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UNIVERSITE LOUIS PASTEUR U.F.R. DE GEOGRAPHIE C.E.R.E.G. STRASBOURG ORSTOM DAKAR LABORATOIRE "EAU ET SANTE" AMENAGEMENTS HYDRO-AGRICOLES ET EVOLUTION DE QUELQUES ASPECTS DE L'ENVIRONNEMENT DANS L'AXE GOROM - LAMPSAR (Delta du fleuve Sénégal) Mémoire de D.E.A. présenté par Carmen PHILIPPE Sous la direction de Monsieur Michel MIETrON et de Monsieur Pascal HANDSCHUMACHER (Maître de stage) Membres du jury : Michel MIETTON, Professeur François PESNEAUD, Maître de Conférence Pascal HANDSCHUMACHER, Chargé de Recherches OR5TOM Septembre 1993

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  • UNIVERSITE LOUIS PASTEURU.F.R. DE GEOGRAPHIE

    C.E.R.E.G.STRASBOURG

    ORSTOM DAKARLABORATOIRE "EAU ET SANTE"

    AMENAGEMENTS HYDRO-AGRICOLES ET EVOLUTION DEQUELQUES ASPECTS DE

    L'ENVIRONNEMENT DANS L'AXE GOROM - LAMPSAR(Delta du fleuve Sénégal)

    Mémoire de D.E.A. présenté parCarmen PHILIPPE

    Sous la direction de Monsieur Michel MIETrONet de Monsieur Pascal HANDSCHUMACHER (Maître de stage)

    Membres du jury :

    Michel MIETTON, ProfesseurFrançois PESNEAUD, Maître de Conférence

    Pascal HANDSCHUMACHER, Chargé de Recherches OR5TOM

    Septembre 1993

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    AVANT-PROPOS

    Ce mémoire de D.E.A. fait suite à un stage de deux mois au sein de l'équipe

    "Eau et santé" de l'ORSTOM, à Dakar, dont les travaux sont axés sur les

    problèmes de risques sanitaires liés à l'environnement, en l'occurence labilharziose, endémique à l'échelle du delta du fleuve Sénégal.

    Le sujet a été défini en accord avec Monsieur Michel Mietton, mon directeur de

    recherche, et Monsieur Pascal Handschumacher, mon maître de stage, dont

    les préoccupations scientifiques convergent vers l'axe du Lampsar.

    Dès le début de cette année universitaire, j'avais émis le souhait

    d'entreprendre une telle expérience afin de me familiariser avec le travail de

    terrain en milieu tropical et celui de chercheur.

    Ce dessein ayant été accompli, j'en sors enrichie tant pas l'engouement que

    m'a procuré ce travail, que par les personnes, pour la plupart chercheurs, qu'il

    m'a été permis de rencontrer.

    Cet ouvrage, qui ne vise pas à l'exhaustivité, est plutôt le résultat de

    l'application des méthodes de travail de recherche qui m'ont été enseignées au

    cours de ma formation universitaire. Il ne constitue pas une fin en soi, mais

    représente plutôt un travail préliminaire qui s'inscrit dans un programme plus

    vaste de la géographie de la santé.

    Je tiens à évoquer ici les difficultés qui ont accompagné ce travail, à

    commencer par le temps. Les deux mois passés à l'ORSTOM, consacrés

    essentiellement à la collecte des données m'ont paru évidemment trop courts

    pour mener à bien ce travail, qui nécessitait une rigueur constante afin d'éviter

    l'éparpillement. Il faut y ajouter le problème de la dissémination de la

    documentation, souvent inhérente à tout travail de recherche.

    Enfin. ce travail n'aurait jamais abouti sans l'encadrement, les conseils et le

    soutien de toutes les personnes que j'ai rencontrées durant tout ou partie de

    cette année universitaire, envers qui je tiens ici à adresser mes plus vifs

    remerciements.

  • 2

    Je commencerai par Monsieur le Professeur Michel MIETTON, mon directeur

    de recherche, qui a bien voulu encadrer ce travail. Je lui suis reconnaissante

    pour ses enseignements et ses conseils avisés. En outre, je lui dois la

    possibilité d'avoir pu effectuer un stage avec l'ORSTOM.

    A Monsieur Pascal HANDSCHUMACHER, chargé de recherches à l'ORSTOM,

    mon maître de stage qui, par ses précieux conseils a su guider mon travail de

    terrain. Au delà des considérations scientifiques, je me permets de lui

    témoigner ma plus grande sympathie eu égard à son accueil et à sa

    disponibilité.

    J'en profite pour adresser ma plus grande reconnaissance à l'ensemble des

    chercheurs du Laboratoire "Eau et Santé" qui ont bien voulu m'accueillir et qui

    ont contribué à rendre ce stage des plus agréables : Messieurs Jean-Pierre

    HERVE, Directeur du Laboratoire, Georges HEBRARD, Jean-Marc

    DUPLANTIER et Jean-Christophe ERNOUD.

    A Monsieur François PESNEAUD, Maître de Conférence, pour avoir accepté

    de participer à mon jury et pour ses enseignements qui m'ont été fort utiles

    dans mon travail de recherche.

    Ma plus grande estime envers Monsieur Jean-Luc PIERMAY, Professeur, pour

    la richesse de ses enseignements et ses conseils.

    'Messieurs André LERICOLLAIS, Charles BECKER et Jean-Yves GAC, chargés

    de recherches à l'ORSTOM, qui par leur bonne connaissance du milieu étudié,

    ont su m'informer utilement. Je rends hommage ici à leur disponibilité et les

    remercie pour leurs encouragements.

    A Oumar SALL, assistant au Laboratoire "Eau et santé", mon interprète et .

    guide, pour son efficacité et sa patience.

    Abdoulaye FAYE, étudiant en doctorat, et Khalibou BA assistant au

    Laboratoire "Eau et Santé" et originaire du village de Lampsar, grâce à leur

    pratique du terrain dans le Gorom-Lampsar, ont su m'apporter des

    renseignements fort intéressants.

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    A tous les organismes et instituts pour leur contribution scientifique ou

    matérielle:

    - L'administration de l'ORSTOM, pour l'allocation de recherche dont j'ai pu

    bénéficier.

    - La S.AE.D. : Messieurs Massogui GUEYE (hydrologue), Dirk RAISS

    (pédologue), Amadou SOW et Madia NDIAYE.

    - L'O.M.V.S. : Monsieur Aviron VIOLET, Conseiller technique au Département

    des infrastructures régionales.

    - L'I.S.R.A : Monsieur Ibrahima DIA, sociologue.

    - La S.O.C.AS.: Monsieur FINNOIS, Directeur.

    - L'Institut de Géographie de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar

    Messieurs NDIAYE et DIOP.

    Les chefs des villages et la population enquêtés dans l'axe Gorom-Lampsar,

    pour leur disponibilité sans égale et leur accueil convivial.

    Les notables et les techniciens de Ross-Béthio.

    A Aminata NIANG et André KONE, mes compères stagiaires au Laboratoire

    "Eau et Santé".

    A Christiane SAWADOGO et Rivo RAMBOARISON, mes amis et mes

    complices de tous les moments, qui m'ont soutE~nu jusqu'à la dernière page de

    ce mémoire.

    Enfin, à Mylène et Sandra SCHWARTZ et à ma maman, envers qUI Je suis

    infiniment reconnaissante pour l'aide qu'elles m'ont apportée et leurs

    encouragements.

  • -1

    INTRODUCTION

    Problématique et intérêts du sujet

    La vallée du ·1:leuve Sénégal est le siège d'importants aménagements hydro-

    agricoles depuis la période coloniale. Ce processus ancien s'est affirmé par la

    suite à l'initiative des Etats indépendants guidés par le souci d'assurer l'auto-

    suffisance alimentaire des populations de la vallée par le biais de la culture

    irriguée.

    Le développement étatique de l'irrigation sous l'égide d'une société nationale,

    la S.A.E.D. (Société d'Aménagement et d'Exploitation des terres du Delta et

    des vallées du fleuve Sénégal et de la Falémé), a conduit à une multiplication

    des aménagements hydro-agricoles et à une extension corollaire des

    périmètres irrigués à partir de 1965, date de création de cette société. Ce

    mouvement s'est amplifié récemment avec la mise en service, d'une part du

    barrage de Diama dans le delta (1986) qui empêche l'intrusion d'eau salée en

    amont, d'autre part du barrage de Manantali au Mali (1988) destiné à réguler le

    débit du fleuve afin d'assurer un approvisionnement en eau toute l'année.

    Le delta du fleuve Sénégal, qui s'étend sur 5000 km2 de Saint Louis à

    Dagana, concentre à lui seul environ la moitié des superficies aménagées dans

    la vallée sous des formes diverses allant des grands périmètres aux petits

    périmètres privés. Cette situation témoigne de la volonté d'aménagement de

    cette zone.

    Avec la mise en fonction des barrages et l'actuel désengagement de l'Etat,

    entrahant une responsabilisation des producteurs, certains périmètres sont

    réhabilités, d'autres, privés, s'étendent rapidement dans le delta.

    Cependant, cette course aux aménagements a .entraÎné de profonds

    bouleversements de l'environnement et posé avec acuité le problème des

    risques sanitaires sous jacents.

    Ce constat a été établi par le Département "Eau et Santé" de l'ORSTOM, à

    Dakar, dans le cadre de recherches menées à propos de l'explosion de la

    bilharziose intestinale à Richard-TolI, à 160 de latitude nord, au delà de sa

    zone habituelle d'endémicité.

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    Plusieurs foyers de bilharziose ont été recensés le long de l'axe constitué par

    les marigots du Gorom et du Lampsar, au centre du delta, lesquels sont

    encadrés sur tout leur cours par des périmètres rizicoles.

    Certains de ces foyers sont anciens comme le village de Lampsar, d'autres

    sont plus récents comme à Mbodiène où la maladie parasitaire est apparue

    après 1986. Ce village, dont les activités sont largement dominées par la

    riziculture irriguée, révèle la gravité de la situation, puisque des études menées

    dans le cadre du projet ESPOIR ont montré une prévalence de la bilharziose

    urinaire chez les habitants d'environ 90 % !Enfin, les enquêtes malacologiques mettent en évidence une augmentation de

    la densité des mollusques hôtes-intermédiaires de la bilharziose et une

    extension de leur aire de répartition comme en témoigne la carte ci-après (Fig.

    1).

