Auguste Lancon, aqua-fortiste, peintre & sculpteur, 1836- I AUGUSTE LANأ‡ON AQUA -FORTIS TE PEINTRE

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Text of Auguste Lancon, aqua-fortiste, peintre & sculpteur, 1836- I AUGUSTE LANأ‡ON AQUA -FORTIS TE...

  • I

    AUGUSTE LANÇON

    AQUA -FORTIS TE PEINTRE ET SCULPTEUR

    (183&- 1885)

    Les morts sont vite oubliés. En dehors de quelques amis et d'un nombre restreint d'artistes, qui se souvient aujourd'hui d'Auguste Lançon? La presse a banalement enregistré son dé- cès au mois d'avril x 885; depuis, le silence s'est fait autour de ce nom. Je me trompe je viens de lire, à une quatrième page de journal, l'annonce de la souscription destinée à parfaire les frais de sa modeste tombe au cimetière Montparnasse.

    Et cependant Lançon a, plus que beaucoup d'autres, sa place marquée dans l'histoire de l'art contemporain. A ce titre, il mé- rite bien quelques pages tardives de souvenir. -

    H naquit, le i6 décembre f836, dans le haut Jura, à Saint- Claude, berceau des Jaillot, des Villerme, des Rosset, des An- tide Janvier. Son père, un brave menuisier, aurait pu fournir à quelque Erckmann-Chatrian jurassien un type de vieux patriote montagnard. La correspondance de sa mère, je l'ai là toute entière sous les yeux - révèle une femme d et de dé- vouement, concentrant sur un fils unique l'affection austère ct la sollicitude un peu loquace des aïeules de nos campagnes.

    L'équerre, le compas et les modèles de menuiserie épars sur l'établi paternel accoutumèrent sans doute son enfance à l'a b t du dessin; sans doute, le professeur du collège communal cul- tiva chez lui les premiers instincts artistiq ues; mais la nature,

    Document

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  • -4-- la nature seule fut sa véritable initiatrice et resta toujours son guide fidèle. Caractère sauvage et rebelle au frein, niaI à l'aise partout ailleurs qu'en pleine liberté, il donna cours de bonne heure à ses goûts d'indépendance et de vie au dehors. Congés et vacances, - sans parler de l'école buissonnière, - il les passait en courses vagabondes à travers les bois et les montagnes, bra- connant les geais et les grives, mais surtout s'enivrant d'air et de lumière, contemplant avec la ferveur d'un enthousiasme sans témoin les spectacles toujours nouveaux déroulés à ses yeux, crayonnant sur des chiffons de papier des croquis que le soir, à la veillée, il passait soigneusement à la plume.Ce long tête à tête avec les sites abrupts et tourmentés de la terre natale lui traça sa voie et lui imprima, dès le début, une indélébile marque l'homme fait, tout de franchise et de loyauté, conserva jusqu'à la fin un peu de la sauvagerie de caractère et d'allure de l'enfant; la ma- nière du dessinateur et du peintre ressentit toujours l'âpreté de la forte mais rude éducatrice de ses premiers pas dans l'art.

    Aux approches de la dix-septième année, au sortir de sa cc troi- sième » au collège de Saint-Claude, il fallut interrompre des études poursuivies avec succès, en dépit de ses solitaires flâne- ries. 11 s'agissait pour lui de choisir une carrière et de gagner à son tour le pain quotidien. Le choix, comme bien l'on pense, était de longtemps arrêté. Après un court apprentissage à l'im- primerie lithographique Robert, de Lons-le-Saunier, il partit pour Lyon, au mois d'octobre 1853, le gousset et le coeur légers, mais armé d'une indomptable ardeur, rêvant de fortune et de gloire comme on peut en rêver avec les illusions de seize ans.

    Aussitôt arrivé à Lyon, il prit part au côncours d'entrée à l'E- cole des beaux-arts et s'y fit facilement recevoir. Bonnefond, directeur alors de l'Ecole, ne tarda pas à remarquer les disposi- tions natives et l'acharnement au travail du nouveau venu; il s'intéressa à lui, l'admit à suivre ses leçons et lui témoigna une bienveillance que l'élève eut à coeur de justifier, sauf à regimber parfois contre l'outrance académique du professeur. Le milieu tout autre où il se trouvait transplanté, l'enseignement de li- cole, les visites au musée, lui avaient ouvert des horizons en- core inconnus. Ennemi déjà de toute convention et de toute rou- tine, il se rendait très bien compte cependant de ce qui lui res- tait à apprendre II se mit courageusement à l'oeuvre. Avec

  • -5 quelle ténacité et au prix de quel labeur, il faut lire ses lettres d'alors pour l'apprécier. La situation de ses parents leur rendait lourds les moindres sacrifices : Lançon ne le savait que trop; aussi pour alléger leurs charges, son premier soin, une fois à Lyon, avait été de chercher à subvenir au moins en partie à ses besoins, en menant de front l'art et le métier, les cours du Pa- lais Saint-Pierre et la besogne d'ouvrier lithographe. A cet ap- prentissage technique il gagna quelques ressources et surtout une sûreté de plume et de crayon qui devait rester une des caracté- ristiques de son talent. Telle de ses lithographies de jeunesse, la Vue de Saint-Claude, par exemple, qui date de 1854, n'est pas indigne du futur aqua-fortiste. Ses premiers essais de peinture re- montent à la même époque rien d'antérieur à 1857 n'en sub- siste à ma connaissance.

