Etat des lieux sur les objets connectés

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  • Alain TASSY 04 Juin 2015 Page 1

    Compte rendu de la premire runion

    thmatique du 20 mai 2015

    Etat des lieux sur les objets connects pour la sant

    La segmentation entre prventifs et curatifs.

    37 participants ont assist la premire runion thmatique du groupe Tlcom

    ParisTech Sant le 20 mai 2015. La qualit des intervenants et des participants

    ainsi que le dbat constructif ont fourni des ides originales sur les thmes

    abords et ont remis en cause des ides reues.

    Invits

    Gilles Sonou (crateur de Mobile-Health)

    Alexis Normand (Business Development Manager, Withings)

    Benjamin Sarda (Head Of Marketing, Orange Healthcare)

    Nicolas Pivet (GM, Western Europe Services, GE Healthcare)

    Come Pinchard (Crateur & CEO de Addax)

    Les prsentations sont disponibles en ligne sur ce lien http://www.telecom-paristech.org/#/group/sante/50/medias

    Etat des lieux

    Les prsentations ont permis de faire un tat des lieux des objets connects pour

    la sant. Ceux du grand public plutt ludiques, ceux des systmes hospitaliers en

    passant par les objets domicile permettant de suivre des pathologies ainsi que

    lobservance et les processus dassistance la personne.

    Il a t intressant de constater que ces objets existent depuis plusieurs annes

    et que leurs applications sont souvent inattendues. Ainsi Benjamin Sarda nous a

    expliqu que le premier avantage du pacemaker connect a t de rduire la

    mmoire de stockage, ce qui a permis de gagner 2 ans dautonomie ! De mme,

    Alexis Normand nous informe quils ont dmarr des partenariats avec des

    universits amricaines dans le cadre de recherches mdicales.

  • Alain TASSY 04 Juin 2015 Page 2

    Le nombre dobjets connects va se multiplier dans des proportions difficiles

    valuer. Cette forte croissance est souvent lie lexplosion du parc de

    smartphones. En effet beaucoup dobjets connects utilisent les smartphones

    pour transmettre les donnes. Mais Gilles Sonou a mis en exergue le paradoxe

    que beaucoup dobjets connects sont vous disparaitre en tant que tel car ils

    seront intgrs dans les smartphones eux-mmes.

    Benjamin Sarda a soulign que les objets connects sont une des composantes

    de la transformation digitale des industries de sant, en particulier pour la prise

    en charge distance des maladies chroniques. Cette transformation passe par

    lvolution des industriels qui entrent dans le monde du service . Cette

    transformation digitale aura dautres impacts comme, dans le dentaire, le

    raccourcissement des dlais entre limage et la prothse grce limpression 3D

    ou la prescription dmatrialise.

    Ensuite Nicolas Pivet nous a fait pntrer dans lhpital pour constater que

    quasiment tous les quipements sont connects; dabord pour des raisons de

    maintenance mais aussi pour des raisons de qualit des quipements (comme

    par exemple des drives de rglages). Il a aussi dmontr, avec lexemple de

    Dose Watch, que ces objets pouvaient avoir un impact direct sur la sant des

    patients. Ce systme permet de suivre les doses cumules de rayons ionisants

    reus par un patient tout au long de ses analyses, quel que soit lquipement

    dimagerie utilis. Il permet ainsi de donner lalerte pour viter des surdoses

    sources de cancers.

    Enfin aprs avoir pris en exemple des diagnostics distance en dermatologie,

    Come Pinchard a donn une liste non-exhaustives dobjets connects classs

    entre curatifs et prventifs en faisant remarquer que ce classement est plus

    souvent confondu avec bien-tre et soin.

  • Alain TASSY 04 Juin 2015 Page 3

    Le dbat

    Aprs les prsentations, les questions et les commentaires des participants ont

    permis daborder les sujets suivants.

    Spcificit du systme de sant franais.

    Le systme de sant franais est bas sur le curatif. Une personne tombe

    malade, elle va voir un mdecin qui fait un acte mdical pour la soigner.

