CADRE STRATEGIQUE DE DEVELOPPEMENT DE L’AQUACULTURE AU TCHAD (Juin 2010)

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    14-Dec-2014

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Distinction entre aquaculture et pratiques de pche continentale amplifieLaquaculture, selon la FAO, se dfinit comme la culture dorganismes aquatiques, ce qui comprend les poissons, les mollusques, les crustacs et les plantes aquatiques . Il existe plusieurs branches de laquaculture : la pisciculture fait rfrence la culture (levage) des poissons, lalgoculture celle des algues, la crevetticulture celle de la crevette, etc. La frontire entre certaines formes de pche continentale et la pisciculture peut tre considre de permable, si lon fait rfrence aux pratiques de pche amplifie. Ces pratiques visent amliorer ou forcer la productivit biologique par rapport la productivit naturelle de certains milieux aquatiques exploits par la pche continentale, notamment en zones de plaines dinondation, au travers doprations dingnierie environnementale (ex. surcreusement des mares, empoissonnement, allongement de la dure de mise en eau des mares temporaires, etc.). Mais cela demeure du domaine de la pche (cest dire de la collecte de produits halieutiques en milieu naturel). Or, il est frquent de lire dans des documents techniques que ces pratiques constituent au Tchad une forme traditionnelle daquaculture appele pisciculture communautaire, ce qui constitue un abus de langage.En effet, ces pratiques ne constituent pas proprement parler des formes daquaculture dans la mesure o laquaculture sous-entend lapplication de techniques dlevage (intensif, semi-intensif ou extensif) dans des espaces aquatiques de petite taille (i.e. lchelle dtangs ou de bassins) ou en cages, ainsi quune notion dappropriation et de contrle de laccs cet espace aquatique par son propritaire . Un autre abus de langage se rencontre frquemment dans la littrature technique relative laquaculture au Tchad. Il concerne lexistence de pratiques traditionnelles daquaculture de spiruline (algue bleue), et plus spcifiquement de lespce Spirulina platensis. Or, en ralit, celles-ci reposent sur des activits de collecte dans certains sites de la zone agro-cologique du lac Tchad o cette micro-algue se rencontre ltat naturel. Les lments de dfinition prciss ci-dessus ont pour objet de spcifier le champ dapplication du prsent document de Cadre stratgique qui concerne bien laquaculture.

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RPUBLIQUE DU TCHAD MINISTRE DE LENVIRONNEMENT

ET DES RESSOURCES HALIEUTIQUES

Direction gnrale des ressources halieutiques / Direction de dveloppement de laquaculture

ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE Projet FAO/TCP/CHD/3204 Appui au secteur de laquaculture au Tchad

CADRE STRATGIQUE DE DVELOPPEMENT DE LAQUACULTURE AU TCHAD

Juin 2010

Prparation Le prsent document a t prpar dans le cadre du projet FAO/TCP/CHD/3204 Appui au secteur de laquaculture au Tchad FAO, avec lappui dune quipe de consultants compose de MM. Christophe Breuil, consultant international spcialiste en planification du dveloppement de laquaculture, Karar Mahamat Maintha, consultant national spcialiste en questions institutionnelles, et Alladoumadji Rimadoum, consultant national spcialiste en technologies aquacoles. Un projet de Cadre stratgique a t discut et finalis lors dun Atelier national runissant les principales parties prenantes du secteur de laquaculture au Tchad, qui sest tenu les 23 et 24 juin 2010 NDjamena. La prsente version constitue la version finale du Cadre stratgique de dveloppement de laquaculture au Tchad qui a t valide par lAtelier national.

TABLE

DES MATIRES

1. Introduction.................................................................................................................................5 1.1. Dfinitions gnrales relatives laquaculture....................................................................5 1.2. Elments du contexte actuel sur laquaculture au Tchad.....................................................7 1.3. Nature et objectifs du Cadre stratgique..............................................................................8 2. Principes directeurs du dveloppement de laquaculture au Tchad............................................9 2.1. Laquaculture orientation commerciale doit tre privilgie............................................9 2.2. Les politiques publiques doivent rechercher lefficacit ..................................................10 2.3. Le dveloppement de laquaculture exige un partenariat pertinent et effectif entre les pouvoirs publics et le secteur priv...........................................................................................12 2.4. Les partenaires au dveloppement doivent inscrire leurs interventions en cohrence avec le Cadre stratgique..................................................................................................................13 3. Conditions du dveloppement de laquaculture et rle attendu de chacun des partenaires publics et privs dans leur ralisation ..........................................................................................13 3.1 Mise en place dun dispositif institutionnel adapt............................................................13 3.1.1. Animation, vulgarisation et appui-conseil .................................................................13 3.1.2. Recherche ...................................................................................................................14 3.1.3. Education et formation ...............................................................................................15 3.1.4. Planification et suivi-valuation du secteur................................................................15 3.2. Disponibilit et accessibilit des principaux facteurs de production.................................16 3.2.1. Capital financier..........................................................................................................16 3.2.2. Semence......................................................................................................................17 3.2.3. Aliment ......................................................................................................................17 3.3. Professionnalisation du secteur .........................................................................................18 3.3.1. Organisation de la profession.....................................................................................18 3.3.2. Commercialisation des produits de laquaculture.......................................................18 3.3.3. Respect des principes de bonne gouvernance ............................................................19 3.4. Environnement juridique adapt........................................................................................20 3.5. Cas particulier des projets de stations aquacoles ..............................................................20 4. Mise en uvre du Cadre stratgique.........................................................................................21

