseront en Asie et enAfrique. Parmi les Blancs disséminés en Europe, ceux qui occupent l'aire allant du sud de l'Irlande augolfe de Gascogne forment le noyau le plus stable. C'est parmi eux que l'orthodoxie du culte et ducode social et familial a subi le moins de déviations. Ils ont leurs Sages, hiérarchisés sous un chefrespecté, leurs fêtes cultuelles et saisonnières, leurs voyantes qui les relient aux ancêtres et au monde

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invisible. Ces dernières sont subordonnées au sacerdoce masculin qui développe, utilise et contrôleles facultés psychiques féminines, veillant à maintenir celles qui les possèdent dans de justes bornes.Les Sages de Celtide, en effet, connaissaient le danger des plans subtils de la nature pour qui se livrepassivement aux êtres qui les peuplent, et dont certains sont les pires ennemis de la psyché humaine.Mais, de leur côté, les voyantes tendaient à s'exagérer l'importance de leur rôle, évidemment spectac-ulaire. Si bien qu'une belle fois, obéissant à des suggestions émanées de l'Incontrôlable, un de leurscollèges rejeta l'autorité du sacerdoce, renversa les valeurs admises jusqu'alors, et proclama la supéri-orité du principe plastique et féminin sur le masculin, la prééminence de la Mère Universelle sur lePère Créateur. Comme tout ce qui tient à l'erreur en ce monde, leur doctrine se propagea rapidement,au point de diviser la Celtide en deux camps sensiblement égaux en nombre.Dévoyées, privées des guides éclairés qu'elles avaient bravés, les futures druidesses, ancêtres dessombres sorcières de l'Ile de Sein, se livrèrent aux louches entités du monde inférieur et s'adonnèrentaux pires excès de la magie noire. Pour ces rites et ces évocations, il fallait du sang. On le demandaaux sacrifices humains, ignorés jusqu'alors ! La pure religion ancestrale perdit du terrain. Le caractèrepassionné de la race le donnait à prévoir : la séduction s'offrait à ses fils sous les espèces de la bellevierge implacable et vaticinante, dispensatrice d'une mort présentée et considérée comme le suprêmehonneur ! Un certain romantisme, on le voit, a de très anciennes racines !...Des siècles durant, les Celtes allaient verser le meilleur de leur sang sur les autels des mânes ou dansles rixes incessantes entre partisans des deux doctrines rivales, pour le plus grand bénéfice de l'enne-mi extérieur remis en assurance.Les incidences de cette première « guerre de religion », si l'on peut dire, ne sauraient être détaillées.Les dégâts matériels qui en résultèrent sont peu de choses en regard du gâchis social et spirituel quien fut la rançon. Le culte pur fit place, ici et là, à des rites orgiaques ; l'oblation des fruits de la terreà l'Esprit fécondateur fut remplacé par les meurtres rituels destinés à sustenter les entités démoni-aques par les émanations du sang répandu. La sagesse, née du concours de la raison et de l'inspira-tion, abandonna les voyantes, devenues « visionnaires » sans frein ni règle. Il y eut, sur le plan social,les tentatives d'instauration du Matriarcat et l'avilissement de l'homme, envisagé comme simple mâlereproducteur. Il y eut le culte extatique de la nature, qui aboutit, là comme ailleurs, au débridementdes instincts, à l'orgie et au sadisme. Il y eut, enfin, une contre-initiation féminine, opposant ses malé-fices, ses phénomènes psychiques et ses phantasmes astraux à l'enseignement authentique, où le spir-ituel avait le pas sur le psychique. L'inversion des doctrines allait de pair avec celle des symboles. Unexemple : Dans une acception symbolique, la constellation polaire de l'époque approximative duschisme était la Grande-Ourse (que prolongeait quelquefois une des étoiles de l'actuel Bouvier, d'après cer-taines représentations préhistoriques). Cet astérisme s'appelait chez nos ancêtres ici le Sanglier, là, l’Ours.Les novatrices et leurs acolytes en firent respectivement la Laie et l’Ourse, renversant les rapports etfaussant l'enseignement dont ces figurations étaient le voile et le pivot. D'un autre côté, des groupesde Bacchantes guerrières ou Amazones, telles, plus tard, celles de Thrace, transformaient la guerreidéologique en guerre tout court. On peut relire sur ces faits obscurcis par le temps les exploits semi-légendaires d'Héraclès et de Thésée !...J'ai à peine effleuré le sujet ; assez cependant pour faire sentir combien tout, — morale, religion,famille, initiation — changea de face dès ce moment. Depuis lors, il y eut deux sacerdoces : l'unféminin, centré sur l'exaltation du psychisme, l'autre masculin, axé sur la primauté du spirituel, dif-férence essentielle, fondamentale, qu'on ne soulignera jamais assez !Nombre de Celtes, jeunes et passionnés, prirent, – cela s'explique tout seul – le parti des bellesrévoltées qui n'eurent guère de peine à recruter ainsi les éléments d'un pseudo sacerdoce « masculin»... par ses figurants – en réalité, contaminé par le schisme quant à ses principes, tandis que, par con-tre, quelques voyantes intransigeantes se regroupaient étroitement autour des Sages orthodoxes.Une des conséquences de ces désordres fut la reprise fructueuse de la « Traite des Blancs » par leursadversaires de couleur. Ainsi, les Celtes déportés jadis en Afrique virent leur nombre grossir peu àpeu par l'apport de nouveaux éléments malchanceux de leur race qui les gagnèrent à la subversion,que je nommerai par anticipation « Schisme des Druidesses », afin de le distinguer du secondschisme, assez analogue quant au fond, qui devait éclater beaucoup plus tard.Ces déportés, disons ces « Pré-libyens », adjoignirent à la poignée de mots qu'ils conservèrent de leurvocabulaire protoceltique (ou pré-indo-européen) une majorité de vocables empruntés aux langues dudialecte des Atlantes du Maroc, tout en adaptant à leur usage la syntaxe de leurs oppresseurs noirs,comme le feront plus tard les sémites (et même les Atlanto-Egéens de Nar-Mer lorsqu'ils s'empareront du

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delta).Je dois souligner, pour clore ce chapitre, un fait important : Le « druidisme » irlandais fut schisma-tique dès la première heure ! Il est donc extrêmement risqué, par voie de conséquence, de se fier auxSagas irlandaises pour pénétrer le sens ou l'histoire du druidisme continental, comme le firent tant deceltisants après H. d'Arbois de Jubainville ! Sans doute, les spécialistes reconnaîtront facilement la «carcasse » astrale, saisonnière ou météorologique de tel trait, qui, à ce point de vue, peut être suscep-tible de comparaison avec les récits parallèles du monde indo-européen, émanés de la même sourcecommune. Mais cette ressemblance, tout externe, n'en est que plus trompeuse lorsqu'on cherche àpénétrer l'esprit, le sens interne, sans même soupçonner les oppositions radicales de tendances qui sedissimulent sous la concordance formelle des sujets ou des situations[3].

[1] Aux temps reculés où les Atlantes élaborèrent le schéma zodiacal, la lune n'y entrait pas en ligne de compte. J'ai exposédans une mince plaquette, « Trois Problèmes astrologiques »*, que la répartition logique des Domiciles et des Exaltationssupposait qu'on en fît abstraction. Le Signe dit aujourd'hui du Cancer était attribué au Soleil Nocturne, en oppositionlogique avec le Capricorne, siège du Saturne Nocturne. D'anciennes figurations du Cancer, en Egypte, représentent unscarabée solaire et non le Crabe lunaire. Par ailleurs, dans le récit de la Genèse, Moïse parle du Grand et du Petit Luminaires,mais non du Soleil et de la Lune, comme on ne lui a que trop fait dire. Un dernier mot, non de moi, mais d'un grand préhis-torien, le Dr Marcel Baudouin : « En préhistoire, la Lune n'apparaît jamais. »[2] Je ne puis omettre, en faisant allusion au détournement du Nil, quelques détails touchant les fluctuations de la lutte entreles Rouges et les Noirs sur le sol d'Afrique. Je crois avoir signalé précédemment que vers le huitième millénaire les Noirsdétournèrent le cours du Nil pour lui donner son tracé actuel. La catastrophe atlante, quelques siècles plus tard, servit leurdessein. Par l'occupation de ce qui serait plus tard l'Egypte, ils menaçaient et surveillaient l'Egéide. La riposte eut lieu, engros chiffres, vers 6500/6300. Le noyau de race rouge formé par les Egéens était puissant et solidement organisé. Les Egéensrepoussèrent Noirs et Sémites et occupèrent en force le delta. Ce n'est que vers le début du cinquième millénaire que lesLibyens réussiront à les déloger, pour peu de temps d'ailleurs. Le Diluvium du Proche-Orient, vers 4500 provoqua desexodes de population et les Egéens de Nar-Mer, trois siècles plus tard, entreprendront avec succès la reconquête de la val-lée du Nil. A partir de là, l'histoire est assez connue et tout commentaire superflu.[3] J'ai développé certains points qui ne trouveraient pas leur place ici, dans Mythes, Contes et Légendes (Ed. de Psyché,1951).

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Chapitre III

RAMA : NAISSANCE DU DRUIDISME PROPREMENT DIT

Cinq siècles à peine se sont écoulés depuis l'explosion du premier schisme féminin. Partout s'affron-tent, se défient ou se fuient les partisans des deux doctrines. Le sang humain coule inlassablement surles autels des « Filles de la Mère ». Et voici qu'un fléau inconnu frappe les Celtes, s'attaquant presqueexclusivement à la jeunesse et à l'âge viril. Ce fléau, — châtiment d'En haut, sans doute, mais inter-prété différemment des deux côtés de la barricade, — c'est la tuberculose pulmonaire. Malgré unredoublement d'hécatombes par quoi les visionnaires entendaient fléchir le courroux de la GrandeDéesse ; en dépit des recherches des Sages touchant la nature du mal et les remèdes à lui opposer,l'épidémie continuait son œuvre implacable.Une belle fois, l'archi-vaticinante saisit l'occasion d'une cérémonie publique pour décréter ex cathe-dra que les progrès du fléau ne cesseraient que lorsque le Suprême Conseil orthodoxe et son chefauraient été sacrifiés à la Mère divine. C'était les désigner ouvertement aux coups des fanatiques etsubstituer la guerre ouverte aux « incidents » quotidiens entre les deux camps. Au point où en étaientles choses, l'on pouvait prévoir à assez brève échéance l'extinction totale de la race.Pour garder sa liberté de manœuvre et décourager quelque audacieuse et sacrilège tentative, le GrandPontife orthodoxe s'était établi, solidement, entouré, assez loin au sud-est des lieux qui avaient été lepoint de départ et demeuraient le centre actif du schisme. Il était descendu vers les terres récemmentexondées (fin de la dernière glaciation) qui s'asséchaient lentement, drainées par le Rhin. C'est entre cefleuve et la Meuse, sous la protection d'une double barrière d'eaux que s'était retranché 1' « Etat-Major » orthodoxe, si l'on peut employer cette expression.Le hasard, — qui n'est en somme que le nom poli de notre ignorance — avait assez bien fait leschoses puisque, non loin de là, à peu de distance de l'actuelle frontière franco-belge, était né un enfantqui serait le futur Rama, pour l'appeler par son nom d'initiation, — nom symbolique, signifiant « béli-er », en tant que pacifique conducteur d'un troupeau[1]. Fils de guerrier, il préféra revêtir la robegrossière des aspirants à la Sagesse et franchit vite les degrés de la hiérarchie, désigné, semblait-il àses pairs, pour assumer un jour la charge de Chef du Sacerdoce, charge élective et non héréditaire.Comme le seraient plus tard les druides, les Sages de Celtide étaient à la fois pasteurs spirituels, édu-cateurs, législateurs et thérapeutes. Rama s'attaqua donc au problème angoissant de la phtisie pul-monaire et en trouva le remède dans une des plantes les plus curieuses de nos contrées : le gui duchêne. J'en ai maintes fois parlé dans mes écrits antérieurs que je résumerai et compléterai au chapitreXIV de celui-ci. Pour l'instant, où je relate l'histoire de druidisme telle que je pense la connaître, je rap-pellerai seulement que ce Gui, prototype du Soma et du Haoma des Indo-iraniens, fut étudié parRama dans toutes ses possibilités réelles (thérapeutiques et psychagogiques) comme dans toutes sesapplications symboliques : « Remède universel », « Elixir du Savoir », voilà les possibilités réelles, lesseules dont je veuille faire état pour le moment et sur lesquelles je donnerai plus loin des indicationsassez précises. Rama se mit donc à l'œuvre, appuyé par le Suprême Collège. On convint de divulguer le nom duremède sauveur, mais d'en tenir secrète la préparation.Le bruit des cures merveilleuses du thérapeute ne tarda pas à se répandre dans les deux camps.Chaque guérison conservait ou rendait à l'orthodoxie un fidèle de plus et quelquefois un clan,lorsqu'il s'agissait de son chef. A mesure que croissait son prestige, les vaticinantes voyaient déclinerle leur. Exaspérées, elles le déclarèrent « possédé par de mauvais esprits » et, afin d'intimider ceux quioseraient recourir à sa médication, elles le frappèrent solennellement d'interdit. Lui, ne pouvait ignor-er ces menées, dont le résultat logique serait un conflit armé de grande envergure, qu'il voulait à toutprix éviter.Pour ne point voir la Celtide déchirée par une lutte fratricide, il résolut donc de s'expatrier avec ceuxqui voudraient le suivre, pour conquérir ailleurs un territoire où la tradition se conserverait invio-lable.Mais, auparavant, il résolut de donner à la fête du Solstice d'Hiver (Prinni Giamon, du calendrier gaulois

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de Coligny) un éclat et une signification sans précédents. Il avait déjà institué pour cette fête le rite dela distribution solennelle du gui, et donné à cette plante son nouveau nom : Widus (l'herbe) « duSavoir » (Indo-Eur. *Weid- « savoir »), tandis que les Sages orthodoxes adoptaient le nom de Dru-Wides(nominatif ultérieur Dru-wis/Druis-), c'est-à-dire, selon un symbolisme assez transparent : « Chênesporteurs de gui »[2].Ce n'est qu'au cours de l'année qui suivit sa décision d'exode, après avoir mûri son plan et préparéses voies, qu'il la rendit publique et lança un appel à ceux qui voudraient associer leur fortune à lasienne. Et ce fut à l'occasion de la fête de l'Equinoxe d'Automne qu'il se déclara ouvertement. Ainsi,la menace d'agression massive des partisans du schisme tourna court, faute d'objet ou, si l'on veut,de prétexte.Rama avait donné rendez-vous à ses partisans dans la plaine du Hanovre, au nord de la forêt deTeutoburg, où l'on situe assez généralement le massacre de l'armée de Varrus par Arminius. Le jourdu départ fut fixé pour l'Equinoxe de Printemps. Je remarquerai ici que c'était toujours lors desgrandes célébrations saisonnières qu'étaient prises les décisions d'intérêt général. Chez les schisma-tiques également. Les annales irlandaises en font foi !Dans cette étendue assez désertique, s'organisa le rassemblement des volontaires : quelques dizainesde milliers qui, en chemin, feraient la boule de neige. Dans cette foule de piétons (le cheval n'étant pasencore domestiqué) il y avait des clans entiers, à commencer par celui de Rama. Davantage exode qu’-expédition guerrière ! Le transport du matériel rudimentaire, des malades et des blessés était assurépar l'ancêtre (mais à deux roues) de notre brouette.Les émigrants s'en furent par la vallée de l'Elbe pour atteindre le Danube et le longer par la rivegauche où campaient déjà des clans celtiques dont quelques éléments se joignirent à eux. Sans tropd'escarmouches, l'on arriva à l'embouchure du fleuve, en évitant sagement les accrochages avec lesNoirs, établis sur la rive droite et avec les irréconciliables Amazones de Thrace. Après une pause ren-due indispensable par les nécessités du ravitaillement, l'exode reprit. L'on contourna la mer Noire parle nord, pour gagner l'Arménie en franchissant le Caucase où se fit la première halte durable (proba-blement d'une récolte à l'autre) et pas seulement pour des problèmes de ravitaillement.En effet, des Blancs s'étaient retranchés là, depuis plusieurs siècles, contenant la poussée égéenne,tout en en subissant l'influence technique et intellectuelle. De cette présence antique, de ces contactsalternativement commerciaux et belliqueux, le nom même du Caucase porte l'empreinte; ce nom estcelui des Kaukônes (« Montagnards ») qui, eux, n'étaient point des Celtes, mais de purs Egéens.Ce nom est bâti sur un des vocables pan-atlantes désignant la « hauteur » et, plus spécialement, la «hauteur fortifiée ». On en retrouve les vestiges jusqu'en berbère moderne (t-KUK-t/ t-KU-t, « citadelle,oppidum »). Il a fourni à l'ibèro-aquitain des appellations toponomastiques : Cauca, en Tarraconaise ;Cauco-liberi (Kauko-iliberri) en Narbonnaise, aujourd'hui Collioure, etc... Ce mot, commun à plusieursdialectes atlantes, s'il n'a pas purement et simplement été emprunté, comme nombre d'autres, par lesCeltes, a, pour le moins, déteint sémantiquement sur un thème I.E. homophone, KOUKO-/Kauko-,particulièrement représenté dans le domaine balto-slave.Des compagnons de Rama se fixèrent dans ces parages, remplacés dans les rangs des migrateurs parnombre de jeunes Celtes caucasiens que tentait « la belle aventure ». C'est, le pense, à la suite de ceséjour que furent érigés, au cours du temps, les nombreux mégalithes de la région.Je me permets une digression. L'époque où se situe Rama est celle dite « de la pierre polie » ; c'estaussi celle que j'ai signalée ailleurs comme « période du bronze cryptique ». En effet, dès avant l'en-gloutissement de leur Ile, les Rouges connaissaient et utilisaient le bronze, dont la fabrication étaittenue jalousement secrète. De rares échantillons s'en peuvent retrouver au Bénin (Yoruba) et même auMaroc. Conformément aux théories en cours, ces bronzes sont post-datés quand quelque fouilleheureuse en exhume.Après la destruction de leur métropole, les Egéens, continuateurs des Atlantes, prospectèrent les gîtesminiers et se livrèrent à d'innombrables essais, qui restèrent longtemps décevants, en vue de retrou-ver la formule du fameux « orichalque ». Ils y parvinrent enfin, au cours du 5e millénaire. De mêmeque leurs prédécesseurs, ils la tinrent secrète. L'airain, rarissime, fut d'abord exclusivement consacréaux usages sacerdotaux. C'est dans cette préoccupation de défendre une technique réservée qu'il fautchercher le point de départ des mystères cabiriques et le fin mot des « légendes » touchant lesTelchines et les Dactyles de l'Ida. J'ajouterai que, lorsque Rama se fut établi dans l'Inde, il reçut, entant que Grand Pontife de renom universel, quelques échantillons du bronze égéen, en ce temps, plusprécieux que l'or. Mais, au temps de leur exode, les Celtes ignoraient le bronze. Outre l'arc et la

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fronde, leur arme typique était la hache de pierre polie ; à quoi fait allusion le nom transmis par l'Inde,de Paraçu-Rama.Et l'exode se poursuivit plus loin, à travers l'Arménie, la Susiane, la Perse, la Carmanie où Rama s'ar-rêta quelque temps avant d'aborder l'Inde. Celle-ci était peuplée en majeure partie par les descen-dants des rescapés de la Lémurie, avec une minime proportion de Jaunes, autres rescapés, mais ducontinent pacifique. L'Indus fut franchi dans la plaine de Katchi, vers l'actuelle Chikarpour et la con-quête du pays s'opéra par le nord par la plaine indo-gangétique. Un des résultats de cette conquêtefut qu'une partie des Lémuriens adhéra spontanément à la fédération que leur proposait Rama, tou-jours opposé aux effusions de sang inutiles, une autre étant refoulée au sud-est (Gondvana, entreautres) tandis que le reste, répugnant à s'allier comme à combattre, préféra s'expatrier, reprenant ensens inverse la route suivie par les Celtes. Ce sont ces émigrés qui fonderont par la suite l'empiresumérien, puis suméro-akkadien, de Babylonie.Ménager des susceptibilités locales et sachant que l'équité est la plus sage des diplomaties, Ramapacifia et fédéra l'Inde propre étendant sa suzeraineté ou plutôt son autorité morale sur la Perse, oùd'autres Blancs, chassés ou émigrés pour des raisons analogues aux siennes, s'organisaient, refoulantles Noirs dont le déclin allait rapidement s'accentuer. Il en alla de même pour le Tibet où une très anci-enne migration hyperboréenne, due aux glaciations, avait plus ou moins fusionné avec des élémentsde race jaune.Le prestige et la sagesse de Rama firent plus que les armes pour confédérer ces vastes territoires auxpopulations disparates. Finalement, il établit sa capitale à Oudh (Ayodhyâ), délégua ses pouvoirs à un chef temporel assistéd'un conseil de druides, et se retira au Tibet, dont il fit le premier « Pays neutre » de l'Histoire. Il yprit le titre religieux de « Lama »[3]. Son système fédératif donna à cette immense portion du mondedeux mille ans de paix druidique. Cela tient en deux mots : fédération et arbitrage[4]. Les druidesd'Europe, restés en liaison se tenaient au courant des affaires d'Asie et adoptèrent le programme quiy avait fait ses preuves. Mais quant à le réaliser contre le schisme qui sapait leur autorité et contre l'a-narchique turbulence des chefs de guerre se jalousant, c'était une autre histoire !... Toutefois, le pro-gramme subsista, inchangé, jusqu'aux temps historiques. On le vit bien, quand Vercingétorix faillit leréaliser, appuyé par tous les druides orthodoxes, — trahi par les autres.

(1) Je n'ai pas cru devoir modifier la forme sanscrite tardive sous laquelle le nom de Rama nous est parvenu. Qu'il ait étéappelé Ramos de son vivant, comme j'ai de fortes raisons de le penser, ne change rien au sens du nom, et n'a qu'une minceimportance.(2) . L 'auteur doit rappeler ici qu'il n'est ni linguiste, ni philologue, quoique n'étant pas absolument ignorant en l'espèce. Sila non spécialisation préserve de certaines œillères, elle rend vulnérable aux critiques, souvent fondées, parfois injustes, dessavants spécialisés, arbitres d'une époque vouée à la spécialisation à outrance.(3). Je veux souligner que ce mot n'a pas davantage à voir avec le nom celtique de l'agneau, Lemba, que son nom de Ramaou « Bélier » avec le Bélier zodiacal et l'ère précessionnelle qui s'y rattache, sinon dans de tardives adaptations symboliques.A l'époque de Rama, l'équinoxe vernal était encore dans les Gémeaux et serait bientôt signalé par le lever héliaque d'Orion.(4). L'un ne va pas sans l'autre, si l'on tient au règlement pacifique des conflits. Mais, pour établir l'un comme l'autre, il fautnon un « super-gouvernement », une S.D.N. ou un O.N.U., mais une autorité spirituelle, indépendante des partis et desEtats, reconnue et respectée par ceux-ci, qui trouvent en elle leur légitimation et leur garantie de durée.

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Chapitre IV

IRSHU : ORIGINE ET DEVELOPPEMENT DU SECOND SCHISME

Rama avait organisé le monde indo-iranien selon ses principes. S'étant retiré ensuite au Tibet, il yacheva son existence sans jamais plus paraître en public. De cette façon, seul, son entourage sacerdo-tal immédiat eut connaissance de sa mort qui, selon ses instructions, fut tenue secrète — précautionnécessaire pour que son œuvre lui survive. Lorsqu'il devint, après des siècles, une figure légendaire,on en fit le héros d'un cycle épique et initiatique. Et je dois dire ici que les deux héros des sixième etseptième Avatars de Vishnu, Paraçu-Rama et Rama-Chandra, sont un dédoublement mythique de sapersonnalité et non deux personnages historiquement distincts.Longtemps après lui, la liaison se maintint entre les Celtes expatriés en Asie (les « Aryas ») et ceuxdemeurés en Celtide. Eloignés de leur patrie ancestrale, les premiers n'en étaient pas « coupés » : biensouvent, au cours de ces siècles, tantôt des clans, tantôt des émissaires religieux ou politiques firentla navette entre l'est et l'ouest ; les uns introduisant parfois chez les autres des objets matériels enmême temps que les termes dont ils les désignaient, car, insensiblement, leur langage et leur moded'existence se transformaient.

Vers le cinquième millénaire, le retrait définitif des glaciers est un fait accompli. Ils laissent derrièreeux de vastes étendues lacustres ou marécageuses, peu praticables mais qui, s'asséchant lentement,allaient bientôt ouvrir aux migrations asiates le chemin de l'Occident.Déjà se dessine une première dialectisation du monde celtique : Proto-indo-iraniens et proto-scytho-slaves vont former le groupe linguistique assibilant, dit de Satem, en face du groupe dit de Kentum(gaul. Canton), ainsi désignés d'après leur «schibbo-leth», la prononciation du nom de nombre « cent ».Ce dernier groupe est lui-même fortement différencié : les Proto-Germains, particularistes etnomades, errent entre la Russie d'Europe et la Finlande, proches des Scandinaves ; ceux qui con-serveront le nom de « Celtes » ou prendront celui de « Gaulois », tiennent l'ouest de l'Europe et leHaut-Danube. Dans le sud et le sud-ouest, les Noirs, en régression, perdent presque partout du ter-rain et partout du prestige, s'assimilant ici, se subordonnant là, décampant ailleurs, remplacés ou con-tinués dans les parages circum-méditerranéens et sur le sol du Proche-Orient par des Celtes ou parles populations mixtes, nées de leurs métissages avec les Atlanto-Egéens et avec les Blancs.Le monde égéen, lui, est par contre en pleine ascension ; sa caste supérieure est à dominante rouge,même chez les Phéniciens, déjà fortement sémitisés. Ses comptoirs et ses colonies débordent sur laPetite-Asie et sur l'Afrique du Nord où, là encore, les Noirs reculent et régressent. Les Proto-Libyens,dont j'ai déjà touché quelques mots, viennent de secouer leur joug, au seuil de ce cinquième millé-naire, et, parallèlement aux Rouges, subjuguent à leur tour l'Afrique septentrionale et empiètent surla vallée du Nil, ou du moins sur le Delta.Pendant ce temps, parmi les Celtes d'Europe, les disputes vont leur train, déterminant de nouveauxexodes de mécontents.Du point de vue du druidisme, il est facile de se représenter les trois partis qui se formaient : deuxintransigeants, celui des « druidesses » usurpatrices et celui des druides authentiques, fidèles à la tra-dition revivifiée et réadaptée par Rama, et un troisième, qui ne manque jamais dans les temps trou-blés, à quelque époque qu'on se place, louvoyant entre les deux extrêmes. C'était celui des « concili-ateurs » chèvres-choux, qui cherchaient une issue dans des compromis doctrinaux et édifiaient un «druidisme » éclectique, toléré par les druidesses dont il faisait le jeu, mais sans autorité effective surelles, bien entendu !Vers le milieu du cinquième millénaire peut se placer le Diluvium du Proche-Orient, dont il est inutilede détailler les causes, d'ordre avant tout climatérique. De l'ouest de la Perse à l'Egypte, en passantpar la Mésopotamie, l'inondation rasa tout sur son passage. Elle dura peu. Le flot à peine écoulé, cefut une ruée sur les régions désertiques : les Sumériens se réinstallèrent en force en Babylonie, flan-qués et, peu à peu, infiltrés d'Akkadiens sémitiques qui devaient finir par les supplanter. Les Egéens,eux, encadrant des Sémites, lancent à l'instigation des Atlantes de l'Atlas repliés parmi eux et contin-

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uateurs de la tradition Rouge, l'expédition de Nar-Mer sur le delta (— 4200 environ).D'autres Sémites nomades, venus par l'Arabie, les avaient précédés de peu dans la vallée du Nil, tan-dis que les Libyens prenaient position sur sa rive gauche. On sait ce qu'il en advint : Les Egéo-Atlantes rejetèrent les Sémites vers l'est et le sud-est ; les Nubiens noirs ou Nilotiques furent refoulésprogressivement au-delà de Méroe, et les Libyens, ou Tehenu, surnommés par les Rouges Erz ou Ertz(= « déprédateurs ») — surnom dont ils se firent un titre de gloire — durent se replier vers l'ouest.C'est ainsi que les derniers porte-flambeaux de la tradition atlante fondèrent, avec Nar-Mer et ses suc-cesseurs, un empire théocratique, sagement organisé et hiérarchisé, basé sur des principes et dessciences aussi orthodoxes dans leur ordre que l'avaient été, dans le leur, ceux du druidisme rénovépar Rama. Et, deux siècles à peine après la conquête du Nar-Mer, l'on sculpte le grand Sphinx deGizeh, Hor M'Akhwti, symbole de l'aspect du Verbe divin saisi par les initiés. Ce que sera Sparte, l'in-comprise, la calomniée, face à l'anarchie hellénique, trois millénaires plus tard, l'Egypte l'est, dès cetinstant, face aux désordres et aux déprédations des schismatiques libyens et sémites. Nous pouvonsmaintenant ramener notre attention sur l'Inde. Etendu et formé d'éléments hétérogènes, dont unepartie supportait impatiemment la suprématie et la domination, pourtant débonnaire, des Blancs,l'empire ou la confédération fondée par Rama touchait à sa fin. Vers — 3300 (— 3210, selon la chronolo-gie « normalisée » des Hindoux), il allait subir le plus terrible des orages. Un prince, dont le vrai nom nefut plus jamais prononcé et que nous ne connaissons que par son surnom, Irshu, c'est-à-dire « leJaloux », convoitait le pouvoir détenu par son frère aîné. Pour supplanter celui-ci, il lui eut fallu l'ap-pui du sacerdoce, chose impensable. La fonction royale, d'ordre temporel, n'était à l'abri des compéti-tions que par la sanction religieuse, qui la légitimait et qui, seule, rendait inviolable celui qui l'ex-erçait. Irshu ne l'ignorait pas, mais n'ignorait pas davantage (en tant qu'éventuel héritier du trône, instru-it en conséquence par les druides) la mission de Rama et le schisme qui l'avait provoquée.Usurper le pouvoir sans motif plausible et par la seule force des armes n'était pas à tenter : personnene l'eût suivi ! Aussi, pour triompher d'un ordre spirituel qui contrecarrait ses ambitions, c'est sur cemême plan, spirituel et religieux, qu'il lui fallait se placer[1]. Opposant système à système, il n'hésitapas à reprendre à son compte la vieille et toujours vivace hérésie des druidesses ; la supériorité pré-tendue de la Mère sur le Père ou, en style sacerdotal et symbolique, du principe Deux sur le principeUn.La couleur emblématique du sacerdoce fondé par Rama (et conservée par les druides d'Europe) était leBlanc. Il lui opposa la couleur rouge et pourpre, que les Phéniciens, qui adoptèrent très tôt ses idées,rendirent assez célèbre, comme le dit Fabre d'Olivet, fort bien renseigné sur ce point.Lors de la première révolte, les druidesses schismatiques avaient conservé la couleur blanche, toutcomme les orthodoxes, et pris comme emblème ou signe de ralliement la vache (ou schématiquementses cornes), le croissant lunaire et la colombe. Le second schisme y ajouta, outre le changement decouleur, le taureau, l'étoile (symbole de Vénus) ainsi que les attributs de la féminité plus ou moins styl-isés, dont les Phéniciens allaient faire le « Signe de Tanit », assez connu.Ayant fait appel aux adversaires ou aux dissidents de l'orthodoxie dans l'ordre spirituel et suscité uncontre-sacerdoce afin de donner un sens et, si l'on peut dire, une justification à son geste, Irshu nepouvait que s'appuyer matériellement sur ses adversaires ethniques ou politiques, et, en tout premierlieu, sur les Suméro-Dravidiens qui, en Inde comme en Babylonie, avaient gardé une dent contre lestenants d'un ordre établi à leur encontre et amené la subordination des uns et l'expatriation desautres. En Inde, par exemple, leurs divinités anciennes, Siva (inconnu des Vêdas), Indra, Ganesa, etc...,étaient étrangères aux personnifications cosmologiques des Blancs, dont les figures de proue étaientalors Brahma (BhLAGSMA-BHLAGMA) « le Lumineux » et Agni (*ONGwNI-) « le principe Igné », soitle double aspect, feu et lumière, du Verbe divin, lui-même manifestation du Principe Un.Certes, le sacerdoce légitime avait immédiatement compris les suites incalculables de la rébelliond'Irshu sur le plan social, et de son inversion des principes premiers sur le plan spirituel. Flétri et con-damné au bannissement, il quitta l'Inde avec ses partisans, horde sans cesse grossie à mesure qu'elles'éloignait du foyer oriental de l'orthodoxie.En style sacerdotal, cette histoire est recensée dans le Mahâ-Bhârata. Irshu y est nommé Dur-yodhana« l'Intraitable », tandis que son frère aîné (devenu ici son cousin) s'y appelle Yudhishthira 1' « inébran-lable » et y porte le surnom significatif de Dharma-Râja, « le chef légitime ». Quoique la fiction (trèsremaniée) fasse périr le rebelle à la bataille de Kuru-Kshêtra, il n'y fut que repoussé avec les siens. Ilspartirent donc vers l'ouest et trouvèrent asile, recrues, armes et oreilles complaisantes chez ceux deBabylonie et chez les Sémites qui les avoisinaient. Ayant exposé ceci, plus en détail, dans « Druides,

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Celtes et Gaulois », j'abrège, non sans rappeler que la Bible nomme Irshu Nemrod « Le Rebelle » (M-ROD : « se révolter ») et que la Babylonie y est appelée Erets-Nemrod : « Terre de Nemrod ».Quand Irshu établit son quartier général à la charnière des trois parties du monde antique, plus de lamoitié de l'Europe était déjà ou gagnée ou résignée au premier schisme, dont les futures Iles Britan-niques (encore soudées au continent) avaient été et demeuraient le foyer. Le nord de la Gaule et une par-tie de l'Europe centrale renfermaient les deux plus larges îlots orthodoxes, non sans quelquesenclaves adverses. Le nord de l'Inde et le Tibet, demeurés fidèles à l'esprit et à la charte de Rama sevoyaient menacés et pratiquement « coupés » de l'Occident druidique.Irshu avait donc la partie assez belle. Le monde suméro-akkadien et son environnement immédiat s'é-tant rallié autour de son drapeau rouge, le schisme gagna avec rapidité le cœur de l'Europe, parl'Egéide et la Thrace. Dans le monde oriental, les Mèdes touraniens (qui étaient par rapport aux Iraniensce qu'étaient les Dravidiens (aux Aryas) s'empressèrent d'y adhérer, si bien que, quelques siècles plustard, dans cette Inde d'où le fauteur du désordre avait été honteusement chassé, ses continuateurs etses émissaires, après avoir semé la zizanie entre la caste sacerdotale et celle des guerriers, réussirentà s'implanter. Minée par les luttes intestines et menacée de l'extérieur, l'Inde dut accepter, sinon leschisme tel quel, du moins un statut bâtard, dont on peut suivre le développement et reconnaître lesindices à travers les différentes sagas, souvent remaniées, qui ont servi à l'édification du cycle deKrishna. Presque partout, les orthodoxes durent se résoudre à de tels compromis pour ne paséterniser une lutte inégale, coupée de trompeuses accalmies et où la décision finale leur semblait dés-espérément lointaine et incertaine. Il fallut « s'arranger » et, par suite, en Inde comme ailleurs, lesarchives sacerdotales furent à maintes reprises « revues et corrigées ». Mais, en Inde et ailleurs, unpetit noyau d'initiés avait essayé de sauver la tradition authentique, sous le voile des « Mystères », et,parallèlement, fondèrent dans ce même but les Fraternités secrètes, afin de transmettre et conserver— pur de tout alliage — le dépôt traditionnel, extérieurement dénaturé. Innovation périlleuse, quirendit d'inestimables services... tant qu'elle ne fut pas caricaturée par les puissances subversives, tou-jours aux aguets.La première en date de ces fraternités fut l’Agarttha, « l'Intangible », dont le cercle le plus central(mieux vaut ne pas trop parler des autres) a eu le mérite de conserver, en grande partie, le testament spir-ituel du druidisme oriental.Les preuves abondent de l'adoption du schisme féminin dans toute l'Asie Mineure (Carie, Lydie,Phrygie, où la Troie primitive avait été fondée vers — 3500, à l'époque approximative où les Libyens, adeptesdu premier schisme, se ruaient sur la Baetique). Partout, les auteurs anciens signalent les indices duMatriarcat, chez les Ibères comme chez les anciens Irlandais, dans la Scythie comme chez lesEtrusques. En Europe orientale, Thrace et Mésie combinaient les deux schismes. Aux deux extrémitésde l'Europe, la Grande Déesse allait donner son nom au Danube inférieur (Ister) et aux cours d'eauAstura d'Espagne et d'Italie. Son hiéroglyphe avait été, — d'abord en Mésopotamie — l'étoile (Vénus).Si bien que son nom d'Istar ou d'Astareth, qui signifiait proprement « la Féconde, la Prolifique », sechargea du sens « astre, étoile », qui finit par éclipser le premier. Le berbère lîhri, comme le basqueIzarra, en sont des adaptations phonétiques.Sous un autre nom : THANA/ZANA : « Dame, Maîtresse », nous la retrouvons dans le titre Thanade l'étrusque, aussi bien que dans l’Athéna des Grecs et dans la Tanit phénicienne. Ce vocable est d'o-rigine atlanto-égéenne (disons : « méditerranéenne »), de même que le nom le plus ancien des Etrusques: Razenna/Ratzenna « les hommes » (sous-entendu : atlantes). A l'époque historique, Etrusques etEuskariens n'avaient conservé que peu de vocables de leur langue originelle, effacée ou presque,comme leur type racial Rouge, par de successives invasions et immigrations[2].Autre exemple de l'inversion des principes, que je ne suis pas le premier à signaler, loin de là ! Le trav-estissement de la Lune en divinité masculine et du Soleil en féminine. Un nom de la Lune , probable-ment plus ancien que le moderne Argizagi, recueilli au pays basque par Julien Vinson est Goiako : «Celui d'en-haut » ; ta-fouk-t[3] « Soleil », en berbère, est un ancien nom masculin atlante féminisé,comme le sont l'irlandais Grian, l'allemand Sonne, le lithuanien Saule, en nette opposition avec le cel-tique de Gaule où Sonnos (masc.) confirme la persistance d'un centre spirituel orthodoxe sur notre sol.Il serait facile et fastidieux d'allonger la liste. Restons-en là.Et nous voici à l'aube du troisième millénaire. Le bouclier irlando-breton est en partie disloqué,prélude à l'irruption de la Manche. C'est l'époque où les Libyens fondent un port qui a fait couler pasmal d'encre chez les érudits : Tartessos.Les Atlantes avaient un terme générique : Erts/Erdz, o pillards, déprédateurs », par lequel ils désig-

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naient les Blancs libyens.Comme je crois l'avoir dit, ceux-ci l'adoptèrent pour s'en faire un titre de gloire, en le modifiant àl'aide de l'article t-.De là, les ethniques Turdètes/Turzètes, dont ils se parèrent. Tartessos (berb. RZ- « briser ») est recon-naissable dans les légendes de monnaies hyspaniques, sous la forme ILTRDS (ILI-TARDZ-ESH) « Cité(ILI) des Turdes ou Tardzes ». La péninsule était donc ibérotartesse dans le sud et l'ouest, et ibéro-euskarienne dans le nord, ce dernier conglomérat débordant alors largement sur notre Aquitaine.Une des conséquences ethniques du nouveau schisme, essentiellement agressif, fut un remue-ménage, une bousculade de peuplades et de tribus, — conquérantes, déportées ou fugitives. Le dra-peau sanglant de l'anarchie et du despotisme (l'une appelant l'autre) n'a jamais cessé depuis, sous uneforme ou une autre, de flotter sur un monde déboussolé !Si lointain que soit ce passé (et pour hypothétique qu'il puisse sembler à certains), il commande et expliqueles « croisades idéologiques », les « Messianismes » de tout poil et les luttes pour l'hégémonie mon-diale qui se déroulent et se dérouleront sous nos yeux.Partagerons-nous le sort des vieilles civilisations que ces convulsions firent crouler ? Nous res-saisirons-nous à temps ? Questions qu'il ne m'appartient pas de résoudre, mais qu'il n'est peut-êtrepas inopportun de poser !

