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tous les combattants et rappelasurtout que le journaliste reste unhomme, qu’«il ne peut se réfugierderrière son étiquette», évoquantdes situations où la menace d’unephoto sauvait un condamné…

Peu funèbre, le gros des trou-pes privilégiait une ambiance fes-tive, à l’image de la promenadeconçue par l’ECAL, Night Less,qui, après Augustin Rebetez l’andernier, investissait les bosquetsavec un parcours incitant à ladanse. Ailleurs, bars et écrans ser-vaient de repères aux flâneurs, es-timés à près de 6000 par l’Elysée.Dans la foulée du concert rock deDuck Duck Grey Duck, la soiréefinissait par prendre l’eau auxalentours de minuit. Boris Senff

de Michael Jackson. Une introduc-tion sympathique, avec des metsorientaux pris d’assaut, mais avecune ambiance de concert un peustatique…

Le lendemain, l’Elysée invitaitdans ses jardins et la donne secompliquait avec le premier quartde finale de la Coupe du monde,occasionnant quelques arrivéestardives, et une météo mena-çante. Le cœur de la fête fut toute-fois sauvé et la présentation sur lephotojournalisme de MatthiasBruggman (trop souvent inaudi-ble, hélas) et de Patrick Chauvel sedéroula dans les meilleures condi-tions. Le second, légende de laphoto de guerre, évoqua la peur,scrutée dans les yeux de (presque)

PhotographieLa 4e édition a slaloméentre le foot et la pluie,mais a attiré 6000 visiteurs

Le quinquagénaire bâtiment deMax Bill s’est pris pour une scènede rock, vendredi, lors du préam-bule d’une Nuit des images quiavait lieu au Théâtre de Vidy. Surl’avant-toit de l’édifice, le Cous-cous Clan du chanteur RachidTaha et du guitariste-chanteur Ro-dolphe Burger servait leur se-moule rock épicée raï sur diversclassiques: Walk on the wild sidede Lou Reed, Rock the Casbah deThe Clash, Ya Rayah de DahmaneEl Harrachi et même le Billy Jean

«J’ai de la chance de l’avoir, glisse la so-prano alémanique. Nous formons unbeau couple ensemble.»

Gravité vocaleLa Zurichoise à la carrière impression-nante se délecte de pouvoir enfin aborderCarmen: «Avec mon physique, on m’atrès souvent demandé de le faire maistrop de sopranos se sont cassé la voix surce rôle qui descend très bas. Petit à petit,la mienne s’oriente vers un soprano plusdramatique. J’ai maintenant les gravespour être à l’aise dans le mezzo lyrique deCarmen, sans forcer.»

Et sans crainte surtout. Après La Tra-viata et Donna Anna du Don Giovanni,Noëmi Nadelmann a apprivoisé l’espaced’Avenches et s’y replonge avec délecta-tion.

classe!» Avoir endossé le rôle 350 fois nesemble pas l’avoir blasée.

Noëmi Nadelmann, l’autre Carmen dela distribution (à l’affiche les 5 et

12 juillet), a une autre raison de ne pasêtre blasée: elle fait à Avenches sa prise derôle. Ce soir, elle vient écouter saconsœur qui chante sur scène avec «son»Don José, le Chilien Giancarlo Monsalve.

DisqueIsabelle Boulay s’offreune respiration sur les terresde Reggiani, qu’elle a découvertadolescente et rencontré adulte.Entretien

La poignée de main d’Isabelle Boulay mettout de suite les choses au clair. La déli-cate interprète de Parle-moi, et plus ré-cemment d’un album hommage à SergeReggiani, n’est pas diva pour un sou. Fillede restaurateur dans les rudes terres dunord du Québec, la rousse a grandi dansun milieu de mecs et en a gardé un franc-parler réjouissant. «Tous ces gars qui ve-naient raconter leurs déboires amoureux!Ils s’exilaient pour de longues périodesde travail, revenaient et leurs femmesn’étaient plus là. Les écouter se plaindre,ça forge le caractère. Si j’avais été unhomme, je pense que j’aurais beaucoupressemblé à Serge. Le tempérament, lalucidité…»

Sa relation avec Reggiani a débutétôt, lorsque l’adolescente fana de variétéet de chanson réaliste a découvert unartiste capable de rivaliser avec Piafdans son Panthéon personnel. Devenueelle-même chanteuse à succès, elle par-tage le micro avec le vieux monsieur en2003, quelques mois avant qu’il ne

s’éteigne, à l’âge de 82 ans. «Il avait lajeunesse éternelle. Il a toujours été làsans jamais se mettre en avant, ce n’étaitpas dans sa nature. Le public s’est renducompte de son importance dès lors qu’ila senti qu’il allait s’en aller, c’est pour-quoi l’affection envers lui a toujours étécroissante.»

