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13/10/2016

Regards sur l'économie

de la Polynésie française

M. Christian MONTET

Professeur de sciences économiques

à l'université de la Polynésie française

1. La longue anémie de l’économie polynésienne

2. Diagnostiquer la panne de croissance

3. Pour une politique de croissance

1. La longue anémie de l’économie polynésienne

• Premier constat : le PIB par habitant en Polynésie française n’est actuellement que d’environ la moitié de son niveau en France métropolitaine.

Produit intérieur brut par habitant (en Euros courants, 2015)

(Sources : INSEE, ISEE, ISPF)

33100

17200

29350

• Questions :

– Pourquoi ce retard ?

– Est-ce un problème récent ou durable ? Stable ou évolutif ?

– Peut-on faire mieux et comment ?

• L’examen des données de la dernière décennie montre une dégradation constante de la situation polynésienne :

– croissance du PIB réel toujours inférieure à celle de la France (et de la NC) ;

– diminution du PIB réel par habitant.

(Taux de croissance annuel)

• Pire encore, la tendance au décrochage du PIB/habitant de la PF est plus ancienne.

• On peut la faire remonter jusqu’au milieu des années 1980.

PIB/hab de la Polynésie française en % du PIB/hab de la France

• Afin de mieux comprendre ce qu’il se passe, il est préférable d’avoir une vision de long terme.

• Retour au début des années 1960, date de mise en place du CEP.

0 €

5 000 €

10 000 €

15 000 €

20 000 €

25 000 €

30 000 €

0

600 000

1 200 000

1 800 000

2 400 000

3 000 000

3 600 000

PIB réel (en Francs CFP constants de 2005) per capita en Polynésie Française et en France (échelle : 1000 Fcfp = 8,38 euros)

Polynésie Française France métropolitaine

• Croissance des années 70-80 : stimulée par les dépenses publiques de la France (CEP).

• Fin des années 80 : part des versements de l’État dans le PIB de la PF → environ 34 %.

• Après la fin des essais nucléaires, objectif d’autonomie économique : ne plus dépendre des transferts de l’État français pour assurer la croissance.

Le Pacte de progrès et les performances des années 90

• Pacte de progrès (signé en 1993), suivi d’une loi d’orientation en 1994 :

– affiche un objectif de développement des ressources propres de la PF.

• Performances des années 90 :

– Développement de ressources propres effectif :

• Sorte de politique « industrielle » pour le tourisme et la pêche (défiscalisation, subventions, etc.) ;

• Développement plus « spontané » pour la perle.

Le Pacte de progrès et les performances des années 90

Sources : CEROM (IEOM, ISPF, SPPE, AFD)

Sources : CEROM (IEOM, ISPF, SPPE, AFD)

EXPORTATIONS DE PERLES DE CULTURE BRUTES (en millions de Fcfp)

Recettes millions CFP

0

5000

10000

15000

20000

25000

1980

1982

1984

1986

1988

1990

1992

1994

1996

1998

2000

2002

Recettes millionsCFP

Source : service de la perliculture

• L’histoire d’une grande réussite ?

• En apparence, oui…

• Mais (cf. diapo sur le PIB) :

– le PIB par habitant n’augmente guère (la croissance économique de cette période est liée à une croissance démographique forte) ;

– Le PIB/hab s’écarte de celui de la France (augmente beaucoup moins qu’en métropole).

• Et la belle réussite a des ratés et s’arrête au début des années 2000.

• Gloups !

• Voir les graphiques suivants…

Sources : CEROM (IEOM, ISPF, SPPE, AFD)

Les recettes touristiques (en Mds Fcfp)

37,4

47,3

44,2

42 42

47

37,7

39,5

41,2

30

32

34

36

38

40

42

44

46

48

50

1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013

(Source : ISPF)

Sources : CEROM (IEOM, ISPF, SPPE, AFD)

EXPORTATIONS DE PERLES DE CULTURE BRUTES (en millions de Fcfp)

Recettes millions CFP

0

5000

10000

15000

20000

25000

1980

1982

1984

1986

1988

1990

1992

1994

1996

1998

2000

2002

Recettes millionsCFP

Source: données service de la perliculture

Exportations (moyenne) Tourisme : 42 Mds Perle : 8 Mds Pêche : 0,8 Md Noni : 0,7 Md Nacre : 0,3 Md

(Source : Réalisé à partir des données HC et IEOM)

0 20 40 60 80 100 120 140 160 180

2006

2007

2008

2009

2010

2011

159,1

170

167,8

175,6

178,9

172,5

Coprah : 0,5 Md

Vanille : 0,3 Md

Monoï : 0,2 Md

Bière : 0,1 Md

Total : 53 Mds environ

Transferts État (Mds Fcfp)

• Le relatif succès des années 1990 s’était traduit par une réduction de la dépendance à l’égard des transferts de la France.

