Enfants Du Diable Jean Pierre Petit

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    04-Jul-2015

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<p>Les Enfants du Diable</p> <p>1/j/aa</p> <p>1</p> <p>LES ENFANTS DU DIABLE Jean-Pierre PETIT Ancien Directeur de Recherche au CNRS</p> <p>L'essentiel de ce livre a t crit en 1986. Il avait t command par un grand diteur Franais qui, au dernier moment, refusa de le publier, sans doute pour deux raisons. Soit il ne crut pas aux rvlations qu'il contenait, soit il fut effray par ce qu'il trouva dans ce manuscrit. Je l'ai complt par quelques informations rcentes. En 1976 je connaissais les grandes lignes du projet Guerre des Etoiles, qui ne fut port la connaissance du grand public que quinze ans plus tard. Depuis l'effondrement de l'URSS le public a tendance croire que le danger thermonuclaire s'est loign. Il n'en est rien, et, aprs lecture, le lecteur verra que les choses sont devenues pires encore. En tant que scientifique il est de mon devoir de tenter d'ouvrir les yeux du public. Les savants du monde entier ont vendu leur me au diable, comme Faust, c'est tout.</p> <p>Ce livre est ddi mon ami le scientifique Vladimir Alexandrov, assassin Madrid en 1985 par les services secrets, sur ordre du lobby militaro-scientifique.</p> <p>Les Enfants du Diable</p> <p>1/j/aa</p> <p>2</p> <p>PROLOGUE Troie devait disparatre, elle ne pouvait chapper son destin. Dociles, les troyens travaillaient donc leur propre perte. Ils avaient ainsi envisag d'abattre un des pans de leur forteresse pour y faire entrer l'norme cheval roulettes abandonn par les grecs devant les portes de la ville. Tout se droulait comme prvu. Mais Cassandre suspecta un coup fourr : - Timeo danaos et dona ferentes. Je crains les grecs, surtout quand ils font des prsents, disait-elle. Cassandre, fille du troyen Priam, avait reu d'Apollon le don de prdire l'avenir, condition de se donner au dieu. Elle dcrivait le futur de Troie, sans retenue, dans les rues de la cit, et les dieux en furent agacs. Quelqu'un voulait contrarier le plan, faire drailler le destin, peser sur l'avenir de la ville. Impensable. ... - Aucune inquitude, dit Apollon, cette idiote a refus de coucher avec moi, aussi ai-je jet sur elle une maldiction : personne ne la crot. Les dieux s'esclaffrent. Il devenait fort divertissant de voir cette pauvre fille dcrire dans une indiffrence gnrale le perte des Troyens, hommes, femmes, enfants et la mise sac de la ville. En la voyant certains haussaient les paules ou pointaient leur index sur leur tempe en assortissant ce geste d'un mouvement de vissage. Certains, plus cultivs, disaient "qu'elle avait le syndrome de la catastrophe". Mais l'enchantement d'Apollon ne semblait cependant pas parfait. Zeus s'en inquita : Dis-donc, Apollon, Je suis dsol, mais cela ne marche pas cent pour cent, ton truc. Elle a russi convaincre Laocoon, son frre, et le fils de celui-ci. Laocoon, prtre au temple, tait un intellectuel. En rflchissant il avait fini par conclure que cette histoire de cheval n'tait pas claire. Il le disait et, lui, on l'coutait. C'tait embtant et a risquait de tout flanquer par terre. Les dieux dcidrent d'employer les grands moyens. Sur leur ordre des serpents monstrueux sortirent de la mer toute proche, se jetrent sur Laocoon et sur son fils, et les touffrent. On connat la suite. Je ddie ce livre toutes les Cassandres et tous les Laocoons de la Terre.