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Mars 2013

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Volume 44 - No 6 Consommation

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A vis aux habitués de l’Agral : Restez bien assis sur votre chaise pour lire ma prochaine phrase. Ce mois-ci, non pas 1, ni 2, mais bien 6 étudiants en scien-ces de la consommation ont rédigé un article pour le journal ! Il ne m’en

fallait pas plus pour quitter la direction du journal l’âme en paix, avec l’impression du devoir accompli… Petit détail, le mérite ne revient pas à moi, mais bien à Madame Gale West, professeure au département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation, qui a proposé à ses étudiants de soumettre à l’Agral un article rédigé dans le cadre de leur cours de consumérisme. Un gros merci ! Je vous laisse sur une fable que m’a inspirée le thème de la consommation...

Le mouton et le renard

Le soleil qui brillait très haut dans le ciel Rendait le mouton Léon fort malheureux Sa toison était devenue bien trop épaisse

Pour le printemps clément qui s’annonçait

Le mouton Léon se faisait aussi des soucis Car il n’avait pas amassé

Suffisamment d’argent durant l’année Pour envoyer son petit agneau

À l’école des animaux

Un bon matin En lisant le journal local

Léon apprit que son voisin Le renard en costard

Avait aidé la poule à vendre ses œufs

Léon n’avait jamais parlé À son voisin le renard

Car il n’aimait pas son costard

Il décida tout de même D’aller frapper à sa porte

« Renard, toute cette laine sur mon dos Me donne chaud

Et j’aimerais bien en tirer quelques sous »

Avant même le coucher du soleil Le renard en costard avait aidé Léon

À vendre sa toison Et Léon le mouton

Put envoyer son agneau À l’école des animaux

- Rien ne sert de juger

Avant d’avoir rencontré -

Mot de l’Agral MARYSE GENDRON, AGRONOMIE

DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L’AGRAL

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L’Agral Journal des étudiants de la

Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation

Local 0116, Pavillon Paul-Comtois

2425 rue de l’Agriculture, Québec (Qc), G1V 0A6

Tél : (418) 656-2131 poste 3565 Fax : (418) 656-2610 [email protected]

Directrice générale : Maryse Gendron

Rédacteur en chef : David Jeker Secrétaire : Anne-Sophie Dumas

Chef de pupitre : Caroline Beaulieu Responsable de la page couverture :

Raphaëlle Gendron Responsable de la mise en page :

Marjorie Lemire Garneau Collaborateurs officiels :

Marie-Pier Landry, Jérôme Claveau, Myriam Côté et Alexandre Bisson

Mot de l’Agral

Éditorial

CONSOMMATION

Les adolescents et la consom-

mation

Les programmes de fidélisation

Jeux de prix, jeux de profits

L’achat en ligne!

Ne soyez pas si naïfs !

La consommation réconfortante

Acheter ou pirater

Comment réagir à la publicité

Les publicités : plus vite, plus

haut, plus fort...

Lèche-vitrines compulsive

À consommer avec modération

Bon prof, mauvais choix !

Du gros bedon à la petite carot-

te

Consommation et décroissance

Pimp ta soupe!

Visites de fermes

Une main-d’œuvre qui brille par

sa présence!

Les joies du printemps

Soirée d’information sur les

assemblages boul-o-nnés

Courrier du Roux

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T outes ces choses que nous achetons. Toutes ces choses que nous désirons. Toutes ces choses que nous jetons. Toutes ces déceptions. On nous vend du rêve, on nous

vend de beaux moments et nous achetons tout comme des cons. L’éducation est une de ces choses pour lesquelles on paie et comme pour bien des choses pour lesquelles on paie, on se verra déçu après coup. Il était justement question ces jours-ci de financement universitaire dans le cadre du Sommet sur l’ensei-gnement supérieur. La modulation des frais de scolarité selon le programme d’étude n’a heureusement pas été retenue. Il aurait s’agit de faire comme en Ontario où un étudiant en médecine ou en droit paie plus cher qu’un étudiant en littérature. Ce genre de système est justi-fié par le fait que la formation de certains professionnels coûte plus cher, mais aussi parce que ces futurs professionnels pour-ront facilement rembourser leur dettes étant donné leur futur énorme salaire. Bref, on fait payer les futurs riches, pas les riches actuels. Donc pas question d’augmenter les taux d’imposition des plus fortunés, mais laisser s’endetter ceux qui devraient l’être plus tard ça oui aucun problème. Au final, ce sont les banques qui sont gagnantes avec un tel système puisque ce sont elles qui empocheront tous les intérêts de ces pauvres futurs riches. La solution retenue lors du Sommet est plutôt celle d’une indexa-tion à 3 % combinée à une possible augmentation de l’aide fi-nancière aux études, ce qui revient aussi à mettre l’argent dans les poches des institutions bancaires. Il est évidemment important de déterminer comment financer l’enseignement supérieur, mais ne faudrait-il pas d’abord faire la lumière sur ce que l’on veut financer? Une machine à fabri-quer des diplômés ou un système de transmission du savoir? Le financement n’est pas le seul problème auquel l’enseigne-ment supérieur fait face, le faible niveau exigé pour réussir en est un bien plus grand. Les universités reçoivent de l’argent de l’État selon le nombre d’étudiants inscrits. Elles ont donc intérêt à accepter n’importe quel étudiant et à tout faire pour les garder, tous. Le niveau de difficulté se doit donc d’être gardé bas. Rien pour encourager la rigueur et pour pousser les étudiants à se dépasser. Il est évidemment possible d’ap-prendre et même de développer un certain niveau de compé-tences durant son parcours universitaire, mais ce n’est pas essentiel pour l’obtention d’un diplôme. En plus de pouvoir acheter plein d’objets plus inutiles les uns que les autres, le commun des mortels peut aussi, moyennant un effort dérisoire, se procurer un diplôme universitaire. La facilité

rend la réussite banale et minimise le sentiment d’accomplisse-ment pourtant important pour plusieurs. On aura beau mettre tout l’argent du monde entre les mains des dirigeants de nos belles universités, ce n’est pourtant pas ça qui va permettre la formation de meilleurs êtres humains. La qualité de l’enseigne-ment ne devrait pas se mesurer en chiffre, mais plutôt à la quali-té des citoyens formés. Au moins notre diplôme ne se retrouvera pas à la poubelle com-me toutes ces autres choses que nous achetons. En plus du bout de papier, nous garde- rons aussi g r a v é e en notre mé-

moire une petite partie de ce qu’on nous a enseigné,

mais aussi quelques beaux moments qui, eux, au moins n’ont pas de prix.

Toute chose a un prix DAVID JEKER, AGRONOMIE

RÉDACTEUR EN CHEF DE L’AGRAL

ÉDITORIAL

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P our plusieurs d’entre nous, l’ordinateur, le téléphone intelligent ou la télévision n’est jamais bien loin. Nous sommes ainsi constamment bombardés par une foule

d’informations publicitaires. Il en va de même pour les plus jeunes, qui sont d’autant plus branchés à ce monde technologi-que. Les adolescents ne sont donc pas épargnés par cette pres-sion à la consommation. Au contraire, ils sont même la cible de plusieurs marchés et les dirigeants marketing ne cessent d’inno-ver pour capter leur attention. D’ailleurs, l’immense popularité des réseaux sociaux tels Facebook ou Twitter au sein de ce groupe d’âge représente une véritable mine d’or pour les entre-prises. Les jeunes d’aujourd’hui sont incroyablement sollicités par la publicité, et ce, très tôt dans leur cheminement. Comment faire pour protéger nos ados face à toutes ces incita-tions et tentations qui les guettent? Il n’est pas toujours évident d’éduquer son enfant à faire des choix rationnels par rapport à sa consommation, d’autant plus qu’à l’adolescence, les jeunes recherchent très fortement l’approbation de leurs pairs. Afin d’y voir plus clair, il faut bien comprendre la nature du problème. Ici, on vous explique donc les facteurs qui poussent les ados à faire des achats irrationnels, et ce, en s’appuyant sur une étude réalisée auprès de 337 étudiants taïwanais du se-condaire et du collège, tous âgés entre 13 et 20 ans. De plus, on vous propose aussi un court guide pour préparer vos jeunes à faire des choix réfléchis dans leurs achats.

Comportement d’achat impulsif Tout d’abord, lorsqu’il est question d’achat irrationnel, cela fait référence à une décision d’achat non planifiée et fait appel à l’émotivité plutôt qu’à la raison. Il s’agit d’un achat impulsif, c’est-à-dire un désir puissant et saisissant de se gâter en se fai-sant plaisir. Lors d’un achat impulsif, nous réagissons à un sti-mulus externe, comme un rabais étonnant, une promotion, etc. De plus, 38,7 % des achats effectués dans les grands maga-sins sont réalisés sur un coup de tête, donc sur l’impulsion du moment. Dans le cas des adolescents, plusieurs facteurs in-fluencent ce type de comportement d’achat. En premier lieu, il est question du concept d’idolâtrie. En fait, une majorité d’ado-lescents dévouent une admiration intense, voire excessive à quelqu’un ou quelque chose. D’ailleurs, dans l’étude menée sur le comportement d’achat des adolescents, seulement 79 étu-diants sur 337 disent ne pas idolâtrer quelqu’un (ou quelque chose). L’idolâtrie, caractéristique unique chez les adoles-cents, influence significativement les décisions d’achats impulsifs chez les jeunes. Ainsi, lorsque les entreprises utili-sent une personnalité idolâtrée des ados dans leurs publicités ou campagne marketing, ces derniers sont sujets à commettre des achats impulsifs. D’autre part, les adolescents ayant beaucoup d’argent de poche ainsi qu’un emploi à temps partiel ont plus de chance de connaître un comportement d’achat impulsif. Comment se contrôler? Maintenant que vous savez quels sont les éléments influençant les attitudes d’achats irrationnels des adolescents, voici quelques conseils qui peuvent les aider à se maitriser et ainsi entreprendre plus d’achats réfléchis. Premièrement, il faudrait minimiser le magasinage de type « récréatif ». Le fait de magasiner pour se détendre ou comme un loisir encourage grandement les achats impulsifs, car au départ, il n’y aucun réel besoin d’achat à effec-tuer. Ainsi, lors du magasinage, le jeune effectuera des achats seulement en fonction de ses désirs dans le moment. De plus, avant d’aller magasiner, l’adolescent devrait se fixer certains objectifs. Comme on l’a vu précédemment, le fait d’avoir beau-coup d’argent de poche influence les achats impulsifs, c’est pourquoi le jeune devrait s’imposer un montant maximum à respecter avant d’entrer dans les magasins. S’il a plus de diffi-cultés à conserver son budget, il pourrait même apporter seule-ment l’argent en espèces qu’il s’était fixé, ainsi, il ne pourra pas dépasser les limites prévues. En outre, écrire une liste des choses dont il a besoin d’acheter lui permettra d’analyser ce

(Suite page 8)

Les adolescents et la consommation ANDRÉANNE LAPOINTE , SCIENCES DE LA CONSOMMATION

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De plus, dans les actualités, Facebook vous propose souvent des pages auxquelles vous pourriez être intéressés, souvent par l’en-tremise de vos amis. Par exemple, il sera écrit : « Andréanne Lapointe et six autres de vos amis aiment cette page ». À l’ado-lescence, les jeunes sont très influencés par leurs groupes de référence comme leurs amis, la famille, leurs idoles, etc. Lorsque Facebook mentionne aux jeunes que plusieurs de leurs amis aiment une page, ils sont donc très susceptibles de l’aimer en retour. En fait, lorsqu’on clique sur « j’aime » une page de com-pagnie, de produits ou de services, on se retrouve sur la banniè-re publicitaire créée par la société en question. À partir du mo-ment où on « aime » une page, celle-ci nous émettra toutes les nouveautés, promotions, événements, etc., en lien avec celle-ci. Ainsi, en plus de la bannière « sponsorisée » qui est toujours présente sur le site, une foule d’informations publicitaires s’ajou-tent selon le nombre de pages aimées. Il serait important d’in-former les jeunes quant au contrôle du nombre de pages aimées, afin de pouvoir minimiser le nombre de publicités. En fait, lors-que les adolescents aiment une page, ils ne sont pas réellement conscients du pouvoir que celle-ci exercera. Étant donné le fait qu’ils sont déjà grandement sollicités, le fait de rajouter une charge publicitaire par les réseaux sociaux ne fait qu’augmenter leurs désirs envers des choses dont ils n’ont pas réellement be-soin, et ainsi leurs probabilités à faire des achats impulsifs. En somme, il est important de retenir que les adolescents sont fortement influencés par leur comportement d’idolâtrie, le fait de posséder beaucoup d’argent de poche ainsi qu’un emploi à temps partiel. Ces éléments se sont avérés positivement signifi-catifs en lien avec le comportement d’achat impulsif. Heureuse-ment, plusieurs petits trucs simples sont à votre disposition pour éduquer votre enfant vis-à-vis une consommation réflé-chie :

Minimiser le magasinage de type « récréatif » au profit du type utilitaire.

Se fixer des objectifs quant à son budget et le respecter.

Écrire une liste des choses dont il a réellement besoin.

Se créer une « routine » de magasinage.

Établir un pont entre l’idole et le produit proposé et faire la distinction entre les deux.

Contrôler le nombre de pages suscitant une attention publi-citaire sur les réseaux sociaux.

CONSOMMATION

dont il a réellement besoin ou non. De plus, lorsqu’il arrivera en magasin, il sera moins tenté d’acheter d’autres items que ceux qui figurent sur sa liste. D’autre part, l’ado peut se créer une « routine » de magasinage où il choisira les moments opportuns pour effectuer ses achats afin d’être le plus en contrôle de lui-même. En fait, s’il planifie ses moments de magasinage, il sera moins porté à aller magasiner lorsqu’il se sent plus vulnérable, par exemple, à la suite d’une mauvaise journée où la tentation de se faire plaisir en achetant est plus grande. En ce qui concerne les idoles, il est important que le jeune comprenne au mieux de ses capacités l’influence stratégique derrière l’utilisation de per-sonnes célèbres. Il doit faire la distinction entre son idole et le produit qui lui est proposé. Puisque son réflexe premier est d’i-dentifier la personnalité mise en valeur, il doit se rappeler que celle-ci y est uniquement dans le but de faire valoir le produit qui est derrière. En sachant que le bien ne représente pas néces-sairement la personne qui est affichée, il pourra regarder celui-ci d’une manière plus objective. L’influence des réseaux sociaux

Comme mentionné au départ, les réseaux sociaux sont les nou-veaux joujoux des entreprises. Grâce à leur immense populari-té, les compagnies y ont vu un potentiel et ont su profiter de ce nouveau média afin de créer des techniques et stratégies marke-ting novatrices. Par exemple, sur Facebook, à chaque fois que vous vous connectez sur votre page, il y a toujours un onglet « sponsorisé » dans le coin droit de l’écran qui affiche des publici-tés susceptibles de capter notre attention.

(Suite de la page 7)

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A ir Miles, Metro & Moi et Choix du Président sont diffé-rents programmes de fidélisation offerts par nos épice-ries québécoises. Quels sont les effets de ces program-

mes sur vos comportements d’achat? Une étude a été effectuée afin de déterminer leurs véritables effets. En 2007, Lars Meyer-Waarden et Christophe Benavent se sont intéressés à un phénomène très répandu en Europe et en Amé-rique du Nord, les programmes de fidélisation. L’étude avait pour but de déterminer leurs effets sur les consommateurs. Elle a été effectuée en France dans cinq hypermarchés et deux su-permarchés. Les hypermarchés sont des magasins de grande surface, dont le tiers de leurs ventes est alimentaire. Les super-marchés sont des établissements de vente au détail dont les deux tiers de leurs ventes sont alimentaires. Au Québec, la majorité des épiceries offrant des programmes de fidélisation sont consi-dérées comme étant des supermarchés. Les programmes de fidélisation ont été créés dans le but de vous fidéliser et ainsi augmenter le nombre de vos achats à un endroit donné. L’adhésion à ces programmes est totalement gratuite et vous cumulez des points en fonction des achats ef-fectués en magasin. Si vous êtes un consommateur régulier, il vous faudra acheter régulièrement au même endroit sur une période de six à neuf mois avant de recevoir une récompense. Avantages des programmes Généralement, ils offrent plusieurs avantages aux membres, tels que des rabais, des points échangeables contre des cadeaux ou des bons d’achat. Ils procurent également des avantages aux épiciers tels que le développement d’une meilleure relation avec leurs clients, l’augmentation des ventes de leurs produits de marque maison (Irrésistibles, Sélection, Le Choix du Président, etc.) et la fidélisation de leur clientèle. Adhérer à un programme de fidélisation Il a été démontré que lorsqu’un programme de fidélisation fait son apparition, les premiers à y adhérer seront les clients régu-liers de l’épicerie en question. Plusieurs mois plus tard, d’autres consommateurs y adhéreront pour avoir droit à des rabais ex-clusifs aux membres et accumuler des points, qu’ils pourront échanger contre la prime de leur choix.

