Tatouage, lierre et syncrétismes

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  • Tatouage, lierre et syncrtismesAuthor(s): Julien TondriauSource: Aegyptus, Anno 30, No. 1 (GENNAIO-GIUGNO 1950), pp. 57-66Published by: Vita e Pensiero Pubblicazioni dellUniversit Cattolica del Sacro CuoreStable URL: http://www.jstor.org/stable/41215280 .Accessed: 14/06/2014 11:04

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  • Tatouage^ lierre et syncrtismes

    Le tatouage sacr et la religion dionysiaque.

    Le tatouage, on ne l'ignore pas, a jou un rle assez considrable dans plusieurs cultes. Imprim dans la chair mme du fidle, il consti- tuait la fois un signe de ralliement et un symbole d'attachement la divinit.

    On le trouve employ dans la religion gyptienne, notamment dans le culte de Ptah et de Bs (l). Dans la religion de Cyble et Attis, les prtres Galles portaient un tatouage normalement compos de deux let- tres (2). Il apparat dans autres religions encore (3), mais nous vou- drions parler plus spcialement ici de son utilisation dans le culte de Dionysos et de son infuence sur certains syncrtismes.

    A en croire Plutarque et Phanocls (rapport par Stobe (4) ), les femmes thraces, en expiation de la mort Orphe, furent contraintes par la divinit ou forces par leurs maris de se parer d'un tatouage qui deviendra la marque rituelle des bacchantes. Toujours selon Plutarque (5), la cour macdonienne, sous impulsion de Myrtale-Olympias, mre d'Alexandre le Grand (6), tait fort adonne POrphisme et l'on peut prsumer que la reine portait le tatouage sacr.

    Ainsi 1' Orphisme et la religion dionysiaque origine thrace affe- ctionnaient le tatouage. Il est bon de prciser que c' tait la feuille de

    (1) L. Keimbr, Remarques sur le tatouage dans V Egypte ancienne, Mm. Inst. gypte 53, Le Caire 1948.

    (2) U. WiLCKEN, Zu den Syrischen Gttern >, Festgabe A. Deissmann, T- bingen 1927, pp. 7-9; H. Hepding, Attis, seine Mythen und sein Kult, Giessen 1903, pp. 163 et 177 n. 2.

    (3) F. J. Dlger, Die Gottesweihe durch Brandmarkung oder Ttowierung im gyptischen Dionysoskult der Ptolemerzeit, Ant. u. Christentum, II, 2 (1930) p. 100 n. 1.

    (4) Plut, Dlais vengeance divine, 12 p. 557d; Stobe, Fiorii., 24, 47 (14). (5) Plut., Alex., 2-3. (6) Cf. W. Tritsch, Olympias, die Mutter Alexanders des Grossen, Frank-

    furt 1936.

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  • 58 JULIEN TONDRIAU

    lierre qu'ils prenaient pour modle (1). Les Grecs, semble-t-il, vont lui substituer de prfrence la feuille de vigne (2). Peut-tre, tait-ce, comme le remarque Dlger (3), parce que la feuille de vigne a la forme un triangle et que cette figure, reprsente par , initiale de Dionysos, tait consacre au dieu.

    Par contre, les Diadoques et leurs ascendants, issus de souche mac- donienne, vont en revenir au lierre originel (4). Et si trs rarement cette plante fut adopte par des monarques comme modle de tatouage (5), son utilisation dans 1' iconographie des souverains fut si frquente, en Egypte ptolmaque, qu'on peut dcerner au lierre l'pithte de royal. Par ailleurs, son influence fut si importante dans les syncrtismes de poque qu' elle mrite une enqute approfondie.

    Le lierre royal ptolmaque.

    Sous Ptolme I Ster, fils de Lagos, certaines didrachmes attiques en argent, issues de Cyrne entre 327 et 305, exhibent, au recto, une tte de Dionysos aux cheveux longs et couronne de lierre (6). Dans un petit buste en bronze d'applique, trouv prs de Trente en 1896 et ac- tuellement la Walters Art Gallery de Baltimore, Mademoiselle Bertha Segall suggre de reconnatre Ptolme I (7). Hypothse sduisante. Il

    (1) P. Perdrizet, Cultes et mythes du Pange, pp. 97-98; id., Le fragment de Satyros sur Us dnies Alexandrie, Rev. Et. Ane, 12 (1910) pp. 236-238; W. Otto, Dionysos. Mythos und Kult, Frankfurt 1933, p. 142.