</p> <p>Les Enfants du Diable</p> <p>1/j/aa</p> <p>3</p> <p>LIVERMORE Au printemps 1976 les Etats-Unis vivaient le bicentenaire de leur indpendance. La Science tait encore belle et bonne et de nombreux temples lui avaient t consacrs dans le pays o on s'apprtait clbrer l'vnement avec faste. A cette poque j'arrondissais mes fins de mois au CNRS en faisant de temps en temps des articles pour la revue Science et Vie. Philippe Cousin, son rdacteur en chef, me dit un matin : - J'ai envie de faire quelque chose sur ce bicentenaire dans le numro d't. Si tu veux, je t'envois aux Etats-Unis. Tu essayes de me faire le point sur quelques ralisations scientifiques de pointe du moment. Je te laisse libre de tes points de chute l-bas. Je fis donc ma valise et m'envolais vers les Amriques. Avant de partir, un ami m'avait vivement conseill d'aller voir les lasers du clbre laboratoire de Livermore, en Californie. - Personne ne les a jamais vus. Ce sont, parait-il, les plus puissants du monde. Essaie de t'en approcher. C'tait excitant. Quatre jours plus tard, m'offrant une escale de vingt quatre heures pour digrer le dcalage horaire, je dambulais dans les rues de San Francisco. C'tait la seule grande ville qui exerait sur le visiteur occidental un charme immdiat. Boston faisait bon chic bon genre. A New York on avait l'impression d'tre dans une fosse ours aux parois vertigineuses qui ne dcouvraient qu'une maigre bande de ciel. Mais Frisco voquait encore le livre de Jules Vernes, vingt mille lieues sous les mers, ou Moby Dick. Les lions de mer s'entassaient sur les jetes. Sur les quais qui sentaient le poisson mouillaient des armadas de petits bateaux de pche et avec un peu d'imagination on aurait pu s'attendre croiser le capitaine Achab, martelant le sol de sa jambe de bois. La ville ressemblait du papier gaufr tant son sol avait t travaill par les tremblements de terre. Elle tait pleine de trous et de bosses. Il tait conseill d'utiliser les clbres tramways cble qui taient l-bas plus une ncessit qu'un attachement au folklore. Le port sentait l'iode et le poisson. Dans les boutiques des quais on trouvait encore des sirnes empailles et des diseuses de bonne aventure. Il existait une choppe o on vendait toutes sortes d'trangets. Son ancien propritaire tait un vieux chinois extrmement maniaque qui, avant de mourir, avait voulu laisser au monde une image parfaite de lui-mme, en cire. Afin d'accrotre le ralisme il avait abandonn toute sa pilosit, s'arrachant dans ses derniers jours cheveux et poils de barbe pour les sceller dans la cire chaude.</p> <p>Les Enfants du Diable</p> <p>1/j/aa</p> <p>4</p> <p>A ct de cette reprsentation grandeur nature de l'ex-propritaire se trouvait une diseuse de bonne aventure, galement en cire. Habille en gitane, elle plongeait un regard fixe dans une sphre de verre pose devant elle et dans cette boule s'agitait un petit personnage, sorte de Merlin l'enchanteur habill d'un long manteau. Il semblait rpter l'infini les mmes gestes. On ne voyait ni cran, ni systme optique apparent et l'image en relief du personnage ne se formait pas sur les parois de la boule mais carrment en plein milieu, comme si elle tait suspendue dans l'air. Je voyais l mon premier hologramme. 1 Je rentrais dans la boutique pour connatre mon avenir mais la gitane avait cette fois laiss place un ordinateur. Un prpos, visiblement dnu de tout pouvoir divinatoire, entrait machinalement son clavier quelques renseignements sur la date de naissance, le sexe, etc.. Puis, quelques secondes plus tard, une imprimante exprimait bruyamment l'oracle demand, le tout pour un dollar. La posie cdait le pas l'efficacit. Dans un autre coin de la boutique une camra digitaliser permettait contre une somme modique de se faire tirer le portrait, toujours grce l'ordinateur, en reproduisant vos traits sur le papier l'aide d'une adroite combinaison de caractres alphabtiques. Bien sr, aujourd'hui toutes ces choses sont monnaie courante, mais l'poque elles avaient de quoi surprendre le visiteur, mme scientifique averti. Il existait aussi San Francisco un clbre magasin de verrerie. Dans la vitrine la lumire se rflchissait l'infini dans d'normes blocs de verre brut subtilement teints. L'un