Les raisons pour adhérer à un programme de fidélisation sont multiples et les membres ne mettent pas tous les mêmes efforts pour obtenir des avantages. Il existe deux types d’adhérents, les précoces et les tardifs. Les deux prochains paragraphes vous expliqueront les principales caractéristiques de chacun. Adhérents précoces Si vous êtes de ceux qui adhèrent aux programmes de fidélité dès leur lancement, vous êtes considérés comme un adhérent précoce. Généralement, vous êtes de ceux qui concentrent leurs achats dans la même épicerie, donc lorsqu’elle crée un programme de fidélité, vous y adhérez. En tant qu’adhérent précoce, l’étude a démontré que vous êtes plus motivés à l’égard du programme que les autres membres. Lors de votre adhésion, vous augmenterez le coût de votre panier de quelques dollars, de manière totalement inconsciente, dans le but d’accumuler le plus de points possible. De plus, vous irez à l’épicerie plus fréquemment, environ deux à trois fois de plus par période de trois mois. Après six mois, vous revien-drez à vos comportements d’achat habituels et votre panier revien-dra au même coût qu’avant votre adhésion au programme de fidéli-sation. Finalement, étant dans les premiers adhé-rents au programme, vous vous sentirez plus impliqués et vous aurez tendance à donner votre opinion plus facilement, pour améliorer ce pro-gramme en question. Adhérents tardifs Si vous êtes plutôt le type de consommateur qui découvre un programme de fidélité plusieurs mois, voire des années après son lancement, vous êtes un adhérent tardif. Généralement, vos achats sont répartis dans plusieurs épiceries et vous adhérez aux programmes de fidélité pour économiser les quelques fois où vous achèterez à ces endroits. Un autre facteur faisant en sorte que vous adhérez tardivement à un programme est la distance éloignée de l’épicerie offrant le programme. Selon l’étude, vous finirez par adhérer au programme de fidélisation pour être comme les autres personnes de votre entourage ou simplement parce que l’entreprise vous aura poussé à le faire.

(Suite page 10)

Ce qu’il faut savoir sur les programmes de fidélisation

ANDRÉANNE BLANCHETTE, SCIENCES DE LA CONSOMMATION

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10 | Le journal l’Agral

Membres des programmes de fidélisation En étant membre du programme de fidélisation d’une épicerie, il a été prouvé que vous achetez plus souvent des produits à ce magasin que les personnes qui ne sont pas membres du pro-gramme. Certaines personnes adhèrent à tous les programmes qui existent pour profiter de tous les avantages. Généralement, ces personnes achètent à toutes les épiceries et ne concentrent pas leurs achats au même endroit. Effets sur les comportements d’achat Certaines personnes tendent à croire que ces programmes affec-tent vos comportements d’achat et qu’en devenant membre d’un programme de fidélisation, vous concentrerez vos achats à cet endroit. En effet, ces programmes modifient vos comporte-ments d’achat, mais seulement sur une période donnée. Vous avez tous une épicerie préférée dans laquelle vous effectuez la majorité de vos achats, il est donc normal de devenir membre de leur programme pour bénéficier des avantages offerts.

(Suite de la page 9)

Les programmes de fidélisation permettent de renforcer votre loyauté envers l’entreprise. En devenant membre, vous devenez plus fidèles à cette entreprise, car vous voulez profiter des avan-tages offerts. Si un programme de fidélité surpasse ses princi-paux concurrents en termes de récompenses, la majorité d’entre vous augmenteront leur fréquence d’achats ainsi que le coût moyen de leur panier à ce magasin. Bref, que vous soyez un adhérent précoce ou tardif, vous de-meurez la personne qui fera le choix d’adhérer, ou non, à tous ces programmes de fidélisation. De plus, cette étude a seule-ment comparé les épiceries offrant des programmes à leurs clients. Elle n’a pas comparé le comportement des clients de ces épiceries à ceux d’épiceries n’offrant pas de programme de fidé-lisation.

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L es consommateurs doivent être conscients que les maga-sins utilisent les soldes dans le but bien précis de faire plus d’argent. Comment une compagnie arrive-t-elle à

attirer plus de clients dans sa boutique que celles des concur-rents ? D’après les résultats des recherches empiriques, on peut y constater une différence significative des comportements d’a-chats chez les hommes et les femmes dans l’industrie du textile. Ici, j’essaierai de faire de vous des consommateurs avertis. Sachez que 10 % du revenu annuel des grands magasins parisiens proviennent des soldes du mois de janvier et de ceux de juillet. Effectivement, ces « économies » sont des af-faires en or pour les entreprises. Ces spéciaux vous tirent hors de votre lit et vous emmènent directement chez le marchand. Une fois rendu sur place, vous êtes charmé par les réductions et les nouvelles collections à prix régulier. Retenez bien que dès l’arrivée des produits, les compagnies exercent un prix d’écré-mage, soit un prix plus haut, qui s’adresse aux amoureux de la mode ou aux avant-gardistes qui ne se peuvent plus d’attendre. Il vaut mieux patienter quelques semaines, avant de d’acquérir un article d’un nouvel arrivage. Vous croyez alors que vous faites une bonne affaire en vous procurant des articles en solde. Par le fait même vous vous lais-sez tenter par un ou même deux nouveaux chandails de la col-lection actuelle, car les autres vêtements que vous vous êtes achetés étaient en « SOLDE », alors c’est certainement une bonne affaire pour vous. L’économie faite sur les vêtements en solde servira à payer la différence des gilets à prix régu-liers, donc ici on ne parle pas d’économie due aux spé-ciaux. Votre facture passe ainsi de 1 à 3 articles. Merci, chers consommateurs, d’utiliser les soldes pour permettre aux maga-sins d’augmenter leurs pauvres chiffres d’affaires. Que vous soyez un homme ou bien une femme, les compagnies font ce qu’elles peuvent pour vous permettre de dépenser dans leurs magasins. Grâce au marketing différencié, les entreprises peu-vent maintenant bien cerner les comportements et les attitudes des deux sexes face aux soldes. Sachant que les femmes se pré-occupent davantage du prix et que les hommes préfèrent la qua-lité, les compagnies miseront sur ces deux facteurs très impor-tants. Ils pourront investir sur une publicité axée sur le prix, les économies et l’autre sur l’immense qualité que l’entreprise ac-corde à ses vêtements. Les consommateurs ont plusieurs opinions en ce qui concerne les soldes, en voilà quelques-unes très positives à acheter à prix réduit. Le fait d’obtenir un bas prix peut donner le sentiment de

fierté aux consommateurs. Vous avez l’impression d’avoir réussi à déjouer le département du marketing. Cette attitude est bien si vous vous contentez d’acheter ce dont vous avez besoin unique-ment à prix réduit. De plus, il y a aussi la possibilité d’acheter plus pour le même prix. C’est un des avantages des soldes. Puis-que les rabais permettent de s’acheter des articles de meilleure qualité à un moindre prix, cela a un impact plutôt positif vis-à-vis l’attitude des consommateurs. C’est alors un défi de pouvoir se procurer de tels articles à un prix inférieur. Aussi, dans certains cas, les soldes peuvent être un facteur de déculpabilisation. Le consommateur réalise certains achats qui sont plus dispendieux qu’à l’habitude et le fait de l’avoir acheté en spécial, vient déculpabiliser le consommateur. Il a l’impres-sion d’avoir fait une bonne affaire et se sent moins mal d’avoir dépensé une telle somme. Avoir pu se procurer un article à ra-bais provoque une émotion positive, le consommateur peut donc en profiter pour se faire plaisir sans se sentir coupable, car c’était en solde. Plusieurs étudiants se disent sûrement, avec les résultats que j’ai obtenus à la dernière session, je peux bien me permettre un nouveau sac à main. Les consommateurs peuvent être aussi réticents quand ils enten-dent les mots solde, réduction, spécial et prix réduit, car les gens sont très méfiants envers ces grosses compagnies qui, comme on le sait, pensent principalement à l’argent. Est-ce que cet arti-cle est vraiment réduit de 50 $ ou bien est-ce une fausse étiquet-te ? Par contre, les clients considèrent la peur de l’arnaque com-me faisant partie de l’expérience d’achat. En tant que consom-matrice, il arrive de remettre en doute la qualité d’un produit annoncé en spécial. Si le client n’est pas satisfait du produit, cela vient directement affecter son expérience d’achat, qui à ce mo-ment devient catastrophique. Dû à la forte popularité des sol-des, un achalandage est créé et les articles ne sont pas toujours disponibles. Que ce soit le choix de couleurs, les tailles ou diffé-rents modèles, les clients ont de la difficulté à trouver le produit de leur choix. Par conséquent, le niveau d’affluence dans un magasin lors des soldes est augmenté, cela contribue à la dégradation de l’atmos-phère. Même si les spéciaux augmentent, la superficie du maga-sin reste la même, ce qui crée de la frustration lors de l’expérien-ce de magasinage des clients. Puisque l’espace est restreint, les consommateurs ont de la difficulté à repérer les soldes, étant donné à la foule. Ce n’est pas plus évident de passer à la caisse, car l’attente est plus longue lors de cette période. Ce qui est

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Jeux de prix, jeux de profits

Attention aux soldes ! AUDREY PICARD, SCIENCES DE LA CONSOMMATION

CONSOMMATION

Image: http://www.be.com/missliline/blog/solde-699043/

12 | Le journal l’Agral

étonnant, c’est que les consommateurs sont conscients de ces aspects, il s’agit du prix à payer pour pouvoir bénéficier des rabais, cela n’influence pas l’attitude des clients par rapport aux soldes. Les consom- mateurs ressentent parfois le désir de se distinguer des autres. Évidemment , ce sont avec les vêtements que l’on peut être unique. Com-me on le sait, les soldes attirent les foules. Plus il y a de soldes, plus il y a de gens. Si tous les g e n s dans le magasin p r e n -nent le même

(Suite de la page 11) chandail, car il est en spécial, tout le monde aura le même chan-dail, donc aucune possibilité de se distinguer ici. Si un consom-mateur ressent vraiment le besoin de se distinguer, il ne se pro-curera pas de solde et ira probablement ailleurs. Ne vous est-il jamais arrivé d’acheter un article seulement parce qu’il était en réduction? Vous savez le sentiment d’inutilité que vous éprouvez après un tel achat? Souvent, cette situation s’ap-plique aux consommateurs raffolant des soldes. Les individus

sont tous fébriles à l’idée d’économiser et commettent des achats inutiles. Étonnamment, les consommateurs considè-rent ça comme un défi, et en aucun cas ces acquisitions inuti-les n’affectent l’attitude par rapport aux soldes. Vous voilà maintenant prêt, cher consommateur à affronter le domaine de l’habillement, en étant plus conscient des diffé-rences de comportements d’achat, durant la période des sol-des chez les hommes et les femmes. Pour conclure, il serait

intéressant de faire une comparaison entre les comporte-ments avant et après la période des soldes. Bien sûr, il ne faudrait pas négliger la nature des interactions que les clients ont avec les vendeurs, les proches ou bien même avec les autres consommateurs. Parfois, les situa-tions peuvent enrichir l’expérience de magasinage, mais vous savez l’inverse est tout aussi possible.

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L es médias et la technologie sont devenus indispensables au mode de vie des consommateurs d’aujourd’hui. L’In-ternet est maintenant essentiel pour les entreprises, afin

de faire valoir leurs nouveaux produits et d’en faire la publicité. Depuis cette émergence d’Internet, il est possible de faire des achats en ligne en provenance de la maison ou du travail, tout en ayant un accès illimité à celui-ci. De ce fait, les entreprises ont réinventé des techniques pour faciliter et insister les consommateurs à faire des achats en ligne à l’aide de promo-tions, de rabais par la livraison gratuite sous conditions, etc. Cet article vous informera de la manière dont les entreprises s’y prennent, pour la vente en ligne, et ainsi vous donner l’envie d’acheter avec elles, sans même que vous vous en doutiez. Méthodes d’influence Tout d’abord, les détaillants qui permettent aux consomma-teurs de magasiner sur leur site Internet ont un pouvoir indéfini. Ils peuvent manipuler les offres promotionnelles de leurs pro-duits afin de rester en tête du marché face à la concurrence. Avant de publiciser un produit en ligne, les entreprises doivent analyser le prix de base de production, les frais de transport ainsi que les promotions sur celui-ci afin de maximiser l’incidence d’achat. Leurs objectifs consistent à ce que vous vous sentiez bien et à vous faire croire que vous ferez une économie extraor-dinaire en achetant leurs produits en ligne. Au fil du temps, des experts ont fait plusieurs recherches sur les consommateurs qui font des achats en ligne. Ils ont constaté que la clientèle est très réceptive aux promotions à rabais (ex. : 15 % de moins) autant en magasin qu’en ligne. Prenons l’exemple de Home Depot qui offre 21 % de rabais en ligne sur l’achat de l’un de ses réfrigéra-teurs LG, indiquant que cette promotion est valide en ligne seu-lement et qu’elle peut varier si l’achat est fait en magasin. Un consommateur tout comme vous, aimant le produit, se sentira interpellé par le fait qu’en achetant le produit en ligne, il aura un rabais exclusif, ce qui influencera directement sa décision d’a-chat. En ce qui concerne les rabais par économie (exemple : sauver 5 $), les expert ont découvert que cette méthode est per-çue généralement comme un gain au sein des consommateurs. Plusieurs magasins utiliseront ce type de promotion, disant être valide seulement lors d’un achat en ligne, afin d’influencer les consommateurs à se le procurer. De ce fait, la plupart des gens ne se déplaceront pas en magasin afin de vérifier l’offre et feront l’achat immédiatement en ligne. Puisqu’un achat en ligne implique une livraison, les détaillants sont devenus experts dans le domaine des promotions concer-

nant l’expédition d’un produit. La livraison est un coût moné-taire supplémentaire pour les consommateurs, de ce fait, son prix est bien souvent pris en considération dans le choix final d’un achat en ligne. Une personne percevant un prix de livraison trop élevé changera tout simplement de compagnie ou de site web afin de se procurer ce qu’elle recherche à un prix moindre. Peut-être l’avez-vous déjà expérimenté? Cependant, les entrepri-ses souhaitent toujours rester en tête de marché, elles ont donc développé des stratégies afin que les consommateurs concluent l’achat avec elles. Prenons par exemple la compagnie GAP qui offre toutes ses collections de vêtements en ligne. Cette compa-gnie offre la livraison gratuite aux clients qui achètent pour cin-quante dollars et plus sur son site web. GAP cherche ici à faire augmenter son profit, puisqu’une personne désirant acheter un vêtement à 40 $ devra payer des frais d’expédition. Afin de les éviter, elle achètera peut-être des accessoires qu’elle pourra por-ter avec le vêtement, donc elle obtiendra la livraison gratuite. Cette stratégie donne l’illusion d’avoir fait une économie et du profit pour le consommateur. Par contre, la personne aura dé-pensé plus que ce qu’elle avait prévu au départ. Il s’agit d’un exemple de magasin parmi tant d’autres puisque des tonnes d’entreprises utiliseront cette stratégie concernant les achats en ligne. La vente sur Internet est un marché concurrentiel et fait appel à plusieurs stratégies marketing, tout comme en magasin. Plu-sieurs entreprises offriront la livraison gratuite et ne mentionne-ront pas les conditions de celle-ci. Pour y voir plus clair, pre-nons exemple de la compagnie de meubles Brault & Martineau. Cette compagnie présente un slogan en ligne et en catalogue « livraison gratuite, même le dimanche ». Peu importe l’ameuble-ment acheté, en magasin ou en ligne, la livraison est gratuite. Par contre, en caractère beaucoup plus petit, on mentionne que cette offre est applicable dans un rayon de 200 km et moins. De ce fait, certaines personnes se désisteront à la dernière minute en voyant cette contrainte et d’autres poursuivront l’achat étant donné qu’ils ont pris de leur temps pour trouver un meuble de bonne qualité et qui leur convient grandement. Puisque les com-pagnies souhaitent d’abord et avant tout augmenter leur marge de profit, ils ne mentionneront pas ce type d’information avec autant d’importance que la publicité offrant une « livraison gra-tuite ». Ce type d’exemple peut être applicable à beaucoup d’au-tres entreprises. Cependant, pour avoir la certitude qu’une livrai-son est gratuite, il est important de vérifier les conditions de celle-ci d’abord, et non à la fin du processus d’achat, cela évite bien des surprises.