  • REPARTITION ET DENSITE DES MOLLUSQUESDANS L'AXE GOROM - LAMPSAR

    Densité

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    Mollusques

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    1Source: P. HANDSCHUMACHEREau & Santé. ORSTOM 1993 -Données malacologiques d'après Diaw et al, 11

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    La tendance générale traduit une extension des sites abritant les mollusques et

    donc un accroissement corollaire des risques liés à la transmission de la

    bilharziose.

    L'hypothèse de base est la suivante : si la bilharziose gagne du terrain, ou si

    elle apparaît dans des sites préservés jusque là; celà signifie que les

    conditions du milieu, de l'environnement, ont été modifiées.

    En effet, la bilharziose peut être considérée comme un " révélateur 1/ dans la

    mesure où cette maladie parasitaire est étroitement liée à l'environnement.

    Pour se développer, la bilharziose nécessite la réunion de trois acteurs :

    l'agent pathogène, l'hôte intermédiaire (le mollusque) et l'hôte définitif

    (l'homme). La présence de ces trois éléments est à son tour conditionnée par

    les composantes de l'environnement.

    En somme, l'apparition de la bilharziose dans des sites nouveaux témoigne

    d'un déséquilibre par rapport aux conditions qui règnaient dans

    l'environnement au préalable.

    Analyser les maladies liées à l'environnement implique donc en premier lieU

    l'étude de l'évolution de la gestion de cet environnement par les hommes. Or,

    celle-ci a été guidée en grande partie par la multiplication des aménagements

    hydro-agricoles dont la progression actuelle' connaît une accélération sans

    précédent dans le delta du Sénégal, et en particulier dans l'axe Gorom-

    Lampsar.

    Aussi avons nous centré notre réflexion sur l'impact des aménagements

    hydro-agricoles de l'environnement de l'axe Gorom-Lampsar, dans le

    cadre d'une étude diachronique.

    Il convient avant tout de préciser le concept d'environnement. On ne saurait le

    limiter aux seuls facteurs bioclimatiques souvent invoqués pour expliquer la

    répartition zonale des maladies, même si celle-ci justifie le terme de "maladies

    tropicâles". Rappelons, à titre d'exemple que le paludisme, maladie tropicale,

    s'étendait autrefois jusqu'au nord de l'Europe, ou encore la récente épidémie

    de choléra, maladie typique sous des latitudes tropicales, qui s'est déclarée en

    août 1993 au sud de la Russie.

    Donc, par environnement, nous entendons "interaction entre des facteurs

    physiques, chimiques et biologiques d'une part, antt"lropiques d'autre part qui,

    en agissant les uns sur les autres dans un espace donné, en font un espace en

    perpétuelle évolution.

  • 8

    Les rapports de l'homme et de son environnement sont dialectiques. Si

    l'homme peut modifier son environnement grâce aux techniques qu'il élabore, il

    est aussi influencé par celui-ci. Une fois qu'il l'a modifié, cet environnement lui

    impose de nouvelles contraintes, l'oblige à de nouvelles attitudes (J.Tricart,

    1976).

    Cette réflexion peut être ramenée à l'étude de l'axe Gorom-Lampsar où elle est

    illustrée par la volonté de mise en valeur de cette zone, concrétisée par le

    foisonnement des aménagements hydro-agricoles ayant entraîné une nouvelle

    physionomie des paysages avec notamment l'extension des surfaces en eau.

    Ces transformations, à leur tour, ont conduit les populations, à l'image des

    peuls par exemple, à adopter de nouveaux comportements.

    Il s'agira de cerner ces transformations mais aussi d'identifier les moyens et les

    acteurs qui ont permis d'y aboutir.

    Il est entendu que les aménagements hydro-agricoles représentent aujourd'hui

    une composante majeure de l'évolution de l'environnement du delta et, avec

    l'extension de la bilharziose, se pose la question de leur responsabilité dans

    l'existence de cette pathologie.

    Quelles sont les composantes de l'environnement que nous avons retenues? "

    est clair qu'au vu de /a définition que nous en avons donné plus haut, elles

    sont multiples.

    Evidemment, il ne nous a pas été possible de toutes les aborder. Notre choix a

    été guidé par les données dont nous avons pu disposer et qui nous ont amené

    à restreindre la notion d'environnement à trois paramètres:

    - la dynamique du peuplement

    - l'évolution des systèmes agraires et des systèmes d'élevage

    - la transformation de la végétation.

    Quant à notre zone d'étude, l'axe Gorom-Lampsar, elle fait l'objet actuellement

    d'un vaste programme de rechercl'1e mené par le Département "Eau et Santé"

    de l'ORSTOM à Dakar.

    Comme nous l'avons signalé plus haut, ce secteur est le lieu privilégié où

    s'exerce cette volonté d'aménagement qui vise à maîtriser l'eau, afin de

    développer la culture irriguée par les aménagements hydra-agricoles, et en

    même temps l'aire d'extension de la bilharziose.

    Ces constatations suffisent à justifier l'intérêt que présente cette zone dans lecadre d'une étude de l'évolution de l'environnement.

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    Il n'est pas concevable de faire un inventaire statique de l'état de

    l'environnement. Celui-ci n'est pas stable, surtout dans le delta.

    Ce n'est qu'à travers une étude diachronique de l'environnement, permettant

    de dégager son évolution qui, par la suite, devra être corrélée à celle de

    l'extension de la bilharziose, que l'on peut escompter dégager les facteurs

    responsables de cette pathologie.

    Le but est de permettre aux autorités compétentes d'infléchir cette évolution

    par la mise au point d'un programme de lutte.

    En résumé, l'étude de l'impact des aménagements hydro-agricoles sur

    l'évolution de l'environnement dans l'axe Gorom-Lampsar constitue le premier

    volet d'un programme plus vaste de géographie de la santé mis en oeuvre à

    l'OR8rOM. Le second volet visera à comparer cette évolution à celle de la

    bilharziose afin de déterminer la relation, ou l'absence de relation, santé-

    environnement.

    Donc dans notre démarche, l'idée des interactions santé - environnement

    constitue en quelque sorte une toile de fond guidant notre réflexion.

    Objectifs

    Dans le cadre d'une étude diachronique, ils visent à mettre en évidence les

    points suivants:

    -'l'évaluation des effets des aménagements hydro-agricoles sur l'évolution de

    l'environnement dans l'axe Gorom-Lampsar, en développant les trois

    paramètres retenus : dynamique du peuplement, évolution du foncier et

    transformation du couvert végétal;

    - les mécanismes, les acteurs et les stratégies qui contribuent à modifier, à

    faire évoluer l'environnement;

    - enfin, il s'agira d'estimer si lës aménagements hydro-agricoles ont abouti à

    des impacts différentiels, permettant ainsi d'individualiser des zones

    géographiques homogènes dans l'axe Gorom-Lampsar.

    Cette étude aura pour point de départ le plus souvent le début des années

    1960. date à laquelle remonte la plupart de nos données et correspondant

    également au début des aménagements.

  • 10

    La première partie de ce travail sera consacrée à la présentation des

    composantes de l'environnement dans l'axe Gorom-Lampsar. Ceci nous

    permettra de replacer notre zone d'étude dans un contexte géographique et

    d'en préciser les limites. Cette présentation du milieu et des hommes sera

    complètée par la description des aménagements hydro-agricoles autour

    desquels s'articule notre reflexion.

    La méthodologie mise en oeuvre sera abordée dans une deuxième partie. De

    la collecte des données à leur exploitation, elle tentera de mettre l'accent sur

    les outils, leurs intérêts, les méthodes utilisées et les difficultés rencontrées,

    autrement dit les limites que présentent ces outils.

    Enfin, la dernière partie constituera la synthèse des résultats et leur critique,

    pour chaque composante de l'environnement retenue. Cette synthèse devra

    aboutir à une typologie des milieux rencontrés dans notre zone d'étude.

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    Première partie

    COMPOSANTES DE L'ENVIRONNEMENT

    DANS L'AXE GOROM - LAMPSAR

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    12

    1.1. Localisation de "axe Gorom-Lampsar (Fig. 2)'

    L'axe Gorom-Lampsar se situe dans le delta du fleuve Sénégal, entre 16° -

    16°30 de latitude nord et 16° - 16°30 de longitude ouest, en domaine sud-

    sahélien.

    Il est constitué par deux défluents du fleuve, le Gorom et le Lampsar, surlesquels nous reviendrons en abordant l'hydrologie de notre zone d'étude.

    Cet axe, de direction nord est-sud ouest, s'étire sur environ 70 km. deMakhana à Kassak nord, villages qui limitent notre terrain. Il couvre une partie

    des arrondissements de Ross-Béthio et de Rao, dans le département de

    Oagana, au nord est de Saint Louis. Son centre est occupé par Ross-Béthio,

    gros bourg et principale communauté rurale du delta.

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    1.2. Le delta du fleuve Sénégal: une mise en place récente

    Le tracé du fleuve, des principaux cours d'eau et les formations superficielles

    du delta résultent d'un processus combinant les alternances de périodes

    pluviales et inter-pluviales, de transgression et régression, de creusement et

    de sédimentation au cours du quaternaire essentiellement.

    Nous rappellerons brièvement les grandes étapes de la construction du delta,

    ce qui nous permettra de replacer les principaux éléments morphologiques et

    biogéographiques de notre zone d'étude (Fig. 3).

    Au cours du quaternaire ancien et moyen, les phases de creusement façonnent

    un vaste golfe marin. Mais c'est surtout durant le quaternaire récent que le

    delta prend progressivement sa morphologie actuelle.

    Sous la phase aride de l'Ogolien (23.000-12.000 B.P), des ergs anciens à

    sables rubéfiés, sont modelés en cordons dunaires, orientés nord est - sud

    ouest ou nord nord est - sud sud ouest, qui ferment progressivement l'accès à

    la mer, soumettant la vallée à un régime endoréïque. Ces dunes rouges

    ogoliennes, sont bien visibles dans le paysage actuel en aval de Ross-Béthio,

    de part et d'autre de la R.N. 2. Elles présentent un aspect général de "tôle

    ondulée" et constituent les points hauts du relief, 10 mètres d'altitude en

    moyenne; exceptionnellement, elles peuvent atteindre jusqu'à 20 - 25 maux

    ~nvirons de Lampsar, Mboltogue, Ndelle Boye et Ndiaye.

    A cette phase de sédimentation succède, vers 10.000 B.P., une phase pluviale

    qui permet le recreusement du lit du fleuve à travers ces dunes jusqu'à la mer.

