Synthese bibliographique digiwork-2012

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    01-Sep-2014

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Ce travail a t ralis en amont du lancement de lexpdition FinG DigiWork pendant lt 2012. Il a ensuite aliment les rflexions sur le travail et lentreprise de ltude prospective la dynamique dinternet, prospective 2030, publie par le Commissariat gnral la stratgie et la prospective en juin 2013. Nous faisons le choix de publier ce document de travail tel que produit initialement pour fournir aux membres de la communaut ouverte Digiwork les lments de lecture ayant servi la rflexion. Pour toute remarque, question, crivez-nous sur le rseau social FING http://www.reseaufing.org/pg/blog/group:98977/new/

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<ul><li> Page 1 Repenser la place des individus au travail dans une socit numrique Synthse bibliographique de la littrature scientifique Travail/ Entreprises/ Numrique Remarques Ce travail a t ralis en amont du lancement de lexpdition FING DIGIWORK pendant lt 2012. Il a ensuite aliment les rflexions sur le travail et lentreprise de ltude prospective La dynamique dInternet, prospective 2030, publie par le Commissariat gnral la stratgie et la prospective en juin 2013. Nous faisons le choix de publier ce document de travail tel que produit initialement pour fournir aux membres de la communaut ouverte Digiwork les lments de lecture ayant servi la rflexion. Nous prions donc les lecteurs dtre indulgents quant au style, aux possibles approximations, aux manques, aux fautes restes caches Nous sommes bien sr preneurs de toutes remarques enrichissant la rflexion, et vous invitons cet effet rejoindre le groupe Digiwork du rseau social de la FING. </li> <li> Page 2 Page 3 SOmmaire 01 02/05 0 - introduction 1 Des conceptions modernes du travail et de lentreprise, aujourdhui en crise 1.1 Le travail un fait total, forg, depuis le 19e sicle, dans le rapport la technique 1.2 Des crises conomiques masquant des crises du travail et de lentreprise 1.3 Un modle en transition vers une conomie de la connaissance 1.4 En question 06/11 2 - Lentreprise moderne, ne de lmergence des technologies et dpasse par elles 2.1 Lentreprise : lieu par excellence de linnovation technologique ? 2.2 Lentreprise : lieu par excellence de lactivit inventive ? 2.3 En question 12/17 3 - Travail et activit : vers un brouillage des frontires 3.1 Le travail sous pression 3.2 De lclatement 3.3 De nouvelles figures de travailleur : de lactivit lempowerment 18/21 4 - Enjeux et risques identifis, volutions et rapports de force 4.1 Les tensions fondatrices 4.2 Les grands enjeux 22/23 5 - Points de bifurcation possibles ou points de rupture potentielle 1. Nouvelle gographie des entreprises 2. Tous entrepreneurs ! 3. Entreprise tendue 4. Lopen data des entreprises 5. La place Tahrir dans les entreprises 6. Nouvelle maladie professionnelle : le burn out 7. Les big data : point fort du revenu universel dexistence 8. Le travailleur nomade et sa musette doutils numriques 24/26 bibliographie </li> <li> Page 4 Page 1 0. INtroduction Le travail subit de nombreuses pressions issues du numrique : clatement de lunit de temps et de lieu par la mobilit des quipements et laccroissement du travail immatriel, effacement des frontires entre vie prive et vie professionnelle, processus dinnovation ouverte, intensification du travail, accroissement des contrles et de la surveillance, risques de scurits, pannes, dysfonctionnements, ingalit de comptences dusages entre jeunes et vieux mais aussi hausse de productivit et diminution du nombre demplois, effacement des frontires entre travail et activit. Ainsi, analyser limpact des TIC sur le travail, cest considrer le travail aux prises avec le progrs technique, sous trois dimensions imbriques : &gt;&gt; lvolution des pratiques de travail dites productives ou non productives, et dans leur rapport au temps, lespace, aux collectifs ; &gt;&gt; lvolution des interactions individuelles et des collectifs de travail : mergence, cadre, organisation, finalit, valorisation, redistribution de la valeur, etc. &gt;&gt; lvolution du systme productif : la production de la valeur et sa mesure, la redistribution des richesses en revenus, en droit de protection et en droit de formation. Or lensemble de ces dimensions est impacte par le numrique, mettant en crise le travail et lentreprise. Larticle sattache mettre en vidence, au-del des problmatiques demploi, les transformations intrinsques au travail et aux collectifs de travail, pour questionner, in fine, la valeur : sa production, sa captation, sa redistribution, dans un contexte o plusieurs modles conomiques coexistent, et sont en tension. </li> <li> Page 2 1 - 1 Le travail un fait total, forg, depuis le 19e sicle, dans le rapport la technique 1. Des conceptions modernes du travail et de lentreprise, aujourdhui en crise Les conceptions modernes du travail et de lentreprise se sont forges la fin de la premire rvolution industrielle dans un lien troit avec le progrs technique. Selon B. SEGRESTIN et A. HATCHUEL (2012) le dveloppement de la science et des technologies de lpoque - lectricit, chimie, mcanique - a