Ma campagne d'Italie en 1944 - troupesdemarine .... un Gadzarts (Angers 28). Malheureusement ce soir

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Text of Ma campagne d'Italie en 1944 - troupesdemarine .... un Gadzarts (Angers 28). Malheureusement ce soir

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    Ma campagne d'Italie en 1944

    Carnet de route et croquis Colonel (h) Georges Van Den Bogaert

    Ancien Chef de corps du 2me Rgiment d'artillerie de marine

    Insigne du C.F.E. en Italie Insigne du R.A.C.L.

    A la mmoire du capitaine H. Robin, Commandant la 1re Batterie du RACL, sous les ordres de qui j'eus l'honneur de servir durant cette campagne.

    Georges Van den Bogaert

    Cette introduction a pour objet de situer les souvenirs qui suivent dans le droulement de mes activits militaires, qui d-butrent mon entre l'X en 1938 pour s'achever Rockenhausen fin septembre 1945. Elle fait ainsi figure de "Rsum des chapitres prcdents ", car les circonstances ont fait que le premier rcit de mes campagnes mis au point n'tait chronologiquement pas le premier : ces notes de ma campagne en Italie ont fourni la matire d'un papier d'une trentaine de pages crit la demande du Gnral de Brancion pour lui servir la rdaction d'un ouvrage qu'il envisage d'crire sur l'artillerie franaise en Italie. Les autres rcits : annes d'tudes l'X, campagne de France en 1940, campagne de la libration et campagne d'Allemagne, suivront plus tard,.... si le Ciel me prte vie. La narration qui suit prsente un caractre particulier : elle a t tablie partir de notes prises pendant la campagne d'Ita-lie, lorsque les occupations d'un lieutenant de batterie d'artillerie en oprations m'en laissaient le loisir. Ecrites lorsque je trouvais le temps de faire le point, elles mritent encore moins le nom de journal de marche, (stricto sensu) que le Tagebuch m Kriege crit par le mdecin allemand Hans Carossa au lendemain de la Premire Guerre Mondiale. De plus, il s'agit d'un rcit recompos plus de cinquante ans aprs les vnements et dans lequel se trouvent intercals des passages non proprement oprationnels, rflexions jetes sur le papier par un homme jeune - j'avais tout juste pass le seuil des vingt-cinq ans - qui commenait seulement apprendre la vie, aprs avoir si longtemps baign dans l'univers des tudes abstraites. Aprs mon entre l'X en 1938, j'avais t jet avec ma promotion dans la guerre dclare en septem-bre 1939; rescap de juin 1940, j'avais fait ma deuxime anne d'tudes l'X replie Villeurbanne, et la sortie pass une anne l'Ecole Militaire de l'Artillerie Nmes. A l'"Amphi Garnisons" mon classement chez les Bigors, bien que mo-deste, m'avait permis de partir outremer au Rgiment d'Artillerie Coloniale du Levant (RACL), alors stationn au Maroc. Arriv au Maroc en novembre 1942, quelques jours avant le dbarquement amricain, j'allais participer la reprise de la lutte mene par l'Arme d'Afrique pour la libration de la France. Cependant je ne fus pas envoy en Tunisie et fis partie de ceux dont les rgiments, rquips en matriels amricains, s'entranrent intensment en Afrique Franaise du Nord en vue des oprations qui allaient se dclencher dans la pninsule italienne la fin de l'anne 1943, au sein du Corps Ex-pditionnaire Franais en Italie (CEF). Pour sa part, le RACL fut en premire tape dot de 155 Guns amricains (1er et Ilme Groupes).

    Paris, juin 1995

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    ....Grce Cervoni, j'ai russi me faire raffecter au 1er Groupe, la veille du dpart de celui-ci pour l'Italie, et j'ai repris mes fonctions de lieutenant de batterie la 1re, tou-jours commande par le Capitaine Robin (X 32). Le 9 janvier 1944, arrive au camp Roze des deux Grou-pes I et II/RACL, qui vont partir pour l'Italie, comme ALCA du CEF. Le parc se forme tant bien que mal, mais la 1re Bat-terie, au cours des volutions en tous terrains, une pice casse une vis d'avant-train. Au soir les officiers du 4e Groupe ont offert un grand dner leurs camarades des 1er et 2e Groupes qui partaient. L'ambiance de cette soire fut cent fois plus sympathique qu' la Sainte-Barbe 1943. A la fin chacun y alla de sa petite chanson succs et tout se termi-na fort correctement. J'ai couch une dernire fois dans ma petite piaule du IVe Groupe au camp Roze d'Oujda, piaule partage avec le Capi-taine Leuba et le sympathique Lieutenant Gaudy, un Gadzarts (Angers 28). Malheureusement ce soir l, Gaudy n'tait pas des ntres, retenu par le service en gare d'Oujda. Nous avons longuement bavard avec Leuba, un X34 dj connu au lyce Charlemagne Paris, partir de fin 1934. Le lundi 10 janvier, rveil 5h00 du matin. Je rejoins la 1re Batterie. Dpart du bivouac 6h00. Binait et moi, nous nous relayons au volant de la Jeep, car nous n'avons qu'une confiance trs relative dans notre brave et souriant chauffeur Alphonse qui n'a pas reu, en naissant sur la terre malga-che, la mme promptitude de rflexes que les plus indo-lents Europens. La route se fait sans incidents : nous cassons cependant une deuxime vis d'avant-train et d'autres batteries nous imitent l'envi. Pour ces vis d'avant-train, il semble qu'il y ait eu une erreur de conception, ou une valuation insuffisante des ef-forts susceptibles d'tre appliqus cette pice en tous ter-rains. Heureusement nos mcaniciens de batterie arriveront faire faire la rparation dans des dlais assez rapides. Nous parvenons au soir tombant au "Stalag" de Fleurus (Area n 1) aux environs d'Oran. Le mardi 11 janvier, dans la journe, aprs ordres et contre-ordres, nous avons commenc envoyer notre mat-riel Oran, en vue de le charger dans les bateaux. Le mou-vement a continu pendant la journe du mercredi 12. Le jeudi 13, j'ai r-ussi trouver un vhicule pour aller voir mon frre Xa-vier, enseigne de vaisseau bord du croiseur Duguay-