    Fait suite une intrusion lors de la transgression du Nouakchottien (6.500 -

    4.500 B.P.). Une vaste ria s'installe alors et remonte jusqu'à Bogué. Elle

    empreinte le chenal de la Taoué et s'installe dans la dépression du lac de

    Guiers.

    La formation du delta se poursuit au cours du post-Nouakchottien (4.500 -

    1880 B.P.). En même temps que l'alluvionnement progresse vers l'aval, des

    cordons littoraux sableux sont édifiés et barrent partiellement l'accès du fleuve

    à la mer. Le lac de Guiers se forme ; les dépôts deltaïques isolant sa

    dépression.

    L'alluvionnement permet au fleuve d'édifier de grands bourrelets de berge, les

    hautes levées fluvio-deltaïques ( sables, limons, argiles ). C'est à cette époque

    que la vallée prend sa morphologie définitive de pseudo- delta par colmatage

    progressif de l'ancienne lagune. Au cours des périodes sub-actuelle et

  • 15

    actuelle, le fleuve sape progressivement ces hautes levées et façonne des

    systèmes de levées sub-actuelles, plus basses, qui longent comme des

    chapelets le Gorom-Lampsar, en isolant des cuvettes de décantation

    argileuses. Les dénivellations entre ces unités sont très faibles : de 1 à 2

    mètres. L'irrigation et les types de culture étant déterminés par la topographie

    et la texture des sols, les cuvettes de décantation deviendront les lieux

    privilégiés pour la riziculture grâce à leurs grandes potentialités agronomiques

    (Boundoum, Grande -Digue, Pont-Gendarme, Ndiaye, Ndiol, Lampsar, ... ).

    Le cours du Sénégal est dévié vers le sud par un puissant cordon littoral

    (Langue de Barbarie) mis en place par une dérive maritime nord-sud.

    L'exutoire initial, situé à hauteur de Keur-Massène, se déplace

    progressivement de 80 km jusqu'au sud de Saint Louis, au niveau de Gandiole,

    où le fleuve se jette dans la mer par une embouchure instable. Dans le même

    temps, le delta progresse dans la lagune et les marigots se multiplient dans la

    boucle du fleuve: le Diovol, le Kassak, le Gorom. le Lampsar, le Djoudj et le

    Djeuss. Ils rejoignent le Sénégal au nord de Saint Louis, à Dakar-Bango.

    L'axe Gorom-Lampsar est né de la rupture de la levée au niveau du seuil de

    Ronq (à environ 110 km de l'embouchure du fleuve Sénégal).

    En résumé, l'axe Gorom-Lampsar s'inscrit dans une zone basse, caractérisée

    par une topographie plane, inondable à l'état naturel. Les dépôts fluvio-

    deltaïques couvrent des superficies importantes, dont la monotonie n'est

    interrompue localement que par des dunes, des levées et des cuvettes.

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    CROQUIS GEOMORPHOLOGIQUE DU DELTA

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    Légende

    ~ dépOts f1uvio-deltaTques~(sables.limons, argiles)

    Do ° dunes rouges ogoliennes• • • et plateaux cuirasséso cordons dunaires littoraux.mllevées subactuellesl qcuvettes de décantation

  • 17

    Sur le plan pédologique, la principale conséquence de cette morphogenèse,

    édifiée en milieu originellement marin, est la présence de sels aussi bien dans

    les sols que dans les nappes souterraines. La pédogenèse dans le delta est

    essentiellement saline, conditionnnée, avant aménagement, par la durée de

    l'inondation par les eaux de surface saumâtres, et aujourd'hui par les

    mouvements ascendants de la nappe superficielle chargée en sels solubles.

    Les températures élevées et l'action du vent renforcent encore ce processus

    d'autant que la nappe phréatique n'est située qu'à moins d'un mètre de

    profondeur à certains endroits.

    Cette salinité n'est pas sans conséquences sur la qualité des sols et le

    rendement des cultures. Durant la saison sèche les sols sont très salés,

    environ 20 dS/m (*), alors que les plantes ne peuvent supporter que 3 dS/m (*

    déci-siemens/mètre).

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    18

    Seule une bonne gestion de l'irrigation, qui va de pair avec des aménagements

    corrects, permet de pallier cet excès de salinité, voire même d'en faire diminuer

    les taux.

    Cet excès de sel intervient également dans la faible distribution du peuplement

    végétal.

    Les diverses accumulations fluvio-deltaïques, lorsqu'elles ne sont pas

    occupées par la riziculture comme la plupart des cuvettes, portent une

    végétation rare et clairsemée, sous forme d'un semis lâche de broussailles et

    d'épineux.

    Les dunes quant à elles sont fixées par des arbres ou des arbustes qui forment

    tantôt des steppes arborées (Makhana, Mbarigot, Ndialam) ou arbustives vers

    le nord (Ndelle Boye, Ross-Béthio). Ce couvert végétal irrégulier est dominé

    par l'Acacia raddiana associé à Euphorbia aegyptiaca et Balanites balsamifera.

    Le tapis herbeux est quasi-inexistant.

    La faiblesse et l'irrégularité des pluies n'entretient qu'une végétation pauvre et

    peu diversifiée. Dans le delta, la moyenne annuelle des précipitations pour la

    période 1970-1990 est inférieure à 60% de la moyenne annuelle pour la

    période 1950-1970' (d'après la Direction de la Météorologie Nationale du

    Sénégal). De plus, les variations inter-annuelles des précipitations sont très

    importantes, ce qui accroît d'autant la pression exercée sur la végétation.

    1.3. la péjoration climatique

    Les données utilisées sont celles de la Direction de la Météorologie Nationale

    du Sénégal, de l'A.S.E.C.N.A. (Agence pour la Sécurité de la Navigation

    aérienne en Afrique et à Madagascar), de l'ORSTOM 1 de la C.S.S.

    (Compagnie Sucrière du Sénégal) et de J. LE BORGNE (1988).

    Comme toute la basse vallée du fleuve, le climat de la région appartient au

    domaine sahélien et plus précisément encore au secteur sahélo-saharien. Il

    est marqué par l'alternance de deux saisons très contrastées.

    - Une très longue saison sèche pendant 9 à 10 mois : les caractéristiques

    climatiques sont alors imposées par les alizés et l'harmattan. Cette saison

    sèche comprend une saison sèche froide, de novembre à février, et une saison

    sèche chaude, de mars à mai-juin.

  • 1

  • Doc. 1VARIATION INTER-ANNUEllE DES PRECIPITATIONS A SAINT lOUIS ET

    RICHARD-TOll

    SAINT lOUIS

    1992

    1992

    198219721962

    1982

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    RICHARD-TOll

    20

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    300

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    100

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    Sources: Direction de la Météorologie Nationale du SénégalA.S E.C.N.A.- O.R.S. T.a.M.J. LE BORGNE, 1988C.S.S.

    1000

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  • 21

    Ces trente dernières années ont vu l'aridité s'accroître dans le delta, ceci étant

    illustré par la diminution progressive de la saison des pluies dont la durée

    passe de 3 à 2 mois par an et la quantité réduite de moitié (d'après la Direction

    de la Météorologie Nationale du Sénégal).

    1.4. D'un régime hydrologique à un régime hydraulique

    L'axe du Lampsar prolonge vers le sud-ouest le Gorom. Celui-ci, marigot étroit

    et sinueux, a son origine sur le Sénégal, au niveau de Ronq, à environ 130 km

    de l'embouchure. De direction nord-sud d'abord, il prend une orientation est-

    ouest jusqu'à sa confluence avec le Lampsar.

    Le Gorom alimente, d'une part le Kassak amont sur sa rive gauche, d'autre

    part le Lampsar avec lequel il forme une solution de continuité grâce une digue

    séparant le Gorom en deux biefs indépendants, sa partie avale servant

    uniquement de drainage aux cuvettes attenantes. Le Gorom amont s'écoule

    donc intégralement dans le Lampsar et forme avec ce dernier le Gorom -

    Larnpsar.

    Le Lampsar se dirige vers le sud jusqu'à Ross-Béthio, puis prend une direction

    nord est - sud ouest avant de rejoindre le Djeuss en aval de Makhana. Marigot

    très étroit et très sinueux dans sa partie amont jusqu'à Ross-Béthio, son lit

    s'élargit vers l'aval, décrivant entre de petites levées alluviales des méandres

    plus lâches. Celles-ci découpent une série de cuvettes, alternativement en rive

    gauche et rive droite, dites de la vallée du Lampsar (Thilène, Pont-Gendarme,

    Polo, Mbodiène, Ngomène, Ndiaye, Savoigne, Ndiol, Ndialam, Biffèche et

    Lampsar).

    Depuis la construction d'un canal de drainage séparant le Kassak en deux

    bassins indépendants, et assurant l'évacuation des eaux vers la cuvette du

    Ndiael, le Kassak aval est alimenté par le Lampsar.

    Au total; l'axe du Gorom-Lampsar couvre une distance d'environ 90 km, de

    Ronq sur le fleuve Sénégal, jusqu'à Dakar-Bango au niveau de l'embouchure. Il

    est bordé par une forêt galerie relique à Parkinsonia et son lit est envahi parune végétation aquatique sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir.

    Les principales composantes de l'axe du Lampsar étant replacées dans leur

    contexte géographique, nous pouvons dès à présent en décrire le

    fonctionnemen~ hydrologique.

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    22

    L'axe Gorom-Lampsar reçoit presque exclusivement son alimentation du fleuve

    Sénégal. Les faibles pluies qui tombent dans le bassin, du fait d'une forte

    évaporation, ne représentent pas un complément hydrique suffisant.

    Pour enrayer les contraintes liées à cette dépendance vis à vis du fleuve et

    dans le but d'aménager la zone en vastes périmètres irrigués, de nombreux

    ouvrages tels que barrages, digues et stations de pompages ont été édifiés,

    contribuant ainsi à artificialiser le fonctionnement de l'axe.

    IA.1. Le régime hydrologique naturel

    L'écoulement dans le delta dépendait du régime du fleuve Sénégal. Celui-ci,

    qui prend sa source dans le Fouta Djalon, a un régime tropical pur caractérisé

    par:

    - une période de hautes eaux de juillet à novembre;

    - une période de basses eaux régulièrement décroissante de décembre à juin.

