100 ans après sa mort un message toujours actuel

  • Published on
    13-Feb-2017

  • View
    215

  • Download
    0

Embed Size (px)

Transcript

  • 100 ans aprs sa mortun message toujours actuel

    Recueil de textes ralis en commun

    Par les Petits frres de lvangile et les Petits frres de Jsus

    1

  • Centenaire 1916 - 2016

    Le 1er dcembre, il y aura juste cent ans que Charles de Foucauld est tomb enterre comme le grain. l'occasion de ce centenaire, nous avons pens prparer unnumro spcial des Nouvelles des fraternits pour couter nouveau le son de lavoix de Charles nous parlant de thmes qui lui taient chers.

    Mais comment choisir ? C'est le pape Franois qui nous a inspir la rponse. plusieurs reprises durant l'anne 2015, le pape a fait une mention explicite deCharles de Foucauld : propos du travail, dans l'Encyclique Laudato si ; proposde l'vanglisation en contexte scularis, lors d'une retraite de prtres en juin. Larfrence Charles la plus rcente, on la trouve dans la mditation que le pape aprononce pendant la veille de prire, place Saint Pierre, la veille de l'ouverture duSynode sur la famille, le 3 octobre 2015. Un trs beau texte sur la faon dontCharles de Foucauld s'est nourri de la contemplation de la "Famille de Nazareth" etune invitation regarder la vie de la famille aujourd'hui la lumire de la famille deJsus. videmment nous sommes particulirement sensibles la faon dont le papes'exprime : impression qu'il a fait sienne profondment la pense de Charles aupoint de s'exprimer dans des termes qui sont trs proches de ceux de Charles.Nous commencerons donc par relire un long extrait de cette intervention du pape,

    puis nous reprendrons quelques uns de ses points cls, en les illustrant de textes de Charles de Foucauld.Ce numro des Nouvelles est spcial un autre titre : il a t prpar et il est publi en commun par lesPetits frres de Jsus et les Petits frres de l'vangile. Comme vous le savez, en 2015 "Rome" a approuvles statuts de la fdration que forment ensemble nos deux Fraternits. Publier en commun ce numro deNouvelles, est une faon, en cette anne du centenaire, de dire notre volont de cheminer ensemblecomme des frres qui boivent l'eau du mme puits.

    NB : Le langage de Charles est celui de son poque et il nous faut un peu d'effort pour rentrer dans sonstyle. Mais certains mots qu'il emploie ont chang de sens au cours du temps.Pour faciliter la lecture, nous les avons parfois remplacs par leur quivalent d'aujourd'hui. Nous donnonstoujours les rfrences pour retrouver l'original.

    ***Index

    Centenaire. 1916-2016 pag. 2

    Charles de Foucauld et la Famille de Nazareth pag. 3

    Nazareth, une vie avec Jsus et la sainte famille pag. 4

    Apostolat de la bont pag. 5

    Lamour de Dieu et l'amour des hommes pag. 8

    Se laisser vangliser par les pauvres pag. 9

    Le mystre de la Famille de Nazareth pag. 12

    Portrait de la famille pag. 13

    2

  • Charles de Foucauld et la Famille de Nazareth

    Extrait du discours du pape Franois, place saint Pierre, lors de la veille de prire en prparation l'ouverture du synode sur la famille (3 octobre 2015)

    Chaque , famille est toujours une lumire, bien que faible, dans lobscurit l'obscurit du monde.Lhistoire mme de Jsus parmi les hommes prend forme dans le sein d'une famille, l'intrieur delaquelle il restera pendant 30 ans. Une famille comme beaucoup, la sienne, situ dans un village perdu dela priphrie de l'Empire.

    Charles de Foucauld, peut-tre comme peu d'autres, a devin la porte de la spiritualit qui mane deNazareth.

    Ce grand explorateur abandonna en hte la carrire militaire, fascin par le mystre de la SainteFamille, de la relation quotidienne de Jsus avec ses parents et ses proches, du travailsilencieux, de la prire humble.

