Jean-Luc PETIT   Libert©, j'ignorais tant de Toi, quatri¨me livre publi© par Jean-Luc Petit, premier

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  • Jean-Luc PETIT

    Libert, jignorais tant de Toi

    Ebook

    Sortie : 21 septembre 2011

    A quelques minimes corrections prs, ce

    roman numrique reprend la version

    papier du livre publi en janvier 1998

    (ISBN 2-9506158-3-X

    EAN 9782950615831)

    Ce premier roman est encore parfois

    considr comme "le meilleur roman ayant t auto-dit en France." L'auteur est pourtant persuad d'avoir depuis

    publi des textes plus justes au niveau de

    l'approche romanesque mais il n'est peut-

    tre le mieux plac pour juger de son

    uvre !

  • Libert, j'ignorais tant de Toi, quatrime livre publi par Jean-Luc Petit, premier roman, roman de formation du

    hros, roman qui ne se contente pas de raconter une

    histoire, conscient de la grandeur de cet art vers lequel

    convergent tous les genres, conte, nouvelle, essai,

    posie, thtre...

    Cadre dynamique, rgulirement accompagn, tout, apparemment,

    "pour tre heureux." Pourtant, vingt-cinq ans, retrouver Mathieu,

    l'ami d'adolescence, bouleverse cet quilibre, Jel croit encore

    pouvoir prendre ses rves pour la ralit, il veut devenir riche, trs

    riche, et rapidement. La vie des Hommes se joue souvent sur

    quelques dcisions cruciales, aprs qui peut, qui sait encore

    s'arrter, ne pas se laisser emporter par les vents ?...

    La promotion sociale, le grand Amour, l'Amiti, la Littrature,

    l'argent, l'alcool, la flemmardise, la dlinquance, le vedettariat, la

    tendresse des filles, le pouvoir, le paratre et la gloire, la

    paternit... Derrire chaque objectif l'envie d'exister, tre quelqu'un, ne pas vgter dans la routine, atteindre la Libert. Mais qu'est-ce que la Libert ? Notre hros, avec rgulirement

    la bouche ces trois syllabes, le sait-il lui-mme ?

    Qu'est devenue la gnration glorifie morale en 1986 ? Rattrape engloutie par la sinistrose le sida la tlvision et la

    crise conomique, se plat-on conclure facilement, cette

    gnration aborde la trentaine, Jean-Luc Petit a trente ans, et

    une uvre cohrente loin du monde de l'dition mondaine

    parisienne prend forme.

    Extrait offert par le site http://www.jean-lucpetit.net

  • Libert, jignorais tant de Toi

    Premire Partie

  • I

    L'euphorie de sentir proche l'instant idal pour placer le speech

    mrement labor et jug gnial, rveille chez Jel le sourire

    dclar carnassier par ses collgues, quand gravir la hirarchie le

    dmangeait, il savoure d'avance le ncessaire "c'est d'accord" d'un

    Mathieu ralli sa dmesure, presque draison, alors ils

    s'enlaceront et cette accolade scellera leurs retrouvailles, leur, son

    triomphe ; il jubile, certain de son fait, et cela vaut bien quelques

    risques, quelques arrangements avec la lgalit : voici le temps de

    la Libert.

    - Comment peux-tu te satisfaire de cette petite vie galre, entre

    tlvision, stress, horaires, embouteillages et traites honorer ? A

    vingt ans on rvait d'autre chose...

    Bien sr qu' vingt ans les insparables rvaient. Du pays de

    cocagne ! Pourtant, BTS en poche, Jel signa chez Gropassur, la prospre compagnie d'assurance Arrageoise ; contrat dure

    dtermine, huit mois, renouvelable pour une mme priode en cas

    d'entente, programme avant l'arme puis retour pour le vrai grand

    bail (plan de carrire dj dfini). Sa mre rayonnait : son fils avait

    "une belle place" ; une fiche de paye qui impressionna Mathieu au point de lui faire regretter son enttement pass prfrer les

    bistrots aux cours. Nanmoins sa situation apparaissait correcte :

    commercial d'une chane d'approvisionnement asiatique, charg de

    fourguer des nanars aux grandes surfaces ; pas une sincure mais

    la possibilit d'obtenir un salaire dcent en cas d'objectifs atteints.

    Malgr quelques conneries, "de jeunesse", ils taient "sauvs", sur

  • le droit chemin.

    A l'poque de cette thtrale dclamation, pour justifier excuser

    ses "saisons en enfer", ses annes petit bureaucrate mticuleux, notre cher jeune homme accusait le conditionnement mercantile,

    cynique, frileux, dcadent. Fric et esbroufe triomphaient,

    blouissaient, allchaient, les eighties s'achevaient, exhibaient valeurs-pacotille et russites rapides, les notables proraient sur la

    conjoncture conomique : c'tait dj la crise, consquence

    regrettable, quoiqu'invitable, de la mondialisation (des changes),

    providentielle crise alibi. Ainsi les derniers arrivs, diplms sans

    exprience, devaient rviser la baisse leurs prtentions ou

    s'investir fond. L'idal conservateurs, une socit fige,

    s'installait : les bons sujets rvraient les patrons, messies sans

    miracle des mgalopoles en mal d'emplois. Et le conformisme

    ambiant conseillait, naturellement pour le bien des no-pions, de

    remiser au rayon distractions juvniles les apparats d'un autre ge,

    cheveux longs et barbe gainsbardique. Il convenait d'intgrer les

    rgles et impondrables, ce qui, finalement, prsentait des

    avantages, prtendaient des quadras bedonnants et cravats, vieux

    de la vieille "dsabuss", toujours partants, durant les pauses-caf ou apritifs du vendredi, pour ressasser gaiement leur fantaisiste

    mai soixante-huit, rgulirement catalogu leon de l'histoire,

    mythe collectif dont le contrecoup gaulliste russit convaincre

    une gnration, puis ses suivantes, que toute vellit

    rvolutionnaire est inutile, l'chec condamne.

