Les conflits ?· - Quel y est le rôle des médias? - Comment les systèmes politiques y ... Partis,…

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    10-Sep-2018

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  • agrgation de sciences conomiques et sociales prparations ENS 2004-2005

    Les conflits sociaux

    NEVEU Erik (1996) : Sociologie des mouvements sociaux

    Fiche de lecture ralise par Christelle Bigot (CNED)

    NEVEU Erik (1996), Sociologie des mouvements sociaux, Paris, La Dcouverte, coll. Repres

    Introduction Les mouvements sociaux (MS) suscitent plus souvent la raction que lanalyse car suspicion, mais les acquis des sciences sociales permettent de tenir sur les MS un discours plus clairant parce que attentif la fois aux dterminants sociaux des mobilisations et au vcu de ceux qui participent laction.

    Questions alors souleves :

    - pourquoi certains groupes se mobilisent-ils davantage que dautres?

    - Quelle est la rationalit des mobilisations?

    - Quel y est le rle des mdias?

    - Comment les systmes politiques y ragissent-ils?

    1) Quest-ce quun mouvement social ? Des individus, ayant en commun dappartenir une mme catgorie sociale ont une revendication faire valoir, ils expriment leurs demandes par des moyens familiers comme la grve, la manifestation, loccupation dun btiment public (exemple de dcembre 1995). Le sens commun associe lide de MS un ensemble de formes de protestation.

    Problmes : comprendre les MS ; comprendre pourquoi certains groupes ny recourent pas (retraits, avocats)

    A) Dimensions de laction collective La difficult nat ici de la polysmie de ladjectif collectif.

    Lagir ensemble comme projet volontaire Situations dans lesquelles se manifestent des convergences entre une pluralit dagents sociaux.

    Pour Raymond Boudon : notion deffets pervers : processus qui rsultent dune agrgation de comportements individuels, sans intentions de coordination (cf. les bouchons quand dparts en vacances).

    Pour avancer vers une dfinition prcise du MS, les processus de diffusion culturelles sont justiciables dune mme exclusion. Il existe du collectif dans les phnomnes de mode, de diffusion de styles de vie ou dinnovations. Ces phnomnes jouent un rle dans la construction didentits, dunivers symboliques sur lesquels peut sappuyer lmergence de MS.

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    Organisations contre mobilisations : confusion interdite? Diffrence entre entreprises et MS dans le degr de revendication, linstitution, limportance du travail et la place de croyance. Entreprise : analyse des organisations. MS : tude des mobilisations.

    Mais recouvrements troublants :

    - proximit entre certaines formes daction militante et la logique des organisations conomiques et bureaucratiques,

    - logiques dentreprise psent un poids croissant dans le fonctionnement de nombreuses mobilisations,

    - processus de professionnalisation dans les structures de type associatif et militant.

    Cf. M. Olson, Logique de laction collective, PUF, Paris, 1978 : il faut comprendre lentreprise pour comprendre les MS.

    Voir aussi E. Friedberg, Les quatre dimensions de laction organise, RFS, vol 33, 1992 : il souligne une double erreur qui fonde cette vision :

    - erreur par sous-estimation du degr dorganisation et de structuration dunivers en apparence trs fluides comme les MS,

    - erreur par surestimation de la rigueur et de loriginalit de la formalisation des rles et des structures dans les organisations.

    Laction concerte en faveur dune cause Il faut rintgrer lhistoire de chaque MS dans un contexte culturel et intellectuel. La notion daction collective examin ici renvoie 2 critres : il sagit dun agir-ensemble intentionnel, marqu par le projet explicite des protagonistes de se mobiliser de concert. Cet agir ensemble se dveloppe dans une logique de revendication, de dfense dun intrt matriel ou dune cause. Pour reprendre une expression dHerbert Blumer, 1946 cette action concerte autour dune cause sincarne en entreprises collectives visant tablir un nouvel ordre de vie. Ce nouvel ordre de vie peut viser des changements profonds ou, au contraire, tre inspir par le dsir de rsister des changements.

    B) La composante politique des MS Les formes daction collective concerte en faveur dune cause seront dsormais dsignes sous le terme de MS. Introduction dun lment darticulation lactivit politique. A. Touraine en 1978 dans La voix et le regard nonce que les MS sont par dfinition une composante singulire et importante de la participation politique.

    Une action contre Un MS se dfinit par lidentification dun adversaire. Si des collectifs se mobilisent pour une hausse de salaire, cette activit revendicatrice ne peut se dployer que contre un adversaire dsign. La mobilisation au sein dun groupe, cest le registre du self-help qui sest notamment illustr travers le mouvement mutualiste et coopratif.

