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John Maynard Keynes-Essais Sur La Monnaie Et l'Économie -Payot (1990) (1)

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John Maynard Keynes-Essais Sur La Monnaie Et l'Économie -Payot (1990) (1)

Text of John Maynard Keynes-Essais Sur La Monnaie Et l'Économie -Payot (1990) (1)

  • Essais sur la monnaie et l'conomie

  • Du mme auteur aux ditions Payot

    Thorie gnrale de l'emploi, de l'intrt et de la monnaie, 1988.

  • p Petite Bibliothque Payot

    John Maynard Keynes Essais sur la monnaie et l'conomie Les cris de Cassandre

    Traduction et prsentation de Michel Panoff

  • Cet ouvrage (Essays in Persuasion, Rupert Hart-Davis, Londres) a t publi pour la premire fois en 1971 dans la Petite Bibliothque

    Payot. La prsente dition en reprend le texte intgral.

    1971, ditions Payot pour l'dition en langue franaise.

  • Avant-propos du traducteur

    Tout le monde est keynsien : axiome. Y compris le prsident Antoine Pinay? Y compris le libral Milton Friedman, qui un robuste mpris pour les chichis scientifiques permettait de nier rcemment encore que la crise montaire actuelle (aot 1971) ft la crise du dollar?

    Et pourquoi pas, en effet? Il n'est pas trop difficile d'accommoder Keynes toutes les sauces en redcou-vrant point nomm l'article posthume o il soulignait la permanence de certaines vrits nonces par les classi-ques et recourait la mtaphore de la main invisible pour dcrire les mcanismes autorgulateurs de l'cono-mie. La redcouverte se veut adroite; elle est plutt nave, car l'homme que l'cole librale affecte de revendi-quer maintenant pour mieux l'enterrer, n'a jamais fait mystre de ses convictions relatives aux forces naturelles de l'univers conomique. En tmoignent par exemple les essais runis ici. Et puisque c'est propos des phno-mnes montaires que la controverse entre partisans du volontarisme et partisans de l' automatisme est la plus vive, il sera fort utile de voir comment Keynes dfinit sa position dans les chapitres consacrs l'talon-or et la crise de la livre sterling. Quant l'ide de recon-natre en lui un hrtique repenti, il suffira de lire La fin du laissez-faire pour en mesurer toute la frivolit.

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  • Ni orthodoxe malgr les honneurs dont fut accompa-gne la fin de sa vie (1), ni communiste au rebours de ce que peuvent imaginer de nafs Texans, il demeure inclas-sable, tout en servant d'idole ou d'pouvantail quicon-que a besoin de sa renomme pour sermonner autrui. S'il est devenu si populaire, n'est-ce point la preuve qu'il est dpass ? On l'entend dire parfois dans les milieux d'conomistes professionnels. A une poque o beau-coup se croiraient dshonors d'tre aperus au volant d'une auto de l'anne dernire, il est gnant de se rfrer fi. un homme mort il y a vingt-cinq ans et dont la grande uvre, La thorie gnrale, fut conue au lendemain de' la Grande Crise. Parler de lui dj comme d'un clas-sique de la science conomique, n'est-ce pas galement le desservir auprs de ceux qui n'ont d'oreilles que pour l'efficacit et demandent qu'on leur fournisse des solu-tions toutes faites aux problmes d.e l'heure? Mais si l'on voit bien, en croire du moins les garagistes, ce qu'il y a de prim dans le modle tant et tant des Automobiles Untel, il est en revanche fort malais de dire par qui Keynes a t dpass. Il ne suffit pas de renvoyer, d'un mouvement de plume et d'un clat de voix, hommes et uvres la maison de retraite des vieux serviteurs de l'Histoire; encore faut-il pouvoir avancer des noms la place. Si dignes qu'ils soient des suffrages du comit Nobel, Tinbergen et Samuelson sont d'minents spcia-listes dont la russite est d'un autre ordre. Qu'on prenne la peine de parcourir les Collected Pa pers (d. Styglitz) du second, par exemple, pour s'en assurer.

    S'il subsistait encore quelques doutes, le dsarroi qui se manifesta ds le commencement de la crise montaire actuelle ne devrait pas manquer de les dissiper en faisant sentir chacun qu'il nous manque prcisment un Keynes

    (1) Titre de haronet, nomination au poste de Gouverneur de la Banque d'Angleterre, etc. Pour plus de dtails, voir la biographie de R. F. Harrod.

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  • en ce moment. O se trouve-t-il donc l'esprit capable d'oprer les synthses fcondes rclames par les tho-riciens, et capable aussi de guider l'action dans les pro-chaines annes? Que voyons-nous en effet parler ou se taire au nom de l'conomique? Des experts et de hauts fonctionnaires, dont les noms sont chuchots dans l'atmo-sphre feutre entourant les centres de dcision, comme ceux de grands mdecins appels en consultation auprs d'un monarque. Leur utilit est indiscutable. Cependant, le coup d'il du clinicien ni l'agilit manuelle du chirurgien ne sauraient remplacer les crits d'un Claude Bernard ou d'un Jacques Monod. En attendant que nous soit donn un second Keynes, le premier de ce nom demeure, et non point seulement comme un buste laur que saluent des professeurs fatigus. Les essais prsents ici le feront voir.