d'eux, mesurant un bon demi mtre de diamtre, semblait d'une homognit et d'une qualit parfaite. Un vendeur m'expliqua que la teinte rostre tait due la prsence d'une impuret, d'une "terre rare", le nodyme. - Du verre dop au nodyme ! n'est-ce pas le matriau qu'on utilise dans les lasers ? - Oui, et nous le fournissons en quantit apprciable aux gens du Lawrence Livermore Laboratory, nos voisins. Le lendemain soir un petit bimoteur blanc m'emmena vers ce laboratoire o fut mise au point et assemble, sous la direction du Folamour amricain, Edward Teller, la premire bombe hydrogne.. Il appartenait une compagnie qui faisait avec cet unique appareil la navette entre Frisco et ce coin de dsert. L'avion tait si petit qu'il passait sans encombre sous les ailes de ses grands frres les Boeing 747. Aprs l'atterrissage d'un de ces gants nous dmes attendre quelques minutes que s'apaise le puissantHologramme : enregistrement sur une plaque photographique de l'image interfrentielle d'un objet clair par laser. Ce mme film, de nouveau clair par laser, produit une image "tridimensionnelle" qui semble flotter dans l'espace.1</p> <p>Les Enfants du Diable</p> <p>1/j/aa</p> <p>5</p> <p>brassage d'air qu'il avait cr, prcaution sage pour viter de se retrouver sans crier gare cul par dessus tte au moment du dcollage. Je couchais dans un motel triste proche du minuscule aroport. Le lendemain le charg des relations extrieures vint m'y cueillir et je lui tendis mes lettres d'introduction.</p> <p>Janus. Livermore tait l'chelle amricaine, immense. Ca n'tait pas un village mais une ville avec ses rsidences, son march et ses usines dcouvrir. Tout ne vivait ici que pour et par la science. Nous franchmes un portail, puis un autre. - Je vais vous prsenter au professeur Alstrm, le responsable du projet laser de puissance. - Alstrm ? mais je le connais trs bien, quelle concidence ! Il y a onze ans, en 1965, il avait travaill dans le mme laboratoire que moi, l'Institut de Mcanique des Fluides de Marseille. A l'poque l'aventure des lasers dbutait. Il tait venu passer quelques temps chez nous pour nous apprendre les construire. C'taient alors des petits tubes en verre emplis d'un mlange de gaz rares. On les fermait par deux miroirs dont on pouvait rgler l'orientation et dont l'un tait semitransparent. L'nergie tait apporte par une petite dcharge lectrique, dispense par deux lectrodes latrales. Aprs avoir tripot quelques minutes les vis de rglage des miroirs, on trouvait la bonne orientation, crant la "cavit rsonante". Un fin rayon rouge jaillissait alors comme une flche de sang. Les uns aprs les autres les membres du laboratoire taient venus voir cette lumire nouvelle qui ne se dispersait pas. A des dizaines de mtres elle formait toujours sur une feuille de papier une tache presque ponctuelle. Je me souviens d'un tudiant qui travaillait dans ce laboratoire la fin des annes soixante, un certain Bernard Fontaine et qui, suivant les indications d'Alstrm, avait mont ces bbs lasers. Ses gestes saccads entraneraient souvent des bris de matriel. Il oprait dans un dsordre assez remarquable, ce genre de dsordre organis dans lequel travaillent souvent les chercheurs et dont la structure ne saute pas aux yeux. Un jour cet animal avait voulu fabriquer un laser fonctionnant avec du cyanure de potassium. Sur le papier cela avait l'air formidable mais, soucieux de rester en vie, tous les membres du laboratoire avaient vivement protest pour qu'il abandonnt cet inquitant projet, ce qu'il fit, fort heureusement pour nous. Aujourd'hui ses gestes sont devenus moins vifs, il a perdu quelques cheveux et, toujours entre deux avions, dveloppe des</p> <p>Les Enfants du Diable</p> <p>1/j/aa</p> <p>6</p> <p>lasers ultra-violet pour les militaires, les futurs laser de la guerre des toiles. Je reconnus Alstrm de loin ses cheveux