    A l'arrivée de la crue, l'eau douce envahit progressivement les marigots du

    delta, par écoulement gravitaire à partir de Ronq, lorsque la cote I.G.N. du

    fleuve est supérieure ou égale à 1,70 m. Les eaux saumâtres qui stagnaient

    dans le chenal sont alors évacuées par un effet de "chasse d'eau". Lorsque le

    niveau de l'eau est suffisant pour franchir les seuils qui barrent la plupart des

    marigots, les cuvettes sont inondées. L'inondation peut se faire par l'amont ou

    l'aval des marigots, à partir de Ronq ou de Dakar-Bango lorsque la crue du

    fleuve atteint Saint Louis. Enfin, lorsque la décrue s'amorce à partir d'octobre,

    les cuvettes et les marigots s'assèchent partiellement ou totalement.

    En régime d'étiage, lorsque le débit du fleuve passe en dessous de 300 m3/s,

    et à la faveur d'une faible pente de la basse vallée (inférieure à 0,05 %), les

    eaux marines envahissent le lit mineur et ses défluents.

    On avait donc un écoulement alternatif: eau douce avec la crue, eau salée

    en décrue.

    Cette langue salée attéignait chaque année la ville de Richard-TolI, et même

    Podor situé à 292 km de l'embouchure, une année sur pix (Doc. 2).

  • Source: J.Y. GAC et al 1986,

    STATIONS Saint Louis Dakar-Bango Ronq Gorom Richard-Toll

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    On s'aperçoit que pendant une bonne partie de l'année, l'eau du fleuve interdit

    toute utilisation agricole.

    Afin de protéger le bassin de l'axe Gorom-Lampsar contre les inondations en

    période de crues et les remontées salines en période de décrue, les pouvoirs

    publics entreprennent de nombreux travaux.

    1.4.2. Le réqime hydraulique artificiel (Fig. 4)

    Durant la période coloniale

    A partir 1884, la mise en service des barrages de Dakar-Bango, Ndiaoudoun,

    Makhana et Keur Samba Sow permet la constitution de la reserve d'eau douce

    de Saint Louis. Il s'agit d'ouvrages vannés.

    L'alimentation de cette réserve pouvait se faire par l'amont, mais aussi par

    l'aval, lorsque les eaux de crue du fleuve atteignaient Saint Louis. On fermait

    les vannes, au moment du retrait des eaux fluviales, afin d'éviter l'intrusion

    d'eau marine.

    Progressivement, d'autres barrages, en terre ou en dur, sont construits sur des

    défluents: Boundoum, Diambar, Demba Diowar, Keur Samba Sow, etc...

    Nous reviendrons sur leur fonction.

    Après l'indépendance

    En 1964, l'O.AD. (Organisation Autonome du Delta) est à l'origine de

    l'édification de la digue périphérique sur la rive gauche du fleuve Sénégal

    rejoignant à l'ouest l'ancienne digue-route de Dakar-Bango.

    D'une longueur de 84 km, elle a pour but de contrôler l'entrée des eaux de crue

    dans toute la partie sénégalaise du delta. La hauteur moyenne de la digue

    varie, selon la topographie, entre 2 m et 3,50 m. L'hydrologie naturelle est

    bouleversée par la construction d'ouvrages à vannes à des cotes qui

    permettent de moduler les écoulements des chenaux naturels et l'alimentation

    des cuvettes en fonction des besoins et du stade végétatif du riz.

    On adjoint ainsi l'ouvrqge de Ronq qui règle l'admission de l'eau dans le chenal

    à partir du fleuve Sénégal. Equipée de 7 passes et de 4 pompes totalisant

    8500 Ils, la station de pompage de Ronq permet durant cinq mois (de février à

    juin), l'alimentation en eau de l'axe Gorom-Lampsar. Durant le reste de l'année,

    de juillet à décembre-janvier, l'écoulement est gravitaire à partir de Ronq.

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    FigA. RESEAU HYDROGRAPHIQUEET AMENAGEMENTS HYDRAULIQUESDANS L'AXE GOROM - LAMPSAR

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    26

    Plusieurs ouvrages vannés contrôlent l'écoulement et le stockage de l'eau le

    long de l'axe Gorom-Lampsar, individualisant trois biefs indépendants

    (S.C.E.T., 1969) :

    - le bief amont, de Ronq à Ross Bethio : il comprend plusieurs barrages dont

    les plus importants sont le barrage de Boundoum isolant le Gorom amont du

    Gorom aval et créant une solution de continuité entre de Gorom amont et le

    Larnpsar ; le barrage Demba Diawar qui contrôle l'entrée des eaux de Lampsar

    dans le Kassak aval, celui-ci étant séparé du Kassak amont par un canal qui

    évacue les eaux de drainage vers la cuvette du Ndiael. L'alimentation se fait

    soit gravitairement, soit par pompage à partir de Ronq.

    - le bief médian, entre les barrages de Ross Bethio et de Ndiol : ils assurent

    une liaison routière entre les deux rives du Lampsar. Ce tronçon est alimenté

    soit à partir de Ronq par gravité ou par pompage, soit par l'aval lorsque la crue

    atteint Saint Louis.

    Le barrage de Ndiol remplace celui de Makhana, qui n'est plus fonctionnel,

    dans la fermeture de la réserve d'eau douce de Saint Louis.

    - le bief aval, de Ndiol à Dakar-Bango, est constitué des ouvrages évoqués

    précédement, auxquels on a adjoint le barrage de Keur Samba Sow, et

    assurant l'alimentation en eau douce de la ville de Saint Louis.

    Le fonctionnement hydraulique de l'axe se fait en trois étapes: le lessivage, le

    remplissage et le stockage.

    Fin juillet, au moment de l'arrivée de la crue, toutes les vannes des barrages

    présents sur l'axe sont ouvertes. L'écoulement, renforcé par les eaux de crue,

    provoque un effet de "chasse d'eau" qui permet le lessivage des eaux

    saumâtres ayant fait un très long séjour dans le chenal (environ 7 à 8 mois).(A.

    Faye - 1990).

    Après cette phase, on ferme le barrage de Dakar-Bango, le remplissage

    s'effectue alors de l'aval vers l'amont. Au fur et à mesure on ferme les autres

    barrages afin d'isoler les trois biefs de l'axe, permettant ainsi le stockage de

    l'eau. Le remplissage du bief aval peut être complété à partir de Saint Louis,

    comme nous l'avons expliqué précédemment.

    Toutefois, l'on assiste actuellement à un dysfonctionnement du système

    hydraulique tel qu'il vient d'être décrit. En effet, le lessivage du bief amont ne

    peut plus se faire en raison d'un étranglement croissant du lit mineur dû à une

    végétation aquatique très dense. Celle-ci, par son système racinaire produit un

    effet de peigne qui freine les écoulements.

  • 27

    Seul le lessivage du bief aval est encore réalisé correctement lorsque la crue

    du fleuve atteint Saint Louis. Quant au bief médian, en amont de Ndiol, on ne

    peut plus parler de lessivage, les eaux stagnantes étant diluées avec l'arrivée

    des eaux de crue à partir du bief aval.

    La période actuelle

    Elle est marquée par une nouvelle série d'aménagements:

    - En 1983, une crue déficitaire à Dagana (226 m3/s) entraîne la remonté du

    biseau salé qui menace Ronq.

    Précisons que la langue salée reste bloquée en aval de Saint Louis lorsque

    l'écoulement du fleuve Sénégal est supérieur à 300 m3/s.

    En novembre de la même année on construit le barrage anti-sel en terre de

    Kheune, à 114 km de l'embouchure, dont l'objectif est de limiter l'intrusion

    saline dans la basse vallée et permettre ainsi l'alimentation en eau douce des

    réservoirs du Gorom-Lampsar et du lac de Guiers.

    Le barrage de Kheune a été reconstruit deux années consécutives, en 1984 et

    1985, après s'être rompu sous les flots de la crue.

    Cet ouvrage préfigurait l'actuel anti-sel de Diama.

    - Le barrage de Diama, dont la fermeture remonte à novembre 1985, est situé

    à une cinquantaine de kilomètres de l'embouchure. Il a pour principale vocation

    d'empêcher l'intrusion saline dans la basse vallée au cours de l'étiage.

    L'eau salée s'arrête désormais à Diama. En amont, l'eau douce est présente en

    permanence. Des mesures de la salinité, après fermeture du barrage, ont

    enregistré des taux inférieurs à 0,1 0/00 (J.-Y. Gac, communication orale).

    Mais la pleine efficacité du barrage reste tributaire des apports d'eau régulés

    ou naturels en provenance de la haute vallée.

    - Le barrage de Manantali en fonction depuis 1988, situé sur le Bafing, au

    Mali (1200 km de l'embouchure), a ainsi pour rôle de contenir l'onde de crue

    pcincipale puis de réguler les écoulements au cours de l'année par des lâchers

    réguliers et contrôlés. Pour ce faire, la prise en compte du régime des autres

    affluents du fleuve, notamment de la Falémé qui assure 40 % des écoulement

    du fleuve Sénégal, est nécessaire au bon fonctionnement de ce barrage-

    réservoir. Il faut signaler également que la baisse des précipitations sur le

    Fouta Djalon limite son efficacité.

    L'ensemble du contrôle technique et la gestion de ces grands ouvrages, ainsi

    que la réalisation des aménagements qu'ils imposent (édification et/ou

    réfection des digues notamment) est placé sous la responsabilité d'un

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    28

    organisme international crée en 1972, l'O.M.V.S. ( Office de Mise en Valeur du

    fleuve Sénégal) composé des trois états riverains Sénégal, Mauritanie et Mali.

    Doc. 3. Variation des niveaux d'eau du fleuve Sénégal à Dagana et Rosso

    Ce diagramme met en évidence:

    - une élévation du niveau d'étiage du fleuve d'environ 30 cm durant la période

    1987-1991, ce qui explique que l'écoulement gravitaire soit possible au niveau

    de Ronq à la cote I.G.N. + 1,50 m, contre 1,70 m avant les barrages.

    - deux crues artificielles au début des années 1988 et 1990

    Pour 1994, l'O.M.v.S. prévoit une cote I.G.N. plus 2 m pour le fleuve Sénégal

    au niveau de Ronq, ce qui permettrait un écoulement gravitaire durant toute

    l'année sans faire appel au pompage (M. Gueye, hydrologue S.A.E.D. -

    communication orale).

    Comme nous le verrons ultérieurement, le grand nombre de ces ouvrages

    hydrauliques ne manque pas de poser certains problèmes aujourd'hui au

    niveau de l'écoulement des eaux dans l'axe Gorom-Lampsar, dont les

    répercussions se font sentir notamment sur la biogéographie locale.