    (2) P. Perdrizet, Satyros, art. cit, p. 238 ; O. Crusius, Kleinigkeiten zur alten Sprachen und Kulturgeschichte, Philol., 62 (1903) p. 128.

    (3) Dlger, Die Gottesweihe..., art. cit, pp. 105-106, commentant notam- ment Plut., De Is. et Osir., 30.

    (4) Sur le lierre : Olck, Epheu, P.-W., 5 (1905) col. 2826-2847. (5) Entre autres par Ptolme IV Philopator, Ptolme XII Aulte et peut-

    tre par Antiochos IV. (6) Traite antrieurement par L. Mueller, L. Stephani, E. Thraemer, E.

    Meyer, F. Wieseler, E. Babelon, A. B. Cook, E. S. G. Robinson, F. Imhoof- Blumer, L. Vitali, la question vient d'tre reprise et considrablement clarifie par M. Fasci ato-J. Leclant, Notes sur les types montaires prsentant une figure imberbe cornes de blier, Ml. c. Franc. Rome, 61 (1949) pp. 7-33 (bibliogra- phie pp. 7 n. 1 et 8 n. 1).

    Pour les cachets : J. G. Milne, Ptolemaic Seal- Impressions, J. H. St., 36 (1916) p. 89 n. 29-32.

    (7) B. Segall, Realistic Portraiture in Greece and Egypt A Portrait Bust of Ptolemy I, Journ. of the Walters Art Gallery, 9 (1946) pp. 53-55, 66-67 et fig. 1-2-4.

    Il n'est pas exclu qu'il s'agisse d'une reprsentation postrieure au rgne du premier Ptolme.

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  • TATOUAGE, LIERRE ET SYNCRT1SMES 59

    s'agit d'un personnage couronn de lierre et de vigne (nous avons ici les deux plantes dionysiaques !), dont la reprsentation, datable, selon l'auteur, des environs de 300 avant notre re, pourrait tre compare celle d'une tte diadme de lierre figurant au British Museum (1).

    Pour imiter Dionysos revenant vainqueur des Indes, Alexandre, aux dires de Pline (2), aurait adopt la couronne de lierre des triomphateurs. Dans la somptueuse pomp dionysiaque organise Alexandrie par Pto- lme II Philadelphe (3), les images du Conqurant et du premier Ptol- me taient reprsentes couronnes de guirlandes de lierre en or (4).

    Ptolme IV Philopator porta la feuille de lierre tatoue, et, comme le prtend le troisime livre des Macchabes, crit apocryphe, il aurait perscut les Juifs pour les contraindre adhrer au culte dionysiaque et aurait exig un recensement la suite duquel les inscrits porteraient la marque distinctive de Dionysos, une feuille de lierre imprime au feu sur leur corps (5). Nous allons revenir sur ces deux faits et nous par- lerons aussi de la possibilit de reconnatre le quatrime Ptolme dans une tte du Muse de Cherchel, mais retenons, ds prsent, une tte en terre-cuite de la collection Lucas Bnaki, Alexandrie, reprsentant, de faon raliste, notre souverain couronn de lierre (6).

    (1) A. H. Smith, Catalogue of Greek Sculpture, London 1892-1904, HI n. 1852 pl. XII (qui serait une adaptation posthume de l'original actuellement la Wal- ters Art Gallery).

    (2) Pline, H. N., 16 - Sur Alexandre Neos Dionysos, cf. J. Tondriau, Alexandre le Grand assimil diffrentes divinits, Rev. Philol., 23 (1949) pp. 43-46.