    Trouin , qui est actuellement quai dans le port de Mers-el-Kebir. Aprs les changes de lettres sches et presque m-chantes de ces derniers temps, nous nous sommes retrou-vs avec plaisir et avons pass une matine trs sympathi-que, sans d'ailleurs nous envoler, comme d'autres fois prc-demment, dans les hautes sphres de la philosophie. En considrant l'tat de la Marine actuelle, Xavier prouve le mme genre de dception que moi en voyant celui de l'Ar-me : il nous semble qu'il y a une carence affreuse de vrais chefs, carence dont les consquences ont t et pourraient tre encore tragiques. Chez mon frre subsiste toujours cette ide que, lui a-ton dit, il ressassait dans son dlire l'hpital de Barcelone en fin novembre 1942 : "Mais pourquoi ne sont -ils donc pas partis ?" (sous-entendu, les navires de la flotte franaise sabords Toulon). Cette impression de ne plus trouver chez nos grands patrons actuels de gens sachant prendre leurs responsabilits devait d'ailleurs faire encore l'objet d'une grande discussion qua-tre, Robin, Binart, Fonteix et moi le lendemain vendredi 14 la popote de la 1re Batterie. Cette discussion nous a fait assez rapidement aboutir aux conclusions suivantes : jusqu'en 1914, il s'est trouv en France des gens aimant leur mtier de soldat, qui ne trou-vaient pas dshonorant de terminer leurs vingt-cinq annes de carrire comme chefs d'escadrons de cavalerie, aprs tre rests des douze ou quinze ans dans le grade de lieutenant. Leur mtier, en lui-mme, leur rapportait assez de satisfactions. Malheureusement, ces gens l se sont fait faucher la Marne, dans la Somme ou Verdun et presque personne n'est rest pour perptuer la tradition, et l'volution du contexte conomique et social n'est pas alle dans le sens d'une renaissance de celle-ci. Aprs 1918, l'Arme dans sa grande majorit n'a plus t qu'un corps de fonctionnaires comme les autres, o seule primait la question de l'avancement Dsormais toutes les intrigues, les compromissions, les dloyauts devenaient permises, servant la plupart du temps de paravent une navrante et gnrale incapacit. La race des "Monsieur de Quelque Chose", contre laquelle trois rpubliques successives se sont tant acharnes, a pratiquement vcu et avec elle les meilleurs serviteurs de la Patrie ont disparu sur les champs de bataille. A l'heure prsente, la France manque d'une no-blesse.

    Le dpart

    Embarquement du matriel Oran

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    Pour en revenir la journe du 13 janvier, aprs avoir quitt mon frre en dbut d'aprs-midi, je suis all jusqu' l'autre extrmit du port, sur les quais o tait embarqu le matriel de notre rgiment Chemin faisant, j'ai rencontr un de mes grands anciens de la promo X36, Yver de la Bruchol-lerie, actuellement jeune ingnieur de l'artillerie navale. Les vhicules et les pices du RACL sont chargs bord de deux imposants Liberty Ships. Nos canons ont des allures d'inoffensives ptoires ct de ces coques gantes; tout se fait la grue et dans certaines positions nos pices res-semblent des sauterelles que va terrasser une mante reli-gieuse. Les chauffeurs de la 1re Batterie regardaient le va-et-vient sur le quai. Ils taient tous assez fatigus, crasseux, bar-bus. Ils avaient pass deux nuits blanches la belle toile, mangeant assez mal et ne se sauvant de l'inanition que grce leur dbrouillardise personnelle. Tandis que Binart discutait de grands coups avec une sentinelle amricaine charge de les garder, quelques-uns d'entre eux effectuaient un fructueux coup de main sur des caisses de victuailles amricaines : botes de cassoulet (on ne savait pas encore que c'tait du "meat and beans" !), de lait condens, de jus de pamplemousse disparurent en un clin d'il, pour la plus grande satisfaction d'estomacs creuss par l'air marin. Le soir 18h00 deux GMC nous ont ramens au "Stalag". Une fois les matriels embarqus, il ne restait plus aux person-nels qu' attendre leur tour dans ce camp sans charme, dont

    les nombreux quartiers abritaient des troupes de toutes ar-mes, franaises et amricaines. . . . Le samedi 15 janvier, nous avons pass une partie de la journe supputer la date de notre dpart. J'ai not sur mon carnet l'atmosphre de la soire de ce jour, aprs le dner : .... Il peut tre 19h30. Le soir tombe sur le camp. Une jeep passe, dpose un homme la BHR, avant de