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Les statistiques sur les nationalites en Autriche - Accueil · l’histoire des politiques démographiques en Autriche avant, durant et ... l’Autriche-Hongrie jouait un rôle de

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  • HAL Id: halshs-00633111https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00633111

    Submitted on 5 Sep 2012

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    Les statistiques sur les nationalits en AutricheAlexander Pinwinkler

    To cite this version:Alexander Pinwinkler. Les statistiques sur les nationalits en Autriche. Paul Bauer, Christian Jacques,Mathieu Plsiat, Mt Zombory. Minorits nationales en Europe centrale. Dmocratie, savoirs sci-entifiques et enjeux de reprsentation, Centre franais de recherche en science sociales (CEFRES),pp.155-180, 2011.

    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00633111https://hal.archives-ouvertes.fr

  • --------------------------------------------------------------------------------------- LES STATISTIQUES SUR LES NATIONALITES EN AUTRICHE Alexander Pinwinkler In : Paul Bauer, Christian Jacques, Mathieu Plsiat, Mt Zombory (dir.), Minorits nationales en Europe centrale. Dmocratie, savoirs scientifiques et enjeux de reprsentation p. 155-180 Prague, CEFRES, 2011. ISBN : 978-80-86311-24-1 ------------------------------------------------------------------------------------- Pour citer cet article : Alexander Pinwinkler, Les statistiques sur les nationalits en Autriche , in : Paul Bauer, Christian Jacques, Mathieu Plsiat, Mt Zombory (dir.), Minorits nationales en Europe centrale. Dmocratie, savoirs scientifiques et enjeux de reprsentation. Prague, CEFRES, 2011, p. 155-180. -------------------------------------------------------------------------------------

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    Les statistiques sur les nationalits en Autriche

    Alexander Pinwinkler

    Introduction : objet de la recherche et tat de lart

    Cet article examine la manire dont les bureaux de statistiques ont reprsent les minorits ethniques et religieuses dans les dernires dcennies de la monarchie des Habsbourg et en Autriche au XXe sicle. Dans ce cadre de recherche, nous nous intresserons aux relations entre les pratiques politiques et les pratiques des instituts de statistiques dans la catgorisation et le recensement des minorits1. Selon David I. Kertzer et Dominique Arel, les recensements produisent des donnes qui permettent aux gouvernements des tats de crer un socit lisible dans une logique dextension du contrle politique sur les populations2. Des tudes rcentes ont montr que ladministration publique des statisticiens, vritables experts des populations , pouvait tre envisage comme un rseau dacteurs sociaux. En outre, ces mmes tudes insistent sur le fait que les chiffres produits par les experts ne peuvent pas tre considrs comme des donnes scientifiques objectives de la ralit sociale et conomique dune socit. Lanalyse

    1 Les tudes de cas portant sur la construction des groupes ethniques ou nationaux,

    sont souvent bases sur le concept de de communaut imagine thoris par Benedict Anderson, Benedict Anderson, Die Erfindung der Nation. Zur Karriere eines folgenreichen Konzepts, Francfort/New York, 2005 (1e d. Imagined communities, Londres, 1983), sur le rle des statistiques dans lethnicisation des minorits religieuses dans les tats coloniaux, voir notamment p. 163 et suiv.

    2 David I. Kertzer, Dominique Arel, Censuses, identity formation, and the struggle for political power , in : David I. Kertzer, Dominique Arel (dir.), Census and Identity. The Politics of Race, Ethnicity, and Language in National Censuses, Cambridge, 2002, p. 2 et 5.

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    du dveloppement des statistiques au cours des XIXe et XXe sicles doit tre rapporte au contexte socital auquel il se rapporte3.

    Cet article sintresse aux discours, aux pratiques et aux techniques des bureaux de statistiques considrs comme des observatoires sociaux (Th. M. Porter) et des lments spcifiques du dveloppement de ltat, de sa bureaucratie et des sciences. Dans cette perspective, les processus concomitants de scientificisation des politiques et de politisation des sciences se prsentent comme lexpression de systmes contextuels interdpendants4.

    Notre analyse est centre sur les statistiques concernant les nationalits en Cisleithanie, sous la monarchie des Habsbourg (1867/80-1918) et durant la Premire rpublique autrichienne (1918-1933/38). Nous aborderons galement la courte priode de lAutriche la suite de lAnschluss (1938-1945) et les dbuts de la Seconde rpublique (1945-). Bien que nous rejetions lide dun dveloppement linaire entre les rgimes qui se sont succds depuis la monarchie jusqu la chute du IIIe Reich5, nous considrons que lhistoire des politiques dmographiques en Autriche avant, durant et aprs la priode nazie, se caractrise par la marginalisation et lassimilation des minorits ethniques. Durant le nazisme, lAutriche perdit sa souverainet tandis quun nombre important de ses citoyens des politiciens, des scientifiques, des personnes ordinaires jourent un rle central dans la perscution raciste et lexpulsion des membres des minorits ethniques et religieuses. cet gard, la Carinthie, avec la marginalisation des populations autochtones slovnes dans les statistiques depuis la monarchie jusqu la priode actuelle, constitue un des exemples les plus significatifs des

    3 Adam J. Tooze, Statistics and the German state, 1900-1945. The making of modern

    economic knowledge, Cambridge, 2001, p. 3. Voir galement The Statistical Office as a Social Observatory Centaurus, vol. 49, n 4, nov. 2007, voir notamment, Theodore M. Porter, Introduction , p. 258-260.

    4 Petra Overath, Patrick Krassnitzer, Einleitung , in : Petra Overath, Patrick Krassnitzer (dir.), Bevlkerungsfragen: Prozesse des Wissenstransfers in Deutschland und Frankreich (1870-1939), Cologne/Vienne, 2007, p. 14.

    5 Voir : Wolfgang Pircher, Von der Population zum Volk. Biopolitik und Volkszhlung in sterreich , in : Martin Stingelin (dir.), Biopolitik und Rassismus, Francfort s/Main, 2003, p. 80-111.

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    pratiques de ladministration de ltat et des instituts de statistiques6.