    Un MS est-il ncessairement politique? Il est possible de considrer comme politique tout ce qui relve des normes de la vie en socit. Consquence : tout est politique, notamment les MS. Mais une perception qui met le politique partout rend impossible de percevoir sa spcificit. Donc ici, prend une charge politique un mouvement qui fait appel aux autorits politiques pour apporter, par une intervention publique, la rponse une revendication, imput aux autorits politiques la responsabilit des problmes qui sont lorigine de la mobilisation. Le caractre politique nintervient que lorsque le MS se tourne vers les autorits politiques.

    La tendance la politisation des MS Historien-sociologue amricain Charles Tilly a mis en vidence la tendance historique la politisation des MS et ses racines. Dune faon schmatique, dans le cas franais les processus de mobilisation demeurent essentiellement

    locaux jusquau dbut du 19e sicle. Rgions et pays se trouvent faiblement connects un centre conomique et

    politique national ( cf. E. Weber, 1983, La fin des terroirs).

    Bouleversement de cette logique par deux processus :

    - mouvement de nationalisation graduelle de la vie politique ;

    - la RI contribue disloquer et dsenclaver les communauts locales.

    Ces tendances se sont accompagnes dun processus dlargissement des interventions tatiques, processus dinvention du droit social (cf. Le Goff, 1985). Le pouvoir politique est de plus en plus peru comme destinataire privilgi des protestations.

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    Politiques publiques, opacit, politisation La notion de politiques publiques ( P. Muller, Les politiques publiques, 1990) dsigne laction des autorits tatiques lorsque celles-ci traitent de divers dossier, par opposition la politique comme lutte pour lexercice du pouvoir. Les dysfonctionnements dun secteur social sont, en bien des cas, les effets indirects de politiques publiques sur dautres secteurs. Cf. le problme des banlieues. Le lien entre les politiques publiques et lhypothse de politisation tendancielles des MS est double : en stabilisant des espaces et des procdures de ngociation, chaque politique publique suscite le dsir des groupes mobiliss dtre reconnus ; les politiques publiques sont de formidables lments dopacit : faute dun adversaire identifiable, les groupes se tournent vers ltat (seul guichet accessible).

    C) Une arne non institutionnelle Arne comme un systme organis dinstitutions, de procdures et dacteurs dans lequel des forces sociales peuvent se faire entendre, utiliser leurs ressources pour obtenir des rponses ( cf. S. Hilgartner et C. Bosk, The Rise and Fall of Social Problems, 1988). Larne est un espace de mise en visibilit et de traitement dun dossier considr comme problme social. Les groupes qui investissent dans une arne visent une conversion des ressources : passer un niveau suprieur pour obtenir gain de cause.

    Larne des conflits sociaux Elle fonctionne comme un espace dappel ( ex. de lassassinat de Rodney King par des policiers Los Angeles en 1992). Mais il faut viter selon Friedberg de rserver cette voie aux exclus, aux domins qui nauraient que linorganis, le non rgul pour sexprimer. Risque dopposer un univers institutionnalis un univers effervescence cratrice et confuse.

    Un registre daction domin ? Marx et Weber ont montr que certains groupes subissent une domination dans tous les aspects de leur existence (manque de tous les types de ressources). Pour distinguer les domins et les dominants, on parle de MS dun ct et de lobby de lautre. Mais cela manque de nuance (cf. Michel Offerl) : on peut tre domin au parlement, et dominant localement (notabilits locales), on peut tre domin et devenir dominant et les MS qui durent peuvent se transformer en groupe de pression.

    La question du rapport la publicit et de laccs aux mdias montrent quil y a une limite : laccs aux biens rares est nanmoins plus facile aux dominants et du coup certains registres daction sont rservs aux domins : sit-in, grves, manifestations, squestrations... convient ceux qui manquent des moyens institutionnels et des rseaux relationnels permettant daboutir par des voies traditionnelles.

    Les rpertoires daction collective C. Tilly en 1986 dans La France conteste de 1600 nos jours montre que chaque poque et type de mouvements gnrent ses rpertoires : rpertoire daction collective pour suggrer lexistence de formes dinstitutionnalisation propres aux MS. Trois rgles cependant pour les actions protestataires : espace local, rituel de dtournement (chansons moqueuses, carnaval, effigies ridiculises des autorits-cibles) ; patronage de personnalits.

    Lapport de Tilly est de rintgrer le temps long dans lanalyse des MS. La construction des tats et le dveloppement du capitalisme engendrent la politisation des MS (passage du modle communal patronn de la France de 1650 1850 au modle national autonome de 1850 1980).

    Le rpertoire national-autonome qui sest mis en place voici plus dun sicle ne constitue pas un horizon indpassable de laction collective. Apparition dune dimension internationale des mobilisations, monte des logiques dexpertise (mobilisation des instruments de la science), dimension symbolique plus rticence toute dlgation de pouvoir.

