La Divine Com©die - Tome 1 - L'Enfer

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Text of La Divine Com©die - Tome 1 - L'Enfer

  • Dante Alighieri

    LA DIVINE COMDIE TOME I : LENFER

    (1304-1307)

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  • Table des matires

    CHANT I................................................................................... 4

    CHANT II ................................................................................10

    CHANT III ...............................................................................16

    CHANT IV .............................................................................. 22

    CHANT V................................................................................ 28

    CHANT VI .............................................................................. 34

    CHANT VII............................................................................. 39

    CHANT VIII ........................................................................... 45

    CHANT IX ...............................................................................51

    CHANT X.................................................................................57

    CHANT XI .............................................................................. 63

    CHANT XII............................................................................. 68

    CHANT XIII ............................................................................74

    CHANT XIV............................................................................ 80

    CHANT XV ............................................................................. 86

    CHANT XVI.............................................................................91

    CHANT XVII ...........................................................................97

    CHANT XVIII........................................................................103

    CHANT XIX...........................................................................109

    CHANT XX............................................................................ 115

    CHANT XXI........................................................................... 121

    CHANT XXII ......................................................................... 127

  • 3

    CHANT XXIII........................................................................133

    CHANT XXIV ........................................................................139

    CHANT XXV .........................................................................145

    CHANT XXVI ........................................................................ 151

    CHANT XXVII....................................................................... 157

    CHANT XXVIII .....................................................................163

    CHANT XXIX........................................................................169

    CHANT XXX ......................................................................... 175

    CHANT XXXI........................................................................ 181

    CHANT XXXII ......................................................................187

    CHANT XXXIII .....................................................................193

    CHANT XXXIV ....................................................................200

    Notes de fin douvrage.......................................................... 206

    propos de cette dition lectronique .................................255

  • 4

    CHANT I

    Quand j'tais au milieu du cours de notre vie1, je me vis entour d'une sombre fort2, aprs avoir perdu le chemin le plus droit. Ah ! qu'elle est difficile peindre avec des mots, cette fort sauvage, impntrable et drue dont le seul souvenir renouvelle ma peur ! peine si la mort me semble plus amre. Mais, pour traiter du bien qui m'y fut dcouvert3, il me faut raconter les choses que j'ai vues. Je ne sais plus comment je m'y suis engag, car j'tais engourdi par un pesant sommeil4, lorsque je m'cartai du sentier vritable. Je sais que j'ai gagn le pied d'une colline5 laquelle semblait aboutir ce vallon dont l'aspect remplissait mon me de terreur, et, regardant en haut, j'avais vu que sa pente resplendissait dj sous les rayons de l'astre qui montre en tout endroit la route au voyageur ; et je sentis alors s'apaiser la tempte qui n'avait pas eu cesse aux abmes du cur pendant l'horrible nuit que j'avais traverse6. Et comme bout de souffle on arrive parfois s'chapper des flots et, retrouvant la terre, on jette un long regard sur l'onde et ses dangers,

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    telle mon me alors, encor tout perdue, se retourna pour voir le sinistre passage o nul homme n'a pu se maintenir vivant7. Puis, ayant repos quelque peu mon corps las, je partis, en longeant cette cte dserte et en gardant toujours mon pied ferme plus bas8. Mais voici que soudain, au pied de la monte, m'apparut un gupard agile, au flanc troit et couvert d'un pelage aux couleurs bigarres9. Il restait devant moi, sans vouloir dguerpir, et il avait si bien occup le passage, que j'tais sur le point de rebrousser chemin. C'tait l'heure o le jour commence sa carrire, et le soleil montait parmi les mmes astres qui l'escortaient jadis, lorsque l'Amour divin les mit en mouvement pour la premire fois10 ; et je croyais trouver des raisons d'esprer, sans trop craindre le fauve la belle fourrure, dans l'heure matinale et la belle saison ; mais je fus, malgr tout, encor plus effray l'aspect d'un lion qui surgit tout coup. On et dit que la bte avanait droit sur moi, avec la rage au ventre et la crinire au vent, si bien qu'il me semblait que l'air en frmissait. Une louve survint ensuite, que la faim