    Bien que nous envisagions un large ventail de problmatiques portant sur les statistiques autrichiennes produites sur les minorits nationales, nous souhaitons rappeler que les tudes consacres aux statistiques autrichiennes sont relativement marginales au regard du nombre important de publications et de thories comparatives qui existent sur les grands pays de lEurope occidentale comme lAngleterre, la France et lAllemagne7. Si nous considrons le fait que lAutriche-Hongrie jouait un rle de premier plan dans le concert des grands tats europens jusqu sa dislocation en 1918, il est intressant de noter que la question des statistiques au sein des tats successeurs de la double monarchie na pas t au centre de grandes recherches comparatives denvergure internationale.

    La chute des empires centraux qui a suivi la Premire Guerre mondiale et lmergence de nouveaux tats en Europe centrale et orientale ont pourtant profondment contribu la formulation de nouvelles interrogations sur le rle des statistiques dans la reprsentation des minorits ethniques. Cet aspect, que nous dveloppons dans les pages qui suivent, ne fut trait que de manire marginale8. Ltat des recherches et rflexions portant sur les statistiques sous les Habsbourg et en Autriche sarticule partir de deux axes.

    Rares sont les travaux qui font rfrence aux statistiques dans ltude du dveloppement des politiques sociales aprs 1880. Or, les analyses qui portent sur les tensions entre les nations sous la monarchie des Habsbourg invitent considrer la signification des

    6 Voir ce sujet louvrage dEmmerich Tlos (dir.), NS-Herrschaft in sterreich: ein

    Handbuch, Vienne, 2000, ainsi que les rsultats de la Commission officielle des historiens autrichiens : Clemens Jabloner (dir.), Historikerkommission der Republik sterreich: Schlussbericht der Historikerkommission der Republik sterreich: Vermgensentzug whrend der NS-Zeit sowie Rckstellungen und Entschdigungen seit 1945 in sterreich, Vienne, 2003.

    7 Voir Alain Desrosires, The politics of large numbers: a history of statistical reasoning, Cambridge (Mass.), 2002 (1e d. La Politique des grands nombres, Paris, 1993) ; Libby Schweber, Disciplining statistics: demography and vital statistics in France and England, 1830-1885, Durham, 2006.

    8 Sur les statistiques autrichiennes et la question du traitement des nationalits dans les statistiques ou les tudes ethnographiques, voir, Morgane Labb, La carte ethnographique de lempire autrichien : la multinationalit dans lordre des choses , Le Monde des cartes, 180, 2004, p. 71-84.

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    recensements et leurs liens avec les conflits sociaux dans la formulation de la question des nationalits 9 . Ces dix dernires annes, le nombre de publications consacres aux statistiques dmographiques, leugnisme et aux politiques dmographiques sous la Premire rpublique dAutriche, ltat austrofasciste (Stndestaat 1934-1938) et le IIIe Reich, a ainsi sensiblement augment10.

    Bien que la mise en rseau des statisticiens, des conomistes et des dmographes autrichiens dans un contexte international ait t lobjet de nombreuses recherches, rares sont celles qui sappuient sur une analyse de ce rseau fonde sur des recherches empiriques. La majeure partie des travaux porte principalement sur le dveloppement des bureaux des statistiques du point de vue des pratiques et des discours dans une approche historico-institutionnelle11. En outre, les recherches rcentes mettent en uvre une mthodologie centre sur les comparaisons internationales et sur les discours scientifiques et administratifs transnationaux. cet gard, les travaux sur lAutriche-Hongrie pourraient tre intgrs aux recherches comparatives historiques internationales sur les statistiques et sur les nationalits12.

    Lanalyse qui suit vise encourager des recherches futures qui mettront en lumire les continuits et les ruptures dans la

    9 Emil Brix, Die Umgangssprachen in Altsterreich zwischen Agitation und

    Assimilation. Die Sprachenstatistik in den zisleithanischen Volkszhlungen 1880 bis 1910, Vienne/Cologne/Graz, 1982.

    10 Gudrun Exner, Alexander Pinwinkler, Josef Kytir, Bevlkerungswissenschaft in sterreich in der Zwischenkriegszeit (1918-1938): Personen, Institutionen, Diskurse, Vienne/Cologne/Weimar, 2004. Pour une analyse critique et rflexive sur les pratiques antismites voir Peter Melichar, Who is a Jew? Antisemitic Defining, Identifying and Counting in pre-1938 Austria , Leo Baeck Yearbook 50, 200, p. 149-174.

    11 Voir Kurt Klein, Sozialstatistik , in : Karl Acham (dir.), Geschichte der sterreichischen Humanwissenschaften. vol. 3.1, Menschliches Verhalten und gesellschaftliche Institutionen: Einstellung, Sozialverhalten, Verhaltensorientierung, Vienne, 2001, p. 257-295, ici 264-270. Pour un apperu du dveloppement des administrations de statistiques, voir, Wilhelm Zeller, Geschichte der zentralen amtlichen Statistik in sterreich , in : Geschichte und Ergebnisse der zentralen amtlichen Statistik in sterreich, Vienne, 1979, p. 13-239.

    12 Voir ce sujet les rcentes publications qui comparent les empires europens du XIXe sicle : Ulrike von Hirschhausen, From imperial inclusion to national exclusion: citizenship in the Habsburg monarchy and in Austria 1867-1923 , European Review of History 16, 2009, p. 551-573 ; Benno Gammerl, Subjects, citizens and others: the handling of ethnic differences in the British and the Habsburg Empires (late nineteenth and early twentieth century) , European Review of History 16, 2009, p. 523-549.

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    production des statistiques sur les nationalits en Europe centrale. Ladministration de la Rpublique dAutriche, qui est au centre de notre recherche, ne saurait tre compare avec celle de lEmpire des Habsbourg. Bien quil soit lun des pays successeurs de la monarchie, le territoire de lAutriche a absorb et transform non seulement les dbats acadmiques et politiques sur les politiques de mesure des populations, mais galement les institutions centrales de lEmpire dont le Bureau imprial central des statistiques (Vienne)13 et la Commission centrale des statistiques impriales et royales de Vienne (k.k. Statistische Central-Commission)14. Ces observations gnrales sur lhritage par lAutriche des institutions statistiques impriales nous invitent formuler les problmatiques de cet article : quels sont les concepts politiques et administratifs qui ont conduit dfinir les minorits politiques en Autriche dans la premire moiti du XXe sicle ? Quels effets sur le long terme peut-on mesurer ?