jou un rle central dans lmergence de lentreprise. Pour savoir exploiter et acclrer le progrs technique, domestiquer linnovation, il a fallu organiser lactivit inventive. Or les comptences ncessaires ne prexistent pas, cest le collectif qui les dtermine et les fait natre. Lentreprise se construit alors autour de linnovation et la cration collective (Les auteurs avancent pour preuve le nombre croissant dingnieurs et de dpt de brevet depuis la fin du 19e sicle). La relation de travail nest pas une relation marchande, mais une relation de coopration et dapprentissage collectif sur le long terme. Les individus engags dans laction doivent accepter, pour innover, de se conformer aux rgles collectives et voir leurs potentiels transforms en fonction des orientations communes. Le travail sest ainsi structur dans le cadre mme de lentreprise, et dans un rapport troit la technique. Au cours du 19e et 20e sicle, il est devenu un fait total, sdimentant trois caractristiques centrales (MEDA D., 1995) : la production de richesse et lobtention dun revenu 2) la libert de cration et dpanouissement personnel 3) lobtention de droits et de protection. 1 - 2 Des crises cono- Aujourdhui le travail et lemploi sont au cur de la valeur et du systme productif capitaliste (croissance, revenu, consommation). Depuis les annes 90, lconomie des pays de lOCDE se caractrise globalement par des crises conomiques rgulires, une croissance faible et un taux de chmage lev. Un constat simpose : lconomie ne produit plus suffisamment demplois rmunrs. En 2012, lconomie mondiale (International Labour Organization, 2012) affiche peu damlioration : une croissance faible aux alentours des 3%, voire nulle, et un maintien dans le chmage dune grande partie des populations actives (6% en moyenne dans le monde, 11,6 % en zone euro) dont les jeunes (12% de chmage pour les jeunes dans le monde, 22% en zone euro). Daprs lInstitut du Travail, la capacit de lconomie mondiale crer de nouveaux emplois a nettement baiss. Or en retour, la diminution du pouvoir dachat des actifs participe au maintien dun faible niveau de croissance. Au-del du prisme des crises conomiques, lanalyse de la structuration du march du travail depuis les annes 90 met jour des tendances constantes, et similaires aux pays de lOCDE. Les grandes tendances du march du travail dans les pays de lOCDE de 1990 2011 Un accroissement de la population active et de son niveau de formation &gt;&gt; un accroissement de la population active globale ; &gt;&gt; une masse salariale plus ge (allongement de la dure de la vie en bonne sant et augmentation du taux demploi des travailleurs gs 55/64ans) et plus fminine ; &gt;&gt; une augmentation du niveau de formation chez les jeunes adultes . miques masquant des crises du travail et de lentreprise Lemploi en difficult dans presque tous les pays de lOCDE Une dure du travail en constante diminution &gt;&gt; une dure moyenne annuelle qui a fortement diminu de 1998 2008 (passant de 1821 1764 heures en moyenne), et continue diminuer. En Europe la dure moyenne est Page 3 1 Des conceptions modernes du travail et de lentreprise, aujourdhui en crise passe de 40H en 1991 36h en 2010. A noter : cette dure moyenne est aussi tire par laccroissement du temps partiel et limpact du sous-emploi - rduction du temps de travail pour faire face la crise) des 10 % de travailleurs les mieux pays ont augment par rapport ceux des 10 % de travailleurs les moins bien rmunrs, depuis le milieu des annes 1990. &gt;&gt; Une augmentation de lemploi temps partiel . En Europe, cette catgorie reprsente 17% des salaris en 1991, 21% des salaris en 2010, et particulirement des contrats de moins de 20H - 8% en 1991 14% en 2010. La faute aux technologies? &gt;&gt; Une augmentation du chmage de longue dure . &gt;&gt; pour un rle damplificateur de la globalisation et de la mise en rseau de lconomie, du la dmatrialisation, (CASTELLS M. 2001), et avec pour consquence une interdpendance mondiale de lconomie, et un emballement de la finance. Un niveau de productivit en hausse &gt;&gt; une progression toujours plus rapide de la productivit du travail depuis une quinzaine dannes (aux USA, la productivit aurait progress de 25% de 1967 1982, puis de 30% de 1997 2007 ). &gt;&gt; depuis 1991 le niveau de productivit du travail dans les pays dvelopps reste beaucoup plus importants que dans les pays en dveloppement (sauf pour lAsie qui les a rattraps) : en 2011 le travailleur moyen dun pays en dveloppement produit moins dun cinquime de la production du travailleur moyen dun pays dvelopp . &gt;&gt; une intensification du travail a t observe en Europe puis 90 2000, puis sest ralentie sur la dernire dcennie . Baisse de la valeur produite par le travail et ingalit de rpartition des gains &gt;&gt; Un recul de la part du travail dans les revenus des pays de lOCDE. Les raisons identifies sont la hausse de la productivit et laccroissement de lintensit capitalistique, lintensification de la concurrence nationale et internationale, laffaiblissement du pouvoir de ngociation des travailleurs et lvolution des institutions de la ngociation collective. &gt;&gt; Une augmentation des ingalits de revenu marchand : dans 16 des 19 pays de lOCDE pour