La source noire - Patrice Van

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  • Patrice Van Eersel

    LA SOURCE NOIRE

    Rvlations aux portes de la mort

    GRASSET

  • DU MME AUTEUR

    AU PARTI DES SOCIALISTES (en collaboration avec Jean-Franois

    Bizot et Lon Mercadet), Grasset, 1975.

    VOYAGE L'INTRIEUR DE L'GLISE CATHOLIQUE (en

    collaboration avec Jean Puyo), Stock, 1977.

    SACR FRANAIS (en collaboration avec Jean Puyo), Stock, 1978.

    LE CINQUIME RVE: LE DAUPHIN, L'HOMME, L'VOLUTION,

    Grasset, 1993 ; Le Livre de Poche, 2007.

    LA SOURCE BLANCHE : L'TONNANTE HISTOIRE DES

    DIALOGUES AVEC L'ANGE, Grasset, 1996 ; Le Livre de Poche, 1998.

    LE CERCLE DES ANCIENS (en collaboration avec Alain Grosrey),

    Albin Michel, 1998 ; Le Livre de Poche, 2000.

    J'AI MAL MES ANCTRES ! La psychognalogie aujourd'hui (en

    collaboration avec Catherine Maillard), Albin Michel, 2002.

    TISSEURS DE PAIX, d. du Reli, 2005.

  • Table des Matires

    Remerciements

    I Les somnambules 1 Huis clos avec trente mourants 2 La nause de l'adolescent 3 Le docteur Simpson 4 Vive l'overdose finale! 5 Le vaisseau amiral de Ken Ring

    II La lumire au fond du puits 6 Le livre terrestre des morts 7 Confrence d'une jeune mourante 8 Le sminaire d'Elisabeth Kbler-Ross

    III Les explorateurs de la mort 9 Raymond Moody 10 Michael Sabom 11 Russel Noyes 12 Stanislas Grof 13 Une psychologie transpersonnelle 14 Tout au bout de la science

    IV Les dieux sont de retour 15 La source noire 16 La cinquime extase 17 La nuit chez Monroe

  • 18 La mtamorphose des poignards 19 L'humour de Dieu 20 pilogue 21 Rfrences des citations 22 Bibliographie

  • 1986, ditions Grasset & Fasquelle

    ISBN : 9782246337119

  • A Jean-Marie et Yseult, mes parents. Aux infirmires et

    aides-soignantes, hrones silencieuses de cette histoire.

  • A l'coute des agonisants les Occidentaux redcouvrent la

    mort de l'intrieur. Je suis de la race des broussards

    iconoclastes. Si tu ne m'avais pas fait danser, je ne t'aurais

    jamais crue. Je tiens remercier tout particulirement ici

    Francis Bueb, qui m'a pouss crire ce livre, le journal

    Actuel, dont les reportages ont miraculeusement coincid

    avec mon enqute, Derek Gill, pour sa longue et

    minutieuse biographie d'Elisabeth Kbler-Ross, la tribu

    de Saint-Maur, pour son soutien quotidien pendant les

    deux annes de rdaction, Denis Bourgeois et Monique

    Mayaud enfin, pour leur lecture attentive du manuscrit.

  • I

    Les somnambules

  • 1

    Huis clos avec trente mourants

    Wappingers Falls

    A New York, les copains s'taient moqus de lui quand

    Emile leur avait dit qu'il prenait l'avion pour

    Poughkeepsie. Il ignorait o se trouvait ce bled. C'est

    dans la banlieue! s'tait esclaff Sam, le pd jovial chez

    qui il habitait, dans la 77e Rue. Finalement, il avait renonc

    la voie arienne et pris le mtro grandes distances. A

    une heure de Manhattan, un bus l'avait ensuite conduit en

    dix minutes jusqu' Wappingers Falls. L, au sommet

    d'une colline couverte de bouleaux et de sapins, il avait

    rendez-vous avec EKR. Dans un monastre franciscain.

    Sans le vouloir, il fut en avance, ce qui lui permit de voir

    arriver les autres. Tous les autres. Car il n'tait pas seul au

    rendez-vous avec EKR. Prs d'une centaine de personnes

    taient attendues, ce 21 janvier 1984, Wappingers Falls.

    Quatre-vingt-treize, exactement, avait prcis au

    tlphone le secrtaire de Shanti Nilaya, d'un ton

    catgorique qui ne voulait laisser aucun doute : c'tait

    beaucoup trop. Le sminaire tait overbooked, plus une

    seule place de disponible. A tout hasard, Emile avait alors

    appel EKR elle-mme, dans sa maison de Virginie, et elle

    avait dit oui. Une chance qu'il ait eu son numro de

  • tlphone. Au dernier moment, elle disait toujours oui

    une ou deux personnes supplmentaires, au grand

    agacement de ses assistants. Emile tait un veinard. Il

    n'aurait pas travers l'Atlantique pour rien.

    Ils arrivrent les uns aprs les autres. A midi, ils taient

    tous l. A trois exceptions prs (un jeune cancreux italien,

    un toubib bolivien et Emile, franais), rien que des

    Amricains. Quatre-vingt-dix Yankees bien typiques. De

    quoi ravir un statisticien avide de reprsentativit. On

    trouvait vraiment de tout dans le sminaire d'EKR: des

    hommes, des femmes, des doux, des agressifs, des barbus,

    des glabres, des intellos, des manuels, le plus jeune devait

    avoir dix-huit ans et la plus ge, soixante-dix bien tasss.