    Les statistiques sur les nationalits et les recensements dans la monarchie des Habsbourg (1867/80-1918)

    la suite de la rvolution de 1848 et du compromis austro-hongrois de 1867, la question nationale est devenue une question-cl de la politique intrieure de lEmpire austro-hongrois. La question de lintgration des diffrentes nationalits de lAutriche-Hongrie devint en effet cruciale : quels critres de dfinition de la nationalit devaient tre choisis ? Pourquoi, dans les statistiques, le concept de nationalit devait-il faire rfrence celui de la langue ?

    ric Brian, Morgane Labb et David I. Kertzer ont engag dimportantes recherches sur les statistiques internationales, en particulier sur celles qui concernent la nationalit. Ils ont ainsi montr que la fixation de critres pour dfinir les nationalits dans les statistiques ne rencontrait pas la faveur de tous les statisticiens

    13 Voir Alexander Pinwinkler, Wilhelm Winkler (1884-1984) eine Biographie. Zur

    Geschichte der Statistik und Demographie in sterreich und Deutschland, Berlin, 2003 (Schriften zur Wirtschafts- und Sozialgeschichte. 75) ; et aussi : Alexander Pinwinkler, Minderheitendiskurse in der Bevlkerungsstatistik in sterreich 1900 bis 1945 , in : Gerhard Baader, Veronika Hofer, Thomas Mayer (dir.), Eugenik in sterreich. Biopolitische Strukturen von 1900 bis 1945, Vienne, 2007, p. 257-283 ; voir galement des mmes diteurs Bevlkerungssoziologie und Ethnizitt: Historisch-demographische Minderheitenforschung in sterreich, ca. 1918-1938 , Zeitschrift fr Geschichtswissenschaft, n 57, 2009, p. 101-133.

    14 Ibid.

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    et les instituts de statistiques15. Dans la seconde moiti du XXe sicle, le dbat tait principalement structur par la conception ouest-europenne et la conception allemande de la nation . Les oppositions fondamentales sur lide de nation sexprimrent ouvertement lors du Congrs international de la statistique qui se tint Londres en 1860 :

    Un dlgu franais exposa la thorie selon laquelle la nation est contenue lintrieur des frontires naturelles de ltat. Les Allemands proposrent une alternative en prsentant la nation comme une communaut naturelle dont les contours ne concident pas forcment avec les frontires de ltat (...) Dans la pense allemande, ce ne sont pas les frontires de ltat qui sont considres comme naturelles, mais la nation dfinie dans son sens culturel16.

    Quelle tait la position de lEmpire des Habsbourg vis--vis de ce clivage entre les conceptions allemande (culturelle) et franaise (politique) ? Les recherches sur le dveloppement du droit civil et les politiques de naturalisation montrent que la monarchie a maintenu jusqu la veille de la Premire Guerre mondiale des traditions hrites du dbut de laccession de la dynastie des Habsbourg au pouvoir 17.

    Comme nous lavons mentionn plus haut, la question de lintgration des nationalits remettait en cause lexistence mme de la monarchie des Habsbourg. Le principe moderne du gouvernement de la majorit rig en principe central de la constitution librale de la monarchie entrait invitablement en conflit avec le principe dgalit de traitement et de reprsentation des minorits nationales18. Cette opposition de principe est sans doute (cest une hypothse) lune des raisons pour laquelle les politiques dintgration des nationalits furent subordonnes aux pressions

    15 Voir ric Brian, Transactions statistiques au XIXe sicle. Mouvements

    internationaux de capitaux symboliques , Actes de la recherche en sciences sociales, n 145, 2002, p. 34-46 ; Morgane Labb, Statistique ethnique, lgitimit politique et changement de rgime , Critique internationale, n 45, 2009, p. 9-18.

    16 David I. Kertzer, Dominique Arel, Censuses, identity formation, and the struggle for political power , in : id. (eds.), Census and Identity, op. cit., p. 94 et suiv.

    17 Voir von Hirschhausen, From imperial inclusion op. cit., p. 551-573. 18 Sur cette importante reflexion, voir les travaux de Thomas Gthel, Demokratie und

    Volkstum. Die Politik gegenber den nationalen Minderheiten in der Weimarer Republik, Cologne, 2002, p. 34-42.

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    politiques en faveur dune dlimitation claire entre majorit et minorit le long dune frontire ethnique strictement dlimite.

    En outre, il est remarquable de noter que cette politique dethnicisation du social a cach les carts sociaux et conomiques entre les sujets de la couronne dAutriche-Hongrie. Gerald Stourzh, minent historien viennois, prsentait le problme de cette manire :

    Le problme des nationalits dans la monarchie des Habsbourg aprs 1867, particulirement en dehors des territoires hongrois, fut domin par le conflit entre le principe de lgalit des droits, reconnu par la loi, et les ingalits de statut, culturelles, dmographiques, sociales, ducatives et conomiques entre les diffrentes nationalits19.

    La Constitution de 1867 promulgue en effet lgalit des nationalits au sein de ltat et dclare inviolable le droit la prservation et la reconnaissance (...) des nationalits et des langues 20. Comment les statisticiens de lEmpire ont-ils ragi face aux diffrences manifestes entre les principes reconnus par le droit et lexistence dingalits sociales et conomiques entre les nationalits ?

    Deux des plus grands statisticiens de la monarchie, Carl Czoernig (1804-1889) et August Ficker (1816-1880), privilgiaient une approche ethnographique pour la comprhension de la reprsentation des minorits. Comme dans la volumineuse encyclopdie ethnographique La Monarchie dAutriche-Hongrie en mots et en images (Die sterreichisch-ungarische Monarchie in Wort und Bild), ces statisticiens interprtaient la spcificit de la pluralit ethnographique dans la monarchie des Habsbourg comme

    19 Gerald Stourzh, The nationality rights in Austria (Instituto per gli Incontri Culturali

    Mitteleuropei, Gorizia). URL: http://www.incontrimitteleuropei.it/deutsch/papers.asp?li=deu (4.10.2010), p. 4. Du mme auteur : Some Reflections on Institutional Conflict Resolution among Ethnic Groups in Historical Perspective , in : Franz Matscher (dir.), Wiener Internationale Begegnungen zu aktuellen Fragen nationaler Minderheiten, Kehl/Strasbourg/Arlington, 1997, p. 17-30 ; voir galement louvrage classique de Gerald Stourzh, Die Gleichberechtigung der Nationalitten in der Verfassung und Verwaltung sterreichs 1848-1918, Vienne, 1985.

