Saint-Georges-sur-Loire nouvelles La ville Saint saint-georges-sur-loire.fr/telech/recueil-2014.pdf ·…

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    14-Sep-2018

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<ul><li><p>Il tait une foisRaconte une histoire</p><p>tout paraissait tre</p><p>La ville</p><p>Ce nest leCe</p><p>un silence religieux</p><p>Il tait une foisRaconte une histoireIl tait une foisRaconte une histoireIl tait une fois</p><p>tout paraissait tre</p><p>La ville</p><p>Ce nest leCe</p><p>tout paraissait treCe</p><p>tout paraissait tre</p><p>un silence religieux</p><p> ce moment</p><p>des riresUne femme traversa le cou</p><p>LAbbaye</p><p>Ce ntait que le</p><p>Ce ntait que le dbut</p><p>Rien ne laissait prsager que</p><p>La nuit venue </p><p>vide.</p><p>Saint-Georges-sur-LoireTout commena... Recueil </p><p>des</p><p>nouvelles Saint</p><p>-Georges-s</p><p>ur-Loire</p><p>Entre 1914et 1918</p></li><li><p>2</p><p>Sommaire</p><p>Les nouvelles primes</p><p>1er prix : Retour de Marie Bouchet </p><p>2e prix : Un si long voyage de Janine Chenu</p><p>3e prix : La Chanson de Craonne de Claudine Crach</p><p>3</p><p>7</p><p>12</p><p>Les autres nouvelles par ordre alphabtique</p><p>La lettre de Mathieu AlexandropoulosRetour de guerre de Anne-Marie ArborioRetrouvailles de Charlne BondonJoyeux Nol de Mary-France BrunetHtel des Invalides de Franoise CholletNatre en guerre de Fanny CollineauDluge au paradis de Martine FrachouSang froid de Franoise GuichardDes animaux moins btes que des hommes ? de Laure HadrotRetard lallumage de ric LainUn soldat oubli de Didier LargeQuelque part en Lorraine de Bernard MarsignyVendanges amres de Laurence NoyerUne lettre dantan de Karine RondierUne petite cole de Julianne RousselOncle Yann de Guy Vieilfault</p><p>16202426303236414447505357596569</p></li><li><p>Retour- Marie Bouchet-</p><p>11 novembre 1918La nouvelle a retenti, dchiquetant la brume dun lundi matin frileux ! Je me souviens de la rumeur au bord de toutes les lvres. Elle circulait, tenace, depuis plusieurs jours. Mais, elle avait dj enfant tant de faux espoirs que personne nosait vraiment lui faire confiance. Ceux qui attendaient encore souriaient vaguement, frmissant aux moindres promesses imprimes dans Le Petit Journal ou colportes par les marchands ambulants. Les autres, ceux pour qui tout a navait dj plus dimportance, haussaient les paules. Pourtant, linformation a dferl sur la ville entranant dans la ronde autant ceux qui pleuraient de joie que ceux qui avaient puis leurs larmes. La fin de la guerre ! En quelques minutes, lArmistice a rsonn dans toutes les rues : une folle clameur gonfle de douleurs et deuphories, denvoles de cloches, de cris, de chants, de sanglots, de rires, de beuveries et de clairons entremls. Le matre nous a donn cong, 11 heures passes. Je ne comprenais pas tout. Les exclamations dehors, accompagnes de la Marseillaise, triomphaient dcho en cho La Guerre est finie ! La Guerre est finie ! . Jai retrouv Maman et Louise. Elles taient sorties de la cave pour simprgner de la liesse qui embrasait le pavement. Les mains jointes vers le ciel, maman a murmur les seuls mots qui ont vraiment compt ce jour-l : Papa va revenir. . Jai ferm les yeux pour dessiner son visage dans ma tte, mais ctait trop flou. Mon souvenir de la ralit se confondait avec la photo de lui en soldat, pose sur le manteau de la chemine. Le facteur nous lavait apporte en juin. Dessus, il avait crit quil nous aimait. Pourtant, je noublierai pas son air fier et heureux quand il nous a embrasss, puis quil est parti avec les autres en chantant, persuad dun retour. Presque quatre ans ! Tous affirmaient quils tenaient leur revanche, que cette fois ils les auraient comme des lapins. Je ne savais pas quel ennemi se bardait alors de longues oreilles, mais je me gonflais du mme orgueil. Jai senti sa large main sur mes cheveux, son souffle chaud dans un dernier baiser : Veille sur Maman et Louise . Puis, le tramway qui les emportait</p><p>La terre est rouge dune autre nuit dvaste.Je ne suis quun corps parmi des milliers</p><p>Mais ils sont allongs tandis quencore je veilleEt que sifflent les balles, stridentes mes oreilles</p><p>12 dcembre 1918Ce soir, papa est revenu. Il faisait dj nuit quand nous sommes alls le chercher tous les trois la gare, je portais firement la lampe ptrole en courant devant. Il ne nous a pas embrasss, mme pas Maman, quand elle la serr dans ses bras, en pleurant trs fort.