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L’achat en ligne! Les techniques des entreprises pour vous faire dépenser plus

AUDREY STÉPHANIE FORTIN, SCIENCES DE LA CONSOMMATION

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Image: http://polkadotshoppingbag.blogspot.ca/

14 | Le journal l’Agral

Comment s’en protéger? Lorsqu’on effectue un achat en ligne, on doit toujours res-ter très vigilant face aux promotions et aux prix proposés par les entreprises. Bien que ce soit devenu une activité courante, simple et rapide, chaque détaillant utilise des tactiques différentes pour vous convaincre d’acheter en ligne avec eux puisqu’il offre le meilleur rabais concernant le produit que vous désirez obtenir. Il serait ingénieux, lors-que vous prévoyez faire un achat en ligne, de regarder dif-férents sites web de votre produit et de voir ce que chacun propose afin de faire un choix réfléchi et qui représente exactement ce que vous recherchiez. De plus, il est toujours très utile de naviguer sur le site de l’achat, d’agir comme si l’on concluait une vente et voir si le prix final indiqué est le même que celui proposé lors de notre premier regard. Fina-lement, assurez-vous d’être sur un site protégé (https) et prenez le temps de vérifier la fiabilité du marchand avec qui vous faites affaire en regardant ses coordonnées, les critiques extérieures, les certificats, etc. Cela pourrait vous évitez bien des soucis.

(Suite de la page 13)

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A u fil des ans, la consommation a évolué à un train d’en-fer. Les pouvoirs décisionnels, autrefois strictement réservés aux manufacturiers, qui dictaient l’allu-

re des marchés, sont maintenant révolus. Plusieurs siè-cles depuis l’arrivée de la société de consommation de masse, le consommateur, par son comportement, a maintenant son mot à dire dans le processus de concep-tion et de mise en marché d’un produit. Pouvons-nous dire pour autant qu’il contrôle le marché? Pas tout à fait, même qu’il risque d’être emporté par le marketing. De nos jours, la satisfaction des consommateurs est de-venue un point majeur pour les gestionnaires d’entrepri-ses. Stratégie marketing, campagne publicitaire, toutes les techniques sont bonnes pour rejoindre le maximum de consommateurs. Mais encore faut-il avoir bien cerné leurs besoins. La compréhension du comportement du consommateur peut faire toute la différence entre une campagne publici-taire réussie ou l’échec complet. Pour ce faire, des milliers de dollars sont investis afin de réaliser, ce qu’on appel dans le jargon, des études de marché. Ces dernières, bien sou-vent faites à l’insu des consommateurs, regroupent une panoplie d’informations qui seront utilisées pour mettre en œuvre une stratégie marketing efficace. Vous vous de-mandez comment les entreprises peuvent recueillir de l’information sur vous sans que vous le sachiez? Facile! Qui ne dispose pas d’une carte privilège ou d’une carte de crédit? Qui n’a jamais répondu à un sondage dans le but de gagner un prix? Qui n’a jamais donné ses informations personnelles lors d’un achat? Si vous avez répondu oui à l’une de ses questions, vous vous êtes faits prendre au jeu. Les entreprises sont habiles et cherchent toujours à en savoir plus. Les études de marché sont plus qu’importan-tes, elles sont gages de succès. Dans un article scientifique publié il y a quelques années, Maryann McCabe et Timothy de Waal Malefyt ont établi un parallèle entre deux campagnes publicitaires. Pen-dant que la première propulsait le manufacturier GM au som-met de sa gloire avec la renaissance de la marque Cadillac, la seconde coulait Nissan lors du lancement des modèles Infiniti. Que s’est-il passé? Pourquoi ces produits n’ont pas obtenu le même succès? La réponse est fort simple, un bon et un mauvais positionnement de produit.

Renaissance de la Cadillac

Au tournant des années 2000, la Cadillac avait perdu de son lustre, glissant même, hors du palmarès des cinq meilleurs

constructeurs de voitures de luxe. Les ventes étaient en dé-croissance et l’âge médian des propriétaires était de 75 ans. Cette ancienne icône de luxe des États-Unis faisait même les frasques des journaux les plus populaires. Dans leur article,

Maryann McCabe et Timothy de Waal Malefyt rapportent qu’avec une dose d’humour, un journaliste du New York

Times avait écrit que la Cadillac était devenue la marque pour les personnes âgées qui avaient un penchant pour les sièges en cuir pouvant les amener à leur prochaine séance de thé.

(Hakim 2002:C2). Une nouvelle ligne d’automobiles complètement remodelée (Escalade, CTS, SRX, XLR et STS) et une stratégie marketing

de 4 milliards de dollars allaient toutefois renverser la situation. À travers la campagne publicitaire intitulée « Breakthrough », lancée devant plus de 80 millions de téléspectateurs lors du

SuperBowl 2003, GM proposait le rêve au son de la chanson Rock and Roll de Led Zeppelin. Les paroles de la chanson « it’s

been a long, lonely time since we’ve rocked and rolled » re-présentaient bien l’offre remodelée de la compagnie après

plusieurs années de stagnation. Le repositionnement de la Cadil-lac sur le marché n’aurait pas atteint un tel succès sans le bon placement publicitaire, notamment dans le populaire film

Matrix Reloaded. Résultat, les ventes de la Cadillac augmentè-rent de près de 25 % dans un contexte difficile pour le manu-

facturier qui voyait la totalité de ses recettes diminuer de plus de 10 %. Les nouvelles courbes de la Cadillac avait même ra-

jeuni son public cible de 25 ans. Le rêve était devenu réalité.

Faux départ pour l’Infiniti

Vers la fin des années 1980, le marché des voitures de luxe était en profonde métamorphose aux États-Unis. De nouveaux joueurs, en l’occurrence les véhicules produits au Japon, ve-naient s’ajouter à l’offre actuelle. Si l’arrivée de la Toyota Lexus avait fait tout un tabac en 1988, ce ne fut pas le cas

pour l’Infiniti de Nissan qui lui succéda un an plus tard. Le ma-nufacturier, qui proposait un produit similaire à ce que l’on re-trouvait sur le marché, s’est buté le nez en raison d’un mauvais positionnement de produit. Une immense erreur marketing, ont même reconnu de haut placés chez Nissan, quelques années plus tard.

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Ne soyez pas si naïf ! FRANCIS JEFFREY RACINE, SCIENCES DE LA CONSOMMATION

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Images: http://www.made-in-china.com/showroom/verycraft/

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La campagne publicitaire axée sur l’équilibre entre la nature, la sérénité et l’attitude zen a été vite rejetée par les jeunes profes-sionnels américains, à qui elle s’adressait. Selon Maryann McCabe et Timothy de Waal Malefyt, les spécialistes marke-ting ont mal cerné la culture du pays de l’Oncle Sam, cette dernière étant particulièrement représentée par la dominance et le contrôle de la nature. Deux ans plus tard, ces mêmes spécialistes sont retournés sur la table à dessin et se sont ba-sés sur la simplicité afin de repositionner l’Infiniti comme un véhicule de luxe performant et esthétique. Sans surprise, les ventes ont considérablement augmenté. Faire partie de la masse Dans sa conception, l’être humain veut toujours ce qu’il y a de mieux et ne souhaite pas être mis à l’écart de la majorité. Bien qu’une voiture ait une signification beaucoup plus grande qu’un simple moyen de transport, les consommateurs ont choisi de faire partie de la masse en optant pour la Cadillac, au tournant des années 2000 et en évitant l’Infiniti, lors de son lancement en 1989. Mais réfléchissez un instant. Il est tout de même aberrant de constater que notre jugement de consommateur puisse s’arrêter à une simple campagne publicitaire. Comment pouvons-nous nous laisser berner à ce point? Prenons l’exemple de Nissan. Qui aurait voulu d’une Infiniti à son lancement, alors que la majorité décriait le produit sans même le connaître? Imaginez le pouvoir d’une campagne de publicité, si un seul faux pas a suffi pour faire sombrer l’image de la marque. En réalité, l’Infiniti était une bonne voiture, comparable, sinon meilleure que les autres sur le marché, mais ce n’est pas l’image qui a été perçue par les consommateurs. Maryann McCabe et Timothy de Waal Malefyt expliquent que l’image de marque est un symbole dans l’esprit des consommateurs. C’est la valeur ajoutée au produit (Lury, 2004). Que serait-t-il arrivé si le manufacturier avait pu remonter dans le temps et revoir sa stratégie marketing en conservant exactement le même produit? Un succès fulgurant? Fort probablement! Alors, auriez-vous acheté une Infiniti lors de son lancement en 1989? Cette situation s’applique aussi à la Cadillac. Avant sa renaissan-ce, le modèle était en perte de vitesse et seulement les gens plus âgés s’y intéressaient. Auriez-vous voulu être différent de la masse et conduire une Cadillac à l’âge de 30 ans? Aujourd’hui peut-être, mais à l’époque, la question ne se posait même pas. L’effet moutonnier ne l’aurait pas permis. Il fallait faire partie du troupeau. Ce même troupeau, qui allait conduire les gens à refai-re confiance à la Cadillac, lors de sa refonte complète, et ce, seulement quelques années plus tard. Cette nouvelle ligne de voiture à faire rêver était partout : à la télé, dans les journaux, dans les plus grands événements sportifs, et même dans un des films les plus populaires de la dernière décennie. Comment ne pas être englouti par un raz-de-marée de la sorte et pourquoi vouloir être différent du lot?

(Suite de la page 15) Ne pas être aveugle Il ne faut pas être dupe, jamais la consommation n’aura été aussi facile. Les compagnies en savent de plus en plus

sur notre comportement de consommateur et ciblent de mieux en mieux nos besoins. En tant que consommateur, nous devons être vigilant et demeurer sur nos gardes. Trop souvent, nous nous laissons berner par nos émo-tions lors d’un achat. Croyez-vous réellement atteindre le nirvana en achetant une voiture, des chaussures, des vêtements ou encore des jouets?

À l’ère où il faut toujours aller plus vite, prenons une pause et réfléchissons un instant sur ce que nous som-mes en train de faire. D’abord, il est primordial de caté-goriser nos achats. Est-ce un besoin ou un désir? Une simple question qui peut nous amener à y penser deux fois avant de passer à l’action. Attention, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas se gâter de temps à autre, mais bien qu’il ne faut pas céder trop facilement à la

tentation. Tentez de faire le vide, laisser vos émotions de côté et renseignez-vous sur le produit. Ne me dites tout de même pas que vous croyez tout ce que vous entendez dans les publicités? Prenez votre temps. Comparez les produits entre eux et trouvez le maximum d’informations avant d’en arriver à la décision finale. Et si vous n’êtes pas capable de résister une fois à l’intérieur du magasin, rien n’est plus facile que de profiter des nouvelles technologies pour se faire une tête sur un produit en particulier. Renseignez-vous sur les forums, auprès de votre famille et de vos amis afin de ne pas vous retrouvez en posses-sion d’un citron. Vous ne voudriez pas être la risée, quand mê-me? Bref, il existe une multitude d’outils à votre disposition pour ne pas entrer dans le cercle vicieux de la consommation sans fin. En réalité, il suffit de laisser ses émotions de côté et de prendre son temps. Rien de plus facile dans une société comme la nôtre ou tout est jugé à la performance, l’efficacité et à la vitesse! Bien entendu, il s’agit d’un sarcasme. Le choix final vous revient. Soyez responsable! Assumez vos erreurs pour ne plus les répéter, et ainsi, devenir plus malin que le marketing lui-même. Mais faites gaffe, il est si facile de tom-ber quand on prêche par excès de confiance. Rappelez-vous seulement une chose, vous êtes votre propre ennemi. Apprenez à vous connaître. Ne laissez pas la publicité déterminer vos be-soins à votre place. Mais soyez bon joueur, votre sort est entre vos mains. Et comme dans la cour d’école, il y aura toujours des gagnants et des perdants. La question ultime demeure la suivan-te : De quel côté vous rangerez-vous?

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L a société d'aujourd'hui vit dans un monde d'abondance de produits et de services. Avec tous les choix dont elle bénéficie, il devient difficile de faire les bons. Selon une

étude de Labrecque, Mahil et Marquis menée sur 161 Québé-cois, les choix des consommateurs concernant les aliments ré-confortants appelés aussi comfort food, sont des comportements à surveiller. Tout d'abord, on qualifie d'aliments réconfortants tout ce qui a une forte teneur en gras, en sel et en sucre comme les croustilles, le chocolat et la crème glacée. Les principaux motifs de consommation de ces produits sont affectifs, c'est-à-dire que le consommateur relève un plaisir et une satisfaction importante lorsqu'il le consomme. Peu importe la nature de la consommation, il est primordial de déterminer ce qui amène les gens à consommer des aliments réconfortants. Sachant que 56% des Québécois souffrent d'embonpoint, il est normal que les préoccupations vis-à-vis la santé soient plus présentes depuis une dizaine d'années. À la lumière de l'étude sur les aliments réconfortants, le choix des collations riches en calories demeure le premier choix des participants à l'étude. Ces consommateurs, qui ont une forte tendance à associer les ali-ments riches en calories au réconfort et qui favorisent le contex-te de consommation en solitaire, sont plus enclins aux excès. Ces résultats de l'étude sont alarmants, considérant que la plu-part des gens ne sont pas conscients de ce problème. Les ali-ments réconfortants peuvent facilement devenir des solutions faciles aux états émotionnels défavorables et une façon mal choisie de se récompenser. Il faut savoir qu'une bonne connaissance des comporte-ments concernant les aliments réconfortants per-mettra d'analyser nos propres comportements et de déterminer ce qui est nuisible pour nous. Certaines industries savent reconnaître ces opportunités et font l'association entre certains types d'aliments et le réconfort. C'est pourquoi les consommateurs doivent faire des choix éclairés en vérifiant les informations nutritionnelles indiquées sur les emballages des aliments. Les consommateurs doivent aussi faire attention aux stipulations telles sans gras, ou teneur réduite en sel, bref être très vigilants en faisant leur choix de pro-duits. La façon simplifiée de manger le plus sainement possible est de réduire la consom-mation de produits industrialisés et de priser les aliments peu transformés. Différentes astuces sont mises à notre disposition afin de faire de meilleurs choix selon les goûts et les besoins. Sachant

que l'ennui, la fatigue, le peu de compétences culinaires ou le manque de temps sont des obstacles à un régime ali-mentaire sain, il est nécessaire de reconnaître ces faiblesses afin d'améliorer la situation. Il est essentiel de partager le plus souvent que possible nos repas accompagnés de différentes personnes, puisque consommer sous le regard de plusieurs per-sonnes diminue les chances d'excès. Nous devons aussi porter une attention particulière à la durée de notre repas qui de-vrait être de 30 minutes minimum et qui est suggéré de pren-dre à la table, loin des écrans d'ordinateurs et de télévisions. Le dernier conseil qui nait de cette étude est d'exclure de ses émo-tions la culpabilité lorsque nous décidons de manger quelque chose, puisque le plaisir de manger devrait être éprouvé sans remords. Tous ces conseils, astuces et recommandations sont pourtant évidents et connus des consommateurs, mais la plupart adop-tent malgré tout de mauvaises habitudes. Ce sont tous ces choix maintenant disponibles qui brouillent leur jugement et qui font que la société d'aujourd'hui souffre de diabète, d'embonpoint, d'obésité, de cholestérol, etc. Si les gens ne sont pas plus vigi-lants et ne se rendent pas compte de l'importance de l’alimenta-tion saine, les problèmes deviendront plus importants encore. Des études comme celle-ci permettent de prendre réellement conscience des problèmes de la consommation alimentaire, et

démontre l'inconscience des choix faits par notre société.