    20 Alle Volksstmme des Staates sind gleichberechtigt, und jeder Volksstamm hat ein unverletzliches Recht auf Wahrung und Pflege seiner Nationalitt und Sprache. Staatsgrundgesetz vom 21. Dezember 1867, ber die allgemeinen Rechte der Staatsbrger fr die im Reichsrate vertretenen Knigreiche und Lnder (StGG), Art. 19. URL: http://www.internet4jurists.at/ges/pdf/stgg.pdf (4.10.2010).

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    lexpression de son harmonieuse sant culturelle. Lapproche ethno-statistique prsente dans lEthnographie de la monarchie autrichienne (1857)21 de Czoernig est lun des exemples les plus reprsentatifs de cette manire de concevoir la pluralit des minorits ethniques au sein de lEmpire. Czoernig et Ficker considraient la langue comme lun des facteurs, parmi dautres, daffiliation ethnique. Ainsi, ladministration impriale relevait et collectait les donnes selon la langue parle par la majorit reconnue dune collectivit22.

    Lors des congrs internationaux de statistiques, les travaux et lapproche ethnographique de Czoernig furent toutefois rejets et considrs comme inappropris pour les statistiques. En 1872 cependant, le Congrs international de statistiques de Saint-Petersbourg reconnut, dans ses conclusions, la langue comme lune des catgories permettant de saisir, pour les besoins des administrations dtat, les diffrentes cultures nationales. Les conclusions du Congrs prconisaient galement lenregistrement de la question sur la langue parle dans les recensements nationaux23.

    Le gouvernement imprial et royal suivit partiellement les recommandations du Congrs international. Ce nest qu partir de 1880 que les recensements dcennaux en Cisleithanie intgrrent dans les formulaires une question sur la langue dusage (Umgangssprache). Ladministration reconnaissait alors une slection de neuf langues. Ainsi, le yiddish, parl par les juifs ashknazes qui vivaient majoritairement dans la partie orientale des pays de la couronne dAutriche, et le roumain des alpes ladiniennes ne furent pas retenus parmi elles. Ces deux groupes, en effet, ntaient pas reconnus comme nationalits (volksstmme) selon la loi constitutionnelle de 1867. En Transleithanie en revanche, ladministration hongroise enregistrait la langue maternelle (Muttersprache). En 1871, Budapest, le Dpartement ministriel des statistiques fut transform en Bureau central hongrois et accepta les recommandations et les positions des statistiques

    21 M. Labb, op. cit., 1997. 22 Rainer Mnz, Nationalitt, Sprache und Statistik in sterreich-Ungarn ,

    Mitteilungsblatt der sterreichischen Statistischen Gesellschaft n 13, 1983, p. 138-146, 139 et suiv.

    23 Dominique Arel, Language categories in censuses: backward- or forward-looking , in : D. Kertzer, D. Arel (dir.), Census and identity op. cit., p. 92-120, en particulier p. 95.

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    internationales24. ce sujet, il est intressant de souligner que la Commission des statistiques impriale et royale de Vienne (k.k. Statistische Central-Commission) fut la premire administration statistique centrale en Europe utiliser la machine statistiques Hollerith. Une version modifie du systme Hollerith fut introduite pour le recensement de 1890. La mme anne, les donnes statistiques furent centralises. Ces innovations techniques permettaient la collecte de davantage de donnes ainsi que la cration de nouvelles catgories statistiques25.

    La Commission centrale des statistiques suggra par ailleurs que les rsultats des recensements fussent exclusivement limits aux besoins de ladministration. Toutefois, les bureaux de statistiques devinrent rapidement des instruments au service des intrts des mouvements nationaux allemands, tchques ou slovnes. La Commission produisait en effet des donnes cruciales pour connatre, dans les rgions ethniquement mixtes, les usages des langues dans les coles et les cours de justice. Les leaders des mouvements nationaux utilisrent les statistiques dans le cadre de leur revendication lgalit politique et socio-conomique. ce titre, les recensements devenaient des plbiscites pour manifester les appartenances nationales (Volkszugehrigkeit)26. Des campagnes politiques particulirement virulentes avaient cours le long des frontires linguistiques . Dans les rgions frontalires de la Bohme et de la Moravie, dans le sud de la Styrie, ou encore dans la partie italienne du Tyrol du sud, les recensements incitaient les lites nationalistes se livrer de vritables batailles symboliques27.

    Le recours aux statistiques par les autorits de ltat devait permettre dobjectiver la rpartition gographique des langues et fournir un instrument de gouvernement utile lapplication du

    24 Ladislaus von Buday, The History and Development of Official Statistics in

    Hungary , in : John Koren (dir.), The History of Statistics. Their Development and Progress in Many Countries, New York, 1918, p. 396 et suiv.

    25 Hansheinz Lutz, Erich Bader, Die Technik der Datenverarbeitung von den elektrischen Zhlmaschinen (Hollerith/Schffler), 1890, bis ISIS , in : Geschichte und Ergebnisse der zentralen amtlichen Statistik in sterreich, Vienne, 1979, p. 241-260.

    26 Voir galement Martin Moll, Kein Burgfrieden: der deutsch-slowenische Nationalittenkonflikt in der Steiermark 1900-1918, Innsbruck/Vienne, 2007, p. 49.

    27 Mark Cornwall, The struggle on the Czech-German Language Border, 1880-1940 , The English Historical Review, 109, 1994, p. 914-951 ; voir galement, Heinrich Rauchberg, Der nationale Besitzstand in Bhmen. Vol. 1-3, Leipzig, 1905.

