Ken Knabb Joie de La Revolution-A4

  • View
    22

  • Download
    1

Embed Size (px)

DESCRIPTION

Ken Knabb Joie de La Revolution-A4

Text of Ken Knabb Joie de La Revolution-A4

  • www.bopsecrets.org

    Pour contacter Ken Knabb : BUREAU OF PUBLIC SECRETS

    P.O. Box 1044, Berkeley CA 94701, USA

    knabb@bopsecrets.org

    Ken Knabb a pris part comme des millions dautres jeunes amri-cainEs la contre-culture hip, avant de faire parti du groupe Contra-diction. Traducteur amricain des films de Guy Debord et d'une an-thologie de l'Internationale Situationniste, Ken Knabb est galement l'auteur de nombreux tracts, brochures et autres crits, dont cer-tains ont t traduits en une quinzaine de langues.

    Cet ouvrage ainsi que la plupart de ses crits - en anglais et pour la majorit, traduit en franais - se retrouvent sur son site web Bu-reau of Public Secrets :

    Chapitre 1. Quelques ralits de la vie - p.4

    / Utopie ou rien / Le communisme stalinien et le socialisme rformiste ne sont que des variantes du capitalisme / Dmocratie reprsentative contre dmocratie de dl-gus / Irrationalits du capitalisme / Quelques rvoltes modernes exemplaires / Quel-ques objections courantes / Domination croissante du spectacle /

    Chapitre 2: Prliminaires - p.15

    / Brches individuelles / Interventions critiques / La thorie contre lidologie / viter les faux choix, lucider les vritables choix / Le style insurrectionnel / Le cinma radi-cal / Le ludisme / Le scandale de Strasbourg / Misre de la politique lectorale / R-formes et institutions alternatives / Political correctness ou lalination gale pour tous / Inconvnients du moralisme et de lextrmisme simpliste / Avantages de lau-dace / Avantages et limites de la non-violence /

    Chapitre 3: Moments de vrit - p.37

    / Les causes des brches sociales / Les bouleversements de laprs-guerre /Leffervescence des situations radicales / Lauto-organisation populaire / Le FSM de Berkeley / Les situationnistes en Mai 1968 / Louvririsme est dpass, mais la posi-tion des ouvriers est toujours centrale / Grves sauvages et sur le tas / Grves de consommateurs / Ce qui aurait pu arriver en Mai 1968 / Les mthodes de la confusion et de la rcupration / Le terrorisme renforce ltat / La lutte finale / Linternationa-lisme /

    Chapitre 4: Renaissance - p.61

    / Les utopistes nenvisagent pas la diversit post-rvolutionnaire / Dcentralisation et coordination / Quelques garanties contre les abus / Consensus, dcision majoritaire et hirarchies invitables /Llimination des racines de la guerre et du crime / Labolition de largent / Labsurdit de la plupart des emplois actuels / La transformation du tra-vail en jeu / Les objections des technophobes / Questions cologiques / Lpanouis-sement de communauts libres / Des problmes plus intressants /

  • La Joie de La Joie de La Joie de La Joie de la Rvolutionla Rvolutionla Rvolutionla Rvolution

    Ken Knabb

    1997-2008

  • 4

    Chapitre 1. Quelques ralits

    de la vie

    La racine du manque dimagination rgnant ne peut se comprendre si lon naccde pas limagination du man-

    que; cest--dire concevoir ce qui est absent, interdit et cach, et pourtant

    possible, dans la vie moderne. Internationale Situationniste n 7

    Utopie ou rien Dans toute lhistoire on na jamais vu

    un contraste si frappant entre le possi-ble et ce qui existe effectivement.

    Il nest pas ncessaire dexaminer ici tous les problmes du monde actuel. La plupart sont connus, et le fait de sappesantir sur eux ne fait le plus sou-vent que nous rendre moins sensibles leur ralit. Mais mme si nous avons assez de force pour supporter les maux dautrui, la dtrioration so-ciale actuelle nous affecte tous. Ceux dentre nous qui ne souffrent pas de la rpression physique souffrent nan-moins de la rpression morale impose par un monde de plus en plus mesquin, stressant, stupide et laid. Ceux qui chappent la misre conomique ne peuvent chapper lappauvrissement gnral de la vie.

    Et la vie elle-mme toute pitoyable quelle soit, ne pourra continuer long-temps. Le saccage de la plante par lexpansion mondiale du capitalisme nous a amens au point o il est bien possible que lhumanit disparaisse en quelques dcennies.

    Pourtant, ce mme dveloppement rend possible labolition du systme de hirarchie et dexploitation bas sur la pnurie, et lavnement dune nouvelle forme de socit rellement libre.

    Dvalant de dsastre en dsastre vers la folie collective et lapocalypse cologique, ce systme a acquis une vitesse qui ne peut plus tre matrise, mme par ceux qui sen prtendent les matres. Nous rapprochant dun monde dans lequel nous ne pourrons sortir de nos ghettos fortifis sans la protection de gardes arms, ni aller au grand air sans nous appliquer une lotion protec-trice de crainte dattraper un cancer de la peau, il est difficile de prendre au srieux ceux qui nous conseillent de qumander quelques rformes.

