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Mont-Dauphin, historique général

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De la place forte royale au monument historique Le 22 octobre 2005, lE.S.SO.R. visitait la place forte de Mont-Dauphin,

Mont-Dauphin (Hautes-Alpes)

construite sous le contrle et sur les instructions de Vauban partir de 1693. Pour tous les participants, mais aussi pour les absents, cet article a pour objectif premier dtudier lvolution de cet ensemble fortifi, de sa construction nos jours. difi sous le rgne de Louis XIV, il permet galement daborder un type de commande royale particulier, directement li la protection du royaume.

La dfense de la frontire des Alpesconstruction de la place forte rsulte du contexte guerrier du rgne de Louis XIV. En 1690, le duc de Savoie Victor-Amde II, jusque-l alli de la France, entre dans la ligue dAugsbourg, coalition regroupant de nombreux pays europens opposs Louis XIV et sa politique expansionniste. Laspect religieux a galement un rle primordial. Depuis la rvocation de lEdit de Nantes en 1685, nombre de puissances, protestantes mais galement catholiques, sopposent lintolrance religieuse franaise. rige les troupes royales en Dauphin, se concentre sur la dfense de Pignerol (aujourdhui en Italie), Victor-Amde II attaque le Dauphin par les cols de Larche puis de Vars. Aprs avoir ravag Guillestre, Embrun, puis Gap, ses troupes, affaiblies par une pidmie de dysenterie, sont arrtes par Catinat sur la route de Grenoble, vers Corps. Craignant larrive de lhiver qui rendrait impossible son retour en Savoie, le duc dcide alors de battre en retraite et repasse le col de Vars la fin du mois de septembre 1692.

La

Pendant lt 1692, alors que Catinat, qui di-

Louis XIV envoie aussitt sur place son commissaire gnral des fortifications, Sbastien Le Prestre, marquis de Vauban (1633-1707), qui se trouvait pourtant Namur, des centaines de kilomtres de l. Celui-ci a pour mission la consolidation de la frontire des Alpes dont la vulnrabilit vient dtre dmontre par le duc de Savoie. Arriv Grenoble, il parcourt toutes les places militaires existantes et labore de nombreux projets de perfectionnement et de modernisation. Il visite ainsi Fort-Barraux (Isre), Montmlian, Exilles (alors dans le royaume de France), Brianon, ou encore Embrun. Fix dans cette ville, il rdige galement un projet pour Chteau-Queyras, dont la dfense mdivale (XIVe sicle) ne peut faire face aux volutions considrables de larmement. Il engage aussi la fortification dun plateau inhospitalier, sec et vent, appel lpoque le plateau des Millaures (aure signifiant vent en occitan alpin), quil rebaptise Mont-Dauphin, nom qui conviendrait fort Monseigneur et la province dont il porte le nom 1.dfensif dont loriginalit est dallier lments militaires (fortifications, arsenal, poudrire, casernes) et civils (village). Cette particularit permet dailleurs de distinguer une place forte dun fort, compos uniquement dlments militaires, ainsi que dune citadelle, qui nest autre btir une place, dcembre 1692 ou janvier 1693.

Il dcide dy crer une place forte, ensemble

Vincennes, Service Historique de lArme de Terre, Section 8, article 1, MontDauphin, carton 1, pice 2, Vauban,1

Description dune montagne escarpe sur le confluent de la Durance et du Guil trs propre

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E.S.SO.Rquipe Scientifique de SOutien la Recherche, Histoire des Arts mditerranens 1760-1914

Bulletin n14 La commande publique

Anne-Gabrielle Courtkens (ou Rankin) et Louis Anglart. A la suite dune adjudication dont on ne connat pas les clauses exactes, ils soccupent de la ralisation de tous les travaux prvus en embauchant des sous-traitants expriments. Le travail de ces derniers est trs rglement. Le montant de leur paiement est fix par-devant notaire, et ils sengagent utiliser des matriaux de qualit et respecter les dlais prvus. Notons que les deux tiers de ces matres duvre viennent du Fauciny, une rgion o lmigration des maons est ancienne et courante. Selon Andr Golaz, ces ouvriers ont certainement particip dautres chantiers de ce type en France. Ils reprsentent une main duvre qualifie indispensable et peu nombreuse en Haut-Dauphin. comme nous le savons, le plus expos, sa ralisation est prioritaire. En 1700, loccasion dune deuxime et dernire visite Mont-Dauphin, Vauban nous dcrit prcisment lavance des travaux3. Les lments ncessaires la dfense de ce front sont alors presque tous en place. Plusieurs lignes se protgent mutuellement et retardent lavance de lassigeant. Cest lchelonnement de la dfense, un des grands principes de Vauban. La ligne la plus proche du village est compose dun bastion central (Royal not 2) reli deux demi-bastions (Dauphin not 1 et Bourgogne not 3) par des murs de courtine. Des canons balayant les fosss sont placs dans les flancs des bastions (A). Ainsi, chaque lment dfend son voisin et rciproquement. Deux demi-lunes forment la deuxime ligne dfensive (notes 42 et 43). Contrairement aux bastions, cest lartillerie lgre qui intervient ici, grce aux banquettes de tir bordant chaque demi-lune. Enfin, un chemin-couvert parsem de traverses (B), protgeant les soldats des tirs de canon en enfilade, surveille le glacis, pente douce sans vgtation. Lennemi va avancer sur ce terrain, balay par les tirs de la dfense, cach dans des tranches dattaque quil doit creuser en zig-zag pour viter l aussi les tirs en enfilade. gnralis par Vauban, est laboutissement de