    Lensemble du systme est structur autour de lacte mdical et le mode de

    paiement/remboursement se fait lacte. Depuis lintroduction du PMSI tous les

    actes mdicaux hospitaliers sont codifis et rpertoris au niveau national aussi

    bien pour les hpitaux publics que les centres privs. Ce systme ne favorise

    donc pas les actions de prvention qui ne sont gnralement ni rpertories ni

    rembourses.

    La situation est trs diffrente aux USA. Les centres hospitaliers sont rmunrs

    pour la prise en charge des pathologies chroniques sur des bases forfaitaires.

    Ainsi, si un malade sort de lhpital prmaturment, la r-hospitalisation ne sera

    pas prise en charge par le systme de sant. Ce systme est incitatif pour le

    suivi des patients dans deux domaines, lobservance du traitement et le

    dpistage des complications. Force est de constater quen France 70% des

    ordonnances ne sont pas correctement suivies par les patients.

    Les objets connects ont dmontrs leur intrt pour amliorer lobservance.

    Par exemple, le pilulier connect permet damliorer considrablement la prise de

    mdicament des personnes ges et viter des surdoses. Il ne sagit pas l

    uniquement dun moyen damliorer les soins mais aussi de sauver des vies. Un

    frein majeur au dploiement de ces piluliers rside dans le manque de

    rmunration du pharmacien de ville qui est le professionnel de sant le plus

    qualifi pour remplir le pilulier. Il est dailleurs assez surprenant que la CNAM ne

    sintresse pas ce sujet car cela permettrait de limiter le nombre de

    mdicaments rembourss au strict ncessaire.

    Un phnomne connu est que le malade souhaite chapper sa maladie. Ainsi

    ds quil va mieux il veut reprendre une vie normale et oublier son traitement.

    De mme, il est connu que les personnes qui achtent un bracelet traqueur des

    mouvements, ne lutilisent plus au bout de quelque mois. Les dispositifs

    mdicaux connects permettent de rpondre cette problmatique. En effet, le

    malade va tre incit faire la mesure mais il naura pas besoin de grer ou

    mme connaitre le rsultat. Par exemple dans le traitement du diabte, seul 30%

    des personnes qui entrent dans le traitement linsuline respectent encore leur

    traitement qui leur demande des actions quotidiennes complexes (ce nest pas le

  • Alain TASSY 04 Juin 2015 Page 4

    cas pour les malades qui commencent trs jeune se faire des piqures

    dinsuline). Le glucomtre coupl la pompe insuline qui injecte la dose exacte

    dtermine par un systme centralis permettra de simplifier considrablement

    la vie du malade.

    Les objets connects peuvent tre des moyens peu onreux pour prvenir les

    rcidives et aider au suivi des pathologies chroniques.

    Il est reconnu quune rechute dun accident cardiaque peut tre anticipe par un

    suivi quotidien du poids. Les balances connectes ont dmontr leur intrt pour

    les personnes qui dcident de maigrir. Elles sont un outil trs simple pour

    prvenir les rcidives des crises cardiaques et viter ainsi lintervention des

    urgences.

    Rles du mdecin et du corps mdical

    Le mdecin un rle majeur dans les applications curatives des objets

    connects. Cela pose donc plus gnralement la question de la formation des

    professionnels de sant. Le CNOM sest mu de ce problme dans son livre blanc

    sur la e-sant, il ne semble pas quune solution sera mise en place rapidement.

    En consultation, aprs avoir fait le diagnostic, le mdecin dcide de prescrire un

    mdicament. Souvent il consulte le Vidal pour connaitre les doses et les

    protocoles suivre. De quel outil disposera le mdecin pour prescrire le recours

    des objets connects ?

    Il nexiste pas de base de donnes europenne ou nationale qui rpertorie les

    dispositifs mdicaux et les protocoles associs. Il semble mme impossible de la

    constituer car les volutions dans ce domaine sont bien plus rapides que pour les

    mdicaments. Cependant, tout dispositif mdical suit un protocole de recherche

    clinique pour pouvoir tre accept, qui est la fois coteux et long. Il semble

    donc illusoire dtablir ce type doutil au service du mdecin pour les objets

    connects; mme pour ceux rpertoris dans les dispositifs mdicaux. Les objets

    connects seront rgis par des standards ou des normes.