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    paraissait travailler au plus creux de son flanc et par qui tant de gens ont connu la dtresse. La terreur qu'inspirait l'aspect de cette bte me glaa jusqu'au fond des entrailles, si bien que je perdis l'espoir d'arriver jusqu'en haut. Et comme le joueur que transportait tantt l'espoir joyeux du gain ne fait que s'affliger, se plaint et se morfond, si la chance a tourn, tel me fit devenir cette bte inquite qui gagnait du terrain et, insensiblement, me refoulait vers l'ombre o le soleil se tait. Tandis que je glissais ainsi vers les abmes, devant mes yeux quelqu'un apparut tout coup, qui, l'air mal assur, sortait d'un long silence. Ds que je l'aperus au sein du grand dsert, je me mis crier : toi, qui que tu sois, ombre ou, sinon, vivant, prends piti de ma peine ! 11 Je ne suis pas vivant, dit-il, mais je le fus. J'tais Lombard de pre aussi bien que de mre ; leur terre tous les deux avait t Mantoue. Moi-mme, je naquis sub Julio, mais tard12 ; et je vivais Rome, au temps du bon Auguste, l'poque des dieux mensongers et trompeurs. J'tais alors pote et j'ai chant d'Anchise le juste rejeton, qui s'est enfui de Troie, quand la Grce eut brl le superbe Ilion.

  • 7

    Mais toi, pourquoi veux-tu retourner vers les peines ? Pourquoi ne pas gravir cette heureuse montagne qui sert au vrai bonheur de principe et de cause ? Ainsi donc, c'est bien toi, Virgile, cette source qui nous rpand des flots si vastes d'loquence ? dis-je alors, en baissant timidement les yeux. Toi, qui fus l'ornement, le phare des potes, aide-moi, pour l'amour et pour la longue tude que j'ai mis chercher et lire ton uvre ! Car c'est toi, mon seigneur et mon autorit ; c'est toi qui m'enseignas comment on fait usage de ce style lev dont j'ai tir ma gloire. Regarde l'animal qui m'a fait reculer !13 fameux philosophe, aide-moi contre lui, car rien que de le voir, je me sens frissonner ! Il te faut emprunter un chemin diffrent, rpondit-il, voyant des larmes dans mes yeux, si tu veux t'chapper de cet horrible endroit ; car la bte cruelle, et qui t'a fait si peur, ne permet pas aux gens de suivre leur chemin, mais s'acharne contre eux et les fait tous prir. Par sa nature, elle est si mchante et perverse, qu'on ne peut assouvir son affreux apptit, car plus elle dvore, et plus sa faim s'accrot. On la voit se croiser avec bien d'autres btes,

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    dont le nombre crotra, jusqu' ce qu'un Lvrier14 vienne, qui la fera mourir dans les tourments. Il ne se repatra de terres ni d'argent, mais d'amour, de sagesse et de bnignit, et son premier berceau sera de feutre feutre15. Il sera le salut de cette humble Italie pour laquelle sont morts en combattant la vierge Camille avec Turnus, Euryale et Nissus. C'est lui qui chassera la bte de partout et la refoulera jusqu'au fond des Enfers, d'o le Malin envieux l'avait d'abord tire. Allons, tout bien pes, je pense que me suivre sera pour toi le mieux : je serai donc ton guide ; nous sortirons d'ici par le rgne ternel16 ; l, tu vas couter les cris du dsespoir et contempler le deuil des ombres affliges qui rclament en vain une seconde mort17. Ensuite, tu verras des esprits satisfaits, quoique enrobs de feu, car ils gardent l'espoir d'tre un jour appels au sjour des heureux. Et si tu veux enfin monter vers ces derniers, une autre me plus digne y pourvoira pour moi18, et je te laisserai sous sa garde, en partant, puisque cet Empereur qui sjourne l-haut et la loi duquel je ne fus point soumis ne veut pas que l'on entre en sa cit par moi.

  • 9

    Il gouverne partout, mais c'est l-haut qu'il rgne et c'est l que l'on voit sa demeure et son trne : oh ! bienheureux celui qu'il admet prs de lui ! Lors je lui rpondis : Pote, je t'implore, pour l'amour de ce Dieu que tu n'as pas connu, pour me faire chapper ce mal et au pire19, conduis-moi vers l'endroit que tu viens de me dire, pour que je puisse voir la porte de saint Pierre20 et ceux dont tu dpeins les terribles to