</p><p>3</p></li><li><p>Jai cru quil ne nous avait pas reconnus, a faisait si longtemps. On navait rien dit aux voisins, Maman voulait tre sre de ce retour. Elle a dit quon leur ferait la surprise, plus tardEn arrivant la maison, il est mont directement dans la chambre du grenier, celle o dormait Mm avant de mourir. Il sest enferm et on ne la pas revu de la soire. Maman a prpar le dner. Pour la premire fois depuis le dbut de la guerre, elle a mis du chocolat dans le gteau. Je ne me rappelais mme plus du got, juste que ctait trs bon. On nen achetait plus du tout depuis qu lcole le matre avait coll sur le mur du fond, ct de la carte de France, une grande affiche. Elle montrait des enfants, hisss sur la pointe des pieds, devant la vitrine colore dun magasin de bonbons. En dessous, cette courte phrase en criture attache : Nous saurons nous en priver. . Monsieur Ernault, disait que tout cet argent conomis irait pour nos soldats. Ctait une part de notre effort de guerre, nous, les enfants de France.Jai aval ma part avec gourmandise, collant les miettes tombes au bout de mes doigts, puis les suant avec application pour en savourer le maximum. Mais les yeux rouges de Maman, le morceau de gteau dans lassiette de Papa, sa chaise vide, ont ananti mon plaisir et vite balay mon envie de sourire. Jai regard Louise, et jai compris quelle ressentait la mme chose que moi.</p><p>Si jcrivais jadis, que puis-je dautre ici ?Enseveli dans la terre, attendant quun obus</p><p>Refonde en un tombeau mon seul et triste abriQue jai cent fois, de rage, rebti et perdu</p><p>15 dcembre 1918Papa ne parle toujours pas. Louise et moi, on occupe nos soires retourner les pommes pour quelles ne pourrissent pas, dvider des cheveaux de fil de coton pour Maman, parfois jouer au jeu de loie ou au loto. Quand les voisins viennent aux nouvelles, Maman dit que Papa nest pas encore rentr, quil doit encore rester quelque temps lhpital de la caserne mais quil sera bientt de retour. Il commence faire vraiment trs froid, surtout la tw ombe de la nuit. Maman ne veut plus que je sorte sans avoir boutonn ma pelisse, enfonc ma casquette et nou mon charpe, elle craint toujours que jattrape une maladie. Je lui ai demand si Papa tait malade lui aussi, si ctait la grippe, celle qui avait remplac la guerre dans les conversations et dont on disait quelle tuait beaucoup de gens surtout Paris. Oui, en quelque sorte, Papa est malade, mais rassure-toi, il na pas la grippe- Cest pour a quil ne parle plus ?- Oui, cest pour a.- Cest pour a aussi quil ne veut plus nous embrasser ?- Il veut vous embrasser, Emile, je te lassure, il le veut vraiment- Alors, pourquoi il nous embrasse pas ? </p><p>4</p></li><li><p>5 </p><p>Les perles sales ont roul sur les joues ples de Maman. Jai regrett davoir pos toutes ces questions. Je me sens coupable de la faire pleurer. Je lai serre trs fort. Je ne comprends pas comment Papa peut supporter son chagrin, sans bouger. Va et ne dis rien personne encore, on fera la surprise quand Papa sera compltement guri. Jai dcid de fournir plein defforts lcole pour pouvoir porter la croix dhonneur la semaine prochaine. Peut-tre que Papa sera fier de moi et quil gurira plus vite.