Doucet Probl¨mes du travail social contemporain

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Problèmes du travail social contemporain

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  • 1. Marie-Chantal Doucet, Ph. D. Professeure - Facult des sciences sociales cole de service social Universit dOttawaProblmes du travail social contemporain Cependant, il est difficile pour ceux qui font un travail de terrain, dignorer la diversit des formes de pense. Geertz Linterrogation sur la pertinence du travail social est insparable du mouvement de dsinstitutionalisation occidental. Dans le contexte des mutations sociales, culturelles et politiques, les pratiques se sont transformes. Lide de socit , pour reprendre une expression de Dubet et Martucelli (2000) ne se trouverait plus lavant-scne de limaginaire contemporain. Le lien social serait rechercher ailleurs, dans les nouvelles formes de sociabilit. La comprhension des phnomnes serait beaucoup plus rechercher dans lexprience sociale des individus car celle-ci modifie la connaissance. Les actions rciproques effectues quotidiennement reconfigurent le travail social. On sort peu peu de la seule dtermination des structures dans lexplication des phnomnes. Ainsi, il ne sagit pas tant de se demander comment le travail social fait circuler lidologie mais bien comment il sest transform dans le quotidien des actions rciproques. On se positionne ici diffremment des questions habituelles qui occupent la critique sociopolitique du travail social. Sil faut reconnatre la part idologique inscrite dans lintervention, (Castel, 1981), on ne peut dire que celle-ci se rsume un discours politique.Cest partir de ces prmisses sur la mouvance de ce que lon entend par le social sur lequel ou dans lequel on travaille, quil serait possible de reprer les figures du travail social contemporain. De quel social parle-t-on aujourdhui quand on fait du travail social? Il faudra distinguer entre le discours (ou les discours) et laction, celle-ci faisant appel plusieurs ordres logiques. Pour Dubet (2002) plus on sloigne des programmes institutionnels, moins le travail social se prsente comme laccomplissement dun rle et plus il est une exprience composite, exprience qui renvoie lexprience, elle aussi composite, des acteurs concerns. Le travail social traduit des enjeux collectifs autour de la transformation du lien social, ce que propose Foucart (2008) dans son tude des mtiers du lien . Il faut pour le saisir, quitter la