[1] Il est assez suggestif de rapprocher de cette prise de position d'Irshu, la déclaration d'un de ses pairs en fait de cham-bardement, Trotsky, alors au faîte du pouvoir en U.R.S.S. : « Une seule personne pourrait me comprendre et me combattreefficacement, le Pape, car nous procédons des mêmes principes mais en sens inverse. »[2] C'est la base radicale de Thana : ZE/ZA — et DE — qui forme le premier élément du nom de DE meter : « la Déesse-Mère » ou « la Mère souveraine », surnommée DEO ; Zan est un nom égéen/de Zeus. Je signale que les Egéens avaient unesifflante particulière, entendue et transcrite différemment selon les peuples, les alphabets et les époques.[3] Le dernier avatar du terme atlanto-égéen passé en libyque est le grec Phoibos, base Bhoig-.

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Chapitre V

LA GAULE, REFUGE DE L'ORTHODOXIE

Les premiers siècles du troisième millénaire sont marqués par d'importants bouleversements ter-restres. Peu après la fondation de Tyr par les Phéniciens (— 2750), c'est l'irruption de la Manche et laformation du canal d'Irlande. Désormais, existent « les Iles Britanniques », entièrement schismatiquesen Irlande, partiellement en Albion. Mœurs, ethnies et langages vont diverger de plus en plus. Lesanciens groupements celtiques, déjà fortement mélangés, vont recevoir des apports de divers pointsde l'Ancien Monde et évoluer de façon distincte. Malgré des croisements antérieurs avec des immi-grants d'un autre sang (dont témoignent les « longs barrows » où dominent les brachycéphales de taillemédiocre) la population celtique continuait, dans son ensemble, la lignée des clans hyperboréens.Outre celui de « race de Nemed », c'est-à-dire « céleste », qui survivra dans les annales irlandaises,terriblement en désordre, les Celtes conservaient deux noms génériques, bien à eux :— Gaideli, « Coqs », d'après l'un des noms de l'animal qu'une vaste fraction avait pris pour blason(lith. Gaidys, lett. Gailis « coq » ; - Giedé « je chante » ; sansk. gâyati « il chante » et, plus générique encore,le nom de Kelti « braves, héros »).Les insulaires conservèrent le premier (irl. Gaidel, gall. Gwyd-del), les continentaux s'en tinrent au sec-ond, qui les désigne en bloc jusqu'à l'arrivée des Gaulois et des Belges quelques siècles plus tard.Deux siècles après (vers — 2500), le déluge dit « d'Ogygès » disloque la Thyrrénide et creuse une largeéchancrure entre la Calabre et l'Egéide. Coup sensible pour les descendants des Atlantes, décimés eten voie de dilution progressive dans des apports allogènes qui finiront par en faire un salmigondisethnique et linguistique. Avec des apports et des circonstances autres, les Euskariens, Rouges aussi àl'origine, ne conserveront guère de leur langue initiale que le mécanisme.Vers cette même époque, événement d'importance : une invasion mongole, déplaçant les peuplesqu'elle rencontre, fond sur l'Europe. Les archéologues désignent ces immigrants sous le nom de «peuple de la poterie à cordelette », d'après leur technique d'ornementation. Ces Asiates vont très loin.Certains, jusqu'à ce que la mer les arrête. En maint endroit, ils laissent des îlots mongoloïdes(Bretagne, Morvan, etc.) que renforceront parfois d'autres incursions préhistoriques ou historiques.Mais le gros de la horde s'agglomère dans le Jutland, récemment exondé, et le long des côtes baltes.Ce sont les Yotar et les Thursar des traditions Scandinaves, qui donneront du fil à retordre à Thor etaux Ases. Ces invasions et celles des Scythes (les Vanir des mêmes traditions) contribueront quelque peuà la formation de l'ethnie germanique.Pour l'instant, la situation n'est guère enviable, du point de vue druidique. Les Orthodoxes formaientà travers la Bohème, le Norique, la Vindelicie, le massif Hercynien, la vallée de l'Elbe et le nord de laGaule des groupements pour la plupart sans grande densité — un peu plus compacts en Gaule, enBohème ainsi que dans le sud de l'île de Bretagne. Ces formations étaient en passe d'être noyées unpeu partout dans le flot montant des schismatiques. Les nouvelles invasions venues de l'est allaientleur faire perdre encore du terrain, et leur regroupement deviendrait assez vite une question de vieou de mort. S'opérait-il tardivement dans la hâte et le désordre, sous la pression extérieure ? Ou bienles tribus turbulentes, malgré leur particularisme, se résoudraient-elles à exécuter à temps le plan dereconcentration médité par les druides ?Des siècles d'empoignades furieuses avaient fait du « chef de clan » le « chef de guerre », suscitantune féodalité remuante et brouillonne. Le druide, homme de paix, ne pouvait exercer sa fonction arbi-trale et modératrice que dans la paix. L'état de guerre étant devenu, pour ainsi dire, l'état normal, ilpassait au second plan, conseiller toujours respectée, souvent écouté — mais plus rarement obéi mal-gré toute sa persuasion.Or, liquider les querelles, rassembler les forces éparses, fédérer les roitelets sous un chef éduqué,choisi et contrôlé par lui, tel était, — tel serait jusqu'à la fin de l'indépendance gauloise — le plan poli-tique du grand collège druidique !Tandis que les Mongoloïdes s'installent en Finlande, au Jutland et ailleurs, apportant la copie enpierre de la hache de cuivre sumérienne, une invasion ibère prend pied en Irlande et édifie, pour

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miradors, les fameuses « tours rondes » de technique atlante ; rappelant plus ou moins les nuraghi deSardaigne et les Talayoth des Baléares. Les pauvres Goidels allaient en voir bien d'autres, y comprisune forte immigration sémitique vers — 900, à la suite du schisme des Dix Tribus (— 950). La mêmevague sémitique fournit à la Grande-Bretagne la peuplade des Silures.Pendant que les druides songeaient aux moyens de rallier leurs ouailles, les schismatiques ne per-daient pas leur temps !... Tous les efforts de ceux de l'est vinrent converger vers l'Asie Mineure et laMésopotamie : Hurrites, sémites à noyau dirigeant iranien ; Luwites, égéo-tyrrhéniens ; Gutitouraniens ; Rassîtes, celto-égéens ; Hittites et, plus tard, Thraco-phrygiens et Peuples des Iles de laMer, s'y combattent, s'y mêlent, s'y tassent, font refluer les Sémites nomades de l'Arabie et deChanaan sur l'Egypte, fondant et pulvérisant empire sur empire.Et nous voici au premier âge du bronze celtique (— 1900). C'est alors l'apogée de la civilisationégéenne, dont les Celtes sont débiteurs dans le domaine métallurgique et, à un moindre degré, dansles adaptations mythiques des Hellènes. La technocratie pélasgique semble à la veille d'imposerdéfinitivement à ses voisins l'hégémonie de ses possesseurs. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres !Vers — 1800 ? juste au temps où Hammourabi monte sur le trône et va faire rédiger son fameux Code— époque où toute l'orthodoxie du Proche-Orient tient sous les tentes d'Abraham et de Melki-Tsedeq,— une soudaine convulsion sismique engloutit la majeure partie de l'Enéide, finit de disloquer laTyrrhénide, donnant à l'Adriatique et à la Mer Intérieure leur aspect actuel, à peu de choses près. C'estle déluge (sans diluvium) consigné par les Grecs sous le nom de déluge de Deukalion.Presque simultanément, une secousse d'un tout autre ordre ébranle le lointain Tibet : le schisme y tri-omphe sous la forme prébouddhique de ce qui deviendra peu à peu l'actuel Lamaïsme. Ce qu'on peutdéceler de cet aspect premier du schisme semble impliqué dans le rituel et les cérémonies magiquesdu Bön.En revanche, l'orthodoxie druidique marque un point en Europe occidentale. Pour l'appréci-er, il convient de faire un moment abstraction de notre mentalité moderne.Le calendrier, sauf en notre siècle de lumières (artificielles) fut toujours œuvre à triple sens. Jours,mois, années, siècles se déroulent en cycles partiellement irréductibles l'un à l'autre. Etablir un calen-drier, c'est donc articuler en un système de concordances les différents temps conventionnels, « nor-malisés », et les repères cosmiques et saisonniers.Les anciens y parvinrent de diverses façons, soit en insérant à périodes fixes des mois « intercalaires», soit en ménageant des jours « épagomènes », soit en réformant le calendrier chaque fois que ledécalage s'avérait trop sensible. D'autre part, par la lente régression du point Vernal (cycle préssession-nel) les très grandes périodes, embrassant un ou plusieurs mois de la Grande Année de 25 920 ans,amènent également un décalage entre les saisons et les repères stello-solaires qui les avaient signaléeset, quoique devenus caducs, continuent à se survivre dans le symbolisme et la liturgie, comme ils sesurvivront plus longtemps encore dans le folklore.De ce fait, des remaniements devenaient indispensables, à de très longs intervalles. Chacun d'euxconstituait une « réforme du calendrier », et sa mise en vigueur devenait le point de départ d'une nou-velle Ere.Pour qu'une telle réforme eût sens et utilité, elle, devait être entérinée par les autorités religieuses etenseignantes du groupement humain considéré.Or, vers — 1800, le vieux calendrier pan-celtique, déjà réformé par Rama, demandait une remise aupoint. L'Equinoxe était depuis longtemps dans le Bélier, alors que le taureau en constituaitanachroniquement le point de départ théorique et le substrat mythique.Le grand collège entreprit la révision sous la direction d'un archi-druide d'une haute réputation et,de plus, d'un grand sens politique (chose plutôt rare en Celtide !). Une Grande Assemblée panceltiquedes orthodoxes fut décidée pour la cérémonie la plus spectaculaire de l'année : la Fête du Gui, au sol-stice d'hiver (lequel ne fut jamais, du moins chez les Celtes orthodoxes, le point de départ du cycle annuel, tou-jours fixé à l'équinoxe de printemps). L'on vint de partout, non seulement du continent, mais aussi del'île de Bretagne. Il est permis de supposer que le calendrier ne fut pas l'unique objet des colloques,et que des orientations politiques y furent suggérées et discutées. Restant dans mon sujet, je dirai quecette Grande Assemblée eut lieu autour de l'Ombilic des Gaules (ni Chartres, ni Saint-Benoît-sur-Loire,comme on l'a parfois avancé, mais un peu au nord d'Avaricum, à une frontière des Bituriges et des Carnutes).Ce calendrier et ce concile extraordinaire furent concrétés en un monument que, très politiquement,les druides continentaux situèrent dans la plaine de Salisbury, à Stonehenge. La fameuse table debronze trouvée à Coligny (Ain), et dont j'aurai à reparler assez en détail, appartient à ce cycle qu'on

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peut appeler « Ere de Stonehenge » ou « Ere du calendrier de Coligny », le nom ne changeant rien àla chose.Ainsi, Stonehenge n'est pas seulement un monument britannique, mais surtout un Mémorial pancel-tique, sorte d'arche d'alliance des orthodoxes. Depuis lors, des délégués du druidisme continentalassistèrent aux cérémonies et aux assemblées des Insulaires, et vice versa.J'ai parlé d'orientations politiques... Même si la Tradition faisait défaut, il ne serait pas difficile dedeviner le mot d'ordre lancé par les sacerdotes : « Faire des Gaules la citadelle du Druidisme vrai etla terre de refuge de ses partisans en difficulté. »Mais faire adopter ce programme par les chefs de guerre, aux vues étroites, n'allait pas si vite !...Pourtant, le temps pressait. Le monde celtique oriental nord-danubien, où futurs Gaulois et futursGermains seront englobés par les auteurs classiques sous le vocable élastique de Cimmériens ou deCimbres, ce dernier nom porté seulement par une fraction d'entre eux, se voit peu à peu refoulé versl'ouest par les Scythes. Ces Scythes sont un mélange, malaisément dosable, d'Iraniens et deTouraniens, ces derniers en moindre nombre. Ce mélange très antique de Celtes et d'Asiates roule seschariots d'est en ouest, de la Mer Noire à la Baltique et à la Mer du Nord et constitue la couche defond de la future ethnie slave.Sous cette poussée, peuplades et tribus se déplacent : les unes en direction de l'Italie du nord, où ellesentrent en contact avec les Etrusques ; les autres en direction de l'Hellade où le « miracle grec » allaitnaître de leur conjonction avec la civilisation égéenne, matériellement mais non intellectuellementaffaiblie, comme celle des Etrusques, par les catastrophes que j'ai relatées précédemment. D'autresencore ont tenté leur chance sur mer, et certaines iront jusqu'en Irlande (race Partholon des Annalesirlandaises, dont le nom n'est sans doute pas sans relation avec celui des Parthes, que feront parler d'eux peude siècles avant notre ère). Cette « race de Partholon » apporte en Irlande et dans les îles le mode desépulture connu sous la dénomination de « round barrow » (grands dolichocéphales).Moins de quinze cents ans nous séparent maintenant de l'ère chrétienne. Les clans celtiques (au sensrestreint) forment un groupement culturel encore flou, de la Bohême à l'Armorique et à l'Italie duNord où se coudoient les deux druidismes, l'orthodoxe et le schismatique, toujours irréductibles,mais dont le conflit séculaire se borne surtout, pour l'instant, à une sourde lutte d'influences.Il serait donc impropre de parler d'une fédération politique, même lâche, ni d'une unité spirituelle,— qu'une petite élite orthodoxe était seule à concevoir, — mais de l'espèce d'unité, tout externe, quirésulte d'un vague sentiment de cousinage, d'une certaine parenté de langues et de mœurs, qui vad'ailleurs en s'affaiblissant (on peut voir, par exemple, combien la langue des Celtes Ombriens diffère déjà decelle des Celtes Gaulois) et, enfin, d'une communauté de techniques.Faisons le point. Tandis que le premier schisme est toujours virulent à l'une des extrémités du mondeceltique (Irlande, île de Sein, etc.), le même, aggravé du second, règne à l'autre extrémité sur la Mésie,la Macédoine, la Thrace où Celtes dissidents, Scythes et Amazones font, si l'on peut dire, bon ménage,non sans quelques bousculades.Parmi les Hellènes, qui vont commencer à faire sérieusement parler d'eux, seul le groupe dorien n'apas adopté le schisme, quoique son évolution se soit opérée en dehors du druidisme proprement dit,qui tenterait de dire son mot avec Orphée.Quant aux Germains, toujours nomades, et plus ou moins mêlés d'Asiates selon les groupes et les cir-constances, s'ils diffèrent encore peu, physiquement, des Celtes avoisinants, ils en diffèrent beaucoupaux autres égards. Ils ne prendront pleinement conscience de former une unité relative que galvaniséspar l'Odinisme, de nombreux siècles plus tard.Mais, déjà, le sens générique du mot « Celtes » ne caractérise plus guère l'ensemble de la race blancheet se restreint à l'une de ses fractions, pour considérable qu'elle soit encore. De restrictions en restric-tions, ce terme deviendra une simple étiquette apposée sur un groupe linguistique, abstraction faitede ses composantes ethniques qui, en Irlande notamment, atteindront à une complexité défiantl'analyse.

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Chapitre VI

AMBIORIX ET VERCINGETORIX LES DRUIDES ET ROME

Nous voici parvenus à des temps encore « proto-historiques » et pour une part « légendaires », dansle domaine dit « celtique », mais déjà historiques ailleurs, parfois de longue date.Entre les XIVe et XIIIe siècles, deux cents ans avant la guerre de Troie, parut ORPHEE, pour ledésigner par son nom d'initiation druidique — nom qui était en même temps un programme et uneaffirmation d'orthodoxie, puisqu'il signifiait « LE BELIER », comme continuateur spirituel de l'œuvrede RAMA. Le nom pris par Orphée, provint d'un thème ER-Bho (avec suffixe — Bho —, assez fréquentdans les noms d'animaux) qu'on retrouve dans l'irl. Earb, heirpp, signifiant ici « bouc », comme le greceriphos, dans l'armén. Oroj « agneau », le lat. aries (avec une autre suffixation). Je dirai que les Celtesde Gaule usaient de préférence d'un autre mot VIRDOS (plus tard : ORDOS) pour désigner le bélier.Orphée, Celte danubien, — et non Thrace d'origine — avait reçu l'initiation druidique et, à ce titre —car les druides voyageaient beaucoup — avait été conférer avec les prêtres d'Osiris. D'où la rumeurde son initiation en Egypte. De retour auprès de ses maîtres, ceux-ci lui proposèrent sa mission.L'ayant acceptée, il se rendit en Thrace pour l'accomplir.Les Thraces, schismatiques, avaient amalgamé à l'ancien fonds mythique indo-européen et aux ritesinversifs et sanglants des druidesses le culte orgiaque d'une divinité atlanto-égéenne, liée exotérique-ment à la culture de la vigne et au vin (dont le nom est plus que probablement égéen). Cette divinité,androgyne chez les Atlantes, était nommée par ces derniers Bakkhos « Qui initie ». On l'appelaitailleurs Zagreus, vieux mot libyque[1] signifiant « le rouge ». Les Thraces l'invoquaient plus partic-ulièrement sous le nom de Sabazios, le même que le Dionysos des Grecs.Orphée se consacra à réadapter et à purifier ce qui devait devenir pour une large part la « Mythologiegrecque », et à instituer le collège initiatique d'où devaient sortir les mystères orphiques dont Eleusisdeviendrait le centre d'attraction. En même temps, il posait, sur le plan social et politique, le principedes Amphictyonies, sur le modèle du régime fédératif instauré par Rama.Mais le temps n'était plus où l'on pouvait réformer sans précautions ni sans tenir compte des ravagesfaits par le schisme. Orphée, donc, conserva extérieurement une partie des mythes et des symbolesdu milieu choisi pour son œuvre, proscrivant seulement la goétie et les rites sanguinaires. LesBacchantes ne s'y trompèrent pas un instant et lui vouèrent une haine féroce. Si son épouse Eurydikè« large justice » est purement symbolique, son assassinat par les « Filles de la Mère »[2] ne fut quetrop réel. Mais son œuvre lui survécut, exposant, sous une forme incomprise, sauf des plus hautsadeptes, tout ce que l'Egypte et le druidisme enseignaient d'essentiel sur les principes en action dansle cosmos et sur les destinées de l'âme.Nous sommes au troisième âge du bronze : la guerre de Troie, — conflit avant tout racial, lourd desuites politiques futures et sur lequel les anciens ont jeté plus d'un voile allégorique — vient de pren-dre fin. Les Celtes ombriens, descendus en Italie sous la pression scythique, se renforcent de nou-veaux contingents, tandis que se préparent un peu partout d'importants mouvements de peuples etd'idées.C'est d'abord, après l'éphémère éclat du règne de Salomon, le Schisme des Dix Tribus, la premièreDiaspora. Elle conduit jusque dans les Iles Britanniques une importante fraction de ces Sémites. Ausud-ouest du pays de Galles, ils se nommeront, je l'ai dit, Silures. En Irlande, les annales les évoquentsous les espèces des Tuatha De Danann « Tribus de la Déesse Dana ».Entendons ici non pas quelque rapport avec le nom celtique du Danube, mais la grande déesse desPhéniciens, la Tanit-Astarté ou Thanah, également identifiable sous le travestissement phonétiquegrec Athena (Ha-Thanah). Cette même Dana, envisagée dans une acception moins naturaliste qu'enIrlande, deviendra la mythique Don des Mabinogion gallois.En même temps que l'exode sémitique dont il vient d'être question, se produit une brusque pousséetouranienne. C'est, en style archéologique, le peuple dit « à tombes plates », à « incinération », ou «à champs d'urnes ». Il traverse l'Europe du sud-est à l'ouest et fait un crochet à travers la Gaule endirection de la Catalogne, après avoir laissé des vestiges ici et là, notamment dans l'Allier. Fait impor-

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tant, ce peuple introduisait, du Caucase, une technique du fer dont dérivera ou s'inspirera la métal-lurgie de Halstatt (Fer I). Les Celtes halstattiens adopteront des procédés de fonte et de fabrication deces Mongoloïdes.Et c'est, entre — 1000 et — 900, le premier ZOROASTRE, autre initié orthodoxe, pur Iranien quoiquené en Médie. Les Mèdes étaient des Touraniens, parlant une langue non indo-européenne, maisdevenus peu à peu bilingues par nécessité. Dire que Zoroastre ou Zarathustra était « de la Tribu desMages », laisserait à supposer que les Mages étaient une tribu, alors que ce terme désignait la castesacerdotale schismatique, alors dominante. Le nom même de Zarathustra a fait couler beaucoup d'en-cre. J'avancerai, sans perdre mon temps à le démontrer, qu'il signifiait plus probablement voici troismille ans « Cheval alezan » que « Chameau d'Or » !... Mais peu importe ! Son vrai nom (j'entends sonnom d'initiation) est Cpitama : « le Purifié » (vocable dérivé visiblement de cpita « blanc, pur »). C'est tout lecontraire d'un nom de famille ! Ce prétendu « Mède » (dont l'unique terrain d'action est la Bactriane etdont le père, Purushâçpa, porte un nom iranien en rapport avec le cheval) était aussi « druide », aussi «orthodoxe » que l'avaient été Rama et Orphée. Vérité, je le sais, difficile à faire sentir et admettre parceux dont l'érudition a paralysé l'intuition ! Sans le concours de circonstances dont est sorti cet écrit,et sur lequel je n'ai pas à m'étendre ici, mon attitude eût été la leur, à quelques nuances près !

Mon cadre ne me permet pas de m'attarder sur l'œuvre du réformateur de l'Iran, assez connue dansses grandes lignes. Jetons plutôt un regard sur l'Europe où vient de s'ouvrir le premier âge du fer (—900 environ). Un siècle plus tard, nombre de tribus germaniques, bousculées par les Scythes et lesTouraniens, se déplacent, talonnant parfois à leur tour les Celtes du Danube et de la célèbre ForêtErcynienne (ER-kunia : « le refuge des aigles »). L'une d'entre elles, celle des Haidui (H initial éty-mologique) pousse jusqu'en Gaule, probablement à la suite d'une altercation ayant tourné à son désa-vantage avec les tribus sœurs. Elle y demande l'hospitalité aux vieilles nations celtiques prégaulois-es qui l'occupaient : Aulerques, Senons, Bituriges, Arvernes, Lingons, Volques, Parisiens, etc. !Accueillis sans enthousiasme et un habitat fixe leur ayant été assigné, ces Germains se celtisent super-ficiellement, toujours prêts à intriguer et à faire jouer tantôt leur astuce, tantôt leur cavalerie. Eux,n'ont pas de « druides » (l'imitation du mot n'étant pas l'adoption de la chose) ; ils ont pour régler leurvie commune un chef mi-temporel mi-religieux, dont César nous fera connaître plus tard le titre :Vergo-bretos, qu'on se retient de traduire par « Dictateur ».Ils sont, bien entendu, schismatiques, — comme une partie de leurs nouveaux voisins — les Gaulesn'étant orthodoxes qu'en relative majorité, — et causent de justes soucis aux vrais druides, qui ne lesauraient pas laissés s'implanter s'ils avaient été seuls maîtres du jeu.Vers la même époque, étaient fondées les deux cités rivales, Carthage d'abord, puis Rome. Bientôt,devenues toutes deux championnes d'une civilisation mercantile et matérialiste, elles ne pourraientque détruire ou ruiner autour d'elles et, finalement, se livrer un duel à mort... Drame d'hier, qui pour-rait peut-être se rejouer demain avec d'autres acteurs !Tandis que se poursuivait dans le nord-est la longue empoignade des Germano-scandinaves et desScythes (que l'Edda retrace et simplifie quand elle décrit des luttes, puis l'alliance des Ases et des Vanes),Celtes et Etrusques se partageaient l'Italie du nord.Ces derniers (vers — 750) venaient de fonder une cité, RUMA « la Force » ou « La Forte » qui allaitrapidement leur échapper, Donc, tandis que les Tyrrhéniens édifiaient la Rome primitive et que lesGrecs colonisaient la Sicile, des populations métissées (disons : « ligures » ou mieux « liguses ») répan-dues dans l'Italie centrale s'étaient mêlées à des Celtes aux marches de leur domaine cisalpin. Et cepoint-frontière, cet « Ico-Randon », pour employer sa dénomination celtique, avait aussi servi derefuge aux bannis, aux mécontents, aux esclaves fugitifs et aux hors la loi de tout genre. Ces bandesd'indésirables et de sangs-mêlés se tinrent quelque temps au sud du Latium, d'abord simplementtolérés par les Etrusques, puis sollicités par eux de leur fournir des alliés ou des mercenaires dansleurs contestations multiples avec les Sabins et les Ombriens. Ces dangereux alliés une fois dans laplace, les Etrusques s'aperçurent un peu tard qu'il était plus aisé de les appeler que de les faire décam-per !C'est ainsi que Rome finit par passer sous la domination d'une communauté étatique de brigands chi-caniers à faux nez de juristes, et qu'elle s'agrandit par la force et par la ruse aux dépens de provincesmi-gauloises, mi-tyrrhéniennes, pour devenir le cancer de l'Occident[3].Le manque de sens politique et la jalousie mutuelle des clans celtiques allaient faciliter cette besogne: l'insubordination des chefs temporels à l'autorité spirituelle des druides appelait là ; comme plus

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tard en Gaule, sa rude mais juste punition.Quittons maintenant l'Italie. A l'aube du Ve siècle, voici l’Odin légendaire et ses Ases (à ne pas confon-dre avec un autre Odin, postérieur de peu à notre ère et que, pour cette raison, malgré la pénurie de documentsle concernant, je nommerai l'Odin « historique »).Il donne aux Germains nomades, relativement unifiés par le péril scythique et par certaines carac-téristiques dialectales (car nous sommes à l'époque de la première « mutation consonantique ») une unitéreligieuse. Ce qu'on a appelé « l'Islam germanique » était né !Germains et Scandinaves adoptèrent le nouveau schisme, greffé d'ailleurs sur celui d'Irshou. Sous lapression accrue des hordes touraniennes et scythiques (en langage moderne : slavo-mongoles), le « Drangnach Westen » des tribus germaniques s'accentua. Les Celtes éparpillés de la Chersonèse cimbriqueau Danube furent débordés et durent, à leur tour, chercher fortune ailleurs.Ce que les druides avaient voulu faire exécuter dans l'ordre et en temps utile s'accomplissait troptard, dans le désordre, la dispersion, et l'épée dans les reins.En premier lieu, s'ébranlèrent les Gaulois proprement dits, Celtes danubiens, rattachés en majorité àl'orthodoxie, mêlés aux Belges, tribus germaniques à l'origine mais déjà assez profondément celtisées,schismatiques pour la plupart. Ainsi passèrent le Rhin pour s'établir en Gaule : Meldi, Mediomatrici,Boii, Redones, Atrébates, et d'autres, suivis ou accompagnés de Belges : Bellovaques, Bodiocasses, etc.ainsi que de quelques fractions germaniques assez vaguement celtisées : Raurici, Nervii, Mena-pii.Aux confins des Aulerci Brannovices et des Nantuates celtiques s'installèrent d'autres Germains ousemi-germains (Allobroges, Helvetiî). Mais le mouvement ne s'arrêta pas là. Je passe sous silence l'in-stallation de Gaulois en Espagne, sans intérêt pour l'histoire du druidisme, pour m'arrêter un instantà leur irruption en Grande-Bretagne. Là comme en Gaule, ils trouvèrent des tribus de vieille souche(Dumnoni, Parisii, Demetae, et autres). Les leurs (Atrébates, Belgae, Cantii, Catuvellauni, Brigantes) s'yajoutèrent et s'entendirent rapidement assez bien avec la plupart d'entre elles pour qu'une cinquan-taine d'années plus tard (vers — 400) une fraction des unes et des autres, agissant de concert, prennepied en Irlande et s'y installe, non cette fois sans combats. Les annales irlandaises permettent de nepas se tromper quant à l'identité des envahisseurs ; elles signalent les Fir Bolg c'est-à-dire les Belgae; les Fir Domman ou Dumnoi et les Gailéôin où l'on reconnaît les « Gaulois ». C'est à peu de chosesprès le temps où d'autres Gaulois rançonnaient Rome. Il s'écoulerait peu de siècles avant que la Gaulene remboursât durement cette rançon !...

Nous sommes dans le second âge du fer (La Tène I). La monnaie et les documents écrits vont faire leurapparition, influencés tous deux par les relations avec les Massaliotes. Le temps marche. Tandis queles Galates vont fonder en Asie-Mineure un établissement politiquement éphémère, en Gaule s'ouvreune ère d'intrigues et de rivalités entre chefs, malgré les efforts conciliateurs du suprême conseildruidique, dont j'ai exposé déjà le plan invariable : fédération sous un chef respectueux de l'autoritéspirituelle et maintenu par cette dernière au-dessus des rivalités locales. Mais la mentalité jalouse etbelliqueuse des roitelets ne se haussait pas à ce niveau. L'histoire d'Ambigat, roi des Bituriges etEmpereur des Gaules rapportée par Tite-Live est, en majeure partie, fantaisiste. Celles de Luern et deBituit sont de l'histoire... littéraire, copieusement romancée. Elles laissent toutefois à présumer que,bien avant l'immigration des Gaulois danubiens, le rôle le plus important, — et ce qui eût pu devenirun rôle fédérateur — était tenu par les Arvernes et les Bituriges et, — cela se conçoit —, ambitionnépar les Héduens. C'est chez les Bituriges, aux marches du pays carnute, que se trouvait l'Ombilic desGaules. Le texte de César, assez peu précis, contre son ordinaire, semble dire autre chose. En fait, ildémontre simplement que les Gaulois ne tenaient guère à le renseigner sur l'emplacement exact ducentre spirituel et géographique de leur pays. Cela se comprend ! D'autre part, César, en dépit de sahaute intelligence, était trop fermé aux choses de l'esprit et trop préoccupé par ses plans concrets poursaisir l'importance primordiale d'une information plus précise.Lorsque les Gaulois proprement dits se replièrent sur la Gaule, ils y apportèrent leur humeurbatailleuse, leur goût des palabres et leur penchant pour la politique, dont le sens leur manquaitpourtant cruellement. L'accroissement numérique de la population ne compensait pas, de loin, l'af-faiblissement de son homogénéité. Le double jeu des Héduens, et la lutte sourde entre les deuxdruidismes dont l'un obéissait à l'Archi-druide, tandis que l'autre feignait une obéissance peuempressée tout en le contrecarrant secrètement, allaient encore envenimer les choses. Une sorte deconcordat avait bien succédé aux luttes ouvertes, dans ce territoire où les schismatiques étaient enminorité, mais ils ne l'avaient accepté que du bout des lèvres, comme un pis aller, en attendant l'oc-

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casion de pouvoir reprendre la lutte dès que les circonstances modifieraient l'équilibre des forces àleur avantage. A défaut de preuves, évidemment introuvables, à l'époque de César, l'on verra des «druides » porter les armes. Le dénommé Divitiac, de triste mémoire, sera un « druide » héduen, etainsi de suite !Je glisserai rapidement sur des événements trop connus : Invasion des Cimbres celtiques et desTeutons germaniques ; recours de Massilia à Rome contre les Ligures, qui devait aboutir à la créationde la Provincia en un quart de siècle ; appel des Séquanes à Arioviste et à ses Suèves pour contenirles empiétements des Héduens : intervention de César pour repousser Arioviste, tandis que lesHéduens jouent et joueront jusqu'au bout la carte romaine contre la Gaule dans l'espoir d'établir leurhégémonie sur leurs anciens hôtes trop confiants ! Je ne suivrai pas, pour le même motif, les détailsde la guerre des Gaules. Tout au plus signalerai-je — bien inutilement — que Gergovie, son oppidumdu moins, sommait bien le plateau des Côtes de Clermont, comme l'avait vu le regretté MauriceBusset et comme l'avait démontré l'archéologue M. Louis. J'ajouterai, — sans doute avec le même suc-cès — que l’Alésia de Vercingétorix n'est nullement Alise (ancienne Alixia, dont le nom est tiré de celuide l'alisier, racine AL- (« croître »), mais un site à l'ouest d'Aisy-sur-Armançon racine PAL-gaul. AL- « falaise»).Laissons-la pour l'instant ces querelles topographiques et topo-nymiques pour revenir à notre sujet.Le suprême conseil n'avait pas attendu l'intervention de César contre Arioviste, loup contre loup,pour mesurer la portée du double péril romain et germanique qui menaçait une Gaule déchirée parles factions. J'ai déjà dit qu'il n'avait pas les mains libres.Par les Héduens, la menace de trahison planait sur le pays. Les Belges, Germains d'origine, maisfidèles à leur nouvelle patrie, ne relevaient pas de sa juridiction spirituelle, parce que schismatiques.Pour cette dernière raison, des tribus d'ancienne souche, les Rèmes, entre autres, échappaient à soninfluence, sinon à ses exhortations. Même parmi les peuples qui reconnaissaient théoriquement sonautorité, tels les Arvernes, indiscipline et compétitions s'opposaient à son plan de salut. On le vit bien,lorsque Celtillos, élève estimé des druides et chef temporel des Arvernes, faillit, avec l'appui de sesmaîtres, devenir le fédérateur des Gaules enfin pacifiées et fortes. L'ambition jalouse de son frère etde ses rivaux réduisit tout à néant et l'envoya au dernier supplice.Mais les druides ne se décourageaient pas. Et, sous leur inspiration, s'élabora un programme libéra-teur qui, s'il avait été exécuté en temps voulu, aurait rendu à la Gaule puissance, paix et indépen-dance, en lui donnant enfin le chef indispensable, protecteur des libertés communes et auréolé de sesvictoires sur l'ennemi du dehors, qui aurait contenu l'anarchie brouillone des peuplades.Les druides avaient formé avec soin deux guerriers d'une trempe et d'une ouverture d'esprit excep-tionnelles : Ambiorix « roi de la moitié des Eburones » (parce que venu d'Armorique avec ses gens, peud'années auparavant) et Vercingétorix (autre nom d'initiation !), le propre fils, et vengeur présumé, deCeltillos. Mais il importait que leur double action militaire fût concertée et éclatât simultanément. Lamenace romaine écartée, Ambiorix, (au nom-programme, je n'y puis rien !) groupant Gaulois et Belges,monterait la « Garde au Rhin », face aux Germains, tandis que Vercingétorix réorganiserait le paysavec l'aide du grand conseil.La présomptueuse impatience des Eburones força Ambiorix (qui n'était strictement obéi que par sa frac-tion d'immigrés) à engager le combat deux ans trop tôt : c'était beaucoup demander aux Gaulois, quedeux ans de patience !La partie était pratiquement jouée et perdue. On sauva l'honneur, dans le désespoir !Ambiorix échappa finalement aux recherches et aux espions de César, et l'on n'entendit plus parlerde lui, du moins en Occiident.On sait le sort de Vercingétorix : la valeur militaire et la grandeur d'âme de celui en qui s'incarna lapatrie gauloise — et qui avait, je tiens à le souligner, renvoyé à César l'anneau apporté par Divitiacus-le-Traître, — ne purent racheter, dans l'immédiat, l'indiscipline des uns et la jalousie des autres. « SiCésar — a trop justement écrit Henri Hubert — réussit avec une soixantaine de mille hommes àmener à bien cette difficile conquête d'un grand pays, riche en hommes, avec un passé glorieux, c'estqu'il eut toujours en Gaule des alliés, des amis, des espions, qui furent aussi des traîtres, comme l'hé-duen Dumnorix. »« Pas une seule fois — souligne Camille Jullian — Vercingétorix ne parla ou ne combattit au nom desArvernes, mais toujours au nom de la Gaule ».Réversibilité des mérites !... Qui dira les répercussions de cette foi, couronnée par le sacrifice (dont sesmaîtres lui avaient enseigné le pouvoir caché) sur les destinées d'une patrie ?

