BILAN ET POTENTIALITES DES AMENAGEMENTS HYDRO ?· HYDRO-AGRICOLES EN REGION ... CNEARC / GSE Centre…

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    14-Sep-2018

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  • BILAN ET POTENTIALITES DES AMENAGEMENTS

    KAYES ( MALI ) : QUELLES LEQNS POUR LE DEVELOPPEMENT RURAL REGIONAL ?

    HYDRO-AGRICOLES EN REGION SEPTENTRIONALE DE

    Jean-Louis Couture

    GRDR Groupe de Recherches et de Ralisations pour le Dveloppement Rural dans le Tiers- Monde, 20 rue Voltaire, 93 100 Montreuil, France ; BP 291 Kayes, Rpublique du Mali

    CNEARC / GSE Centre National dEnseignement Agricole des Rgions Chaudes - Gestion Sociale de lEau, BP 5098,34033 Montpellier cedex 1 - France

    Avertissement: L exprience voque ne concerne que partiellement les basgonds proprement dit. Le texte tente de resituer les problmatiques lies la matrise de l eau h n s un contexte historique et gographique plus large pour les terroirs situs aa nord de la rgion de Kves , hors de la haute valle du fleuve Sngal.

    RESUME La premire rgion du Mali connat dans les cercles de Kayes et Yliman une pluviomtrie moyenne de 500 mm mais avec de forts carts interannuels (300 650 mm) et des distributions irrgulires. Le relief contrast de la rgion a donn naissance un vaste rseau hydrographique dont les riches sols alluvionnaires et les ressources en eau ont historiquement command le peuplement humain, majoritairement Sonink, ainsi que son organisation sociale et foncire. Les grandes valles de la Trkoll et de la Kolimbinn, ainsi que celles du Krigou et du Gary, offrent de larges possibilits de dcrue dont le contrle social reste un enjeu majeur. Sorti des valles, lessaimage rcent (cent ans) des villages de culture sest opr sur des situations plus classiques de bas-fonds. Au nord, des systmes de culture plus typiquement sahliens sont prsents.

    La crise climatique actuelle a amen le GRDR et les associations intervillageoises partenaires proposer des solutions diversifies dans le domaine de la matrise de leau qui vont de la majtrise du ruissellement la parcelle (diguettes, cordons pierreux) aux amnagements de dcrue de plusieurs centaines dhectares en passant par les digues filtrantes, les barrages-seuil ou les amnagements de mares rizicoles ou pastorales. La plupart de ces amnagements rpondent un objectif de scurisation des cultures. De nombreux avantages sont nots autour des ouvrages de scurisation de la dcrue (pche, fourrages, abreuvement du btail ,...) ainsi quun impact positif sur lenvironnement. Ces amnagements valorisent trs bien les cultivars locaux.

    On note un regain dintrt pour toutes ces propositions, y compris dans lmigration Sonink en France qui finance une part sigruficative des amnagements. Les savoir-faire locaux, surtout en matire de dcrue, doivent tre mieux connus, ainsi que les situations socio-foncires. Les potentialits sont trs importantes et peuvent o k r une alternative la migration actuellement en crise. Elles ncessitent un schma rgional damnagement et de gestion des eaux du bassin de la Trkoll-Kolimbinn.

    Mots-cls : Mali, Kayes, Trkoll, Kolimbinn, Sonink, migration, dcrue, riz, mas, calebasse, matrise de leau, pche, amnagement hydro-agricole.

  • p: R

  • INTRODUCTION

    La rgion de Kayes fait souvent figure de parent pauvre dans les programmes de dveloppement rural du Mali malgr les espoirs mis dans lOrganisation de Mise en Valeur du Sngal et le barrage de Manantali dont limpact regional pour lagriculture est trs limit. Cest la fois une chance et un handicap. Handicap car elle reste enclave et dpourvue dinf-astructures conomiques et routires essentielles. Chance car elle a amen ses populations villageoises et leurs migrants ltranger ragir, non sans ambiguts, devant les carences de ltat et des programmes de dveloppement pour doter leurs villages dquipements et de services puis, avec une certaine vigueur depuis quelques annes, damnagements hydro- agricoles permettant de valoriser certaines ressources naturelles parmi lesquelles leau et les terres inondables qui restent centrales dans les patrimoines villageois.