    (3) D'une vaste littrature on retiendra principalement : J. Kamp, De Ptole- maei Philadelphi pompa bacchica, Diss. Bonn. 1864, et W. Franzmeyer, Kalli- xenos1 Bericht ber das Prachtzelt und den Festzug Ptolemaeus II, Diss. Strassburg 1904, pp. 5-25 (pavillon) et 25-53 (pompe) - Le problme de la datation a suscit une vive controverse entre Tarn, Meyer et Otto; dans notre communication au Congrs de Papyrologie de 1949, Paris, nous avons repris la question de ces Ptolemaia.

    (4) Callixne . ., 5 p. 201d; cf. Fr. Caspari, Studien zu den Kalli- xenosfragment Athenaios 5, 197c-203b, Hermes, 68 (1933) pp. 400-414.

    (5) /// Macch., 2, 29. (6) A. Adrini, Sculture del Museo greco-romano. V. Contributi alViconogra-

    fia dei Tolomei, B. S. A. A., 32 (1938) pp. 106-111 fig. 15-19 - G. Caputo, Lo scultore del grande bassorilievo con la danza delle Menadi in Tolemaide di Cire- naica, Roma 1948 (voir la critique de . Picard, Rev. Et. Gr., 61 (1948) pp. 493- 496), croit que ce grand bas-relief de Cyrnaque servait de base une statue reprsentant Ptolme IV en Neos Dionysos (donc couronn de lierre).

    Dans le navire thalamegos de Ptolme IV, figuraient les bustes des an- ctres du roi, couronns eux aussi de lierre : Callixne . ., 5 p. 205e-f ; cf. Fr. Caspari, Das Nilschiff Ptolemaios IV, Jahrb. Kais, deuts. Arch. Inst., 31 (1916) pp. 1-74.

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  • 60 JULIEN TONDRIAU

    H semble que, comme Philopator, Ptolme XII Aulte, autre Neos Dionysos (1), se soit par du tatouage dionysiaque en forme de feuille de lierre (2) ; une sardoine de 36 millimtres sur 28, actuellement Paris, le reprsente de profil et couronn de lierre (3), lui aussi.

    Mentionnons en passant une srie de pices lagides, de Ptolme IV Ptolme XII, montrant un buste de roi lagide en Dionysos, avec dia- dme ou couronne de lierre, le thyrse sur l'paule (4).

    Enfin, Antoine, Neos Dionysos et souverain ptolmaque , apparat diadme ou couronn de lierre sur la srie de mdaillons cistophores en argent qu' phse mit vers 39/37 l'effigie du triumuir et de sa femme Octavie (5). Aprs une drisoire victoire sur l'Armnie, Antoine et Clo- ptre clbrrent un triomphe fastueux Alexandrie (le premier hors de Rome !) : Antoine pntra dans la capitale couronn de lierre, vtu d'une robe safran et or, tenant un thyrse et chauss de cothurnes, tran sur un char comme s'il tait Liber Pater * (6).

    Le lierre on le constate, a mrit tre appel plante royale ptolmaque (7).

    Le lierre et Attis.

    Le troisime livre des Macchabes, nous avons vu, accuse Ptol- me IV avoir voulu forcer les Juifs adhrer la religion dionysia- que (8). Dans la mesure royale qui consistait imposer aux recenss

    (1) Cf. J. Tondriau, Les thiases dionysiaques royaux dela cour ptolmaque, Chron. g., 41 (1946) pp. 156-160, et id., Rois lagides compars ou identifis des divinits, Chron. g., 45-46 (1948) pp. 136-139.

    (2) Plut. De adult, et amico, 12; Dlger, art. cit, p. 104 n. 15. (3) M. Chabouillet, Catalogue gnral et raisonn des cames et pierres gra-

    ves de la Bibliothque Impriale, Paris s. d., p. 267 n. 2060. (4) Expos et discussion de la question dans notre article prcit Rois lagi-

    des compars..., Annexe I, pp. 141-143. (5) H. Cohen, Monn. Rp. rom., 42 44 ; E. Babelon, Monn. Rp. rom.,

    pp. 179-180 n. 60-62. (6) Vell. Paterculus, Hist, Rom., 2, 82 (allusion dans Florus, 4, 11); cf.