La consommation réconfortante KATUSCIA CLOUTIER, SCIENCES DE LA CONSOMMATION

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Image: http://www.lindagrimes.com/2010/11/save-worms-its-contest.html

20 | Le journal l’Agral

A l’époque des vinyles, le piratage de musique était un processus lent et compliqué qui consistait à recouvrir le CD de silicone pendant six heures afin d’en obtenir un

moule, puis de verser du plastique liquide sur celui-ci autant de fois que de copies désirées. Puis vinrent les cassettes audio, dont les bandes magnétiques pouvaient servir relativement facilement à enregistrer le contenu musical diffusé par les radios. Enfin, le CD digital fit exploser la pratique du piratage et il est toujours le support le plus utilisé à cette fin. La banalisation du format mp3 et l’utilisation d’Internet comme un média d’échange facile d’accès a conduit à la création de sites de partage tels que Napster en 1999, le premier véritable ennemi de l’industrie musicale. En effet, ce site permettait l’échange gratuit, illimité mais illégal d’un nombre impressionnant de chansons au format digital. Bien que rapidement fermé en 2001, Napster est à l’origine de tous les autres mouvements illégaux qui s’en inspirèrent et qui firent du partage de musique (et par extension des autres médias tels que la vidéo et les logiciels in-formatiques) leur objectif principal. Les réseaux pair-à-pair et le téléchargement direct sur des sites comme MegaUpload (fermé en janvier 2012 par le FBI) sont des moyens très populaires chez les jeunes générations pour obtenir le dernier album de leurs artistes préférés, au détriment des royalties qui leur sont normalement remises lors de son achat légal. Paradoxalement, la fréquentation et les profits globaux engen-drés par les concerts sont en hausse et de plus en plus d’artistes choisissent de diffuser leurs chansons de manière gratuite ou en faisant payer un prix que le consommateur fixe lui-même pour l’achat d’un CD. Les sites proposant un abonnement mensuel ou annuel contre l’écoute illimitée de chansons font légion et nous nous retrouvons donc actuellement devant une multitude de façons de se procurer de la musique, légalement et illégale-ment. Pour les consommateurs que nous sommes, la pratique du pira-tage n’est donc pas nouvelle, elle a simplement changé de sup-port au cours du temps, et elle est désormais à la portée de tous grâce à Internet. Mais les motivations qui nous mènent à choisir entre la légalité et l’illégalité peuvent-elles être simplement rédui-tes à un positionnement éthique comme le laisse penser les cam-pagnes de prévention anti-piratage effectuées par l’industrie des médias? Ou utilisons-nous un processus décisionnel plus com-plexe lorsque nous décidons d’acheter ou de pirater une musi-que?

C’est justement l’objet de l’étude menée par James R. Coyle, Stephen J. Gould, Pola Gupta et Reetika Gupta en 2007 et qui fut publiée deux ans plus tard dans le très reconnu Journal of Business Research. En partant de l’hypothèse selon laquelle le processus de décision du consommateur est plus contextuel et multifactoriel qu’initialement considéré, ils décidèrent d’établir plusieurs théories et de les tester sur un échantillon de 204 étu-diants universitaires américains. Cette étude permet de mieux comprendre le consommateur afin de lutter plus efficacement contre le piratage, mais elle sert éga-lement aux consommateurs à gérer leurs motivations et à effec-tuer de meilleurs choix en connaissance de cause. Les auteurs de cette étude se sont demandé s’il était possible d’établir un profil-type du pirate de musique, de la même manière que les cher-cheurs en marketing cherchent à segmenter les consommateurs pour mieux vendre leurs produits. Il s’avère que souvent le consommateur se sent lésé dans la transaction qu’il effectue avec les labels quand il achète une musique, et que bien que ce ne soit pas une motivation suffisante pour l’inciter à pirater, ce problème est très souvent source de conflits et de malentendus. La plupart du temps ignorant les lois en vigueur et sous une pression sociale constante de son entourage, le consommateur considère que le piratage est un moyen efficace de découvrir de nouveaux artistes afin d’effectuer des futurs achats plus réflé-chis. On apprend également que les hommes sont plus enclins que les femmes à pirater de la musique, et que cette décision ne dé-pend pas du revenu ni de l’âge de la personne. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, une personne qui juge que les artis-tes ne gagnent pas assez grâce aux ventes de CD ne vont pas pour autant décider de télécharger illégalement de la musique, tout comme les personnes qui se sentent maltraitées par les compagnies de musique. Mais la chose la plus importante que nous révèle cette étude, c’est que l’intention de pirater est positivement liée à la fréquen-ce d’achats légaux du consommateur, c’est-à-dire en d’autres termes que plus il possède de contenu légal, plus il est disposé à franchir la barrière de l’illégalité pour se procurer à nouveau du contenu musical. Tous ces facteurs-là influent sur notre décision finale et sont étroitement liés à nos habitudes générales de consommation ; en effet, l’illégalité est perçue comme un moyen parmi d’autres d’obtenir de la musique.

(Suite page 21)

Acheter ou pirater ? Comprendre ce qui nous pousse à agir afin de mieux lutter contre la tentation

MARTIN VEYRIER, SCIENCES DE LA CONSOMMATION

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Toutes ces informations nous permettent de mieux comprendre ce qui se passe dans notre esprit quand nous comparons les risques supposés du téléchargement illégal aux avantages qu’il représente. Bien qu’appliqué ici au cas très précis de l’achat de musique, ce processus est similaire pour toutes sortes d’achats. Utiliser l’illégalité afin de se procurer un bien ou un service est une solution de facilité dans laquelle il est facile de tomber, mais prendre connaissance des facteurs qui nous poussent à devenir un pirate nous aide à mieux méditer nos achats et ainsi ne pas céder à nos tentations. Néanmoins, comme évoqué plus tôt dans cet article, un échange commercial est une transaction bidi-rectionnelle ; et bien que ce soit souvent l’industrie musicale qui se sente lésée par la quantité phénoménale de musique téléchar-gée illégalement chaque année, avec le manque à gagner qui s’en suit, on constate que le consommateur se sent la plupart du

(Suite de la page 20) temps aussi défavorisé et cela est principalement dû à l’absence d’offre commerciale à la fois rentable et satisfaisante pour tous les partis engagés. La possession de contenu est un terme ambi-gu et la plupart des marchands de musique sont toujours pro-priétaires des chansons que vous leur achetez. C’est peut-être également cet aspect-là du format digital qui incite les consom-mateurs au téléchargement illégal, car voler un objet physique comme un disque CD dans un magasin n’est pas la même chose que d’acheter ou de pirater un album illégalement et anonyme-ment sur Internet. Les exemples de punitions financières à l’égard des pirates sont rares et ne sont pas suffisants pour les repousser, tandis que la lutte contre les sites de téléchargement semble vaine. L’industrie est en panne de propositions commerciales et rien ne semble diminuer la malhonnêteté des pirates. Néanmoins le prix d’un CD neuf reste le même depuis de nombreuses années et les artistes renommés ne semblent pas en manque d’argent. Seule se pose la question de la survie des nouveaux artistes, pour lesquels il faudrait imaginer un nouveau système de rémunération com-me par exemple un financement participatif qui serait bénéfique à la fois pour les artistes et pour les consommateurs. Nous entrons peut-être dans une nouvelle ère où le consomma-teur aurait le choix de la valeur qu’il accorde aux œuvres musica-les d’un artiste. Il faut donc déterminer si tous les partis pour-raient bénéficier d’un tel système, ou si les compagnies de musi-que disparaitront tels des intermédiaires obsolètes.

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Image: http://www.bassmonkey.net/Friends-of-Bass-Monkey.html

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O n ne cesse d’inventer, jour après jour, différentes ma-nières de protéger l’être humain. Que ce soit contre la guerre, les catastrophes naturelles ou la surconsomma-

tion, il n’y a aucune limite à satisfaire ce besoin de sécurité que tous convoitent. Dans cette société aux faux besoins se matéria-lisant à chaque jour, différentes mesures sont prises afin de pro-téger les consommateurs contre le déséquilibre de ces derniers face aux entreprises et contre eux-mêmes, entre autres. On tente de rendre de plus en plus accessibles les informations concer-nant les différents fournisseurs desquels ils dépendent trop sou-vent. On fonde alors des magazines, des sites web, des groupes de discussion, des forums et plus dans l’objectif de rendre les consommateurs informés. Ces différentes méthodes de commu-nication permettent donc de faire connaître les différentes failles de certains produits, services, marques et entreprises. Lorsque certaines publicités négatives se répandent, différentes opinions s’y attardent. Selon la recherche menée par Alokparna Basa Monga et Debo-rah Roedder John, des universités de la Caroline du Sud ainsi que du Minnesota, les consommateurs se classent selon deux écoles de pensées : la pensée holistique et la pensée analytique. La pensée holistique croit fortement en l’influence du contexte sur un service ou un produit alors que la pensée analytique porte la seule responsabilité sur l’article ou le service consommé. Cette recherche, retrouvée dans le Journal of Consumer Psychology, étudie la réaction des différents adeptes des deux différentes pensées face aux publicités négatives, suite à la présence d’un stimulus. Faut-il s’en méfier? Y a-t-il moyen de nous manipuler à penser autrement et ainsi n’être plus influencé par les publici-tés négatives? Selon les résultats de la recherche, la réponse est non. Les deux stimuli utilisés pour cet article furent le niveau de saillie contextuelle ainsi que le niveau de stimulation cognitive. La seule différence de pensée observée durant ces tests fut celle de la haute stimulation cognitive. Lorsque les holistiques ont plus de difficulté à accéder aux ressources cognitives adéquates, ils tendent à penser comme les analytiques et à accorder la faute sur la marque elle-même plutôt que sur le contexte comme à l’habitude. Dans les autres cas, il s’est avéré que les différents penseurs gardent leur idée originale quel que soit le stimulus auquel ils sont présentés. Suite à une publicité négative, les ana-lytiques sont alors encore persuadés qu’il s’agit de l’erreur de l’entreprise ou du produit alors que les holistiques expliquent encore les problèmes par des raisons contextuelles. La question est la suivante : Est-il préférable d’adopter une pen-sée analytique ou holistique? Comme dans tout, il faut faire la

part des choses. Comme disait mon père : « Rien n’est bon dans l’excès, presque tout est bon dans la modération ». Il faut donc tenter de trouver un juste milieu et de toujours accueillir les informations avec un grain de sel. Qu’elles soient positives ou négatives, les publicités sont souvent très extrêmes. Certaines personnes se méfient beaucoup trop alors que d’autres croient tout ce qu’on leur dit comme s’ils avaient le cerveau en éponge. Dans le premier cas, on finit par devenir paranoïaque et ne faire confiance à rien ni à personne, ce qui nuit à notre besoin de sécurité. Dans le deuxième cas, il nous est difficile de se faire une opinion adéquate et on feint à remplir notre besoin de réali-sation et d’accomplissement de soi. Il suffit donc d’être bien informé sur son sujet afin de poser une réflexion sensée et réflé-chie, évitant ainsi de se laisser avoir mais permettant de saisir les bonnes opportunités. Mise en situation fictive Vous naviguez tranquillement sur le net de forum en forum lorsque vous tombez sur un thème concernant le nouveau réfri-gérateur Frigidaire qui vous fait de l’oeil dans la circulaire depuis trois semaines. Il s’agit d’un ensemble de critiques concernant le fait que le tiroir à viandes de ce dernier ne garderait pas assez les aliments au frais. Monique se plaint de l’indigestion que son fils a fait suite à la consommation de son sandwich au poulet alors que Paul scande que la viande y cuit presque toute seule telle-ment elle est « chaude » lorsqu’il la sort de son tiroir. Plusieurs autres commentaires, tout autant négatifs les uns que les autres, se présentent à vous. Voici les raisonnements que vous pouvez avoir concernant la situation : - Leurs réfrigérateurs doivent seulement être des citrons, ou ils étaient mal fermés, ou l’un d’entre eux contractait une gastro-entérite! C’est Frigidaire quand même, je n’ai jamais entendu de telles critiques négatives à son sujet, j’imagine qu’il a une bonne politique de retour ou de réparation si jamais quelque chose comme cela m’arrive. Je n’ai aucune crainte, je le trouve si beau! (Holistique) - Allez hop! Tous mes articles Frigidaire à donner. Je n’en veux plus, et je ne veux surtout pas de ce réfrigérateur, je trouverai une autre marque, c’est certain qu’il y aura des rappels de toute façon. La fabrication n’a pas été faite adéquatement! (Analytique)

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« Mon Frigidaire fait pourrir les brocolis! » Ou comment réagir à la publicité négative

REBECCA EFROSMAN, SCIENCES DE LA CONSOMMATION

CONSOMMATION

24 | Le journal l’Agral

Nous trouvons ici deux points de vue peut-être un peu extrêmes mais si une telle recherche a été effectuée, c’est sans doute que certains consommateurs raisonnent ainsi. Voici donc quelques conseils sur les actions à prendre lorsqu’on est face à une situa-tion comme cette dernière. La toute première chose à faire lors-qu’on apprend une nouvelle, qu’elle soit bonne ou mauvaise, est de vérifier nos sources. Il ne faut pas sauter aux conclusions trop vite. Vous auriez donc pu continuer quelques recherches concernant le réfrigérateur en question. Plusieurs sites web offi-ciels offrent des rapports sur les produits et services, fait par des clients ou des professionnels. Par exemple, le site www.toptenreviews.com offre des rapports sur une large diver-sification de types de produits. Il s’attarde entre autres aux appa-reils électroniques, aux cellulaires et même aux différentes car-rières dans certaines grandes professions. Il vous est également possible de téléphoner directement la compagnie et de lui poser des questions concernant la présumée lacune du produit. Cer-tains ne confirmeront peut-être pas les sources, mais d’autres le feront. On ne perd rien à essayer. Dans le cas où l’employé que vous contactez nie le problème, il vous est permis de lui deman-der s’il est possible alors d’avoir une garantie à ce propos. Après ces quelques démarches, il vous sera possible de vous élaborer une opinion justifiée et raisonnable. Pour ce qui est de l’efficaci-té du produit, il est difficile de la confirmer sans se procurer soi-même le produit, certes. Vous pouvez toutefois, pour certains d’entre eux, vous rendre sur www.youtube.com et regarder des vidéos de consommateurs durant l’utilisation de leur produit et

(Suite de la page 23) qui, souvent, en expliquent le fonctionnement. Il y a donc divers moyens de confirmer certaines opinions et critiques émises à propos d’un produit ou d’un service. La chose à retenir est de ne pas sauter aux conclusions trop vite, qu’il s’agisse d’une affir-mation négative ou positive. En conclusion, il n’y a pas de meilleur courant de pensée qu’un autre. L’holistique, tout comme l’analytique est un petit peu extrémiste et doit apprendre à faire la part des choses. Il s’agit de ne pas gober tout rond l’information subite et de vous ren-seigner en bon consommateur averti que vous êtes. Il sera alors de votre devoir de faire quelques recherches afin d’avoir ce qui s’apparente le plus à la vérité. La clé est de peser le pour et le contre, d’utiliser son gros bon sens et surtout d’arrêter de se mentir à soi-même. Il arrive que votre marque chérie soit détrui-te par les critiques de temps à autre. Peut-être y a-t-il une raison? Peut-être devriez-vous remettre en question la confiance aveu-gle ainsi que l’argent que vous lui offrez depuis des années sans doute? Il n’est pas toujours facile de se questionner sur quelque chose qui nous fait sentir bien et en confiance. Mais n’oubliez jamais que ces marques que vous portez près de votre cœur utilisent justement cette vulnérabilité afin de vous y accrocher toujours plus…

