Le foisonnement, phénomène complexe - .Le foisonnement, phénomène complexe Guylaine Cochrane

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Text of Le foisonnement, phénomène complexe - .Le foisonnement, phénomène complexe Guylaine Cochrane

  • Document gnr le 10 sep. 2018 07:21

    TTR : traduction, terminologie, rdaction

    Le foisonnement, phnomne complexe

    Guylaine Cochrane

    Technolectes et dictionnairesVolume 8, numro 2, 2e semestre 1995

    URI : id.erudit.org/iderudit/037222arDOI : 10.7202/037222ar

    Aller au sommaire du numro

    diteur(s)

    Association canadienne de traductologie

    ISSN 0835-8443 (imprim)

    1708-2188 (numrique)

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    Citer cet article

    Cochrane, G. (1995). Le foisonnement, phnomne complexe. TTR : traduction, terminologie, rdaction, 8(2), 175193.doi:10.7202/037222ar

    Rsum de l'article

    Le foisonnement, phnomne complexe L'tude dufoisonnement s'inscrit dans une orientation assez nouvelle entraductologie, savoir les tudes de corpus. La prsenterecherche vise vrifier les affirmations de certains auteursvoulant que tous les textes foisonnent quelles que soient leslangues en prsence et que ce foisonnement est attribuableuniquement au traducteur. Pour ce faire, un corpus de textescontenant plus de 61 000 mots a t analys. Cet article traitedonc de la dfinition des concepts, du coefficient defoisonnement pour des textes de physique, d'histoire etd'conomie, de la proportion de foisonnement attribuable aulibre choix du traducteur et de celle lie aux diffrences entreles codes linguistiques. Les rsultats prliminaires de certainesanalyses seront galement prsents.

    Ce document est protg par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des servicesd'rudit (y compris la reproduction) est assujettie sa politique d'utilisation que vouspouvez consulter en ligne. [https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/]

    Cet article est diffus et prserv par rudit.

    rudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif compos de lUniversitde Montral, lUniversit Laval et lUniversit du Qubec Montral. Il a pourmission la promotion et la valorisation de la recherche. www.erudit.org

    Tous droits rservs TTR: traduction, terminologie,rdaction Les auteurs, 1995

    https://id.erudit.org/iderudit/037222arhttp://dx.doi.org/10.7202/037222arhttps://www.erudit.org/fr/revues/ttr/1995-v8-n2-ttr1483/https://www.erudit.org/fr/revues/ttr/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/http://www.erudit.org

  • Le foisonnement, phnomne complexe

    Guylaine Cochrane

    1. Introduction

    Tous les traducteurs ont dj compar une traduction son original, que ce soit l'tiquette d'un produit, un manuel d'utilisation ou une revue bilingue comme celles que l'on trouve dans les terminus d'autobus ou bord des avions. Ce type de comparaison fait vite ressortir la diffrence de longueur entre les deux textes. C'est cet allongement de texte qu'on appelle le foisonnement, et c'est ce phnomne qui fait l'objet du prsent article. tant donn qu'il est impossible de traiter en profondeur une question de cette ampleur en quelques pages, j'ai retenu quatre grands points. Tout d'abord, les concepts de base de l'tude seront prciss. Ensuite, le coefficient de foisonnement pour des textes de physique, d'histoire et d'conomie sera dtermin. Puis, je mesurerai la proportion de foisonnement li la diffrence entre les codes linguistiques et la proportion attribuable au libre choix du traducteur. Enfin, je tenterai de voir s'il existe d'autres causes que celles prsentes par Durieux (1990 et 1991).

    2. Qu'est-ce que le foisonnement?

    Avant d'entrer dans le vif du sujet, voyons ce que recouvre le terme qui est au centre de la recherche: foisonnement, parfois appel toffement (Juhel, 1982) ou dilution (Vinay et Darbelnet, 1977). Le Petit Robert en donne une dfinition trs sommaire: augmentation de volume. Durieux prcise la notion en indiquant que le foisonnement est la proligration de mots en surnombre, c'est--dire l'augmentation du volume du texte d'arrive par rapport au texte de dpart (1990, p. 55).

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  • Il est noter que le volume reprsente le nombre de mots et non pas le nombre de caractres typographiques.

    3. Pourquoi tudier le foisonnement?

    L'ide du foisonnement comme sujet de recherche a t inspire par les articles de Christine Durieux qui affirme que tous les textes foisonnent peu importe les langues en prsence et que ce foisonnement est attribuable au manque de mthode du traducteur (1990, p. 56 et 1991, p. 22). Toutefois, ces deux articles comportent quelques lacunes. L'auteure n'indique pas les rfrences bibliographiques d'o sont tirs ses exemples. De plus, elle ne dfinit pas le mot, notion fondamentale quand on traite de foisonnement, ce qui entrane une certaine confusion dans le dcompte. Ainsi, l'exemple suivant: The design of terminal and shuttles will be arranged to provide a regular transport service for road vhicules without any advance booking being necessary qui est traduit par La conception des terminaux et des navettes sera faite de telle sorte qu 'un service de transport rgulier des vhicules routiers soit assur, sans qu'il soit ncessaire de rserver au pralable (1991, p. 23). L'auteure affirme: ce passage compte 25 mots en anglais et 30 mots en franais (1991, p. 23). En appliquant ma mthode de calcul (voir 5.1),je compte plutt 24 mots en anglais et 32 mots en franais. Il n'est donc pas facile de savoir si les chiffres qu'elle cite comportent des erreurs attribuables au comptage ou si c'est une norme qu'elle a adopte pour ses analyses. Enfin, elle ne tient aucunement compte des servitudes linguistiques1 auxquelles le traducteur est astreint.