    La question de lorganisation : elle est une ncessit indispensable la lutte William Gamson, The Strategy of Social Protest (1re dition), travers ltude de 53 mobilisations amricaines des annes 1800 1945 montre une tendance linstitutionnalisation-bureaucratisation : une organisation centralise et unie se rvle plus efficace.

    D) Lespace des mouvements sociaux Une typologie des MS et de leurs trajectoires (H. Kriesi, 1993) travers deux variables :

    - degr de participation des adhrents ;

    - orientation de lorganisation concerne

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    Orientation vers les adhrents/clients

    Services

    Organisations

    De soutien

    Self-help

    Mutuelles,

    cercles de sociabilit

    Auc

    une

    part

    icip

    atio

    n

    Reprsentation politique

    Partis,

    groupes dintrt

    Mobilisation politique

    Organisations

    du MS

    Participation directe

    des adhrents

    Orientation vers les autorits

    A partir de cette typologie on peut dfinir des trajectoires : en sinstitutionnalisant le mouvement ouvrier ou protestataire drive vers la reprsentation politique traditionnelle (bas droite vers gauche) ; en se commercialisant le transforme en prestataire de services : monde mutualiste enseignant se dporte de bas vers la gauche du tableau ; par la convivialit le MS devient un espace ferm sur lui-mme, un lieu de vie.

    2) Les obstacles lanalyse On pense le MS de faon relationnelle.

    A) Penser relationnellement les MS Quest-ce qui pousse agir un individu confront un motif de mcontentement?

    Le modle classique Exit, voice, loyalty peut servir de point de dpart Sur le mcanisme de la prise de parole : contestation publique ( voice) et de son contraire la dfection/ loyaut ( exit/ loalty) : Albert Otto Hirschmann , Dfection et prise de parole, 1970. Cest lintrieur de ce triptyque que se situe lespace des possibles face un mcontentement : outil pour penser les conditions dmergence ou non de laction collective. La focalisation sur une seule de ces attitudes risque dtre nfaste : trop de loyaut empche lorganisation ou la firme de se corriger, trop de dfection la ruine de sa force, trop de prise de parole est une contestation dvastatrice.

    Un carrefour disciplinaire A trois dimensions :

    - les MS sont une forme banale de la participation politique ;

    - ils contribuent la dfinition des problmes sur laquelle une action publique est attendue ;

    - ils sont aussi des espaces o sexpriment et se cristallisent des identits collectives, des faons de vivre son insertion dans la socit.

    B) Problmes sociologiques et enjeux politiques

    La psychologie des foules Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895. La foule dsigne une runion dindividus quelconques, quels que soient leur nationalit, leur profession ou leur sexe, quels que soient aussi les hasards qui les rassemblent. Larbitrage de ce regroupement est justifi par des traits communs associs la foule. Des reprsentations similaires imprgnent le climat intellectuel de lpoque. Suzanna Barrows en 1981 dans Miroirs dformants a montr en quoi cette littrature rpondait au lendemain de la Commune de Paris un contexte de panique morale des lites sociales.

    Le refoulement de lhritage marxiste Il nexiste pas rellement de thorie des MS chez Marx. Ceux-ci sont intgrs dans la problmatique gnrale des luttes des classes. Marx souligne travers la distinction de classe en soi et de classe pour soi, limportance de la construction dune conscience collective, dune identit de classe comme lment stratgique du succs des mobilisations, de la capacit articuler un projet rvolutionnaire : importance du facteur organisationnel comme lment de coordination des forces.

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    Problmes : il nexiste pas dantinomie automatique, laction militante simplifie pour vulgariser et transforme lanalyse en slogan, les MS peinent rendre compte de mobilisations structures par dautres rfrences identitaires que le rapport de classe ( comme le mouvement des femmes).

    3) Les frustrations et les calculs Tout autant que linstabilit des constructions thoriques, cest la difficult saisir toutes les facettes des MS qui se rvlent. Les thories du comportement collectif (collective behaviour) clairent les mobilisations par une psychologie de la frustration sociale (aspirations et dsirs frustrs). Le modle de laction rationnelle tend au contraire soumettre les mobilisations une forme de lecture conomique qui les banalise (logique du calcul cots/avantages).

    A) Les thories du comportement collectif

    Un label accueillant Cest lcole de Chicago avec Park puis H. Blumer qui fait entre laction collective dans le champ de la discipline. Contribution galement de fonctionnaliste comme N. Smelser, Theory of Collective Behaviour, 1962.

    Le terme comportement collectif dsigne une trs grande varit de mouvements : panique, religions, modes, mouvements organiss, revendications protestataires, etc... Llment fdrateur pour Blumer cest le dficit dinstitutionnalisation. Smelser en 1962 parle de mobilisation sur la base dun...