trs clairs. - Alors, me dit-il, votre cher patron, le professeur Valensi, que devient-il ? Est-il toujours aussi tyrannique ? - Plus que jamais. Mai 68 lui est pass sur le dos comme de l'eau sur les plumes d'un canard. Comme pas mal d'autres j'ai fini par quitter son laboratoire car il nous faisait une vie vraiment impossible l-bas. - Aux Etats-Unis les choses sont loin d'tre parfaites et souvent dans les labos c'est un peu le western. Mais en France vous avez une qualit de rapports assez particulire, un peu.. mdivale, non ? - C'est en train de changer. Beaucoup de mandarins sont repartis au vestiaire et les jeunes loups commencent s'organiser entre eux. Des bandes se forment. - C'est ce qu'on appelle la dmocratie, mon cher. Pendant qu'Alstrm me conduisait dans son bureau je me souvenais trs prcisment du premier jour o j'avais entendu parler de recherche. C'tait dans la maison de campagne du comte de Guimereu, en Normandie. Celuici avait coutume de prendre de temps autre des intellectuels en pension pour le week-end, ce qui lui donnait l'impression d'tre intelligent. Ce jour l il avait invit le journaliste de l'Express Jean-Franois Revel, pas trop l'aise d'ailleurs dans ce milieu assez snob. Trs excit par cette vedette de l'poque, le comte, afflig d'un lger bgaiement, arpentait les couloirs en rptant son propos : "son cerveau est un vritable ca-canon de soixantequinze". J'imaginais un intellectuel au sourcil fronc, un canon plant au milieu du front, dans un dessin la Daumier ou la Robida, et je me disais que cette image n'tait peut-tre pas si mauvaise, aprs tout. Dans les salons du comte se trouvait un homme laid et maigre et j'appris qu'il s'agissait du mathmaticien Kreisl. Je savais qu'il avait pass la guerre Londres o il avait soigneusement calcul si les pontons du dbarquement pourraient rsister l'assaut des vagues Normandes. Je l'abordais. - En quoi consiste votre travail ? - En bien je fais de la logique mathmatique. Je suis cens appartenir l'universit de Princeton, aux Etats-Unis, dans le New Jersey. Mais en fait je n'y mets jamais les pieds, sauf une fois par an, au moment de la "recollection", lorsque le dean fait son discours devant tout le staff runi. L il faut absolument tre prsent, sinon cela fait mauvaise impression. - Mais, le reste du temps, que faites-vous ? -Je me promne dans les universits europennes et je saute les petites tudiantes. De temps en temps je fais un thorme pour qu'on me foute la paix.</p> <p>Les Enfants du Diable</p> <p>1/j/aa</p> <p>7</p> <p>- Mais la recherche, a consiste en quoi ? - Mon cher, c'est celui qui vole le premier. J'avais une vingtaine d'annes l'poque et l'ide de m'enfermer dans un bureau ou dans une usine ne me souriait gure. Cette brve rencontre dans ce salon Normand fut dcisive et tout ce que je fis pendant les annes suivantes visa me permettre de rentrer dans ce club assez ferm. Je retrouvais Guimereu au milieu d'invits. Toujours bgayant, il leur disait avec une lueur de ravissement dans le regard : - Kreisl m'a dit qu'il avait trou-trouv ce week end un th-thorme essentiel. Je me dis que l'autre avait du lui sortir cela pour le payer de son caviar et de son poulet aux morilles. Je racontais l'anecdote Alstrm, qui rit aux clats. - Il faut bien se vendre d'une manire ou d'une autre. Il donna quelques coups de fil pour que je puisse visiter ce qui appelait le "temple". Par la fentre du bureau on apercevait un long btiment noir comme du jais. - Va voir l'hydre, elle se trouve dans ce building, l-bas. Le labo d'Alstrm ressemblait effectivement un long paralllpipde noir pos sur le ct, semblable au monolithe d'Arthur Clarke. Il n'y avait aucune fentre et l'architecte l'avait entirement recouvert de plaques de verre pour de simples raisons dcoratives....</p>

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