Cadre stratgique de dveloppement de laquaculture au Tchad

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Cadre stratgique de dveloppement de laquaculture au Tchad

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Liste des sigles et abrviationsCEBEVIRHA CST DDA FAO IAA ITRAD LRVZ MAI MARA MERH ONG PNSA SNRP2 Commission Economique du Btail de la Viande et des Ressources Halieutiques Compagnie sucrire du Tchad Direction du dveloppement de laquaculture Organisation des Nations Unies pour lalimentation et lagriculture Intgration agriculture - aquaculture Institut tchadien de recherche agronomique pour le dveloppement Laboratoire de recherche vtrinaire et zootechnique Ministre de lagriculture et de lirrigation Ministre de llevage et des ressources animales Ministre de lenvironnement et des ressources halieutiques Organisation non-gouvernementale Programme national de scurit alimentaire Stratgie nationale de croissance et de rduction de la pauvret (priode 2008-2011)

Cadre stratgique de dveloppement de laquaculture au Tchad

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1. INTRODUCTION1.1. Dfinitions gnrales relatives laquacultureDistinction entre aquaculture et pratiques de pche continentale amplifie Laquaculture, selon la FAO, se dfinit comme la culture dorganismes aquatiques, ce qui comprend les poissons, les mollusques, les crustacs et les plantes aquatiques . Il existe plusieurs branches de laquaculture : la pisciculture fait rfrence la culture (levage) des poissons, lalgoculture celle des algues, la crevetticulture celle de la crevette, etc. La frontire entre certaines formes de pche continentale et la pisciculture peut tre considre de permable, si lon fait rfrence aux pratiques de pche amplifie. Ces pratiques visent amliorer ou forcer la productivit biologique par rapport la productivit naturelle de certains milieux aquatiques exploits par la pche continentale, notamment en zones de plaines dinondation, au travers doprations dingnierie environnementale (ex. surcreusement des mares, empoissonnement, allongement de la dure de mise en eau des mares temporaires, etc.). Mais cela demeure du domaine de la pche (cest dire de la collecte de produits halieutiques en milieu naturel). Or, il est frquent de lire dans des documents techniques que ces pratiques constituent au Tchad une forme traditionnelle daquaculture appele pisciculture communautaire, ce qui constitue un abus de langage. En effet, ces pratiques ne constituent pas proprement parler des formes daquaculture dans la mesure o laquaculture sous-entend lapplication de techniques dlevage (intensif, semi-intensif ou extensif) dans des espaces aquatiques de petite taille (i.e. lchelle dtangs ou de bassins) ou en cages, ainsi quune notion dappropriation et de contrle de laccs cet espace aquatique par son propritaire1. Un autre abus de langage se rencontre frquemment dans la littrature technique relative laquaculture au Tchad. Il concerne lexistence de pratiques traditionnelles daquaculture de spiruline (algue bleue), et plus spcifiquement de lespce Spirulina platensis. Or, en ralit, celles-ci reposent sur des activits de collecte dans certains sites de la zone agrocologique du lac Tchad o cette micro-algue se rencontre ltat naturel. Les lments de dfinition prciss ci-dessus ont pour objet de spcifier le champ dapplication du prsent document de Cadre stratgique qui concerne bien laquaculture. Distinction entre aquaculture orientation commerciale (ou entreprenariale) et aquaculture orientation non commerciale Il est toujours difficile de catgoriser les diffrents types daquaculture. Selon les pays, la classification peut se rapporter : des critres subjectifs concernant lchelle (petite, moyenne ou grande taille, chelle industrielle) ; des critres dintensit capitalistique (extensif, semi-intensif, intensif) selon les modes de gestion mis en uvre pour les questions lies la semence, laliment ou encore le taux dempoissonnement ; des critres de localisation (ex. aquaculture urbaine, priurbaine, rurale) sans que cela ne renseigne pour autant sur les modes de gestion et sur les marchs viss ; ou encore des critres de finalit comme par exemple la connotation de produire pour consommer (ex. aquaculture familiale, aquaculture de subsistance, etc.) ou de produire pour vendre (ex. aquaculture commerciale). Ces diffrents types daquaculture recouvrent en fait un large ventail de systmes de production (en croisant les diffrents critres de classification) quil nest ni utile danalyser ni facile apprhender dans le cadre du prsent document. En revanche, il est ncessaire1

Dans le cas de la pche continentale, on se place essentiellement dans le contexte o lEtat est le propritaire de la ressource et o, de fait, on se trouve en rgime de libre accs. Ce qui nempche pas que des actions en matire dingnierie environnementale soient conduites dans le cadre dinvestissements publics, communautaires et/ou privs dans le but den faire profiter lensemble des personnes sadonnant la pche continentale, mais cela relve de la gestion des pches. Cadre stratgique de dveloppement de laquaculture au Tchad