</p><p> ma tendre femme ! Ce matin, mon frreEst tomb dans mes bras Il navait plus de bouche</p><p>Le cur encore battant, les yeux remplis de terreLe visage mutil, et le corps qui se couche</p><p>20 dcembre 1918Papa descend de moins en moins. Il reste le plus souvent reclus dans la chambre du grenier. Cest Louise et moi qui aidons Maman la cuisine, au ramassage du bois, au lavage du linge comme avant, quand Papa tait au front. Sauf quil est l parce que maintenant on lentend marcher au-dessus de nos ttes. Louise ma dit quun soir, elle lavait vu sortir et rentrer au moins une vingtaine de fois par la porte de derrire, celle de la remise qui donne sur la toute petite rue o presque personne ne passe. Il la faisait claquer trs fort chaque passage. Il avait un air je ne sais pas pas mchant comme Monsieur Maurice, le directeur de lcole quand il se met en colre, mais trs dur. Comme sil se concentrait trs fort pour trouver quelque chose, mais sans jamais regarder nulle part.. Maman ne parle plus jamais de la maladie de Papa. Elle monte de temps en temps le voir. Le reste de la journe, elle travaille la cave pour fabriquer des mouchoirs. Avec Louise, on les emmne aprs lcole jusqu lusine de filage prs de la rivire.Aujourdhui, mon voisin Jacques, le fils du boulanger, avec qui je joue parfois quand on a le temps, ma demand si mon pre tait rentr. Il a entendu des clients murmurer quon entend de drles de choses chez nous. Instinctivement, jai rpondu que non, quils disaient nimporte quoi. Jacques nest pas mchant, mais je le trouve un peu trop curieux. Lautre samedi, je lai surpris grimp sur le toit du poulailler. Il piait ce qui se passait dans notre cour intrieure. Je suis sr quil cherchait voir si Papa tait l. Son pre, lui, a t exempt de la guerre, je ne sais pas si cest parce quil est boulanger ou parce quil boite. Jaurais aim que Papa ny aille jamais non plus, mme si je suis trs fier de son courage.</p><p>Ses meurtriers hurlaient, de leurs longs cris de loupsDans leur langue si dure, pre sur le palais </p><p>Comme lodeur de la mort qui sinfiltre partoutSaccroche la langue et ne sen dtache jamais</p></li><li><p>6 </p><p>24 dcembre 1918Papa nous rejoint table pour Nol et il a parl. Mais je nai pas compris ce quil disait Je crois que ctait comme de lAllemand. a ressemblait aux paroles des grands de lcole, quand ils jouent la guerre dans la cour en imitant les Boches . Papa me fait peur. Quand il nous regarde, on a limpression de ne pas exister. Avec Louise, on fait semblant de rien. On lui parle un peu, on lui raconte nos journes lcole, les punitions et les bons points. On fait comme sil nous coutait. Au fond de moi, je ne suis mme pas sr quil nous entende. Ce soir, nous sommes tous les quatre runis autour des flammes. Dehors, il neige pour la premire fois de lhiver. Demain tout sera blanc, lisse, a brillera de partout. Ce sera beau. Ce sera Nol. Je grelotte. Maman se rapproche. Je me cale la tte au chaud sur ses genoux et me laisse aller la rverie. a fait du bien.Papa se lve dun bond. Il dit quelque chose dans cette drle de langue, dune voix quon ne lui connat pas, une voix qui nous glace le sang. Maman me pousse, le prend par le bras et lemmne dans la chambre. On reste l, avec Louise, fixer les flammes. Les craquements du bois brisent le lourd silence, les ombres menacent la pice Puis les pas menus de Maman dans lescalier. Elle nous demande daller nous coucher. Ses yeux sont aussi rouges que les flammes. On monte lescalier, silencieux, jusqu notre chambre. On se dshabille sans une parole. On se pelotonne dans le mme lit, celui de Louise, nos pieds partageant la brique chaude que Maman na pas manqu de glisser entre les draps. On ne dort pas, on guette les bruits, les faibles halos de lune par la fentre. On entend les cloches de la messe de minuit. Cette anne, on nira pas lglise. Tout doucement, je massoupis.Les cris nous arrachent au sommeil. Des cris en allemand. Cest sr, cest Papa ! On nose pas bouger. Je tremble. Maintenant a vient de dehors. Je ne tiens plus, je me lve, jenfile mes chausses et je