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Sur le plan de la spiritualité druidique vraie, Rome n'avait RIEN à offrir à la Gaule, en dehors d'unecivilisation soi-disant « supérieure » pour tout juge d'après les apparences, mais, au vrai, pourris-seuse et avilissante. César a su ce qu'il faisait en massacrant les druides, adversaires de principe, envue d'amener la perte de la religion nationale et, par elle, du sens national. Le matérialisme romainput relâcher les mœurs, pures antérieurement, et l'âme, que le druidisme avait toujours mise au pre-mier plan, fut reléguée au second. La Gaule s'abaissa, vraiment vaincue cette fois ! Dieu me garded'enfler la voix, là où les faits sont d'une suffisante éloquence. Je préfère reproduire quelques lignesd'un historien qui avait su comprendre, aimer et exalter le patriotisme ancestral : Camille Jullian :« L'école, qui est le séminaire des patries, était passée dans la domesticité des vainqueurs... LesArvernes, qui avaient dans leurs annales les plus grands rois et les plus fiers patriotes de la Gaule,ternirent à plaisir leur antiquité pour y insérer une ascendance troyenne et désavouèrent leur origineafin de flatter les maîtres du jour. Je ne connais pas dans l'histoire de notre sol de plus triste péripétieque celle de ce peuple renégat de ses pères. Cette folie ou cette lâcheté universelle ; d'où était sortil'empire romain, après avoir enlevé à la nation le sens de la liberté, l'entraîna dans le vertige du men-songe et de l'ignorance[4]. L'oubli des aïeux, ce fut pour la patrie une seconde forme de la mort, cellede l'âme après celle du corps. »Je n'ajouterai que quelques mots : dans ce monde romain, à la fois superstitieusement formaliste etgrossièrement hédoniste et sceptique, où étaient tolérés les cultes les plus disparates, deux aspects dela religion et de la spiritualité (les deux plus hauts qu'ait jamais connus l'Occident) firent seuls exceptionet assumèrent le redoutable honneur de connaître des martyrs : le druidisme agonisant et le christian-isme naissant !

[1] Je rappelle que les Libyens avaient été en contact suivi avec les Atlantes, et leur avaient fait des emprunts aussi bien lin-guistiques que mythiques.[2] Tel est l'un des sens du mot Ama-zone qui, au temps d'Orphée, se prononçait encore probablement Ama-Gone. Le pas-sage de -g- à -z- est, si l'on veut, un « scythisme ».[3] Ces bandes sans passé commun se créèrent des lettres de noblesse en s'appropriant la Saga, mi-légendaire, mi-historiquedu périple d'Enée.[4] Jullian s'avance beaucoup !... Son excuse, si j'ose dire, est d'être décédé en 1930 et de n'avoir assisté ni à la «drôle deguerre», ni à ce qui s'ensuivit, jusques et y compris l'avènement de la vertueuse « petite Quatrième », puis de laprestigieuse« petite Cinquième » !

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Chapitre VII

DRUIDISME ET CHRISTIANISME : LE GRAAL

Après la perte de l'indépendance, les vrais druides (car il y avait naturellement un parti « jeune-druide »,toléré, voire flatté par Rome), les vrais druides, dis-je, furent persécutés et assassinés, plus ou moinslégalement, partout où les vainqueurs les dépistèrent.Ils demeuraient, en effet, l'âme de la résistance morale et matérielle. Tibère, puis Claude vingt ansplus tard, déclarèrent le druidisme supprimé — preuve qu'il continuait à lutter — et les druides horsla loi. Un des prétextes inventés par les philanthropiques amateurs de jeux de cirque, fut la vieille bal-ançoire des « sacrifices humains », chose qui serait comique si elle n'était infiniment triste. Lesfameux sacrifices, nés d'une déviation dont j'ai assez parlé, ne furent jamais approuvés ou pratiquéspar les orthodoxes intransigeants, ceux, justement, qu'on traquait sans merci ! En réalité, à la persé-cution sourde, officieuse, succéda, après la révolte de Sacroviros, en 21 de notre ère, la persécutionofficielle et la répression au grand jour. Mais l'on n'arriva pas à supprimer les druides avec la mêmefacilité qu'on révoquait des fonctionnaires. A dire vrai, on en « liquida » bien quelques douzaines,mais les autres se donnèrent de garde et continuèrent la lutte dans l'ombre. Après Sacroviros, leurélève, d'autres, suscités par eux ou non, mais sûrs de leur appui, se révoltèrent contre un asservisse-ment méprisable et aussi contre ces deux bienfaits de Rome, selon Henri Hubert : « le fisc et lesBarbares ». Bienfaits auxquels il serait équitable d'ajouter la prostitution.Quant aux druides, les uns changèrent leur titre trop voyant contre celui de Gutuater (« Père ou Chefde la Liturgie »). D'autres se firent officiellement Ieurises (« consécrateurs »), d'un terme IEURO- « sacré,consacré », titre lu malencontreusement Eurises sur l'autel des Nautes parisiens, et qui ne signifie rienen gaulois.Il n'est pas sans intérêt de signaler que ce furent les druides qui réorganisèrent en sous-main certainescorporations (telle celle des bateliers, que je viens d'évoquer), lesquelles, plus tard, donneront naissanceaux rites du compagnonnage.Certains d'entre eux, cachés dans leurs retraites forestières, continuèrent à éduquer secrètement lajeunesse, comme l'avoue Promponius Mela, sans compter ceux, assez nombreux, qui poursuivaientdiscrètement leur ministère et leurs travaux, sous le couvert de diverses professions, en particulier decelle de médecin.Jusque vers le milieu du IV siècle subsista une organisation druidique orthodoxe, présidée par unarchi-druide et tenant ses assises et cérémonies de loin en loin, selon l'opportunité. Et, au premierrang de ces fêtes rituelles, la principale, celle du Gui, que la prudence la plus élémentaire interdisaitde célébrer là où s'était érigé l'Ombilic des Gaules, mais qui se déroulait chaque année dans un sitedifférent, malaisément accessible et, au surplus, bien gardé. Lorsque les circonstances rendirent enfinimpossibles ces Grandes Assises, le druidisme devint affaire individuelle, chaque druide initiant soussa seule responsabilité son successeur éventuel, selon que le terrain s'y prêtait. L'autre mode de trans-mission, surtout depuis Colomban, fut le monachisme. Il y eut donc encore sporadiquement desdruides en Gaule, et des druides chrétiens, plusieurs siècles après la dissolution de l'organisation col-lective, c'est-à-dire du druidisme en tant que « religion ». Et je ne jurerais pas qu'il n'y ait plus, de nosjours, aucun porteur du vieux et vénérable Flambeau !Je reviens en arrière.Vers l'an 25 de notre ère, un voyageur mystérieux visitait Lutèce « la Boueuse », que dominait laMontagne Sainte-Geneviève (Loukotikia « la colline des souris », car elle en était infestée), puis se rendaiten pays chartrain, s'arrêtait un peu, là où avait été l'Ombilic du pays, aux « marches » des terres car-nutes, c'est-à-dire au nord du territoire biturige, obliquait, de là, sur Lyon et, par la vallée du Rhône,traversait la Provence, enfin, par la côte, atteignait Monaco, point extrême de son périple gaulois.Partout, sur sa route, il savait où rencontrer les druides, déjà traqués, et avait avec certains de longscolloques.Ainsi, avant de regagner la Palestine où allait bientôt commencer sa mission publique, jetait-il lesbases spirituelles de la christianisation de notre sol. Non qu'il ait fait de ses interlocuteurs des « dis-ciples », à proprement parler. Plus simplement, il les préparait pour l'époque de la prédication de

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l'Evangile. Dire qu'il fut compris de tous serait excessif. Mais les quelques-uns qui lui ouvrirent leurcœur appartenaient à l'élite de ce qui restait des hauts degrés initiatiques. Lorsque, peu de lustresplus tard, le suprême conseil secrètement réuni définirait son attitude et transmettrait des consignes,touchant le christianisme naissant, leur avis aurait une influence décisive sur les points en discussion.Ce christianisme fut apporté en Gaule par deux voies : la première, plus secrète, la seconde, plus

ouverte. Voici : l'un des disciples immédiats vint de bonne heure, aux environs de l'an 50, s'arrêtantd'abord à Lutèce, puis à Chartres, l'ancienne Autricum. Avec sagesse, il avait fondé dans ces deuxvilles une communauté agissante, mais extrêmement discrète. C'est à celle d'Autricum qu'il faut rap-porter l'origine d'une méprise dont il n'est pas inopportun de dire quelques mots. La tradition de lapromesse d'un sauveur né d'une vierge se perpétuait dans le druidisme pré-chrétien. Elle faisait par-tie de sa révélation primitive, antérieure même à Rama, mais était tenue secrète aux simples disciples,tant que durait leur long noviciat. Or, quelques-uns des chrétiens ignorés dont j'ai parlé, et dont cer-tains étaient probablement druides confirmés, gravèrent, assez légitimement, sur une représentationd'EPONA, personnification de l'Aurore[1], la fameuse inscription « A LA VIERGE QUI DEVAITENFANTER ».Peu d'années après, ce fut la seconde vague de christianisation, d'origine grecque, venue parMarseille, la vallée du Rhône et Lyon qui, moins précautionneuse que la première, s'attira vite les per-sécutions que connaissaient déjà les druides. Ce furent les Continuateurs de ces chrétiens qui, décou-vrant l'EPONA et sa dédicace (d'ailleurs en latin) supposèrent que celle-ci était druidique et préchré-tienne, donc prophétique, puisque la statuette l'était indubitablement.Après ce qui précède, il est facile de se représenter l'attitude des druides orthodoxes envers les chré-tiens et leur évangile. Certes, elle ne fut pas la même partout, surtout dans les débuts. Mais, aurebours de ce qui se produisit, par exemple, en Irlande où les Druides schismatiques luttèrent, par-fois par la magie, contre la nouvelle foi, cette attitude ne fut nulle part d'hostilité déclarée. Elle fut icid'adhésion, là de réserve, ailleurs de sympathie. Mais quelle qu'ait été la position adoptée, un fait lesrapprochait : les uns comme les autres étaient frères en persécution. De là devait naturellementdécouler une entente et parfois une entr'aide tacites.D'autre part, un druide qui se faisait chrétien n'en demeurait pas moins « druide », — pas moins por-teur du savoir et du degré d'initiation qui étaient siens avant sa conversion. Ce dépôt intellectuel etspirituel, il devait chercher à le préserver. Ce qui se faisait généralement par transmission orale àquelques disciples sûrs et doués. Finalement, les derniers druides trouvèrent dans les monastères unabri discret et un moyen licite d'infuser dans les formes du christianisme ce qui pouvait être conservéde l'antique sagesse.Les Bénédictins, entre autres, avaient (et ont probablement encore dans certaines de leurs abbayes) des doc-uments sur ce point. Même de nos jours, j'incline à penser que quelques-uns savent parfaitement àquoi s'en tenir.Il est bon, d'ailleurs, de se rappeler qu'au XVIII siècle les Bénédictins de Saint-Maur s'intéresseront audruidisme avec une très sensible sympathie, ce qui laisse la porte ouverte à bien des suppositions.Quoique le cycle de Graal ait son point de départ dans le bardisme d'Outre-Manche, les druidesgaulois ont dû mettre discrètement la main, ici ou là, à certaines versions ou continuations. Là, selaisse entrevoir un des points de jonction entre la tradition celtique et la chrétienne. Et René Guenontombait juste en affirmant que les origines de la légende du Graal se rapportaient à la transmissiond'éléments traditionnels d'ordre initiatique, du druidisme au christianisme.Durant tout le Moyen Age, la substance initiatique fut conservée par les Ordres religieux et révélée— seulement éventuellement — à des laïcs, artistes ou poètes, selon leur réceptivité et leur talent.C'est là qu'étaient les vrais centres initiatiques chrétiens.Pour en revenir à la « matière de Bretagne » (romans arthurien, quête du Graal) il s'en faut que tous lestextes portent l'empreinte, même légère, de l'orthodoxie druidique, agissante au sein de l'orthodoxiechrétienne qui l'englobait sans l'étouffer. Cette empreinte, discutable chez Chrétien de Troyes, selaisse plus ou moins sentir chez Gautier Map, chez l'auteur de la Queste du Saint Graal et chez Robertde Boron.J'ai parlé du bardisme d'Outre-Manche, gallois et cornique. Lorsque fut conçu le thème cyclique duGraal, il y avait beau temps que les Bardes semi-légendaires, Merlin (Myrddyn) et Taliesin étaient par-tis pour l'au-delà avec le roi Arthur (si l'on entend ici l'Arthur historique, mort à Camlan, l'antique Cambo-Glana). Car il ne faut pas perdre de vue qu'il y eut un Arthur mythique et un Arthur historique surqui se rassemblèrent avec le recul du temps les traits du premier. Il en va de même pour le double

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aspect de Merlin et de Taliesin.Merlin, barde et guerrier, mais non « druide » avait été le conseiller d'Arthur. Il était chrétien et,d'autre part, c'était un voyant, porteur de l'Awen (inspiration, révélation) correspondant à l'initiationbardique, équivalent approximatif de ce qu'on appelait dans l'antiquité « les Petits Mystères ». La «fée » Viviane (Chweblian, du texte gallois) symbolise, si l'on veut, la Nature et ses pièges. Dans le poèmede Merlin, intitulé Avallenau (« La Pommeraie »), elle apparaît deux fois sous l'appellation génériquede Chweblian (Strophe 9) et de sa variante Chwimlian (Strophe 19), mais son vrai nom symbolique estdonné dans la lère strophe : Gloywedd !Taliesin est, lui, aussi, un initié bardique et non druidique ; chrétien certes, sans plus ! Les poèmes quilui ont été attribués sont de lui, pour la plupart, mais furent remaniés et retouchés pour la forme etparfois pour le sens dans les siècles qui suivirent.Le Taliesin légendaire (Tal-Iesin « Front rayonnant »), dont il ne sera pas question ici, est un héros ouune personnification solaire de type connu. Le Taliesin historique, en tant qu'Aweniol bardique,développait un enseignement d'évolution naturaliste non qu'il ait ignoré ou rejeté la doctrine spiritu-aliste du druidisme, mais parce que les bardes n'aient pas part effective à l'initiation druidique.Inutile de dire (disons-le tout de même) qu'il professait, sous une certaine forme, ce que nous appelonsassez improprement « réincarnation », mais non « métempsychose »... Prière de ne pas prendre l'his-toire de ses transformations au pied de la lettre : thème folklorique banal, et même point spécifique-ment « celtique ». Aussi, son Kad Goddeu (« combat des arbres ») ne me semble offrir qu'un minceintérêt initiatique. Par contre, une partie du Cadair Ceridwen et surtout ses Preiddeu Annwfn (« LesDépouilles d'Annwn ») renferment, me semble-t-il, l'essentiel de l'ésotérisme bardique (se référant à uneinitiation « astrale », non « spirituelle »).L'Arthur légendaire, c'est l'Etoile du Pôle (Arthur = homme - ours) et il est, tant logiquement quechronologiquement, fils d'Uther Pendragon (Uther = OUKSTRO — « celui d'en haut ») ; (Pendragon =« Chef -- dragon ») qui l'a précédé comme astérisme polaire.Dans l'adaptation de la Table Ronde, Arthur sera pris comme symbole du Pouvoir temporel. Quant àCeridwen « La Naine Blanche », initiatrice de Taliesin, c'est la Mère divine des Schismatiques, leprincipe DEUX, des orthodoxes.Ainsi se confirme le plan sur lequel pouvait se situer l'initiation bardique, telle, du moins, qu'elletransparaît sous les images et les épithètes dont use Taliesin.En ce qui concerne le « Vaisseau » d'Arthur, Prydweh (« apparence claire »), certains auteurs y ont vula lune. Je ne leur donnerai pas entièrement tort, pas plus qu'à ceux qui voudraient traduire le nomdu « Couteau » d'Arthur, Karnwennan, par « Corne blanche ». Je préviens seulement que j'ai de fortesraisons pour m'abstenir de commenter ces deux noms et quelques autres.Après ce qui précède, il devient plus aisé de démêler le sens (mieux : un des sens) de la Quête du Graal,et de préciser le rôle de ses principaux acteurs. Il a été exposé par les érudits qu'on en retrouvait tousles éléments, tous les thèmes dans tels et tels récits et rites celtiques d'Irlande et de Grande-Bretagne.C'est évidemment là le « matériau » mis en œuvre. Mais je dénie qu’on ait jamais retrouvé une «séquence thématique » comparable à la Queste. C'est là, justement, la « mise en œuvre » et c'est, essen-tiellement, ce qui importe. Dans « Mythes, Contes et Légendes », j'ai assez précisé mon point de vue,pour me dispenser de redites fastidieuses.La QUESTE est l'épopée (spirituelle) du passage du druidisme au christianisme. Elle contient donc deséléments préchrétiens, mais n'a pu être conçue et élaborée qu'après la christianisation, longtempsaprès, et, sous sa forme la plus ancienne, sûrement pas avant le septième ou mieux le huitième sièclede notre ère. Après Colomban.Et d'abord, qu'est la a Table Ronde » ? Je laisserai de côté le sens cosmologique, où la table est l'im-age du ciel boréal. Au sens qui nous intéresse, la Table Ronde est le cercle des initiés, le symbole deleur communion. Ces initiés ont perdu le sens interne du druidisme et ne connaissent, du christian-isme, que l'aspect extérieur. Arthur, image du Pouvoir temporel, y préside bien aux rites du bardisme,mais se sent privé d'appui spirituel ferme. C'est pourquoi le SIEGE PERILLEUX est vide, pourquoiaussi nous assistons au commencement des « enchantements de Bretagne », période trouble entre ledruidisme finissant et le christianisme commençant. Car, de la table ronde, Arthur n'est nullement lechef ; on nous donne à savoir qu'il ne l'a ni imaginée, ni construite, mais que Merlin (la chaîne de l'ini-tiation bardique et, pour les besoins du récit, jusqu'à un certain point druidique) en est le promoteur. LeCHEF réel, c'est celui qui pourra s'asseoir impunément sur le siège périlleux. Or, ce siège appartienttraditionnellement au seul Archi-druide ; mais depuis que ce dernier ne tient plus guère qu'au sym-

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bolique les clés majeures de l'enseignement, le siège qu'il n'est plus en mesure d'occuper doitappartenir au « Prédestiné » (Peredur, Perceval ou Galaad, peu importe !) qui les retrouvera et les reviv-ifiera en mode chrétien. Je tiens qu'il est inutile de chercher là des analogies matérielles, soit, commeon l'a fait, de rapprocher du siège périlleux la Pierre de Fâl irlandaise, pierre d'épreuve de la légitim-ité royale, car il ne s'agit pas de « pouvoir royal » dans la Queste. Il faut prendre le « siège » au sensoù l'on dit « le siège pontifical », signe d'une fonction à exercer et non objet matériel. Et de même, lesrecherches pour retrouver « le château du Graal », dans les Pyrénées ou ailleurs, en quelqueMontserrat, Montségur ou autre lieu haut, semblent témoigner de préoccupations d'un ordre peu enrapport avec leur objet.Qu'est le Roi « pêcheur » ? — sinon l'ancien Archi-druide[2]: l'autorité spirituelle préchrétienne quise survit — péniblement !Le « vase » ou « chaudron » ou « graal » (ce dernier mot d'origine française, ce qui est à retenir) peut êtreentendu au sens le plus grossier (nourriture matérielle inépuisable) ou au sens le plus éminent (nourriturespirituelle, Savoir, Eau de la Vie éternelle) selon l'élévation de celui qui en parle et l'ouverture d'entende-ment de celui qui l'écoute[3].C'est, symboliquement, le vase où Joseph d'Arimathie est dit avoir recueilli le sang du Sauveur. Il nefaut pas perdre de vue à ce propos que le vase, comme ses substituts hiératiques, le chaudron, lacoupe, est un symbole universel, remontant à la révélation primitive, et que pas un sens nouveau nesaurait en être donné légitimement, qui n'ait toujours été en lui, en puissance sinon en fait. Dans lechristianisme c'est un symbole essentiellement « eucharistique », par sublimation de son senspréchrétien. Non que le symbole ait eu à « évoluer », mais plutôt parce que le temps était venu pourcertains d'en saisir l'application suprême. Ce qui est perfectible, c'est toujours l'homme, jamais lesymbole (je veux dire la réalité interne dont le symbole est le véhicule et l'interprète). J'entends ici, un sym-bole vrai, dont les acceptions dépendent de la nature des choses et non d'une arbitraire fantaisie indi-viduelle !J'irai plus loin. Le « Prédestiné » (Perceval, Galaad) c'est l'initié direct du Christ, qui reçoit le dépôt dela double tradition druidique et chrétienne et peut exercer l'autorité spirituelle suprême dans lasphère qui lui est dévolue. L'autorité, mais non le pouvoir temporel !Si je voulais en peu de mots résumer le cycle du Graal, sans me perdre dans les détails accessoires, jedirais à peu près ceci :La religion druidique agonise ; le mot-clé de l'initiation druidique semble bien perdu par les anciensfidèles et par les initiés, qui ont adopté le christianisme sous sa forme exotérique, mais n'enentrevoient également qu'à demi l'ésotérisme.Il faut donc retrouver la clé perdue, la fameuse « parole délaissée » et refaire la synthèse christiano-druidique.Le « Prédestiné » n'est venu que pour cela. Il affronte les épreuves, en triomphe, retrouve le mot dela tradition druidique, puis celui de la chrétienne (qui ne peut être donné que par le Christ) et devient lechef (humain) de l'Eglise intérieure.Et c'est la fin des « Enchantements de Bretagne » !Quant à l'assomption finale du Graal, certains y voient le retour de l'ésotérisme au « centre suprême», tandis que subsisterait seul en Occident le côté exotérique chrétien ou « religieux ». Ce n'est pas icile lieu d'exposer pourquoi, depuis la venue du Christ, ces liens de « régularité » avec le « centresuprême », que je ne désignerai pas plus clairement, sont ou me semblent périmés. Contrairement àune opinion assez répandue parmi les ésotéristes modernes, il y a encore possibilité de parvenir àl'initiation effective dans le monde occidental. Là, le Christ est, à présent, L'INITIATEUR, révélantdirectement au cœur du disciple tout ou partie du sens caché des plus antiques traditions, aussi biende celles qui se survivent que de celles dont nous ignorons actuellement jusqu'au nom[4].

Quoi qu'on pense de ces derniers développements, qui ne seront sans doute pas du goût de tout lemonde, je ne terminerai pas ce chapitre sans rappeler une curieuse survivance de druidisme monacal,encore qu'il se soit agi de druidesses. On la trouvera exposée en substance dans un article de A.Fournier : « Remiremont et le Saint-Mont » (Celtica, t. II, 1903). On y voit que les dames chanoisessesde Remiremont, disciples de Saint Colomban, gardèrent jusqu'au XVII siècle une indépendance etune originalité sans exemple. Ce sont au fond des druidesses converties au christianisme (j'entends,celles des premiers temps). Elles prêtent serment sur la « Franche Pierre », authentique menhir, font desomptueux banquets de funérailles à la mode celtique ; dansent, mêlées au commun, autour des feux

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de la Saint-Jean ; entretiennent un feu perpétuel comme celui de Kildare, ou envoient au pape (noussommes ici en plein symbolisme gaulois) un cheval blanc ferré d'argent !... En étaient-elles moins bonneschrétiennes pour cela ? Il est permis d'en douter !...Mort en tant que « religion » - mort définitivement, quoi qu'on veuille ou fasse - le druidisme ne futpas anéanti au point de n'avoir point laissé de traces de son activité jusqu'à nos jours. Cette activités'est déployée sagement dans le cadre chrétien, où s'incorpora, par diverses voies et sous diversesformes, ce qu'il était opportun et licite de sauver de l'oubli. Non par quelque tentative de syncrétismehétéroclite, mais par une transposition des vieux symboles en mode nouveau. Cette transfigurationétait, au fond, des plus simples, puisque, comme l'a écrit Saint Augustin : « Ce qu'on appelle aujour-d'hui religion chrétienne existait chez les anciens et n'a jamais cessé d'exister, depuis l'origine dugenre humain, jusqu'à ce que, le Christ Lui-même étant venu, l'on ait commencé d'appeler « chréti-enne » la vraie religion qui existait déjà auparavant. »

[1] J'ai exposé quelques raisons d'assimiler Epona à L'Aurore, à l'Ushas "lue dans « De quelques Symboles druidiques ».[2] Allusion transparente à Math, IV, 18.[3] Je ne parlerai pas de la « Lance sanglante », élément inorganique, appartenant aux Mystères de la doctrine schismatique,insérée à la faveur d'un rapprochement malencontreux avec celle qui perça le Christ.[4] La Queste du Graal, telle que je viens de la condenser, est née en milieu « druidico-monastique » de France, un siècleaprès Colomban. Le thème primitif s'est chargé de sens et surchargé d'enjolivements multiples, en passant du plan sacerdo-tal au plan littéraire. Chrétien de Troyes a utilisé une version ; Wolfram von Eschenbach, qui a lu Chrétien, s'est basé con-jointement sur elle et sur celle de Kyot le Provençal qui ne nous est pas parvenue, mais qui a bien des chances d'êtreantérieure au texte remis à Chrétien. Ce qu'ils en ont fait, en y mêlant sans doute pas mal de leur cru, est source d'innom-brables débats entre érudits qui y ont discerné, parfois à tort, parfois à raison, des infiltrations gnostiques, soufiques oumanichéennes.

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Chapitre VIII

BARDISME ET NEOBARDISME

L'on aurait pu clore ici sans inconvénient majeur l'histoire des Ultimes avatars du druidisme.Toutefois, comme le bardisme et ses succédanés occupent encore nombre d'esprits curieux ou inqui-ets des deux côtés de la Manche, il n'est peut-être pas inutile tic lui consacrer quelques lignes.J'ai déjà donné à entendre que l'initiation bardique effective de jadis, dont quelques aspirants biendoués pouvaient franchir tous les degrés, ne se situait pas sur le même plan que celle qui était pro-posée aux aspirants du druidisme, n'en constituant, si l'on veut, que la préface. Sauf cas d'espèce, lacosmogonie propre aux bardes antéchrétiens n'allait guère au-delà de la « Mère Universelle »,comme celle des Phéniciens, et les enseignements s'arrêtaient au Chaos primordial. Les doctrines surl'origine de ce Chaos (origine liée à la chute de l'Homme-Esprit, d'où se déduisait, en brident, la nécessité desa rédemption finale) étaient l'apanage exclusif des druides confirmés. Les bardes n'en connaissaient lesquelques généralités indispensables pour ne pas dévier le schisme. Car, — et j'ai trop peu insisté surce point délicat orthodoxes et schismatiques s'accordaient pour révérer la grande déesse, le «principe deux ». Mais les derniers avaient pour ainsi dire renversé les valeurs respectives et donné laprééminence à la Mère universelle sur le Père divin. D'où une initiation « naturaliste » dans laquellele psychique avait le pas sur le spirituel. Cette digression terminée, je reviens à mon sujet.Continuant à laisser de côté l'Irlande et ses Fili[1] je constate que l'institution bardique se maintint enGrande-Bretagne jusqu'à nos jours, quoique son esprit ait changé plus d'une fois d'orientation durantcette longue période où les bardes furent aux prises avec des circonstances difficiles, et par suite, leuractivité publique coupée d'éclipsés et de reviviscences.On doit à l'activité intelligente des bardes, mainteneurs de la langue et des traditions, la conservationdes œuvres de leurs devanciers, les Cynfeirdd ou « bardes primitifs », Myrddin, Aneurin, Taliesin,pour ne citer que les plus connus. On leur doit également les Mabinogion, contes en prose, rédigésau plus tôt vers les VIè/VIIè siècles, mais dont la substance s'enfonce, parfois de plusieurs millénaires,dans le passé celtique. Ces Mabinogion ont été admirablement traduits et annotés par Joseph Loth,qui n'a rien négligé pour les rendre accessibles à un lecteur cultivé du continent. Ils constituent — ouplutôt constituaient — une part importante de la tradition orale confiée à l'aspirant barde, le Mabinogou « disciple ».A l'époque où furent recencés ces « légendes » et ces « contes » (dont l'origine n'a rien de « populaire »,mais dont on rencontre des déformations populaires dans le folklore celtique) leur signification était aux troisquarts effacée. Leur plus ancien substrat apparent utilise des données d'astronomie stello-solaire,malaisément reconstituables, notre sphère étant trop différente de celle d'autrefois où le nom et l'é-tendue de certains astérismes étaient autres. Les Mabinogion et leurs modèles oraux constituaient,entres autres choses, une sorte d'aide-mémoire des bardes du passé, en accord avec la symboliquecéleste et le calendrier ancestraux. N'ayant pas en vue de les élucider, je m'en tiendrai à quelques allu-sions, au pas de course, en bornant mes examens au Mabinogi de Math, fils de Mathonvy et à celuide Kulhwch et Olwen.Dans le premier, il est question des enfants de Don (équivalent britannique de la déesse Donna irlandaise,mais conçus sous un aspect plus relevé et dans un esprit bien différent).La lignée est assez clairement symbolique : Gilvaethwy « Bec acéré » est un des noms périphrastiquesdu Pivert, l'oiseau associé au tonnerre dans les traditions de notre race. Amaéthon (l'Ambacte) etGovannon (l'artisan) synthétisent, en un sens, les deux catégories sociales ni guerrières, ni sacerdo-tales. Heveydd (= SAMIOS, « celui de l'été ») rend un son distinctement cosmologique, ainsi que sasœur Arianrot (ARGANTO-ROTA, « Roue argentée »), un des nombreux symboles de la constellationCorona borealis, qui jouait un rôle capital dans la mytho-astronomie druidique. J'en reparlerai plusloin. Quant à Gwyddon (au nom souvent estropié en Gwydion, parfois intentionnellement) c'était le vraiFils de la Mère céleste, aspect du Verbe-Sagesse, maître spirituel de la révélation et de l'initiationdruidiques, personnification trop haute pour que les bardes, avec le temps, n'aient pas fini par luiprêter quelques traits caricaturaux.

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Dans ce Mabinogi l'on discerne facilement une adaptation zodiacale, au moins partielle, que je ne suispas le premier à relever. Les deux signes saturniens du Capricorne et du Verseau y sont symboliséspar un bouc et un cuveau, en opposition avec celui du Lion, personnifié par Lieu Law Gyffes (« le Lionà la patte puissante »), sans omettre le signe de la Vierge, représenté au naturel, si l'on peut dire, par lacharmante Goewin (« Celle sous la Griffe » — sous-entendu « léonine »).Je ne relèverai que quelques-unes des allusions astro-mythiques dont fourmille l'autre Mabinogi. Soncanevas, très simple, est celui-ci : Kulhwch doit, pour épouser Olwen, fille du « Géant » YspaddadenPenkawr, procurer à ce dernier une invraisemblable série d'objets mythico-magiques, la possessionde chacun d'eux dépendant de celle du précédent. Le terme de cette quête à cent péripéties, c'est laconquête du Peigne et des Ciseaux placés entre les oreilles du Twrch Trwyth (Orcos trictos), le « PorcTroit », de Nennius. Comme de juste, il n'y a, dans le dernier état du récit, que le roi Arthur pourmener à bien la chasse de l'animal fantastique, porc ou, mieux, sanglier.Nennius rapporte à ce propos que, dans cette chasse mouvementée, le chien mythique d'Arthur,Gabal, laissa son empreinte sur une pierre. Ces gravures préhistoriques sur pierres druidiques (sabotsd'équidés ou pieds humains) se réfèrent toujours à une donnée solaro-stellaire, comme l'a démontré monami regretté, le Dr Marcel Baudouin. Ce trait peut contribuer à nous orienter.Le nom Kulhwch signifie « Gardien du Sanglier ». Ce qui ne va pas sans rappeler l'astérisme duBouvier, Arktophylax ou « gardien de l'Ourse », son équivalent astro-mythique. Pour YspaddadenPenkawr, c'est-à-dire « à la tête de géant », il m'apparaît être le géant Orion, dont les étoiles étaientassociées à l'équinoxe vernal, quelque trois à quatre mille ans avant notre ère. C'est le pendant exactdu Mrigashiras védique, et cet apparentement vaudrait peut-être son exégèse. On consulterait utile-ment, à cet égard, l'ouvrage de Tilak, « Orion ou l'Antiquité des Vêdas ». Olwen (« trace blanche ») cepeut être, en un sens, la Lune d'une certaine époque de l'année. L'anecdote des bagues qu'elle aban-donne périodiquement dans l'eau est assez caractéristique, et toute exégèse risquerait de m'entraînertrop loin. Les quatre trèfles blancs qui naissent sous ses pas partout où elle va ont, je crois, un carac-tère saisonnier assez évident.Passons au Twrch Trwyth (« le Sanglier pisté ou pourchassé »). Sous un avatar moins avenant que labelle Arianrot, nous sommes ici encore en présence d'une des nombreuses adaptations de CoronaBorealis, défendue par le Gardien (le Bouvier de notre sphère) qui la sépare de la Grande Ourse. Dansles ciseaux et le peigne « entre ses oreilles », sont les étoiles de ce céleste torque, dont la majeure estAlphecca (la perle). Or ce n'est pas fortuitement que ciseaux et peigne figurent dans ce Mabinogi.Justement au passage où Kulhuch (le bouvier, comme figuration astrale) demande à Arthur de luiarranger la chevelure. Rite de parrainage, d'adoption, d’initiation. Je voudrais éviter tout commen-taire personnel, mais comme il peut sembler que je grossisse à plaisir l'importance de cet astérisme,je signale que, dans une mythologie sœur, il représente la couronne que reçut Ariadnè, lors de sesnoces avec Dionysos, c'est-à-dire Bakkhos, l'Initiateur. C'est cette même couronne qu'elle remitensuite à Thésée, afin qu'elle l'éclairât dans les ténèbres du Labyrinthe. Et j'emprunte au Dictionnairedes Constellations, de l'érudit et très « averti » A. Volguine, les lignes suivantes : « Notons... que cettepetite constellation a certainement un sens mystique ou initiatique qui nous échappe, car ce n'est passans raison que Virgile l'appelle Gnossis Corona, et que le nom de Gnosienne se rencontre souventchez les auteurs postérieurs ».[2] Je noterai pour ma part que, dans l'Inde, la même constellation,Vaeçakha, est un des Nakshatras (stations lunaires). Une de ses figurations est une couronne ou uneguirlande de feuilles, évoquant la couronne de lierre de Bakkhos. Une autre est une tête de buffle,mise en rapport étymologique par un commentateur avec l'immolation rituelle. Sauf à redire, aprèsd'autres, que l'initiation effective était assimilée à la mort, par les Anciens, j'arrêterai là mes proprescommentaires.Les premières années du XIXe siècle virent naître en milieu bardique un druidisme, tantôt « romancé», tantôt totalement fantaisiste, sous les plumes agiles d'Edw. Davies, de Iolo Morganwg, de Stephenet d'autres moins universellement connus. Davies, pour qui toute chose mystérieuse ne pouvait être que druidique, tombe, par exemple, en arrêtdevant les Fferyllt (groupement très occulte, qui se développa à partir du IXè siècle) et y reconnaît sanshésiter une « Fraternité druidique » qui aurait célébré son culte vers le Snowdon, dans la cité plus oumoins fabuleuse de Dînas Affaraon ou Emrys, la cité des « Dragons de Beli », dont l'histoire — pass-ablement hermétique — est narrée dans le Mabinogi de Llud et Llevelys. Il tombe sous le sens qu'unetelle cité n'a jamais existé qu'au figuré ! Mais il n'y a pas de fumée sans feu. J'ai quelques bonnesraisons pour avancer que les Fferyllt furent, non pas une société secrète druidique, mais un groupe