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    1988

    (2) C=ue arti:îcielle en début d'année 1990

    Source: tvL DA BOrr. 1993

    1967

    ~ (1) c=ue a:tificielle en début d'ar~ée 1986

    Ooc.3 VARIATION DES NIVEAUX D'EAU DU FLEUVE SENEGAL ADAGANA ET ROSSO

    21)

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    30

    I.S. Le peuplement du delta

    La région du delta est composite sur le plan ethnique et riche au double plan

    de l'histoire et de la civilisation.

    Les Wolof, ethnie majoritaire, sont originaires du royaume du Waalo qui

    s'étendait sur les deux rives du bas Sénégal, puis ont essaimé vers le sud et

    l'est.

    A coté des Wolof, dont la date d'occupation n'est pas déterminée, s'intallent

    rapidement des minorités de peuplement : Arabo-berbères ou Maures,

    Toucouleur, Peul, Serer, ...

    L'évolution du royaume du Waalo a été marquée par les luttes nombreuses et

    par l'influence du voisin maure, conflit qui s'est perpétué jusqu'à nos jours,

    comme en témoignent les récents affrontements de 1989 - 1990.

    En 1855, Faidherbe annexe le Waalo à la colonie du Sénégal. C'est la fin du

    royaume qui est réduit au cercle de Dagana.

    Le delta était une région dépeuplée au temps de la traite et de la conquéte

    coloniale. Il y a environ trente ans, au début de l'Indépendance, cette zone ne

    comptait que les villages de pécheurs wolofs situés sur les berges du fleuve, et

    quelques centaines de pasteurs maures et peuls.

    Depuis, les villages ont essaimé dans notre zone d'étude contribuant ainsi à sa

    densification (de 30 à 70 hab.lkm2 aujourd'hui) : de part et d'autre de la route

    Saint Louis - Dagana et entre le Lampsar et le Djeuss jusqu'à Ross-Bethio ; le

    'Iong du Gorom-Lampsar de Ross-Béthio à Boundoum. Les lieux d'habitation

    suivent donc une distribution linéaire de part et d'autre des axes naturels et de

    communication.

    Les villages (hameaux exclus) ont une taille moyenne de 476 habitants, à

    l'exception de Ross-Béthio, le gros bourg qui constitue le principal pôle de

    peuplement dI,J centre du delta.

    Nqus pouvons d'ores et déjà distinguer deux types de villages en fonction de

    leur physionomie et de leur site d'implantation:

    - au nord est, les villages de Boundoum et de Kassak, gros bourgs situés dans

    les zones dépressionnaires, autrefois inondées par la crue du fleuve.

    Leur situation relativement enclavée, comparée aux autres villages de la zone,

    tient à leur éloignement de la R.N. 2, entre 5 et 14 km.

    Implantés au centre des grands périmètres irrigués qui s'étendent à perte de

    vue aux alentours, leurs activités sont quasi-exclusivement tournées vers la

  • :>1

    riziculture. Le maraîchage se développe mais il n'y a pas de possibilité de

    culture pluviale.

    L'élevage est une activité secondaire.

    - au sud ouest, la zone de contact cuvettes-diéri concentre un peuplement

    dense et plus ou moins continu de part et d'autre de l'axe constitué par le

    binôme Lampsar-R.N. 2.

    Les communications sont facilitées grâce à la route bitumée Saint Louis-

    Dagana.

    La plupart des villages sont installés sur les dunes, en position d'abri par

    rapport aux anciennes crues du fleuve aujourd'hui maîtrisées : il s'agit de

    Mbarigot, Lampsar, Ndiol, Savoigne, Mbeurbeuf, Diagambal Il ...

    Là encore les activités sont dominées par la culture irriguée qui occupe la

    majeure partie des surfaces agricoles. A côté des casiers rizicoles, sur les

    berges des marigots appelées Taak, la culture maraîchère intensive vient

    compléter la riziculture, permettant parfois de dégager un surplus

    commercialisable.

    En année pluviométrique "normale", les cultures sous pluies sont possibles

    dans le diéri.

    Le gros bourg de Ross-Béthio, auquel sont rattachés de petits hameaux

    peuls, comptait 3.105 habitants en 1988.

    Cette sous-préfecture du département de Dagana est la principale.

    communauté rurale du delta tant par sa taille que par ses activités

    économiques.

    Sa population est en majorité Wolof (66 %), les Peul représentent le quart des

    habitants; les autres ethnies recensées sont les Maures, Toucouleur, Serer,

    Bambara, Diola et Mandingues.

    Si l'agriculture représente l'activité dominante grâce à la riziculture, commerces

    et services témoignent d'une certaine diversification: rizerie de la S.A.E.D.,

    bureau de poste, stations service, restaurants, ~ .. offrent des activités salariées.

    L'élevage subsiste dans cette région même si ce n'est plus l'activité dominante

    comme autrefois. Les plus gros troupeaux pratiquent encore la transhumance

    qui les mènent jusque dans le Sine Saloum, à 200-300 km. A leur retour dansle delta, ils utilisent les périmètres irrigués comme zones de pâturage après les

    récoltes. De nombreux parcours pour le bétail ont été maintenus, ce qui

    n'empèche pas des heurts parfois violents entre cultivateurs et éleveurs. Ces

    derniers, essentiellement peuls, subissent l'extension des périmètres irrigués

    qui empiètent sur les pâturages naturels, malgré la protection des parcours par

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    la Communauté Rurale de Ross-Béthio. C'est pourquoi l'on rencontre de plus

    en plus fréquemment des éleveurs qui, pour survivre, s'accommodent de cette

    situation en combinant leur activité initiale à l'agriculture. Nous aurons

    l'occasion de revenir sur ce phénomène de diversification des activités.

    Au total, l'axe Gorom-Lampsar apparaît comme une zone de concentration du

    peuplement, où l'agriculture tient la première place grâce à la riziculture.

    Celle-ci est omniprésente et repose sur les aménagements hydro-agricoles qui

    constituent une des composantes principales de l'environnement.

    Notre étude étant articulée autour des impacts des aménagements hydro-

    agricoles sur l'évolution des paysages, il est indispensable d'en décrire

    maintenant les principaux éléments.

    1.6. Les aménagements hydro-agricoles

    C'est l'ensemble des ouvrages (digues, canaux, stations de pompage, moto-

    pompes, ... ) permettant toutes les phases de distribution (remplissage, entretien

    et vidange) et le contrôle du niveau d'eau dans les cuvettes, afin d'assurer une

    croissance régulière du riz. Ils complètent ainsi les ouvrages purement

    hydrauliques vus précédemment.

    Le delta, en premier lieu, est devenu le champ d'un effort d'aménagement

    continu dès le début de la période coloniale.

    L'introduction de la culture irriguée dans le delta remonte à 1824 avec la

    réalisation d'un jardin d'essai à Richard-Toli. Le problème de la maîtrise de la

    crue du fleuve ne tarde pas à se poser mais les projets d'aménagement

    n'aboutissent pas.

    L'année 1938 ma~que un tournant politique et technique avec la création de la

    M.A.S. (Mission d'Aménagement du Sénégal) qui conçoit les premiers

    aménagements de la rive sénégalaise, notamment à Richard-Toli où plus de6.000 hectares sont transformés en casiers rizicoles (ils seront reconvertis en

    complexe agro-industriel sucrier par la Compagnie Sucrière du Sénégal en

    1971 ).

    C'est à partir de 1959 que se développe la submersion contrôlée dans le

    delta. Ce système consiste à rendre le plan d'eau des cuvettes d'exploitation

    indépendant de celui du fleuve par l'édification de digues de protection et le

    contrôle du n.iveau d'entrée de l'eau. Ces premiers aménagements sont

  • réalisés par l'O.A.V. (Organisation Autonome de la Vallée) et de l'O.A.D.

    (Organisation Autonome du Delta).

    Mais rapidement se posent les problèmes de redistribution des terres,

    d'organisation de la production, de droits fonciers, auxquels il faut rajouter les

    tensions socio-politiques à la veille des Indépendances. Le problème de la

    maîtrise de l'eau reste entier.

    Ainsi, en 1965, la S.A.E.D. (Société d'Aménagement et d'Exploitation des

    Terres du Delta) prend-t-elle le relais des divers organismes publics ou semi-

    publics dans la promotion de la culture irriguée. Elle poursuit un double objectif

    : favoriser la production pour assurer l'auto-suffisance alimentaire des

    populations de la vallée et réduire le déficit vivrier du Sénégal d'une part,

    peupler le delta en accroissant le niveau de vie des paysans d'autre part. Ses

    compétences, qui s'étendent sur toute la vallée, couvrent l'ensemble de la

    filière : aménagement, exploitation, encadrement, commercialisation et

    transformation du paddy. C'est sous son impulsion que les plus grandes

    opérations d'aménagement ont été réalisées, conduisant à une emprise

    croissante de l'homme sur l'environnement naturel.

    Les aménagements hydro-agricoles ont suivi une progression suivant quatre

    phases successives ayant conduit la S.A.E.D. 'à aménager surtout des grands

    périmètres couvrant plusiers centaines d'hectares, les paysans étant regroupés

    dans des unités autonomes de cinquante hectares (M. L. Kane, 1984) :

    - 1961 - 1965 : Aménagements primaires (Doc. 4) avec notamment

    l'édification de la digue de ceinture, déjà évoquée, reliant Saint Louis à Ross-

    Béthio et qui rend indépendant le plan d'eau des cuvettes de celui du fleuve en

    période de crue. Les ouvrages vannés sont construits à l'entrée des chenaux

    naturels assurant l'écoulement des eaux. Ces ouvrages doivent limiter le

    niveau atteint par le plan d'eau en aval. Il ne s'agit encore là que

    d'équipements très sommaires

    Ce système est aussi appelé pluvio-f1uvial (semis avec les premières pluies, la

    crue favorise la levée et la floraison).

    Plusieurs problèmes se posent, dont:

    - l'irrégularité des pluies (elles arrivent trop tôt ou trop tard)

    - l'irrégularité des crues

    En 1968 - 1969, seulement 8,2 % des surfaces sont récoltées par rapport à

    celles ensemencées.

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  • Source: M.L. KANE. 1984

    Ooc.5AMENAGEMENT SECONDAIRE

    ET GRAVITAIRE

    Source : M.L. KANE. 1984

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    AMENAGEMENT PRIMAIRE

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    Ooc.6AMENAGEMENT SECONDAIRE AVEC POMPAGE ET DRAINS

    Source: M.L. KANE. 1984

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  • 35

    - 1965 - 1968 . Aménagements secondaires gravitaires (Doc. 5)

    construction de diguettes dans la cuvette considérée en vue d'isoler les

    différents secteurs les uns des autres, creusement de canaux à fond plat pour

    l'irrigation et le drainage desservant les points les plus bas de chaque secteur.