• Mais retournement à partir de 2000.

32 % en 2014

Sources : CEROM (IEOM, ISPF, SPPE, AFD)

• Conséquences :

– Le PIB réel par habitant est au niveau de 1985 !

– Chômage ou plutôt faible taux d’emploi.

– Pauvreté.

0 €

5 000 €

10 000 €

15 000 €

20 000 €

25 000 €

30 000 €

0

600 000

1 200 000

1 800 000

2 400 000

3 000 000

3 600 000

PIB réel (en Francs CFP constants de 2005) per capita en Polynésie Française et en France (échelle : 1000 Fcfp = 8,38 euros)

Polynésie Française France métropolitaine

40 000

50 000

60 000

70 000

80 000

90 000

100 000

Emplois en Polynésie Française

Actifs ayant un emploi

Chômage, sous-emploi

• Énorme sous-emploi des ressources humaines :

– Le taux de chômage est officiellement à 21,8 % depuis le recensement de 2012, mais la signification de ce nombre est douteuse. Il vaut mieux s’intéresser au taux d’emploi.

– Taux d’emploi (personnes ayant un emploi dans la population en âge de travailler / de 15 à 64 ans) :

PF → 45 %, France → 64 %, États-Unis → 68 %.

• Pauvreté :

– Environ 28 % de la population sous le seuil de pauvreté monétaire (moins de 50 % du revenu médian par unité de consommation du ménage, soit environ 83.000 Fcfp pour un ménage composé de 2 adultes, 141.000 Fcfp pour un couple avec 2 enfants de 12 et 14 ans).

2. Diagnostiquer la panne de croissance

• Évidemment, il y a eu des problèmes conjoncturels : – Tourisme : septembre 2001 ; – Crise mondiale sur le marché de la perle ; – Effet de la crise de 2008-09 : particulièrement sensible sur le

tourisme (baisse du dollar US et du revenu national US en particulier).

• Mais surtout des causes structurelles : – On ne peut pas avoir une anémie aussi longue d’une

économie sans que les causes ne soient pas profondes, enracinées dans les structures mêmes de cette économie.

• La croissance de l’économie de la PF dans les

années 1960 à 1980 a été principalement stimulée par les dépenses publiques en provenance de l’État français (CEP).

• Depuis les années 1990, cette source de croissance s’est progressivement tarie : – Les transferts de l’État français sont toujours à

quelques 30 % du PIB de la PF, mais plus en croissance (réelle) depuis longtemps.

• La croissance d’origine interne et privée aurait dû prendre le relais dans les années 1990.

• Mouvement un peu amorcé, mais pas soutenu sur le long terme.

• Il faut donc s’interroger sur la panne de l’investissement privé et de la création d’entreprises.

Diagnostic des pannes de croissance selon Hausman, Rodrik, Velasco

• En résumé, la faiblesse de l’investissement privé et de la création d’entreprises résulte – du faible rendement de l’activité économique

[r(1 – τ)],

et/ou

– du coût trop élevé du financement (ρ).

• Le coût du crédit, ρ, est plus structurellement plus élevé en PF qu’en métropole : 1 à 3 %, selon les crédits. Il y a des raisons à cela, mais cela pourrait être corrigé.

• Le plus gros problème est certainement du côté des rendements privés de l’investissement pour les nouvelles entreprises.

r(1 – τ) où r = r(x,a,θ)

• Le taux de fiscalité sur les rendements du capital, τ, – est certainement trop élevé (impôt sur les bénéfices des sociétés,

entre 25% et 35%),

– mais comparaisons faussées par la défiscalisation,

– autres risques de prélèvement : corruption ?

• x, faiblesse des facteurs complémentaires aux travail et au capital : – infrastructures,

– capital humain,

– coûts élevés du transport, de l’énergie, des télécommunications.

• a, faible productivité globale des facteurs (cf. étude de Dropsy, Montet / à paraître dans Économie & Statistique) :

– adoption lente de nouvelles technologies, risque élevé des lancements de nouvelles activités, etc.

• θ, difficulté de coordonner les activités (externalités négatives) :

– faibles effets de réseau, faibles effets d’agglomération.

Martins et Winters, 2004

• Les très petites économies ( 200 000 hab) subissent des surcoûts moyens par rapport à la médiane (Hongrie) :

+ 14 % pour l’industrie manufacturière,

+ 29 % pour l’hôtellerie et le tourisme.

• Pour compenser le surcoût, il faudrait :

- 100 % sur le coût du capital,

- 60 % sur le coût du travail.