descends les escaliers Je crois que Louise me suit. La porte de lentre, celle de la grande rue est ouverte, le froid balaie le couloir, la neige pntre. Mon pre est dehors, il hurle en chemise, nu-pieds dans les cristaux brillants. Jai froid, je narrive plus bouger.Une silhouette l-bas dans le noir, cest Jean le voisin, il accourt en claudiquant, je le reconnais, oui, cest notre boulanger, il va intervenir, rendre la raison Papa Il sapproche, oui, cest a, jai envie de lui crier, Aidez-le !, sil vous plat, aidez mon Papa ! Il sapproche encore de lui, il lve le bras un fusil ? On lui a dit que Papa ntait pas encore rentr ! Jean ne sait pas que Papa est l Je dois lui dire, je dois, il fautLe coup de feu a claqu dans la nuit comme un coup de tonnerre.</p><p>Embrasse nos deux enfants Donne-leur tout lamourQue jai perdu, et je ten prie, pardonne-moi</p><p>Je le sais, je ne reverrai plus le jourJe le sais, je ne reviendrai pas</p></li><li><p>7</p><p>Un si long voyage- Janine Chenu -</p><p>Ma vie a commenc dans une biscuiterie Nantes. Jtais toute belle, frachement sortie de lusine dans une robe argente dcore dune image sereine : une faade de maison fleurie dhortensias et un chat qui dort sur le rebord dune fentre : le reflet de la paix sans mauvaises promesses.Remplie de gteaux secs, je me suis repose quelques mois sur ltagre dune petite picerie de campagne avant de migrer dans une famille ordinaire : le pre besogneux, quatre enfants chelonns entre 20 et 8 ans et leur mre qui levait la voix, bizarrement aprs le passage de petites mains qui me vidaient de mon contenu. Jtais la boite gteaux, la boite gter, en attendant de devenir la gardienne du kilo de sucre, justement tass mon gabarit. Vide et froide, jai fait le bonheur dEmile qui rangeait ses billes en sortant de lcole. Un jour, les billes ont dmnag. Sur la table de la cuisine, jai repris ma fonction de boite nourricire, bourre craquer de cochonnailles, de pts, de saucissons et dans le coin gauche, dun paquet de tabac gris, le tout pos sur une enveloppe adresse Lucien, lan stationn Douaumont. Bien emballe dans un journal et un papier de rcupration, le service de la Poste ma emporte sans prcaution vers mon nouveau destin, un voyage de chocs violents avec dautres colis qui suivaient le mme rail. Des arrts et des dparts, des sjours dans des lieux humides, le voyage ma sembl long, trs long.Arrive enfin, des mains boueuses mont mise nu. Le dshabillage a amen autour de moi des uniformes de guerre ports par des soldats amaigris. Que dire de la joie dbordante de Lucien la lecture de la lettre crite par sa mre lui disant mots couverts tout son amour et sa peur de le savoir au front, aux lignes violettes de ses frres et au petit gribouillis de Simone, la petite dernire. Du haut de ses huit ans, elle avait dessin la chatte Mounette, le ventre arrondi par les petits pois vols autour du poulet rti. Les mots de sa mre et ceux de son pre Courage mon fils, on les aura ont fait couler des larmes de joie et de peine confondues. Les copains groups autour de moi retrouvaient le got de leurs produits : un instant unique avec une cigarette, roule avec tendresse et prcaution de ce gris, conomis au brin prs et chant sur tous les tons quelques annes plus tard.- Garde la boite Lucien, on y rangera nos faits de guerre et nos souvenirs.Mon parcours ntait donc pas fini. Je faisais partie du barda, devenue lamie fidle, la confidente, la compagne protger : une sorte de coffre-fort, de bote secrets digne de recevoir la plus petite parcelle de la vie de ces soldats pour garder en mmoire linstant quils ne pourraient oublier, une fois la victoire gagne, la peur au ventre, les tripes laboures par la trouille. La victoire, ils y pensaient sans y croire.Je me suis alourdie de babioles rattaches un mot, une situation, un instant, un souvenir retenir.- la coquille gare dun bulot des Ctes Normandes. Louis qui con...</p></li></ul>