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    principe dgalit entre les diffrentes nationalits de lAutriche. Toutefois, les recensements favorisaient les majorits conomiques et sociales les plus influentes. Pour reprendre lanalyse de Gerald Stourzh, nous pouvons caractriser linteraction sociologique entre les recensements et lassimilation des minorits ethniques de la manire suivante : dans une communaut, la langue de communication utilise en socit est souvent celle de la majorit, tandis que celle employe chez soi peut tre celle de la minorit :

    The language of communication in society, in the community in which [people] lived might often be the language of the majority of this community, and at home the language of the minority might be spoken. So this was one reason which favoured in a way the majority without have been in a position to say that every individual case was so or what was the idea or the motive or the emotions of the persons28.

    Si une seule langue pouvait tre enregistre par localit (communes) dans les recensements, de nombreuses personnes qui vivaient dans les rgions ethniquement mixtes utilisaient dans leur vie quotidienne deux ou trois langues diffrentes. La rgle denregistrement des langues par collectivits locales favorisait la minorit ethnique (nationale) en position de domination conomique. Par ailleurs, le fonctionnaire charg deffectuer les relevs appartenait souvent au groupe majoritaire de la commune denregistrement des donnes. Des personnes appartenant la majorit ethnique ou conomique dominante (notamment des enseignants) taient souvent dsignes par les municipalits pour aider au travail de relev des donnes29.

    LAutriche durant la priode de lentre-deux-guerres (1918-1938/39) : un tat sans minorits ethniques ?

    Les tats successeurs de lEmpire dAutriche-Hongrie, peuvent tre considrs comme des tats nationaux. Les administrations centrales de statistiques furent en partie construites sur les structures de celles qui avaient disparu au lendemain de la Premire Guerre mondiale30. Gabriela amanov, sociologue lAcadmie des

    28 G. Stourzh, 2010, op cit., 3 et suiv. 29 Ibid., p. 3 et suiv. 30 Franz Weyr, Die Ttigkeit des Statistischen Staatsamtes der echoslovakischen

    Republik seit seiner Errichtung bis Ende 1921 , Jahrbcher fr Nationalkonomie und Statistik, 118, 1922, p. 567-570.

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    sciences de la Rpublique tchque, a rcemment analys les statistiques officielles Tchcoslovaques durant lentre-deux-guerres. Elle rappelle ainsi que le premier recensement de 1921 enregistrait les nationalits sur la base du critre de la langue maternelle. Selon la sociologue tchque, lintrt politique pour les recensements au sortir de la Premire Guerre mondiale provient des conflits linguistiques entre Tchques et Polonais de Silsie. Malgr ces enjeux, amanov estime que le recensement tchcoslovaque demeure la premire observation objective de la situation ethnique dans les pays tchques 31.

    Durant lentre-deux-guerres, un grand nombre de politiciens et de chercheurs en sciences sociales prsentaient la nouvelle Rpublique autrichienne comme un tat allemand ethniquement homogne. En outre, la majorit des responsables politiques et des spcialistes rclamaient, ou tout au moins tolraient, lAnschluss ralis en 1938.

    Lors de la Confrence de la paix de Saint-Germain-en-Laye (1919), la dlgation autrichienne dfendit sa position, comme lensemble des autres dlgations, grce de nombreuses expertises statistiques. Wilhelm Winkler tait membre de la dlgation autrichienne. N Prague, scientifique dtat (Staatswissenschaftler), il tait clbre pour ses positions en faveur des thories allemandes de la nation. Dans les annes prcdant la Premire Guerre mondiale, Winkler avait notamment bti sa rputation au cours de la controverse sur les statistiques nationales qui lopposait aux collgues tchques du Bureau de statistiques du Royaume de Bohme (Statistisches Landesbureau des Knigreichs Bhmen).

    Sa Carte des langues dEurope centrale : le droit des Allemands lautodtermination sappuyait trs largement sur le recensement ralis en Cisleithanie en 1910. Pense comme un outil de ngociation pour la dlgation autrichienne Saint-Germain, cette publication exigeait lunit vlkisch (ethnique et nationale) des Allemands32 . Dans la Rpublique de Weimar, ainsi que dans les sphres politiques et scientifiques de la Premire Rpublique

    31 Gabriela amanov, Nrodnost ve s tn lidu v eskch zemch = Nationality in

    the census in Czech lands , Nae spole nost = Czech Society, n 1, 2005, p. 10-15. 32 Wilhelm Winkler, Sprachenkarte von Mitteleuropa. Deutsches

    Selbstbestimmungsrecht! 1:500.000, Vienne, 1920 ; voir galement, A. Pinwinkler, Wilhelm Winkler, op cit. p. 112-115.

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    dAutriche, la conception vlkisch de la nation allemande devint trs influente. Lide se rpandit que laffiliation au peuple (Volk) allemand tait base sur des liens de descendance. Cette conception vlkisch de la citoyennet excluait les juifs et les slaves de la communaut nationale (Volksgemeinschaft). Cest ainsi que les lois sur les peuples (Volksgruppenrecht) simposrent graduellement, remplaant les lois dinspirations librales et dmocratiques par des lois dinspiration ethnique33.

    Toutefois, lAutriche introduisit lancienne conception de lgalit des nations dans sa juridiction. Les traits ratifis par lAutriche aprs les deux guerres font ainsi rfrence cet hritage de lEmpire des Habsbourg (St Germain-en-Laye, 1919, trait de Vienne, 1955). Ils tablissent galement de nouvelles clauses concernant le droit des minorits. Cependant, comme sous la monarchie des Habsbourg, la Premire et la Seconde rpublique autrichiennes procdrent, dans leur pratique, de significatives sgrgations ethniques.

    De faon paradoxale, on peut considrer que les politiques de mesure des nationalits ont contribu faire de la question des nationalits un problme politique. En effet, les efforts politiques qui ont conduit au compromis (Ausgleich) davant 1914, ont considrablement pouss les populations se dfinir ostensiblement comme Allemands , Tchques ou Italiens . Le Compromis morave de 1905 (Mhrischer Ausgleich) instituait une division linguistique des administrations dtat, des coles, des agences publiques. En outre, laccord instituait des sections nationales strictement dlimites par le Parlement de Moravie (Landtag). La pratique denregistrement des nationalits (Nationale Kataster) obligeait les individus ne choisir quune seule nationalit34.