Isabelle Boulay a «bifurqué» en admi-ratrice autant qu’en consœur vers ce dis-que hommage, qui reprend 14 titres del’interprète de L’Italien. «J’étais en trainde travailler sur un nouvel album origi-nal, mais j’avais continuellement en moises chansons. Je me souviens être alléchercher mon fils à la crèche avec Le vieuxcouple qui tournait en boucle dans matête. De plus, plusieurs personnes m’ontdemandé en quelques jours si j’allais re-prendre Reggiani! Ça m’a troublé. Du jourau lendemain, j’ai mis mon disque decôté.» L’aventure Reggiani pouvait com-mencer. «J’avais moins la trouille du ré-pertoire que de la réaction des proches deSerge. Je ne me serais pas lancée si jen’avais pas eu l’assentiment de sa femme,

«Si j’avais étéunhomme, jepensequej’auraisbeaucoupressembléàSerge»

Noëlle, et de son parolier Jean-Loup Da-badie.»

Le résultat, emballé dans un livretblanc orné d’une rose griffonnée, s’inti-tule assez logiquement Merci Serge Reg-giani. A l’image de la pochette, IsabelleBoulay a choisi la sobriété pour adapter àson timbre la mâle voix. Ukulélé sur Masolitude, tapis de cordes sur Ma fille, pianoet trombone pour Si tu me payes un verre…«Jouer une chanson déjà existante n’est

pas forcément une aide, car on doit juste-ment se distancer d’elle, ne pas singer. Ona traité cet album avec la même rigueurqu’un disque original, la même recherchede cohérence. Il fallait faire un disque élé-gant, classique, mais contemporain. Lesmusiciens ont beaucoup contribué à ça.»

La voix, elle, honore le chanteur enrefusant l’ostentatoire et privilégiant unaffect subtil. «On m’a souvent considéréecomme une chanteuse à voix. Ça meflatte, mais je sais au fond de moi quec’est faux. Je me sens plus proche d’unechanteuse réaliste.» Et de citer le modèled’une «variété grand luxe», comme lenomme la rousse. Soit une chanson popu-laire de qualité, «Gainsbourg, Renaud,même Claude François – AlexandrieAlexandra, c’est une chanson hyper bienconçue, des paroles à la musique.» Leprochain hommage sera-t-il adressé à lavedette à talonnettes? «Non, je me verraisplutôt chanter en anglais du Winnie Nel-son (ndlr: chanteur country américain). Etdu Stephan Eicher!» L’invitation est lan-cée. François Barras

«Onm’asouventconsidéréecommeunechanteuseàvoix.Çameflatte,mais jesaisaufonddemoiquec’est faux»Isabelle Boulay, chanteuse réaliste

Isabelle Boulay est fan de Serge Reggiani depuis son adolescence. MAXPPP

1972 Naissance à Sainte-Félicité,en Gaspésie, au Québec, Canada.1980 Chante dans le restaurant de sesparents.1993 Trophée de la chanson franco-phone à Périgueux.1996 Rôle de Marie-Jeanne dans lareprise de Starmania. Trois cent cinquantereprésentations.2000 Succès de son 3e album, Mieuxqu’ici-bas, porté par le tube Parle-moi.2003 Chante sur scène en duo avecSerge Reggiani.2008 Naissance de Marcus.2011 Les grands espaces, produit parBenjamin Biolay.

En dates

Festival

AvenchesregardeversSévilleDès le 4 juillet, Carmen, l’opéramythique de Bizet, revient aux arènesaprès 10 ans d’absence. Reportage enrépétition pendant la générale pianoMatthieu Chenal

Cette année, dans les arènesd’Avenches, le décor estune arène miniature. Et l’il-lusion en est si bien ren-due, avec cette forme quiépouse l’ovale de l’amphi-

théâtre romain et ce gazon négligé quipousse sur les bords, que l’on pourraitcroire qu’il fait partie du lieu. Tout a étépensé pour qu’au quatrième acte de Car-men, au moment du triomphe du toréa-dor Escamillo et de la mort de la célèbreGitane, on se sente plus à Séville qu’àAvenches.