    Ce qui est ncessaire, mon avis, cest une rvolution mondiale participa-tive et dmocratique qui abolira le ca-pitalisme et ltat. Il peut sembler ridi-cule de parler de rvolution, mais tou-tes les autres solutions prsument la continuation du systme actuel, ce qui est encore beaucoup plus ridicule. Ce nest pas rien, je le reconnais, mais je crois que rien ne peut aller la racine de nos problmes, qui situe en-de de cette rvolution.

    Le communisme stalinien et le

    socialisme rformiste ne sont que des

    variantes du capitalisme Avant dexaminer ses implications, et

    de rpondre quelques objections cou-rantes qui lui sont opposes, il faut souligner quune telle rvolution na rien voir avec les strotypes rpu-gnants que ce terme voque gnrale-ment: terrorisme, vengeance, coups politiques, chefs manipulateurs pr-chant le sacrifice, suiveurs zombies scandant les slogans autoriss, etc. Il ne faut surtout pas la confondre avec les deux checs principaux de ce projet dans lhistoire moderne, le communisme stalinien et le socialisme rformiste.

  • 5

    Maintenant quil a svi durant plu-sieurs dcennies, dabord en Russie, puis dans plusieurs autres pays, il est devenu vident que le stalinisme est tout le contraire dune socit libre. Lorigine de ce phnomne grotesque est moins vidente. Les trotskistes et dautres ont essay de distinguer entre le stalinisme et le bolchevisme de L-nine et Trotsky. Il y a certes des diff-rences, mais elles sont plutt quantita-tives que qualitatives. Ltat et la rvo-lution de Lnine, par exemple, pr-sente une critique de ltat plus coh-rente que celles quon peut trouver dans la plupart des textes anarchistes. Le problme, cest que les aspects ra-dicaux de la pense de Lnine ont fini par masquer la pratique effectivement autoritaire des Bolcheviks. Se plaant au-dessus des masses quil prtendait reprsenter, et instaurant une hirar-chie interne entre les militants et leurs chefs, le Parti bolchevique tait dj en tran ddifier les conditions du dve-loppement du stalinisme lorsque L-nine et Trotsky taient encore au pou-voir.(1)

    Mais si nous voulons faire mieux, il faut tre clair sur ce qui a chou. Si le socialisme signifie lentire partici-pation des gens aux dcisions sociales qui affectent leur vie, celui-ci na exist ni dans les rgimes staliniens de lEst, ni dans les Welfare States de lOuest. Leffondrement rcent du stalinisme nest ni la justification du capitalisme ni la preuve de lchec du communisme marxiste. Quiconque sest donn la peine de lire Marx, ce qui nest videm-ment pas le cas de la plupart de ceux qui le critiquent, sait fort bien que le lninisme est une grave distorsion de sa pense, et que le stalinisme nen est quune pure parodie. Il sait aussi que la proprit tatique na rien voir avec le communisme dans son sens authentique de proprit commune, communautaire. Ce nest quune va-

    riante du capitalisme dans laquelle la proprit tatique-bureaucratique rem-place (ou fusionne avec) la proprit prive-commerciale.

    Le long spectacle de lopposition en-tre ces deux varits du capitalisme a occult leur renforcement mutuel. Les conflits srieux se limitaient des ba-tailles par procuration dans le Tiers Monde (Vietnam, Angola, Afghanistan, etc.). Aucun des deux partis na jamais fait la moindre tentative srieuse pour renverser lennemi au coeur de son empire. Le Parti communiste franais a sabot la rvolte de Mai 1968, et les puissances occidentales, qui sont inter-venues massivement dans les pays o on ne voulait pas delles, ont refus denvoyer ne serait-ce que les quel-ques armes anti-chars dont avaient besoin les insurgs hongrois de 1956. Guy Debord a fait observer en 1967 que le capitalisme dtat stalinien s-tait rvl un simple parent pauvre du capitalisme occidental classique, et que son dclin commenait priver les dirigeants occidentaux de la pseudo-opposition qui les renforait en figurant lunique alternative possible leur sys-tme. La bourgeoisie est en train de perdre ladversaire qui la soutenait ob-jectivement en unifiant illusoirement toute ngation de lordre existant (La Socit du Spectacle, thses 110-111).

    Bien que les dirigeants occidentaux aient prtendu se rjouir de leffondre-ment du stalinisme comme dun vic-toire de leur propre systme, il se trouve quaucun dentre eux ne lavait prdit, et il est vident quils nont ac-tuellement aucune ide sur ce quil convient de faire en rponse tous les problmes qui sont poss par cet ef-fondrement, si ce nest tirer un maxi-mum de profit de la situation avant que tout scroule. En ralit les com-pagnies multinationales et monopolis-tes qui proclament la libre entreprise comme panace savent bien que le

  • 6

    capitalisme de libre-change aurait explos depuis longtemps du fait de ses propres contradictions sil navait pas t sauv malgr lui par quelques rformes pseudo-socialistes.

    Ces rformes (services sociaux, assu-rances sociales, journe de huit heu-res, etc.) ont beau pallier certains des dfauts les plus choquants du sys-tme, elles nont aucunement permis de le dpasser. Ces dernires annes, elles nont mme pas permis de pallier ses crises endm