    J'ai donc dcid d'effectuer une tude de corpus afin de voir si le foisonnement pourrait n'tre qu'une illusion d'optique ou s'il s'agit plutt d'un phnomne quantifiable. La rponse cette question permettra de vrifier les affirmations de divers auteurs sur le sujet.

    1. Le terme servitudeslinguistiquessigne les contraintes auxquelles le traducteur doit se plier pour respecter la syntaxe de la langue (p. ex. ajout d'articles et de joncteurs, toffement de prpositions, etc.).

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  • 4. tat de la question

    Tous ceux qui ont abord, ne serait-ce qu'indirectement, ce phnomne (Kokas 1969, Barth 1971, Vinay et Darbelnet 1977, Juhel 1982, Van Hoof 1989, Demers 1989 et 1993, Durieux 1990 et 1991, Blanger 1992) affirment que le foisonnement existe. En revanche, le coefficient de foisonnement est loin de faire l'unanimit. Juhel signale un taux de foisonnement de 30 % alors que Durieux mentionne que la Socit franaise des traducteurs le fixe 25 %. Pour sa part, Barth a remarqu que, pour des textes littraires, il est de 13 % de l'anglais au franais et de 5 % du franais l'anglais. Quant Blanger, il a constat, d'aprs une tude de corpus, qu'il se chiffre 10,2 % pour des traductions de l'anglais au franais. Ses chiffres rejoignent ceux de Demers qui a observ, partir d'un corpus de textes appartenant l'histoire, aux sciences sociales et la pdagogie, un coefficient maximal de 10,5 %, si l'on ne tient pas compte des servitudes linguistiques particulires la langue d'arrive.

    Il faut toutefois replacer ces chiffres dans leur contexte et tablir une distinction entre les auteurs qui citent des statistiques fournies par des tiers (Juhel et Durieux), ceux qui se fondent sur une impression (Kokas, Vinay & Darbelnet, Van Hoof) et ceux qui tirent leurs chiffres de l'analyse d'un corpus (Barth, Blanger et Demers).

    Les causes du foisonnement diffrent aussi d'un auteur l'autre. Comme je l'ai signal prcdemment, la plupart d'entre eux imputent le foisonnement au traducteur. Selon Juhel, le traducteur veut tout faire dire aux mots. Il ajoute que cette tendance "l'toffement dnote soit une mconnaissance du savoir que possdent les destinataires de la traduction [...] soit un asservissement aux procds linguistiques de la langue source transposs tels quels dans la langue d'arrive (1982, p. 67). Kokas de mme que Vinay et Darbelnet ajoutent que le traducteur est instinctivement port allonger d'abord par prudence, puis par ignorance et voire par hte, sous la pression des dlais qui lui sont imposs. Pour leur part, Barth et Blanger considrent qu'une partie du foisonnement vient de servitudes linguistiques, mais ils ne dterminent pas de pourcentage relatif cette cause.

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  • Quant Van Hoof, il estime que plusieurs facteurs externes peuvent jouer un rle dans cet allongement: la nature mme du texte, le sujet trait, le style de l'auteur et le style du traducteur aussi (1989, p. 35). Il ajoute que l'anglais peut habituellement se contenter de moins de mots que le franais pour exprimer une mme ide en raison de sa plus grande facilit de drivation et de composition, de la structure de la langue et des ressources qu'elle offre (interchangeabilit des parties du discours, tours elliptiques, accent d'insistance, abandon plus frquent des articulations) et du gnie propre la langue, l'anglais prfrant demeurer vague et laisser certaines choses implicites l o le franais demande plus de clart (1989, pp. 35-36). Il va mme jusqu' affirmer que bien souvent, alors que l'nonc anglais pourrait se traduire avec une mme conomie de moyens, le franais choisit dlibrment de recourir un plus grand nombre de mots pour satisfaire le besoin de clart qui lui est propre (1989, p. 38).

    Il convient de revenir brivement aux auteurs qui ont fait des tudes de corpus, puisque ma recherche s'inscrit dans cette ligne. Barth s'est intress de manire indirecte au foisonnement. partir de textes littraires, il a analys deux procds de traduction (modulation et transposition) dans un corpus de plus de 35 000 mots (15 000 mots traduits de l'anglais au franais et 15 000 mots traduits du franais l'anglais). Il est arriv la conclusion que, dans tous les cas, la traduction tait plus longue que l'original. Selon lui, une partie du foisonnement est obligatoire:

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