    Nous replacerons dabord lexprience du GRDR et de ses partenaires locaux dans le contexte de la rgion septentrionale de Kayes, qui possde certaines particularits naturelles, afin de mieux comprendre ensuite quels sont les principaux systmes de culture parmi lesquels les cultures de bas-fonds sinsrent. Nous prsenterons ensuite les diffrents types damnagements de maitrise de leau raliss au cours de ces six dernires annes pour mieux en cerner les rsultats, tant au niveau des impacts et de lefficacit que sur le plan de linsertion dans les terroirs villageois.

    Enfin, au regard des rsultats, de lengouement des paysans et des migrants pour les amnagements mais aussi de leurs limites, nous essaierons daborder les perspectives dvolution prometteuses de cette forme de scurisation de lagriculture qui rpond bien un goulet dtranglement du dveloppement rural local, lirrgularit de la pluviomtrie et des crues, et appelle ncessairement un schma rgional damnagement des eaux de la Trkoll- Kolimbinn dont les termes et les conditions de russite sont mieux dlimiter.

    lLE CONTEXTE REGIONAL.

    1.1. La premire rgion du Mali.

    La premire rgion du Mali est situe louest du pays. Elle est frontalire de la Mauritanie au nord et du Sngal louest. Situe autour de 15 de latitude nord et 11 de longitude ouest, elle possde un climat soudano-sahlien au sud et sahlien dans sa partie nord ( Figure nO1 ).

    La pluviomtrie de ces vingt-cinq dernires annes est marque par une longue priode de scheresse et une forte irrgularit interannuelle. La distribution des pluies est aussi trs irrgulire au cours de la saison des pluies. De fi-quents retards dans linstallation des pluies en juin-juillet, des ruptures de deux trois semaines au cours de la saison et des fins brutales en septembre sont nots.

    Lisohyte 700 mm est descendu de prs de 70 km vers le sud enjambant la haute valle du Sngal et la ville de Kayes. Le nord de la rgion est situ sous lisohyte 400 mm depuis 1970.

    Groupe de Recherches et de Ralisations pour le Dveloppement Rural dans le Tiers-Monde, Organisation non gouvemementale fonde en 1969, travaillant sur le fleuve Sngal.

  • FigilreIi02 ; LE BASSIN DE LA RIVIERE 'KOLIMBINE Localisation d e s amenagements

    LE BASSIN Dk LA KOLXMBXNE - c -- limites de bassin -. trac6 des rivi&rcs

    m villes o- km.

    B. THIERRY-Mai 1988 d'apres P.Michel/ ORSTOM/1974-

  • Tableau nol: Evolution statistique des totaux pluviomtriques annuels depuis la scheresse en rgion septentrionale de Kayes. (ORSTOM, 1992)

    Dima 28 837 646 49 1 14 512 I 3 89 1/10: anne dcennale

    Le model de la rgion de Kayes, de gologie trs ancienne (Prcambrien et Cambrien), est assez marqu par rapport celui des rgions voisines. Avec le massif de Bafoulab, il peut culminer plus de 450 m. I1 est compos de formations argilo-grseuses et dintrusions dolritiques qui stirent du Bakoye jusqu la Mauritanie. A louest du massif et en contrebas, stendent les plaines alluviales de la Kolimbinn et de la Trkoll. I1 en rsulte des toposquences marques pour nombre de terroirs villageois installs au pied du massif surtout vers Yliman. Les sols sont assez diversifis mais dominante ferrugineuse, sableuse et pauvre sur les hauteurs, argileuse ou sablo-argileuse dans les valles et les bas-fonds. Lrosion et le ruissellement sont marqus.