2. problmatique de lidentit professionnelle qui rfre aux rles techniques au sein des structures et se tourner vers laltrit comme pouvant clairer les problmes de la pratique et qui implique obligatoirement laction. Cest pourquoi la nature du travail social est interroger partir dune thorie de la connaissance de laction selon ce quavance Soulet (2005). Une telle rflexion passe par le projet dun questionnement sur lenseignement mme du travail social. Ce qui sous-tend ce questionnement est la constatation rpandue dune srieuse carence thorique chez les tudiants. Le problme nest pas tant le manque de thories, au sens dorganisations systmatiques doutils destins rsoudre des problmes mais relve plutt de difficults se mouvoir souplement dans lunivers conceptuel. Cest Karsz (2005) qui crit : les travailleurs sociaux manquent de la thorie de leurs pratiques . On pourrait tre tent daffirmer avec Gauchet et dautres, qui sinquitent de la disparition de la pense, que la technique et lexpertise ont fait disparatre les ides. Pourtant, on observe aussi le resurgissement de la question thique qui merge justement au milieu dun trop-plein de technique. Il faudrait prendre acte de ce phnomne o les individus se trouvent la fois immergs dans la technique et dautre part, la recherche dun sens. Il faut bien le reconnatre : nous nous trouvons devant ce qui constitue un tournant pistmique, ce qui entrane des transformations importantes dans lunivers mtacognitif. Dabord, on observe en Occident la fin des grandes thories; ainsi tout savoir est dsormais susceptible dtre remis en question. Dans cette mouvance, le mythe du progrs nest plus le rcit du monde auquel on croyait. Les transformations de la modernit amnent peu peu lindividu dvelopper une rflexivit, processus selon lequel les hommes peuvent agir en socit (Giddens, 1994). Cette rflexivit permet la formation dun quant--soi, qui correspond la facult cognitive de se distancier du social (Doucet, 2007). La dfaite de la pense que dplore Finkielkraut (1987) concerne la dfaite dune pense qui fait de lindividu un tre entirement dtermin par la socit; cest le rcit du pouvoir constituant dun Savoir sur la raison individuelle. En fait, lexprience du terrain fait plutt ressortir la diversit des logiques convoques dans lacte dintervenir. En ce sens, les intervenants peuvent tre considrs comme les dpositaires dun pluralisme pragmatique. Lintrt serait donc de chercher quelles sont ces logiques et comment sarticulentelles dans lintervention. La pratique sera ici considre comme cet espace entre le praticien et le sujet, espace de construction thorique qui est aussi espace dun rapport lautre. Le manque thorique dont on parle, traduit en fait, labsence dune tude de la pratique comme telle et pour ce qui nous intresse : le manque dune pragmatique du travail social. Or, lenseignement dune pistmologie de la pratique devrait permettre une ouverture2 3. vers le dveloppement dune rflexivit sur lintervention. Ce que nous dfinissons comme une rflexivit est une capacit de saisir intellectuellement mais aussi subjectivement les implications de la pratique. Cest un acte pistmologique pourrait-on dire, qui implique un regard sans complaisance sur les reprsentations. Ltudiant ou lintervenant, doit pouvoir penser ses propres reprsentations (thoriques, personnelles, sociales) et doit pouvoir se reprsenter les reprsentations de lautre tout en sachant que lautre aussi peut le faire et quil ragit ses observations. Le travail dintervention est essentiellement un travail dinterprtations rciproques sur des reprsentations. Ce qui serait vis dans un tel enseignement, serait la rconciliation entre la pense et laction. Selon Achille Weinberg (2001), les sciences sociales proposent trois approches pour tudier la pense des acteurs :1- lethnomthodologie : trs ancre dans le quotidien et la contextualit; 2- La thorie des choix rationnels : sur un modle computationnel ou le cerveau fonctionne comme un programme; largement dominante. 3- La rflexivit des acteurs : qui met au centre la rciprocit dinterprtation des acteurs. Nous optons pour cette faon de voir qui apprhende le social partir des actions rciproques.Le questionnement ne porte pas sur ce que serait une science du travail social non plus quune nouvelle mthodologie de lintervention aussi notre question ne concerne pas les modalits dinterventions ni mme les formes de lagir mais bien un niveau plus pistmologique : Quelles sont les catgories cognitives de lintervention sociale contemporaine?Malgr ce manque apparent du ct des discours du travail social, notre hypothse est que de leur ct, les praticiens dveloppent un savoir implicite (Rhaume et Svigny-1988) li leur action, qui, dans une mise en rcit pourrait faire merger des catgories de connaissances sur lintervention contemporaine et plus largement sur lthique des rapports sociaux. La notion dimplicite, en rfrence aux travaux de Rhaume et Svigny sur la sociologie implicite des intervenants en sant mentale, sadresse cette fois non pas exclusivement aux aspects sociologiques de lintervention mais aux lments de construction thoriques, thiques et praxologiques de leur action. Les auteurs ont tudi, les significations sociales de la pratique dintervention dans le champ de la sant mentale. Leur conviction tait que les intervenants dveloppent une certaine connaissance du social qui se trouverait inscrite dans leur action sans 3 4. quelle ne soit nonce formellement. Les travailleurs sociaux, de par leur formation universitaire en sciences sociales ont une connaissance plus explicite de la question sociale. Ils ont aussi un savoir formel sur des questions thoriques propre leur discipline (thories du comportement humain, modles de pratique, techniques). Par ailleurs, ils possdent une connaissance des enjeux de leur pratique qui se situe gnralement dans le non-dit, la magie de lordinaire , selon une intervenante rencontre.Il faut reconnatre une certaine limite dire une pratique dont le caractre rflexif demeure en partie implicite et fortement li la contingence. Il ne sagit pas driger la conscience pratique en nouveau savoir idal. Cest pourquoi, il nest pas question de rejeter ce quune vue densemble et lutilisation de concepts plus vastes apporte la connaissance mais dadmettre quelle doit tre complte par un point de vue contextualis. En fait, dans lenseignement, il est ncessaire de faire interagir la vue densemble avec lhistoire de cas. Il y a pour Skirbekk, universalit et contextualit (Skirbekk, 1999) dans la connaissance.1- Luniversalit concerne un savoir susceptible dtre universalis; cest le savoir global dont parle Geertz. La limite dun tel savoir est la possibilit dune rigidification des concepts qui finissent par se dtacher de leur objet et risque donc de gagner en rigidit mesure quils sloignent de leur objet. 2- La contextualit concerne lanalyse cas par cas, le savoir local, cest dabord un travail de description. Lethnomthodologie peut constituer un exemple intressant de cette posture. Sa limite cette fois, sera justement de manquer de vue densemble, ce que lon reproche souvent dailleurs aux cliniciens qui se situent dans le cas par cas.Dun ct donc, il y a risque dune trop grande confiance dans son langage thorique et de lautre, trop peu de confiance vis--vis lunivers conceptuel. Il est ncessaire denglober ces deux aspects qui, quoique distincts quant leur langage respectifs sont complmentaires. partir de ces deux ples complmentaires, limplicite concerne aussi bien les aspects relevant dun savoir universel quun point de vue contextualis, cest--dire au plus prs des acteurs. la conscience pratique doit donc sallier une conscience discu