• Or, les salaires en PF sont élevés par rapport aux salaires médians dans l’industrie mondiale.

• La défiscalisation ne compense qu’imparfaitement le handicap du côté du capital.

• Le taux de change du Franc CFP (collé à l’euro) ne favorise pas la compétitivité des produits et services polynésiens.

• Conséquence :

– Aux prix concurrentiels mondiaux, et compte tenu des coûts de facteurs, aucune activité de production industrielle de masse non différenciée n’est viable en PF.

– Seules activités viables : niches apportant des «rentes » au-dessus des prix concurrentiels (tourisme de luxe, artisanat, produits artistiques, services à forte valeur ajoutée, etc.).

– Suffisant pour l’ensemble de la population active ?

– Peut-être pas :

• l’aide extérieure serait alors nécessaire à long terme (transferts de France, transferts privés de Polynésiens travaillant à l’extérieur, ?).

– Mais il est certain qu’on peut faire mieux qu’aujourd’hui en rendant plus attractifs l’investissement privé et la création d’entreprises.

• Comment faire ?

• Politiques publiques ? Mais lesquelles ?

• Refondation de l’économie ? Mais dans quelle direction ?

3. Pour une politique de croissance

– Abaisser le coût du financement bancaire,

– Améliorer la fiscalité (du moins la rendre moins nocive),

– Corriger des défaillances du marché (externalités négatives),

– Améliorer les infrastructures,

– Améliorer la régulation des industries de réseaux (énergie, télécommunications),

– Politique active de concurrence,

– Favoriser l’innovation et la prise de risques.

• On ne peut rien faire à l’éloignement géographique, à la petite taille du territoire, à l’éparpillement des îles, etc.

• Mais on peut agir sur un grand nombre de facteurs de croissance discutés plus haut :

Politique actuelle: le statu quo

• Constat → alors qu’il faudrait une politique audacieuse dans tous ces domaines, on observe plutôt une politique du statu quo :

– Réglementations archaïques des prix et des marges (PPN, PGC) → cela ne marche pas et peut créer des catastrophes (cf. Vénézuela) ;

– Protectionnisme (DTI, TDL, Conférences agricoles) ;

– Interventionnisme excessif de la puissance publique sur l’investissement → licences, frilosité à l’égard de l’extérieur (ex : Digicel).

• Système mélangeant un capitalisme tiré par la puissance publique et un capitalisme de type oligarchique :

– pas favorable à la croissance à long terme (cf. Baumol, Litan, Schramm, Good capitalism, bad capitalism, 2007).

Quelle politique audacieuse de croissance ?

Créer un environnement plus favorable

au capitalisme entrepreneurial

• Sortir les décisions d’affaires du contrôle politique

– Préoccupation commune à toutes les économies du Pacifique, comme en témoigne la réunion du PIPSO (Pacific Islands Private Sector Organisation / cf. article de Islands Business, Sept. 07, p. 41: « Private sector needs pro-business environment ») :

• «The government needs to get out of running businesses » ;

• The Pacific is the last of the world’s regions where monopolies exist in the essential services sector ».

Déréglementer (ou mieux réglementer) et libéraliser

• Supprimer les réglementations inefficaces ;

• Améliorer les réglementations inévitables ;

• Réduire la fiscalité douanière et lui substituer progressivement une fiscalité directe (type impôt sur le revenu) ou indirecte TVA plus efficace.

Renforcer la bonne gouvernance

• Décentralisation exige que les acteurs locaux aient les bonnes incitations : responsabilisation des gouvernants (Chambre territoriale des comptes).

• Mise en place d’autorités administratives indépendantes : – Concurrence,

– Régulation des industries de réseaux (télécoms, énergie, transports, etc.).

Revoir les formes et l’orientation de l’aide nationale

• Trop orientée vers la consommation :

– en grosse proportion : salaires et retraites des fonctionnaires ;

– même la DGDE a été en partie orientée vers la consommation.

• Réorienter l’aide vers l’investissement et les gains de productivité.

• La défiscalisation subventionne la formation de capital : insuffisant.

• Il faut aider les investissements en infrastructures et pour la production d’énergie et de télécoms.

• Envisager de nouvelles formes d’aides aux exportations (directes ou par acceptation de prix d’achat plus élevés).

• Favoriser la mobilité de la main d’œuvre.

Conclusion

• La Polynésie française a besoin d’une croissance économique moins dépendante des transferts de la France.

• Cela passe aujourd’hui par une libéralisation accrue de l’économie et la création des conditions plus favorables à un capitalisme d’entreprise plutôt qu’à un capitalisme de type oligarchique tiré par la puissance publique.

• Une aide des pays plus avancés comme la France (et l’Europe) devra perdurer. Il reste à en améliorer l’efficacité.

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