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Mars 2013| 25

E n cette année olympique où les performances excep-tionnelles sont de mise, les publicitaires ne sont pas en reste. En effet, vous avez sûrement vu dernièrement

une publicité vantant les mérites de quelques crèmes antirides dont les composantes doivent sûrement être tirées d'une fontai-ne de Jouvence antique pour pouvoir rajeunir cette charmante femme qui n'a probablement pas l’âge qu'on essaie de lui prêter! Ou alors un déodorant permettant de porter sur soi quelques volutes tirées d'un filtre d'amour magique faisant du plus hum-ble des hommes un véritable Apollon aux yeux de ces dames! Vous vous dites sûrement que c'est parce que les gens comme votre voisin, naïf et apte à se faire détrousser par le moindre vendeur peu scrupuleux qui passerait par là, sont visés par ce type de publicités. Eh bien, sachez que ce n'est pas le cas et que vous vous faites manipuler, oui vous qui me lisez, vous me direz sans doute que vous n'êtes pas né de la dernière pluie et que ces sornettes n'ont aucun effet sur le consommateur averti que vous êtes. Rien n'est plus faux, selon une étude de Mme Elizabeth Cowley, profes-seure à l'Université de Sydney, publiée en 2006 sous le nom de « Processing exaggerated advertising claims » dans le Journal of Business Research. L'objet de cette étude est donc de compren-dre comment des publicités offrant une vision quelque peu dé-formée de la réalité, comme celles qui passent régulièrement dans les divers médias que nous utilisons, peuvent à l'insu du consommateur peu attentif changer l'image qu’il avait d'une marque ou d'un produit. Tout d'abord, cette étude s'articule autour de l'analyse de l'information par le consommateur. En effet, vous ne réagirez pas de la même façon dans le cas où vous êtes attentifs à ce que vous voyez. Vos facultés mentales, toutes dévolues à évaluer l'annonce qui se présente sous vos yeux, prê-tent à réfuter le premier argument publicitaire fallacieux qui passera à la portée de vos sens. Cependant, imaginons que vous vous leviez pour aller chercher un de ces biscuits qui vous font de l’œil depuis quelques minutes maintenant, ou que vous pensiez subitement arroser cette pauvre plante qui n’a pas l’air en grande forme. Bref, dans le cas où vous n’êtes pas spécialement préoccupé par ce qui se trame sous vos yeux éba-his par tant de merveilles présentant toutes plus d’avantages fabuleux les unes que les autres, il se peut que votre inconscient vous joue alors quelques mauvais tours, qui pourront se révéler plus importants qu’ils n’y paraissent au premier abord, comme par exemple lorsqu’il vous faudra effectuer le bon choix en ma-gasin. Dans ces exemples, vous n'êtes plus dans le cas de figure où vous réfléchissez consciemment à ce qui vous est présenté, et c'est là qu'est le piège, car vous mémorisez quand même ce

que vous entendez et le moment venu il n’est pas improbable que vous vous souveniez d’une de ces publicités… Les résultats de cette étude ont donc montré que le consommateur enregistre différemment les informations qu’il perçoit selon l’état dans lequel il se trouve. Dans le cas où il est attentif, rien de grave à prévoir, vous savez faire la différence entre une arnaque et une offre honnête. Mais dans le cas contraire, on s’aperçoit que le consommateur inattentif aurait ainsi davantage tendance à surévaluer la crédibilité d'une annonce publicitaire à ten-dance exagératrice. Oui, ces mêmes publicités que vous regar-diez d’un air dédaigneux et que vous auriez considéré comme totalement fantaisistes il y a quelques minutes, vous apparaissent alors comme bien plus crédibles qu’elles ne devraient l’être en réalité. Et là, chose surprenante dans ce cas de figure, c'est qu'une publicité présentant un fait réel sera alors jugée de la même façon qu'une publicité fantaisiste, chose qui ne serait jamais arrivée dans le cas d'une réflexion même minimale du consommateur. Certes, vous me direz que vous n’y croyez toujours pas, et c’est vrai. Cependant, en considérant cette pu-blicité comme plus crédible qu’elle ne le devrait, vous avez mis en branle une cascade d’événements qui pourraient vous sur-prendre. En effet, manœuvre encore plus pernicieuse, plus une publicité vous propose une offre extravagante ou vous déclame des avantages proprement incroyables, plus vous avez tendance à améliorer l'image que vous avez de cette marque, et ce alors que vous savez pertinemment que cette même publicité n'est pas franchement des plus crédibles… Mais voilà, l’effet contre lequel je vous mets en garde commen-ce à s’insinuer dans votre esprit, plus de crédibilité, une meilleu-re image… Vous voyez donc où je veux en venir, ce choix diffi-cile dans le magasin, ces deux produits pratiquement identiques, ces deux prix similaires, deux marques différentes… C’est là qu’entre en jeu le phénomène. Certes, une modification sans doute minime en faveur d’une marque, mais imaginez que vous penchiez précisément pour le produit dont vous avez vague-ment entendu le slogan en sortant les poubelles? Certes, à votre niveau, les conséquences peuvent être minimes, mais ce phéno-mène, répété dans tous les commerces du pays, tous les jours, par des millions de consommateurs… Voyez-vous où est le problème? Le problème est que de telles pratiques sont parfaite-ment tolérées par les gouvernements, alors que ce type de pro-cédé relève pratiquement de la publicité mensongère, ces récla-mations publicitaires sont simplement considérées comme de petits artifices utilisés pour faciliter la vente, ce dont le consom-mateur serait parfaitement conscient. Comme je viens de vous

(Suite page 26)

Les publicités : plus vite, plus haut, plus fort, oui... mais pourquoi ?

RODOLPHE CHRYSOSTOME , SCIENCES DE LA CONSOMMATION

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26 | Le journal l’Agral

J ’ai une compulsion, je l’avoue. Le point positif, c’est que je suis bipo-laire de ma compulsion. Tous les

printemps, c’est la même chose, les vêtements d’été font leur apparition dans les magasins et j’ai soudainement le goût d’être en vacances, en bateau, sur la plage ou même sur une terrasse de la Grande Allée à boire une bonne sangria… les vêtements d’été me font rêver! J’aime l’été, non j’adore l’été, il arrive quand l’été? Les couleurs vives, les vêtements légers, les sandales, les jupes et surtout pas de manteaux! J’ai tout de même de la chance dans mes compulsions. Au printemps, je n’ai pas un sous, je suis pauvre raide. Voilà de quoi dégonfler mon fantasme. Je pratique donc le lèche-vitrines et essaie de me convaincre que je pratique la simplicité volontaire. Une chance pour moi que ce n’est pas l’hiver qui me fait fantasmer, parce que mes économies de l’été pourraient bien y passer… Ma tête ne fait pas la différence entre un fantasme et le moment fatidique. J’ai beau faire du lèche-vitrines tout le prin-temps, j’arrive au mois de juin, à ma première paye qui s’accumule dans mon compte, plus rien ne me tente. Tout est trop cher, pas la bonne couleur, pas la bonne grandeur, je ne sais pas avec quoi le mettre, ou bien je n’ai même pas le temps d’aller magasiner! Je n’aime pas magasiner honnêtement, ça me torture et me hante toute la session d’hiver. Magasiner me montre tout ce que la société me dit que j’ai supposément besoin. Malheureusement, elle réus-sit à chaque printemps à me convaincre que j’en ai vraiment

besoin de la paire de SKINNY JEANS couleur MENTHE du Smart Set! (Ouf, je viens d’avoir

un pic de compulsion!)

Je pense bien que le fait d’avoir Place Ste-Foy à 2 minutes de l’université n’ai-de pas ma cause : il est 14 heures, j’ai terminé ma journée. L’autobus ne passe que dans une heure et quart. Ça y est, je suis hameçonnée, je vais flâner dans les magasins, en me disant que je vais juste regarder ainsi, au mois de juin je saurai quoi acheter… FOUTAISE! Une fois de plus, ma compulsion va s’estomper dès que mon compte de banque se ren-flouera. En fait, est-ce une compulsion ou bien tout simplement que je n’en peux plus de ne pas pouvoir m’acheter le morceau désiré au moment désiré? C’est peut-être génétique, ça vient peut-être du X que mon paternel m’a légué. Si j’avais eu un Y au lieu d’un X, je n’au-rais sûrement pas cette compulsion. En effet, je ne magasinerais pas des robes d’été et de jolies blouses, mais je passe-rais mon temps sur lespac.com à maga-siner une voiture dont je n’ai pas besoin et à éplucher la circulaire Future Shop pour regarder le prix des téléviseurs que je n’ai pas l’intention d’acheter. Impos-sible d’y échapper… Ma conclusion : maladie dominante liée à l’X. Mon père est atteint (lespacs.com), et mes sœurs aussi, alors je suis certainement homo-zygote dominant. Mon copain aussi est atteint (lespacs.com ET les tv), alors définitivement ma progéniture est vouée à faire du lèche-vitrines. Com-ment vais-je résister à l’envie de leur acheter des petits vêtements mignons comme tout et une suce qui fait une moustache… Ma compulsion est pire

quand c’est pour les autres, je suis vouée à dépenser. C’est

génétique. Je suis atteinte du syndrome de Shopaholic.

Lèche-vitrines compulsif

CONSOMMATION

MARIE-PIER LANDRY, AGRONOMIE COLLABORATRICE OFFICIELLE DE L’AGRAL

l’expliquer, le fait que vous sachiez que ce que vous voyez n'est pas possible ou pas crédible ne vous empêchera pas, si vous n'y faites pas attention, de porter un regard bien trop sympathique sur cette marque de déodorant ou pour cette crème antirides. Mais voilà, vous n’allez pas passer vos journées à décor-tiquer la moindre annonce en vue, vous y laisseriez probablement beaucoup de temps, étant donné la masse d’informa-tions à laquelle nous sommes tous ex-posés. On ne peut cependant plus continuer de cette manière, ce n’est pas uniquement l’affaire d’un déodorant. Pour le cas d’achats plus conséquents tels qu’une nouvelle voiture, il n’est pas nécessaire de vous dire que les consé-quences pourraient être autrement plus fâcheuses. Il est temps que nos respon-sables politiques prennent les mesures qui s’imposent pour faire cesser des agissements aussi insidieux que ceux-ci. En ces temps de surendettement des ménages, la protection et la prévention du consommateur me semblent d’une importance primordiale pour l’avenir. Et pour conclure, la prochaine fois que vous verrez une publicité trop belle pour être vraie… Sachez que c'est bel et bien le cas!

(Suite de la page 25)

Mars 2013| 27

L e Petit Larousse définie le matérialisme comme étant une manière de vivre, un état d’esprit orienté vers la recher-che des satisfactions matérielles, de plaisir.

Le début de la société de consommation a commencé en Angle-terre au 18e et 19e siècle. À cette époque, les gens commençaient déjà à vouloir dépenser leur argent en échange de biens maté-riels. Dans les années 1600, une secte du nom de Quaker a com-mencé à interdire les biens non utilitaires. Celle-ci voulait se retirer et s’isoler de la société de consommation. Selon cette secte, il ne fallait pas avoir trop de biens qui dépassent nos be-soins. S’il y avait excès, les gens devaient les donner à l’Église qui elle se chargeait de distribuer les biens aux pauvres. Ils avaient la croyance qu’ils pouvaient chercher le bonheur, la joie de vivre ailleurs que dans la possession. Cette dernière phrase m’interpelle. Il est vrai que le bonheur ne se retrouve pas seulement dans le fait de posséder des biens matériels. Il faut être capable de faire une coupure entre bon-heur et biens matériels. Dans notre société, la consommation est omniprésente. Chaque jour, nous sommes confrontés à plu-sieurs milliers de messages publicitaires qui prônent le matéria-lisme. Nous sommes tous les jours encouragés à consommer. La publicité crée des envies versus de l’insécurité provoquant ainsi des bouleversements (psychologie). La publicité véhicule aussi des valeurs, des modèles matérialistes qui provoquent des com-paraisons sociales (infériorité). Il est donc évident que cela soit difficile de prendre du recul et de ne pas se faire piéger dans ces fausses croyances. Les gens accordent beaucoup trop d’importance aux choses qu’ils possèdent. Notre croyance: plus nous possédons, plus nous serons heureux et plus nous aurons d’importance dans la société. Il est difficile de faire autrement ou de se détacher de cette pensée car nous sommes en quelque sorte éduqués à consommer. Aujourd’hui, dans une société où tout va trop vite, les gens ne pensent qu’à être performants et faire au bout du compte beaucoup d’argent. Avec celle-ci, les gens croient qu’ils renforciront leur image en achetant des biens matériels. Si nous regardons autour de nous, nous nous apercevons que bien des gens sont des personnes dites matérialistes. En référence avec mon article « Materialism and satisfaction with over-all quality of life and eight life domains », le matéria-lisme n’augmente pas le bien-être et la satisfaction de notre pro-pre vie. Chaque individu doit faire son propre bonheur sans se fier aux biens matériels. De plus, le matérialisme peut causer un

cercle vicieux pour certains d’entre nous. Plus nos aspirations sont grandes et irréalistes, moins nous avons de chance d’être satisfaits. Nos buts deviennent donc superflus et non basés sur nos valeurs personnelles. Il est donc important de réfléchir et de prendre du recul. Les gens les plus aisés dans la vie ne sont pas nécessairement heureux et les gens ayant moins d’argent ne sont pas nécessairement moins heureux. J’en conviens que l’argent aide à nous acheter des biens utiles dans la vie de tous les jours ou à faire des activités que l’on aime, mais elle ne nous permet pas d’acheter notre bonheur. Le danger avec le matérialisme, c’est qu’il peut engendrer la surconsommation. Il peut également cacher un manque non comblé chez certaines personnes. Le matérialisme aurait donc un effet d’addiction chez ceux-ci. Les gens malheureux consom-meraient beaucoup plus de biens matériels pour combler un manque intérieur. Les gens matérialistes ont aussi tendance à être plus individualistes occasionnant ainsi l’éloignement du bien commun en société. Les gens ont moins de temps pour les au-tres, car ils ne pensent qu’à eux et sont beaucoup plus occupés à consommer. Toute cette consommation crée aussi bien des problèmes pour notre environnement. Plus nous consommons, plus nous accumulons des biens et ces biens finiront un jour à la poubelle et par la suite dans notre environnement. Notre planè-te est remplie de déchets causés par notre surconsommation, créant ainsi de la pollution et la destruction de notre environne-ment. Pour conclure, le matérialisme peut s’avérer très bénéfique pour les entreprises, mais pour nous en tant qu’individu cela ne fait qu’engendrer des sources de conflits intérieurs. Nous en souf-frons, notre société en souffre et notre environnement en souf-fre. Il serait donc temps de s’arrêter quelques instants et de re-voir nos valeurs, ce qui est essentiel pour nous dans la vie.

À consommer avec modération STÉPHANIE GOULET , SCIENCES DE LA CONSOMMATION

CONSOMMATION

I ain't got no home, ain't got no shoes

Ain't got no money, Ain't got no class

Ain't got no skirts, Ain't got no sweater

Ain't got no perfume Ain't got no bed

Ain't got no mind

Ain't got no mother Ain't got no culture

Ain't got no friends, aint got no schoolin'

Ain't got no love, Ain't got no name

Ain't got no ticket, Ain't got no token

[...] I’ve got life, i’ve got my freedom

-Nina Simone

Image: © AFP ELB

Mars 2013| 29

P endant la majeure partie de notre vie, l’école a été un endroit où nous avons créé des liens. Que ce soit avec des gens de notre âge, des personnes plus âgées, les gens

du service de garde ou nos professeurs. Nous avons toujours gardé de bons souvenirs des individus qui nous ont marqués, ou avec qui nous avions le plus d’affinités. Lorsque nous pensons à eux, plusieurs choses nous viennent en tête. Il y a des liens d’at-tachement forts qui ont été créés avec ces personnes. Nous avons bâti une confiance en eux et il y a une certaine satisfaction personnelle vis-à-vis ces personnes. Nous avons un sentiment de bien-être et nous nous identifions à elles. Ces personnes nous

donnent une force qui nous dit que l’on peut se rendre plus loin, grandir et accomplir

beaucoup de choses en plus de nos buts personnels. Toutes ces percep-tions d’un individu font en sorte que l’on en parle en bien, et que nous

disons de bons commentaires à son propos. Si nous

sommes plusieurs à divulguer de bons commentaires, cet individu est de

plus en plus valorisé et aimé.