    Le rseau hydrographique est surtout compos des deux principales rivires de la rgion, si on excepte le Karakoro la frontire Mauritanienne louest, savoir la Kolimbinn venant du nord et la Trkoll venant de lest et qui rejoint la premire vers Diongaga dans le Dyahunu. La Kolimbinn, approvisionnant le lac Magui, rejoint ensuite le fleuve SnCgal la hauteur de Kayes. Dautres valles, comme celles du Krigou et du Gari, rejoignant la Kolimbinn en aval de Magui, jouent un rle important tant du point de vue hydrologique quagricole. Les crues, autrefois rgulires et abondantes daprs les paysans, ninondent plus quune partie des plaines. Les dernires se sont produites en 1965 et 1985. Les ressources en eau de la rgion sont importantes et les riches sols alluvionnaires ont de tout temps attir les populations. (Figure n02)

    La population de la grande rgion de Kayes dpasse le million dhabitants, avec pour les cercles de Kayes et Yliman environ 250 O00 et 100 O00 habitants respectivement. La densit trs ingale dpasse 40 50 habitants au km2 dans les grandes valles. Il existe une forte migration masculine de travail vers lextrieur. Le peuplement est majoritairement Sonink sur la rive droite du Sngal.

    Les actions de matrise de leau dcrites se droulent dans deux petites rgions: le Jombuxu (cercle de Kayes ) et le continuum DyahundGuidyimeKaniaga ( cercle de Yliman ). Dautres actions plus diffuses se multiplient dans le Guidimaxa louest et le Kaarta ( Nioro, Dima ) lest.

  • 1.2. Justifications de lintervention

    Le GRDR appuie des initiatives communautaires de dveloppement qui touchent un peu tous les domaines du dveloppement rural: sant, alphabtisation, formation agricole, banques de crales, marachage, hydraulique souterraine, organisation du monde rural, etc.. . Lintervention du GRDR et de ses partenaires dans le domaine de lamnagement des terroirs villageois en rgion de Kayes se traduit par des amnagements de mares rizicoles ou pastorales, des micro-barrages, des actions de lutte anti-rosive et des digues filtrantes de scurisation des cultures. Elle est justifie par trois sries de raisons.

    1.2.1. Des raisons conomiques. La rgion de Kayes connat une relative scurit alimentaire, bien que non autosuffisante, mais elle est aussi rpute, comme Gao, pour avoir des crales deux trois fois plus chres que dans le reste du Mali. Les raisons tiennent bien sr aux irrgularits climatiques frquentes qui induisent un dficit de production, li aussi au dpart en migration de la main doeuvre agricole, lenclavement et aux difficults de transport, la situation de monopole du march de gros et de frt (Chemin de Fer du Mali) mais aussi la surliquidit de lconomie locale en raison de lafflux de largent rapatri par la migration Sonink vers la France. Cette scurit alimentaire est donc trs coteuse et dtourne une fraction significative de lpargne des migrants au profit des intermdiaires de la filire (Weygel, 1982).

    Plusieurs tentatives de rponses cette situation cohabitent: augmenter la production locale qui devrait tre encourage par les hauts prix avec la limite que reprsentent la part des cots de transport, fluidifier le march avec la mise en place dautres rseaux ou oprateurs, raliser des conomies sur la filire avec les banques de crales, les magasins coopratifs dapprovisionnement, mditriser les dpenses des familles avec le systme de commande/rglement distance des associations de migrants. La matrise de leau intervient dans le premier point (augmentation de la production agricole) car une fraction significative de la population villageoise tire toujours une partie de sa subsistance de lagriculture.