    L'irrigation se fait par débordement d'un canal à fond plat.Principal problème : absence de garantie contre les effets des crues très

    faibles. Les mauvais résultats obtenus, 10.000 hectares aménagés sur les

    30.000 prévus et un rendement faible (1 à 2 T/ha de paddy) ont conduit les

    autorités à engager une nouvelle phase de travaux.

    - 1969 -1972. Aménagements secondaires avec pompage (Doc. 6)

    Les crues étant insuffisantes pour pratiquer régulièrement la submersion

    contrôlée par simple admission gravitaire de l'eau, on adjoint à l'ouvrage de

    prise déjà existant une station de pompage. On prélève directement l'eau dans

    le fleuve puis on l'achemine par un chenal adducteur à une hauteur telle qu'il ya une garantie totale de submersion contrôlée des cuvettes.

    Ce système permet de pallier l'insuffisance de l'eau en amont et de contrôler le

    début de la crue.

    Mais l'aménagement secondaire avec pompage offre une place très limitée au

    drainage et peut être source' de pollution.

    - Depuis 1972. Aménagements tertiaires ( Doc. 7)

    On complète les ouvrages précédents par un réseau distinct de drainage et on

    effectue un planage des parcelles.

    Tous les aménagements gérés actuellement par la S.A.E.D. sont de ce type.

    Les aménagements de la première génération concernent les périmètres de

    Boundoum, Grande-Digue, Tellel et Kassak : les périmètres sont découpés en

    parcelles de 0,5 à 3 hectares regroupées en mailles hydrauliques de 10

    hectares ou plus, alimentées par un canal tertiaire. Chaque parcelle peut être

    vidangée par un drain tertiaire.

    Ces aménagements posent plusieurs problèmes : ils demandent un entretien

    continu du réseau, un bon fonctionnement des pompages et la formation

    d'encadreurs. Le peu de responsabilisation des paysans appelle un

    encadrement sérieux.

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    Ooc.7AMENAGEMENT TERTIAIRE AVEC POMPAGE ET DRAINS INDEPENDANTS

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  • 37

    A partir de 1974, avec les difficultés de gestion de la S.A.E.D. et la recherche

    d'une plus grande sécurité contre les aléas climatiques et hydrauliques, on

    introduit les périmètres irrigués villageois (P.I.V.) d'une vingtaine d'hectares

    en moyenne sur des zones exemptes de tout aménagement. Ce sont les

    aménagements de la deuxième génération: Lampsar, Savoigne, ...

    Situés à proximité du marigot ils ne comportent que des canaux primaires etsecondaires (sans drainage). Ils sont aménagés manuellement par des

    paysans volontaires qui, en acquérant des moto-pompes, assurent eux mêmes

    l'exhaure et l'irrigation du périmètre. Ceci dénote une grande simplicité des

    équipements. Chaque paysan dispose d'une petite parcelle (de 0,08 à 0,2

    hectares) regroupée avec d'autres dans une maille plus petite que celle des

    grands aménagements.: 1,5 hectare en moyenne. L'encadrement plus réduit

    conduit à plus de responsabilité de la part des paysans.

    Les périmètres irrigués privés, dont la conception s'apparente aux périmètres

    irrigués villageois, apparaissent avec les Foyers de Jeunes dans les années

    1960. Ils développent des initiatives audacieuses d'aménagement et·

    d'organisation des paysans en dehors des structures de la S.A.E.D.. Ils

    concernent préférentiellement les jeunes et les femmes.

    Ce mouvement va prendre une importance grandissante, impliquant la plupart

    des paysans du delta et sera relayé par l'explosion des G.I. E. (Groupements

    d'Intérêt Economique) à partir de 1988.

    Le cadre géographique de notre étude étant fixé, nous pouvons à partir de ce

    moment présenter la méthodologie mise au point dans notre recherche.

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    38

    Deuxième partie

    APPROCHE METHODOLOGIQUE

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    Cette approche vise à répondre à notre problématique et consiste donc àélaborer des méthodes permettant de mesurer l'impact des aménagements

    hydro-agricoles sur l'évolution de l'environnement. Cette partie méthodologique

    reprend l'ensemble des outils et méthodes que nous avons mobilisés et qui

    nous ont été enseignés au cours de notre formation universitaire.

    Nous aborderons les difficultés rencontrées à leur mise en oeuvre etapporterons un regard critique à cette méthodologie.

    Nous nous sommes toujours attachée à collecter un maximum de données

    comparables dans le temps, ceci dans le but de répondre à une étude

    diachronique de l'évolution de l'environnement.

    11.1. La bibliographie

    Si de nombreuses publications existent sur la vallée du fleuve Sénégal, en

    particulier sur la moyenne vallée, elles sont moins abondantes pour le delta et

    très peu traitent de l'axe Gorom-Lampsar.

    Cette lacune est à mettre en relation avec l'histoire récente du delta; celui-ci a

    été longtemps une zone peu peuplée dont les' activités étaient essentiellement

    tournées vers l'élevage. Le delta constituait en somme une vaste zone de

    pâturage.

    .ce n'est que durant la période récente que différents auteurs ont commencé à

    s'interesser à cette région. Ainsi, la majeure partie des publications que nous

    avons pu consulter sont postérieures aux années 1960.

    Un certain nombre de documents contiennent des informations et des données

    intéressantes, voire indispensables sur le delta. Plutôt que de reprendre ici les

    interêts des uns et des autres, dont nous avons fourni la liste bibliographique

    en annexe, nous avons jugé plus utile de décrire les apports e.t les limites de la

    bibliographie disponible et dans quel sens elle a guidé notre réflexion.

    La recherche bibliographique a été une des premières étapes de notre travail,

    après avoir pris connaissance des cartes récentes de 1989 et après photo-

    interprétation. C'est un exercice qui nous semble indispensable, pour ne pas

    dire incontournable, avant de prendre contact avec le terrain.

    Cette recherche bibliographique a été menée en deux temps et suivant deux

    objectifs différents.

  • ·Hl

    A Strasbourg et à la bibliothèque de l'ORSTOM à Bondy, nous nous

    sommes intéressée aux interactions santé-environnement, et plus

    particulièrement bilharziose-environnement. Il s'agissait de bien cerner de

    quelle manière la gestion de l'environnement par l'~omme pouvait avoir une

    incidence sur la situation sanitaire.. Ainsi, dans le cas de la bilharziose, les

    paramètres physico-chimiques des eaux de surface, conditionnant la présence

    ou l'absence des mollusques-hôtes intermédiaires, de cette maladie

    parasitaire, sont aussi importants que les modes de vie des hommes dont

    dépend la transmission (pression aux points d'eau, migrations, activités,

    hygiène, ... ). Une étude de géographie de la santé devrait s'orienter vers un

    examen approfondi de tous ces paramètres.

    D'une manière générale, la recherche bibliographique nous a permis de

    prendre conscience de l'impact potentiel des aménagements hydro-agricoles

    sur la santé et la diffusion de certaines maladies (voir notamment les cahiers

    du C.E.G.E.T., n° 48,1983).

    Au département "Eau et Santé", à Dakar, il s'agissait de cerner davantage la

    question et de l'appliquer à l'échelle du de/ta.

    La bibliographie concernant les aspects physiques est relativement

    abondante: formation du delta, climat, biogéographie, caractères

    hydrologiques de l'axe Gorom-Lampsar, ... quoique pour ce dernier point le

    fonctionnement originel de l'axe soit un peu négligé au profit du fonctionnement

    actuel, c'est-à-dire après aménagements.

    Le peuplement et les activités ont été étudiés surtout après 1960. Il nous fallait

    donc compléter l'évolution antérieure en guidant nos entretiens sur le terrain

    dans ce sens.

    Le sujet ayant rapidement été orienté autour des aménagements hydro-

    agricoles et de leurs impacts sur l'environnement. il était indispensable d'en

    reconstituer l'évolution.

    Si cela n'a pas posé de problèmes pour les aménagements hydro-agricoles, il

    en fut autrement pour les aménagements hydrauliques. Nous manquons de

    renseignements précis quant à /a date de création des plus anciens et le rôle

    qu'ils jouèrent à ce moment. Or, certains d'entre eux avaient pour vocation

    d'empêcher les remontées salines dans le Lampsar, à ce titre leur efficacité

    dans le temps mériterait d'être retracée puisque l'absence de salinité des eaux

    peut jouer un rôle déterminant sur la présence des mollusques-hôtes

    intermédiaires de la bilharziose. Ces lacunes dans la documentation

    concernant l'édification de barrages anciens pourraient être comblées en

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    41

    consultant les hydrologues spécialistes du Lampsar,' ou à défaut les archives

    du Service de l'Hydraulique à Saint Louis.

    Enfin, la bibliographie nous a fourni des renseignements fort utiles qua~t aux

    impacts des aménagements hydro-agricoles sur l'environnement, notamment

    en ce qui concerne les dynamiques de peuplement et le foncier. Cependant, la

    place que tient actuellement l'élevage dans le delta n'est que trop rarement

    abordée par les différents auteurs.

    L'évolution des paysages, articulée autour des aménagements, nous a amené

    à orienter notre réflexion et nos recherches vers les acteurs, les logiques et les

    moteurs de ces modifications.

    A travers la bibliographie, il s'agissait également pour nous de cerner les

    interactions entre les différents domaines étudiés: les hommes, leurs activités,

    la gestion de leurs espaces agricoles et non-agricoles.

    11.2. Les cartes

    Les lieux de collecte furent à Dakar, l'I.G.N. (Institut Géographique National) et

    l'O.R.S.T.O.M. ; à Strasbourg, l'Institut de Géographie.

    Il s'agissait d'abord de rassembler des cartes topographiques couvrant une

    longue période afin d'apporter une profondeur historique à l'analyse du milieu.Ainsi, plusieurs cartes concernent notre zone, de la plus ancienne à la plus

    récente:

    - SAINT LOUIS, 1/100.000. Feuille E.28.11.2. I.G.N.,Paris. 1923.

    - SAINT LOUIS, 1/200.000. Feuille E.28.11. Service géographique de l'AO.F.,

    Dakar. 1943.

    Une mise à jour a été effectuée en 1957.