    A. Bruhl, Les influences hellnistiques dans le triomphe romain, Ml. c. Franc. Rome, 46 (1929) pp. 77-95. .

    (7) Signalons qu'une coupe bachique d'o sort une guirlande et qu'entoure une couronne de lierre figure au revers d' un denier d' argent de Juba II de Maurtanie, poux de Cloptre Sln, fille de la grande Cloptre : L. Muel- ler, Numismatique de V Ancienne Afrique, Copenhague 1862, III p. 104 n. 41-42.

    (8) Beaucoup encre a coul ce sujet. Voir en dernier lieu : J. Cohen, Judaica et aegyptiaca. De Macch. libro III quaestiones historicae, Diss. Gronin-

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  • TATOUAGE, LIERRE ET SYNCRTISMES 61

    la marque distinctive de Dionysos, une feuille de lierre imprime au feu sur leur corps , Perdrizet, voulait voir ce qu'il appelait, dans un langage pittoresque, cle petit fait signifiant (1). Sans doute, pour em- prunter quelques lignes de Cumont, la feuille de la plante sacre se rvle tre la chose essentielle, indice de appartenance la grande confrrie bachique (2). Mais sa mention ne suffit pas pour authentifier l'histoire (qui est rapprocher une perscution-relle des Juifs, Jru- salem, peu aprs, sous Antiochos IV (3)) car le premier souci d'un faus- saire est d'emprunter des dtails caractristiques pour mieux faire agrer la version qu'il prsente. On incline donc, actuellement, considrer ce rcit comme une lgende tiologique, dpourvue de fondement histori- que et visant confrer une antiquit vnrable une fte juive Alexandrie.

    Il n' en reste pas moins que le quatrime Ptolme a port un ta- touage en forme de feuille de lierre. L'Etymologicum Magnum rapporte : Gallos: Ptolme Philopator, cause de la feuille de lierre tatoue comme pour les Galles (4). Le monarque s'intitulait donc Galle, ce qui est confirm par les dires de Plutarque qui appelle de faon un peu mprisante Mtragyrts Basileus (5). Galle et Mtragyrte, on ne l'ignore point, dsignaient les prtres de Cyble et Attis. Mais, nous avons dit au dbut de cet article, leur tatouage normal tait compos de deux lettres et non d'une feuille de lierre. Si Philopator emploie cette dernire c' est pour rappeler sa religion dionysiaque favorite (). Il est mme permis de croire quii essaie de cette manire intensifier le syncrtisme

    gen 1941 ; J. Morau, Le troisime livre des Maccabees, Chron. g., 31 (1941) pp. 111-122; M. Hadas, /// Maccabees and the Tradition of Patriotic Romance, Chron. g., 47 (1949) pp. 97-104.

    (1) P. Perdrizet, Satyros . . . , art. cit, pp. 235-238. (2) F. Cumont, La stle du danseur d'Antibes et son dcor vgtal. tude sur

    le symbolisme funraire des plantes, Paris 1942, p. 31. (3) // Macch., 6, 7,; cf. O. Kern, Ein vergessenes Dionysosfest in Jerusalem,

    Archiv, f. Religionswiss., 22 (1923-24) pp. 198-199 ; H. Willrich, Dionysos in Jerusalem, ibid., 24 (1926) pp. 170-172; E. Bevan, Un document relatif la per- scution Antiochus IV piphane, Rev. Hist. Rei., 115 (1937) pp. 188-223 (sur Fl. Josephe, Ant, 12, 5, 5).

    (4) Etym. Magnum, 220, 19-20; cf. Chron. Paschale, p. 176a = p. 332, 8, d. DlNDORF.

    (5) Plut., Clomne, 36. (6) Cf. notre article prcit Les thiases dionysiaques royaux ..., pp. 149-156;

    on trouvera le matriel et la bibliographie dtaills dans un article qui va pa- ratre dans la Chronique gypte il. 50 et qui rsume notre premire thse de Doctorat d'tat en Sorbonne.

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  • 62 JULIEN TONDRIAU

    Dionysos-Att...

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