C’est donc ce type de suite logique que les gens en marketing veulent obtenir lorsqu’ils lancent un nouveau produit ou une nouvelle marque. Mais encore, ils veulent la loyauté des gens envers leurs produits. Ils s’attendent à ce que les gens qui aiment la marque soient prêts à prendre le temps et à faire l’effort de parler de la marque, de la défendre et de la supporter. C’est un peu le même effet vis-à-vis un professeur à l’université. En effet, une personne peut bel et bien être considérée comme une mar-que de commerce. Le problème avec cette situation, est le fait que certains étudiants vont choisir certains cours selon le pro-fesseur en raison de ce qu’ils ont vu sur les sites comme Rate my teacher, Facebook, ou tout simplement par les conversa-tions entre élèves. Ce que pensent les autres, de quelle manière les professeurs sont perçus, la relation qu’ils entretiennent avec les étudiants, sont des variables influencées par plusieurs fac-teurs et besoins personnels qui font en sorte qu’ils sont aimés ou non. Il faut comprendre que ces besoins ne sont pas les mêmes pour chacun d’entre nous, et que l’influence des pairs peut nous pousser dans une mauvaise direction par rapport à notre cheminement académique. En lien avec un texte qui s’inti-tule « Professor brand advocacy: Do brand relationships matter?

», qui explique de quelle manière un professeur devient une marque de commerce, le but du présent texte est d’expliquer le phénomène du professeur/marque et les liens avec les principes de marketing. Le but du texte est aussi de faire réfléchir les lec-teurs à leurs choix futurs de cours. Pour expliquer le contexte, une étude a été faite pour savoir pourquoi les élèves promeuvent certains professeurs qu’ils iden-tifient inconsciemment comme une marque aux autres étu-diants. Le modèle conceptuel de cette recherche est basé sur des théories et des principes de marketing relationnel et sur l’auto-détermination par rapport à une perspective d’attachement. Plusieurs types de facteurs ont été mis en relation pour cette recherche. Selon la structure du modèle de recherche utilisé, tout commence avec des facteurs qui facilitent la relation étu-diant-professeur. Ces facteurs s’avèrent être l’autonomie, le sen-timent de proximité et le sentiment de compétence. Lorsqu’on parle d’autonomie en lien avec un professeur, c’est lorsqu’on fait face aux tâches données et qu’il y a un certain degré de liberté qui aura un effet positif sur notre apprentissage. Par exemple, lorsque nous avons le choix du sujet de travail de session en lien avec le cours. Bien sûr, trop d’autonomie ne fait qu’empirer les choses et fait en sorte qu’on peut se sentir envahi par les res-ponsabilités et se sentir délaissé. Dans le cas du sentiment de proximité, c’est lorsqu’il y a un lien entre les étudiants et le pro-fesseur, de façon à optimiser l’apprentissage et à générer une relation professionnelle. Ce type de facteurs est important au-tant lors du cours qu’hors du cours. Pour donner un exemple en cours, le professeur pose toujours des questions pour être sûr que les étudiants ont bien compris. À l’extérieur du cours, c’est lorsqu’il prend le temps de prendre rendez-vous avec des étu-diants et d’expliquer la matière. Autre exemple, où, dans ce cas, les élèves recherchent un lien plus professionnel, les étudiants veulent devenir chargés de cours. De plus, le facteur de compé-tence se désigne lorsque l’on sent que ce que l’on apprend est utile, que l’on est plus efficace, et que les étudiants ont le senti-ment qu’ils ont appris ce qui devait être appris pour être compé-titifs et compétents. On peut percevoir cela lorsque le profes-seur pose des questions difficiles en classe en rapport avec la réalité du domaine d’étude, et que les élèves y répondent. Le sentiment de proximité, le sentiment de compétence et l’au-tonomie font en sorte de créer des facteurs de relation entre le professeur et l’élève. Ces facteurs de relation entre professeur et élève sont la force d’attachement, la confiance, et la satisfaction.

(Suite page 30)

Bon prof, mauvais choix ! ÉTIENNE BOUCHER, SCIENCES DE LA CONSOMMATION

CONSOMMATION

30 | Le journal l’Agral

Ce qui caractérise la force d’attachement, c’est qu’elle est ali-mentée par le sentiment de proximité et le sentiment de compé-tence. Plus l’on se sent proche du professeur, et plus il nous aide à évoluer dans nos compétences pour la vie, plus le lien et la force d’attachement sont forts. Par la suite, pour ce qui est de la confiance, c’est le mélange d’autonomie et de la force d’attache-ment. Si l’autonomie est bien gérée, que l’on sent que l’on ap-prend malgré notre niveau de liberté, et que notre niveau d’atta-chement vis-à-vis le professeur est fort, et qu’il ne laisse pas tomber ses étudiants, plus grand sera leur niveau de confiance. Par rapport à la satisfaction, elle est formée en lien avec le senti-ment de compétence et la force d’attachement. Lorsque l’on sent que l’on est performant en classe, dans l’emploi que l’on a et que les impressions et les attentes par rapport au professeur s’avèrent justes, cela augmente l’attachement envers celui-ci. Et ainsi, le sentiment de satisfaction en sera comblé. On peut en déduire par exemple au niveau des résultats d’examens, ou des bons commentaires de notre employeur. Le lien de ces facteurs de relations entre le professeur et l’élève, soit la confiance et la satisfaction et indirectement la force d’at-tachement, résulte en une défense, un favoritisme d’un profes-seur, que l’on symbolise de la même manière qu’une marque. Mais ce phénomène n’est pas nécessairement ce qui est souhaité dans la tête d’un étudiant universitaire. Il faut regarder la problé-matique d’un autre angle. L’influence de nos pairs surtout par rapport au plus ancien vis-à-vis un nouvel étudiant est un fac-teur important. Les commentaires que l’on retient lors d’un choix de cours font en sorte qu’ils vont choisir un cours selon la force d’attachement, la confiance et la satisfaction entre le pro-fesseur d’une connaissance, ou d’un parfait inconnu. Les fac-teurs qui font en sorte qu’ils apprennent ou qu’ils apprécient un cours sont distincts pour chacun des étudiants. Les besoins aca-démiques et les expériences professionnelles sont différents pour chacun des élèves. Il est important de se poser des questions. Pourquoi ce cours? Quelles compétences est-ce que je veux acquérir pour mon fu-tur? Est-ce que c’est vraiment le cours qu’il me faut? De plus, on a tous déjà entendu le fameux : « Suis ce cours, il n’est pas trop dur! Le professeur est relaxe, pas trop désagréable. » Ou bien : « Ne prends jamais ce cours, il est très difficile et le pro-fesseur est sévère. » Mais ce ne sont peut-être pas les commen-taires les plus utiles. Chaque personne a un point d’ancrage face à la difficulté d’un cours ou à la sévérité d’un professeur. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un point d’ancrage, c’est lors-que nos standards sont influencés par la première chose que l’on expérimente. Donc si un étudiant dit qu’un cours en particulier est dur et que le professeur est sévère, ce n’est peut-être pas le cas pour les autres étudiants, car cet étudiant a peut-être com-mencé son baccalauréat avec un cours qui, à ses yeux, était facile et où le professeur n’avait pas les mêmes barèmes de correction que ses collègues. De plus, il est important de se dire que toutes les différentes façons de faire, les différentes manières d’ensei-gner et d’évaluer sont un avantage et un bénéfice pour un meil-leur apprentissage. Un jour, sur le milieu du travail, il faudra travailler avec des gens que l’on n’a pas choisis et qui ne travail-

(Suite de la page 29) lent pas nécessairement de la même façon. Il est ainsi important de s’habituer à travailler avec d’autres méthodes et d’autres fa-çons de voir les choses que celles avec lesquelles on est habitué de façon à être beaucoup plus professionnel et aguerri. Dans certains cas, le choix du professeur peut se faire de façon impulsive. De la même manière que l’on peut acheter une boîte de céréales au supermarché. On ne porte pas toujours attention au contenu de la boîte et à ce qu’on a vraiment de besoin, mais plutôt au fait que c’est une marque que l’on connait bien. Au même titre qu’un étudiant qui choisit un cours, car il connait bien le professeur qui l’enseigne et qu’il est sûr d’aimer le cours, non pas parce que c’est ce dont il a besoin en raison de son contenu. Il faut prendre le temps de considérer toutes les op-tions avant de choisir un cours. Surtout si l’opportunité d’ap-prendre quelque chose d’utile passe sous le nez de l’étudiant, car il n’a pas pris le temps de réfléchir. En conclusion, on réagit de la même manière au niveau de la fidélité d’une marque et de la défense et la fidélité par rapport à un professeur. En effet, un être humain peut être considéré comme une marque. Tout commence avec l’aide des facteurs facilitateurs de la relation entre un professeur et un étudiant, soit l’autonomie, la proximité entre deux individus et le sentiment de compétence. Cela crée, ensuite, des facteurs de relations entre le professeur et son étudiant, qui se résument à la force d’attache-ment, la confiance et la satisfaction. Ici, la confiance, la satisfac-tion et indirectement la force d’attachement résultent en la dé-fense et la fidélité du professeur. Ce modèle d’analyse de la fidé-lité à une marque est utilisé en marketing. De ce fait, on peut redresser quelques similarités au niveau des actions commises face à tout ce phénomène. Dans un premier temps, l’influence de nos pairs est très importante et n’est pas à négliger, car elle peut mener un élève vers un parcours académique moins désira-ble. Deuxièmement, le point d’ancrage des étudiants plus an-ciens peut diverger et ainsi induire en erreur les nouveaux uni-versitaires. Troisièmement, le choix de cours des élèves plus vieux peut se faire impulsivement et de façon non réfléchie. Il ne faut pas oublier que de faire de nouvelles expériences peut être bénéfique, soit en variant le professeur. Il ne faut pas avoir peur de se poser des questions sur notre cheminement scolaire, à savoir si les cours choisis sont pertinents pour soi et le futur. Ces questions pourraient peut-être même être posées au princi-pal intéressé, le professeur.

CONSOMMATION

Mars 2013| 31

« La télévision ouvre bien des portes, notamment celle des réfrigérateurs », disait l'auteur français Jean-Loup Chiflet. Ce petit mot d'esprit anodin ne pouvait être plus

véridique! Car la télévision, de par ses publicités alimentaires, vous incite à manger, avec ou sans appétit, et ce sans que vous en ayez conscience! C'est ce que je viens d'apprendre en lisant les conclusions de la recherche « Priming Effects of Television Food Advertising on Eating Behavior » (« Les effets déclencheurs de la publicité télé-visuelle alimentaire sur les comportements liés à l'alimentation»). L'expérience est des plus simples. Les chercheurs ont fait vision-ner à des enfants des publicités (déjà existantes), qui étaient im-briquées dans un extrait d'une émission pour enfant populaire (afin qu'ils ne puissent avoir conscience que l'étude portait sur l'effet de ces publicités). Deux groupes d'enfants ont vu des publicités portant sur la nourriture (mélangées au travers de publicités diverses), et un groupe contrôle a visionné des publi-cités n'ayant aucun rapport à l'alimentation. Chaque enfant a reçu un bol de craquelins en formes de poissons dorés (qui n'étaient pas montrés dans les publicités, soit dit en passant), avec la permission d'en manger autant qu'il en voulait durant le visionnement. Il est important de noter que l'enfant était seul devant la télévision lors du visionnement, afin d'éviter qu'il soit influencé par les autres. Par la suite, les chercheurs ont pesé la quantité de craquelins restante. Les résultats?

Ils sont incroyablement troublants! Les enfants ayant été expo-sés aux publicités alimentaires ont mangé en moyenne 8,8 g de craquelins de plus que les autres. Ceci représente une ingestion supérieure de 45%, pour seulement 14 minutes de visionnement télévisuel! Cela signifie qu'en visionnant 30 minutes de télévision quotidiennement en grignotant, vous ingurgiteriez 94 kcal sup-plémentaires qui, s'ils ne sont pas compensés par de l'exercice physique, vous donneraient un joli gain de 10 livres de masse

corporelle à la fin de l'année (supplément pondéral qui se logera où bon lui semblera, ne vous en déplaise). Ah oui, j'oubliais de vous mentionner qu'en 2005, les Canadiens visionnaient en moyenne 2,1 heures de télévision par jour (Shields & Tremblay, 2008). Faites le calcul! (Je l'ai fait. Ça donne grosso modo 42 livres. C'est beaucoup!) Une des explications possibles pour ce phénomène est l'impor-tance qui est accordée à l'idée de plaisir dans les publicités ali-mentaires, principalement dans celles qui visent les enfants. Sans entrer dans les détails, il suffit d'être le moindrement attentif pour se rendre compte que l'argument principal qui est sous-entendu est qu'en consommant l'aliment publicisé, on en retirera un grand plaisir. Pensez simplement aux publicités de Ficello, avec les enfants qui s'amusent avec leurs bâtonnets de fromage pour faire des animaux ou des moustaches! Pour approfondir la question, je vous invite à lire « The construction of fun in food advertisements targeting children » (« L'organisation du plaisir dans la publicité alimentaire visant les enfants »), écrit par Simo-na De Iulo, qui étudie plus avant la question de la présence du plaisir et de la satisfaction dans la publicité alimentaire. Bien que cette étude porte spécifiquement sur les enfants, il est facile de déduire que le concept de satisfaction se retrouve également dans les publicités pour adultes. Les jeunes femmes qui tiennent leur canette dans les publicités de soda ne semblent-elles pas en pleine extase? Pour revenir à l'étude sur les effets directs de la publicité, vous vous dites sans doute « Je ne mangerai tout simplement plus devant la télévision! C'est simple. Et puis, après tout, cette étude porte sur des enfants. En tant qu'adulte majeur et vacciné, je sais me contrôler! ». L'idée est bonne, mais malheureusement, pas tout à fait. Car l'expérience ne s'est pas arrêtée à déterminer si la publicité a un effet sur la consommation de nourriture lorsqu'on l'a sous la main. Les chercheurs ont voulu vérifier si cet effet se prolonge dans le temps. Ils ont, pour la deuxième partie de l'expérience, demandé à des adultes (majeurs et vaccinés, comme vous et moi) de visionner des publicités alimentaires sensiblement dans les mêmes conditions que les enfants, à deux exceptions près; premièrement, ils ont été exposés à trois types de publicités (des publicités de collations, des publicités d'aliments santé, et des publicités neutres). Deuxièmement, ils n'avaient pas de nourritu-re sous la main lors du visionnement. Ce n'est qu'après la séance de télévision, qu’on les a fait passer dans une pièce séparée, dans laquelle étaient disposés différents aliments (allant des crudités aux biscuits au chocolat, en passant par des croustilles multi-

(Suite page 32)

JÉRÔME CLAVEAU, SCIENCES DE LA CONSOMMATION COLLABORATEUR OFFICIEL DE L’AGRAL

CONSOMMATION

Du gros bedon à la petite carotte

32 | Le journal l’Agral

Consommation et décroissance, les gestes penchent dans la balance!

CONSOMMATION

MARJORIE LEMIRE GARNEAU, AGRONOMIE RESPONSABLE DE LA MISE EN PAGE POUR L’AGRAL

grains de type « tortilla »). Après avoir reçu la consigne de goûter au moins une fois chaque aliment (et d'en manger autant qu'ils en voulaient) puis de les noter selon divers critères, ils étaient laissés à eux-mêmes. Ainsi, les cher-cheurs ont pu mesurer non seulement la quantité de nourriture ingérée, mais aussi le temps que chacun d'entre eux a passé à manger. Au final, les adultes qui ont visionné des publicités de nourriture ont mangé plus, et plus longtemps, tous types de nourriture confondus. Du moins, ceux qui ont vu les publicités de collations. Il semble que les effets des publicités de nourriture santé soient sans grand effet. Qui plus est, le fait d'avoir faim ou non n'a eu apparemment aucune influence sur les résultats de l'étude. Étonnam-ment, les plus gros mangeurs ont été ceux qui disaient tenter de restreindre leur alimentation. Mais, que faire si la publicité alimentaire déclenche immanquablement un réflexe de manger (même sans avoir faim), et que ce puissant effet perdure dans le temps? J'ai deux pistes de solution à vous pro-pose. Premièrement, vous pouvez tout simplement cesser de regarder la télé! C'est celle que je préconise personnelle-ment depuis 5 ans! Plutôt que de vous installer confortablement sur votre ca-napé, allez marcher dehors, appelez un ami, joignez une ligue de bridge... les possibilités sont infinies! Pour ceux moins alléchés par l'idée du bridge, je vous recommande de vous asseoir devant votre télé avec un sac de carottes naines entre les mains! Certes, les publicités vous donneront le goût de manger ces carottes pleines de vitami-nes, mais sachez que ces dernières de-mandent autant d'énergie pour être mangées et digérées qu'elles en fournis-sent au corps! Adieu la prise de poids!