lesquels des donnes sont disponibles, les gains Vis--vis de ces tendances de fond observes sur deux dcennies dans presque tous les pays de lOCDE, limpact des technologies est habituellement point deux titres : &gt;&gt; pour un rle daccroissement de la productivit du travail ; productivit qui transforme les tches, les fonctions ncessaires lactivit, et en particulier en diminue le nombre (BRIAN A., 2011). Jrmy RIFKIN (1995) ds 95 prvoyait que les TIC, ayant gagn tous les pans de lconomie (suite linformatisation massive des entreprises durant les annes 80 et des marchs financiers) conduiraient une productivit trs forte des entreprises, et une croissance sans emploi. Lconomie numrique plus destructrice que productrice demploi ? Aujourdhui mme lconomie numrique, secteur de grande productivit et porteur de croissance, se rvle peu cratrice demplois, limage de la Silicon Valley en perte nette demploi depuis 15 ans. Depuis dix ans, on croit que le numrique va crer des emplois. Or il cre peu demplois directs, et contribue plutt supprimer des bureaucraties ou des rentes. Loptimisation sans prcdent quil permet (dans le domaine de la consommation, des services) devrait contribuer faire baisser le travail, au sens ancien du terme. Mais pas lactivit : car en amont du travail proprement dit (produire un service, un bien, un contenu), on voit se dvelopper toute une activit de veille, dautoformation, de-rputa- </li> <li> Page 4 1 Des conceptions modernes du travail et de lentreprise, aujourdhui en crise tion, de connexion, dchanges, dexprimentations (COLIN N., VERDIER H. 2012) 1-3 Un modle en transition vers une conomie de la connaissance La part croissante du travail immatriel Depuis la fin des annes 90 les analyses issues de tout champ disciplinaire thories de la croissance, thorie du changement technique et de linnovation, thorie conomique - convergent pour affirmer lmergence dune conomie de la connaissance (CORSANI A. 2003). Economie de la connaissance, nouvelle re informationnelle, socit de la connaissance, capitalisme cognitif Le flottement smantique sous-jacent aux diffrentes dnominations rvle des oppositions danalyse quant limpact des technologies dans cette rvolution du travail et du systme productif. Le point commun entre ces diffrentes thories est la reconnaissance de la part grandissante du paradigme informationnel dans le travail (CASTELLS, 1996) : le travail, mme dexcution, est de plus en plus un travail de gestion dinformations, et qui ncessite de lanalyse, des prises de dcision. La rponse politique de lEurope LUnion europenne a fait de lconomie de la connaissance son axe majeur de dveloppement conomique sur les annes 2000/2010, travers la Stratgie de Lisbonne . Ce qui devient stratgique dans le travail repose sur les comptences technique, scientifique, organisationnelle et communicationnelle et les capacits crative et adaptative. Le noyau de lconomie de la connaissance est li lappropriation des connaissances et la production continuelle dinnovation. La transformation vers lconomie de la connaissance soulve en effet de complexes questions sur la valeur des biens informationnels au regard de leurs principes de non-rivalit et non-exclusivit et du processus de pollinisation luvre (MOULIER-BOUTANG Y. 2010). Des positions antagonistes se dveloppent entre : &gt;&gt; un march sophistiquant un droit de la proprit prive par de nouvelles enclosures : brevets, licences, DRM ; (ne serait-ce que par les rentes monopolistiques que la valorisation marchande de la connaissance recre parfois), &gt;&gt; et des courants communautaires proposant de nouvelles mthodes de production et de diffusion de connaissances, sans droit de proprit exclusif (une conception des biens communs informationnels : logiciel libre, licence GNU, Creative commons) (VECAM, 2011, JULLIEN N., 2010). Les productions collaboratives sautorisent dsormais concurrencer de manire frontale les productions propritaires , la fois sur la qualit, sur le prix et sur les valeurs. La tension entre marchand et non-marchand est forte. Elle laisse place des formes alternatives de conception, de production, de consommation, de gestion des cycles de vie des produits mais aussi des formes nouvelles de contrle et de privatisation des savoirs (via par exemple les DPI Deep Packets Inspection). Lhypothse cognitif du capitalisme Les thories du capitalisme cognitif diffrent de celle de lconomie de la connaissance, par leur conception spcifique du rle jou par les technologies, et leur impact sur les conceptions du travail. Pour (NEGRI A., 2008), le passage du capitalisme industriel un capitalisme cognitif nest pas prdtermin par les technologies mais acclr par elles : les TIC ne peuvent correctement fonctionner que grce un savoir vivant capable de les mobiliser, car cest la connaissance qui gouverne le traitement de linformation, information qui demeure autrement une ressource strile, comme le serait le capital sans le travail. La force cratrice principale Page 5 1 Des conceptions modernes du travail et de lentreprise, aujourdhui en crise la base de la rvolution des TIC ne provient pas dune dynamique dinnovation impulse par le cap...</li></ul>

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