    Hormis les deux derniers, tous ces textes sont des crits de circonstance, et qui plus est, des crits dicts par les circonstances les plus pressantes. Imagine-t-on produc-tions de l'esprit qui risquent davantage de dater ? La priode o ils virent le jour, la dcennie de 1920 1930, est rvolue, les difficults conomiques qui firent le dses-poir de ses contemporains ne se reproduiront plus, et les remdes qu'il prconise sont dsormais - grce Keynes justement! - connus de tous. Voil ce qu'on pour-rait penser avant d'ouvrir ce petit recueil, auquel il res-terait pourtant la valeur d'un tmoignage de premire importance pour l'histoire conomique de l'entre-deux-guerres, cette histoire si passionnante et si ddaigne, comme le dit Alfred Sauvy (1). Or, il n'en est rien. A croire que, sur les sujets de l'inflation, du rle de l'or, des mcanismes montaires, les Franais de 1971 sont affligs de ce que les psychanalystes appellent le retour du refoul , tant les ides et les prjugs que combattait

    (1) Dans Histoire conomique de la France entre les deux Guerres, tome l, p. 78.

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  • Keynes huit ou neuf lustres plus tt fourmillent de nou-veau dans les journaux et les discours politiques. Si le vu de Keynes de voir la volont humaine corriger, peut-tre mme remplacer le jeu des forces naturelles dans la rgulation des mouvements montaires, est au-jourd'hui assez largement ralis, la controverse volon-tarisme contre automatisme n'en a pas moins recom-menc dans les mmes termes qu'entre 1923 et 1931. Qu'on se rappelle tout ce qui a t dit, depuis le mois d'aot 1971, sur le rajustement des grandes devises les unes par rapport aux autres et par rapport l'or, et que l'on considre comment les chapitres IV VII de ce volume clarifient le dbat. On pourra mesurer ainsi la profondeur rellement atteinte par l'influence de Keynes dans l'esprit de nos contemporains, et on verra, du mme coup, ce que signifie l'axiome : tout le monde est keynesien.

    L'actualit que conservent ces textes, ou qu'ils ont retrouve, et la justesse des prvisions qu'on y lira, ne doivent pas nous faire oublier que les faits allaient s'insurger contre l'optimisme, au reste plutt modr, qui visait rassurer les Anglais de 1931 lisant La fin de l'talon-or . En effet, Keynes annonait que la dva-luation de la livre sterling serait bnfique pour des pays comme l'Australie, l'Inde et l'Argentine qui auraient payer dsormais des annuits beaucoup moins lourdes sur les emprunts contracts antrieurement auprs des banquiers de Londres. Or, la livre tant monnaie de rf-rence pour l'ensemble du monde cette poque, son dcrochement par rapport l'or entrana un nouvel effondrement des cours des matires premires et des grands produits alimentaires qui taient heureusement en train de se stabiliser. C'est dire que, contrairement aux prvisions de Keynes, la dvaluation eut un effet dsastreux sur le commerce des trois pays en question, pays essentiellement producteurs de matires premires.

    CeHe erreur de pronostic court terme tant releve, 8

  • il est d'autant plus frappant de constater la justesse pro-phtique des deux derniers essais, o c'est bel et bien l'avenir lointain de notre civilisation capitaliste qui excite et dcuple l'imagination, l'humour aussi, de l'auteur. Bien que le cours des vnements n'ait pas encore rattrap l'avance d'un sicle qu'il se donne dans Perspectives conomiques pour nos petits-enfants , le futur dont il nous parle est maintenant singulirement proche, et l'image qu'il en dessine nous poursuivra comme de plus en plus plausible. Le processus spontan de socialisation du systme capitaliste par l'accroissement incessant des pouvoirs accords au personnel gestionnaire des grandes entreprises prives et par la multiplication des institutions autonomes sur le modle anglais des corporations est dsormais unfait que personne ne songe plus nier. Sans doute trouve-t-on chez Marx et Veblen quelques intui-tions allant dj dans cette direction, mais tous ceux qui seraient tents d'attribuer J. Burnham la premire interprtation correcte de cette volution verront ici qu'il faut en faire remonter la paternit Keynes au moins. D'autres prvisions d'une aussi grande porte se sont galement vrifies ou sont en passe de l'tre, notamment celles qui concernent le dveloppement de la technologie et la possibilit d'accorder des loisirs accrus aux travail-leurs des pays industriels avancs. Bien que nous puis-sions sourire aujourd'hui de l'espoir plac par Keynes dans la sagesse des gouvernements pour contrler la natalit humaine, contrle dont il faisait la condition pralable toute prospective pour la gnration de ses petits-enfants, le nombre de transformations qui se sont ralises aprs avoir t annonces dans ces deux derniers essais, est tel que nous devons aussi prendre au srieux les consquences qu'il entrevoyait. Cela vaut surtout pour les problmes vertigineux que posera l'ven-tuelle extension des loisirs dans une civilisation qui, depuis des sicles, oblige l'homme rechercher le profit

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  • pcuniaire avant toute chose. Quel usage l'homme, si longtemps conditionn de la sorte, pourra-t-il faire de l'immense oisivet que le progrs technique devrait rendre po

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