(Suite de la page 31)

C onsommer! Rien de plus plaisant pour se sentir heureux! On consomme tout, pour différentes raisons. De la nourriture, du papier de toilette, de l’électricité et de l’eau, des vêtements pour se protéger, des res-

sources naturelles, pour se loger, se mouvoir, se divertir, des images et des textes, pour meubler le cerveau (ou pas!). Les pratiques de chaque consommateur sont objet de tous les débats, et l’éthique est fonction des gestes et choix qu’on posera…encore faut-il s’y pencher! Pour comprendre un concept, allons voir ses racines… La pyramide de Maslow, basée sur une population occidentale, les surconsomma-teurs, a été déterminante dans nos cours d’é-thique et culture religieuse alias « Morale », pour ceux qui ont assisté au cours. En regar-dant son modèle de la représentation dynami-que de la hiérarchie des besoins, nous partons des besoins physiologiques et nous finissons vers le besoin d’accomplissement de soi. Ob-servation intéressante : impossible, selon ce modèle d’accéder à l’accomplissement de soi si on ne peut combler les besoins physiologi-ques, de sécurité, d’appartenance, d’amour et d’estime. Il est certain que ce modèle possède des failles importantes quant aux sociétés moins nanties et dans la priorité des besoins.

La croissance « Je n’ai rien contre les compagnies forestières, ma guitare est faite en bois. Je n’ai rien contre les mines, les cordes sont faites en métal», comme dit Richard Desjardins. Certes, on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Mais la consommation sans scrupule et à l’aveuglette peut-elle avoir une fin? Selon la revue New Scientist parue en 2009, il ne resterait en moyenne que moins de 100 ans pour que la majorité des ressources naturelles soient épuisées, considérant que nous consommerions au même rythme, donc sans accélération du taux de crois-

sance. Il est impor-tant de spécifier que ces chiffres tiennent compte uniquement de la consommation des pays développés. Si certains pays voyaient leur crois-sance démographi-

(Suite page 33)

Mars 2013| 33

que augmenter, les ressources seraient réduites de façon consi-dérable, en fonction de leur nécessité. Les ressources non dé-couvertes n’y figurent pas non plus. En tenant compte du produit intérieur brut (PIB) des pays en croissance constante, nous nous trouvons donc dans une impas-se tant économique, politique que sociale et environnementale. Acheter pour exister Dans un monde qui tourne aussi vite qu’on songe à un Québé-cois pour remplacer le pape, on nous bourre le crâne, ici-même dans nos cours avec des phrases toutes faites : « Les défis sont immenses; il faut trouver des solutions afin de produire d’avan-tage sur des espaces de plus en plus restreints. » Salamalecs, ce discours d’autruche ne va pas à la base du problè-

me, il n’est que la réflexion faite pour colmater les trous. Il ne fait état nulle part du gaspillage, ni du virage que la faculté de-vrait prendre pour suivre la vague engendrée par des universités telles que McGill. L’article « Confronter Halte à la croissance? À 30 ans de réalité » du Dr. Graham Turner, chercheur du CSIRO (Organisation Fédérale pour la Recherche Scientifique et Indus-trielle, en Australie) reprend les trois scénarios du très cité et controversé rapport Meadows, mis à jour en 2004 et intitulé « Halte à la croissance? ». Notons que c’est suite à la parution de l’ouvrage de Meadows que les instances mondiales ont pu éta-blir la définition du développement durable telle qu’on la connait aujourd’hui. Dans l’article de Turner donc, on met en lumière la situation actuelle en introduisant les chiffres mon-diaux pour la période de 1970 (date de la parution du premier rapport Meadows) à 2000. Son analyse infère que c’est le scéna-rio business as usual qui semble le plus près de ce que constitue le système mondial actuel. Il conclut que les données présentées dans son article viennent corroborer la conclusion de « Halte à la croissance ? » : Le système mondial n’est durable que s’il se met à réduire, rapidement et de manière substantielle sa consommation effrénée tout en accélérant ses progrès technolo-giques.

(Suite de la page 32) À l’ère où l’on change sa sacoche pour agencer nos bottes, où les Clarks sont vantés par des gens qui n’ont pas le temps de niaiser, où sœur Angèle se promène en Hummer (je vous jure, je l’ai vu de mes yeux vus!) et où on se sert des enfants pour nous vendre le dernier cellulaire de Vidéotron… le bonheur n’est pas dans le contenu, mais dans le contenant. Le problème est donc en partie éthique, puisque que pour plusieurs, acheter, c’est aussi se distinguer. Du moins c’est ce que cherche à nous faire croire le lobby. L’obsolescence programmée des biens de consomma-tion est d’ailleurs la preuve la plus irrévocable de cette société de surconsommation qui jette 40% des denrées alimentaires en Amérique du Nord, ou qui découpe les surplus de stock de sou-liers pour ne pas avoir à les donner. L’obsolescence program-mée, ou désuétude planifiée, c’est le sujet d’un documentaire présenté sur Arte 7, réalisé par Cosima Dannoritzer. Cela va des bas de nylons trempés dans une solution d’acide permettant une rapide dégradation de ceux-ci, aux puces injectées dans les im-primantes afin qu’elles cessent de fonctionner au bout de 3-4 ans, en passant par les villes poubelles des pays du tiers monde tels que le Ghana en Afrique, les exemples sont clairs. La société a été pensée pour jeter. Autant d’aberrations que d’applications! Ne pas vouloir travailler ensemble pour y changer quelque cho-se, c’est de se pitcher en bas d’un pont parce que quelqu’un nous a dit de le faire. Pourtant, acheter c’est voter! Même la chaîne Walmart a retiré le lait contenant des hormones de croissance de ses tablettes, à la demande des consommateurs! Des solutions faciles Oui! Tout n’est pas noir, il existe des solutions! Formidable! Ce n’est pourtant possible qu’ensemble, en prenant le temps de se pencher sur celles-ci. Pourquoi ne pas revoir nos habitudes de vie que nous croyons déjà suffisantes, en les approfondissant un peu plus chaque fois? S’il faut taper des articles à l’ordinateur dans un journal facultaire, est-il possible d’organiser une journée incroyablement délirante pour échanger nos vêtements, au lieu d’encourager l’exploitation de villes entières qui fabriquent nos caleçons en Chine? D’acheter les cadeaux de nos êtres chers dans des comptoirs Emmaüs? De consulter le site web d’Équi-terre ou de l’organisme La Mauve pour vous procurer des légu-mes frais et locaux, à des coûts plus qu’abordables, tout en sa-chant ce qu’ils contiendront? Il ne s’agit pas seulement de pren-dre moins de papier à main ou d’utiliser des sacs réutilisables, il s’agit aussi de se demander l’impact que nous avons tous en achetant des fram- boises du Chili hors saison, ou en condui- s a n t … un Hummer! Un petit geste à la fois! Pour sustenter votre insatiable besoin de savoir, voici des liens pertinents :

www.commentreparer.com ;

Le magnifique film « Paysages Manufactures » de Jennifer Baichwal et Edward Burtynsky;

(Suite page 34)

CONSOMMATION

34 | Le journal l’Agral

R ien de tel que la thématique consommation de l’AGRAL pour vous proposer différentes

manières de « Pimper » vos soupes. En fait, il sera plutôt question des potages dans cette chronique. Tout d’abord, les ingrédients de base d’un bon potage sont les suivants : oignons, huile ou beurre, un légume quelconque, bouillon de poulet, crème 35 % (il faut que ce soit onctueux!), sel et poivre. Pour le légume quelconque, laissez-vous aller : panais, céleri-rave, courges poivrées, betteraves, le sous-estimé chou-fleur et n’hésitez pas à y mettre des fruits, poi-res, pommes, ce qui veut rehausser le goût. Aussi, vaut mieux devoir ajouter du liquide pour le mixer que d’avoir à en enlever. Maintenant, le cœur de la chronique, « pimper » ses potages, 5 trucs rapides et efficace. Le but : ajouter de la texture, du goût ou encore de la couleur.

1. Infusez u n e

épice ou une fine herbe dans du lait chaud (anis, cannelle, basilic, coriandre, thé, etc.), puis faites le mousser en le fouet-tant vigoureusement lorsqu’il est encore chaud. Déposer cette jolie mousse sur votre potage au moment de servir.

2. Prenez deux potages diffé-rents ayant des couleurs

explosives (betterave et carotte) et la même consistance. Versez en même temps dans les bols de chaque côté de manière à ce qu’il ne se mélange pas. Cela donnera un joli look.

3. N’hésitez pas à ajouter des charcuteries, lardons cuits,

chip de pancetta ou proscuitto, tout en servant votre potage dans une coupe à Martini. Les charcuteries accompagnent bien les potages au chou-fleur.

4. Faites cuire de la crème que vous épaissirez légèrement à

la fécule de maïs (vous pouvez aromati-ser cette crème tout comme le lait). Au moment de servir votre potage, versez-en un filet au centre du bol, puis avec un couteau faites des mouvements transversaux (pas trop clair comme explication!) à cette ligne de crème. Que de beaux motifs vous pouvez dessiner ainsi.

5. Faites cuire une poire entière épluchée et

dont le cœur a été enlevé dans du vin rouge épicé et sucré jusqu’à ce qu’elle soit légèrement tendre. Au moment de servir le potage, faites des incisions du pédoncu-

le au bas de la poire. Placez ensui-te la poire en éventail sur le potage.

Excellent avec un potage aux panais! C’est tout! Bon appétit.

Pimp ta soupe!

RECETTES

JÉROME AUBIN, AGRONOMIE

http://www.abcvert.fr/annuaire/eco-gestes/ , pour accentuer votre estime verte;

Le livre Décroissance versus développe-ment durable - Débats pour la suite du monde, par Yves-Marie Abraham, Louis Marion et Hervé Philippe, chez Écosociété;

www.équiterre.org et www.solutionera.com ;

Courir les chroniques et conférences de Laure Waridel;

Et surtout : Apporter vos vieux vête-ments et objets lors de la journée troc-au-thon! Cette activité a pour but de financer en partie le salaire de notre bon jardinier de Via Agro-Écologie, qui prendra soin des beaux légumes que tous consommerons lors du méchoui de la SAAC 2013!

«Ne jugez pas chaque journée par

les récoltes que vous faites, mais

par les graines que vous semez»

-Robert Louis Stevenson

(Suite de la page 33)

Mars 2013| 37

Ferme Brown Heaven Cette ferme laitière de Suisses brunes se retrouve à Verchères en Montérégie. La ferme compte à présent 21 vaches en lactation avec une moyenne assez impressionnante de 9 400 kg de lait par vache par année. Les bâtiments (dont une étable neuve) et les terres appartiennent au père de Josée Charron et les animaux appar-tiennent à celle-ci et à son conjoint, Dave Rousseau. Ils oc-cupent la 4e place au Québec pour leur efficacité et la qualité de leur troupeau. Le jeune couple participe à plusieurs grandes expositions dont le Springshow, l’Expo de St-Hyacinthe, Syra-cuse aux États-Unis, Madison et la Royal de Toronto. Cette année, ils se sont mérité la bannière de l’éleveur à Toronto. Leur défi à moyen terme est de prouver l’efficacité de cette race bovi-ne. Selon eux, il s’agit d’une vache plus longue à démarrer en lait, mais elle possède cependant une plus grande longévité qui surpasse celle de la Holstein. Leurs résultats s’expliquent proba-blement par leurs choix en génétique. Ils misent beaucoup sur la conformation et le système mammaire et non pas sur la produc-tion laitière. Durant l’été, le troupeau passe toutes les nuits à l’extérieur pour la santé des pieds et des membres. Des rations de foin y sont ajoutées.

Une récolte assez importante d’embryons

se fait tous les mois à la ferme Brown Heaven. De 5 à 10 em-bryons par mois sont récoltés sur 5 vaches du troupeau, puis sont vendus en Europe, au Brésil et à l’Équateur. La moitié des inséminations se font avec des taureaux en voie d’épreuve. Le jeune couple croit beaucoup en la génomique et plusieurs jeunes tau-reaux américains ont jusqu’à mainte-

nant fait leurs preuves dans les taures et les vaches Brown Heaven. Leurs défis à long terme :

Gagner une classe à Madison

Remporter la bannière Éleveur-Swiss

Construire une étable froide pour les taures

(Dave) Laisser son emploi de représentant et travailler à temps plein sur la ferme avec sa conjointe.

Ferme Luchanel, Éleveur Jersey à St-Sylvère Éric et Luc Chassé, Renelle Boulianne Un peu d’histoire:

1981 : Achat de la ferme, 40 vaches en lactation, en stabula-tion entravée

1990 : Construction de l’étable SOLAIRE pour les taures

2001 : Diplomation d’Éric en agronomie à l’Université Laval

2003 : Achat de la première vache Jersey

2011 : Achat d’un troupeau Jersey

2012 : Transformation de l’étable en stabulation libre et ins-tallation du robot de traite Lely A4.

La ferme Luchanel compte maintenant 150 têtes dont 67 en lactation. Les propriétaires cultivent sur près de 480 acres, toutes en semi-direct. En 2011, la pro-duction moyenne fut de 7 792 kg de lait par vache par jour. L’étable solaire fut une découverte pour ma part! La luminosité à l’intérieur de l’étable est assez impressionnante. Les rayons de soleil sont dirigés directe-ment sur les animaux et font ainsi dégager encore plus de cha-leur. Brillant! Le troupeau Luchanel compte plusieurs spécimens à faire tour-ner les têtes. Six d’entre elles ont été classées « Excellente » et dans « Class Leader » plusieurs années consécutives. La balance des animaux se classe comme suit : 23 TB, 29 BP et 6 B. Leurs résultats remarquables sont fortement influencés par les rations individuelles distribuées par le robot. Parmi les suppléments, de 0 à 20 jours de lactation, les vaches reçoivent du Pulpolac F3 qui est de la pulpe de betterave et du glycol-P. Le Pulpolac est une source de fibres hautement digestibles et un excellent stimulant d'appétit. L'addition du concept F3 fait du Pulpolac F3 un aliment unique et savoureux à servir en début de lactation. Les résultats des recherches sur le concept F3 démon-trent une amélioration de l'efficacité du rumen et de l'efficacité alimentaire. Le glycol-P, quant à lui, empêche l’acétonémie, un débalancement métabolique qui se déclare de 2 à 6 semaines post-partum. La ferme Luchanel m’a plu par son décor assez marginal. Les Jerseys sont en stabulation libre, les taures se font bronzer sur leur litière de paille, et aussi, la qualité des animaux et leur uni-

formité. Une ferme modèle!