    Lensemble de ses mesures contriburent renforcer la sparation des individus par des frontires ethniques strictes. LAutriche dans ses frontires de 1919 apparaissait comme un tat unitaire allemand faisant partie intgrante de la sphre culturelle allemande. Dans les discours officiels, la dlgation autrichienne affirmait ne possder

    33 Samuel Salzborn, Ethnisierung der Politik: Theorie und Geschichte des

    Volksgruppenrechts in Europa, Francfort s/M., 2005, p. 89. 34 Edmund Bernatzik, ber nationale Matriken. Inaugurationsrede, Vienne, 1910.

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    que quelques petites minorits rsiduelles 35. Dans les annes qui suivirent les ngociations de paix de Paris, les statisticiens autrichiens continurent mener des recherches sur les minorits ethniques. Toutefois, les recherches taient dsormais principalement diriges vers ltude des minorits autochtones des pays successeurs de lEmpire dAutriche-Hongrie cest--dire les anciens sujets de langue allemande de la Monarchie.

    Wilhelm Winkler et Karl Gottfried Hugelmanns (1879-1959) de lInstitut de statistiques sur les minorits ethniques de lUniversit de Vienne (Institut fr Statistik der Minderheitsvlker an der Universitt Wien) projetrent de crer un Institut du droit des nationalits (Institut fr Nationalittenrecht) lUniversit de Vienne. Le projet ne vit jamais le jour36. Concernant la catgorisation des nationalits, Winkler entra en conflit avec son homologue italien Corrado Gini (1884-1926) lors du XVIe Congrs international de statistiques qui se tint au Caire en 1926. Il y dclara que lInstitut du droit des nationalits aurait pour mission de dfinir les critres statistiques objectifs denregistrement des donnes sur les minorits nationales. Une sous-commission de lInstitut devait tre cre dans ce but. Gustav Thirring (1861-1941), clbre statisticien de ladministration hongroise, soutint cette proposition. La dfaite de 1918 poussait les Autrichiens et les Hongrois dvelopper des stratgies politiques afin de maintenir un contact troit avec les populations allemandes et hongroises qui vivaient en dehors des frontires des deux tats. Corrado Gini rejeta ces propositions et dclara publiquement, en faisant rfrence aux administrations statistiques de la dfunte monarchie danubienne :

    Tout le monde sait que la mthode suivie par lAutriche et la Hongrie avant la guerre [...] tai[t] jug[e] peu favorablement par les statisticiens des autre pays [...] cest une matire trs dlicate, ayant un caractre minemment politique, qui ne manquerait pas de donner lieu des

    35 sterreichische Antwort vom 6. August auf die Friedensbedingungen vom 20. Juli

    1919. Cit daprs Hanns Haas, Die sterreichische Regierung und die Minderheitenschutzbestimmungen von Saint Germain , Integratio die Volksgruppen in sterreich 11/12, 1979, p. 23.

    36 Karl Gottfried Hugelmann (dir.), Das Nationalittenrecht des alten sterreich, Vienne/Leipzig, 1934, VIII.

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    froissements entre les membres des diffrents tats qui feraient partie de la commission que lon propose de former37.

    Les deux recensements de la Premire rpublique autrichienne furent organiss en 1923 et en 1934. Les responsables remplacrent la question sur la langue dusage par celle de la langue dans laquelle on pense (Denksprache). En revanche, le recensement de 1934 se limitait enregistrer les donnes sur la langue du groupe culturel que le rpondant considrait comme la sienne . La dclaration se doublait dune remarque particulire sur lenvironnement culturel proche (Kulturkreis).

    partir de cette date, lenjeu tait de compter les populations roms qui vivaient dans lancienne Transleithanie occidentale, devenue en 1921 la province du Burgenland autrichien. Cette mesure venait sajouter aux pratiques discriminatoires lencontre des Roms, pratiques hrites de la Monarchie et dont le recensement tait lun des instruments principaux38. Bien entendu, les statistiques sur les minorits refltaient, jusqu un certain point, la dimension socio-conomique de lassimilation des minorits autrichiennes.

    Le rsultat du recensement accentuait les rsultats dj obtenus par lassimilation. Le recensement montrait, entre autres, quen trente ans, la population de langue slovne de Carinthie tait passe de 66 000 34 500 locuteurs. Les pressions politiques poussrent les Slovnes se dclarer locuteur allemand . Un examen des statistiques sur les coles lmentaires permet de voir toutefois que le nombre des Slovnes tait considrablement sous-estim par les recensements.

    Sil est de coutume de lire que les recensements sont le reflet de processus en cours, dun point de vue comparatif, les recensements, en biaisant leurs rsultats, sont souvent perus comme les instruments de politiques de marginalisation des minorits ethniques39. En effet, il est important de rappeler que les

    37 Bulletin de lInstitut International de Statistique. T. XXII 1e Livraison, Le Caire,

    1928, p. 75. 38 Florian Freund, Der polizeilich-administrative Zigeunerbegriff. Ein Beitrag zur

    Klrung des Begriffes Zigeuner , Zeitgeschichte 30, 2003, p. 76-90. 39 Arnold Suppan, Die sterreichischen Volksgruppen: Tendenzen ihrer

    gesellschaftlichen Entwicklung im 20. Jahrhundert, Munich, 1983, p. 45; voir galement Albert F. Reiterer, Abkehr, Widerstand, Loyalitt? Die Minderheiten und die Erste sterreichische Republik , in : Peter Haslinger, (dir.), Staat, Loyalitt

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    recensements ont simultanment reprsent et accentu la marginalisation sociale et politique des minorits ethniques autrichiennes. Lexemple de la minorit juive est ce sujet particulirement clairant. Il est intressant de remarquer que les populations de religion ou de culture juives, reconnues pour tre situes dans des sphres conomiques et sociales trs htrognes, sont devenues lobjet dune obsession antismite qui a conduit la surestimation excessive de leur nombre. Peter Melichar a ainsi montr quen Autriche, avant 1938, lantismitisme avec lequel on avait dfini, identifi et comptabilis les populations avait englob sous le nom de juifs, une grande partie de la socit. Par exemple, le journal Wiener neueste Nachrichten dclarait que 400 000 juifs vivaient Vienne. Le recensement de 1934 ne comptait en revanche que 176 000 juifs de confession.