    - une série de cartes ëtablies par la M.AS. (Mission d'Aménagement du

    Sénégal), en 1954 :

    SAINT LOUIS, 1/50.000, feuille Il.2a

    ROSS, 1/50.000, feuille 11.2d

    GUIERS NORD, 1/50.000, feuille 111.1 c

    - enfin, trois cartes récentes couvrant l'ensemble de notre secteur, réalisées

    par la mission J.I.C.A en 1989:

    SAINT LOUIS, 1/50.000. Feuille NE.28.11 - 2a

    SAINT LOUIS, 1/50.000. Feuille NE.28.1I- 2b

  • 42

    SAINT LOUIS, 1/50.000. Feuille NE.28.11 - 2d

    Il faut y ajouter un ensemble de cartes au 1/500.000 publiées par l'U.S.A.I.D. 1

    D.A.T., " Cartographie et télédétection des ressources de la République du

    Sénégal ", en 1986, sur les thèmes suivants:

    couvert végétal, dégradation du couvert végétal, hydrologie, sols, aptitudes

    pédologiques, géologie,...

    Elles nous procurent une vision plus exhaustive des caractères physiques et

    biogéographiques de la région, paramètres qui n'apparaissent pas tous sur les

    cartes topographiques.

    Il n'est pas utile d'insister sur l'intérêt que présentent ces documents pour le

    géographe. Grâce à la période, relativement importante, qu'ils couvrent, ils

    nous permettent d'appréhender les transformations survenues relatives à:

    - la répartition du peuplement

    - l'extension du couvert végétal

    - le réseau hydrographique

    De plus, ils complètent les photographies aériennes permettant d'identifier les

    noms des objets géographiques repérés sur ces dernières.

    Cependant, ces outils comportent également des limites. Nous avons ainsi pu

    noter certaines discordances entre les indications fournies par les cartes de

    1989 et nos observations sur le terrain :

    - Les périmètres rizicoles indiqués sur les cartes (Saint Louis, 1/50.000, 1989)

    correspondent aux superficies aménagées, alors que les superficies réellement

    cultivées n'occupent pas tous les espaces rizicoles mentionnés sur les cartes;

    certaines parcelles étant momentanément abandonnées ou en voie de

    réhabilitation.

    - Les superficies en culture pluviale sont surestimées par rapport à notre

    constat de terrain.

    - Il en est de même pour les zones marécageuses qui couvrent des surfaces

    importantes sur la carte. II s'agit, en fait, de steppes autrefois inondables.

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    43

    11.3 Les données de population

    Avant de présenter les données, il nous faut au préalable discuter la notion devillage.

    D'après le Bureau National du Recensement (B.N.R.) (1976), "Est considéré

    comme village tout ensemble de carrés ou d'habitations pour lequel un chef de

    village a été nommé administrativement".

    Il s'agit là d'une notion purement administrative, qui sous-entend que le terme

    "vill~ge" puisse regrouper plusieurs entités géographiques distinctes.

    Les campements peuls, en l'occurrence, présentent une situation complexe du

    fait de leur dispersion et de leur rattachement très lâche à un campement

    "centre" ou à un village wolof.

    Exemples : le village administratif de Ndialam est constitué en fait d'un

    "hameau-centre" auquel sont rattachés six "hameaux-satellites" peuls. Le

    village de Lampsar présente la même physionomie.

    Diagambal 1 comprend deux gros hameaux: Diagambal 1 et Pont Gendarme,

    distants l'un de l'autre d'un peu plus de deux kilomètres.

    Sur le terrain, on s'aperçoit que la notion de village inclut les hameaux qui lui

    sont rattachés, même si plusieurs kilomètres les séparent.

    Au contraire, une seule et unique entité géographique peut en réalité être

    composée de plusieurs villages administratifs. Toujours d'après le B.N.R., "un

    .village administratif peut ne présenter en fait qu'un quartier ou un hameau du

    village géographique, parfois même les carrés sont imbriqués les uns dans les

    autres.

    Nous avons été confrontés à une telle confusion au cours d'un entretien mené

    dans le village de Savoigne-Pionnier. Ce que nous prenions pour un seul et

    même village regroupait en fait deux villages, totalement imbriqués en un

    même lieu géographique, avec chacun leur chef de village: Savoigne-Pionnier

    et Biffèche. Sur le terrain, l'habitat ne permettait pas de faire la distinction'entre

    ces deux entités administratives. Pour renforcer encore la confusion, la carte

    topographique de 1989 ne mentionne pas l'existence de Biffèche ; seul

    Savoigne-Pionnier est représenté!

    Ainsi, il n'est pas toujours évident de distinguer les villages des hameaux. D'un

    point de vue géographique et d'après nos observations sur le terrain, nous

    considérerons comme villages ceux dont l'habitat groupé compte au moins 200

    habitants.

  • Doc.SPOPULATION DES VILLAGES ET HAMEAUX DE L'AXE GOROM-LAMPSAR

    Villages Ethnies 1876 1960 1976 1988Amoura Maure 155 107Baridiam Wolof 76 ~6 71 ·BlBiffèche Serer 280 227Bissette 1 Maure 13 103 29Bissette \1 Maure 31 1107 253Boundoum-Barr. Wolof 90 1892 1905Diagamball Wolof 62 619 78~Diagambal II Wolof 58 161 316Kassak nord Toucouleur 1059 803Kassak sud Toucouleur 810 -l53Larnpsar Peul 397 713 1010Makhana 320 55-t 7-t5Mbarigot -t60 519 665Mbéravc Peul 58 207Mbeurbeuf Peul - 5-t 82 161Mboltognc Wolof 30 393 -t33Mboubéné Peul Peul 27 2-l6 226Ndelle Boye Wolof 57 1090 626Ndialam l-t 38 200Ndiaoudoun HI 515 68-tNdiaye Nguinl Wolof 70 110 32 1295Ndiol Maure Maure 36 79 321Ndiol Peul Peul 238 43-lNdiou~e Mbér. Wolof 17 106 403 612Raynabé 1 Peul 62 356 52-lRavnabé 11 Peul 56 102 188Ross-Béthio Wolof 353 319 2708 3105Savoigne Peul Peul 230 362Savoigne Pionn. Wolof 321 571Taba Treich Maure 65 232 357Thilène Wolof lOI 380 628

    Source: BECKER C. et MARTIN V.• 1983.Enquête démographique de 1960.Recensements généraux de 1976 et 1988.

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    45

    Il.3.1. Les sources et leurs limites

    Les documents disponibles comprennent à la fois des données quantitatives,

    issues des recensements administratifs et nationaux, des enquêtes

    démographiques et des données qualitatives concernant l'ethnie dominante

    dans chaque village.

    Ces données ont été collectées à la Direction de la Statistique de Dakar, à

    l'ORSrOM Bel Air pour les répertoires des villages et les travaux de C. Becker

    et V. Martin sur les premiers recensements au Sénégal (1983). Signalons

    également le gros travail de collecte réalisé par G. Sangli (1992), qui nous a

    été très utile.

    - Les recensements anciens et les comptages administratifs

    Il s'agit de simples dénombrements effectués dans un but essentiellement

    fiscal (collecte de la taxe rurale). Le fait qu'en général les jeunes de moins de

    quatorze ans et les personnes âgées soient exonérés constitue une première

    cause de sous-estimation. On notera également l'intérêt pour les redevables

    d'échapper à "impôt, ce qui conduit les chefs de carrés, qui ont pour tâche

    généralement de renseigner les agents recenseurs, à surestimer par exemple

    le nombre des enfants et les personnes âgées. Les autorités administratives, à

    l'image du sous-préfet de Ross-Béthio (Mamadou Bousso) reconnaissent

    d'ailleurs les biais liés à ces types de recensements.

    Face aux risques d'erreurs qui seraient inhérents à l'exploitation de ces

    données, nous nous sommes contentés d'en fournir les résultats pour 1876,

    puisque " le recensement le plus ancien serait le plus complet" (C. Becker,

    1983), afin de se faire une idée du peuplement à la fin du XIXème siècle dans

    notre secteur.

    - L'enquête démographique de 1960-1961

    Les enquêtes par-sondages sont des outils démographiques qui contournent le

    problème de l'exhaustivité difficile à atteindre et ont l'avantage d'être plus

    rapides (G. Sangli, 1992). " n'en demeure pas moins que l'enquête manque de

    finesse; il Y a souvent perte d'information et il en résulte des chiffres sous-

    estimés par rapport à la réalité, d'après C. Becker (communication orale). Les

    résultats ne sont fiables qu'à l'échelle de l'ensemble du territoire.

    Conscients de la sous-estimation des résultats issus de l'enquête

    démographique (réalisée par la Direction de la Statistique de Dakar), nous

    exploiterons malgré tout les données de population de 1960-1961 car elles

  • 46

    précèdent de quelques années seulement celles du début des grands

    aménagements hydro-agricoles (milieu des années 1960). Ces données nous

    permettront de considérer l'état du peuplement avant la phase de mise en

    valeur du delta.

    Signalons que les enquêtes démographiques peuvent également être utilisées

    pour mesurer les flux de population. Un exemple de question que l'on pose aux

    habitants: quels sont les évènements survenus au cours des douze derniers

    mois? Mais, dans ce cas. la délimitation de la période des douze mois peut

    poser des problèmes, relevant entre autre de l'omission des évènements. La

    question devient encore plus délicate lorsque l'on fait allusion à des faits plus

    anciens (au-delà de 20-30 ans).

    - Les recensements généraux

    Le Sénégal en compte deux datant de 1976 et 1988.

    Ils sont nés de la nécessité pour les autorités politiques de disposer d'une

    connaissance exhaustive de la population à l'échelle des villages, afin de

    mener à bien les plans de développement économique et social. Face à la

    déficience des recensements administratifs, au manque de précision des

    enquêtes démographiques et à la carence des statistiques de l'état civil, il

    devenait indispensable de procéder à un recensement général. Le Bureau

    National du Recensement (B.N.R.) fut créé à cette occasion, en avril 1976, le

    second recensement intervenant en mai 1988. Grâce à l'utilisation d'outils de .

    traitement de données plus perfectionnés, les résultats semblent relativement

    fiables, même si l'on peut craindre là encore une sous-estimation des chiffres

    de population, les recensements coloniaux à but fiscal n'ayant pas été

    totalement effacés des mémoires.