    Regardant la Famille de Nazareth, frre Charles discerna la strilit du dsir de richesse et de pouvoir ;il se fit tout tous par l'apostolat de la bont ; attir par la vie rmitique, il comprit qu'on ne grandit pasdans l'amour de Dieu en vitant la servitude des relations humaines. Parce que c'est en aimant les autresqu'on apprend aimer Dieu ; c'est en se penchant vers son prochain qu'on s'lve jusqu' Dieu.

    travers la proximit fraternelle et solidaire avec les plus pauvres et les plus abandonns, il compritque, finalement, ce sont eux qui nous vanglisent, en nous aidant grandir en humanit.

    Pour comprendre aujourd'hui la famille, entrons nous aussi- comme Charles de Foucauld - dans le mystre de la Famille de Nazareth, dans sa vie cache, ordinaire etcommune, comme celle du plus grand nombre de nos familles, avec leurs peines et leurs joies simples ;vie tisse de patience sereine dans les contrarits, de respect pour la condition de chacun, de cettehumilit qui libre et fleurit dans le service ; vie de fraternit qui surgit du fait de se sentir partie d'ununique corps.

    La famille est le lieu d'une saintet vanglique, ralise dans les conditions les plus ordinaires. Il s'yrespire la mmoire des gnrations et s'y enfoncent des racines qui permettent d'aller loin. C'est le lieu dudiscernement, o on s'duque reconnatre le dessein de Dieu sur sa propre vie et l'embrasser avecconfiance. C'est un lieu de gratuit, de prsence discrte, fraternelle et solidaire, qui apprend sortir desoi-mme pour accueillir l'autre, pour pardonner et se sentir pardonns.

    3

  • Nazareth, une vie avec Jsus et la sainte famille

    Ce grand explorateur abandonna en hte la carrire militaire,fascin par le mystre de la Sainte Famille, de la relationquotidienne de Jsus avec ses parents et ses proches, du travailsilencieux, de la prire humble.

    Sainte Vierge, saint Joseph, mettez-moi avec vous aux piedsde Notre-Seigneur. Faites-moi mener avec vous votre vie deNazareth, c'est--dire Sa vie de Nazareth, cette vie si perdue enDieu, si recueillie; toute la vie de Jsus a t galement perdueen Dieu, galement recueillie : Il n'a jamais perdu la prsence deson Pre ; Il le regardait sans cesse pour l'adorer sans cesse etfaire sans cesse sa volont :

    Ma nourriture est de faire la volont de mon Pre... Je nesuis pas seul, mon Pre est toujours avec moi, car je fais toujoursce qui Lui est agrable... Vous me laissez seul, mais je ne suispas seul, car mon Pre est avec moi Soit Nazareth, soit audsert, soit dans votre vie publique, votre vie intrieure atoujours t la mme, Jsus : toujours, partout, vous avez tgalement perdu, noy en Dieu... Extrieurement vosoccupations ont chang :[...] mais quoique vous fassiez parfaitement toutes les actions extrieures, vousne cessiez jamais intrieurement d'tre abm en Dieu ! Faites moi donc, Jsus, vivre de cette vieintrieure de contemplation continuelle qui ne cessera jamais d'tre la vtre et qui fut le principal, le fondde votre existence ; [ . . . ] vous m'avez donn une vie de prire, de lecture, d'humble travail o je parle unpeu, mais trs peu et o je mange, mais peu, pauvrement, simplement : c'est votre vie de Nazareth,recueillie, silencieuse, pauvre, efface, laborieuse Faites-moi, Jsus, la mener parfaitement, en Vous,par Vous et pour Vous !... Faites la mme grce tous vos enfants en vue de Vous !

    20 juillet 1898, Nazareth,Considrations sur les ftes de l'anne, page 486

    Soyez humbles, humbles dans vos sentiments, ayant de bas sentiments de vous-mmes, humbles en paroles, humbles en actions, humbles dans toute votre vie, aimant les petits et faisant d'eux votre socit, humbles dans vos manires, humbles en prenant partout et toujours la dernire place. Humilit toujours

    mars 1898, Nazareth, Crier l'vangile p.106

    4

  • L'apostolat de la bont Regardant la Famille de Nazareth, frre Charles discerna la strilit du dsir de richesse et de pouvoir; il se fit tout tous par l'apostolat de la bont.