Béton, lampadaires et barbelés: l’Es-pagne de cette nouvelle Carmen, signéeEric Vigié pour la mise en scène et Jean-Marie Abplanalp pour les décors, trancheradicalement avec les deux autres pro-ductions présentées sur ce même site en1996 et 2004. «J’ai placé cette Carmen audébut des années 1960, explique Eric Vi-gié. Le défaut de l’Espagne, c’est qu’ontombe vite dans le folklore. Cette époque,en pleine décadence du franquisme, per-met d’apporter une certaine neutralité,d’éviter les castagnettes et les fleurs dansles cheveux. Je souhaite simplementéchapper au cliché et mettre en avant laqualité vocale et instrumentale.»

Le directeur artistique d’AvenchesOpéra, qui signe ici sa deuxième mise enscène, après La bohème, en 2012, ne cher-che pas à bannir toute tentation spectacu-laire. Il y en aura de toute façon: «La miseen scène offre quatre ambiances très con-trastées, précise-t-il, avec un final cinéma-tographique un peu surréaliste, à laBuñuel. On raconte simplement, et sansexagérer, la tranche de vie dramatiqued’une femme normale.»

Jeudi soir, les arènes étaient presquevides, mais la scène grouillait de mondepour la répétition générale piano, la der-

nière avant l’arrivée de l’orchestre, sa-medi. Les hommes du chœur de l’Opérade Lausanne sont habillés en vert-de-gris,les filles en tenues d’ouvrières bleu usé– sauf Carmen, dont la robe rouge dé-passe sous la tunique. A peine provo-cante, juste différente.

Courtiser la GitaneDans les travées, on croise Pascal Mayer,qui prépare les chœurs du festival depuisdix-huit ans: «Il y a un côté artisanal quime plaît infiniment. Même si ce n’est pasvraiment mon univers, j’y ai pris goût.Dans Carmen, le chœur est très présent etce n’est pas évident en plein air: on doitchanter assez fort, mais si c’est trop fort,on ne comprend plus les paroles.» Le cheffribourgeois a bien écouté ses hommescourtiser la Gitane: «Carmen! sois gen-tille, au moins réponds-nous, et dis-nousquel jour tu nous aimeras!»

Avant de retourner en coulisses pourleur faire ses commentaires, il laisse labelle Béatrice Uria Monzon entonner saHavanaise. «Ecoutez cette Carmen, quelle

AmbianceLa Carmen mise en scène parEric Vigié se déroule dans uneEspagne des années 60 en pleinedécadence du franquisme.

UEclairage Lancée en 1995 par uneAïda jouée six soirs de suite à guichetsfermés, l’expérience de l’opéra auxarènes romaines d’Avenches est uneaventure insolite, fragile et courageuse.Car, malgré le succès initial (les52 000 spectateurs du Nabuccode 1999 n’ont jamais été dépassés),la manifestation a connu des éditionsdifficiles, soit en raison de la météocapricieuse, soit en raison de choixartistiques qui n’ont pas séduit lepublic. On a beau s’y référer sans cesse,Avenches n’est pas Vérone et il reste

difficile d’élargir un public forcémentrégional au-delà du cercle des fidèles.

Le comité d’organisation a subi aussiquelques soubresauts périlleux, avecheureusement une grande fidélité de lapart du fondateur, Sergio Fontana,directeur artistique de 1995 à 2010, deLeo Obertüfer, arrivé en 1996 et actuelprésident du Conseil de fondation, duchef de chœur Pascal Mayer depuis1997, et de certains sponsors depuis ledébut. Bon an, mal an, Avenches Opéraa tenu le coup, et c’est finalement unesorte de miracle: on ne pourrait plus

programmer aujourd’hui deuxproductions la même année, comme LaBohème et La Traviata en 1997 ouTurandot et Le barbier de Séville en1998. La concurrence des autresfestivals est rude, même côté lyrique,avec des manifestations similaires enSuisse allemande alors que le publicalémanique est crucial à Avenches.

Mais l’indéniable saut qualitatifinsufflé par Eric Vigié depuis 2011 asauvé la manifestation d’une formed’amateurisme qui ne passerait plusaujourd’hui.

La folie lyrique fêteses20 ansd’opéra

HommageSa tournée d’été devaitpasser par l’Europe, Pariset l’Olympia, mais BobbyWomack s’en est allé avantde traverser l’Atlantique

Son It’s all over now avait été reprispar les Stones et son Across 110 thStreet figurait sur la B.O. de JackieBrown de Quentin Tarantino: durock au cinéma, d’Aretha Franklin,pour qui il avait écrit, à Lana delRey, invitée pour un duo sur sondernier album, Bobby Womack amarqué cinq décennies de musi-que. Il est décédé vendredi, à l’âgede 70 ans, alors que l’Europe l’at-tendait pour une série de concerts.