    Les pressions politiques des annes 1920 ont conduit lintroduction de nouveaux marqueurs culturels dans les recensements. Le recensement de 1923 comptabilisait les juifs avec deux types de questions : une sur la langue et une autre sur les origines ethniques et la race . Ctait la premire fois que le recensement autrichien introduisait une mention sur la race dappartenance comme marqueur culturel. Toutefois, les efforts des autorits pour comptabiliser le nombre de juifs se rvlaient tre un chec notamment en raison du flou qui entourait la dfinition du terme de race . Ainsi, les journalistes autrichiens incitaient les populations rpondre la question de leur affiliation raciale en dclarant appartenir la race blanche . Une dcennie plus tard, la Constitution de mai 1943, considrait lAutriche comme un tat fdral allemand et chrtien , et reconnaissait lexistence dune race juive. ce sujet, Kurt von Schuschnigg (1897-1977), ministre et futur chancelier fdral de lAutriche dclara quil ntait pas possible de trouver une formulation approprie 40.

    Sur la scne politique et mdiatique autrichienne durant la Seconde Guerre mondiale, les discours allemands-vlkisch, antismites et raciaux contriburent faonner considrablement les statistiques, les recherches sur le peuple (Volksforschung), ainsi que les pratiques politiques. Ces discours sur la socit autrichienne eurent des

    und Minderheiten in Ostmittel- und Sdosteuropa 1918-1941, Munich, 2007, p. 127-142.

    40 P. Melichar, op. cit., p. 170 et suiv.

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    consquences qui dpassent largement le domaine des statistiques officielles, ils encouragrent nanmoins aussi les recherches allemandes-vlkisch menes sur les minorits ethniques41.

    Dans tous les cas, le IIIe Reich fut le seul russir enregistrer la race dans les perspectives que les autorits staient fixes42. Le recensement de 1939 ajoutait une question supplmentaire celles sur les proprits en demandant de prciser son affiliation, base sur les liens du sang, la race allemande ou aux autres races ou, le cas chant, la race juive (blutsmige Zugehrigkeit zu deutschen oder artverwandten Rassen bzw. zum jdischen Volk). Dans lAllemagne nazie, la notion de race , telle que dfinie par les lois de Nuremberg (Nrnberger Gesetze) faisait rfrence aux liens du sang. En Autriche, cest la religion, principalement celle des grands parents, qui fut retenue43.

    De nombreuses interrogations subsistent quant lutilisation, dans lAutriche annexe, de donnes allemandes du recensement de 1939 dans les listes de dportation. Bien que cette question soit controverse, les donnes du recensement, notamment les registres sur les peuples (Volkskartei), ont pu tre utilises par les autorits nazies dans leur politique de perscution des juifs et des autres minorits ethniques. ce sujet, et en accord avec lhistorien Ingo Harr, nous considrons quil convient de prendre en compte le jeu interne au systme de la polycratie dans les diffrentes institutions centrales du IIIe Reich, dont les bureaux de statistiques44. Ainsi, les pratiques bureaucratiques spcifiques des instituts de statistiques doivent tre analyses dans le cadre dune approche plus large.

    41 Michael Fahlbusch, Wissenschaft im Dienst der nationalsozialistischen Politik? Die

    Volksdeutschen Forschungsgemeinschaften von 1931-1945, Baden-Baden, 1999. 42 Sur les statistiques dmographiques allemandes durant la priode nazie, voir Jutta

    Wietog, Volkszhlungen unter dem Nationalsozialismus: eine Dokumentation zur Bevlkerungsstatistik im Dritten Reich, Berlin, 2001, et Gtz Aly, Karl Heinz Roth, The Nazi Census: Identification and Control in the Third Reich, Philadelphia, 2004.

    43 P. Melichar, op. cit., p. 170 et suiv. 44 Ingo Haar, Bevlkerungspolitische Szenarien und bevlkerungswissenschaftliche

    Expertise im Nationalsozialismus Die rassistische Konstruktion des Fremden und das Grenz- und Auslanddeutschtum , in : Rainer Mackensen, Jrgen Reulecke (dir.), Das Konstrukt Bevlkerung vor, im und nach dem Dritten Reich, Wiesbaden, 2005, p. 340-369.

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    Les statistiques sur les nationalits dans la Seconde Rpublique autrichienne (1945-) : le cas de la minorit slovne en Carinthie

    Dans les rgions du Burgenland et de la Carinthie, la prsence de minorits ethniques (Croates, Hongrois, Roms, Slovnes) fut lun des sujets centraux des dbats politiques. Les relations entre les populations de langue allemande et les populations de langue slovne en Carinthie au cours du XXe sicle furent particulirement difficiles. Loppression des Slovnes de Carinthie durant loccupation nazie puis lexpropriation et lexpulsion des populations germanophones de la Yougoslavie titiste dans les annes daprs-guerre constituent les pisodes douloureux de lhistoire des relations germano-slovnes dans cette rgion de lAutriche.45

    Les politiques rgionales lgard des minorits en Carinthie poussrent galement les autorits des affaires intrieures sengager dans la dfinition dune politique de relations avec les tat voisins. Le recensement autrichien de 1945 reflta le changement des identits sociales et politiques et, par certains traits, fut une transgression des ruptures politiques de 1918 et de 1938/1945. Dans les premires annes de la Seconde Rpublique dAutriche, ladministration centrale des statistiques rintroduisit en effet lancienne catgorie de la langue dusage . Le recensement retint mme certaines pratiques labores durant le recensement nazi de 1939 et intgra une thorie formule par Martin Wutte (1876-1948) dans les annes 1920 afin de rduire le nombre des Slovnes de Carinthie. Cet historien et archiviste de Klagenfurt dclarait que les Slovnes constituaient en ralit deux groupes distincts : les Slovnes nationaux qui sidentifiaient leurs compatriotes situs de lautre ct de la frontire de ltat et les Windisch qui souhaitaient sassimiler la majorit allemande.