    1.2.2. Des raisons sociales. La migration de travail Sonink vers la France, sa destination la plus rmunratrice, connait une crise de reproduction actuellement exacerbe en raison des problemes de chmage, de logement et de sjour que rencontrent les migrants en rgion Parisienne (Lavigne-Delville, 1994). La fermeture des frontires, bien relle, a provoqu la rupture de la rotation anslcadets dans la migration et provoque linstallation durable des migrants en France avec leurs familles dans le cadre du regroupement familial. Cette migration cote de plus en plus cher , renvoie de moins en moins dargent au pays3 et pourtant les villages en dpendent de plus en plus. Les redploiements gographiques4 de la migration Sonink vers dautres destinations ny supplent que partiellement. Il convient de trouver des alternatives locales la migration tout au moins pour les jeunes qui ne peuvent plus partir et pour les familles pauvres qui dpendent de la redistribution clientliste des revenus migratoires.

    prix du passage clandestin et des faux papiers, risques aggravs, expulsion,. . . cot du logement Paris mme col led , charges familiales, ch6mage et inadaptation de la main

    doeuvre peu qualifie, travail clandestin mal rmunr,. . . migration de commerce de dtail vers les pays ctiers ( Cte dIvoire, Gabon , Congo,.. .) puis de gros

    aujourdhui (Hong-Kong, Indonsie,. . .); migration de diamantaires ou dorpaillage ( Sierra-Lone, Angola, Zare, &que du Sud,. . .); nouvelles migrations de travail trs slectives ( Eats Unis, Core du Sud, Japon,. . .)

    2

    3

    .. .

  • 1.2.3. Des raisons lies aux projets de dveloppement.

    Les projets de dveloppement des villageois et des migrs, dont certains sont accompagns par le GRDR depuis 1978, ont surtout concern les infrastructures et services villageois: coles, medersa, centres dtat civil, dispensaires, magasins coopratifs, puits villageois et adductions deau potable, etc ... visant amliorer le confort et le cadre de vie des villages pour une population trs tourne vers lextrieur avec le phnomne migratoire. Non dnu dun sens politique local (signes de reconnaissance des migrants, image de marque de certaines flactions), daucuns y voyaient les signes de la modernit et du progrs mais peu de projets touchaient directement la production agricole jusqu prsent.

    Seuls quelques primtres craliers ( riz, mas ) ou marachers irrigus villageois ont vu le jour et fonctionnent sur la haute valle du fleuve Sngal, non sans difficults (Lavigne-Delville, 1991). Pour limmense hinterland de cette rgion, les propositions damlioration de lagriculture, essentiellement vivrire, restrent peu oprantes jusqu ce que quelques petits projets de dveloppement intgrs initis par des associations paysannes intervillageoises de dveloppement appuys par le GRDR dcident ds 1989 de dpasser lappui classique aux producteurs (vulgarisation, formation, intrants, centrales dapprovisionnement,. . .), certes trs utile, pour mettre laccent sur la matrise des eaux et lmnagement des terroirs.

    ou des petits projets de jumelage-coopration

    Des initiatives paysannes disperses et souvent individuelles, ainsi que de nombreuses demandes formules envers le GRDR, montraient que les producteurs attachaient de plus en plus dimportance la retenue des eaux et la lutte contre le ruissellement dans leurs parcelles mais aussi la rhabilitation de terres autrefois inondables. Labsence de services publics rgionaux spcialiss dans ce domaine et dONG de dveloppement a men le GRDR entreprendre un programme souple dappui aux initiatives de matrise des eaux des associations partenaires qui depuis sest tendu dautres partenaires ou rgions dans le cadre de la poursuite dun partenariat engag depuis plus de dix ou quinze annes avec certains.

    Limmense rgion de Kayes na pas pour autant t exempte de conflits fonciers ces dernires annes en raison de lextrme concentration de sa population sur les grandes valles avec le phnomne de conurbation li lhistoire du peuplement Sonink. Ainsi, en 1993, un village Maure, Krouan, satellite du gros village Sonink de Niogomera, tait ras et sa population dcime par ses voisins pour avoir spontanment tent de scuriser ses cultures avec des digues filtrantes. En juillet 1996, un n...

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