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d'alchimistes, d'origine Israélite, qui ne laissèrent inspirer quelque chose de ses travaux que sub rosa,désignant leur laboratoire sous le terme conventionnel de Dinas Affaraon « la citadelle d'Ophir »).On sait que Salomon faisait venir l'or d'Ophir (identifié un peu vite avec Ophor sur le golfe Persique). Quoiqu'il en soit, le mot « ophir » a caractérisé chez les alchimistes juifs du passé l'or « parfait », c'est-à-dire alchimique. C'est ainsi qu'on peut lire dans l'Ash Meçareph : « Si tu veux ouvrir ton trésor, ouvre-le, il te donnera de l'argent. Mais si tu attends davantage et que tu laisses mûrir au feu le Saturne, tuauras l'or parfait d'Ophir. » Ajoutons que le terme fferyllt devint de bonne heure synonymed'alchimiste et même de magicien en gallois. Or les druides, pour des raisons particulières, ne s'occu-paient pas d'alchimie transmutatoire, bien que certains terroirs insulaires renfermassent tout ce qu'ilfallait pour s'y livrer, comme le remarquait, au XVIIIe siècle l'alchimiste Sabine Stuart de Chevallier.Je puis remarquer, en passant, que les Silures sémites, auxquels se rattachaient les Fferyllt, avaientpour cité principale Gobannion « la cité des forgerons » (aujourd'hui Abergaveny).En ce début du dernier siècle, le bardisme prit une couleur nouvelle avec la publication du Barddaset des fameuses « Triades théologiques » par Iolo Morganwg (Edward Williams), qui précéda de peucelle des Celtic Researches de Davies. Ainsi fut déclenché ce qu'on pourrait appeler le mouvementnéo-druidique. Morganwg affirma s'appuyer sur d'anciens manuscrits qu'il ne put jamais produire,et pour cause ! Ses adversaires eurent beau jeu pour parler de « forgery ». C'est selon ! Je suis per-suadé que l'auteur a eu en mains quelques documents authentiques. Suffisamment pour étayer et «démarrer » son œuvre, bien trop peu pour qu'une confrontation ne tourne pas à sa confusion. Je neveux parler que des 46 Triades, dites théologiques, devenues un peu l'Evangile du néo-druidisme.C'est là que gît l'essentiel de ce qui fut transmis à Iolo ; qui eut le tort d'y ajouter un peu trop de soncru pour, si j'ose dire, allonger la sauce. Ces Triades me semblent concorder de façon assez saisissanteavec l'ancien enseignement dispensé aux bardes, en dépit de quelques hors-d'œuvre qui sentent ter-riblement leur époque ! Enseignement, je l'ai déjà dit, qui n'a rien de spécifiquement « druidique ».Même le Triple Rayon (ou Tribann) — un des signes de reconnaissance du bardisme pré-chrétien, —se passerait volontiers de certaines des historiettes adventices dont on l'a agrémenté.Si quelques Triades offrent un caractère d'authenticité marqué, d'autres sonnent assez creux. En outre,notre « arrangeur » me semble avoir mal compris la signification des termes convenus qu'il utilise.Ainsi pour Abred et surtout pour Ceugant (CAVI-CANTO), rendu par « Cercle du Vide », alors quece mot signifie sphère de la sagesse. Le nom de divinité gauloise Ucuetis (à Alise-Sainte-Reine) dérivedu même radical, avec un préfixe assez rare, davantage utilisé par les langues germaniques. Ucuetis,forme tardive, pourrait remonter, si je ne m'abuse, à *UD-COVETIS.Bien que Iolo Morganwg ait regrettablement mis son petit grain de sel littéraire dans nombre deTriades, l'ensemble est bien dans l'esprit de l'ancien bardisme, qui ne va pas sans rappeler certainstraits de la cosmogonie phénicienne. Ainsi, par exemple, la Triade XIV : « Trois nécessités de touteexistence : le commencement en Annwfn, la traversée d'Abred, la plénitude dans le cercle deGwynfyd. »Cette salade de vrai, de paraphrasé, de compris par à peu près et, disons-le, de faux, a connu un suc-cès extraordinaire des deux côtés de la Manche.Le romantisme, tant social que littéraire n'y contribua pas pour une médiocre part. Avec l'Ossian deMcPherson et le Barzaz Breiz de La Villemarqué, auxquels on pourrait adjoindre la brillante et frag-ile construction d'Ad. Pictet sur le supposé « Cabirisme irlandais », l'œuvre de Iolo contribua à l'édi-fication d'un druidisme romancé qui fait le plus grand honneur à leur talent de poètes ou d'écrivains.Or, en si beau chemin, mais combien glissant, il était difficile de s'arrêter à temps. Et, vers la fin dusiècle dernier, tandis que le Gorsedd des bardes gallois se maintenant sagement sur le terrain littéraireet national, les « druides de Pontypridd » se transportaient sur le terrain religieux et tentaient de don-ner corps à un soi-disant « druidisme » - anti-chrétien, comme de juste !Depuis lors, tantôt en France, tantôt en Grande-Bretagne[3], on a pu assister à l'éclosion d'une bonnedouzaine d' « Eglises druidiques » éphémères dont je n'ai pas tenu catalogue. Une des dernières endate, mais non la dernière, fut l'invraisemblable « Eglise laïque, déiste, druidique et positiviste réfor-mée » qui fit un peu trop parler d'elle voici peu de lustres.Très en marge des associations ne visant qu'au maintien de la langue ou de l'esprit celtique, tel leCollège bardique breton, ces groupements portent à peu près tous la même estampille : une hostilité,sourde ou militante, contre le christianisme.I importe peu, et moins que peu, pour le druidisme, qu'on s’attarde ici aux positions prises par de telsmouvements. Je suis convaincu que le druidisme authentique a trouvé dans le christianisme son

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accomplissement. Nul druide n'a tenté l'impossible et l'inulile en tentant de ressusciter une formereligieuse, dépassée comme telle. Les serviteurs, d'Aesus, aspect préchrétien du Verbe, ne pouvaientpas ne pas reconnaître dans le Christ l'incarnation de Celui qu'ils savaient devoir venir et dont lapromesse existait depuis l'origine de leur tradition. Ils ont suivi le conseil évangélique : « ne mettezpas le vin nouveau dans les vieilles outres ». « Les vrais druides — ai-je écrit ailleurs[4]— n'eurentmême pas à changer leur robe blanche ou à jeter leur cambutta aux orties pour franchir le seuil despremiers monastères... Les meilleurs s'étaient ralliés, sachant bien que c'est aux morts d'ensevelirleurs morts. Ils n'avaient pas oublié leur science pour cela, mais l'avaient intégrée dans le christian-isme qui, essentiellement parlant, était l'aboutissement de leur sagesse préchrétienne. J'écrivais cecivoici bien des ans. Depuis lors mon opinion n'a guère changé, sinon pour devenir une certitudeindéracinable, certitude dont je renouvelle ici le témoignage.

[1] En Irlande, ce furent les « druides » et non les fili qui tentèrent de barrer la route au christianisme ; on sait pourquoi.Malgré eux, la conversion fut rapide et générale. Les chrétiens se contentèrent de renverser ou de christianiser quelquespierres levées et furent assez coulants pour les vieilles légendes. Par leur conversion, les Irlandais revenaient à l'orthodox-ie. Dieu me garde de méconnaître ce que leur doit, en retour, le christianisme tant insulaire que continental.[2] La version courante de ce mythe initiatique êgéen, celle des Hellènes ; tout exotérique, place l'épisode de la couronneofferte à Ariadnè par Bacchos, hors de propos, comme « Morgengab », après l'abandon de la fille de Minos par Thésée, quiépouse ensuite sa « sœur » Phaidra. Il serait trop long de développer les raisons mythiques qui s'inscrivent en faux contrecette interprétation agnostique. Et je n'ignore pas plus que Volguine l'origine de l'appellation Gnossis Corona. Le latin tran-scrit par la sonore, la sourde égéenne et Ariadnè, la « Knôsside », voit le nom de sa ville symbolique subir le même sort quecelui de knide ou Gnide. Ce qui ouvrait la porte au double sens, initiatiquement légitime, mais non étymologiquement.Peut-être n'est-il pas indifférent de signaler que la Couronne Boréale figure sur certaines monnaies de Gaule où Alpheca (laPerle) est nettement distinguée des autres étoiles.[3] Je sais même, Outre-Rhin, un « Ordre des Druides allemands », plus ou moins rattaché à une des filiales de la SainteVehme, et qui tenta d'influencer certains milieux celtiques ou celtisants, au moins jusque vers 1938. Je n'en ai plus entenduparler depuis, mais...[4] «La Fin du Druidisme », revue « Psyché », juillet-août 1937.

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Chapitre IX

LE DRUIDISME ET L'ORGANISATION SOCIALE

Le druidisme avait pour tâche d'orienter les destinées d'une race saine, virile et généreuse, maisimpulsive, versatile et indisciplinée. Au cours des temps, il lui fallut tenir compte de bien des élé-ments hétérogènes, de bien des contacts avec d'autres façons de sentir, de bien des fléchissements,presque irredressables de l'esprit primitif. Qu'on n'attende donc pas ici la pure doctrine sociale etfamiliale (les deux n'en font qu'une), mais seulement une « moyenne » de ce qui se passait ou se sen-tait, en Gaule surtout, peu de siècles avant la romanisation. Si le druidisme n'avait rien cédé de sespositions de principe et de ses données essentielles, il avait dû composer plus d'une fois en ce quitouchait aux affaires temporelles.Du plan social d'ensemble du druidisme, j'ai déjà dit quelques mois. Je le résume : fédérationclanique, puis tribale, de plus eu plus large, jusqu'à la conception que se feraient Vercingétorix et lessiens d'une Gaule celtique unifiée, mais non centralisée, et, pour ce faire, nécessité d'un fédérateurtemporel, relevant de l'autorité spirituelle de l'archidruide assisté de son suprême conseil.Cet idéal de liberté régionale et de coopération nationale, que la royauté française réalisera, partielle-ment, peu avant la Renaissance, rencontrait de graves obstacles. L'un des plus puissants, le plus puis-sant peut-être, était le fruit de ce que j'ai appelé ailleurs la révolte des « Colliers d'Or » (torques, seraitplus exact) contre les « Colliers d'Ambre ». J'ai exposé en son temps que l'or (*AVAROS) et l'Ambre(*SAMOS, sur le continent) étaient devenus les emblèmes respectifs du pouvoir temporel (or) et duspirituel (ambre). Le Collier d'ambre était l'insigne de tout druide confirmé. Et l'archidruide, qui sedistinguait peu vestimentairement des autres druides, portait (généralement sous la même robe de laineblanche grossière que ses subordonnés) un collier d'ambre à trois rangs de grains.Je redirai que la prérogative druidique, immémoriale, qui portait le plus ombrage aux roitelets celtes,était celle d'opposer un veto inconditionnel à toute entreprise guerrière insuffisamment justifiée.Les luttes innombrables des Celtes, esquissées aux précédents chapitres, les agressions imprévuesdont ils avaient si souvent fait les frais, leur goût immodéré du risque stérile et des chevauchées sanslendemain, tout cela avait travaillé à rendre cette prérogative moins stricte, moins efficace. Et leschefs, cœurs chauds, mais cervelles souvent légères, s'entendirent une fois pour se refuser à s'y pliersans discussion... Ils s'entendaient rarement aussi bien, mais tout le monde sait d'expérience que lescoalitions « contre » sont plus faciles à fomenter que les coalitions « pour » !De fait, ce qui avait été longtemps injonction impérative s'était progressivement mué en simple avis,qu'on suivait ou non, qu'on sollicitait ou non.Dans la société celtique, au stade pré-gallo-romain, la notion d'Etat et même celle de nation, de «Gaule » ou de « Celticité », n'est l'apanage que du très petit nombre. Elite, certes, mais élite quasiimpuissante hors de sa tribu ou de son clan. Les « rois » n'étaient que les chefs directs d'une petiteunité. La Gaule avait trop de rois, et pas un roi ! De plus, dans certains groupes, de celticité oud'orthodoxie contestable (Héduens, par exemple) existait, en fait de pouvoir royal, une aristocratie demagistrats ou plutôt cette forme de dictature, plus ou moins déguisée ou accusée selon les vicissi-tudes des temps, qu'on pourrait appeler république oligarchique. C'est dans de tels groupes que lescompétitions et les successions se réglaient couramment les armes à la main.Dans la Gaule druidique, à division tripartite, le sacerdoce arbitrait deux autres classes ou castes : uneclasse aristocratique et guerrière, héréditaire, mais qu'on ne peut comparer à la féodalité car si elleavait une « clientèle » et, éventuellement, des vassaux, elle n'avait pas de serfs à sa disposition.Ensuite, une classe active, artisanale et agricole. C'est tout. Il n'y avait pas de « caste » sacerdotale, carle druidisme, nullement héréditaire, se recrutait indifféremment dans les deux classes précitées.La plèbe (agriculteurs, éleveurs, corporations artisanales) ne se mêle pas directement de l'élection desroitelets et n'a pas à délibérer des aptitudes au druidicat. En revanche, elle n'est point soumise à lafantaisie d'un féodal, même théoriquement. En dehors des roitelets et de leurs clients, il n'y a ni arméede métier, ni monopole militaire, autre différence avec l'ultérieure féodalité ! Chaque individu,d'ailleurs, se sent et se sait un homme libre, sinon « influent » et, comme tel, a ses propres armes,

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bardes y compris ; les druides seuls font exception. D'ailleurs, devant le danger commun, touthomme valide des deux castes ou classes prend ses armes et rallie spontanément son poste.Les druides se recrutent par admission et s'élèvent dans la hiérarchie par nomination. C'est lesupérieur qui choisit et élit l'inférieur. Au décès d'un archidruide, le suprême conseil décide du choixdu successeur, le plus souvent en tenant compte des volontés connues du défunt. Parler sur le conti-nent de « familles druidiques » ou de « caste druidique » est y transporter des faits insulaires ou seréférer au « druidisme » hétérodoxe des Héduens et de leurs imitateurs.La base de la société celtique, ce n'est pas la tribu, c'est le CLAN (britt. Plant « lignée, progéniture »). Leclan, selon la conception druidique, n'est pas exactement ce que nous entendrions aujourd'hui par «famille ». Il est essentiellement formé de la descendance en ligne directe (masculine chez les orthodox-es, utérine quelquefois chez les autres) depuis l'ancêtre le plus reculé jusqu'aux descendants encore ànaître, en passant par la famille visible du moment présent. Ainsi, morts, vivants et futurs vivants(c'est-à-dire anciens décédés) forment un tout cyclique, fermé, limité, un même groupe d'êtres, à tour derôle visibles et invisibles, mais solidaires les uns des autres et responsables les uns pour les autres,solidarité et responsabilité qui vont très loin et s'expliquent aisément et logiquement du point de vuede l'enseignement druidique.C'est donc cet ensemble qui constitue globalement le « clan ». Aussi, le « culte des ancêtres est affaireprivée, affaire du clan, et c'est le chef momentané du clan qui le célèbre au nom de tous. Culte privé,qu'il ne faut pas confondre avec les cérémonies publiques, dont l'officiant ne peut être qu'un druide,pratiquées notamment pendant les « Trois Nuits des Ames », aux environs du solstice d'hiver.Ce qui précède permettra de mieux saisir le mécanisme des successions royales. Elles ne sont nihéréditaires de père en fils aîné, ni spécifiquement électives. Elles sont « claniques ». A la mort d'unroi, son successeur est élu par les suffrages de la classe aristocratique de la tribu. Les druides influentsur ce choix en exprimant leur avis, qui est pris ou non en considération, mais ne sont pas « électeurs», évitant ainsi la confusion du spirituel et du temporel. Pour être éligible il faut et il suffit qu'onappartienne au clan royal, à quelque degré que ce soit.Alors que dans les royautés « magiques », de type insulaire, le « roi » est lié par des tabous, dont l'ob-servance tyrannique est censée répondre de la prospérité agraire et du succès des armes, rien de teldans le druidisme vrai. En Gaule, l'accent est mis sur le spirituel, non sur le magique. Ce qui estdevenu - particulièrement en Irlande, par suite du schisme certes, mais aussi de l'immigration de peu-plades étrangères, aux cultes orgiaques - non seulement « magique » mais, en quelque sorte, «shamanique » avec une note sexuelle, parfois inversive, en tout premier plan, n'appartient pas auCeltisme vrai, ni au druidisme authentique, ni même à la religion indo-européenne pré-druidique, enEurope comme en Asie. Et je déplore pour ma part que la regrettée celtisante et irlandiste M.-L.Sjoestedt-Jonval, décrivant un abominable rite de bestialité lié à une intronisation royale en Irlande,ait cru pouvoir écrire : « On voit donc qu'une tribu irlandaise, christianisée depuis de longs siècles, aconservé jusque bien avant dans le Moyen Age, et dans toute sa brutalité primitive, un rite dehiérogamie qui appartient au fonds le plus ancien de la religion indo-européenne. »C'est là une lourde erreur, favorisée par les idées modernes sur la mentalité des « primitifs », —quand « primitifs » réels il y a — et dont j'ai fait le procès ailleurs[1]. Je ne rouvrirai pas ici la discus-sion. J'exposerai seulement qu'il s'agit là de tout autre chose que de religion indo-européenne et qu'enIrlande comme dans l'Inde (sacrifice du cheval) nous sommes en présence d'une déviation due à l'ex-istence (pour l'Inde) et à l'invasion (pour l'Irlande) de schismatiques d'autres races. De telles aberrationsn'ont rien à voir avec « l'âme » ni avec « la mentalité » proprement « celtiques ».L'on a communément soutenu que les sociétés celtiques n'avaient qu'un droit privé. Il aurait ici unedistinction à établir : le droit public, œuvre du druidisme, existait bien, mais le recours à lui était fac-ultatif ou l'était devenu.Le châtiment des fautes et le règlement des différends, ce dernier surtout, pouvaient se solder de troisfaçons : Par la vengeance personnelle, évidemment d'ordre privé. Par un arbitrage facultatif dont l'ex-ercice constituait une des fonctions druidiques. Par la compensation ou composition, troisième solu-tion, réglée par un code minutieux, quoique non écrit, code élaboré par les druides. Cette solution,pour être également facultative, n'en était pas moins, en fait, de droit public.De nos jours, nul n'est censé ignorer la loi, ni admis à s'y soustraire, ni autorisé à lui substituer savengeance privée. En Gaule, il était possible de faire appel au droit public — ou coutumier (car aucunécrit ne le fixait) — sans que cette détermination revêtît un caractère obligatoire.Autre chose. Selon la conception druidique (dont je me garderai d'affirmer qu'elle ait été scrupuleusement

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appliquée partout), le sol était la propriété collective de la tribu, dont chaque famille n'était que conces-sionnaire. Le chef de famille pouvait posséder en propre des biens mobiliers et en disposer, mais nepouvait nullement disposer de son bien foncier sans l'assentiment de son groupe tribal. Il y avaitd'ailleurs dans chaque tribu un conseil, composé de druides ou de délégués des druides. Les déci-sions importantes pour la tribu ou quelque ensemble de tribus étaient soit prises, soit renduespubliques ou exécutives aux grandes assemblées solennelles, à l'occasion des fêtes saisonnières ; fêtesdont la toute première importance n'avait pas échappé aux Romains, qui suscitèrent un simulacre de« conseil des Gaules » à Lugdunum.Chez les Gaulois demeurés fidèles aux vieux principes, l'époux est monogame ; le divorce sans motifgrave n'est pas autorisé. Le père de famille a théoriquement droit de vie et de mort sur ses enfants,non sur son épouse, qui, elle peut avoir des biens propres et les gérer à sa convenance. Le droit pater-nel était pratiquement assez limité. Le garçon, par exemple, était séparé des siens à l'âge de sept anspour être confié à des parents nourriciers, oncle et tante de préférence, jusqu'à quatorze ans. Jusqu'àcet âge, la fille restait avec sa mère. A quatorze ans, le fils était émancipé de droit, sinon de fait. EnGaule, la prostitution, vénale ou sacrée, est inconnue (elle n'y pénétrera qu'avec les légions romaines).L'adultère a la mort pour invariable sanction.En règle générale, on se marie jeune, à partir de 17 ans chez les filles, et de 18 ans chez les garçons.Quoique le fait n'ait jamais eu un caractère d'obligation, nombre de druides et de druidesses étaientmariés. On sait que les Anciens avaient une haute opinion de la fidélité et du dévouement conjugaldes Celtes de Gaule. Le mariage était sanctifié par des rites religieux que j'évoquerai plus loin.Tout ceci est en contraste avec les murs des régions où le schisme dominait. La dépravation qu'on ysignale est moins le fait des individus que des institutions. A Tara comme à Babylone, à Sardescomme à Carthage, malgré la différence des lieux et des races, la signature de la « Scorpionne », qu'onl'appelle ici Istar ou là Kybébé, est partout reconnaissable. Partout fleurissent le concubinat, l'incesteet la prostitution rituelle ou vénale ; partout le sang accompagne l'orgie rituelle ou la suit.J'ai dit qu'à quatorze ans le fils émancipé sortait de la tutelle paternelle. Il entrait alors, selon circon-stances ou vocation, soit dans la clientèle d'un chef, soit dans la discipline d'une corporation arti-sanale ou agraire. C'est l'âge où ceux, moins nombreux, qui se sentaient appelés à devenir druides,commençaient leur noviciat. Aucune catégorie sociale ne constituait un veto à l'admission. Ce novi-ciat, selon les aptitudes, pouvait durer de sept à quatorze années. Marié ou non, le jeune homme pas-sait alors druide assistant, mais non encore druide confirmé. Il ne pouvait le devenir avant sept autresannées, au moins, souvent davantage. A ce dernier échelon correspondait, entre autres, la missiond'enseignement, surtout moral, aux « laïcs », résumé, on le sait, sous forme de Triades mnémotech-niques. On connaît, de seconde main, celle-ci : Honorer les dieux, s'abstenir du mal, pratiquer les ver-tus viriles. Il y en avait bien d'autres, adaptées aux diverses circonstances familiales ou sociales. Leprototype celtique de celle dont je viens de citer l'adaptation grecque de Diogène Laërce (fin du sec-ond siècle de notre ère) pourrait se traduire ainsi : Respecter les choses sacrées, être de murs pures,demeurer ferme dans les épreuves. »L'on enseignait avant tout à devenir un homme, un être viril, de libre et juste décision. A un degréplus haut, l'on inculquait la portée spirituelle (je dirais presque, la « dynamique ») du sacrifice librementconsenti. Ce que, paraphrasant, pour des motifs de haute convenance, l'enseignement véridique, jeme permettrai de résumer, à mon tour, en Triade : Dignité de l'homme : le choix ; finalité du choix :le sacrifice ; principe du sacrifice : l'amour !Le druidisme avait étudié avec un soin particulier les conditions de la descente des âmes en ce mondeaussi bien que celles de leur dégagement. Ils avaient des données précises sur les cycles qui ramènentles groupes d'âmes vers ceux qui leur ouvriront les portes de cette existence corporelle. D'où des riteset des observances perdus aujourd'hui touchant le mariage, La jeune fille ne choisissait pas son fiancé,mais avait le droit d'exprimer son opinion, dont il était tenu compte, autant que possible. Si cetteopinion était jugée irrecevable, on lui laissait latitude de choisir entre plusieurs partis. Elle était librede les refuser tous, mais non de passer outre au veto des siens. Elle pouvait demeurer vierge si bonlui semblait, soit qu'elle aspirât là devenir druidesse, soit qu'elle préférât se vouer au service de sonclan.J'ai dit que l'union était en principe indissoluble, que le druidisme n'avait pas attendu la christianisa-tion pour sanctifier le mariage. J'ajouterai qu'on ne se mariait pas n'importe quand et n'importe où.Donc, au moment choisi et dans un lieu consacré (généralement un cercle de pierres) quelques jeunesfilles sous la conduite d'une druidesse, toutes un voile blanc sur la tête et un pain dans la main, vien-

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nent se placer à l'extérieur du cercle en chantant un hymne approprié. Autant de jeunes gens,précédés par un druide et portant une coupe, viennent se placer derrière elles. Druide et druidesse sedirigent vers le centre du cercle et se placent près d'une table de pierre. Une grande coupe est devanteux, remplie par des druides de rang subalterne. Le druide la verse en libation. Quand elle est à nou-veau remplie, les couples entrent successivement dans le cercle, déposent coupes et pains sur la tableet Vont se regrouper hors du cercle. Tandis que les druides assistants remplissent les coupes desjeunes gens, le druide officiant rejoint les derniers et procède à un rite de purification en versant surleurs mains tendues de l'eau, qu'il puise avec un coquillage. Il revient alors à la table centrale et, aprèsune courte invocation, impose les mains sur les coupes et les pains. Chaque couple l'approche alors.Le garçon reçoit une des coupes, boit une gorgée cl la tend à la jeune fille qui y trempe ses lèvres.Celle-ci prend un des pains, le rompt et en mange une bouchée, offrant l'autre moitié au jeunehomme, qui fait de même. Le grand druide unit alors leurs mains en prononçant une brève formulede bénédiction. La cérémonie est terminée et les couples quittent définitivement le cercle.Du rite que je viens d'évoquer, très schématiquement, tel qu'il se pratiquait en territoire arverne, je nedirai rien de plus. Il me suffit d'en avoir témoigné. Chacun en pensera ce qu'il voudra, selon sa for-mation intellectuelle et son ouverture intérieure. Peu importe ! En un temps où l'on se marie et sedémarie le plus déraisonnablement du monde, où la centralisation étatique n'exclut pas l'anarchie paren haut, où le sens de la continuité de la race et de la solidarité spirituelle et biologique des vivantset des morts est à peu près perdu, il est plus essentiel de méditer sur l'importance de ces trois assisesde la vie sociale selon le druidisme (et peut-être de toute vie sociale conforme à la nature des choses) : lemariage, le clan, la fédération !

[1] Dans Mythes, Contes et Légendes et dans L'Inversion psychanalytique notamment.

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Chapitre X

L'HOMME ET LE MONDE SELON LE DRUIDISME

II est généralement admis que les druides professaient l'immortalité de l'âme, la solidarité des vivantset des morts, futurs vivants, qu'ils étaient versés en astronomie, en phytothérapie et en sciencesnaturelles. J'ajouterai : sans doute aussi en quelques autres qui, « naturelles » également, n'étaientenseignées qu'à l'abri des indiscrets et des maléficiants !...Sur le détail de leurs conceptions, la documentation est assez mince et rarement limpide. Et les thès-es les plus contradictoires ont été échafaudées, souvent sur de bien fragiles indices. D'emblée,quelques points sont à ne pas perdre de vue :D'abord, la doctrine n'était pas figée dans des moules immuables. Elle restait orale et souple, ce quefacilitait l'adaptation à d'autres aspects du vrai, à d'autres formes religieuses ou initiatiques. Lesdruides savaient que la vie circule et que son apparence change sans cesse. Ils tenaient que rien d'hu-main n'est définitif et, comme les disciples du Vieux Philosophe, ils faisaient de la fluidité l'apanagede la vie, de la rigidité le caractère de la mort.En second lieu, le druidisme, logiquement, ne pouvait exposer dans ses grandes lignes, quoique sousses symboles spéciaux, autre chose que les traditions-sœurs : celle de l'orphisme primitif, et de saréadaptation pythagoricienne ; celle léguée par le premier Zoroastre en premier lieu ; l'Inde, procheparfois par le symbolisme, l'était moins par l'esprit.Enfin, j'ai déjà avancé que le druidisme s'arrangea pour assurer la survivance et la transmission dis-crètes de son message, à l'intention de quelques âmes douées pour l'entendre et l'adapter, et dequelques cœurs assez chauds pour se « compromettre » éventuellement en lui rendant témoignage.

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Puisqu'il est ici question de l'homme et du monde, je commencerai par évoquer, quand à leurs rap-ports réciproques, l'un des symboles les plus profonds (ce sont généralement les plus simples) de la doc-trine. Je veux parler de la HARPE.D'entre les Triades et traditions galloises (de très inégale importance et ancienneté) celles où apparaît lepersonnage d'Idris Gawr[1] reflètent, avec plus ou moins de netteté, un enseignement remontant à lahaute antiquité. Une Triade nous apprend que la harpe (telyn) fut inventée par Idris. Une autre nousdit que cet Idris était avec Gwyddon, fils de Don dont j'ai déjà parlé, et avec Gwyn, fils de Nudd, l'undes « trois astronomes bénis de l'île de Bretagne. »Au fond, Idris et Gwyddon sont une seule personnification dédoublée : il s'agit toujours d'un aspectdu verbe, envisagé comme initiateur. Et c'est pourquoi l'on attribuait à Gwyddon l'un des « troischefs-d'œuvre de l'île » : « Les pierres sur lesquelles étaient gravés les arts et les sciences. »Je me permettrai d'insister sur la corrélation entre la science musicale et la science cosmologique dansces Triades, entre la musique « des cordes » et celle « des sphères » — lieu commun, soit !De cet accord, la harpe, par sa constitution et son armature sonore, donnait la clé d'adaptation, clé quis'appelle le Nombre. Ce rôle de moyen de transposition intellectuel entre le macrocosme et le micro-cosme, la harpe le jouait chez les Celtes, comme le jouait la lyre dans l'initiation orphico-pythagorici-enne.Les harpes qui chantent d'elles-mêmes quand les approche un véritable « artiste » ; de même que leséchiquiers dont les pièces jouent seules dès qu'elles ont été mises en place correctement sont mieuxque de froides allégories : des réalités substantielles ! Pour qui possède les clés numérales et l'ouver-ture d'entendement requises, la harpe chante les lois organisatrices du cosmos ; les pièces des échecsjouent effectivement leur partie métaphysique. C'est pourquoi les anciennes lois gauloises interdis-aient d'enseigner la musique aux serfs, car la possession d'une harpe en faisait de droit des hommeslibres. C'est dans le même esprit ou la même survivance de temps sans retour qu'elles mettaient laharpe et l'échiquier au nombre des trois biens inaliénables, le troisième étant l'épée.

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Les anciens ne badinaient pas avec les novateurs qui entendaient ajouter des cordes à la lyre (c'est-à-dire poser selon leur arbitraire les principes universels). Ils avaient leurs bonnes raisons.J'ai déjà trop dit que les schismatiques avaient inversé de mainte façon le rôle des principes premiers,et leurs emblèmes cosmologiques, Soleil et Lune. Il n'est donc pas indifférent de savoir que la plusancienne harpe irlandaise avait 28 cordes (nombre « lunaire ») alors que la galloise en possédait 12(nombre zodiacal, donc « solaire »). Par ceci, l'on voit que des considérations d'ordre cosmologiques pou-vaient avoir présidé aux moindres détails de l'instrument qui typifiait par excellence la musique,harpe ou lyre, considérations qui n'étaient, ni n'avaient à être, exposées à tout venant.J'ajoute qu'une des plus hautes montagnes du Merionethshire l'appelait Cadair Idris (siège ou chaired'Idris) et que la conviction populaire voulait que celui qui passerait la nuit dans l'excavation creuséeà son sommet en redescendrait le lendemain, soit fou, soit doué d'un génie surnaturel. Cette croyancese rattache à ce que les bardes appelaient « l'Epreuve de l'Awen » qu'on peut comparer, sur un autreplan, au symbolisme du « Siège périlleux » dans le cycle de la Table Ronde ? Je ne commenterai pasdavantage cette allusion à un certain ordre d'initiation.La harpe portait en Gaule un autre nom que dans les îles : Clava. Le harpeur se nommait Clavaros,d'où l'épithète divine Çlavariatis (« père ou protecteur des harpistes »). Sous son acception générale,l'équivalent gaulois de Gwyddon Idris est Aesus (« reflet lumineux de l'Unique ») c'est-à-dire, manifes-tation réfléchie du principe suprême, comme j'ai tenté de l'exposer dans « Mots et choses celtiques »,voici bien des années. C'est le Verbe, envisagé comme initiateur et illuminateur. Exotériquement, si jepuis dire, c'est tantôt Clavariatis, tantôt Virotutis (« protecteur de l'homme »), équivalents du Musagète,Apollon.

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On a pensé voir en cet Ogmios dont parle Lucain le vrai dieu de l'initiation druidique. Mais l'Ogmiosde Lucain (dont le nom est un emprunt grec) n'est au vrai qu'une représentation déformée deCernunnos, contaminée de traits empruntés à l'Héraklès hellénique. Ce genre d'adaptation vaut, enplus anodin, la méprise de César, admettant que les Gaulois se disaient fils de Dis Pater, c'est-à-diredu « dieu de la mort ». Le dieu de la mort, ou plutôt des morts, nous le connaissons : c'est Sucelos («le bien caché, le très occulte »), dont la parèdre est Nanto-Svelta : « la vallée (le refuge) de l'âme ». Maisles Gaulois ne s'en disaient pas les « fils ». Ils se disaient « fils du Grand Ancêtre », du génie de la race,et non de quelque divinité subalterne que ce fût. Aussi, aucune dédicace n'en fait mention. Quant àDis Pater, c'est avant tout une divinité italique, influencée par le rituel étrusque. Je reviendrai sur Su-Celos, comme prétendu « dieu au maillet » en fin du prochain chapitre. Je me résume : César parle,évidemment, sur la foi de Divitiac l'Héduen, qui ne peut lui offrir que ce qu'il a : un druidisme ger-manisé et hétérodoxe, que son interlocuteur, tâchant d'assimiler le panthéon gaulois qu'il ignore (àpart quelques noms) à celui qui lui est familier, saisit plus ou moins de travers !

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Sagesse et sciences druidiques se résumaient en quelques symboles aux adaptations orales multiples,chaque druide étant responsable de son enseignement devant le Suprême Collège, et soucieux, parsuite, de le graduer selon les qualités morales et les capacités intellectuelles de chaque élève, toutsavoir n'étant pas à distribuer indistinctement à tous. De là l'utilité du symbole et du mythe, cedernier étant articulé généralement sur quelque réalité du monde des apparences (constellations, faitssaisonniers ou météorologiques, cycle solaire).Il semblerait excessif à un moderne qu'on puisse tirer d'une formule chimique ou mathématique autrechose que de la chimie ou des mathématiques, abstraction faite de quelques applications contingentesà d'autres domaines. Sans doute, lui répugnerait-il davantage d'admettre qu'un symbole puisse avoirjusqu'à sept applications cohérentes, dans autant de domaines, selon la « clé » ou « grille » qu'on luiapplique, sans qu'il s'agisse de fantaisie pure ou d'imagination vagabonde. Telle était pourtant laméthode analogique des druides, comme de tous les sacerdotes et mystagogues du passé.Prenons, par exemple, le Taureau-aux-trois-grues et son complément nécessaire Aesus, tous deuxsculptés sur deux faces de l'autel de la corporation des mariniers parisiens, autel retrouvé sous le

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chœur de Notre-Dame, tandis que le relief anépigraphique de Trêves réunit en un seul tableau le tau-reau, les grues, l'arbre et le Dieu.