Visite de fermes ÉLIZABETH LEPAGE, AGRONOMIE

JOURNALISTE DE FERMES

COMPTE-RENDU

38 | Le journal l’Agral

L es producteurs horticoles en sont, et pour certains de-puis un bon moment déjà, à la planification de la saison 2013 (plan agroenvironnemental de fertilisation, com-

mandes et réception des semences, superficies, fertilisants, pesti-cides…). Il ne faut surtout pas qu’ils oublient de planifier la venue d’une main-d’œuvre indispensable : les travailleurs étran-gers. Bientôt déjà, ceux-ci prendront d’assaut les champs, serres et ver-gers. Ces travailleurs sont prêts à tout pour toujours gagner un peu plus de sous afin de subvenir aux be-soins de leur famille restée dans leur pays d’origine. Ce n’est pas avec joie qu’ils quittent femmes et enfants au début du prin-temps pour ne revenir qu’à la fin de l’automne. Certains appren-dront après une dure journée de labeur passée au champ, au soleil, à la pluie ou au froid (aux belles conditions climatiques de nos étés québécois, quoi!), et ce, à des centaines de kilomètres de leur maison, la venue d’un bambin tant attendu, le décès d’un être cher ou les problèmes de santé que vivent leurs enfants. Au nombre qu’ils peuvent être sur une ferme (parfois plus de 100), cela ressemble à un village. La présence sur une petite parcelle de la ferme des quelques plants de piments forts néces-saires à la préparation des repas, je vous le dis, épicés (eh oui, j’y ai goûtés) est indispensable. Un nombre incalculable de bicyclet-tes (moyen de transport par excellence) attendent près des habi-tations. Des ballons de soccer, évidemment, sont indispensables pour ces passionnés de ce sport. À dix, douze ou même vingt travailleurs dans la même maison, au revoir intimité et tranquilli-té. Pour parler au téléphone, un trouvera refuge dans la cabine d’un tracteur, l’autre sous un arbre à l’abri des regards curieux des autres travailleurs. Au mieux de leurs connaissances, ils pourront se diriger lors de leurs quelques heures de congé, à l’épicerie, au centre-ville ou au centre d’achats et parler « el francés ». Ils pourront aussi se met-tre à jouer aux dominos ou aux cartes sur une table improvisée au centre de l’entrepôt de machinerie agricole, écouter de la musique du pays à tue-tête ou encore préparer des mets typi-ques.

Mais si leur venue au Québec nous était refusée… …Près de 625 entreprises québécoises se retrouveraient sans travailleurs. Ces entreprises perdraient au total près de 9 500 travailleurs répartis comme suit : 58 % dans le maraîcher, 9 % en serriculture, 6 % en pépinière, 6 % en pomiculture et 21 % dans d’autres secteurs (acériculture, apiculture, gazonnières, sapinières, vignobles, tabatières et productions animales).

La présence de la main-d’œuvre étrangère fait jaser et est un sujet à débats. Pour plusieurs, il est inacceptable d’engager des travailleurs étrangers alors que bien des gens au pays sont sans emploi. Leur point de vue est tout à fait logique, mais le problème est que ces gens ne sont pas prêts à affronter les conditions de travail, disons-le, assez exigeantes. Nous ne pouvons pas les amener de force sur les fer-mes et accepter des travailleurs qui ne four-nissent pas un rendement adéquat. Ce sont au final les producteurs qui sont perdants dans cette situation et qui se retrouvent avec un nombre déficitaire de travailleurs. La venue ainsi que la présence des travailleurs étrangers au Québec est bien gérée par la

Fondation des Entreprises en Recrutement de Main-d’œuvre agricole Étrangère (F.E.R.M.E). Un peu de nostalgie Il est très agréable de travailler avec eux. Ils nous permettent de découvrir leurs coutumes, leur langue et de nous faire voir à quel point nous sommes choyés au Québec. Ils permettent une ouverture sur le monde. Ce sont des gens vaillants, certains ont de belles expériences de vie et s’y connaissent bien dans le secteur agri-cole. Plusieurs en sont à plusieurs années d’expé-riences sur les fermes du Québec. Je leur lève mon sombrero!

Une main-d’œuvre qui brille par sa présence!

ANNE-SOPHIE DUMAS, AGRONOMIE SECRÉTAIRE DE L’AGRAL

EXPÉRIENCE VÉCUE

Mars 2013| 39

M e revoilà avec un texte sur cette saison qui rend heu-reux, qui émoustille les sens, qui réchauffe le cœur et le corps (on a eu assez frette cet hiver!) : LE PRIN-

TEMPS. Bon, je vous entends penser : « C’est trop beau comme intro, c’est sûr qu’elle pète sa coche dans deux lignes, on la connaît avec ses textes humoristiques et sarcastiques qui dépei-gnent la réalité avec son œil de fille frustrée de la vie. » Eh bien, non, je ne vous parlerai pas des côtés les plus irritants du prin-temps : la slush partout dans les rues et sur nos vêtements (dépendamment si vous êtes automobiliste ou piéton), les oi-seaux qui nous réveillent un lendemain de veille en faussant, la dernière tempête pas rapport au mois d’avril où il tombe autant de neige qu’il en avait fondu le mois précédent, la fin de session, la traditionnelle grippe printanière attrapée parce qu’on ne s’ha-bille pas assez, etc. Enfin, vous verrez bien que je ne suis pas

TOUJOURS « Grinch »! La nature Enfin, la vilaine neige est fon-due, le soleil fait bourgeonner les arbres et verdir la pelouse, les oiseaux reviennent gazouiller près de nos fenêtres et les ana-nas sont en spécial à l’épicerie (et à leur meilleur). C’est le prin-temps. On sort dehors avec une veste et en souliers. Ahhh… fini le frette, la neige, le vent, la gla-ce! Il faut en profiter pendant qu’il n’y a pas de mouches et qu’il ne fait pas trop chaud, sur-tout lorsque les terrasses com-

mencent à ouvrir. Même si on a trop souvent l’air de raccoon (traduction : raton laveur) à un moment où un autre du prin-temps et qu’on plume du nez à cause de notre premier coup de soleil, il n’y a rien de plus ravigotant que de passer une journée en plein air ou en pleine ville (dépendamment si vous êtes du type ski de printemps ou terrasse) le printemps! Le sucre Un vrai de vrai de vrai classique du printemps : la cabane à su-cre. Par un beau samedi ensoleillé de mars, il n’y a RIEN de mieux que de se retrouver entre amis dans un shack dans le fin fond du bois pour se bourrer la face dans les crêpes/jambon/œufs/bacon/beans/beignes au sirop d’érable le midi, se gaver

de tire (en alternance avec des peanuts et/ou bâtons de céleri/carottes pour se détocker et manger plus de tire) en après-midi tout en s’ouvrant une bonne frette de temps en temps et termi-ner la journée en se réchauffant devant un feu en buvant un gin au sirop d’érable. (Attention : ce planning de journée à la cabane à sucre est fortement déconseillé aux diabétiques.) Une fois tout le sucre ingéré à la cabane digéré, il y a une autre orgie de glucose incontournable au printemps : Pâques. Même si la fête de la résurrection du Christ a perdu son sens religieux et est devenue commerciale, il reste que tout le monde ou presque (nous devons encore exclure les diabétiques (désolée, ce n’est pas contre vous)) achète ET mange du chocolat à Pâques. C’est une tradition. Et puis, ne fait-on pas de trèèèès bonnes affaires lorsque TOUT le chocolat tombe à 50 % le lendemain de Pâ-ques?! Remerciez également le P’tit Jésus pour cette fin de se-maine de quatre jours, généralement en fin de session, moment où l’on est comme obligé d’étudier au moins un peu. La chaleur Enfin, le soleil est de retour pour plus de 5 heures par jour. Quand on sort du Comtois après nos cours de l’après-midi, il fait clair. Finis la noirceur et l’obscurité! On voit la lumière au bout du tunnel : fin de l’hiver et fin de la session = vacances! N’est-ce pas merveilleux? Le soleil et la chaleur, c’est plus que bon pour le moral et le teint! Et qui dit chaleur dit : on sort les jupes, les robes et les camisoles. Messieurs, profitez-en. Ok, on a les cannes blanches au mois de mai, mais imaginez-les, bien dorées au mois de juillet… En ce qui concerne vos choix vesti-mentaires pour la saison estivale, je ne peux m’empêcher de vous donner un conseil : BAN-NISSEZ les camisoles de votre garde-robe… et ce, même si vous avez des biceps d’enfer… il n’y a rien (ou presque) qui turn off plus que ça. Sincère-ment. Les camisoles, c’est pour les filles seulement. Et puis, si vous êtes si beaux que ça, n’en-levez pas seulement les man-ches du t-shirt, allez-y pour la totale : enlevez le t-shirt au complet. Vous voyez, ça m’arrive d’être optimiste. Profitez des joies du printemps et allez en paix. Amen!

Les joies du printemps MYRIAM CÔTÉ, AGRONOMIE

COLLABORATRICE OFFICIELLE DE L’AGRAL

DIVERTISSEMENT

Mars 2013| 41

I l y avait des experts, des débutants, des naïfs, des gens enrôlés à la dernière minute, des femmes d’expérience et nous : quatre filles curieuses de découvrir ce monde de testostérone. Ne

sachant pas trop à quoi nous attendre de cette soirée, nous avions tâté le terrain auprès des fidèles de cette activité. Tous étaient va-gues dans leurs propos. N’ayant pas le choix, il fallait aller vérifier à la source. En escaladant les marches de l’autobus, il n’en fallut pas plus pour confirmer que nous étions en infériorité numérique. Dans la pénombre, on pouvait distinguer deux ou trois de nos cons-œurs, pas plus! Sur ce constat, nous avons ouvert notre premiè-re consommation afin de faire tomber plus rapidement les inhi-bitions dans une atmosphère chargée de testostérone. Lorsque nous avons pris place un peu plus à l’écart dans la salle, c’est les yeux grands ouverts que nous avons analysé cet envi-ronnement qui nous était à toutes inconnu. Banquettes, scène et poteaux de métal s’harmonisaient pour créer cette drôle d’am-biance. Échangeant avec nos voisins sur divers sujets, les conversations étaient parfois entrecoupées par des dames dési-rant en connaître davantage tant personnellement que physique-ment sur les mâles du Comtois. Certains étaient plus convoités que d’autres, avantage ou désavantage? Pendant ce temps, ca-choteries et coups montés se préparaient à l’insu des deux pre-mières cibles. La première conférence portait sur « les soumis-sions ». C’est ainsi que nous avons appris qu’il ne faut pas hési-ter à marcher à quatre pattes même si l’on a la ceinture au cou pour obtenir les meilleurs prix. Le sujet proposé pour la seconde présentation fut fort intéressant de par son contenu. La présen-tation visuelle était agréable à l’œil critique féminin une fois la partie préliminaire terminée. Les techniques présentées étaient quelque peu extrêmes, ce qui entraînait de louches effluves se-lon les dires du participant ainsi que des traces de résidus. En résumé, l’application de ces techniques nécessite un bon lavage après utilisation et une incinération des vêtements. La formation se déroulant dans deux endroits, la deuxième salle s’avérait plus élégante. Son prestige s’accordait à merveille avec les prix des boissons proposées à la carte et les vêtements plus distingués des conférencières. De plus en plus à l’aise avec cet environnement, notre quatuor s’est retrouvé aux premières lo-ges, devant la scène. Ainsi, il nous était plus facile d’en appren-dre davantage sur la formation des « fêtés ». Les trois parties de cette conférence avaient pour but l’apprentissage de la marche à genoux, la montée du poteau, l’art du dessin au Sharpie et la danse sur une célèbre chanson de LMFAO « I’m sexy and I know it ». Les arts et spectacles étaient à l’honneur au plaisir peu évident des trois invités masculins qui se sont succédé sur scène.

L’étonnement nous prit lorsque, emporté par un plaisir étrange, l’un des mâles de la soirée monta sur scène, ceinture à la main, pour l’offrir aux conférencières vedettes afin qu’elles nous en apprennent plus sur l’art de la punition. C’est à ce moment pré-cis que nous avons eu l’impression d’être plongées au cœur du roman « Cinquante nuances de Grey », roman qui ne nécessite aucune salive pour tourner les pages. Jusque-là, le navire avait vogué de façon à ce que les marins gardent une certaine barrière de protection avec les conférencières. Or, la dernière présentation mettant en vedette le Capitaine du bateau avait quelque chose de différent : l’uniforme de base était le plus esthétique de tous, mais celui-ci ne fut pas requis mis à part les chaussettes. Ceci ne déplut pas à la gent féminine qui observait de près, de très près même. Certains ont eu un plaisir à analyser le regard étonné et approbateur face à ce spectacle inattendu. Ainsi, le principal but de cette conférence fut l’apprentissage d’une méthode efficace de déshabillage en cas d’urgence. Ceci a aussi permis de faire des liens concrets entre ce qui a été appris dans le cadre des cours de Formation personnelle et sociale au secondaire et l’évolu-tion de l’homme dans la réalité. En remontant dans l’autobus pour le retour au bercail, nous en avons conclu qu’au fond, bien que cette soirée d’information sur les assemblages boul-o-nnés fût organisée pour le plaisir des hommes, nous avions eu droit à un plus grand bénéfice. Des images plein la tête, des techniques apprises, des fous rires inat-tendus, se rendre compte de la chance de porter des vêtements pour travailler, mais par-dessus tout, le sentiment de posséder un pouvoir certain sur cinq de nos confrères du Comtois. Cette soirée restera gravée dans la mémoire des dames ainsi que sur le postérieur du Capitaine. La seule partie de cette séance d’infor-mation à laquelle nous n’avons pas eu la chance d’assister sont les cours privés donnés par les conférencières vedettes auxquels seule-ment certains ont eu droit. Cependant, en observant les réactions des hommes ayant pris part à ces cours, nous en avons déduit qu’il s’agissait d’un bon complément à la formation théorique. Finalement, voici le top 10 des mots les plus descriptifs de cette conférence forte en rebondissements : -Effluves -Soumis -Souillé -Flagellation -Traîtreries -Dispendieux -RrgardTouchPoh -Ceinture -Testostérone -Er… Er… Réactions

VALÉRIE SIMARD, AGRONOMIE JULIE SANSCARTIER, SCIENCES ET TECHNOLOGIE DES ALIMENTS

DIVERTISSEMENT

Soirée d’information sur les assemblages boul-o-nnés : tout ce qu’il faut savoir!

42 | Le journal l’Agral

C her Roux,

Depuis le temps que je me retiens, je dois t’avouer quelque cho-se. Dès la première fois où tu as écrit dans l’Agral, tu m’as sé-duite. Tu écris avec tant de virilité. Tes phrases sont si fluides et tes mots, choisis avec l’instinct d’un maître. J’ai lu avec passion tous tes Courriers du Roux. Tu te rappelles lorsque tu comparais les moustaches des gars de l’ULtrac et de la SAAC ? Ah! Tu étais si drôle… Et tes conseils pour améliorer sa vie sociale, j’ai essayé de les suivre. J’ai donc tenté de faire partie de la SAAC, de l’ULtrac et de l’Agral… mais personne n’a voulu de moi. Alors, j’ai créé mon propre comité : la SDR ou Secte du Roux. D’ailleurs, serais-tu disponible mardi prochain pour venir assister à notre prochaine rencontre. Tous les mem-bres seraient si heureux de ta présence. Nous commençons tou-jours nos réunions avec l’Ode au Roux. Tu veux l’entendre? «Ô toi, Roux À la chevelure scintillante Étoile du Comtois En toi, nous avons foi Soit notre Roux, à nous » Mais quel malheur! C’est ta dernière session. Tu t’en vas. Dis-moi, que vais-je faire sans toi? Affectueusement, une Rouxmaniaque

Chère Rouxmaniaque, Il est plus que temps qu’une nouvelle religion voit le jour! En plus, des êtres parmi les plus sous-estimés en sont le centre d’in-térêt. Et que dire de la figure emblématique que tu as choisie. Excellent ou parfait, comme tu veux! Dieu peut aussi être ac-cepté, mais à petites doses seulement. Je me sens privilégié par l’honneur qui m’est fait et j’accepte volontiers d’être votre gou-rou. Je suis fervent des sacrifices sur un autel de pierre et la cour intérieure du Comtois m’apparaît toute désignée pour cela. On pourrait utiliser le Cyber-Terrier comme lieu de culte officiel et transformer les tunnels entre le pavillon et l’Envirotron en cata-combes. Je vois une multitude de possibilités! J’en suis, malheureusement pour vous, à ma dernière session à l’université. Il est déjà temps de trouver mon successeur physi-que, car je serai spirituellement toujours présent. Un autre repré-sentant du genre Roux devra être désigné et j’invite tous les êtres roux à se manifester. Le point de chute est l’Agral, ce mer-veilleux journal de propagande rousse. Vôtre, Sa sainte Rousseur N.B. Cet article se veut un moment de détente mentale. Aucune allégation ne doit être prise au sérieux. Vous pouvez envoyer vos commentaires ou votre désir de participer à cette chronique à l’équipe de l’Agral, le plus meilleur journal étudiant du pavil-lon!

Courrier du Roux MAXIME LACROIX, AGRONOMIE

PSYCHOLOGIE