    Du sur mesure. Un seul groupe social se trouvait

    surreprsent : les mourants.

    Ou les parents de mourants. Ou leurs enfants. Le tiers,

    environ, des participants au sminaire d'EKR taient des

    gens directement confronts la mort. Tel tait le but du

    voyage d'Emile en Amrique : passer une semaine, nuits et

    jours, enferm entre quatre murs avec des hommes et des

    femmes menacs - court terme - par la plus sombre des

    altesses. La mort.

    Les choses, vrai dire, dmarrrent plutt gaiement.

    Sandy, l'une des trois assistantes d'EKR, avait t

    prvenue de la venue d'Emile par une amie commune, et

    elle l'accueillit l'amricaine ; avec de grands cris de joie Sooooo nice to meet you!!! C'tait une norme rousse.

  • Elle l'crasa contre sa poitrine et l'embaucha sur-le-champ

    pour prparer la salle o le sminaire aurait lieu. Quatre-

    vingt-treize siges en plastique, disposer en trois demi-

    cercles concentriques, autour des fauteuils d'EKR et de ses

    assistantes. Avec au centre, formant comme une scne

    incongrue, un matelas couvert d'un drap immacul, deux

    oreillers et une norme pile d'annuaires prims.

    Aprs avoir dpos leurs affaires dans la cellule qu'un

    vieux moine chauve leur indiquait, la plupart des arrivants

    chouaient, l'air un peu gauches et dsuvrs, dans la salle centrale. A mesure qu'il les voyait dbarquer, Emile

    ne pouvait s'empcher de se demander lesquels taient

    mourants et lesquels, comme lui, n'taient venus que pour

    s'informer. Mais rien ne trahissait la moindre dfaillance.

    Les visages et les corps semblaient gaux. On aurait pris

    cent personnes au hasard dans une rue de Boston ou de

    Chicago qu'on aurait obtenu exactement le mme rsultat.

    Les gens faisaient connaissance et commenaient former

    de petits groupes au hasard des premires affinits. Des

    rires se mettaient fuser. Dehors, le soleil avait chass les

    nuages et l'atmosphre fut soudain si gaie qu'Emile

    craignit de s'tre tromp. Se pouvait-il rellement qu'il y

    ait des mourants dans l'assistance?

    En ce cas, ils cachaient bien leur jeu. A moins que... Il

    regarda le matelas, au centre de la pice. Allait-on y

    allonger une personne grabataire, un malade la toute

    dernire extrmit? Mais alors, il n'y aurait de place que

    pour un seul mourant, or... Une nause, soudain, lui

  • souleva les boyaux, et il mit fin toute spculation,

    rigoureusement incapable de demander quiconque,

    mme en apart : Mais alors, dites-moi un peu, qui est

    mourant dans cette histoire, et qui ne l'est pas? L'autre

    s'en serait vraisemblablement tir par un Nous le

    sommes tous, cher ami! et Emile prfrait faire

    l'conomie de ce genre de boutade. Une cloche sonna,

    annonant le djeuner.

    Un moine gigantesque servait la pure la louche. On

    mangeait par tables de douze. Emile constata aussitt que,

    mourants ou pas, les Amricains conservaient un

    formidable coup de fourchette. Le hasard le plaa ct de

    son compagnon de cellule. Un dnomm Phil, originaire

    de Brooklyn, assez grand, mal ras et rougeaud, qui ne lui

    fit pas la meilleure impression. Sur la dfensive, presque

    aussi sarcastique qu'un Franais, il prenait visiblement

    plaisir faire s'enliser les conversations. Une blonde de

    quarante ans, assez jolie mais les yeux plutt cerns,

    trouvait les programmes universitaires terriblement

    chargs. Sa fille venait d'entrer en premire anne

    d'architecture Philadelphie, et elle tait dj crase de

    travail.

    Ha, ha, ha! ricanait le gros Phil. Qu'elle renonce!

    L'archi, je connais! Je suis architecte moi-mme. Enfin

    presque. Figurez-vous que...

    Soudain, Emile la vit. Deux tables plus loin, juste en face

    de lui. Oui, c'tait elle, pas de doute. Petite, le menton

  • volontaire, peine plus ge que sur les photos (elle avait,

    quoi... soixante ans?), EKR grignotait un bout de pain en

    coutant son voisin.

    Du coup, le reste de la conversation chappa Emile,

    qui, jusqu' la fin du repas, ne put quitter du regard

    l'trange petite dame. Elle ne touchait son repas que du

    bout des lvres - pourtant, rien en elle n'voquait l'anmie.

    Puis, de nouveau, la cloche sonna et chacun reprit le

    chemin de la grande salle du sminaire.

    L'ambiance demeurait des plus gaies. EKR prit place

    dans son fauteuil et demanda, avec un pouvantable

    accent suisse-allemand : Quelle chanson connaissez-

    vous? Aussitt, deux guitares sortirent de leurs tuis et

    l'assemble partit d'un bloc dans quelque vieille rengaine

    du folklore amricain. Commencrent-ils par Sweet

    Chariot ou Kumbaya my Love? En bon Franais, Emile en

    resta d'abord sidr et les fesses serres: qu'une centaine

    de personnes, encore trangres