    Il nous faut également relever le fait que l'on n'a pas procédé au même

    découpage entre les deux recensements. En 1976, il n'y a pas de distinction

    entre les différentes entités géographiques ; on a regroupé l'ensemble de la

    population au sein d'un seul et même village administratif. En 1988, en

    revanche, le découpage a été plus fin, village et .hameaux (qui lui sont

    rattachés) ayant fait l'objet de comptages distincts.

    Le fait que l'ensemble de ces données ait été collecté avec des moyens , des

    méthodes et des objectifs différents rend les comparaisons délicates entre les

    recensements utilisés.

    Dans l'ensemble, on ne peut pas considérer que les données de population

    soient fiables, eu égard à la sous-estimation fréquente qui les caractérise. De

    11--11111111

    ""'

    111111

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    1111

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    1,·1·1

    47

    plus, les chiffres de population recueillis présentent de nombreuses

    aberrations, à l'image des exemples suivants:

    Ndiaye Nguint passe de 32 à 1.295 habitants entre 1976 et 1988 ;Bissette Il passe de 1.107 à 253 habitants durant la même période.

    Nous pensons que certaines de ces inexactitudes résultent d'un changement

    dans le rattachement administratif des hameaux à un village-centre.

    Ces observations nous amènent à émettre la plus grande réserve vis-à-vis de

    ce type de données statistiques.

    Il.3.2. L'exploitation des données

    A partir des chiffres de population par village, il nous semble intéressant de

    cartographier la dynamique du peuplement sur la période 1960-1988. Nous

    utiliserons les données des années-clés 1960, 1976 et 1988.

    L'année 1960, nous l'avons signalé, correspond au début des aménagements.

    Les années 1976 et 1988 nous fourniront les renseignements démographiques

    issus des seuls recensements généraux du Sénégal qui, par leur nature, sont

    supposés plus conformes à la réalité.

    Le but de cette cartographie est de représenter la localisation des villages et

    leur importance par un symbole dont la taille varie en fonction de cette

    importance, sur les trois années retenues.

    Avant d'établir la proportionnalité entre le cercle et le village, il nous a fallu

    . discrétiser l'ensemble des villages de notre zone d'étude. Afin de pouvoir les

    comparer sur les trois années retenues, 1960, 1976 et 1989, une classification

    unique s'imposait pour l'ensemble de la période. Evidemment s'est posé le

    problème de la discontinuité dans la taille des villages, le plus petit comptant

    14 habitants (Ndialam en 1960) et le plus grand 3.105 (Ross-Béthio en 1988).

    Aussi avons nous réalisé la classification à partir d'un diagramme de

    fréquences qui nous a permis de découper la distribution à partir de seuils

    empiriques. Enfin, la taille des cercles, calculée à partir-de la racine carrée de

    la valeur moyenne de chaque classe, est proportionnelle à un ensemble de

    villages regroupés par classes.

    Les résultats de cette dynamique pourront ensuite être comparés à l'évolution

    des aménagements hydro-agricoles sur la même période, afin d'appréhender

    les relations entre ces deux éléments.

  • 48

    Première difficulté: elle a été évoquée plus haut et réside dans le fait que "on

    n'a pas effectué le même découpage entre les différents recensements. En

    1976, village et hameaux qui y sont rattachés correspondent à la même entité

    (de même pour 1960) alors que pour 1988, ce sont deux éléments distincts

    dont on connait le poids démographique. respectif. Par conséquent, nous

    effectuerons un regroupement village + "hameaux satellites" pour les données

    de 1988 afin de pouvoir les comparer à celles de l'enquête démographique de

    1960-1961 et du recensement de 1976.

    Deuxième difficulté : ne disposant pas de la surface occupée par chaque

    village, ceux-ci n'étant pas délimités administrativement dans l'espace, nous ne

    pourrons cartographier l'évolution des densités de population.

    Afin solutionner à ce problème, nous pourrions envisager de cartogréphier la

    charge démographique, c'est-à-dire le poids de la population par rapport à la

    surface agricole.

    .Nous disposons pour celà des chiffres de population et des superficies

    irriguées par village pour 1991. Le nombre d'habitants en 1991 pourrait être

    estimé à partir du taux d'accroissement annuel de la population entre 1976 et

    1989.

    Il resterait alors à se procurer la carte délimitant les superficies irriguées par

    village, auprès de la S.A.E.D. à l'Ile de Saint Louis.

    L'intérêt que présenterait une telle carte serait de révéler si le poids de la

    population par village est cohérent avec les possibilités qu'offrent le milieu, en

    l'occurrence la culture irriguée.

    Le suivi de l'évolution récente de ce paramètre dépend évidemment desdonnées susceptibles d'être collectées à la S.A.E.D.

    Exemple: LAMPSAR

    Aly Djibril Dioum

    Gallo Sow

    Iba Dione

    Malal Sow

    Mamadou Sow

    748

    2732

    53

    11

    139

    1010 habitants à Lampsar en 1988.

    1ff1111111

    .....

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    ..-

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    111j .....

    11111l·r 4

    1·11

    49

    Il.4. les données statistiques fournies par la S.A.E.D.

    Elles ont été collectées à la S.A.E.D. de Saint Louis et concernent lessuperficies irriguées dans le delta:

    - Superficies aménagées par village, en 1990-1991, pour la Délégation de

    Dagana dans laquelle est inscrite notre zone d'étude.

    Pour chaque village, nous disposons de la liste des périmètres irrigués et, pour

    chacun d'eux, les organisations paysannes qui les gèrent (Groupements de

    producteurs, Foyers de Jeunes, G.I.E., ... ).

    - Superficies aménagées par périmètre (périmètres de Boundoum, Tellel -

    Grande Digue - Kassak et Lampsar) et par type d'aménagements (grands

    aménagements S.A.E.D., petits périmètres S.A.E.D., petits périmètres privés),

    en 1990-1991 et 1992-1993.

    Superficies aménagées par la S.A.E.D. (grands aménagements,

    aménagements intermédiaires et périmètres irrigués villageois) et par les

    producteurs privés, dans la Délégation de Dagana, de 1984 à 1992.

    Ces données sont relatives à trois entités géographiques ou administratives

    différentes, correspondant à trois échelles d'analyse:

    - La Délégation de Dagana comprend cinq périmètres irrigués dont ceux de

    Boundoum, Tellel - Grande Digue - Kassak et Lampsar situés dans notre zone

    d'étude et qui couvrent environ les 2/3 de cette délégation. Par conséquent,

    même si cette entité géographique déborde le cadre de notre secteur, ses

    caractéristiques sont représentatives de la situation qui règne le long de l'axe

    Gorom-Lampsar.

    - Les périmètres précités qui regroupent en fait un ensemble de parcelles

    irriguées situées dans un même lieu géographique.

    - Les villages, échelle la plus fine, pour lesquels on a recensé les parcelles

    irriguées et les organisations paysannes qui les gèrent.

    En reconstituant l'évolution des types d'aménagements à partir de cesstatistiques, nous tenterons d'appréhender les différents acteurs jouant un rôle

    dans la gestion de l'environnement. Aux aménagements S.A.E.D. correspond

    l'intervention de l'Etat dans la mise en valeur du delta, alors que pour les

    aménagements hors S.A.E.D., ce sont les producteurs privés qui y prennent

    part.

  • 50

    En somme, ces données devraient nous permettre d'identifier les moteurs de la

    dynamique de l'utilisation du sol.

    Il.5. Les photographies aériennes

    Elles ont été obtenues auprès des services de l'Institut Géographique National

    à Dakar pour les photographies de 1978 et 1989, à Paris pour celles de 1954.

    11.5.1. Présentation

    Nous avons utilisé trois séries de photographies aériennes, panchromatiques,

    couvrant la totalité du terrain de notre étude:

    -la mission AO.F. de janvier 1954, 087, au 1/50.000 (20 exemplaires).

    N° 26-27-28-37-38-39-40-54-55-56-57-73-74-75-76-77-85-86-110-111

    - la mission I.G.N. d'octobre 1978, NE-28.11 - III. au 1/60.000 (14

    exemplaires).

    N°48-49-50-89-90-91-92-1 07-108-109-110-172-173-174-175-176-182-183-184

    -la mission J.l.e.A de mars 1989, CT-SGN, au 1/60.000 (15 exemplaires).

    N° 6-7 (L2), 6-7 (L3), 3-4-5-6 (L4), 3-4-5-6 (L5), 4-5-6 (L6)

    La photo-interprétation comme méthode d'analyse est devenue si classique

    qu'il nous a paru inutile de revenir sur ses conditions techniques.

    1.5.2. Buts et domaine d'investigation

    La comparaison e'!tre les trois missions 1954, 1978 et 1989 devrait nous

    permettr~ de dresser le bilan des transformations de certains aspects du

    paysage pendant la période considérée et d'appréhender les questions que

    peuvent soulever de telles transformations.

    Il s'agissait notamment de suivre l'évolution des superficies irriguées et des

    cultures pluviales d'une part, de la végétation terrestre et aquatique d'autre

    part.

    Les résultats de la photo-interprétation quant à eux permettent d' orienter lesentretiens de terrain autour de problèmes révélés par cet examen.

    La photographie aérienne est l'outil qui mieux que tout autre révèle

    l'organisation'spatiale d'ensemble des paysages. Ainsi avons nous pu identifier

    11,...

    11111

    ..... ~

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    51

    les périmètres irrigués au niveau des cuvettes d'unè part, les parcelles de

    culture pluviale dans le diéri d'autre part.

    11.5.3. Identification

    -Les parcelles rizicoles se distinguent des autres parcelles de culture par leur

    forme géométrique et leur dessin régulier. La culture elle-même a peu de relief

    et lorsqu'elle est suffisamment couvrante présente un aspect lisse.

    L'identification se fait surtout par le mode de culture: parcelles inondées, talus

    autour des champs lorsque ceux-ci sont à sec.

    -La localisation des cultures pluviales est aisée grâce aux haies d'épineux qui

    bordent les champs. Les différents type de culture ne sont identifiables qu'à

    très grande échelle (1/10.000)

    - Les cultures de Taak qui couvrent de petites superficies disséminées sont

    difficilement repérables, l'échelle étant trop petite.

    - Les contours de la végétation terrestre et aquatique apparaissent nettement.

    -En ce qui concerne les lieux habités, ils se distinguent lorsque l'habitat est

    groupé. En revanche, pour les petits hameaux isolés, le repérage est moins

    aisé et le recours à la carte topographique au 1/50.000 s'impose souvent.

    Nous disposons donc de données qualitatives (type de cultures) et

    quantitatives (extension des superficies cu