    Se pose alors la question de la responsabilit du mdecin prescripteur laquelle

    nous navons pas de rponse.

    Pour le suivi mdical au domicile, il sera ncessaire de former tous les

    professionnels de sant intervenants, ce qui pose un problme de cot.

    Les objets connects vont-ils permettre de rduire les cots du systme

    de sant ?

  • Alain TASSY 04 Juin 2015 Page 5

    A priori, comme toute nouveaut, lintroduction des objets connects dans le

    systme de soin franais va entraner un surcot si elle nest pas accompagne

    dune volution de lorganisation.

    Cependant aux Etats-Unis, la Veteran Health Administration (VHA) qui tait

    donne pour morte dans les annes 90 est aujourdhui un modle dinnovation et

    defficacit et utilise de plus en plus les objets connects.

    Une premire conclusion est que sans une modification de lorganisation du

    systme de soin et de son modle conomique (mode de financement des

    acteurs), les objets connects ne rduisent pas les cots.

    A linverse les objets connects deviennent une source dconomie et

    damlioration de la qualit des soins si lon adapte le systme global. Certains

    pays sont en train dexplorer de nouvelles voies comme le Portugal pour

    linsuffisance rnale. La rmunration se fait maintenant en relation avec la

    mesure dun indicateur permettant de contrler la qualit des soins. Le livre

    blanc du Syntec numrique a prsent les initiatives prises dans plusieurs pays

    qui toutes ont gnr des conomies.

    Le-sant peut aussi rsoudre des problmes non-rsolus ce jour. Par exemple

    le Cameroun, qui est confront une dsertification mdicale, a lanc la

    consultation par SMS pour amliorer la prvention mdicale.

    La segmentation Prventif / Curatif est-elle pertinente ?

    Cette segmentation peut sinterprter comme une dclinaison de la dichotomie

    habituelle entre bien-tre et sant.

    Mais les choses sont plus complexes que cela et nous avons plutt un continuum

    qui ne peut tre scind un endroit plus qu un autre. Dans le prventif il faut

    distinguer le fait de faire baisser le risque de maladie et le prdictif (qui pouss

    lextrme peut entraner des comportements dviants). Dans le curatif, il

    faudrait sparer le diagnostic, les traitements et le suivi. Si par exemple on

    considre le vieillissement de la population, la sparation entre personnes

    malades et personnes en bonne sant ne fonctionne plus. Aprs 80 ans, les

    personnes prsentent en moyenne 4 pathologies. Il faut donc apprendre vivre

    avec. Les objets connects de sant peuvent beaucoup aider simplifier la vie de

    ces personnes pour vivre avec leurs pathologies.

    Comment cataloguer les objets qui peuvent changer le comportement des

    personnes dans leur mode de vie comme les traqueurs dactivit ? Car en

    bougeant plus on rduit les risques cardiovasculaire et on amliore aussi la

    gurison par exemple des cancers.

  • Alain TASSY 04 Juin 2015 Page 6

    Enfin, les objets connects de sant ne se limitent pas aux soins. Ce sont aussi

    des outils de recherche, ainsi des fabricants franais lancent des projets avec les

    universits amricaines.

  • Alain TASSY 04 Juin 2015 Page 7

    Conclusion

    Il semble que la segmentation prventif vs. curatif ne soit pas adapte pour le

    march des objets connects. Ces objets nont dintrt dans le curatif que si le

    systme de sant favorise la prvention et permet ainsi doffrir un modle

    conomique viable lutilisation des objets connects de sant. Les bnfices

    offerts par les objets connects sont de deux ordres : le mieux vivre avec ou

    sans pathologie et des conomies substantielles moyen terme pour le systme

    de sant. Mais ces conomies seront effectives condition que le systme sache

    sadapter aux innovations gnres par la e-sant au sens large.