Relief de l'autel de Paris : TARVOS TRIGARANUS

La figure que j'en rapporte me dispensera de les décrire. J'en ai parlé d'abondance dans « De quelquesSymboles druidiques », sans épuiser le sujet[2].Le premier sens de cette figuration, le plus extérieur, c'est le sens saisonnier : le Taureau est la constel-lation de ce nom ; les « trois » Grues ou la triple-Grue sont les Pléiades[3]. Nous savons qui est Aesusau sens principiel : le Verbe divin ; au second sens, c'est son étincelle ou reflet : l’Homme-Esprit ; autroisième, le Soleil, son image sensible dans l'ordre cosmologique pour notre globe. L’Arbre, c'est enun sens le monde ; plus restrictivement le ciel physique et les durées que son mouvement signale.C'est là cet Arbre universel (pommier de Merlin, ou d'Iduna, Yggdrasil, etc.) dont les textes nous disentou nous suggèrent que ses feuilles sont les nuages et ses fruits les astres, comme d'autres que moi s'ensont déjà rendu compte en étudiant le texte du poème de Merlin : « La pommeraie ». Nous sommesdonc à l'équinoxe de printemps. Le cycle précessionnel permet de situer, en gros, le point de départde cette imagerie, qui ne saurait être postérieure à quelque 2 500 ans avant notre ère.Donc, à partir d'une époque annuelle donnée, la corporation des bateliers ouvre la reprise de la nav-igation fluviale par une cérémonie, tant sur la Seine que sur la Moselle , cérémonie qui s'articule surla figuration druidique qui nous occupe. Nous en connaissons maintenant la signification la pluscourante. Changeons de « grille ».Cette fois, Aesus va représenter l'étincelle spirituelle de l'homme ou l'Entité faite à l'image du Verbe.Le taureau massif et terrestre sera la forme corporelle humaine. Qu'on se reporte à l'autel parisien :les « trois grues » ne sont pas perchées indifféremment. L'une est sur la tête, l'autre sur la cage tho-racique, la troisième à la base des reins, là où se situe le plexus sacré et ou se love, en attendant l'éveilinitiatique, le serpent de feu, Kundalini des techniciens de l'Inde, dont ce qu'on nomme vaguement «fluide nerveux » n'est que l'enveloppe grossière et le support. Ces grues sont la triple modalité del'âme individuelle, une ou trois, selon qu'on l'envisage synthétiquement ou plus analytiquement :âme intellective correspondant au monde cérébral ; âme irascible, en rapport avec le monde passion-nel ; âme concupiscible, plongeant dans le monde instinctif. Les grues, oiseaux migrateurs, n'ont pasété choisies au hasard. On sait ce que signifie leur substitut, la cigogne, — autre échassier — dans le

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folklore occidental : c'est elle qui apporte les âmes des nouveau-nés dans les foyers. Dans l’Antre desNymphes, Porphyre, commentant un passage du chap. XIII de l'Odyssée, élit l'abeille comme sym-bole ailé de l'âme individuelle. Ce qui, mythologiquement, revient au même. Les druides préféraientun oiseau migrateur, et ils enseignaient assez ouvertement ce qu'on dénommerait aujourd'hui « réin-carnation » ou « transmigration ». Mais pas à la façon de nos spirites. Ils expliquaient, sub rosa, quel'âme triple n'était pas entièrement incarnée, qu'elle pouvait se dégager du corps (à l'exception d'unsubtil « cordon ombilical » dont la rupture constituait la mort vraie), cela, soit inconsciemment dans le som-meil profond (naturel, accidentel ou provoqué), soit consciemment, selon une technique délicate etprudemment réservée. Ils couronnaient enfin cet enseignement en exposant qu'il y avait, dominant lecomposé humain, un élément réfractaire à toute incarnation, inaffecté par toute désincarnation :l'Awen, reflet du Verbe-Lumière[4] Aesus, indépendant des rouages cosmiques. On pourrait appelercet élément l'esprit ou l'entité, par opposition à son instrument, l'âme tri-une, base de la personnalité,muable, divisible, susceptible, d'une existence à une autre, de progression, de prélèvements et de sub-stitutions.Je passerai sur un autre sens du tableau, auquel je ferai allusion ailleurs pour ceux qui voudront bienm'entendre. Je préfère rappeler qu'une simple transposition de grille permettait d'appliquer à lanature ce qui vient d'être dit de l'homme. L'âme du Monde est également triple et une. L'homme cor-porel vit dans le monde corporel, l'homme intellectuel dans celui des idées vivantes, et ainsi de suite.Et les êtres de la nature sont, eux aussi, susceptibles d'incorporations et de désincorporations succes-sives, dans les limites de l'espèce. A ceux peuplant le monde accessible à nos sens, il manque seule-ment l'Entité. Et les druides exposaient aux disciples avancés que c'était l'Entité humaine qui devaitprimitivement les régir et les éduquer, par l'intermédiaire de sa Psyché, sans se les asservir ni lesréduire par la force.Je mets fin à cette courte exégèse, sans l'étendre plus outre qu'il n'est opportun. Que le Taureau puisseêtre le Fixe et les grues le Volatil (les « aigles », toujours au féminin, des hermétistes) ce sont choses dontla discussion est hors de mon sujet... Riplée expose qu'il faut entreprendre l'œuvre quand le soleil estau Bélier. Quatre mille ans plus tôt, s'il s'était référé au zodiaque des constellations, il eût désigné leTaureau.Revenons plutôt au druidisme.Celui-ci avait adopté la Triple Spirale, atlanto-égéenne, conjointement à la Triple Enceinte, pourexprimer certains concepts sur les rapports du Créateur avec sa création. Et j'ai quelque lieu de penserque le premier symbole servait de préférence à concréter l'enseignement secret. On sait le rôle remar-quable de la spirale logarithmique dans la nature (rôle qu'étudièrent, entre autres, Paul Flambart et lecommandant A. Dupuy-Albarède). Le pavillon de l'oreille, la toile de l'épeire, la conque en sont quelquesexemples. La Conque (Cankha) est un des neuf Nidhis ou trésors de Kuvera, et l'un des quatre attrib-uts rituels de Vishnu. Par ailleurs, mieux que les cercles d'existence (Triple Enceinte), la Triple Spiraleexprime l'aspect dynamique de l'univers et hiérarchise des stades, plans ou mondes, sans les fermerni les compartimenter. Au centre : l'insondable unité divine. Les trois spires sont — à un certain pointde vue — non exclusif d'autres — le canevas ou plan providentiel de la création tri-une, les a cheminsdu milieu », reliant les lieux ou les modes de l'existence selon les lois de la progression harmonique.On connaît l'importance du nombre trois, dans l'ésotérisme druidique, ainsi que celle de son carré,neuf. J'ai assez parlé des principes Un et Deux. Le principe Trois, qu'ils engendrent se pose (dans lanumérologie propre au druidisme, car c'est Quatre dans d'autres conceptions) comme le principe Un d'unenouvelle série, son unité relative, ce qui se formule très simplement :

Simplicité n'exclut pas profondeur. Mais, en ces matières, comme l'écrit Poe (Marginalia) : « L'aphor-isme le plus profond est celui qui peut le plus difficilement se distinguer du sentiment le plus super-ficiel. »Le plus bel exemple de Triple Spirale est certainement celui de New-Grange, baignée dans les eauxprimordiales non différenciées que la spire va orienter, eaux qui sont nommées au début de tant decosmogonies antiques.Si je voulais résumer les idées essentielles des druides sur la création, je copierais volontiers les pre-

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miers versets de l'Evangile de Jean, qui nous dit que tout a été fait par le Verbe divin, Lumière deshommes, ce qui implique irrésistiblement que tout soit doué de vie, d'intelligence et de sensibilité,sous des aspects et à des degrés divers, pour la plupart inimaginables pour nous, faute de termes decomparaison, car si tout vit, tout vit à sa façon et sous les modes propres à son espèce, qu'il s'agissede l'animal, du végétal ou du minéral, ou qu'il s'agisse de créatures inaccessibles à nos sens et à nosinstruments.Le monothéisme druidique s'accommodait assez bien des multiples personnifications exotériques desattributs divins et des forces naturelles. Il n'y avait nulle contradiction. Dans l'Orphisme primitif —qui est à la source principale de ce que recèle de plus profond l'apparent polythéisme grec et dontl'enseignement réservé concordait, pour les grandes lignes, avec celui du druidisme — lemonothéisme était professé sans que le culte officiel des dieux fût mis en cause. Et le Zoroastrismeavait ses génies, nombreux, qui ne portaient pas ombrage à Ahura-Mazda. Poser coram populo l'u-nité divine, comme l'a fait lucidement remarquer Fabre d'Olivet, impliquait qu'on fît du problème dumal un « mystère » sans explication ou qu'on en fournît une pseudo explication dangereuse et pitoy-ablement vulgarisée. Or, ce problème terrible, dont la solution ne se laissait entrevoir qu'à une infimeélite, même parmi les initiés aux Mystères, n'étant nullement susceptible de quelque vulgarisationque ce fût, ne pouvait être exposé que sous forme d'allégories triplement voilées et qui, de ce fait,risquaient de devenir la source de méprises et de malentendus aux lourdes conséquences.Dans le monothéisme intransigeant que Moïse inculqua aux Hébreux, il est non seulement envelop-pé d'un voile épais, mais, en outre, ses données sont sciemment tronquées. La Genèse, en effet, nes'ouvre nullement sur le tableau symbolique de la création primordiale. Elle débute avec cette « créa-tion seconde » que motiva la « chute des anges ». C'est pourquoi, durant les six jours ou phases decette création-restauration, l'on y chercherait en vain celle du monde angélique ou le récit de larévolte luciférienne, qui n'y est qu'implicite.J'ai dit que tout, d'après l'antique doctrine, était doué de vie, sous des modes dont une infime partienous est seule perceptible. Les « dieux », les « fées », les génies cosmiques, les minuscules esprits dela nature, les créations de nos désirs, vivants eux aussi, et de nos pensées, individuelles et collectives,bien d'autres êtres encore, ravissants ou monstrueux, sublimes ou pervers, tout cela existe, impercep-tible à nos sens physiques, en partie accessible à d'autres sens sous certaines conditions précises.La magie — druidique ou autre — science licite avant la venue du Sauveur, ouvrait vers ces règnesétrangers des chemins terriblement périlleux, lentement et durement parcourus par les mieux doués.Mais ce n'était là que la « petite initiation », proposée aux échelons subalternes de la hiérarchie sac-erdotale. Une autre initiation, la « Grande », qui donnait accès au monde réellement spirituel, et nonplus seulement au monde psychique, se superposait à la première, dont les rares « élus » n'étaientencore que ses « appelés ».Depuis la venue du Christ, le passage par l'initiation « magique » est superflu et anachronique — dumoins pour ceux qui se réclament de lui. L'accès du monde « spirituel », de la voie étroite, est ouvertaux « hommes de bonne volonté », aussi rares sans doute, aujourd'hui, que jadis les vrais druides par-venus au stade suprême de leur initiation. Et ce, sans bagarre ni pacte avec les génies intermédiairesou, qui pis est, avec les êtres de cauchemar, jaloux et subtils, qu'il fallait autrefois maîtriser de hautelutte.L'attitude du dompteur devant les fauves, qui ne saurait être celle de l'initié chrétien, était une phasetransitoire mais inéluctable de l'initiation druidique, pour ne parler que de celle-là.Peut-être me sera-t-il donné une fois d'ajouter à ces indications sommaires — en réservant ce qui doitêtre réservé, de sorte que MM. les fabricants de « religion druidique » et d'initiation supposée «druidique » se résolvent à chercher ailleurs des matériaux supplétifs pour leurs minuscules tours deBabel.

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Relief de l'autel de Trèves

[1] Idris = *AITRIKSO-S, nom construit sur la même base primitive que celui d'AEsus (*AI-), dérivant d'un thème *AITO- «blanc, pur, brillant, spirituel ».[2]Voir hors-texte.[3] Les Hyades (« in naribus Tauri ») figurent entre le Taureau et le bec de la première grue sur le relief de Trèves.[4] J'ai employé le mot gallois Awen, assez connu, pour désigner l'esprit, quoiqu'il soit loin d'avoir toujours chez lesInsulaires ce sens exclusif. Je note d'ailleurs que le terme est du féminin. Or, le vocable choisi par les druides de Gaule était*ÂVIOS (différent d'*AVIOS « aïeul »), terme masculin. En Gaule toujours, un des noms de l'âme était *Svelta, du genreféminin. Ainsi, selon la stricte orthodoxie, l'esprit ou pneuma appartenait au principe Un, et était masculin, positif, par rap-port à SVELTA, l'âme ou psyché (Awen bardique) rapportée au principe Deux.

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Chapitre XIMAGIE DRUIDIQUE

J'appellerai « magie » la connaissance, la captation et l'utilisation de certaines énergies subtiles del'homme et de la nature, par des procédés distincts de ceux de nos sciences modernes, procédés dontcertains laissent à entendre que ces énergies dépendent d'entités douées de vie et de conscience, sousdes modes fort éloignés de ce que nous tenons ordinairement pour « vie » et « conscience ». Pour desraisons trop longues à exposer, j'en séparerai l'alchimie, quitte à y revenir plus tard, et l'astrologiejudiciaire, qui m'éloignerait trop de mon propos.Le monde « magique » se situe entre celui des forces spirituelles et le domaine de celles que nousappelons « physiques » — quoique les forces dont la magie se préoccupe puissent réagir sur cesdernières, entre autres sur notre électro-magnétisme et sur nos forces nerveuses ; monde de 1' « astral», du « psychique » et non du « spirituel » ou « pneumatique ».Quelque opinion qu'on se forme sur la magie — et sans en discuter — constatons objectivementqu'elle fut enseignée et pratiquée de tous temps et sous toutes les latitudes.Le premier pas dans cette voie, c'est la connaissance de l'homme invisible, de ses facultés, de sesmoyens d'action. Les druides pratiquaient avec science ce qu'une certaine école moderne a baptisé «magnétisme personnel ». Ils étaient à peu près aussi avancés dans ce domaine que les anciensEgyptiens, avec lesquels ils avaient noué des relations d'un certain ordre, qui se maintinrent au moinsjusqu'à l'époque des Hiqsos.Comme eux, ils utilisaient couramment deux « magnétismes » distincts. Le premier est celui de nosmodernes magnétiseurs. Le second, plus actif et plus subtil, est ignoré de ces derniers, encore qu'ilspuissent parfois l'utiliser inconsciemment. Il est décrit assez clairement sur certaines figurationségyptiennes dont les reproductions s'étalent un peu partout.Les druides de Gaule, qui distinguaient avec soin l'esprit de l'âme, faisaient également le départ entrele corps fantômal, 1' « ombre » (égyp. Kheb-t), et le corps « astral », le « double » (égyp. Ka). Ils nom-maient le premier *Rictu, « image fluidique » (irl. richt « forme » gall. rith « apparence, spectre »). Quantau second, dans leur enseignement réservé, il avait pour nom usuel Duovis « double ».Envisageons maintenant d'autres aspects de leur magie. Dans le n° 113 de « Sciences et Voyages », unsavant irlandais, Seamus Mc Gall, a donné, sous le titre « Du nouveau sur les Dolmens celtiques »,une série de vues du plus haut intérêt, basées sur une documentation en partie inédite. J'en résumel'indispensable, en engageant le lecteur à se reporter à l'original où je ne vois guère à reprendre quedes idées contestables sur le sens de progression de la « chaîne européenne des dolmens ».L'auteur expose donc que le nom erse du dolmen était in-delb cloich « pierre des fantômes ou desesprits ». Sur l'utilisation magique des ensembles mégalithiques, il reproduit une phrase significatived'une vieux manuscrit irlandais : « Leurs initiés étaient sur leurs colonnes de pierre et sur leurs bancsde magie » « M. McCall a bien vu que les dolmens n'étaient pas spécialement des tombeaux, mais deslieux réservés, fréquentés (j'ajouterai : conditionnellement) par les esprits des disparus, dont les noms,gravés en ogham sur nombre de menhirs insulaires, sont toujours au génitif : « D'un tel, fils d'un tel» (sous-entendu : pierre ou mémorial), et jamais au nominatif : « Un tel, fils d'un tel».Il rappelle que les cercles de pierres levées (appelés improprement cromlechs) sont désignés en gaéliquepar un mot signifiant « anneaux de puissance ». Je dirai plus loin quelques mots d'une légende localequ'il rapporte en l'interprétant un peu « à côté ».Il est facile de justifier étymologiquement in-delb (base : *DEL-DOL- « pétrir, façonner avec la main »,selon un de ses sens, apparenté au gallois delw, « image, statue » (thème *DELVO-).Les dolmens, à vrai dire, n'avaient pas tous la même destination : ils étaient « hantés » (ou plutôt «hantables ») lorsqu'ils étaient édifiés en l'honneur de disparus, susceptibles d'être « évolués » rituelle-ment. Ils pouvaient être aussi « bancs de magie » lorsqu'on les dressait ou les utilisait pour quelquecérémonie initiatique, magique ou religieuse, ce dernier terme s'entendant tu sens de « culte public ».La phrase : « leurs initiés étaient debout sur leurs colonnes de lierre et sur leurs bancs de magie »pourrait être explicitée comme suit : les initiés druidiques formaient le cercle, chacun adossé à une

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pierre levée (et non « dessus »), les chefs au milieu, debout sur la pierre centrale (Mediocrarus), table ouparfois dolmen proprement dit. C'est cette position qu'ils occupaient dans le cercle de trilithes deStonehenge. Là, lors des cérémonies publiques saisonnières, la foule des assistants se déployaitautour de l'enceinte extérieure de pierres, dans la plaine de Salisbury, car l'entrée dans le cercle luiétait interdite.Le nom d' « anneau de puissance » donné à ce cercle vaut qu'on s'y arrête. C'est l'équivalent, sous uneautre forme, de la a ceinture de Thor », qui multipliait la force du dieu nordique de la foudre. Nousavons là un dispositif de batterie en couronne. Et l'on sait que, dans les séances spirites, il est com-munément demandé aux assistants de « former la chaîne ».

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Si, dans l'ordre spirituel, un abîme séparait les druides orthodoxes des autres, par contre, sur le plan« magique », leurs techniques étaient assez voisines dans nombre de cas. Sauf que les premiers s'in-terdisaient les pratiques relevant de la vulgaire sorcellerie, - pratiques souvent dégoûtantes et tropsouvent sanglantes, en quoi les druidesses et druides schismatiques étaient passés maîtres. C'estpourquoi, dans les deux camps, certaines techniques étaient semblables, bien que nous n'en ayonsquelque idée que par des textes insulaires, surtout irlandais, et par leurs gloses. Par exemple :- L'Airbe druad ou « barrière des druides », réalisée par accumulation fluidique ;- Le Snaidm druad, « nud ou lacet des druides », pour lier temporairement une volonté. Son déchetou sa parodie en sorcellerie fruste est le fameux « nouement de l'aiguillette » assez connu.- Le Céo druidechta, « nuage du druidisme », consistait en ceci : le druide se dérobait aux regards encondensant autour de lui une nappe de brouillard empruntée à l'humidité atmosphérique.Un procédé divinatoire, courant dans les îles, était, en Irlande, le Crann-chur, « lancer du bois », iden-tique au Coel-bren ou « bois de présage » des Gallois (cf. coelio, « jeter les sorts », « tirer augure »).Sur ce dernier, mille fantaisies ont été écrites, sous couleur de « bardisme ». Au vrai, coel-bren etcrann-chur sont une des nombreuses variantes de la vieille géomancie. L'on interprétait d'après lesfigures formées pas les branchettes retombées.Astronomes et astrologues, les druides n'utilisaient le plus souvent en magie astrale que les « influ-ences » des Luminaires, tenant compte de certaines configurations pour la cueillette des plantes ou lapréparation des remèdes. Le plus communément, ils se bornaient aux forces en action dans le systèmeTerre-Lune. L'influx sélénique et le magnétisme tellurique avaient été étudiés par eux avec soin. L'onenseignait qu'à des périodes déterminées certains corps s'en chargeaient, dont quelques végétaux,particulièrement le gui.Par une technique et des rites appropriés, cette énergie était condensée dans certains mégalithes (nondans tous) dont on pouvait la soutirer ultérieurement, selon les besoins. De là, des règles d'érection etde consécration précises ; des interdictions aussi, car tout mégalithe « chargé » devenait « intouchable» au non qualifié, au moins temporairement, comme l'était, pour des raisons assez proches, l'Arched'Alliance où l'on condensait l'électricité atmosphérique[1].La taille et l'orientation des blocs (auxquels on évitait le contact du métal tellurique par excellence : le fer)n'étaient pas davantage livrées au hasard que leur emplacement. Le repérage des « lignes de forces »telluriques et de leurs « nœuds » (dont je reparlerai peut-être plus loin) était capital et supposait une con-naissance de notre globe plus profonde que la nôtre, à de certains égards, quant à la physiologie et àla structure interne de la planète.Ainsi, les menhirs (certains, du moins), les « pierres ou colonnes d'adoration » des anciens textesirlandais jouaient un rôle assez analogue aux pylônes des temples d'Egypte, sans cesser de figurer, ausymbolique, la « pierre tombée du ciel ». En d'autres termes, ils constituaient des antennes de capta-tion, de canalisation et de condensation d'un certain « magnétisme », qu'on pouvait ensuite décoag-uler, brusquement ou progressivement, selon l'emploi qu'on s'en proposait.Les druides savaient drainer également, dans un but curatif, le magnétisme et la survitalité des arbresde leurs forêts. Toutefois, ils excluaient de leurs opérations la « médecine transplantatoire », vie pourvie, qu'utilise, encore parfois de nos jours, la magie rurale. Leur morale et leur philosophie de la vies'y opposaient. Ce n'est pas à leur école qu'on aurait appris « qu'un chien vivant vaut mieux qu'unévêque mort » !...Parmi eux, les plus avancés seuls avaient maîtrise effective sur les éléments — et pouvaient le prou-ver un peu plus objectivement que par des bavardages philosophiques. Outre la lévitation des pier-

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res, opérée, à de rares occasions, au centre d'une chaîne magnétique d'initiés (d'où, pour une part, leshistoires de mégalithes qui vont boire au ruisseau voisin les nuits de Saint-Jean ou de Noël), ils savaient fairedescendre le « feu de ciel » sur les offrandes, c'est-à-dire manier la foudre, comme le faisait Moïse, ini-tié aux sciences réservées de l'Egypte. Ce dernier s'en servait au besoin pour mater les révoltes de sesouailles regimbantes, en s'adossant à l'Arche, équipée comme une bouteille de Leyde. L'Archedruidique, c'était le menhir mais non tout menhir !J'ai parlé du nom erse des dolmens : « pierre des fantômes ou des esprits ». Le génitif des inscriptionsfunéraires oghamiques montre qu'il ne s'agissait pas du corps ou des cendres du défunt, mais de sapsyché dont le mégalithe n'était pas la et demeure ». Simplement, il pouvait servir, le cas échéant, debase d'aimantation pour un rappel fugitif du « double ». Dans les cercles de pierres et sous certainsdolmens ou allées couvertes, s'effectuaient les évocations magiques, soit de défunts, soit d'entitésextra-humaines.A ce propos, Seamus McGall rapporte une « légende » pleine d'intérêt : dans la petite île, InnisMurray, était un menhir dont il est dit qu'une lumière chaude l'entourait durant la nuit et lorsqu'il futdétruit, « on trouva dedans un enchantement avec tête, jambes et bras ». Notre auteur assure qu'iln'est pas indispensable de croire à cette légende. Je suppose qu'il n'est pas davantage indispensablede n'y point croire...La lumière « chaude » (lisez : dorée) en halo ou aura magnétique autour de la pierre était sensible àcertains yeux, pas à d'autres. N'est pas voyant qui veut !... L' « enchantement » à forme humaine estun Sidhe[2], fée ou esprit de la nature. C'était le « gardien » de la pierre, sensible, également, à cer-tains yeux. Dans les tumuli, l'on évoquait le druide défunt avant son départ chez Nantosvelta[3]. Cerite de l'adieu à l'âme ne se pratiquait en principe que pour les druides. Le 3e jour des obsèques,quelques frères en druidicat du disparu se réunissaient autour de l'Archidruide local dans l'allée cou-verte où reposait le défunt. Là, silencieux et immobiles, les assistants attendaient, tandis que leur chef,seul acteur, opérait rituellement et récitait les invocations. Au terme d'une attente plus ou moins pro-longée, l’ombre du disparu se condensait, et un colloque télépathique s'engageait entre elle et l'offi-ciant, souvent perçu par les assitants. Puis, l'évocateur prononçait les paroles du « renvoi », aprèsavoir appelé la bénédiction d'En haut sur celui qui les quittait pour d'autres tâches.

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[1] Je rappellerai que le nom du bétyle, équivalent du menhir, était chez les Hittites indo-européens, Huisas : (la pierre)vivante.[2] Je profite de ce mot irlandais pour en rappeler le sens premier. Etymologiquement, Sidhe (*SEDIO) s'applique à tout «lieu occupé », mais a fini par se dire spécialement des tertres, pierres, bosquets, etc., où résident les « gens du Sidhe » (aessîdhe). Ce peuvent être des décédés ou simplement des esprits de la nature (fées, dryades, etc...) ou encore des ombres pourainsi dire « fossilisées » de faune préhistorique (dragons ou autres), la faune invisible étant au moins aussi diversifiée et foi-sonnante que la visible. Ce vocable a contaminé, en changeant d'île, un terme gallois qui ne lui devait rien Sidi, Sidydd(*SETI-, *SETIO-) qui signifiait d'abord « vaste » « immense » et, substantivement, « l'immensité, le monde ». Le motirlandais l'a chargé du sens plus récent de « monde des âmes », « pays des fées », « royaume de l'Au-delà ». Si bien que CaerSidi (qu'on rencontre déjà dans les poèmes attribués à Taliesin) a fini par signifier à peu près tout ce qu'on voulait bien y voir :Enfers, pays des morts, Voie Lactée, Zodiaque. De ce dernier sens, il me semble qu'on soit passé, avec le dérivé sidyll à celuide mouvement circulaire, de révolution, de tourbillon.[3] A ce propos, une remarque : Nantosvelta tient une longue hampe-enseigne, surmontée d'un simulacre de maisongauloise, image expressive qu'il est superflu de commenter. Son parèdre, Sucellos, tient, au bout de la même longue hampe,un tonnelet (invention gauloise) empli, évidemment, de la « liqueur d'immortalité », dont la coupe ou le pot qu'il tient del'autre main doit abreuver l'âme du défunt. On conviendra que tonnelet et gobelet sont des attributs qui se complètent. Mais,tardivement, avec la désastreuse assimilation du dieu gaulois au Dispater étrusco-romain, l'attribut principal du dieu n'aplus été compris et la hampe-enseigne a été transformée en manche du « maillet » supposé, puis raccourcie pour jouer cerôle... qui n'était pas à sa taille. Le « dieu au tonnelet » était devenu le « dieu au maillet », nom sous lequel les érudits ledésignent toujours. Une confusion presque analogue s'est produite en égyptologie, où la hampe-enseigne du dieu (neter) futd'abord prise pour une «hache». La méprise a dû être facilitée par le fait que le symbole fondamental du tonnelet n'exclu-ait pas le ou les maillets, comme en font foi quelques figurations (un bronze de Vienne, entre autres). C'est que le « maillet »est un instrument de tonnelier aussi bien que de caviste. Et à cause de ce double emblème, tonneau, maillet, dont le sensspirituel n'était entendu que de quelques-uns, il se pourrait que Sucelos soit devenu en dernier lieu le « patron » de la cor-poration des tonneliers. La méprise touchant le « dieu au maillet » n'est pas unique. J'en citerai une autre prouvant quemême l'écriture n'empêche pas les traditions d'être à l'abri des altérations des copistes : VOSEGUS, divinité secondaire qu'onpeut traduire par protecteur (des montagnes) et qui est très probablement identique au fameux « dieu aux oiseaux » a donnéson nom à nos Vosges. Par la suite retranscrit VOGESUS (forme de basse époque pour Vo-gaesus « aux deux javelots »), s'il nousa fourni Vosges (qui remonte bien à Vosegus) il a fourni aux Allemands l'appellation « die Vogesen » qui remonte à Vogesus,quoique un ancien toponyme alsacien : Wasigenstein, ait conservé chez eux le souvenir de la première et véritable formelEn fait de méprises, je puis encore citer le fameux « corbeau » de Lyon. La fausse étymologie de Plutarque (Traité des Fleuveset des Montagnes) a fait renoncer bien des érudits au simple et clair témoignage de leurs yeux. On le voit dans le médaillonromain conservé à Lyon représentant Plancus et le génie de Lyon où la grue, très reconnaissable, qui figure ailleurs sur l'au-tel de Paris et le bas-relief de Trêves, est transformée, très doctement, en corbeau. Sous la reproduction que j'extrais d'unancien numéro de la revue Lyon-Revue, on peut lire ce texte aberrant : Plancus et le génie de Lyon accompagné du corbeau.

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Chapitre XII

METROLOGIE DRUIDIQUE : LES ENSEMBLES MEGALITHIQUES

A plusieurs reprises depuis une bonne vingtaine d'années, j'ai exposé quelques vues sur la métrolo-gie druidique. Je rappellerai ici mes conclusions antérieures, en les complétant.L'unité de mesure de longueur druidique est le pied (* EDON), théoriquement de 0 m 3 156, où l'onreconnaîtra la semi-coudée pyramidale égyptienne, mesure fondée sur la longueur du rayon polaireterrestre. Si l'on est en quête d'une mesure cosmologique fixe, cette mesure étant une droite, il est pluslogique et plus sûr de la déterminer par rapport à une autre droite invariable (axe de rotation du globe)que de la déduire d'une courbe mesurée sur une fraction de notre sphéroïde, légèrement irrégulier.Dans la pratique, il est vrai, le pied a subi des altérations locales, oscillant entre 0 m 30, 0 m 305 (lepied anglais actuel) et 0 m 310, particulièrement dans l'ouest de la Gaule. Mais nulle part les dimen-sions que j'ai pu relever n'excèdent 0 m 32. Sur le Continent, le pied était divisé en hectes ou pouces,de 0 m 0 525, et ce pouce en six lignes de 0 m 0 088. Dans le systèmes de mesures agraires outopographiques, on peut relever une mesure de cent pieds : le Cantedon (qui était aussi une mesure desurface) et la lieue, leuga, mesure itinéraire de 7 000 pieds (environ 2210 m). Quoique 3 milles romains(4444 m) fassent à peu près 2 lieues gauloises (4 420 m), ce rapport ne me semble que de coïncidence.On connaît de nom l'arpent (are-permis) de valeur difficile à préciser. En principe, 100 cantedon, engros : 32 ares.Mais les druides, en dehors du pied, utilisaient une autre mesure « sacrée », la Coudée, de 0 m 54,laquelle n'est autre que la « coudée noire » égyptienne. Dans l’arithmosophie druidique, le rapportentre les deux étalons de mesure était celui du duodénaire zodiacal au septénaire planétaire. Douzepieds (3 m 78) équivalent à sept coudées.Sans nous appesantir sur leur signification intellectuelle, notons utilement les nombres symboliquesdu druidisme : 3 et son carré ; 7 et ses multiples ; 12.Examinons maintenant deux « tables métrologiques » : celle de Suèvres (L.-et-C.) et celle de ManéRutual (Morb.).La table de Suèvres est un bloc calcaire de 1 m 57 X 0 m 95, sur 0 m 64 d'épaisseur moyenne. Ce quise traduit par 5 pieds de hauteur, 3 de largeur et 2 d'épaisseur. Ce sont, en unités métriques, les pre-mières dimensions approchantes de la « proportion dorée » des pythagoriciens. Sur la table est gravéeune « triple enceinte » : 3 carrés emboîtés, communiquant par une croix s'arrêtant au carré central. Onretrouve dans cette gravure les mêmes proportions que dans la table, mais, cette fois, en pouces : 4pour le carré extérieur (0 m 26), 3 pour les branches de la croix, 2 pour le carré central (0 m 11).Passons maintenant à la Table du Mané Rutual, soigneusement cotée par Z. Le Rouzic. C'est une dalleà sommet taillé en ogive, de 11 m 30 de haut et de 4 m 36 de largeur moyenne, sur 0 m 60 environ d'é-paisseur. Elle porte en creux l'empreinte d'une « pierre polie » ou « hache votive », indéniable malgréune légère mutilation, ayant 0 m 72 de large, et le double exact de long. Cette figuration surmonte un« écusson ogival » (l'expression, dont je relève l'impropriété est de le Rouzic), trapézoïde de 3 m 32 à labase et de 3 m 24 au sommet, lequel est coiffé d'une ogive de 2 m 15, ce qui porte sa hauteur totale à4 m 34. Sur un des côtés du trapèze, un demi-cercle de 0 m 18 de diamètre fait saillie et une distancede 1 m 05 le sépare du sommet. Je note tout de suite que le pied employé est de 0 m 311, avec unetolérance de quelques dixièmes de millimètre, difficile à préciser, étant donné l'état du granit.Traduisons en unités métrologiques les dimensions relevées. Hauteur générale : 36 pieds (3 X 12) ou21 coudées (3 X 7). Largeur : 14 pieds (2 X 7) ; épaisseur 2 pieds (celle de la Table de Suèvres). La « pierrepolie » a 28 pouces (4 X 7) sur 14 (2 X 7). Pour le sommet du trapèze : 6 coudées ou mieux 63 pouces(7 X 9) ; hauteur : 14 pieds, Le diamètre du demi-cercle est 0 m 18 : 1/3 de coudée, son rayon est donc1/6 de coudée, dimension intentionnelle qui montre que, comme le pied, la coudée était subdiviséeen hectes.Les autres dimensions mériteraient peut-être leur examen. Par exemple, on trouve le nombre -n =3,142, — ce qui est une jolie approximation — en divisant les 3 m 32 de la base avec l'intervalle de 1m 05 séparant le demi-cercle du sommet. Coïncidence pure et simple. Je n'en suis pas très sûr, mais

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admettons, et passons plus loin. Il suffira d'avoir montré les druides en possession d'un systèmemétrique rationnel, dont les étalons jouent sur des données arithmologiques et cosmologiquescohérentes. Est-il besoin de rappeler que le dernier exemple (Mané Rutual) remonte aux temps réputés« sauvages », « préceltiques » et « prédruidiques » des alignements de Carnac ? L'immense champ demégalithes de cette région va nous montrer bientôt cette arithmologie en action. Mais, d'abord, deuxmots touchant les mégalithes eux-mêmes.En Gaule, leur appellation générique était Crarus. Des noms comme Litavi-crarus « Pierre de ladéesse-Terre », appliqué spécialement à une certaine catégorie de menhirs, et le nom de « divinité »Mediocrarus (« menhir central », « pierre du Milieu », « ombilic ») à rapprocher de Medio-lanon, sontassez parlants. Un vocable s'appliquant particulièrement aux dolmens était, selon les dialectes,Moinos ou Mainos, ou encore Maina. Quant au nom du « cercle de pierres », mal à propos nommécromlech, le plus usité était Cantos, mais son nom technique chez les druides était Colios. Par cante-na, l'on désignait souvent une borne ronde, voire un menhir satellite ; par celicnon, un monument ouune enceinte circulaires (mais non spécialement un « cromlech »). Le gallois cylch « cercle » n'a pas enGaule le sens de « cercle de pierres ». Le mot remonte à * CELICO-/* CELECO-, premier élément dunom propre Celeco-rîx : « roi ou chef de la circonscription, c'est-à-dire du territoire ».Le menhir symbolisait au propre la « Pierre tombée du Ciel », au figuré, « le rayon lumineux »,comme les obélisques ; au sens supérieur, il était le représentant de l'énergie mâle, du Principe mas-culin ou Principe Un.Le dolmen (ou mieux, son couvercle, fréquemment taillé en silhouette de hache polie) représentait le ciel,dont les étoiles ou les constellations étaient représentées par une ou plusieurs cupules. Et ses troispiliers, « ce qui est sous le ciel », selon l'expression elliptique chinoise, en un sens, l'Humanité. C'étaitavant tout une chambre d'initiation et d'évocations. Que des cadavres y aient été inhumés, parfoisbien des siècles après son érection, ne signifie pas que sa destination primitive ait été de servir detombeau.Par contre, à quelques exceptions près, la véritable « allée couverte » était un monument funéraire.Dans ce cas, elle était recouverte d'un tertre ou « galgal (* CARNI-) ou d'une butte de terre, en latintumulus, mot qui avait son pendant en gaulois (* TUMBO-).Joseph Loth (si mes souvenirs sont exacts) avait déjà proposé ce mot à propos de l'étymologie deTombelaine. Mais il faut tenir compte des bouleversements apportés par les immigrations, les inva-sions et les batailles, sans parler de la cupidité des chercheurs de trésors, si bien qu'il est malaisé des'y reconnaître aujourd'hui.Quant au Cercle de Pierres, lorsqu'il était centré d'un menhir, il figurait, en un sens, le zodiaque.Ayant parlé de l'emblème du Principe Un, je dirai, pour compléter, que le Principe Deux était sym-bolisé par les grandes cuvettes des mégalithes, à ne pas confondre avec les cupules. Elles n'étaientnullement destinées à recueillir le sang des victimes, mais, plus pacifiquement, l’eau du ciel,employée ritué-liquement, chargée d'un magnétisme particulier. Il s'en trouvait aussi sur rochers fixesdont la destination est claire également. Dans un n° de L'Homme Préhistorique (mai 1913), le préhis-torien Ch. Matthis signale un tel rocher, dans un site mégalithique, au nord de Wachfelsen (Alsace),portant au centre, écrit-il, « une cuvette taillée de manière à recevoir l'humidité du ciel et du sol, pourla déverser par une rigole dans un bassin creusé en terre ».L'eau étant attribuée au principe féminin, comme correspondance sensible des « eaux primordiales »ou de la Substance universelle, fécondée par le souffle divin, on voit que symbole et fonction se com-plétaient. Maintenant, l'on peut toujours préférer voir dans les cuvettes des mégalithes des réservoirsà sang humain, même quand elles sont creusées dans des roches abruptes où l'on ne voit pas très biencomment on y pourrait « sacrifier » même un lapin !... Les préjugés ont la peau dure !

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Je réserve les développements hermétiques ou autres, qu'appellerait ce qui précède, pour en venir àl'application de l'arithmologie druidique dans les ensembles mégalithiques. Vaste sujet, qu'un grosvolume embrasserait à peine. Je me bornerai donc à quelques commentaires sur les alignements deCarnac et sur le Temple circulaire de Stonehenge. Pour Carnac, on pourra se reporter à la carte de lapage suivante.De prime abord, j'avertis le lecteur que ces alignements et leurs mégalithes satellites ont subi de rudes

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injures du temps, des éléments et des hommes. Une bonne moitié peut-être, surtout parmi ceux dedimensions modestes, a été renversée, détruite ou débitée depuis l'ère chrétienne. Ceci est fâcheux.Un autre point l'est bien davantage : le vaste plan de trigonométrie druidique est assez facile à daterà deux ou trois siècles près. La déviation d'un Grand Axe équinoxial Lopenhet — Table desMarchands — Double « cromlech » d'Erlanic, d'environ 22°, nous amène vers 3 500 avant J.-C. pourle début de cette entreprise gigantesque. Or, à cette époque, la terre ferme s'étendait notablement plusloin, au Sud et à l'Ouest, si bien que ce qui subsiste du sanctuaire carnacéen n'appartient qu'aux por-tions N., Centre et partiellement N.O. du système, lequel se développait à travers ce qui est aujour-d'hui pour nous la baie de Quiberon. Je n'ai donc rétabli que l'indispensable, sachant que je n'échap-perai quand même pas à des critiques dont je prends d'avance mon parti.Les points sensibles encore debout sont Erlanic, la Table des Marchands, Gavrinis, le Monstoir et lecentre important, aujourd'hui mal représenté, sur lequel empiète l'étang de Lopenhet.Quant aux alignements (j'omets ceux d'Erdeven, plus récents) ils formaient autrefois un immense tem-ple à ciel ouvert ou, si l'on veut, une enfilade de temples, qui constitua l’Ombilic de la Celtidejusqu'au temps de son transfert au centre des Gaules. Chacune de ces colonnades successives étaitorientée en vue de cérémonies saisonnières. Comme une telle œuvre a tout de même nécessité denombreux siècles pour se parfaire, on s'explique aisément que l'angle de déviation des lignes de viséestello-solaires ne soit pas le même partout. Le Grand Axe « A », je l'ai dit, dévie de 22°. L’Axe « B »(Soleil levant, solstice d'hiver) n'a que 17° de déviation ; l’Axe « C » (Soleil levant, solstice d'hiver), 18°.Il est à conclure que c'est par le Grand Axe « A » que commencèrent les travaux.