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de distinguer, pour des besoins danalyse des politiques et de planification du secteur, deux grands types daquaculture : une aquaculture orientation commerciale , dont llment principal est la recherche du profit optimal, quelque soit le systme de production mis en uvre, et qui implique que lexploitation soit gre comme une entreprise (on pourra aussi voquer la notion dune aquaculture entreprenariale) ; une aquaculture orientation non commerciale, dont llment principal est la recherche de complments de revenus et de lautosuffisance alimentaire en protines dorigine animale au niveau local, et qui se caractrise principalement par des modes dexploitation et de gestion peu rigoureux ne permettant pas de saffranchir de laide des projets pour perdurer.

Ainsi, laquaculture orientation commerciale se distingue en tout premier lieu par le fait quelle est pleinement intgre dans des systmes dconomie marchande o les principaux facteurs de production (capital, main duvre, semences, aliments) sont acquis sur le march. La majeure partie de leur production est par ailleurs destine aux marchs, locaux nationaux ou sous-rgionaux. Laquaculture est ainsi considre comme une activit conomique part entire qui doit tre rentable, indpendamment de la taille ou de la localisation de lexploitation et de litinraire technique adopt (intensif, semi-intensif ou extensif). Laquaculture orientation commerciale peut toutefois trouver sa place dans les stratgies de diversification des systmes de production agricole 2, mme si terme les enjeux lis au dveloppement de laquaculture commerciale porteront sur la production de quantits significatives danimaux ou de vgtaux aquatiques ayant un impact sur lconomie nationale. En revanche, laquaculture orientation commerciale ne doit pas tre assimile laquaculture industrielle, comme cela est mentionn tort dans le Schma directeur national du sous-secteur de la pche et de laquaculture labor en 2002 3. Les aquaculteurs orientation non commerciale peuvent galement acheter certains facteurs de production sur le march, notamment les semences et laliment, et vendre une partie de leur production. Mais la main duvre est principalement une main duvre familiale sans grande technicit, et les modes de gestion se caractrisent par un manque de rigueur aussi bien du point de vue des itinraires techniques que de celui de la gestion conomique de lexploitation. Les aquaculteurs orientation non commerciale sont par ailleurs fortement tributaires des projets et des ONGs, notamment pour la fourniture des alevins, des aliments et de quelques matriels de travail. La distinction tablir entre laquaculture orientation commerciale ou non commerciale a galement des implications sur lapproche prconise en matire de politiques publiques et dapproche des projets en faveur du secteur. Ainsi, dans le cas de laquaculture orientation non commerciale, on a une tendance forcer le processus de dveloppement en artificialisant lenvironnement conomique (ex. accs subventionn aux alevins, aux aliments ou encore aux activits de conseil) et en ne prenant pas le temps ncessaire une appropriation suffisante des modes de production et de gestion de cette activit nouvelle o lobjectif est de produire du poisson do il en rsulte une dresponsabilisation de la part des bnficiaires. On a aussi tendance se disperser car on vise des objectifs quantitatifs (ex. nombre de pisciculteurs forms, nombre dtangs amnags, nombre dalevins produits et distribus), ce qui se traduit par des services de suivi et daccompagnement de faible qualit. Et le plus souvent, la fin des projets, les activits sarrtent. Cela contribue la persistance de lide selon laquelle laquaculture ne peut tre quune activit de complment de revenus agricoles ou un filet de scurit pour prvenir les pnuries alimentaires en milieu rural, supporte par des projets. Cela conforte aussi, dans une certaine mesure, les programmes de dveloppement2

Le cas de figure rencontr au Tchad concernant la rizipisciculture illustre bien cet aspect. Lintroduction de poissons dans les casiers permet en effet de diversifier les productions de lexploitation agricole, mais elle permet aussi de diminuer les cots de dsherbage des casiers (en raison de laction de broutage exerc par les tilapias) et donc damliorer la rentabilit du primtre irrigu. 3 Le schma directeur, toujours en vigueur, a t labor en 2002 avec lappui dun bureau dtudes (CIMA/SOGEC International) sur financement canadien. Cadre stratgique de dveloppement de laquaculture au Tchad

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de laquaculture en Afrique dans leur approche et leur vision dune aquaculture sociale et finalement assez opportuniste, qui ne peut pas se professionnaliser. Dans laquaculture orientation commerciale, au contraire, on part individuelles et on accompagne au cas par cas les producteurs motivs franchir ltape qui leur permettra de dvelopper une aquaculture commerciale, cest dire capable de gnrer des profits, en leur offrant un et des services de qualit et adapts une aquaculture entreprenariale. des initiatives et dsireux de orientation environnement

A noter que si la coexistence des deux formes daquaculture ne pose pas de problmes lchelle dun pays, en revanche cela est de nature gnrer des conflits lorsque cette situation se prsente une chelle locale....