    Craignons les richesses ; elles ne sont pas un mal en elles-mmes, puisque Dieu est infiniment riche,mais, vu notre faiblesse, elles sont un grand danger, car nous courons le risque de nous y attacher, ce quinous dtache autant de Dieu. Surtout, surtout, soyons pauvres par pur amour, pour ressembler Jsuspauvre ! Soyons aussi pauvres par obissance Sa parole, puisqu'il nous a tant recommand la pauvret,et tant dtourns de la richesse... Et soyons pauvres comme Il l'a t, n'ayant jamais ni en notrepossession, ni notre usage autre chose que ce que peuvent avoir de pauvres ouvriers.

    La bont de Dieu, p. 251

    Dans son carnet, Charles note les conseils qu'il a reus de l'abb Huvelin, lors de sa visite en Franceen 1909 :

    - Mon apostolat doit tre l'apostolat de la bont. En me voyant on doit se dire : Puisque cet hommeest si bon, sa religion doit tre bonne. - Si l'on demande pourquoi je suis doux et bon, je dois dire : Parce que je suis le serviteur d'un bien plusbon que moi. Si vous saviez combien est bon mon Matre JSUS. Le prtre est un ostensoir, son rle estde montrer JSUS ; il doit disparatre et faire voir JSUS ;

    - M'efforcer de laisser un bon souvenir dans l'me de tous ceux qui viennent moi.- Me faire tout tous : rire avec ceux qui rient, pleurer avec ceux qui pleurent, pour les amener tous

    JSUS. - Me mettre la porte de tous, pour les attirer tous JSUS.

    Carnets de Tamanrasset p. 188

    Hassons le pch, mais aimons les pcheurs pour qui le Christ estmort ; prions pour ces frres gars et soyons bons pour eux vous testous frres, vous avez un mme Pre qui est dans les Cieux ; peut-trecette bont, en portant vers nous nos frres gars, les portera-t-elle versnotre Matre. Tout chrtien est un ostensoir ; il doit, en lui, faire voir Jsus,surtout Jsus dans l'amour et la bont de Son Cur, autant que le peut lagrande misre humaine.

    Lettre Pierre Leroy, 24 mars 1916, Tamanrasset

    Dans de nombreux textes de la dernire priode de sa vie, Charles fait rfrence au rle vanglisateur de Priscille et Aquila, couple de lacs, collaborateurs de Saint Paul, modles de cet apostolat par la vie ordinaire imprgne de l'vangile, mle la population :

    Vendre de la cretonne et de la cotonnade bleue des prix raisonnables.Voil un moyen bien simple de faire venir tout le monde soi, de trouvertoutes les portes ouvertes, de rompre toutes les glaces...Qu'avec cela celuiqui vend soit une bonne me, la bonne impression sera faite, on aura desamis dans tout le pays, et c'est le commencement... D'honntes petitscommerants franais seraient accueillis avec bonheur par les autorits quirougissent de leurs compatriotes tablis dans le Sud : aucun Franais nevient s'tablir aux Oasis si ce n'est pour tre marchand d'alcool... c'est unehonte ! Il faudrait des chrtiens comme Priscille et Aquila, faisant le bien en silence en menant la vie depauvres marchands ; en relation avec tous, ils se feraient estimer et aimer de tous, et feraient du bien tous... Ils gagneraient leur vie sans peine, les autorits les recevraient bras ouverts; nul obstacle ; ilsuffirait de les trouver.