Carte géo-arithmétique de Carnac

ARITHMOLOGIE CARNACEENNE :Je chiffre en milliers de pieds les intervalles repérables entre points sensibles et points satellites. Ontrouve partout les multiples de 3, depuis les 9 000 pieds séparant Erlanic de Kerpenhir, jusqu'aux 60

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000 pieds de l'Axe « A » (Lopenhet-Erlanic, dont les cercles sont en partie submergés). Soit :6. Le Moustoir-Ker Grim.9. Erlanic-Kerpenhir.18. Lopenhet-Le Moustoir ; Lopenhet-Les Sept Saints ; Lopenhet-Ker Vehini ; Lopenhet-Tumulus

Saint-Michel ; Lopenhet-Le Menec.21. Le Menec-Ker Vehini. 30. Table des Marchands-Lé Moustoir ; Table des Marchands-Tumulus

Saint-Michel.36. Tumulus Saint-Michel-Kerpenhir. 339. Le Moustoir-Plougoumelen.42. Le Moustoir-Gavrinis.45. Lopenhet-Table des Marchands.60. Lopenhet-Erlanic.

On multiplierait ces exemples, et pas seulement à Carnac, sans entraîner l'assentiment de ceux dontle siège est fait !J'ai précédemment parlé de l'érection du temple circulaire de Stonehenge, dans la plaine de Salisbury,qu'on peut situer quelque 1 800 ans avant notre ère d'après les mêmes repères stello-solaires qui per-mettent de dater d'assez près les mégalithes encore en place, comme l'a démontré mon ami, l'infati-gable savant et chercheur que fut le Docteur Marcel Baudouin. Sa seule et légère erreur, à mon sens,fut d'étayer ses calculs sur le cycle précessionnel de Drayson, qui ne représente que quelques mou-vements de balance excessifs du globe dans les siècles qui suivirent le déluge atlante et la stabilisa-tion du système Terre-Lune. Dans l'ensemble des siècles, la valeur, tant symbolique que positive dela grande année de 25 920 ans reste entière.Dans le plan primitif de Stonehenge, autour de la pierre centrale, dite Altar Stone, qui était alorsposée sur deux autres plus petites, s'érigeait le grand symbole solaire : cinq grands trilithes, dont leplus élevé avait 21 pieds (3 X 7) de haut, disposés en amphithéâtre ouvert face à l'Avenue et à la HèleStone sur laquelle le soleil se levait au Solstice d'été[1]. Ce groupe dessinait intentionnellement, aucentre de la colonnade circulaire des Trente Piliers qui l'entouraient à quelque distance, un Sabotd'Equidé, symbole stello-solaire bien connu des préhistoriens. Les auteurs ont comparé avec justessesa forme à un « fer à cheval », sans avoir tiré, je crois, toutes les conséquences de ce rapprochementsuggestif.Autour, s'érigeait le cercle des « Trente Piliers », de 12 pieds de haut, reliés par autant d'architraves.Au-delà de ce cercle, la surface du temple s'étendait, circonscrite par une levée de terre, interrompuedu côté de 1' « Avenue ». A l'intérieur, proches de la levée de terre, étaient trois pierres ou bornes,équidistantes de l'autel central : la Slaughter Stone (aujourd'hui renversée et légèrement déplacée) sur laligne de visée Autel-Hele Stone ; la S.-W. Stone, orientée lever, solstice d'hiver ; et la N.-W. Stone, ori-entée coucher, solstice d'été (avec la « déviation à droite » attendue, précieux indice chronologique).Là encore, se vérifient les règles de l'arithmologie druidique.La largeur de l'avenue est de 72 pieds ; le diamètre extérieur de la levée de terre, de 360 pieds ; lestrois pierres d'orientation sont à 144 pieds (12 X 12) du centre (Altar Stone). Le cercle des Trente Piliersa un diamètre extérieur de 108 pieds (12 X 9), tandis que l'intervalle entre la Slaughter Stone et la HèleStone est de 120 pieds. Il y aurait beaucoup à dire sur ces rapports et ces distances, outre ceux dontje n'ai pas fait état. Sans commenter, je reviens à l'étonnant ensemble carnacéen.

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Là, dix à douze siècles avant notre ère, les druides firent ériger une Colonne commémorativeimposante, de près de 21 m de haut, monolithe qu'une secousse sismique renversa au début de l'èrechrétienne. Il s'agit du Men er Hroéh, le plus haut menhir connu, qui pesait la bagatelle de quelque350 tonnes. C'est précisément à lui que fait allusion un passage de la compilation de Scymnus de Chio:Les Celtes... tiennent leurs assemblées avec de la musique, demandant à cet art d'adoucir les cœurs.A l'extrémité de leur pays se trouve la colonne dite boréale, très haute, projetant sa pointe sur une merhouleuse. Les lieux voisins de cette colonne sont habités par les Vénètes.

*J'ai déjà fait allusion au magnétisme tellurique. Une de ses conséquences, c'est que l'on ne fonde pas

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une ville, et moins encore un sanctuaire, n'importe où. Les druides le savaient. La répartition deslocalités et surtout des hauts lieux sur le sol des Gaules était, en partie, l'œuvre des lignes de forcesattractives, autour desquelles se groupaient, — disons : d'instinct -les êtres susceptibles d'en ressen-tir l'influence. Pour une moindre part, cette distribution était l'œuvre des druides, qui déterminaientl'emplacement des sanctuaires, des lieux d'assemblées et des centres d'initiation et d'enseignement,en les situant sur le passage de ces lignes d'influence telluriques, autant que possible là où se formaitun nodus énergétique important, dans la mesure, évidemment, où la géographie physique le leur per-mettait. Ce réseau tellurique n'est en partie déréglé que depuis un siècle environ, pour des motifsqu'on me permettra de ne pas rechercher pour l'instant.Après la formation des îles britanniques, les sages de Celtide avaient mesuré la Gaule avec soin etavaient transféré l'Ombilic, le Médiolanon suprême, à peu de lieues au nord d'Avaricum. Et ilsavaient enfermé ce cœur du territoire à la fois celtique et, dans l'ensemble, orthodoxe, dans un circuitde défense et d'influence, fixé théoriquement à 315 km de rayon, soit un million de pieds sacerdotaux.La carte annexe éclairera mieux ce qui va suivre. Auparavant, je dois dire que le centre carnacéen,passé au second plan par suite des transgressions marines, n'en conservait pas moins une sphèreinfluentielle propre et des Axes puissants, dont certains distincts de ceux du nouvel Ombilic.Les diverses « lignes de forces », avec leurs « nuds » centraux ou secondaires pouvaient être, certainesdu moins, les « supports » d'influences plus hautes, les chemins ou canaux qu'elles pouvaientemprunter.Il est au moins troublant de constater, presque équidistants, sur trois des lignes rayonnant del'Ombilic, les noms de Domrémy, Reims et Rouen, celle de Rouen aboutissant d'autre part à Gergovieet au sanctuaire du Puy-de-Dôme, en effleurant Patay et Orléans, autant que la géographie physiquele peut permettre.Examinons quelques instants les lignes maîtresses sur lesquelles cités et sanctuaires du passé, duprésent, de l'avenir se sont édifiés ou s'édifieront.Tout d'abord, une zone d'influence majeure est inscrite entre les trois Médiolanon de Milan, deSaintes et du territoire des Menapii (entre Meuse et Rhin, non loin de Kampen). Je crois constater que cedernier, celui de Milan et le sanctuaire de Stonehenge sont à la même distance approchante del'Ombilic des Gaules, — environ un million de coudées de 0 m 54, ce qui peut n'être qu'une coïnci-dence.Sur ma carte, j'ai signalé par une étoile quelque centres ou nuds, parmi lesquels se trouvent d'anciens

Centre magnéto-tellurique des Gaules56

Mediolanon : Château-Meillant, le Hohneck, Ars, le Huelgoat, et Etain (ancien sanctuaire d'une Etonna(« l'Ailée »), proche d'un Blismes (consacré jadis à Belisama).Quoique imparfaite (je ne suis pas cartographe) cette carte est assez explicite. En y jetant les yeux, cha-cun pourra me suivre et juger à sa convenance.Une des grandes lignes (de celles qu'on pourrait appeler « européennes » par leurs prolongements) part deCarnac, touche Château-Meillant, Ars, Etanna, se dirige vers Assise et se prolonge ensuite en direc-tion d'Athènes, qui n'est nullement son terme ultime. Une autre, assez particulière, relie à CarnacParis, Reims, Mayence et se poursuit via Berlin et Moscou. Je laisse au lecteur le plaisir de repérercelle qui va, en correctif, rejoindre Vienne, l'antique Vindobona, et de calculer quelques écarts angu-laires, dont je veux éviter l'exégèse. J'ai quelque lieu de mentionner le triangle Strasbourg-Lyon-Paris,sur la droite reliant la Sainte-Baume au Mediolanon ménapien et sur celle qui rattache Lourdes àStonehenge, en passant par Saintes, autre Mediolanon. Il me semble remarquable qu'une même lignerelie, en passant par Paris et Lyon, les deux Carthages : la moderne et l'antique. C'est à Paris, juste-ment, qu'elle croise la ligne Berlin-Moscou. Ce qui peut susciter des réflexions pleines de sens… etmême de sens politique.On parle communément de la « Ceinture de feu » du globe, entendant par-là les fissures telluriquesoù les ingressus marins ou sous-marins provoquent les courts-circuits du feu électrique souterrain.L'existence d'un autre réseau, plus subtil, dont je viens de tenter une ébauche localisée, serait-elle lefruit de mon imagination maladive ou désordonnée ? La réponse est libre !...Il serait fastidieux de poursuivre. Toutefois, à l'intention des quelques-uns qui pourraient m'accorderun relatif crédit, je clos mon énumération sur une remarque nécessaire : l'importance extérieure decertains « relais » secondaires et le rôle actuellement « effacé » joué par quelques « centres » signaléscomme essentiels, ne doivent pas abuser ceux qui aiment à aller au fond des choses. Actualisation etvirtualisation alternent selon des rythmes qui donnent successivement à chaque « nœud » ou « plexus» sa nuit et son jour, sa phase d'éveil et son temps de repos, selon que les cycles particuliers sedéveloppent dans le cadre de cycles plus étendus ou plus généraux, englobés à leur tour dans celuidont tous relèvent.

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Je ne puis songer à examiner ici les nombreux symboles gravés sur mégalithes. Ce serait transformerce chapitre en un volume épais. Toutefois, je ferai une exception pour les représentations stello-solaires « au naturel », si je puis dire. On les rencontre sur les dolmens vrais, sur quelques allées cou-vertes et, moins fréquemment sur les menhirs. Il en existe également sur des blocs d'affleurement etdes polissoirs. Le Dr Marcel Baudoin a décrit des douzaines de ces représentations, dont on trouveaussi des exemples dans les îles britanniques. Ce sont généralement des constellations circumpolaires; elles peuvent comporter des canaux intercupulaires ou des rainures (comme sur le bloc de Dingé, dansle M.-et-L.), qui sont des lignes de visée. Certaines sont notablement complexes, telle la Roche auxFras (île d'Yeu), où des cupules à bec donnent les lignes solsticiales ou équinoxiales.En maints endroits, les pierres ainsi gravées sont porteuses de « pas » ou empreintes pédiformes (Piedde la Vierge, Pas de Saint-Martin). Assez souvent, ce sont des sabots d'équidés, dont parfois les cupulesépousent la forme, et que les traditions populaires attribuent en général au cheval fabuleux des qua-tre Fils Aymon, Boyard ou Bayart, dont le nom est peut-être (je dis « peut-être ») né d'une confusionentre un mot, encore vivant en patois, signifiant « rouge » (il s'applique en ce sens à la baie de l'églantier)et qu'on peut, non sans difficulté, tenter de faire remonter à badius, et un terme celtique qui a laissédes traces en breton, en gallois et dans divers dialectes romans. Ce mot, aurait donné bail, baillart ets'applique aux chevaux. Un cheval « bail » est un cheval qui a une tache blanche au front, quelle quesoit sa robe. Rien n'empêche — au contraire — que cette tache ait la forme d'une étoile...Quoi qu'il en soit du cheval mythique, la représentation de constellations par des cupules me sembleétablie par nombre d'exemples, dont un des plus probants est sans doute le « Pied de la Vierge »sculpté sur un rocher à Clisson (Loire Maritime). A l'intérieur même du pied, des cupulettes figurentune Grande Ourse indiscutable.Je me bornerai à une seule représentation de cet ordre. Elle figure sur la table zénithale du mégalithede Gatine (île d'Yeu). Malgré ses deux cassures, il est aisé de reconstituer la portion du ciel figurée parles cupules. En outre, la roche porte des empreintes pédiformes. Les deux empreintes de pieds sont

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en sens inverse l'une de l'autre ; la plus petite indique la direction de la polaire de l'époque : Alphadu Dragon, autrement dit Thuban. La plus grande, pointant vers le S.-E., est orientée soleil levant-sol-stice d'hiver, avec la déviation néolithique attendue. La polaire repérée, il est facile de reconnaître laconstellation du Dragon et, de là, d'identifier le Cygne et sa belle étoile-repère, Deneb ; Dubhê (alphade la Grande Ourse) et bêta et gamma de la Petite. Trois autres cupules se laissent moins facilementidentifier. Ce pourraient être Kappa et Psi Draconis ; la troisième pouvant avoir été autrefois uneétoile de 5e grandeur, qui, depuis ces temps lointains, aurait diminué d'éclat, ce qui n'est pas sansexemple. On connaît plusieurs représentations de la Grande Ourse, sur des oursins pétrifiés. Lorsqueles constellations sont représentées par leur symbole (ours, bison, etc.) une ou plusieurs cupules pré-cisent discrètement leur nature sidérale. Ces blasons stellaires n'ont pas manqué d'être interprétés envertu de soi-disant « rites d'envoûtement de gibier » (à une époque où celui-ci foisonnait !), tandis quecupules, rigoles et cuvettes l'ont été en fonction d'une obsession de « sacrifices humains », fort loindes intentions de ceux qui les firent sculpter.J'ai dit ma pensée sur le nom baroque de « cromlech » dont on a affublé les cercles de pierres levées.Après les constatations qui précèdent, le moment n'est peut-être pas inopportun pour lui restituer savéritable signification. Crom-lech ne signifie rien d'autre que lech (pierre) de Crom. Or Crom (« lecourbe, le cintré ») était un nom métaphorique pour la « voûte céleste », le dôme étoile. C'est donc leciel divinisé qu'il faut entendre par cette appellation :La « Pierre du Crom » (Cromlech ou Crom cruaidh), c'est tout mégalithe (ou tout microlithe) portant l'im-age de Crom, de la coupole étoilée, sous les espèces conventionnelles des « cupules »[2]. J'ai déjà rap-pelé que la dalle couvrant le dolmen était figurative du ciel. Avec ou sans cupules, l'analogie n'a riende forcé. Ne nommons-nous pas « ciel de lit » un ornement qui n'est à peu près jamais étoile ? Et n'est-il pas connu que le signe égyptien pour représenter le ciel (pe-) est, précisément, un « plafond » ?Les idées qui ont cours aujourd'hui, touchant la « mentalité primitive », étayées sur le comportementactuel de clans arriérés ou de races abâtardies, ferment bien des portes à ceux qui les professent.Devant des ensembles aussi vastes et raisonnes que le sont ceux de Carnac et de Stonehenge, quepèsent ces constructions cérébrales ?Ce qui est ici « primitif », au sens péjoratif dont on a surchargé ce terme, c'est la technique, non la «mentalité ». Et encore ! Car cette technique comportait des méthodes, des secrets, des réalisationsdont les techniques dont nous sommes si fiers aujourd'hui ne possèdent plus la clé. Ces monumentsd'un lointain passé, qu'on peut, je crois, qualifier de grandioses sans forcer la note, et qui témoignentd'un ensemble de connaissances surprenant, ont demandé autre chose, pour prendre corps, que despeuplades sans lois, des cervelles obtuses et des sacerdotes insipients. Et l'on serait bien en peine detrouver chez les « primitifs » ou supposés tels, chers aux ethnologues, un témoignage authentique quipuisse soutenir la comparaison avec ceux dont je viens d'étudier quelques aspects.

[1] La Hèle Stone ou Heel Stone se trouve à 60 pieds de l'enceinte, soit à 240 pieds du Centre.[2] La fameuse « idole » de l'ancienne Irlande, Cromm cruach, avec ses douze menhirs satellites, de type zodiacal, est, je lerépète, le ciel divinisé. Les sacrifices sanglants en son honneur dénotent seulement le schisme dont j'ai assez parlé, sansmodifier son caractère fondamental. Mais ce cercle de menhirs satellites est sans doute pour beaucoup dans la significationabusive accordée au mot cromlech.

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Chapitre XIII

CIEUX ET SAISONS : LE CALENDRIER DRUIDIQUE

L'on peut retrouver à travers les livres canoniques, les mythes et le calendrier des peuples dits Indo-européens, des vestiges d'un comput annuel et saisonnier extrêmement ancien, décelable malgréplusieurs remaniements. J'en ai assez parlé ailleurs pour ne rappeler ici que quelques conclusions :1° Habitat premier des ancêtres de la race blanche dans les régions circumpolaires.2° Par suite des conditions propres à ces régions, « année » de 9 ou 10 mois, selon les latitudes (moisde « jour » ou de soleil continu) longue aurore et long crépuscule de plusieurs fois 24 heures ; longuenuit de plusieurs semaines.3° De là, après l'exode sous nos latitudes, imbrication des termes et des mythes se rapportant à l'an-née et au jour, à l'aurore et au printemps, et ainsi de suite.4° Rappel d'un hémisphère céleste dont les constellations n'étaient pas celles que nous connaissons,du moins en partie, et dont, de par la précession des équinoxes, la « Polaire » et l'étoile-repère du leverhéliaque n'étaient pas celles que nous observerions maintenant.5° Le calendrier primitif, puis pré- et proto-historique, fut d'abord uniquement solaire et stello-solaire, la Lune n'étant venue graviter autour de notre globe qu'à l'époque de la dernière catastropheatlante, une partie des Hyperboréens se trouvant sous nos basses latitudes, l'autre s'accrochant encoreaux régions hyperboréennes d'où les glaciations n'allaient pas tarder à les chasser.C'est pourquoi les symboles premiers des anciennes cosmogonies sont le jour et la nuit, la lumière etles ténèbres, — système repris par Moïse dans la Genèse.L'année se divisa donc en deux parties bien tranchées : nuit et jour, hiver et été. L'année hébraïque,SheNaH, porte un nom dérivé de celui du nombre « deux » (SheN), tandis que les 300 renards (ou cha-cals) du héros solaire Samson, qui incendièrent les champs des Philistins (réadaptation d'une vieille his-toire) nous ramènent à une antique année solaire de 10 mois. Il n'est même pas exclu que le mot san-scrit Yuga, n'ait pas eu d'abord le sens de « couple », en relation avec celui de « joug ».6° D'abord stello-solaire et saisonnier, avec ses quatre périodes et ses douze divisions zodiacales, leplus ancien calendrier fut ultérieurement, quoique encore préhistoriquement, doublé d'un calendrierluni-solaire ou lunaire, divisé en 28 « Maisons » de la Lune, rattachées chacune à une étoile-repère,dont le calendrier védique fournit un bon exemple. Mais la tendance à l'ancien « couplage » reparutsous une autre forme. C'est ainsi, par exemple, que le calendrier gaulois divise le mois en deux quin-zaines, rattachées symboliquement, mais non objectivement, aux deux phases, croissante et décrois-sante, de notre satellite.Du fait de l'apparition de l'astre des nuits, celui-ci devint dans les cosmogonies l'emblème de la pas-sivité des eaux primordiales ou Principe Deux, tandis que le jour ou le soleil demeurait celui duPrincipe Un (mises à part les inversions de rôles avancées par les schismatiques). Mais un autre repérageexistait : l'étoile, soit astre annonciateur du jour, comme Vénus ; soit repère stellaire saisonnier. La «Grande Etoile » avait été un des signes de ralliement des schismatiques. La Lune la supplanta ou s'yassocia.7° Si, sous nos latitudes, le soleil se lève à l'est, il se lève au Sud dans les contrées avoisinant le Pôle,révolue en cercle tout le temps de sa longue visibilité, en se rapprochant du pnord, et redescend eninsensible spirale pour disparaître au sud jusqu'à la fin de la nuit polaire.Il faut savoir gré à B. Tilak, dans « The Arctic Homme in The Vêdas » principalement, d'avoir recen-sé et commenté magistralement les allusions à ces faits qu'on retrouve dans la vieille littératurevédique. Il y rattache même certains traits celtiques, notamment, si mes souvenirs sont exacts, lalégende irlandaise de Fedelm aux neuf formes (les neuf mois de « jour » dont j'ai parlé).Entre autres vestiges de l'année polaire, aux saisons nettement tranchées, j'en exposerai deux, pour nepas abuser : l'un d'ordre linguistique, l'autre du domaine légendaire.L'indo-européen * YER/* YOR-, « année » a d'abord désigné la phase lumineuse de ce laps de temps,celle où l'on peut aller sans crainte de s'égarer, sans l'obligation d'hiverner d'une base * El/* YA « aller»). Ce sens « polaire » a survécu, à peine modifié, dans le tchèque Jaro « printemps » ; le petit-russien

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Jary « récolte d'été », le serbe yârina « blé de mars, récolte d'été ».Touchant la phase obscure de l'année, voici une intéressante figure mythique irlandaise : la Cailleach.Cette Cailleach est une géante malfaisante, représentée comme très vieille, très misérable.Périodiquement, elle se plonge dans le Loch Bà pour se rajeunir. Son nom est devenu synonyme devieille femme ; et l'on cite ce proverbe : s II y a trois extrêmes vieillesses ; celle de l’if, celle de l'aigle,celle de la Cailleach. »Son folklore est assez chargé : des dolmens portent son nom et l'anémone nemerosa s'appelle neadChailleach « le nid de la Cailleach ». Son nom me semble signifier essentiellement l'obscure, la voilée.L'on peut y voir la personnification de la « vieille année » qui se rajeunit périodiquement pourdevenir « l'an neuf ». Mais, à l'origine, elle ne représentait que la phase sombre, privée de soleil,précédant l'aurore-printemps. La base Indo-Europ. de son nom doit être * QEL-, qui transparaît dansle sansk. Kala « obscurité », et dans le nom de la déesse Kali, « la noire, la sombre », féroce épouse dudestructeur Siva. La parenté, sinon l'identité pure et simple, des deux « Ogresses » n'est pas seule-ment dans le rapprochement de leurs noms. Elles expriment sous deux aspects, l'un sacerdotal etmythique, l'autre populaire, une même allégorie : celle de la période noire et « néfaste » de l'annéeboréale[1].

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Du phénomène précessionnel et de l'impossibilité d'exprimer la révolution de la Terre par un nom-bre entier de jours, résultait un décalage progressif entre l'année « liturgique », avec ses axes solstici-aux et équinoxiaux, l'année agricole, avec ses travaux cycliques, et l'année cosmologique ou solaro-stellaire. De là, la nécessité de remaniements. A chacun d'eux, les repères stellaires étaient autres. Lesymbolisme sacerdotal, immuable quant au fond, s'exprimait par des mythes nouveaux, adaptés auxnouveaux astérismes-clés. Mais d'anciens mythes articulés sur les repères périmés survivaient, soitque le sacerdoce ait convenu de leur donner une signification particulière, soit surtout, sous forme detraditions populaires, en faisant plus ou moins bon ménage avec les plus récents. Cette « stratifica-tion » mythico-légendaire, me semble appuyer la thèse que je défendais dans Mythes, Contes etLégendes : c'est le mythe sacerdotal qui précède le conte populaire et en détient la clé !Dans un autre écrit, j'ai donné quelques-unes des raisons qui militent en faveur de l'origineatlantéenne et prélunaire du zodiaque des Signes. Ses rapports avec celui des constellations ont faitcouler pas mal d'encre. Je dirai que ce dernier est du domaine astronomique, exotérique, et que sarétrogradation apparente au cours de la grande année est pure relativité. Ce décalage permet toute-fois, à des millénaires de distance, d'évaluer à peu près l'âge d'un monument correctement orienté.Calcul qui ne change rien à l'année elle-même : qu'au bout de tant de siècles le soleil ne se lève plusdans le même groupe d'étoiles, mais dans un autre, soit à l'équinoxe vernal, soit à l'un des trois autressommets cardinaux de l'année, est de peu d'importance pour nous. Nous n'avons qu'à modifier enconséquence le nom de nos mois ou de nos Signes, ouvrant ainsi une nouvelle Ere.Je qualifierai d'ésotérique, le Zodiaque des Signes. L' « Aspect du Verbe » qui avait fixé les normes dela religion druidique (et de quelques autres) lui avait donné une base fondamentale et immuable : leséquinoxes et les solstices, qui, dans le déroulement de quelque année que ce soit, sont invariablesentre eux, donc toujours justes en eux-mêmes. Ce qui varie, c'est la place des constellations, ce qui nemodifie nullement l'année en soi. Ainsi, les fêtes saisonnières du Christianisme (Noël, Pâques, etc.) sontle prolongement des fêtes gauloises, d'origine sacerdotale, c'est-à-dire druidique. J'en reparleraiquand il sera question du gui. Sans empiéter sur le terrain de l'astrologie, hors de mon sujet, forcem'est d'insister sur l'importance des points cardinaux de l'année (équinoxe vernal en particulier),quelque constellation qui s'y puisse rencontrer.Quant aux planètes, j'ai déjà donné le nom gaulois de Vénus. Je pourrais y ajouter celui de Saturne :* VO-SIROS (« le lent, le retardataire »), d'autres encore, mais ceci me semble d'une opportunité con-testable, et trop difficilement justifiable par les seules méthodes du comparatisme, comme nombre demes restitutions !...Dans De Quelques Symboles druidiques, j'ai exposé certaines vues sur Cernunnos, soleil de print-emps, et père du renouveau. J'y ajoute ici deux ou trois éclaircissements :Sur ses figurations, cette divinité porte toujours des cornes de cerf. Une des raisons de cet attribut,qui n'a rien d'une survivance « totémique », est justement son rôle vernal. Ce sont les cornes

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d'Elembius, signe du premier mois de l'année gauloise, mois du Bélier de notre sphère. Pour certainesraisons, cette constellation se nommait non le « Bélier[2]» mais le « Cerf » (* ELEMBHO-) terme quasiidentique au grec elaphos qui a donné son nom au mois Elaphebolion.Le nom même de Cernunnos (* KERNU-ND-OS), apparenté à l'irlandais cern « crâne, occiput », sig-nifie à peu près macrocé-phale ou à la forte tête. Et, de fait, dans mainte représentation, le volume deson crâne est systématiquement exagéré dans le sens de la largeur... tel le disque solaire à l'horizon !Dans la plaquette précitée, j'ai proposé quelques noms d'étoiles ou de constellations : Tarvos « leTaureau » ; Trigaranus « les Pléiades » ; AEd (u) rinnt « aldébaran ». J'y pourrais ajouter Eburos « lesanglier »[3] (nom orthodoxe, donc masculin, de notre Grande Ourse). L'irlandais ibar : « if » et le bretonevor : « bourdaine » sont loin d'y contredire[4]. L'if est l'arbre au sanglier (à cause de son poison),comme la bourdaine pour ses propriétés drastiques. C'est là un trope fréquent en botanique popu-laire : Crève-loup, Eberesche, Llysiau’r blaidd, elapheboskon, etc... Il n'est pas indifférent de savoirque le breton evor, outre la bourdaine a désigné aussi l'hellébore noir, appelé ailleurs « raisin de loup». Maintenant, que la couronne boréale ait été le torques (gaul. TARPOS, d'une base * TORQw-), que leDragon se soit appelé AMBIS (skr. ahï), que Deneb, la brillante de l'actuel Cygne ait été * SMERTUS(le glaive du guerrier), ces curiosités importent peu au fond. Je ne me suis nullement engagé à restituerla Sphère gauloise, dont les astérismes ne se superposaient pas exactement aux nôtres, et le peu quej'en dis ici sera déjà suffisamment contesté, ce, d'autant plus aisément que je me dispenserai d'exégèsesur mes sources d'information !

Mais il importe bien davantage de savoir à quel point, dès une lointaine préhistoire, nos aïeux avaientétudié le ciel, et avec quelle sagacité ils y transportèrent leurs symboles, de sorte que tout mytheprésentât une base cosmologique apparente, accessible de plain-pied, et, par-là même, satisfaisantepour ceux qui n'étaient pas qualifiés pour passer, si j'ose dire, derrière les décors.

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Il me reste à examiner rapidement le dernier en date des calendriers druidiques, et ses principales car-actéristiques. Ce calendrier (dit de Coligny, en raison du lieu de sa découverte, en 1897) fourmille d'abrévi-ations, parfois désespérantes, et, qui pis est, a été gravement endommagé lors de sa trouvaille. Ce qui

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en subsiste est cependant assez important pour permettre quelques constatations intéressantes. Lesnoms des mois sont ceux d'un calendrier mi-astro-météorologique, mi-agricole.J'ai expliqué plus haut Elembius, Aedrinni (l'étoile ou œil rouge du Taureau, Aldébaran), Cantlos, Samon,Giamon. Je dirai maintenant quelques mots d'Anagantios et de Semivi-Sonnos (Balance, Sagittaire)ainsi que de Riuros (Vierge), eu égard à son importance exceptionnelle.Anagantios (* AD-NAG-ANTIO-) pourrait se traduire : « le commencement du déclin (des jours), lamarche vers l'obscuration ».Il est permis de le supposer formé (outre le préfixe AD-) sur un thème * ENGh- « étroitesse, restriction,resserrement », qui aurait donné en thème II (selon la terminologie du linguiste E. Benveniste) un desnoms de la nuit : * NOGh-. Si l'on peut voir une liaison sémantique entre l'idée d'oppression et cellede nuit ou d'obscurité, il est peut-être un rapport plus concret. Voici : Si nos nuits et nos jours sont rel-ativement égaux, il n'en allait pas de même sous de très hautes latitudes. L'année de neuf mois « libres» (* Yer-/* Yor-) dont j'ai parlé comportait une plus courte période, période « resserrée » d'obscuritétotale, tout ensemble nocturne et hivernale. C'était, de plus, celle où l'on hibernait « à l'étroit ».Pour Semivisonnos, ce terme, trop simple, peut-être, se lit volontiers « soleil » (sonnos) « des semailles» (semivi-, de * SEMIU-).J'en viens à Riuros (mois de l'épi ou de la moisson (primitivement : des seigles). Dans le calendrier, il four-nit des renseignements précieux, dont j'aurai à reparler. Le thème d'où ce nom dérive est, du point devue gaulois Rivo (i épi, seigle », extensivement « moisson »). Rivo, me semble être au norrois Rygr et aulithuanien Rugys, « seigle », ce que Brivo « pont » est au germanique brukkja, ce que j'interpréteraisvolontiers comme deux exemples probables de Ghw- ancien passant à -W- après R voyelle gaulois -ri-). Sans m'engager plus avant dans le maquis linguistique, je préfère souligner que Rivo- commenom de mois, joue à la fois sur le sens agricole, saisonnier, et sur le sens cosmologique (Epi de notreconstellation de la Vierge).Et voici des remarques d'un autre genre.En dehors des solennités purement religieuses, il y avait deux catégories de fêtes fixes. Elles sont sig-nalées par le mot prinni (fête, banquet) qui ne saurait venir du latin prandius, « petit déjeuner ». Lapremière sorte se lit partout prinni lagit (cf. irlandais laigu, « moindre » soit : « fête secondaire »). Ces fêtescourent sur toute l'année, par intervalles de 60 jours, ou de deux fêtes comptant 60 jours à elles deux.L'année étant de 354 jours et non de 360, un seul intervalle est forcément irrégulier, à la limite de l'an-née. Ledit intervalle se rencontre justement entre le mois Equos (mois du « Cheval céleste ») et le moisElembius, notre Bélier.Comptons :Du 8 Semivisonnos au 2 Equos : 24 jours ; du 2 au 8 Equos : 6 jours, soit 30 jours. Et de cette date au3 Elembius, je compte 24 jours, soit en tout 54 jours. Les soixantaines exactes sont suivies par un seulintervalle irrégulier, anomalie précieuse puisqu'elle dénonce Elembius comme « tête de l'année », quicommençait donc bien en Gaule orthodoxe à l'équinoxe vernal.La seconde série de fêtes porte pour mention prinni loudin (avec chute de P- initial, dans le second mot),ce qui signifiait à peu près « fête importante ». Cette fête ne se rencontre que dans la moitié claire del'année : des calendes de mai au solstice d'hiver. On la trouve : le 7 Cantlos, le 7 Samon, le 1erDumann, et, détail important, une duplication que je tâcherai d'éclaircir plus loin : les 2 et 8 Riuros.En revanche, il n'y en a pas en Anagant ; nous sautons au 2 Ogron, pour finir au 4 Cutios. Ceci donne174 jours. Or la mi-année est de 177 jours. Reportons-nous au 7 Cutios, qui complète le nombre néces-saire et nous y trouvons l'indication : giamon prinni lag. C'est que nous sommes à la période « noire» de l'année, et nous ne pouvons rencontrer qu'une fête secondaire. Laquelle ? Fête du mois Giamon? Non ! Fête de l'hiver !... Et, à l'opposite, soit le 7 Cantlos, nous avons la fête « importante » (parcequ'en période « claire ») de l'été : samon prinni loua. Je pense, peut-être à tort, que ma démonstrationmérite qu'on s'y arrête.Quant aux grandes cérémonies saisonnières rituelles, elles sont désignées par les mots Tioco brextio: « Cérémonie rituelle fixe ». Brextio est, si j'ose dire, en prise directe avec l'avestique BeReG- «Cérémonie religieuse ». Les linguistes qui me liraient voudront bien excuser une fois pour toutes mesgraphies défectueuses.TIOCO (Pour * STIOCO-, de * STEIKO-, comme GIAMON-, de * GhEIMO) peut signifier quelque chosecomme « fixe, inébranlable, stable » et peut-être, au figuré, « petite entêtée » dans le nom fémininTioccia, avec redoublement affectif du c.Les dates de cette dernière catégorie de cérémonies sont significatives : 7 Elembius : équinoxe de

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printemps, 15 Cantlos : solstice d'été, 7 Giamon : solstice d'hiver (la fête du solstice serait mieux en placeen fin de Cantlos, mais aucune grande fête n'avait lieu dans la seconde quinzaine, la quinzaine « noire » desmois, particularité déjà signalée).Je parcours rapidement quelques expressions usuelles du calendrier : MIS, en tête de chaque mois, nesignifie ni « mois », ni « milieu » mais est l'abréviation de M.I.D. (mois décomptés) en jours). Le titreEXINGIDU est à lire : EXO JJSf GIAMONI DUMANNIO (car certains jours combinent les noms de deuxmois, selon des règles assez compliquées). SINDIU = Sin Diù « ce jour ». N.D. = Nox. Diu (nuit et jour).Trinuxsamo, très abrégé, peut se compléter en Tri noctis uxantia samoni « (Les Trois Nuits d'exaltationde Samon ou de l'Eté) ». Comme je ne me prétends pas linguiste et n'ai nullement la prétention derestituer intégralement le calendrier, je me bornerai là, sauf à jeter un dernier regard sur le moisRiuros et sur les deux mois complémentaires dont j'ai omis de parler.Riuros est le mois de la « moisson » (Rivos). Et nous y lisons le 13e jour : DEVO RIVO RIURI : « jourde Riuros (sous-entendu : consacré) au dieu (devos) de la moisson. Qui peut être ce dieu ? On va tenterde le dire, quitte à n'être pas entendu !...Les 2 et 8 de ce même mois, nous lisons deux fois la notation Prinni Loud, que je crois avoir expliquée.L'une de ces festivités était en l'honneur de la Terre-Mère, l'autre, en celui de son parèdre, Lugus (=Devo Rivo).Puis, le 4, l'indication Brig riuri. Brig est à compléter en Brigantiae. C'était la fête rituelle de la Nature-Mère, de la Mère des moissons, comme Devo Rivo précisait la même solennité pour son époux sym-bolique, Lugus. Soit : deux festivités relativement « profanes », et deux autres, exclusivement «sacrées », les unes éclairant le sens des autres. C'est l'équivalent continental de la Lugnasad insulaire.Par l'artifice de deux mois intercalaires, alternant tous les deux ans et demi, le lustre de cinq ans por-tait l'année moyenne de 354 à 365 jours 1/2 car ces deux étaient de 30 jours, mais rien ne prouve qu'ilsn'aient pas été alternativement de 29 et 30 jours, lustre après lustre, ce qui eût donné une autremoyenne de 365 jours 1/4, comme je le suppose. Hypothèse qu'une future découverte pourraitinfirmer ou confirmer.Quoi qu'il en soit, ces mois complémentaires se nommaient l'un Quimon (cessation, pause, arrêt) t hème* QEI- ; l'autre Ciallos, terme déjà expliqué par Joseph Loth. Ce dernier mois porte en tête une courteinscription relative à la marche du soleil (Sonno-Cingos) et une datation digne d'intérêt dont je croisavoir donné la clé voici bien longtemps, lors de mes premiers essais un peu anarchiques, que com-plète et rectifie celui-ci : Amman 2013 — Lat 385.Soit : ère gauloise ou celtique : 2013 ; ère latine : 385.L'emploi des chiffres romains et certaines particularités des lettres laissent peu de doutes sur l'époquerelativement basse de ce calendrier doublement daté. Comme toute vérité trop simple, cette datationn'a guère inspiré les spécialistes, abusés peut-être par l'irlandais laithe « jour », ce qui est défendable,mais ne correspond à aucun élément du comput. On pourrait, sans invraisemblance, dater la rédac-tion de ce calendrier du III siècle de notre ère, quelques lustres après la révolte des Bagaudes, enprenant pour point de départ de Lat. la conquête définitive de la Gaule et le début de sa romanisa-tion, soit quelque 50 av. J.-C.En fin de l'autre mois complémentaire, une inscription, très mutilée, se laisse néanmoins lire etrestituer, avec une marge d'hypothèse dont chacun est libre de penser ce qu'il voudra. Je reconstituedonc (en mettant mes restitutions en caractères ordinaires) : AMB RIXTIO tioCOBrextIO CARrIEDITOuXAN-TIA POGe DEDOR TONI IN QUIMON. Traduction libre : En vue de régularisation, la céré-monie solennelle fixe a été transférée de la fin (du mois de Cantlos du demi lustre précédent pour qu'ellesoit placée dans Quimon, en temps (au moment voulu).Rixtio (de * REXTU- « droit, régulier »). OUXANTO-, « extrême, final ». POGE (préposition complexe : «pour que »). DEDOR « a été placé, posé ». TONI (de *TEN/TON- « étendre », « allonger », appliqué ici autemps, comme dans l'irlandais tari).Et le texte s'éclaire : la fête rituelle (tiocobrextio), décalée après deux ans et demi d'un comput (assezdistinct de celui qu'admet le calendrier de Coligny qui le réforme probablement pour qu'on ait pris soin degraver ce dernier sur une lame de bronze) a été, pour régularisation d'époque, reportée, à titre exception-nel, dans le mois complémentaire de Quimon par lequel débute notre texte. Il est fort regrettable queles jours de ce mois soient en majorité détruits, car la mention Tiocobrixt dans ce mois aurait donnéà la présente interprétation un poids qu'elle ne saurait réclamer. C'est, je crois, assez sur ce sujet.« De la fécondation de la Nature par Aesus, le Verbe-Lumière, — ai-je écrit ailleurs — les druidesavaient tiré cette conséquence que le cycle des saisons n'était qu'un cas particulier de la grande loi

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générale, et qu'un esprit sagace pouvait remonter de celui-là à celle-ci.De même, le ciel physique, soumis à cette même loi, leur offrait un moyen terme commode pourexposer des faits d'ordre sensible et des vérités d'ordre intelligible, sous le couvert d'une même allé-gorie.C'est pourquoi nous avons essayé, tout d'abord, de rendre le sens immédiat des symboles mytho-astronomiques qui nous sont parvenus. Ces bases solides permettront à d'autres d'aller plus loin...[5]. »Ici, j'ai posé quelques nouveaux jalons, sans cependant m'engager davantage que je n'avais projeté.D'aucuns regretteront ma prolixité sur quelques points, d'aucuns ma discrétion sur d'autres. Que cesderniers se rassurent ! Celui qui est la Voie, la Vie, la Vérité n'a jamais laissé et ne laissera jamaisorphelins ses fils légitimes : Ceux qui suivent la Voie, servent la Vie, cherchent la Vérité, — dans tousles siècles !