    Une subvention de quelques centaines de francs, votée par le Conseil général du Jura, vint en 1855 accroître un peu son mo- dique budget et lui permettre de se livrer plus librement à l'étude. Sa correspondance avec sa famille nous le montre toujours assidu à l'Ecole malgré ses aspirations indépendantes, toujours épris de l'art, toujours confiant en l'avenir malgré la gêne du présent et les irritations passagères contre le sort. « Ne te décourage pas ,,, lui écrivait sa mère, en réponse à une lettre où il rappe- lait avec amertume sa devise Labor iinprobus o;nnia vincit, (c ne te décourage pas, et ajoute à la maxime qui fait peur aux fai- néants celle qui rassure les impatients Patientia liincit omnia. Je l'ai souvent à l'esprit dans mes découragements... »

    Les quatre années de son séjour à Lyon furent une période de travail opiniâtre, sans autre relâche que de courtes vacances pas- sées à Saint-Claude pour se retremper dans ses montagnes et y retrouver en les complétant se premières impressions du beau. Aux rentrées à Lyon, les cours de l'Ecole, les lithographies de commerce, les portraits et les copies de commande, les enseignes, les modèles industriels pour des fabricants de Saint-Claude ne réalisaient qu'imarfaitement son idéal ; niais il avait pour com- pensation les croquis d'après les vieux maîtres du musée et sur- tout les études d'après nature de paysage, d'animaux et de trou- piers. L'oeil et le crayon perpétuellement en éveil, partout à la recherche de la réalité surprise sous un aspect saisissant, il pas- sait du Palais des beaux-arts à la Morgue, de Guignol à l'amphi-

  • théâtre, d'une ménagerie ou. d'un cirque à une revue place Bel- iccour, d'une exécution de soldat à une prccession, enrichis- sant ainsi son bagage pour l'avenir- et peu à peu s'arrêtant aux genres où il devait se cantonner par la suite : les animaux, les scènes de la rue et les sLIjCtS nulitaires.

    En septembre 1857, il quitta Lyon i'Ecole n'avait plus de médailles à lui décerner, niais Paris restait à conquérir. On l'y retrouve quelques mois après. Admis à l'Ecole des beaux-arts (avril 1858), il entra à l'atelier Picot. Je ne voudrais point user d'irrévérence envers les maitres de Lançon ni me faire taxer d'il- lusion sur son compte.: je me demande seulement si un artiste de sa trempe dut trouver chez Bonnefond, puis chez Picot, son orientation en peinture. Le dessinateur, déjà à peu- près sûr de lui, ne subit guère leur influence et prit un libre essor ; le pein- tre, hésitant encore et cherchant sa route, ne la rencontra pas auprès d'eux. A ce tempérament de fougueuse indépendance il eût fallu autre chose que le pur enseignement académique et que la sacrosainte routine assujettissant tous les pinceaux it la même uniformité. Lançon s'insurgea bien contre cette compression de ses tendances; maintes fois même, dès ses débuts à Lyon, il ef- farouclia son classique professeur; mais les succès scolaires à ob- tenir, les médailles à gagner réclamaient de lui des concessions. Il en arriva à peindre d'abord des bandits italiens, des moines espagnols, des pastourelles sans patrie, tout le répertoire poncif dil y a trente ans. A la £n de son séjour à Lyon, il exécutait d'après la formule de l'Ecole et envoyait, l'année suivante, à l'exposition de Besançon un Moine en priére et deux Sujets - liens - je copie le livret; - au Conseil général de son départe- ment, une .Aitalal Et à quelques semaines d'intervalle, - à peine rentrê à Saint-Çlaude et livré k lui-même, il faisait de sa mère un superbe portrait dont la sincérité d'impression et la vigueur de touche contrastent singulièrement avec la fadeur prétentieuse de ses essais à la Bonnefond.

    A Paris, l'atelier Picot ne le retint pas longtemps, malgré les succès qu'il y récolta à diverses reprises. Dès la fin de 1859 ou le commencement de r86o, il annonce à ses parents qu'il ne « fréquente plus lcs écoles », et qu'il leur préfère le Louvre. Son enthousiasme pour les vieux maitres n'est toutefois pas exclusif. Les expositions, les vitrines des marchands de tableaux, avaient

  • -7— achevé de dessiller ses yeux et de liai révéler une nouvelle voie à suivre en peinture, la voie des Delacroix, des Corot, des Th. Rousseau, des Jules Dupré, des Courbet, des Millet, qui com- mençaient enfin à révolutionner sérieusement la pseudo tradition classique. La réaction, en lui, fut complète, mais elle eut les dangers de toute réaction trop vive chez un sujet mal préparé peut-être à en tirer parti. On s'explique, en tout cas, qu'au sortir des ateliers de Bonnefond et de Picot, doué comme il l'était, il ait subi la séduction de la p