L’année de sortie de son der-nier album, The bravest Man in theUniverse, considéré comme l’undes meilleurs de 2012 par les pro-fessionnels, le chanteur soul avaitégalement annoncé qu’il souffraitde la maladie d’Alzheimer. Prisdans l’enfer de la drogue, minépar une cascade de soucis desanté, Bobby Womack marquaitpourtant avec cet album son re-tour après de longues annéesd’absence.

Fils de métallurgiste, né à Cle-veland, le musicien avait fait sesdébuts en famille avec les Wo-mack Brothers. Orienté gospel, lafratrie managée par le père en-flammait les églises jusqu’à ce quele succès vienne avec Looking for

Lasoulaméricaine perd l’unede ses légendes LaNuitdes imagesde l’Elyséeseprend la tête dans lesnuageslove, enregistré en 1962 sous lenouveau nom de The Valentinos.

L’aventure solo de Bobby Wo-mack débute deux ans plus tard,alors que le groupe familial est surle déclin. Le chanteur s’offre lesuccès en écrivant pour d’autresinterprètes dont Joe Tex andDusty Springfield, puis, dans lesannées 1970, il enregistre quel-ques tubes comme That’s The WayI Feel About Cha et Woman’s GottaHave It, avant de sortir du circuitdans les années 80.

La légende soul américaineavait également écrit plusieurschansons et joué de la guitarepour des artistes aussi célèbresqu’Aretha Franklin ou Wilson Pic-kett. F.M.H./ATS

Couscous Clan a signé vendredi le préambule de cette4e édition depuis le toit du Théâtre de Vidy. ALAIN ROUÈCHE

Repéré pour vous

Lasériequi rappelleColumboArsenic et vieilles ficelles.Comme l’illustre inspec-teur Columbo, de LosAngeles, Angela Flynn,une mère de famille céli-bataire (Kristin Lehman,vue dans The Killing), etson partenaire OscarVega (Louis Ferreira, vudans Breaking Bad) tra-quent les assassins pourla crim’ de Vancouver.Pas de surprise: chaque épisodedésigne d’entrée de jeu la victimeet son tueur. Comment les deuxhéros vont-ils le confondre, «that isthe question». Lancée en primetime aux Etats-Unis lors de son lan-

cement en 2013, la sériecanadienne Motive («Lemobile du crime», par leproducteur de Dexter etde The Mentalist) a car-tonné à l’audimat. Nonque Motive réinvente lapoudre, mais le couplefonctionne à merveille.Au rayon de l’analysescientifique et de la mé-decine légale, on a vu

plus percutant. Mais ce n’est pas lesujet. Jean Ellgass

Motive (saison 1)Daniel CeroneUniversal

Bobby Womack avait fêté ses70 ans en mars. AP

Culture&Société Culture SociétéGastro Ciné Conso

Sortir Les gens

Dates Ve 4, sa 5, di 6, ma 8, ve 11,sa 12 juillet. Début avancé à 21 h, ce quipermet de prolonger la soirée au nouvelEspace Lounge.Billets La nouvelle billetterie permetd’imprimer les billets chez soi.026 676 06 00 ou ticketcorner.chRestauration Pinte vaudoise, à la placedu Casino, dès 18 h; possibilité de réserverdes paniers garnis pour pique-niquerdans les arènes (38 fr. pour 2 personnes).Transports Bus au départ de Genève,de Lausanne et d’Yverdon, parkingsgratuits. www.avenchesopera.ch.

Pratique

«J’aimaintenant lesgravespourêtreà l’aisedans lemezzolyriquedeCarmen,sansforcer»Noëmi Nadelmann, l’une des Carmende la distribution à Avenches

Merci Serge ReggianiIsabelle BoulayUniversal Music

Distinction Doté de 80 000 fr.pour le vainqueur, le jury du Prix del’Elysée, lancé par le musée avec lacomplicité de Parmigiani, a révélésamedi soir le nom des huitpremiers prétendants. Professeur àl’ECAL et troisième du concoursTaylor Weeing, Anoush Abrar figureparmi les nominés avec MariBashtashevki (Danemark), PhilippeChancel (France), Annabel Elgar(Angleterre), Agnès Geoffray(France), Martin Kollar (Slovaquie),Marco Poloni (Italie-Suisse) etKourtney Roy (Canada). L’heureuxélu sera connu en juin 2015.

Huit nominés

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