    Le recensement de 1951 reprenait la diffrenciation tablie entre langues allemande, slovne et windisch. Les Statisticiens oprrent ainsi de nombreuses combinaisons afin de dterminer des sous catgories, diffrenciant les unilingues slovne ou allemand les locuteurs bilingues slovne-allemand , allemand-slovne et en utilisant galement des catgories imaginaires de windisch :

    45 Hanns Haas, Karl Stuhlpfarrer, sterreich und seine Slowenen, Vienne, 1977,

    p. 67-73 et 88-98.

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    windisch allemand , allemand windisch , windisch slovne , slovne windisch 46. Une dcennie plus tard, la dfinition de la langue dusage dans le recensement fut substantiellement modifie au bnfice des Slovnes de Carinthie. Jusquen 2001, les recensements ne comptaient plus que six catgories linguistiques47. En 1972, des tensions politiques clatrent en Carinthie lorsque des nationalistes allemands radicaux dtruisirent les insignes municipaux bilingues dans le cadre de lopration Ortstafelsturm48.

    Lors des recensements daprs-guerre, les campagnes politiques rappelaient, par certains aspects, une controverse similaire qui avait eu lieu sous la monarchie. Le recensement spcial de 1976 reprenait une question sur la langue maternelle ainsi quune recommandation sur lexamen et la dtermination des minorits (Minderheitenfeststellung) introduite la demande des nationalistes allemands de Carinthie afin de dterminer prcisment la taille de la minorit slovne. Seules 26,6 % des personnes inscrites sur les listes lectorales prirent part au recensement. En raison de limportance du boycott en Carinthie, les rsultats du recensement ne permirent pas de tirer des conclusions srieuses sur les affiliations nationales dans cette province49.

    Au dbut du XXIe sicle, le conflit sur la langue en Carinthie se poursuit sur le terrain de la reprsentation symbolique des nationalits, notamment au sujet de la signaltique municipale bilingue. Le Gouvernement fdral na toujours pas rempli les obligations de la clause 7 du Trait de Vienne de 1955 qui garantit les droits des minorits slovnes et croates. En 2001, la Cour constitutionnelle parvint toutefois une dcision significative en obligeant les municipalits dont la population slovne atteignait au moins 10 % de la population locale totale installer une signaltique

    46 Matjaz Klemencic, Danijel Grafenauer, Carinthian Slovenes and the Second Austrian

    Republic, Pise, 2008, p. 259 et suiv. 47 Daprs les recensements dcennaux, le nombre de locuteurs slovnes a baiss en

    Carinthie, passant de 20 972 individus en 1971 14 010 en 2001 : Ibid. p. 260. 48 Peter Gstettner, ...wo alle Macht vom Volk ausgeht. Eine nachhaltige

    Verhinderung. Zur Mikropolitik rund um den Ortstafelsturm in Krnten , sterreichische Zeitschrift fr Politikwissenschaft, 33, 2004, p. 81-94.

    49 M. Klemencic, D. Grafenauer, Carinthian Slovenes op. cit., p. 259 et suiv.

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    topographique bilingue 50 . Le gouverneur de Carinthie (Landeshauptmann) alors en fonction, Jrg Haider (1950-2008), ignora la dcision de la Cour, sans crainte des consquences juridiques. Aujourdhui encore, les autorits locales dmontent les panneaux indicateurs controverss dans une rgion o une grande partie de la population autochtone est slovne. En tout tat de cause, il est devenu vident que les populations de Carinthie devaient cooprer dans un cadre interethnique, quelle que soit leur origine ou leur langue maternelle. Indpendamment des conflits politiques, on peut observer certains signes encourageant, comme par exemple la croissance du nombre des personnes intresses par un enseignement bilingue. De faon paradoxale, ces observations montrent que le processus historique dassimilation et de marginalisation a renforc les relations interethniques en Carinthie51.

    Conclusion

    De la fin de la monarchie des Habsbourg la Seconde Rpublique, les statistiques officielles furent des instruments de marginalisation des minorits ethniques. Les recensements administratifs ont ainsi permis de construire, de classer, de rpertorier et de compter les minorits dans lobjectif de leur sgrgation. Dun point de vue politique, les recensements rpondirent tantt la volont de dterminer la rpartition gographique et sociale des nationalits afin dassurer lgalit de leurs droits dans la monarchie multilingue des Habsbourg, tantt celle, raciste, de les visualiser comme sous le IIIe Reich.

    Que la Rpublique se soit dclare tat national allemand , comme en 1918, ou tat autrichien , comme en 1945, les minorits ethniques furent souvent considres comme des lments pouvant remettre en question lhomognit ethnique suppose de la nation autrichienne. Dans cet ordre dides, les recensements furent utiliss

    50 Theo hlinger, Der Schutz der Volksgruppen in der Nahtstelle von Vlkerrecht

    und staatlichem Recht am Beispiel des Art. 7 des Wiener Staatsvertrags , in : Anna Gamper, Christoph Pan (dir.), Volksgruppen und regionale Selbstverwaltung in Europa, Vienne, 2008, p. 182.

    51 Enotna lista, Einheitsliste, Zweisprachiger Unterricht boomt: Rekord bei Anmeldungen zum zweisprachigen Unterricht in Krnten. URL: http://www.elnet.at/dossier/zweisprachiger_unterricht/57 (4.10.2010).

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    afin dacclrer le processus dassimilation. Le Trait de Vienne fixe nanmoins les rgles que lAutriche est tenue de remplir lgard des minorits ethniques.

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  • Alexander Pinwinkler

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  • Rsum Cet article prsente les statistiques officielles sur les nationalits de la fin de la monarchie des Habsbourg la seconde Rpublique dAutriche. Nous examinons, dans ce cadre, la relation entre les discours des statisticiens et les intrts politiques. travers plusieurs exemples, nous montrons que, durant cette priode, la catgorisation des minorits ethniques dans les statistiques autrichiennes fut intimement lie la marginalisation politique des minorits nationales. lappui de ces considrations gnrales, cet article propose danalyser les continuits et les discontinuits dans les discours sur les statistiques autrichiennes sur les nationalits avant et aprs les deux guerres mondiales. Mots-cls : Statistiques sur les nationalits, Langue nationale, Minorits ethniques, Recensements, Monarchie des Habsbourg, Autriche.

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