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    Dieu est-il lauteur du Coran

    (Selon les historiens-thologiens)

    (Arte, 8, 9 et 10 dcembre 2015)

    (Texte crit avant le visionnage du septime et dernier pisode de la srie Jsus et

    l'Islam)

    Lhistoire est une partie dun champ global trs grand qui est le champ du savoir. Notre

    savoir est, la fois, limit et dlimit. Il est dlimit, prcisment, par ses diffrentes

    parties, ses catgories qui constituent, elles-mmes, des champs spcifiques.

    Le champ global du savoir est limit parce que beaucoup de ralits nous chappent.

    Par exemple, (mais il y en a bien dautres), lexistence de Dieu est hors du champ du

    savoir, sauf pour une catgorie extrmement particulire qui est la thologie.

    Le champ spcifique (ou discipline ) quest lhistoire concerne les choses

    passes , ce qui a t et qui nest plus.

    Il est important de noter que lhistoire ne connat quune partie des choses passes .

    Par consquent, chappe la connaissance historique :

    a) Ce qui (pour des raisons diverses) na pas laiss de traces.

    b) Ce qui est hors du champ de lhistoire

    - Dieu est hors du champ de lhistoire. Son existence, bien sr, et par consquent, ses

    ventuelles actions comme, par exemple, se faire, dune manire ou dune autre,

    lauteur dun livre.

    - La constitution dun atome dhydrogne est hors du champ de lhistoire. (Evidemment,

    aussi, toute la constitution de la matire, lapparition de lunivers, etc. Ce nest pas quon

    ne sache rien l-dessus, mais ce que lon sait appartient dautres champs du savoir :

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    la chimie, la physique sub-atomique, lastrophysique).

    L o, pour nous rapprocher de notre sujet, une confusion apparat trs facilement, cest

    quand se forgent des liaisons dangereuses, dues des parents perverties. La chimie

    nest pas lhistoire, mais la chimie a une histoire. La constitution de latome dhydrogne

    na absolument rien voir avec lhistoire, mais lhistoire sait beaucoup de choses sur la

    faon dont la constitution de cet atome a t dcouverte. Par consquent, de manire

    indirecte, certes, mais trs relle, lhistoire est tout de mme en possession de certaines

    connaissances sur la constitution de latome dhydrogne. Et ainsi de suite : lhistoire

    nest pas la musique, mais elle sait des choses sur la musique.

    Il en est de mme, videmment, avec la religion. Donc, la question de savoir si Dieu est

    ou nest pas, sil est comme ci ou comme a, sil a fait ceci ou cela, sil a dit ceci ou cela,

    tout est hors du champ de lhistoire parce que Dieu lui-mme est hors du champ de

    lhistoire. Dieu appartient la transcendance. La transcendance nappartient pas

    lhistoire. (Elle appartient, en revanche, la philosophie).

    En revanche, de mme que lhistoire connat comment la constitution de latome

    dhydrogne a t dcouverte, lhistoire peut (dans la mesure o certaines choses

    passes ne lui restent pas inconnues), lhistoire peut dire pourquoi, telle ou telle

    poque et sous telle ou telle latitude, des hommes se sont faits une certaine

    reprsentation de Dieu, tandis quavant ou aprs - et aussi en mme temps, mais

    ailleurs - dautres hommes sen faisaient une autre reprsentation.

    Revenons au travail sur Jsus et lIslam de Mordillat et Prieur

    Ce qui ma fait dire prcdemment (et je naurais de cesse que de le rpter) quil ne

    sagit pas dun travail historique, cest que cette distinction entre ce qui est lintrieur

    dun champ du savoir (la ralit historique) et ce qui est lextrieur (linterprtation

    thologique) nest pas faite. Tout au contraire, la confusion - qui est le mal absolu, en

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    loccurrence - est savamment entretenue - je pse mes termes : elle est entretenue par

    des savants, ceux que jappelle les historiens-thologiens, qui sont orfvres en la

    matire. C'est leur art.

    Cest cette confusion voulue et entretenue que jai nomm le paradigme historico-

    thologique et dont on ne peut sortir que par un autre paradigme, un paradigme

    nouveau ; or, nous savons qu'un tel changement peut faire leffet de rvolution

    pistmologique, donc se fait rarement dans la srnit, mais au contraire ncessite le

    long terme qui amortit les chocs et les dommages collatraux. Ce mlange voulu et

    trompeur dlments incompatibles entre eux est le moyen de sauver le paradigme. En

    fait, si ces lments incompatibles se trouvaient en prsence les uns des autres, dans

    des conditions normales - cest--dire hors de la frule des historiens-thologiens - ils

    sanantiraient rciproquement, comme la matire et lantimatire. Il ny aurait plus ni

    religions ni histoire des religions. Jai mis quinze ans dcouvrir cela. (Si javais pu le

    deviner, je me serais intress autre chose).

    Cet anantissement rciproque, les historiens non engags confessionnellement le

    savent trs bien, et pour cette raison - sauf exception, rare - se tiennent loigns de

    lhistoire des religions, tandis que les thologiens nont dautre choix que de faire une

    parodie dhistoire , 1ce qui est la raison pour laquelle je moppose eux et non par

    hostilit la religion qui, au contraire, mintresse fort.

    Cest dans la stratgie de ces thologiens - o lon trouve de loin en loin, tel historien

    non engag confessionnelement - que Mordillat et Prieur se sont inscrits. Ils ont ritr

    1Celle-ci peut, paradoxalement, s'appuyer sur un immense savoir. Dans la no-apologtique qui

    svit l'heure actuelle, il est constant que la fort luxuriante de l'rudition cache la redoutableprsence de l'arbre du problme. Un no-obscurantisme rampant se dissimule dans les replisd'une fausse culture. C'est l'crivain Saul Bellow qui dit : " Des trsors d'intelligence peuvent tre

    investis au service de l'ignorance quand le besoin d'illusion est profond". Retour de Jrusalem,une enqute. (1977)

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    avec lIslam ce quils avaient fait avec le christianisme. Je nai nulle intention de dmolir

    ces deux sympathiques, trs dous et dune parfaite bonne volont, saltimbanques.