    Lettre au Pre Voillard, 13 dcembre 1905, Tamanrasset

    5

  • Tout chrtien doit tre aptre : [ . . . ] - tre aptre, par quels moyens ? Par les meilleurs, ens'adaptant ceux auxquels ils s'adressent : avec tous ceux avec qui ils sont en rapport sans exception, parla bont, la tendresse, l'affection fraternelle, l'exemple de la vertu, par l'humilit et la douceur toujoursattrayantes et si chrtiennes ; avec certains sans leur dire jamais un mot de Dieu ni de la religion,patientant comme Dieu patiente, tant bon comme Dieu est bon, aimant, tant un tendre frre et priant ;avec d'autres en parlant de Dieu dans la mesure qu'il peuvent le porter. [...] Surtout voir en tout humain unfrre -"vous tes tous frres, vous avez un seul pre qui est aux deux" - voir en tout humain un enfant deDieu, une me rachete par le sang de JSUS, une me aime de JSUS, une me que nous devons aimercomme nous-mmes et au salut de laquelle nous devons travailler. - Bannir loin de nous l'esprit militant :"Je vous envoie comme un agneau parmi les loups", dit JSUS... Combien il y a loin entre la manire defaire et de parler qui tait celle de JSUS et l'esprit militant de ceux qui ne sont pas chrtiens ou mauvaischrtiens et voient des ennemis qu'il faut combattre, au lieu de voir des frres malades qu'il faut soigner,des blesss tendus sur le chemin dont il faut tre le bon Samaritain.

    Lettre Joseph Hours, 3 mai 1912, Tamanrasset

    Que faisons-nous pour l'vanglisation de notre empire N W africain ? On peut dire : rien. [...] Ilfaudrait des bons prtres en assez grand nombre (non pour prcher : on les recevrait comme on recevraitdans des villages bretons des Turcs venant prcher Mahomet, [...] ; mais pour prendre le contact, se faireaimer, inspirer estime, confiance, amiti, oprer un rapprochement entre la population et eux, dfricher laterre avant de semer) ; il faudrait ensuite de bons chrtiens lacs des deux sexes, pour remplir le mmerle, prendre un contact plus troit encore, entrer l o le prtre ne peut gure entrer surtout chez lesmusulmans, donner l'exemple des vertus chrtiennes, montrer la vie chrtienne, la famille chrtienne,l'esprit chrtien ; il faudrait ensuite de bonnes religieuses, avec ou sans habit religieux, soignant lesmalades et levant les enfants, trs mles la population, parpilles par 2 ou 3 l o il y a un prtre etquelques chrtiens... Ne pas chercher de longtemps faire des conversions, mais aimer, tre bon, trevertueux, prendre un contact troit avec les Touaregs... Ceci se faisant, les conversions au bout d'un tempsvariable, 25 ans, 50 ans, 100 ans, viendront d'elles-mmes, comme mrissent les fruits, mesure quel'instruction se rpandra

    Mais si ces malheureux musulmans ne connaissent aucun prtre, ne voient comme soi-disant chrtiensque des exploiteurs injustes, tyranniques, durs, donnant l'exemple du vice, comment se convertiront-ils,comment ne prendront-ils pas en haine notre Sainte Religion, comment ne seront-ils pas de plus en plusnos ennemis ?

    [...] J'ajouterai un mot : c'est que, soit pour bienadministrer notre Empire d'Afrique, soit pour l'vangliser,il est ncessaire de connatre sa population. - Or nous laconnaissons extrmement peu : cela vient assurment enpartie des murs musulmanes : mais c'est un obstacle qu'onpeut vaincre. Il reste ce fait dplorable que nous ignorons un degr effrayant la population de notre Afrique : depuis32 ans je n'ai gure quitt l'Afrique du Nord (si ce n'estpendant 10 ans, de 1890 1900, temps que j'ai pass enTurquie d'Asie, Armnie et Terre Sainte) ; je ne voispersonne, ni officier, ni missionnaire, ni colon ou autre,

    connaissant suffisamment les indignes ; moi-mme je connais passablement mon petit coin de Touareg,mais trs superficiellement le reste... Il y a un vice auquel il faudrait remdier = il faudrait auxadministrateurs, aux officiers, aux missionnaires, un contact bien plus troit avec la population, de longssjours dans le mme poste (avec avancement sur place pour les administrateurs et officiers) afin qu'ilsconnaissent, puissent renseigner exactement leurs suprieurs et que ceux-ci connaissent par eux.

    Lettre Fitz-James, 11 dcembre 1912, Tamanrasset

    6

  • La confiance dont m'entourent les Touaregs du voisinage va

    croissant; les amis anciens devie...