quun fort dfendant une ville, comme par exemple la citadelle de Lille. Neuf des nombreuses places fortes construites par Vauban ont t cres ex nihilo. Il sagit de Mont-Dauphin, Mont-Louis, Sarrelouis (Allemagne), Huningue, Longwy, Phalsbourg et Neuf-Brisach. Montroyal (Allemagne) et Fort-Louis (Bas-Rhin) ont t entirement rases.

Naissance de la place forte Pourquoi Vauban dcide-t-il de faire de ce plateau inhospitalier une cl du systme dfensif de la frontire ? Dans son premier rapport au roi, la fin de lanne 1692, il expose plusieurs arguments. Le premier est videmment li la position stratgique du plateau, au confluent du Guil et de la Durance, et au carrefour des valles du Queyras, de Vars, de lEmbrunais et du Brianonnais, dans lesquelles tombent toutes les autres, et gnralement tous les chemins petits et grands 2. De plus, le plateau est entour de falaises aux trois quarts. Lennemi ne peut donc attaquer que par le nord, face au village dEygliers, ce qui reprsente une conomie dfensive considrable. Vauban explique aussi quil dispose de nombreux matriaux sur place, comme le bois et la pierre (calcaire griotte notamment - appel localement marbre rose - mais aussi galets du Guil et de la Durance), ainsi que dimportants moyens de subsistance. Le roi, comme chacun sait particulirement intress par ces questions, passe de nombreuses heures se faire lire les projets que lui envoie Vauban. Il approuve celui de Mont-Dauphin, et les crdits sont dbloqus en mars 1693. Les travaux peuvent alors commencer. Plusieurs intermdiaires sont ncessaires leur bon droulement. Richerand, directeur des fortifications du Dauphin et de la Provence, contrle les travaux et charge lingnieur Antoine de Robert de leur direction effective. Ces derniers sont en contact direct avec Vauban et Michel Le Peletier, directeur gnral des fortifications. On note aussi la prsence de deux entrepreneurs gnraux des fortifications de Mont-Dauphin , Pierre RencIbid. Vincennes, Service Historique de lArme de Terre, Section 8, article 1, Mont2 3

Le front Nord (ou front dEygliers) tant,

Ce type de systme dfensif, dvelopp et

Dauphin, carton 1, pice 161, Vauban, Addition au projet de Mont-Dauphin, 9 septembre 1700.

quipe Scientifique de SOutien la Recherche, Histoire des Arts mditerranens 1760-1914

E.S.SO.R

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Mont-Dauphin (Hautes-Alpes) De la place forte royale au monument historique

Front dfensif Nord, tat 1700 1 : Bastion Dauphin 2 : Bastion Royal 3 : Bastion Bourgogne 42 : Demi-lune de Berry 43 : Demi-lune dAnjou A : Embrasures canons, flanc du bastion B : Traverses Schma Lucas MONSAINGEON, fvrier 2006.

nombreuses rflexions dingnieurs italiens, hollandais, allemands et franais depuis le milieu du XVe sicle. Lapparition du boulet mtallique marque alors une volution majeure de larmement et remet en cause les principes de la dfense mdivale. Les murs des chteaux forts ne peuvent rsister la puissance des canons.

Plusieurs solutions apparaissent au fil du temps. Nous nvoquerons ici que les volutions principales4. Tout dabord, la terre devient un lment essentiel car elle permet damortir limpact des boulets. On faonne donc dnormes talus derrire les maonneries. Ces dernires ne font que soutenir la terre. De mme, la hauteur de lensemble est abaisse : on enterre les lments pour mieux les protger. Lchelonnement de la dfense est galement, on la vu, capital. Il faut puiser lennemi, retarder lheure o ses canons feront face la dernire ligne de dfense qui seule ne rsistera que peu de temps lattaque. On remarque enfin lapparition de nouveaux lments, tels que les bastions. Le principe est simple : la distance entre chaque ouvrage est calcule en fonction de la porte des canons, afin de permettre des tirs croiss ne laissant subsister aucun angle mort en avant des ouvrages 5. En 1700 toujours, les principaux btiments militaires sont construits, ou commencs. Au nord-ouest sont installs paralllement au rempart deux lieux de stockage essentiels : unPour plus de dtails, voir : FAUCHERRE Nicolas, Places fortes bastion du pouvoir, REMPART/Descle de Brower, Paris, 1991 red.4 5

arsenal pour les armes (dtruit en 1940 par un bombardement italien), et une poudrire (voir plan gnral en fin darticle). Larsenal tait un btiment massif de plan rectangulaire deux niveaux. Logiquement, on entrepose lartillerie lourde au rez-de-chausse et les armes plus lgres (fusils, munitions...) ltage. La poudrire est galement compose de deux niveaux, permettant une capacit de stockage plus importante

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