    Jai seulement le projet - drisoire dailleurs, du fait de mon inexistence dans la place -

    de dfendre lhistoire, convaincu quune histoire vraie des religions en voie de disparition

    est ncessaire lmergence des religions nouvelles venir. Car les religions naissent,

    vivent et meurent comme toutes les activits humaines. Ce quoi nous assistons, cest

    la fin des trois monothismes classiques et la prparation dun nouveau syncrtisme,

    tant la soif dabsolu est inextinguible chez lhomme.

    Parlant de nouvelle religion, je ne me prends nullement pour son nouveau prophte (sort

    peu enviable, gnralement). Mme pas pour le Zorro de la nouvelle histoire (quoi

    que, dans ce champ, un rel besoin se fait sentir). Mais, afin de navoir pas travaill pour

    rien, jaimerais que mes remarques soient parfois prises en compte par les spcialistes

    (qui les rejettent, allergiquement). Ce nest pas dramatique. La connaissance nen

    souffrira pas. Contrairement limpression que je donne au public non averti, je ne suis

    pas seul penser comme je pense. Donc, la connaissance progresse. Le no-

    obscurantisme capitulera. Mais serais-je seul, je ne craindrai pas de dire aux historiens-

    thologiens - mme si, au niveau du savoir, je ne leur arrive pas la cheville - leur dire

    quils ont tort et que jai raison. En toute simplicit. Ce sont des dinosaures. Ils sont en

    voie de disparition. Requiescant in pace.

    Jen ai bientt fini. Je souhaite une bonne soire tous ceux qui regarderont un peu

    plus tard la troisime mission sur Jsus et lIslam, plutt agrable par bien des aspects.

    Mais avant, jajouterai encore que cette critique ne porte pas seulement sur le dernier

    pisode o lon se demande (faussement ingnument) si Dieu est lauteur du Coran. En

    fait, la confusion entre la thologie et lhistoire est omniprsente. Tout historien-

    thologien devrait tre arrt chaque instant o il parle. Mme quand ce qu il dit -et

    cest souvent le cas - est historiquement exact. Le problme est la conclusion que, ce

    faisant, il prpare et comment il va utiliser des donnes historiques relles pour faire

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    admettre - ou conduire vers - des croyances qui nont pas leur place en histoire et

    auxquelles le croyant devrait parvenir par dautres moyens que l'histoire. (Ce serait bien

    meilleur pour eux et pour la religion) .

    Tout ce que je viens dcrire, jaurais pu lcrire propos de la premire mission,

    traitant de la rsurrection de Jsus, nie par le Coran.

    De mme que la question de Dieu, auteur dun livre, est hors du champ de lhistoire, de

    mme la question de savoir si un homme mort, ressuscitant peu aprs et apportant

    ses compagnons, par cette rsurrection, la preuve quil est Dieu-le-fls, gal de Dieu-le-

    pre. Par contre, ce qui est du ressort de lhistoire, cest de dire pourquoi, au temps de

    Jsus, certains hommes peuvent croire que certains autres hommes ressuscitent. Non

    seulement, cest du ressort de lhistoire, mais cest son devoir et cest, prcisment, ce

    que les historiens-thologiens (et assimils) cachent avec la plus extrme

    dtermination.

    De mme, il est du devoir de lhistoire de faire remarquer que si les Arabes du temps de

    Mahomet qui se trouvaient proches des juifs chrtiens avaient continu croire la

    rsurrection de Jsus, alors ils croyaient ncessairement que Jsus tait Dieu, ils ne

    pouvaient donc croire un nouveau prophte suprieur cet homme-Dieu et ils ne

    pouvaient pas croire une nouvelle religion, plus vraie que la prcdente. Dailleurs,

    cest toujours le cas. Bon courage aux bnvoles du dialogue inter-religieux. Cest le

    devoir de lIhistoire de dire que lIslam nie la rsurrection de Jsus non pas pour des

    raisons dinterprtation de tel ou tel passage de livres supposs historiques et

    fondateurs. Cest pour des raisons thologiques et cest toujours aujourdhui le cas,

    quoiquil en soit des prouesses acrobatiques interprtatives que la thologie inspire

    abondamment. Si lIslam naissant avait cru que Jsus tait Dieu, lislam ne serait pas

    n.

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    Pour ces raisons, et bien dautres, (sur lesquelles je reviendrai plus tard, ) je ne peux

    videmment considrer le travail de Mordillat et Prieur comme un travail historique. Il

    sagit dune exgse thologique classique, fonde sur une histoire dtourne et se

    prtendant (trs faussement) critique (comme cest, normalement, la fonction de

    lhistoire), une histoire qui, en ralit occulte la critique. Ce nest pas de lhistoire.

    Paradoxalement, cest la ngation de lhistoire. Il ne faut pas en faire grief Mordillat et

    Prieur. Comme pour les origines du christianisme, ctait cela ou pas dmissions du

    tout. (Je me demande, dailleurs, ce qui est prfrable, mais peu importe).

    Bien dautres expriences mont fait dcouvrir que lhistoire nest pas bienvenue en

    sciences des religions - moins bien entendu - et, dans ce cas, on la revendique

    grands cris - quelle ne soit sous lentier contrle des historiens-thologiens.

    jpylg

    10 dcembre 2015

    https://christianisme-primitif-et-paradigmes.ouvaton.org