[1] Les Atlantes (je parle ici de ceux installés jadis au N.O. de l'Afrique, car d'autres employaient d'autres mots) avaient un termeKALA, qui avait d'abord désigné la terre (en tant que sol ferme et cultivable) et qui s'était chargé de sens divers, dont celui de« couleur de terre », puis c noir », et avait été un des mots par lesquels ils désignaient, assez péjorativement, les nègres etleurs métis. Ce terme n'était d'ailleurs ignoré ni de l'étrusque, ni de l'ibère, ni du libyque. On le retrouve dans le nom étr-usco-latin Calus, dont le sens semble bien établi par le latin caligo ; le berbère moderne l'a conservé (par exemple sous la formeTa-Kl-it « négresse »). On pourrait le reconnaître dans le sabir lydien klida « terre », dans l'ibère Cala-gurris = « terre rouge» et dans Calabria, la Calabre (= terre ibère ; pour le second terme, cp. Art-abres et Cant-abres); le berbère a-KAL a d'ailleurs con-servé le sens de «terre». Il est fort probable que le vocable sanscrit et les mots indo-européens (grec kelainos, par exemple)soient des emprunts aux dialectes atlanto-égéens, remontant extrêmement loin dans le passé ; j'ai déjà fait cette remarquepour celui qui a fourni le nom du Caucase et des Caucones.[2] Je crois avoir dit qu'un des noms gaulois du « bélier » était Virdos (de *WER-Dho-) réduit plus tardivement à Ordos.Delà, le nom de la tribu des Ordo-vices (ceux « voués au Bélier », c'est-à-dire à la tradition orthodoxe de Rama), de même que lesEburo-vices, étaient « ceux voués au Sanglier », et ainsi de suite. Le second terme du composé *WEIKO-/*WIKO-, communau gaulois et au germanique, signifiant « voué, consacré », et dépendant d'une base *WEY- « tresser, entrelacer, lier ».[3] Dont le nom a varié selon les époques et les lieux, même en Gaule. Tantôt le Grand Ours (*ARTONOS) tantôt le Buf (etchez les schismatiques la Vache (*BOUKKA-) voire même l'Elan (*ALKES-). Sur la « Vache », on lira avec profit l'intéressanteplaquette du Dr Marcel Baudouin : « Le Jeu d'Aluette » (1925).[4] Les variantes du nom de la « bourdaine » ramènent à un type Bourgaine qu'on a supposé gratuitement préceltique, alorsque le breton evor postule nettement en faveur d'un *EBUR ou *EBURAKA celtique.[5] De quelques Symboles druidiques, éditions Psyché, Paris, 1947.

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Chapitre XIV

DE QUELQUES SYMBOLES MONETAIRES ET LITHIQUES

Monnaie gauloise : L'aigle cavalier

Dans le plan primitif que je m'étais tracé, trois chapitres étaient ébauchés : l'un sur les monnaies,l'autre sur les pétroglyphes, le troisième sur les inscriptions gauloises. J'ai dû supprimer le dernier etréduire les deux premiers à un seul, quitte à leur consacrer un ouvrage ultérieur si le loisir m'en estaccordé. Je ne répéterai pas ce qu'on peut trouver dans tous les manuels de numismatique sur la clas-sification et la comparaison des monnaies gauloises, dont on peut trouver de fort précieuses repro-ductions photographiques dans le beau volume “L'Art Gaulois”, de la Collection « La Nuit des Temps» (Zodiaque, 1956).En Gaule comme ailleurs, le symbolisme des monnaies peut témoigner d'intentions assez diverses,soit profanes, soit sacerdotales, quoique les figurations astro-mythiques y soient très largementreprésentées.De cette diversité d'intentions et d'adaptations, un bon exemple m'est fourni par le « sanglier », quifigure sur tant de pièces.Chez les Eburones, elle allait de soi, puisque le sanglier (Eburos) leur servait d'armes parlantes. Dansdes figurations composites, sa signification variait, selon qu'il évoquait une représentation astrale ouqu'il commémorait, plus prosaïquement, quelques victoires sur une tribu qui l'avait pris pouremblème (Eburones, Eburovices, ou toute autre tribu dont l'histoire ne fait pas mention).Isolé et crête de flammes, de rais ou de globules (symbole stellaire équivalent aux cupules lithiques), ilpouvait jouer sur deux significations reliées par une analogie remontant fort loin dans le passé cel-tique. Par la première, il personnifiait notre Grande Ourse, les flammes ou globules exprimant le ray-onnement des sept étoiles de l'astérisme. A ce propos, j'observerai que les flammes et les soi-disant «digitations» gravées sur certains mégalithes sont, essentiellement, une même chose : l'image d'un ray-onement, d'un « feu » occulte, d'une aura magnétique. La seconde signification du sanglier flamboy-ant, c'était la fonction d'Archidruide. Cette adaptation nous ramène à l'époque où la Grande Ourse(alors, le « Sanglier ») occupait le pôle céleste, c'est-à-dire le point fixe et suréminent des apparentesrévolutions sidérales, de même que la fonction d'archidruide dominait toute l'évolution du corpssocial. Il est à peine nécessaire de rappeler ici que les traditions de l'Inde font des étoiles de la GrandeOurse la demeure des sept grands Rishis.Par cet exemple, je pense n'être pas accusé de ne voir, indistinctement, sur toutes les monnaies quedes symboles astraux, quoique une notable partie en comporte ; cette signification «astrale » étant engénéral allusive à un mythe ou à un enseignement d'ordre plus élevé.Je répète que ce sont les symboles mis au point par les sacerdotes qui, transportés dans le ciel, ont étéorganisés en constellations, et non l'inverse. Avec ces symboles, les mythes dont ils étaient les sup-

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ports peuplèrent également l'azur. D'où ils redescendirent ensemble, si j'ose dire, pour s'incarner dansl'imagerie monétaire. Et ce, non particulièrement en Gaule, mais partout, comme en font foi les mon-naies de l'antiquité classique. C'est pourquoi, parmi les numismates, A Fillioux (Nouvel Essai sur lesMonnaies de la Gaule, 1867) mérite une mention particulière. J'en dirai autant de M. Lambert qui leprécède dans cette voie interprétative avec ses deux Essais sur la Numismatique gauloise (1844 et1864).Fillioux a souvent vu juste, mais a quelque peu passé le but en systématisant à outrance. Mais surtout,quoiqu'il eût très bien saisi le rapport « Sanglier » = « Grande Ourse », il lui a manqué une bonne con-naissance de la Sphère gauloise, différente en ses symboles comme, parfois, en ses figurations célestes(astérismes) de notre sphère classique.De cette sphère, j'ai déjà donné quelques échantillons (qu'il est évidemment permis de déclarer « sansvaleur ») et j'éprouve une certaine gêne à en fournir de nouveaux, aussi peu « scientifiquement »fondés que les précédents, en attendant qu'une découverte heureuse vienne démontrer ma légèretéou confirmer la tradition dont les circonstances m'ont fait l'écho, — affaibli.Pour la bonne intelligence des pièces qui pourraient une fois mettre à l'épreuve la sagacité deschercheurs de l'avenir, je me résignerai à énoncer que la constellation du Bouvier, s'appelait en Gaule« le Gardien » (cf. le nom Arctophylax, de la sphère hellène) et que l'étoile Arcturus était sa « main ». C'estcette « main » qu'on rencontre — au naturel — sur quelques monnaies. La couronne boréale (engaulois « le Torques » (*TARPO-) se constate, parfaite de netteté, sur une monnaie, avec les globules-étoiles dont j'ai déjà parlé ; la Perle ou Alphecca, blasonne le torques d'un globule centré.Les Dioscures (dii Cassi ou Lugoves) dont j'ai parlé dans De quelques Symboles druidiques, sont par-fois représentés sous les espèces de deux chevaux d'affront, parfois sous celles de deux chevauxsuperposés, le supérieur signalé par une étole[1]. Dans le même ordre d'idées, je remarque (Lambert,T. II, PI. I n° 9) une figuration assez fruste qui reproduit un emblème carnacéen dont j'aurai à repar-ler. Dans Lambert également, je signale (T. I, PI. VII, fig. 5°) notre Bélier, ici le « Cerf », Elembius, avecla Roue Solaire. C'est donc le même code symbolique du druidisme que nous retrouvons sur les mon-naies du type précité, dans la figuration de l'autel de Reims où Cernunnos, soleil vernal, ouvre l'an-née en nourrissant un cerf et un taureau, astérismes de la saison nommés en toutes lettres dans le cal-endrier de Coligny, tandis que c'est le même cerf zodiacal et le même Cernunnos, qu'on retrouve surle vase de Gundstrupp. Ce qui laisse beaucoup à penser sur l'importance et l'étendue du rayon-nement druidique. Je souligne ici, une fois de plus (d'autres diraient une fois de trop) que l'année «orthodoxe » commençait bien avec l'équinoxe de printemps.Peut-être pourrai-je aborder certains problèmes majeurs de l'emblématique monétaire dans unouvrage futur. Entre autres, celui des monnaies dites « à l'Ogmios » et des têtes qu'on y suppose «coupées », bien gratuitement. Ici, je dirai seulement que l'Ogmios en question n'est autre quel'Apollon Virotoutis, dont j'ai déjà dit quelques mots. Il est dans ses attributions d'être l'Initiateur desvivants et non le guide des morts ; ce n'est pas un « psychopompe ». Et cette nuance peut mettre surla voie d'une interprétation ni « chtonienne », ni « macabre ». Je sais trop, par expérience, combien ilest difficile de ne pas se fourvoyer sans Fil d'Ariane, dans le labyrinthe druidique pour jeter le blâmesur ceux dont je me permets de rejeter les conclusions, qui resteront toujours valables à leurs propresyeux. Ceci soit dit une fois pour toutes.J'en viens maintenant à l'examen de quelques pétroglyphes.

** *

Il est un symbole qui revient assez fréquemment, soit sur des supports dolméniques, soit sur des pier-res isolées. C'est un triple sillon concentrique en ovale fermé ou ouvert, surmontant deux renflementshémisphériques. On y a vu pas mal de choses, entre autres, les indices d'un culte phallique (DePaniaga), — ce qui était à peu près immanquable — ou, comme Le Rouzic, plus près du réel, on a com-paré ce symbole avec les statues-menhirs de l'Aveyron et du Gard. Mais, là où il se rencontre (Gisors,Epone, Aveny, Dampmesnil, etc.) il n'y a pas de statues-menhirs et il n'est figuré sur aucun menhirauthentique. On ne le trouve que sur des éléments de dolmens et il y est situé de telle sorte qu'on peuten admettre la gravure postérieure à l'érection du monument.Ici, il me faut à nouveau revenir sur le « schisme des druidesses » et rappeler que le collier d'ambre àtrois rangs était le collier druidique par excellence, légitimement réservé au seul archidruide.

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Or, partout où les opinions des druidesses triomphèrent, le culte de la mère universelle eut le pas surcelui du principe masculin. Le triple collier d'ambre (Trigi-Samo-) fut attribué à la grande déesse dontla principale dénomination en Gaule fut Belisama. Ce nom se rattache à celui de l'ambre, symbole depaix, comme je l'ai dit, voici quelques lustres. On pourrait le rendre approximativement par « collierd'ambre de Belos », plus communément appelé Belenos, comme divinité masculine et solaire. Quoiqu'on veuille penser de cette étymologie, le symbole sculpté subsiste et, sur les monuments où il futimprimé après coup, il ne peut guère avoir pour signification qu'une victoire, une consécration duschisme[2]

Collier de déesse

Un autre groupe de symboles a également donné lieu à des interprétations divergentes. L'abbé Breuily voyait une stylisation de tête humaine, tandis que Le Rouzic parlait de « signes scutiformes », d' «écussons ».J'en reproduis ici quelques types armoricains, qu'on ne peut guère séparer de ceux de Vendée etd'Outre-Manche. Certains sont cernés de lignes ondées où Le Rouzic voyait les poils débordant desboucliers de cuir, et l'abbé Breuil, des chevelures. Mais le pétroglyphe de l'Ile-Longue, que je recopied'après l'ouvrage de Fergusson (Monuments Mégalithiques de tous les Pays) montre assez distinctementqu'il s'agit de « flammes ».

Signe scutiformes

A Carnac, le type II de ma figure alterne avec le type III. On remarquera la mollesse des lignes et l'in-curvation de l'ensemble, encore plus sensible sur les analogues des îles britanniques. La comparaison

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avec les rochers gravés de la Vendée, d'après Déchelette, montre nettement qu'il s'agit de stylisationsanthropomorphiques, réduites au buste et, souvent, au seul thorax humain. Le type II mérite unemention spéciale. Au premier abord, il semble être acéphale et porter une échancrure au col. Ceci n'estpas tout à fait exact. Que II et III soient des symboles stellaires, les cupules de III et les cercles centrésde II l'attestent. Il s'agit bien d'astérismes individualisés. Le type II (dont une variante, marquée d'unedouble étoile, a souvent été interprétée comme une stylisation de poulpe) est le jumelage, si je puis dire, dedeux types simples. En d'autres termes, c'est la figuration d'un « Couple Dioscurique », dont on trou-vera le schéma dans la monnaie dont j'ai parlé au début de ce chapitre (Lambert, II, Pl. I, fig.9).J'en viens à un autre genre de symboles : ceux de la hiérarchie druidique. Nous les retrouvons à peuprès tous à Carnac, ce qui est logique, puisque c'est là que fut longtemps l'Ombilic des Gaules.Rien qu'à la « Table des Marchands », nous identifions les « Trois Rayons » (le Tribann bardique), les «Dents de Sanglier », et les « Crosses pastorales » ou cambuttas, où Le Rouzic, hanté par l'idée, — chèreaux folkloristes — de a culte agraire », voulait absolument voir des épis courbés par le vent... sansrendre raison du miracle par quoi le vent aurait courbé les « épis » dans deux directions opposées.Sur cette même Table des Marchands, nous relevons la hache rituelle des druides confirmés (non sansrapport, peut-être, avec le dédoublement hindou de Rama en Rama Tchandra et en Paraçu-Rama, c'est-à-dire «Rama à la hache de pierre »). Et cette hache est ici surmontée d'une crosse sacerdotale, formant avec cettedernière un des emblèmes de l'archidruidicat, si je ne m'abuse. Au Mané Rutual, à Erlanic, ailleursencore, figure un autre signe : la pierre polie ou hache non emmanchée. Chacun de ces emblèmes cor-respondait à une fonction définie ou à un degré d'initiation bien déterminé à l'intérieur du druidisme.Quant à la « Triple Enceinte », un des sceaux collectifs du druidisme, son emploi « officiel », si j'osedire, me semble avoir été relativement tardif.Puisque j'en suis aux signes de reconnaissance et d'initiation, je mentionnerai pour terminer le rite du« pied déchaussé », correspondant à une initiation effective d'un certain ordre. On en trouvera deuxexemples vérifiables dans le catalogue de Musée de Saint-Germain, sous les numéros 28 467 et 23 933.Le premier est une statuette de « Mercure ». Ce pseudo-Mercure est chaussé d'une seule sandale. Sousson travesti, c'est, au fond, d'Apollon Virotutis, l'Initiateur divin, dont j'ai dit quelques mots en exam-inant les monnaies dites « à l'Ogmios ».Le second exemple est fourni par la stèle funéraire du forgeron Bellicus, trouvée à Sens. Comme lepremier, ce monument est postérieur à la conquête romaine et à la persécution des druides.Que ce Bellicus ait pu être officiellement « forgeron » ne l'empêche pas de s'être fait statufier postmortem avec un signe, clair pour certains, le désignant comme initié druidique, voire comme initia-teur.C'est tout ce que j'en puis dire[3].Un mot encore. D'aucuns trouveront qu'étoiles et astérismes occupent pas mal de place dans l'ensem-ble de cet ouvrage. C'est qu'ils en occupaient aussi pas mal dans le druidisme. Mais l'on se mé-prendrait en attribuant aux vrais druides une « astrolâtrie » étrangère à leurs vues. Pour prendre unde mes derniers exemples, ils n'adoraient nullement, au sens que nous donnons aujourd'hui à ceverbe, les Dioscures ou Dii Cassi. Leur importance céleste tenait au rôle d'étoiles repères qu'ils avaientjoué à l'équinoxe vernal. Sur leur importance dogmatique — qui était considérable — j'éviterai touteexégèse. Un très gros volume ne serait pas de trop pour confronter les mythes des « jumeaux » dansla littérature sacrée ou semi-profane de l'Antiquité classique et dans le domaine indo-européen.Débrouiller ensuite cet écheveau embrouillé pour l'expliciter autant qu'il est possible en ces matières,n'entre ni dans mon cadre, ni dans mes possibilités, ni non plus dans mes goûts. Là encore il mefaudrait user de différentes « grilles » ou clés de transposition, comme je le fis pour le Taureau et lesTrois Grues. Mais la différence entre ces deux groupes de symboles est énorme, et telle que je ne puisla faire toucher du doigt. Je dirai simplement que le second ouvre des possibilités d'action qui ne sontpas à mettre entre toutes les mains... Et ce n'est pas sans liaison avec l'une d'entre elles que les « feuxSaint-Elme » furent nommés « Castor et Pollux ».Dans leur domaine mythico-religieux et dans leur fonction de corps enseignant, les druides n'enusèrent point très différemment des savants positivistes d'une époque récente, qui dessinèrent et bap-tisèrent les astérismes du compas, du Sextant, de la machine pneumatique, du télescope et dufourneau chimique. Et je ne pense pas qu'ils aient davantage « divinisé » des créations de leur sagessesymbolique, que les modernes celles des échantillons de leur science.Sous le voile commode du polythéisme (personnification et classification hiérarchique des forces de lanature et des passions de l'âme, celles-ci liées à celles-là) le druidisme, comme l'orphisme et le pytha-

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gorisme, professait un monothéisme (au sens moderne de la chose et du mot) aussi sourcilleux, quoiqueplus discret, que celui de Moïse. Inversement, Moïse (ou ses interprètes et traducteurs) ne croit pasaffaiblir la notion de l'unité divine, concrétée en Yawe, par l'évocation incessante d'Aleym : la plural-ité des « dieux » au sens ancien du terme, 1' « Olympe » pour ainsi dire.Qu'il soit religieux, athée, positiviste, philosophe ou savant, l'homme de notre temps tombe rarementjuste dans ses jugements sur les hommes, l'histoire, les techniques ou les institutions de l'homme dulointain passé... et même du plus récent : l’esprit du moyen âge lui échappe, il ne commence à respir-er un peu et à comprendre quelque chose qu'à dater de ce crépuscule de la vraie grandeur et de cetteagonie de la catholicité qu'il a baptisés « Renaissance ».

[1] On remarquera cette distinction entre les deux « chevaux », qui concorde bien avec le mythe classique des « jumeaux »insistant sur leur différence d'origine, l'un étant fils d'un mortel, l'autre d'un « Immortel ». De même, le Tarvos de l'autel desNautes porte aussi une étole ou écharpe sacrée, comme appartenant au ciel. Pour les chevaux, il se peut que certaines fig-ures aient été contaminées par une schématisation du type dit «au bige». Ne généralisons pas trop vite.[2] Il n'est peut-être pas dépourvu d'intérêt de constater que les « statues-menhirs » témoignent, elles aussi, des fluctuationsde la lutte pour la suprématie entre les partisans de chacun des deux principes. Encore qu'il se poursuive toujours, sousd'autres avatars, on pourrait tenir ce conflit pour le fruit d'une imagination trop bouillante ou pour une copie, — par défautd'imagination, cette fois —, de ce qu'en a dit Fabre d'Olivet. Toutefois, je soumettrai au lecteur ce détail assez caractéristique,emprunté à l'ouvrage de l'archéologue M. Louis : « Le Néolithique » (Nîmes, 1933), p. 215.« Les statues-menhirs portent toujours une ceinture... Le sexe féminin est caractérisé par des seins, le sexe masculin par unbaudrier et un objet ; il y a aussi des statues androgynes et des statues à sexe indéterminé. Ces deux dernières catégoriesseraient celles de statues dont on aurait voulu changer le sexe par l'addition des attributs de l'un et la suppression de ceuxde l'autre.« Particulièrement intéressant est le processus des modifications successives de la statue des Arribats, d'abord féminine,puis masculinisée, et enfin rendue à son sexe primitif. »[3] J'ajouterai, toutefois, qu'un relief qui décorait la Porte des Compes en l'église Saint-Sernin de Toulouse use du mêmesymbole en le complétant par un signe de reconnaissance commun au druidisme et à certaine initiation brahmanique : lesdeux vierges aux jambes croisées, un pied déchaussé. L'une portant un voile de tête, l'autre tête nue. Détail qui a son impor-tance !

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Chapitre XV

LES DRUIDES THERAPEUTHES ET ALCHIMISTES,LE GUI

II est, je pense, assez connu que les druides avaient dans leurs attributions l'exercice de la médecine.Leur thérapeutique était fondée en premier lieu sur une connaissance très poussée des propriétés desplantes. Quelques bribes en surnagent, souvent dénaturées, dans les traditions rurales : remèdes « debonne femme » qui furent à l'origine remèdes « de druidesse ». Nous connaissons, par Pline,Dioscoride et d'autres, un certain nombre de noms de plantes, liste enrichie par quelques spécialistesmodernes de la dialectologie, comme V. Bertoldi. Certes, ces noms nous sont souvent parvenusestropiés et leurs attributions parfois fautives et sujettes à révision, ce, d'autant plus qu'en Gaule,comme partout, deux nomenclatures coexistaient, l'une savante, l'autre populaire (plus variée et pluspittoresque que la première et davantage sujette aux déformations dialectales).C'est ainsi que le nom populaire, donc imagé, de l'hellébore blanc (veratrum album) était laginon, àcause des feuilles en fers de lance, d'un * LAGI- « lame, tranchant » que signalent le vieil irl. Laigen« lance » et le gall. llain « lame ». Son nom « savant » ou druidique était anexta, approximativementtranscrit chez Dioscoride par anepsa. Ici, le nom n'est pas donné d'après les apparences, mais d'aprèsles propriétés de la plante. Il est formé d'un préfixe privatif et d'un dérivé du thème * NEGH-/NOGH- dont j'ai dit quelques mots à propos du nom de la nuit. Le sens est donc : « qui relâche,desserre », et, techniquement « déconstipe ». De même samolus « senneçon » (senecio) est un termesavant signifiant « calmant, sédatif », dérivé de samos « paix, calme, tranquillité ».Quant aux fausses attributions, elles sont assez nombreuses. J'ai exposé dans Mots et Choses celtiquespourquoi j'estimais que le rodarum de Pline était la belladone plutôt que la reine des prés. Je n'yreviendrai pas et passe au selago, un des plus remarquables remèdes druidiques, dans lequel on tientà voir généralement le lycopodium selago. C'est un des noms druidiques de l’Helleborux niger. Cenom est formé, comme celui de la rate, sur un thème indoeuropéen * SEP-L/* SPEL-, avec chute nor-male du « p », et ayant signifié essentiellement « traiter avec égards, considérer, honorer », d'où lelatin sepelire « rendre les honneurs funèbres ».Je laisserai là, pour l'instant, ces questions de vocabulaire botanique. On sait que les connaissancesmédicales des druides étaient reconnues et estimées même au-delà des frontières de la Gaule. Cetteréputation était-elle usurpée ? Il est difficile de l'admettre !Outre les propriétés des plantes, il était enseigné aux druides qui se spécialisaient des notions précis-es sur le magnétisme humain et terrestre, soit qu'on eût à l'utiliser directement, soit qu'on l'appliquâtaux remèdes lors de leur préparation. Et, à ce propos, il est peut-être utile de mettre en lumière qu'ilssavaient préparer et rectifier l'alcool. Préparation tenue rigoureusement secrète pour bien des raisons,dont la plus évidente est qu'ils avaient chargé d'âmes et savaient à quels abus funestes pour l'avenirde la race conduirait inévitablement sa divulgation.Dans son ouvrage : De la Gaule à la France, Camille Jullian remarque avec beaucoup de finesse :« II y avait, en effet, ceci d'extraordinaire, que les Gaulois raffolaient du vin, que leur terre étaitadmirablement douée pour la vigne, que les environs de Marseille la Grecque offraient d'excellentsvignobles, et que jamais pourtant, pendant le demi-millénaire où la Gaule libre fut en relation avecles colons de Phocée, jamais la vigne ne parvint à sortir du territoire marseillais. J'ai peine à croire queles Grecs aient pu réussir à en empêcher l'évasion. Je supposerai plutôt qu'une loi gauloise en inter-disait l'importation, et que cette loi venait des druides. »Tout le vin des Gaules fut donc d'importation, tant que les druides eurent la haute main sur les des-tinées de leurs peuples. Il n'était utilisé en principe (je ne dis pas en fait) que pour certains ritesreligieux et, également, pour les besoins particuliers des thérapeutes.Les colliers d'or pouvaient évidemment s'en procurer au prix fort et en consommer concurremmentavec la cervoise, déjà suffisamment échauffante, mais l'ensemble de la population était préservée desravages de l’éthylisme, sinon des inconvénients passagers de l'ivresse.La connaissance de l'alcool (qui, nécessairement, remonte au moins à la lointaine époque de Rama puisque,sans ce solvant, il lui eût été impossible de préparer son remède) demeura l'apanage exclusif des druides au

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cours de plusieurs millénaires. Et également d'autres sacerdoces antiques[1].Et, puisque j'ai évoqué Rama, il est temps que je reparle du gui et de sa double préparation, soitalchimique, soit apagyrique, selon le but que les sages de Celtide se proposaient.Je pourrais écrire un volume sur cette plante étrange, ses multiples propriétés et utilisations, son sym-bolisme, son rôle dans le folklore des différentes régions et pays, sans prétendre épuiser mon sujet.Sans être trop réservé, je serai moins prolixe, laissant en pénombre ce qu'il est préférable d'y laisser.J'ai déjà affirmé que l'alchimie n'était pas inconnue des druides. Force m'est d'en dire deux mots.Pour ceux qui penseraient que cette science de la séparation du pur d'avec l'impur se borne au règnemétallique et, dans ce règne, à l'exclusive fabrication d'un or « artificiel », voir « sophistiqué » ou «imaginaire », je dirai, comme je l'ai fait dans ma mince brochure, Qu'est-ce que l'alchimie ? , que latransmutation métallique n'est qu'une des nombreuses branches du savoir hermétique. J'ajoute queles druides s'en abstenaient. Non, certes, par ignorance, car il n'est pas d'alchimie, — qu'elle soit desmétaux, des métalloïdes ou des végétaux, — sans la connaissance, identique et nécessaire dans cestrois adaptations, du secret majeur dont la possession différencie irréductiblement l'hermétisteauthentique du « souffleur » d'autrefois, du chimiste d'aujourd'hui, de l'apothicaire et de l'herboriste.J'irai plus loin pour les oreilles assez fines : de même qu'il existe pour chaque règne, comme l'écritexcellemment d'Eckhartshausen dans ses Essais chimiques, un réceptacle du feu, il est dans chaquerègne un sujet plus particulièrement apte à condenser ce feu, dans les conditions requises. Dans lerègne végétal, le Subjectum Artis est le gui. Non, toutefois, celui de pommier ou de peuplier, maiscelui du chêne (et, à un moindre degré celui d'une autre essence relativement proche de ce dernier). Et lemédium de cette préparation n'est autre que l’alcool, traité d'une certaine façon qui ne relève pas dela chimie actuelle. Avec l'alcool ordinaire, l'on fait des alcoolats ou des teintures de plantes. Avec l'al-cool philosophiquement préparé l'on obtient une véritable Tinctura, par une dissolution radicale desprincipes végétants. Sans doute, l'on peut tirer du gui un remède selon les règles de la pharmacopéecourante mais inférieur dans ses résultats curatifs à celui que préparaient les druides. Sont-ce là desmots ? J'en puis seulement appeler au jugement de ceux qui ont au moins entr'ouvert la porte du lab-oratoire alchimique, récusant formellement tout autre verdict. Comme l'écrit Henri Khunrath en post-face à l'une de ses œuvres :« L'Art n'a point de haineux que l'ignorant. Qui ne sait apprenne, ou se taise, ou s'en aille. »L'Evangile, qui contient la plus fructueuse méthode d'alchimie spirituelle, renferme aussi les clésmajeures du travail effectif. Et j'engage celui qui voudrait vraiment savoir en quoi la méthode quin-tessentielle des druides surclasse les procédés pharmaco-chimiques actuels, à relire et à méditer l'undes premiers chapitres de l'Evangile selon Saint Matthieu. Si le ciel l'inspire, il verra s'ouvrir les troisfeuillets du Liber Azoth.Astralement, le gui est « signé » du soleil et de la lune, autre analogie avec la pierre lunifique etsolifique des Sages. Sa touffe qui tend à s'épanouir en sphère parfaite, la blancheur translucide de sesperles molles, gonflées d'un suc gluant, sa coloration qui lui a valu l'un de ses noms périphrastiques« rameau d'or » (et qui diffère ainsi que la forme des feuilles, selon l'essence forestière où on le trouve)accusent avec précision cette double influence.Bien qu'aucune teinture commerciale ne rivalise en efficacité avec celle que les druides préparaientcanoniquement, l'alcoolat de gui judicieusement dosé, donne des résultats souvent remarquables(affection du cœur, troubles vasomoteurs et congestifs, hypertensions, etc.). Employé en simples tisanes, ilest un bon adjuvant hypotenseur et un dépuratif du sang. Celui du chêne, préparé comme il convientet administré à la 7° C.H. ou à la 200° homéopathique a dans certains troubles, tels que la paralysiedes muscles oculaires, une efficacité parfois étonnante. A d'autres doses, plus pondérables, il est undes meilleurs remèdes, le meilleur peut-être, des hémoptysies aussi bien que des métrorragies del'âge critique. Enfin, il a, sur le système nerveux périphérique et sur le psychisme, une action surlaquelle je reviendrai bientôt, action qui diffère notablement de celle de la plante récoltée sur d'autresessences. La médecine naturiste sait que le miel de tilleul est le plus sédatif pour les nerfs, que celuid'aubépine a davantage d'affinité pour la sphère circulatoire, et ainsi de suite. Serait-il donc irra-tionnel d'admettre qu'une plante vivant en symbiose avec différents arbres voie ses propriétés varierselon l'essence dont elle transforme les sucs ?

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J'ai parlé déjà dans un précédent chapitre du nom sacerdotal du gui. Je n'y reviendrai pas, sauf pour71

dire que ce nom, très ancien, a fini par désigner toute espèce d'herbe à propriétés curatives, puis pardevenir générique de n'importe quelle plante ou essence forestière. J'ai dit ailleurs (Revue Psyché, nov-déc. 1936) qu'un autre nom du gui était en Gaule Soli-Iacos, « remède universel », expression que nousretrouverons traduite chez Pline, et dont il existe un équivalent irlandais, an t-uil-ioc. Au même lieu,j'ai avancé une explication du nom de mois gothique et saxon où tombait la fête solsticiale du gui, parun mot signifiant « santé » et « salut », allusif à la fois au remède et à son inventeur. Par ces deuxnoms, nous savons que le gui (mot transmis du gaulois et non du latin viscum) était l'emblème de laConnaissance et, populairement, désigné comme « panacée ».Le gui n'est autre que l'authentique Sôma, que l'Inde ne sait plus préparer et qu'elle a remplacé depuisbien des siècles par un substitut local. Les éloges adressées à Sôma (dont la mythologie a fait un dieu-lune, de même qu'elle a assimilé l'amrita aux rayons lunaires), ces éloges, dis-je, s'adressent tantôt à la tein-ture, « remède universel », tantôt à l'élixir, breuvage magique des Initiés, tantôt, enfin, à la formesupérieure du symbole où le chêne est l'homme et le gui ou Sôma la Sagesse divine, la Lumière duVerbe. A considérer toutefois que dans une acception restreinte et limitée à la Gaule propre, chêne etgui représentent, au social, la puissance temporelle et l'autorité spirituelle, la subordination du collierd'or au collier d'ambre.Les écrits canoniques de l'Iran, eux, nous avertissent que Haôma (équivalent iranien du Sôma) est dou-ble : blanc ou jaune, céleste ou terrestre, comme l'est le Mercure des Sages. Le jaune est la plante dusacrifice iranien, mais son prototype, le Haôma Blanc, appelé aussi Gaokerena (oreille ou corne du tau-reau céleste) se dresse sur le pic sacré Hara-Berezaithi, au centre de la mer Vurukasha « le large abîme». Non loin, croît son doublet, l'arbre Yadbesh (= chasse-maux). Ce Haôma céleste est personnifié sousles espèces d'un yazata ou génie bienfaisant. On lit dans le Yacna : « O Zarathustra, je suis Haôma, lepur, celui qui éloigne la mortalité. »Et Zarathustra de répondre : « Hommage à Haôma, saint, parfait et très juste. Il guérit tous les maux; donne le salut... est le meilleur viatique pour l'âme... Il procure aux femmes stériles une brillantepostérité, aux jeunes filles un époux juste et généreux... Honneur à Haôma qui rend le pauvre aussigrand que le riche, qui élève l'esprit du pauvre aussi loin que la sagesse des grands. »C'est le sixième des Amesha-Cpenta ou « saints immortels », nommé Ameretât (= immortalité,ambroisie) qui veille spécialement sur Gaokarena. A la fin des temps, quand aura lieu la Résurrectiongénérale (sur laquelle se tait la théologie de l'Inde), le suc de ce véritable « arbre de vie » conférera auxhumains la vie éternelle.Des siècles après Zoroastre, Pline parlera du gui en termes moins emphatiques, mais assezapprochants quant au fond. Il mentionnera son rôle de remède universel, notera qu'il passait pourcombattre la stérilité et qu'il était tenu pour la plante sacrée par excellence.Le gui, le chêne et le rocher sont trois symboles étroitement associés par les druides. Trois symbolesque ne désavouerait aucun hermétiste. Sous leur énigmatique simplicité se dérobent aux curiositésles vérités les plus profondes de la doctrine orthodoxe.Pour rester dans le domaine végétal, le gui et le chêne fournirent au druide davantage que des allé-gories incolores ou des symboles abstraits : Un arsenal thérapeutique, spagyrique et initiatique par-faitement objectif ! Au lecteur de démêler si c'est fortuitement que les symboles majeurs que je viensde rappeler ont pris place dans l'imagerie conventionnelle des hermétistes. Enumérer leurs ouvragesfaisant allusion à certain chêne ou en reproduisant les frondaisons, ce serait en citer près des trois-quarts !Ce chêne, nous le rencontrons dans Flamel comme dans Cyliani dans l'ornementation des demeuresphilosophales de Bourges comme sur les peintures de l'athanor du Musée de Winterthur, chezBernard Le Trévisan comme dans l'Amphithéâtre de l'éternelle sagesse. C'est l'arbre majestueux quiombrage tout l'œuvre hermétique ; c'est dans ses robustes branches que monte et descend 1' «écureuil philosophique » d'un des médaillons du frontispice du Muséum Hermeticum. Quant au gui,il me souvient que Paracelse, dans son Thésaurus Thesaurum alchimistorum, écrit, en traitant de lamatière prochaine, qu'un des sujets minéraux « se trouve dans l'astre méridional et aussi sur la pre-mière fleur que le gui de la terre produit sur l'astre ».Nombre d'auteurs font d'ailleurs allusion à certaine « herbe sans racines », ou croissant sans le sec-ours du sol, qui pourrait être, analogiquement, le gui. D'autres, il est vrai, précisent qu'il s'agit d'unealgue qui a intrigué bien des chercheurs par son apparition quasi spontanée et sa disparition aux pre-miers feux du soleil, à de certaines époques de l'année. Algue verte et membraneuse, appeléeNostoch, Flos coeli, crachat de lune, archée céleste, chaos, — et j'en passe !... Noms prometteurs, qu'il

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faut se garder de prendre pour argent comptant, car les alchimistes, gens discrets, ne se servent jamaisdu mot propre lorsqu'il s'agit de leur magnésie, de leur feu ou de leur modus operandi. Toutefois,derrière ces appellations symboliques, gît peut-être un lièvre de belle taille.Pour en revenir au sujet végétal, dont la préparation présentait plus d'un point de contact avec celledu mercure des métaux, l'on peut dire, sans aller trop loin, que, détaché au solstice d'hiver, le gui dechêne était traité spagyriquement au cours du printemps suivant. Dans l'un et l'autre cas, une partiede l'œuvre consistait à condenser une certaine énergie vivante (et je n'entends pas par-là le magnétismehumain) dans une substance que des purifications minutieuses rendaient apte à ce rôle de support.Du gui comme sujet et de la vigne comme moyen, les druides extrayaient les deux substances com-plémentaires de leur mercure végétal, animé par un agent sans lequel on restait dans l'ordre desmanipulations strictement chimiques. Au reste, le nom de Médecine universelle, donné en Gaule augui est le même qu'emploient les hermétistes pour désigner leur élixir parfait.