  • II

    Leur amiti, videmment, tait voue s'tioler : le cercle

    d'accointances du cadre appel viser l'estampille "suprieur" et

    celui d'un simple V.R.P. priv de perspectives ne sauraient se

    concilier longuement. Chacun sa vie, chacun son chemin,

    rsumaient, par exprience, ses collgues, volontiers condescendants envers le petit dernier. Logiquement, plus tard, ils auraient toujours t ravis de se revoir mais intervalles

    rgulirement plus espacs puis sans le provoquer et en comblant

    l'amenuisement croissant des sujets de conversation par la

    nostalgie du bon vieux temps et les vannes avaries. Oiseaux de

    mauvais augure !

    Ils se prtendaient pourtant insparables, potes jusqu'au dernier

    whisky. Preuve supplmentaire, signe du destin, ils avaient sign

    leur contrat le mme jour, puis tran les troquets, entonnant socit tu m'auras pas ds l'ivresse. Chaque soire de leur premire quinzaine driva invariablement ainsi. Ils juraient de ne

    jamais changer, ne jamais se laisser rcuprer, endoctriner, ni

    risible petit chef ni fayot frustr. Croix de bois, croix de fer, si

    j'embourgeoise j'vais en enfer. Mais le lundi suivant Jel dcouvrait

    la spcialit maison, servie par Thrse, la directrice informatique :

    le savon ; menaant d'abrger sa priode d'essai elle exigeait "des yeux dessills et un cerveau oprationnel ds huit heures" ; s'affirmant humaine et tolrante Sa Saintet daignait accorder un

    sursis, tout en le prvenant du "caractre potentiellement prjudiciable de certaines frquentations." Ce style l'impressionna ! Enfin quelqu'un qui s'exprime en bon franais. Pas suffisant pour

    le convaincre, l'envie de claquer la porte montait, elle se prend pour qui la bovine. - Je vous dis cela pour votre bien, et je vous crois suffisamment

    intelligent pour le comprendre.

    Son visage refltait la sincrit, la gentillesse, l'coute, le bien de

    l'humanit ; si c'tait une femme elle me trouble.

    La crainte de ne pas retrouver ailleurs d'aussi avantageuses

  • conditions financires, l'impression d'avoir rellement exagr et

    la peur de devoir rentrer et annoncer ce drame achevaient de le

    calmer : termines les vires en semaine.

    - Non, j'suis pas un lcheur, a m'fatigue trop, et mon foie

    commence me jouer des tours, et j'vais t'dire frre, j'ai rflchi,

    ce job c'est ma chance. Ouais j'suis srieux, j'ai compt, si

    j'dpense pas trop et que j'place le reste en bourse, si a flambe

    comme maintenant, jackpot. J'bosse quelques annes et ensuite

    j'peux vivre de mes rentes. J'ai trouv le bon filon ! Gnial mon

    plan ! Tu sais on changera pas le systme alors mieux vaut en

    profiter. Mme Renaud s'est rang, alors. Mais on change pas,

    nous sommes les extraterrestres d'une plante poubelle, on fait

    juste semblant, pour l'oseille. C'est le grand secret frre : faire

    semblant pour niquer ceux qui veulent nous baiser.

    Et la sacro-sainte runion informelle du lundi matin, occasion

    remarques, l'assagissait encore un peu plus : dimanche rimerait ds

    lors avec repos, dcompression, batteries recharger.

    Et sa paye rapidement lui sembla drisoire, celle de Thrse,

    mme s'il ne la connaissait pas exactement, lui donnait l'eau la

    bouche. Et comme pour tre augment un travail correct ne suffit

    pas, il s'investit fond (et fayota).

    Moins vivace, sur la pente descendante ?, leur complicit

    s'interrompait plus rapidement que "prvu", n'apparaissait plus

    suffisamment importante pour hypothquer ce qu'il pensa tre

    l'amour de sa vie, l'incarnation de ses esprances d'tre enfin

    quelqu'un (si elle m'aime c'est que je suis quelqu'un de bien).

    Assise l'indienne sur une baffle, congdiant d'un sourire divin les

    dragueurs, elle resplendissait, l'hypnotisait, son visage, ses yeux,

    sa silhouette, rappelaient tellement Isabelle, la vaporeuse sylphide

    rencontre le samedi aprs la trahison de son premier amour, la desse qui ne fut qu'un mirage, une srie de slows colls, baisers

    goulus, dcouverte de l'utilit des banquettes d'une voiture, et

    l'aveu final :