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Venons-en à la cérémonie de la cueillette de la plante sacrée. Pline la rapporte ainsi :« On ne peut omettre en parlant du gui la vénération dont il est l'objet dans toutes les Gaules. Lesdruides, — nom donné à leurs prêtres par les Gaulois, — ne connaissent rien de plus sacré que le guiet que l'arbre sur lequel il croît, à condition que ce soit un chêne-rouvre. C'est dans les bois de chênes-rouvres qu'ils ont leurs sanctuaires, et ils n'accomplissent aucun rite sans leur feuillage. Le nom desdruides... fait peut-être allusion à ce culte des chênes... Ils pensent que tout ce qui croît sur ces arbresest d'origine céleste et que la présence du gui révèle la préférence de la divinité pour l'arbre qui leporte. Le gui se rencontre très rarement sur un chêne ; quand les druides en ont découvert, ils le cueil-lent en grande pompe. Pour ce rite, ils choisissent le sixième jour de la lune, jour qui leur sert à fixerle début des mois, des années et de leur siècle de trente ans.Ils pensent que, dès ce jour-là, elle a acquis une grande vigueur... Ils donnent au gui un nom signifi-ant remède universel. Au pied de l'arbre porte-gui, ils préparent un sacrifice et un banquet. Ils y amè-nent deux taureaux blancs... Un prêtre vêtu d'une robe blanche monte sur l'arbre et coupe avec unefaucille d'or le gui qui est recueilli dans un drap blanc. On sacrifie ensuite les victimes en demandantà la divinité que son don porte bonheur à ceux qui le reçoivent. Les Gaulois (il ne s'agit plus desdruides) s'imaginent qu'un breuvage fait avec du gui peut rendre féconds les animaux stériles, et quele gui est un antidote contre tous les poisons. Tant il entre d'idées et de pratiques frivoles dans la reli-gion de certains peuples. »M. Jules Toutain, qui a par ailleurs parfaitement saisi la haute importance de la cérémonie décrite parPline et qui a montré que le sacrifice et le banquet sont inséparables de la cueillette proprement dite,rapporte à la lune l'expression « remède universel ». Et, grammaticalement, je pense qu'il a parfaite-ment raison. Cependant, le fait subsiste que c'est bien le gui qui est encore désigné sous ce nom pré-cis par des gens qui n'avaient nul besoin de Pline pour savoir comment se nommait chez eux la plantevénérée.L'erreur vient de Pline qui a mal saisi les indications qu'il recueillait sur une pratique qu'il qualifie de« frivole ». D'ailleurs, nous verrons bientôt, à propos du fameux « œuf de serpents », qu'il n'était pastoujours bien informé, tant s'en faut !J'ai assez dit que les fêtes chrétiennes ont succédé aux gauloises. Noël est la fête de la venue du Christ,fête de l'Incarnation du Verbe en même temps que fête du solstice d'hiver et de la descente des ger-mes vitaux sur la terre. Pâques, inséparable de Noël, en un sens, fête solaire également (devenue luni-solaire pour de multiples raisons que je ne commenterai pas), correspondant à l'équinoxe de printemps et,selon l'enseignement antique, fête du départ des âmes lumineuses (que je ne commenterai pas nonplus)...Récolté cérémonieusement à Noël, dans une pompe tout exotérique, le gui était transformé en remèdedu corps et de l'âme au printemps : œuvre ésotérique, silencieuse, secrète, efficiente[2].Le calendrier de Coligny, axé sur un comput solaire pour ainsi dire normalisé ne pouvait porter men-tion d'une date qui variait avec chaque année. Il y avait bien une fête fixe du solstice d'hiver, chaque7e jour du mois Giamon, mais, justement parce que fixe, elle coïncidait bien rarement avec le solsticeastronomique. D'autre part, les druides choisissaient chaque année non seulement le jour et l'heurede la fête rituelle du gui, mais de plus, ils en fixaient aussi le lieu. On sait que le gui ne se trouve pas

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souvent sur les chênes. Il est donc de simple bon sens d'admettre que, selon les découvertes et les cir-constances, il se trouvait chaque année des régions où la cérémonie n'avait pas lieu, faute de son élé-ment essentiel.Je reviens au gui, envisagé cette fois comme « elixir du savoir ».Je crois avoir mentionné que l'homéopathie en utilise les hautes atténuations dans nombre de dys-fonctions nerveuses et de troubles psychiques (convulsions, somnambulisme, états choréiformes et épilep-tiformes). Il y a là une indication très nette que j'ai le devoir de souligner, en avertissant les imprudentsqui se livreraient à des « expériences » avec des préparations plus ou moins « spagyriques » de cetteplante, qu'ils courent des risques. Certains et graves. La quintessence tirée du gui, administrée danscertaines phases de l'initiation effective, favorisait au plus haut point certaines facultés dites « supra-normales » ou « paranormales » (malencontreuse qualification, qui dit, au fond, le contraire de ce à quoi jefais ici allusion). Comme le légendaire élixir des Rose-Croix, dont elle se rapproche, cette liqueur étaitle médium de l'illumination pour ceux qui étaient aptes à la recevoir. Le revers de la médaille, c'étaitle danger d'hallucination, d'obsession ou de folie incurable pour quiconque eût osé s'en servir avantl'heure et sans une préparation, — même physiologique et diététique — suffisante. Inutile de soulign-er que, de cette heure, nul disciple n'était juge. Pour bon nombre d'entre ces derniers, n'ayant pasacquis la qualification jugée indispensable, l'élixir demeurait un symbole, et rien de plus. Et j'ai lieude penser que les vrais druides — j'entends ceux parvenus au faîte de l'initiation effective — n'étaientguère plus nombreux parmi les Celtes que ne l'étaient les rares chênes porteurs du rameau d'or dansleurs vastes forêts.C'est pourquoi je ne m'étendrai guère sur la préparation de l'arcane (au sens paracelsique du mot), nisur les conditions accessoires mais indispensables de son utilisation.Je dirai seulement que son élaboration commençait là où finissait celle du simple remède. Et qu'elleexigeait la réitération de certaines opérations précédentes, un peu à la manière des trois mercures suc-cessifs de l'alchimie métallique, quoique en un moindre temps.Plante soli-lunaire, avec la disposition de ses branches et de ses feuilles géminées, ses caractéristiquesnumérales et angulaires, divisant la sphère en sixièmes et douzièmes, lui donnent 2 et 6 pour nom-bres naturels : L'harmonie des complémentaires d'une part et, de l'autre, l'équilibre et la perfectionattachés traditionnellement à la mesure du cercle. Le gui est donc le symbole de l'amour chaste, del'union des pôles contraires dans tous les plans de vie, relevés ou triviaux, pouvant exprimer selonles cas et l'objet en vue l'union conjugale, l'inviolabilité du serment, les rapports du maître et du dis-ciple, la communion du divin et de l'humain, l'insulfuration du mercure des sages, etc. selon l'adap-tation envisagée et le degré de réceptivité de chacun.Que le gui ait été lié aux coutumes du mariage et, surtout, des fiançailles, c'est ce dont subsiste mainttémoignage, ce qu'on retrouve dans mainte tradition populaire. Je ne puis me livrer à cette recherche,d'ailleurs facile. Mais je ne saurais quitter le gui sans dire quelques mots sur l'œuf de serpents, dontcet excellent Pline a parlé au rebours du bon sens, comme cela lui arrive quelquefois. Il en donne lagenèse suivante :En été se rassemblent et s'enlacent une multitude de serpents collés par leur bave et leur exsudât. Ilen résulte une boule appelée « œuf de serpent ». Les druides (ou réputés tels) le disent projeté en l'airpar les sifflements de ces reptiles. Il faut le recevoir dans un sayon sans qu'il touche le sol et le ravis-seur doit s'enfuir à cheval, poursuivi par les ophidiens jusqu'à ce qu'une rivière s'interpose entre euxet lui. Comme les mages sont ingénieux à frauder, ils prétendent qu'une certaine lune est à choisirpour se procurer cet œuf, comme s'il dépendait de la volonté humaine de faire coïncider l'opérationdes serpents avec l'époque voulue[3].Et Pline d'ajouter : « Pour ma part, j'ai vu un de ces œufs fameux chez les druides ; il était gros commeune pomme moyenne, sa coque était dure et portait de multiples cupules comme celles des bras dupoulpe. »Naturellement, à la suite de Pline, plus d'un s'est empressé de reconnaître un oursin pétrifié dans lefameux « œuf », mais cet oursin n'a été montré à notre curieux que pour lui donner le change. Ses pré-tendues « propriétés » sur quoi j'ai jugé inutile de m'appesantir, sont purement symboliques etanalogiques, mais invraisemblables, prises au pied de la lettre. Symbolique également le rite du «passage de l'eau ». La bonne foi de Pline n'est d'ailleurs pas en cause.Il ignorait que certains secrets n'étaient confiés ni aux « druides » schismatiques, ni même à tous lesautres, indistinctement.Les druides qui l'ont renseigné, s'il s'agit bien de druides, ne savaient eux-mêmes que la moitié des

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choses, sans toutefois ignorer que ce n'en était qu'une moitié. Et s'ils eussent été réellement aucourant, c'est-à-dire suffisamment qualifiés, ils n'eussent pu lui tenir un langage bien différent !...Selon la tradition, même « exotérique », du druidisme, ce ne sont pas les serpents, mais leur bave quiforme une boule... qu'il faut recueillir dans un sayon sans qu'elle touche le sol, modus operandi men-tionné par ce même Pline dans la cueillette du gui !... Au risque de passer pour un doux maniaque oupour un charlatan de l'occulte toujours prêt à se retrancher derrière « le secret de l'initiation » dèsqu'on le serre d'un peu près, je dirai que le récit fait à Pline et rapporté fidèlement par lui, renfermeun des secrets majeurs du sanctuaire sous son apparence de conte à dormir debout. Et que ce secretn'est pas de nature à être divulgué, galvaudé, à la légère ! Certains, je l'espère, comprendront monallusion et approuveront ma réserve, fortement motivée. Je me contenterai de dire ce qui peut l'être :Dans la préparation très secrète du gui, en tant qu'élixir du savoir (et non en tant que remède), l'on pou-vait opérer de deux façons : soit sur la plante torale, soit exclusivement sur les baies visqueuses,lesquelles, en cours de travail, prenaient l'aspect d'une « bave » ou d'une écume blanchâtre. L'on util-isait de préférence l'élixir extrait des feuilles à l'intérieur et l'onguent obtenu par la sublimation desbaies à l'extérieur, sur l'emplacement de certains plexus. L'on pouvait en outre, selon la limite qu'onentendait assigner aux facultés « psi » de certains disciples, se borner à l'onction épidermique, sansfaire usage de l'élixir, notablement plus actif.Le tout, c'était de « monter à cheval », c'est-à-dire, de maîtriser son véhicule psychique, et, surtout, de« passer l'eau » sans encombre. De l'autre côté du « fleuve » on était hors de danger, et initié effective-ment (non en formules creuses) au degré où l'initiateur responsable le permettrait, degré dépendant àla fois du dosage judicieux des substances mises en œuvre, de la durée de la préparation physi-ologique, et de la qualification acquise par l'initiable.

[1] Pour leur bonheur, nos ancêtres n'avaient pas de ministère de la Santé publique, pour couvrir pratiquement la bistro-cratie, le pain dévitalisé, les vaccins à pique-que-veux-tu, les aliments chimiques, et les poulets soufflés aux hormones.[2] En adoptant la date de l'ancienne cérémonie druidique, l'Eglise n'a pas composé avec des rites « païens » qu'elle n'osaitabroger franchement. Un tel reproche est pure naïveté. Elle a agi en connaissance de cause, consciente des liens existantentre l'incarnation du Verbe et la fête préchrétienne : Je ne suis pas venu abolir, mais compléter, avait dit son fondateur.[3] Quoique très déformée, la tradition gauloise de l'œuf de Serpent se retrouve, entre autres lieux, dans le folklore solog-not (consulter « En Sologne » de Claude Seignolle, et « Du Chien au Loup-garou » de A. Durand-Tullou). La voici résumée :Tous les ans, au 13 mai (je prie le lecteur de noter la date) tous les serpents de Sologne vont vers une pièce d'eau, s'entortillentet déglutissent une bave qui se coagule ; ils la façonnent, la roulent et en font un fin diamant (ici l'œuf est devenu diamant)qu'ils jettent dans l'eau... pour que le geai ne le leur dérobe point, car il s'en parerait et en nuancerait les couleurs de ses ailes.Ce qui rappelle à la fois le geai paré des plumes du paon et, non si fortuitement, la transformation du « corbeau » en « paon», qu'on retrouve dans tant d'oeuvres traitant d'alchimie.

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POUR CONCLURE

Dans les pages qui précèdent, il a été tenté de mettre en relief quelques-uns des visages inconnus oumal connus du druidisme. Quelques-uns seulement. Il a fallu condenser, élaguer, s'interdire de dis-cuter et de rapporter les thèses en présence, réduire presque à zéro références et citations pour com-poser ce bref Sommaire d'une œuvre autrement vaste mais hors de proportion avec les moyens et letemps dont on pouvait disposer.Que ces visages appartiennent authentiquement au druidisme peut être et sera contesté. Peu importe! En cette phase de dissolution sociale et morale, symptômes communs à toutes les fins de cycles etde races, on a voulu porter témoignage sur ceux qui ont ouvert le cycle et forgé le génie de la race.Au soir de leur existence, hommes et peuples font retour sur leur passé, cherchant à dégager le sensde leur destin. Heureux ceux, rares sans doutes, qui s'astreignent à en tirer leçon !Tels à qui le druidisme apparaît sous un autre jour que le mien ne seront pas avares de critiques oude haussements d'épaules. Ce qui est leur droit strict. D'autres — ou les mêmes — me feront volon-tiers grief d'une relative raideur d'attitude, voire d'un certain « parti pris ». Certes, j'ai pris parti !L'éclectisme, le syncrétisme et la neutralité, sœur du scepticisme, peuvent être de commodes posi-tions de repli intellectuelles. Le « qu'est-ce que la vérité ? » de Ponce Pilate, en est l'aboutissementlogique. Pour moi, qui ne suis pas un intellectuel, il y a une vérité. J'ai donc « pris parti » pour elle,l'exprimant de mon mieux — compte tenu de l'équation personnelle dont nul écrit humain ne peutse flatter d'être indemne.Tel quel, ce petit livre suscitera sans doute chez certains d'utiles réflexions sur le sens, la continuitéet l'évolution de notre civilisation et, peut-être, de la civilisation tout court.Et, à ce propos, il me souvient d'avoir lu, voici une douzaine d'années dans un journal tout rempli dela découverte sensationnelle du proton négatif, cette étonnante conclusion d'un savant en place, queje ne nommerai pas par charité chrétienne :« On mesure la civilisation d'un pays, de nos jours, à l'énergie avec laquelle elle peut accélérer les par-ticules simples. Et la France, il faut le regretter, n'est pas là dans un bon rang. »Pour un « test », c'en est un !... Le civilisomètre atomique est né, trouvaille plus sensationnelle encoreque celle de l'anti-proton !Il est vrai que l'inventeur en est donné comme étant un certain M. « On », riche à qui l'on prête volon-tiers.Sur la foi des dictionnaires, j'avais pensé jusque-là, avec feu M. de la Palisse, que la civilisation étaitle fait de civiliser et que civiliser c'était (je copie) « faire passer de l'état primitif naturel, à un état plusavancé par la culture morale, intellectuelle, sociale, etc. ».C'est justement, si je ne m'abuse, ce que firent les druides pour la race blanche ou, du moins, ce qu'ilsparvinrent à faire pour une notable fraction de celle-ci. Et j'attends qu'on me prouve que la surpuis-sance atomique des grands groupements matérialistes qui méditent de s'arracher l'un à l'autre l'hégé-monie mondiale en faisant jouer ladite surpuissance, — j'attends, dis-je, qu'on me prouve qu'elle soit« civilisatrice », tant dans l'ordre moral que dans l'ordre social ou même dans l'ordre intellectuel ouesthétique. Et il ne serait pas tellement paradoxal de soutenir que « l'accélération des particules sim-ples », — en termes savants, la désintégration atomique, — risque fortement de ramener, en quelquesexplosions sans réplique, la civilisation actuelle à ce stade « primitif, naturel », qui s'appelle précisé-ment « barbarie ». L'on pourrait même ajouter que les « régresses » ou « néo-primitifs », rescapés dequelque cataclysme nucléaire, n'en resteraient pas moins des « queues de races », porteuses d'unatavisme sénilisant, déchets dont le sang appauvri, les endocrines irradiées et les nerfs maladespaieront, sans report, la rançon du « progrès ».« L'homme tel que l'envisage le savant moderne n'est qu'un pauvre être sans force qui ne vaut quepar ses machines. Privé d'elles, que serait-il ? Infiniment moins que le plus grossier des " sauvages ".Avec ses radars, ses fusées, ses cyclotrons, ses engrais chimiques, sa pénicilline, le surhomme ne seraqu'un malheureux avorton... s'il vient au jour, car les bombes atomiques et autres super-armes que lascience met à la disposition du vieil homme sans scrupules et sans bonté pourraient bien faire que lagrossesse de l'humanité se terminât en fausse couche[1] ! »Pour moi, comme pour ceux qui sont mal convaincus que la force des armes et la puissance des

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machines puissent être érigées en critères de la « civilisation », il est assez évident, si je juge l'arbre àses fruits, que la primauté actuelle de l'économique, du matériel, du vénal, crée un climat aussi défa-vorable au véritable progrès, qui ne peut être qu'intérieur, que contraire au « bonheur des peuples »dont on nous rebat quotidiennement les oreilles. Et je me crois fondé d'estimer que les principes[2]moraux, spirituels et sociaux du druidisme, rénovés en mode chrétien au cours premiers siècles denotre ère sénescente, renferment les seules valeurs civilisatrices perdurables qui puissent enrayer lacomposition de l'Occident, ou lui mériter une résurrection.

[1] J'extrais ces lignes de Mnémosyne (Nouveaux essais), troisième série du lucide penseur qu'est mon ami Jacques Heugel(p. 110).[2] Je dois souligner que c'est aux principes (et non à telle forme périmée ou rabibochée du druidisme) qu'il serait souhaitable defaire retour. C'est à son Esprit, toujours vivant sous d'autres voiles, qu'il faudrait faire appel, — Esprit lié désormais à ce quisubsiste encore d'essentiellement chrétien dans notre Christianisme.

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ESQUISSE CHRONOLOGIQUE PREHISTORIQUE ET PROTOHISTORIQUE

DATATIONS26000 (+ ou —)

Entre 26000 et24000

Entre 24000et 18000

Entre 16000 et15000

Vers 15000

Entre 10000 et 9000

Entre 9000 et 8000

Vers 8000

7300

Entre 7000 et 6500

Vers 6500

Vers 6000

Vers 5500

Vers 5000Entre 5000 et 4000

Entre 4000 et 3500

3300

33003000/2800

PRINCIPAUX FAITSDislocation partielle, Lémurie et Atlan-tide. Chutes météoriques.La race Blanche occupe déjà l'Hyperborée(régions arctiques).Développement de la race Blanche isoléedes autres.Quelques clans hyperboréens sur le «bouclier » irlando-breton.Tribus blanches clairsemées au nord-ouest de la future Europe.Une fraction des Blancs s'accroche à sonhabitat arctique. Le reste nomadise endiverses directions, surtout Gaule.Premiers accrochages entre Blancs ethommes d'autres races.Les Noirs détournent le Nil. Début de latraite des Blancs.« Naissance de la Lune » en tant satelliteterrestre.

Exode général des Blancs. En Afrique tou-jours soudée à l'Europe esclaves Blancs,futurs Libyens.Conflits raciaux, mais emprunts tech-niques. Premiers Mégalithes. Les Atlanto-Egéens conquièrent l'Egypte.Mégalithes de taille médiocre. Début duschisme des Druidesses.Druidisme proprement dit. Exode deRam en Inde et des Présumériens versl'Asie-Mineure. Technique égéenne pré-pondérante au sud-est de l'Europe.Les Libyens envahissent le Delta.Première dialectisation de l'Indo-Euro-péen (groupes de Kentom et de Satem).Rédaction des Hymnes védiques. Orion àl'équinoxe vernal. Vers 4200, reconquêtedu Delta par le Egéens de Nar Mer :Egypte orthodoxe. Vers 4000 on sculpteSphinx de Gizeh.Les Celtes domestiquent le cheval. Pre-mière cavalerie à chars.Carnac, Ombilic des Gaules. Grandsmégalithes. Fondation de Troie.Schisme d'Irshu ou ère de Nemrod.La révolte des Kshattryas ouvre l'Indeaux schismatiques. L'Agarttha orthodoxe.Pléiades à l'équinoxe vernal.

GEOLOGIE, ARCHEOLOGIE, DIVERSEffondrement du Continent Pacifique(race Jaune).Civilisation Blanche locale du bois, del'os et de la corneLa Lémurie s'effondre (18000 ?). Premièreglaciation (Giintz).Deuxième glaciation (Mindel).

« Chute du ciel ». Pluie de bolides(Plouma-nac'h, Atlantique)Troisième glaciation, puis troisième interglaciaire (Riss-Wurm). Faune chaude.Chelleen (industrie lithique Blanche)Equinoxe vernal dans le Lion.

Conflit africain entre Noirs et colonsatlantes (Rouges).Equinoxe vernal en Cancer. Délugeatlante. Acheuleea Quatrième glaciation(Wûrm)Solutréen (influence Rouge). Aurigancien(influence Noire). Faune et climat duRenne.Equinoxe en Gémeaux, apogée de l'âgedu Renne. Industries précédentes, puisCampignien.

Début de la pierre polie, Robenhausien.Les Egéens retrouvent le bronze atlanteet en gardent la formule jalousementsecrète.

Retrait définitif des glaces. Bronze cryp-tique. Cuivre sumérien; après leDiluvium du Proche-Orient (4500). LesSumériens, flanqués d'Akkadiens, s'or-ganisent. Vers 4000 : équinoxe vernaldans le Taureau.

Le Jutland s'exonde lentement. Libyensen Bae-tique.

Les Libyens fondent Tartessos. Cuivreen Crète Minoen anc. I). Débuts « offi-ciels » du bronze égéen. Rupture dusocle irlando-breton..Afrique et Europeséparées

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Le caractère approximatif de ces datations, surtout des plus anciennes, est ici souligné. Je sais d'ex-cellents ouvrages de préhistoire et d'archéologie où industries et techniques sont classifiées, subdi-visées et magistralement décrites, mais où les uns rougiraient de proposer la moindre datation tandisque les autres jonglent quelque peu avec les millions et les centaines de milliers d'années. De tellesdatations sont à l'abri de toute discussion, évidemment. Je répète, vox in deserto, que la Terre est bienplus jeune que certaines de ses composantes, je devrais dire que la plupart d'entre elles. J'y ai fait allu-sion au début de ce travail, et n'ai pas tout dit, tant s'en faut ! J'ai donc affronté la difficulté (d'aucunsdiront « le ridicule ») d'articuler les données traditionnelles, la géologie, les repères astronomiques, etc.dans un ensemble, relativement cohérent (à mes yeux) sans me croire à l'abri d'involontaires erreurs.La critique en sera aussi aisée qu'en fut malaisée l'élaboration !

2730/2700

Vers 2600

2500/2300

Vers 2200

2000/1900

1850/1800

1700 environ1700/16001500/1400

1400/13501200/11001000/900

Vers 800/750

Circa 750Vers 600

Vers 350

Fondation de Tyr par les Phéniciens(Akkadiens, mêlés de Rouges et de Noirs).

Travail du fer non météorique enMésopotamie (poignard de Tell-Asmer).Troie II. Invasion mongole, gens de laPoterie à cordelette, en Jutland. Invasionibère en Irlande (fils de Mile)Les Guti touraniens envahissent la Baby-lonie.Apogée de la Thalassocratie égéenne. LesAchéens en Grèce.Hamurabi, Abraham, Melki-Tsedeq.Lamaïsme schismatique au Tibet. L'Om-bilic des Gaules transféré un peu au nordd'Avaricum. Refonte du calendriergaulois. Stonehenge sanctuaire pancel-tique.Invasion des Hiqsos en Egypte.

Race Partholon en Irlande. Les Scythes,Irano-Touraniens, refoulent les Cimmer-iens vers l'ouest. Ombriens en Italie.

Guerre de Troie.Salomon et Hiram, roi de Tyr, puisschisme des dix tribus, première Dias-pora. Tuata de Danann en Irlande; Siluressémites en Angleterre. Le premierZoroastre.Démêlés des Vanir (du Lac de Van) scyth-iques, avec les Ases : alliances et conflits.Repli des Haedui germanique sur laGaule.Fondation de Rome et de CarthageFondation de Marseille. Influence hel-lénique sur la Gaule.Le premier Odin. Les Celtes danubienscommencent à refluer sur la Gaule

Formation de la Manche et du Canald'Irlande.Bronze en Crète. Minoen ancien III.Déluge Tyrrhénien (Ogygès). Amorce del'Adriatique. Tours rondes d'Irlande.Phéniciens encore en Egéide et auNegeb.

Bronze I Celtique. Creusement du golfedu Morbihan.Engloutissement de la majeure partie del'Egéide, réduite à des archipels et àquelques côtes (Deukalion). L'Adriatique offre son aspect actuel.Equinoxe vernal en Bélier.

Bronze II Celtique.Moïse.

Orphée.

Ruée touranienne en Europe occidentale; ces Mongols apportent une techniquedu fer d'où sortira celle de Hallstadt (Fer1).

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TABLE ANALYTIQUECHAPITRE I : LA PREHISTOIRE DU DRUIDISME.La race celtique ou hyperboréenne. Tableau des races du globe au temps de son apparition. Cadregéographique. A propos des langues-mères : Fabre d'Olivet et son Histoire du genre humain : Pelasksou Pélasges, Sethiens ou Sudéens. L'habitat arctique primitif de la race Blanche ou «celtique».

CHAPITRE II : LE PREMIER SCHISME.La « Chute du Ciel » et la religion primitive des Celtes : la « Pierre tombée du Ciel ». Premiers élé-ments celtes en Europe : l'industrie Chelléenne. Naissance de la Lune et cataclysme atlante ; dernièreglaciation et exode massif des Celtes vers l'Europe. Industrie Acheuléenne ; âge du Renne. Premièresdéportations, premiers conflits raciaux. Aurignacien et Solutréen. Début du néolithique inférieur. Leschisme des voyantes ou « druidesses ». Ses causes et ses conséquences. Les Proto-Libyens.

CHAPITRE III : RAMA : NAISSANCE DU DRUIDISME PROPREMENT DIT.Les sacrifices humains. La phtisie pulmonaire décime les Blancs. Rama en trouve le remède : le gui !Puis il jette les bases du druidisme orthodoxe. Opposition violente des dissidentes et de leurs parti-sans. Rama N'expatrie avec les siens pour prévenir une interminable effusion de sang. Exode deRama et conquête de l'Inde provoquant l'émigration des futurs Sumériens. Système fédératif deRama.

CHAPITRE IV : IRSHU : ORIGINE ET DEVELOPPEMENT DU SECOND SCHISME.Etat des choses aux environs du cinquième millénaire. Langues de Kenton et langues de Satem. Le «Diluvium » du Proche-Orient. Expédition de Nar-Mer et conquête du delta du Nil par les futursEgyptiens. Le Sphinx. Le schisme d'Irshu : sa cause, ses caractéristiques, ses conséquences. Irshu estle Nemrod de la Bible. Progrès rapides du second schisme. Création de l'Agarttha. La Grande Déesse.Tartessos.

CHAPITRE V : LA GAULE, REFUGE DE L'ORTHODOXIE.Bouleversements terrestres. Les Iles Britanniques coupées du continent. Les Goidels. Première inva-sion Jaune : le peuple des « poteries à cordelette». L'ethnie germanique. Coup d'oeil sur l'Asie Mineu-re. Orthodoxes et schismatiques. Tentatives de ralliement des Celtes orthodoxes devant les progrèsdu schisme. L'ère de Stonehenge et la réforme du calendrier. Position précaire des Celtes danubiens.La race « de Partholon » en Irlande. Engloutissement de la majeure partie de l'Egéide.

CHAPITRE VI : AMBIORIX ET VERCINGETORIX : LES DRUIDES ET ROME.Orphée et son œuvre : la mythologie grecque, les Amphictyonies ! Infiltration sémite dans les IlesBritanniques, conséquence de la première Diaspora. Le premier Zoroastre, le druidisme iranien. La «ruée vers l'ouest » des tribus germaniques. Les Gaulois danubiens, bousculés, se replient sur la Gaule.Ases et Vanir. Fondation de Rome, cité étrusque. Origine des futurs « Romains ». Le premier Odin.Tribus belges et gauloises de la Gaule. Origine germanique des Haeduens. Leur politique de trahison.Les deux acteurs du plan fédératif des druides : Ambiorix et Vercingétorix. Le pourquoi de leur échec.La « romanisation » de la Gaule et ses conséquences. Persécution des druides, mainteneurs du sensnational gaulois.

CHAPITRE VII : DRUIDISME ET CHRISTIANISME : LE GRAAL.Trois bienfaits de Rome : le fisc, les barbares et la prostitution. Avatars du druidisme sous les inter-dictions et la persécution romaines. Le voyageur galiléen et les druides. Epona et la Vierge qui devaitenfanter. Druides et chrétiens, alliés tacites, puisque frères en persécution. druidisme sous les inter-dictions et la persécution romaines. Druidisme et Christianisme. La tradition transmise. La Matièrede Bretagne : Arthur, Merlin, Taliesin, le Graal ! Esotérisme de la Queste : Perceval-Galaad et la syn-thèse christiano-druidique. Les dames chanoinesses de Remiremont, druidesses chrétiennes.

CHAPITRE VIII : BARDISME ET NEO-BARDISME.L'initiation bardique, distincte de l'initiation druidique. Les Mabinogion gallois. Leur contenu.

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Symbolisme « astral » de deux d'entre eux : Math, fils de Mathonwy et Kulhwch et Olwen. Rôlecéleste et symbolique de l'astérisme Corona Borealis. La « chasse d'Arthur ». Qui étaient les Fferyllt ?Symbolisme de leur cité mythique en style alchimique. Le bardisme traditionnel, mainteneur dunationalisme et de la langue au pays de Galles. Romantisme et néo-bardisme : Me Pherson, IoloMorganwg, la Villemarqué ! Les associations néo-druidiques d'esprit anti-chrétien et l'échec de leurstentatives : galvaniser les cadavres n'est point ressusciter les morts !

CHAPITRE IX : LE DRUIDISME ET L'ORGANISATION SOCIALE.Mission sociale du druidisme. Temporel et spirituel. Bases de la société celtique. Ce qu'est le Clan.Droit privé et droit public. L'éducation, le mariage. Evocation : cérémonie de mariage druidique auxbords de la Couse du Chambon. Les trois assises de la vie sociale selon le druidisme : le mariage, leclan, la fédération.

CHAPITRE X : L'HOMME ET LE MONDE SELON LE DRUIDISME.La doctrine druidique. La Harpe, symbole de l'harmonie universelle. Idris, l'Initiateur. L'épreuve del'Awen. Quelques symboles druidiques et leur explication traditionnelle. Le Taureau aux trois Grues,dans ses diverses acceptions. L'Homme et le Verbe. Enseignements sur la constitution de l'êtrehumain. La réincarnation. La conque rituelle et la triple spirale. Les nombres dans le druidisme. Lepanpsychisme. Monothéisme et polythéisme. Initiation psychique et initiation spirituelle.

CHAPITRE XI : MAGIE DRUIDIQUE.Ce qu'on peut entendre par « magie ». Accord des druides et des prêtres égyptiens sur l'homme invis-ible. Distinction du Double astral et du fantôme ftuidique ou ombre. Recherches de Seamus Me Call: ce qu'étaient les dolmens vrais ; les Cromlechs. Leur utilisation magique et évocatoire. Quelquesprocédés magiques et divinatoires. Le coel-bren gallois et la géomancie. Captation et projection descourants magnétiques du système Terre-Lune. Tumuli et rites funéraires druidiques : l'adieu à l’âme! Sucelus et Nantosvelta. Le Dieu au Maillet, plus exactement Diru au Tonnelet et sa «Liqueurd'Immortalité».

CHAPITRE XII : METROLOGIE DRUIDIQUE : LES ENSEMBLES MEGALITHIQUES !Mesures et arithmosophie druidiques. Le pied druidique est la demi-coudée égyptienne, fraction durayon polaire terrestre. La coudée druidique. Etalons de mesure : la Table de Suèvres et celle de ManéRutual. Le nombre pi. Noms gaulois des divers mégalithes. Leur symbolisme essentiel. Arithmologiedruidique et ensembles mégalithiques. Le temple k ciel ouvert de Carnac. Repères astronomiques dela datation. Le monument circulaire de Stonehenge. Ses nombres. Les cinq grands trilithes et le «sabot d'équidé » central. La « colonne boréale » et le Men er Hroéh. L'ombilic des Gaules. Lignes deforces telluriques et distribution des sanctuaires druidiques. Signes gravés sur les mégalithes.Empreintes de Sabots d'Equidés et de Pieds humains. Astronomie des mégalithes. Le Cromlech vrai,personnification de la voûte céleste.

CHAPITRE XIII : CIEUX ET SAISONS. LE CALENDRIER DRUIDIQUE.L'année polaire. Sa division bipartite. Cosmogonies anciennes. L'étoile-repère. La Cailleach irlandaiseet la déesse Kâli. Zodiaque et cycle précessionnel. Les points cardinaux de l'année. Cernunnos commeSoleil vernal. Noms gaulois de constellations et de mois. Base exotérique des mythes astraux desAnciens. Le calendrier de Coligny. Essai d'élucidation. Les fêtes druidiques. Date du calendrier.Jalons linguistiques. Le ciel physique comme représentation allégorique de notions d'ordre intel-lectuel.

CHAPITRE XIV : DE QUELQUES SYMBOLES MONETAIRES ET LITHIQUES.Symboles des monnaies gauloises. Le Sanglier et la Grande Ourse. Représentation de diversastérismes. Les Dioscures. Le Cerf. Les monnaies, dites à l'Ogmios. Symboles lithiques : Le «Collierde la Déesse». Les statues-menhirs et le druidisme schismatique. Les signes dits « scuti-formes ».Encore les Dioscures. Emblèmes des degrés de la hiérarchie druidique (Table des Marchands). Un signede reconnaissance : le « pied déchaussé » de la stèle funéraire du « forgeron » Bellicus. Méprises mod-ernes touchant le culte des astres.

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CHAPITRE XV : LES DRUIDES THERAPEUTES ET ALCHIMISTES : LE GUI.Médecine druidique. Les « simples ». Quelques plantes : Laginon. selago, anexta, Samolus, rodarum.Le vin et l'alcool. Le gui. Alchimie végétale. Deux noms gaulois du gui. Le gui et la pierre des Sages.Sôma, Haôma et Gui. Le gui comme remède universel. Le récit de Pline et l'exégèse de Jules Toutain.Fêtes chrétiennes et fêtes celtiques. Le gui comme « élixir du savoir ». L'œuf de serpent et l'initiationastrale. Le piège de l'oursin pétrifié.

POUR CONCLURE :L'auteur précise sa position. Sens de son témoignage. Druidisme et civilisation. Le « civilisomètreatomique ». Réflexions sur la fin d'un cycle.

ESQUISSE CHRONOLOGIQUE PREHISTORIQUE ET PROTOHISTORIQUE.

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